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Full text of "Journal asiatique"

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JOURNAL  ASIATIQUE 

CINQUIÈME   SÉRIE 

TOME   l\ 


JOURNAL  ASIATIQUE 


RECUEIL   DE   MÉMOIRES 

D'EXTRAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  A  L'HISTOIRE,  A  LA  PHILOSOPHIE,  AUX  LANGUES 
ET  A  LA  LITTÉRATURE  DES  PEUPLES  ORIENTAUX 


PAR  MM.  BAZIN,  BIANCHI,  BOTTA,  CAUSS1N  DE  PERCEVAL,  CHERBONNEAO,  D'ECKSTEIN 

C.  DEFREJJERT,  L.   DUBEUX  ,  DULAURIER 

GARCIN    DE   TASST,  GRANGERET   DE   LAGRANGE  ,    STAN.  JULIEN 

HIRZA  A.  K.ASEM-BEG,  J.    MOIII. ,     S.    HDNK,  REINADD 

L.   AU.    SÉDILLOT,    DE     SI.ANE  ,    ET    AUTRES    SAVANTS     FRANÇAIS 

ET  ÉTRANGERS 

ET  PUBLIÉ  PAR  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE 


CINQUIEME    SERIE 
TOME    IX 


PARIS 

IMPRIMÉ    PAR   AUTORISATION    DU     ,. 'ÏÎVPI.N  I.H  h  \1 

A   L'IMPRIMERIE    IMPÉRIALE 

M  DCCC   LVII 


P3 

K 

Sel.  5 
+  .9-10 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

JANVIER  1857. 


RECHERCHES 

SUR 

LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN, 

DANS  SON  RAPPORT  AVEC  L'HISTOIRE  DE  CETTE   ILE, 

PAR  M.  EUGÈNE  BURNOUF. 


Madame  Burnouf  ayant  bien  voulu  me  permettre  de  choi- 
sir, dans  les  papiers  de  son  mari ,  les  morceaux  qui  pourraient 
intéresser  les  lecteurs  du  Journal  asiatique,  je  publie  aujour- 
d'hui un  mémoire  qui  a  été  lu,  par  l'auteur,  à  l'Académie 
des  inscriplions  et  belles-lettres ,  dans  les  séances  du  2 1  et 
du  26  mars  i834-  Ce  travail  devait  servir  d'introduction  à 
une  série  de  mémoires  sur  l'hisloire  de  l'île  de  Ceylan ,  série 
qui  n'a  pas  été  achevée,  parce  que  la  découverte  des  ma- 
nuscrits buddhistes  du  Népal,  par  M.  Hodgson,  fournit  à 
M.  Burnouf  les  matériaux  d'un  travail  plus  général  sur  l'his- 
loire du  Buddhisme,  dans  la  seconde  partie  duquel  les  mé- 
moires sur  l'île  de  Ceylan  devaient  trouver  leur  place  na 
turelle.  On  sait  que  le  premier  volume  de  ce  grand  ouvrage 
a  paru  sous  le  titre  d'Introduction  à  l'histoire  du  Buddhisme 
indien,  mais  que  la  mort  prématurée  du  savant  auteur  a  in- 
terrompu la  rédaction  du  second  volume,  qui  devait  traiter 
du  Buddhisme  du  midi  de  l'Inde.  Nous  ne  pouvons  malheu- 
reusement plus  chercher,  dans  les  matériaux  immenses  accu 


0  JANV1EK  1857. 

moles  par  M.  Barônnl  qjm  ce  qui  te  prétr  <  un.  |.iil>lu-ataM 
posthume.  Le  mémoire  que  je  fais  imprimer  aujourd'hui 
traite  des  noms  ancien»  de  l'Ile  de  Ceylan  ;  il  a  reçu  aa  rédac- 
tion définitive.  Le  manuscrit  est  une  copie  faite  par  le  copiste 
ordinaire  de  M.  Burnouf.  qui  a  corrigé  ce  travail  de  sa  main  . 
le  copiste  a  seulement  laissé  en  blanc  le  texte  de  quelques  pas- 
sages en  pâli  dont  M.  Burnouf  donne  la  traduction.  L'auteur 
aurait, sans  donte .  ajouté  les  testes  quand  il  aurait  préparé  le 
manuscrit  pour  l'impression.  Ce  premier  mémoire  devait  être 
suivi  d'un  second,  dans  lequel  fauteur  H-,  niait  la  géogra- 
phie ancienne  de  l'ile,  et  essayait  d'en  reconstruire  la  carte 
i  -le  fixer  les  localités  des  noms  de  villes,  de  montagnes  et 
de  rivières  qu'il  avait  rencontrés  dans  les  chroniques  singha- 
laises  et  les  livres  pâlis.  Je  n'si  pas  encore  réussi  a  découvrir 
ce  mémoire,  qui  pourtant  a  dû  être  terminé.  J'ai  trouvé  une 
liste  considérable  de  noms  de  liens  extraits  du  AaW/eva/i  et 
du  Makàtatùsm.  et  qui  sonne  probablement  l'appendice  dont 
M.  Burnouf  parle  page  9.  Je  continuerai  la  recherche  du  mé- 
moire, et,  at  je  le  retrouve .  je  m'empresserai  de  le  publier 
avec  la  carte;  ai  je  ne  réussis  pas.  j'aurai  à  voir  si  la  I 
que  j'ai  en  main  peut  paraître  séparément. 

I    M. 

i\rh<>  m 

La  olisn  v.itiou>  (lotit  s.  oompOMot  <  <■ nr 

cl  eetu  qui  doivent  le  suivre  ont  été  rassemblée» 
(><  iidint  n  des  rat  1  que  j'ai  entreprise» 

sur  a  religieuse  el  civil,   <|.   (.,  Jai».  l.-tudc 

des  trois  chroniques  singlialaisos  publiées  récemment 
'•n  rVngieterre  celle  du  texte  même  du  lldateata, 
du  Thùparaihsa  et  du  RâdjaiaU,  ouvrage»  dont  je 
possède  (l«-  nonnes  copie»,  en  me  fournissant  de» 
matériaux  nouilu.ux  pour  I  liMoin-  »*t  la  geograp 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.         7 

de  cette  iie,  me  fit  bientôt  apprécier  l'insuffisance 
des  cartes  actuelles  de  Ceylan ,  sous  le  rapport  de  la 
nomenclature  et  de  la  géographie  comparative.  Je 
reconnus  que  les  noms  de  plusieurs  lieux  qui  avaient 
joué,  à  des  époques  anciennes,  un  rôle  important, 
avaient  disparu  de  nos  cartes,  et  que  plusieurs  de 
ceux  qui  s'y  étaient  maintenus  avaient  été  altérés,  - 
soit  par  les  transcriptions  des  voyageurs  européens , 
soit  par  la  prononciation  singhalaise  elle-même.  Cette 
dernière  remarque  s'appliquait  surtout  aux  dénomi- 
nations que  je  trouvais  dans  le  Mahâvamsa,  dénomi 
nations  qui  sont ,  pour  la  plupart,  d'origine  sanscrite , 
et  qui  ont  été  quelquefois  remplacées  par  d'autres 
noms  empruntés  à  la  partie  de  la  langue  singhalaise 
qui  n'a  rien  de  commun  avec  le  sanscrit.  Aussi , 
pour  être  en  état  de  suivre  le  récit  des  faits  dont 
cette  île  a  été  le  théâtre  depuis  le  ive  siècle  environ 
avant  J.  C.  jusqu'au  commencement  du  xvue,  j'ai 
dû  déterminer  d'abord  avec  exactitude  les  lieux  où 
s'étaient  passés  ces  faits,  en  restituant  leurs  noms 
anciens  aux  districts  et  aux  villes  qui  les  avaient  per- 
dus ,  et  en  rétablissant  l'orthographe  primitive  de 
ceux  qui  n'avaient  été  qu'altérés. 

Ce  travail,  que  je  n'avais  regardé  que  comme  un 
accessoire  de  mes  recherches  à  une  époque  où  j'es- 
pérais trouver  plus  de  secours  dans  les  cartes  euro- 
péennes ,  a  pris  un  tel  développement ,  qu'il  m'a  paru 
nécessaire  de  le  présenter  à  part  et  d'en  faire  la  hase 
et  le  préambule  des  mémoires  que  je  consacrerai  à 
l'histoire  des  Singhalais.  J'en  ai  consigné  les  résul- 


8  JANVIER  1857 

tab  sur  une  carte  de  llie  de  Ccylan ,  faite  pour  >« 
.1  I  liMom-  ie  oettl  He .  Ml  M  qu'elle  rend  .1    - 
m  tiers,  aux  districts,  aux  villes  et  aux  autres  h 
les  noms  mêmes  qu'ils  portent  dans  les  chronique» 

1  tes  en  pâli  et  en  singhalais  que  j'ai  citées  tout  A 
l'beure.Les  noms  qui  désignent  les  montagnes  et  les 
m  ieres ,  et ,  en  général ,  tous  ceux  qui  se  rapportent 
à  la  géographie  physique  de  111e.  ont  été  rétablis 
également  d'après  les  mêmes  autorités.  Mais  ces 
noms,  qui  sont  d'ordinaire  plus  à  l'abri  des  révolu 
11  '-us  qui  affrètent  la  géographie  politique,  se  sont 
conservés  à  Ccylan  presque  sans  al' 

ngements  qn  ru  devoir  faire  en  « 

v  cartes  m  n'ont  •té.  pour  la  plup.» 

»lr  simples  rectifications  orthographiques. 

Pour  que  la  carte  qui  accompagnera  le  second 
m. -moire  atteignit  le  but  sjm  )•■  me  proposais,  sa- 

1  de  rétablir,  à  l'aide  de  l'histoire,  b  géographie 
ancienne  de  Ceylan ,  je  devais  y  placer  tous  les  noms 
de  lieux  qui  figurent  dans  les  chroniques  singha- 
toises,  avec  leur  synonymie  moderne,  toutes  les  fois 
qu'il  était  possible  de  la  déterminer  avr<  1  •  1  nuide. 
Je  ii  "t'gligé  pour  obtenir  ce  résultat;  mais 

je  dois  dire  que  mes  efforts  ont  été  quelquefois 
fructueux,  et  q«i«    l<  >me  ou  l'obscurité  des 

textes  que  j'ai  eus  à  ma  disposition  m'a  souv- 
dans  l'impossibilité  de  fixer,   m.  ni.    «lu  aère 

approximative .  la  position  d'un  certain  nombre  de 
lieux  indiqués  par  le  Wuhâcamsn  le  Râdjavali. 

Il  est  vrai  que  c  !,   plus  sou- 


SUK  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  9 
vent,  que  sur  des  villages  ou  des  endroits  peu  con- 
sidérables. Des  cartes  plus  détaillées  que  celles  que 
je  possède  m'eussent  peut-être  permis  de  retrouver 
un  grand  nombre  de  points  inconnus,  ou  même 
d'en  fixer  quelques-uns  par  conjecture;  mais,  limité 
comme  je  l'étais  dans  mes  moyens  de  comparaison , 
je  me  suis  interdit  les  hypothèses,  avec  d'autant  plus 
d'attention  que  j'aurais  eu  plus  souvent  besoin  d'y 
recourir.  Je  n'ai  donc  admis  sur  ma  carte  que  les 
noms  de  la  position  desquels  je  pouvais  me  croire 
certain  ;  et  j'ai  mieux  aimé  m'exposer  au  reproche 
de  pauvreté ,  que  de  faire  parade  de  richesses  sus- 
pectes. Cependant,  comme  une  industrie  plus  ha- 
bile pouvait  faire  un  meilleur  usage  que  moi  des 
matériaux  inédits  qui  sont  à  ma  disposition,  j'ai 
conservé ,  dans  un  appendice ,  les  noms  de  lieux  qu'il 
m'a  été,  jusqu'à  présent,  impossible  de  replacer  sur 
la  carte.  J'ai  indiqué  la  source  à  laquelle  je  les  avais 
puisés,  les  circonstances  qui  nous  les  faisaient  con- 
naître; enfin,  j'ai  présenté  quelques  conjectures  sur 
leur  rapport  à  l'égard  des  lieux  voisins  dont  la  po- 
sition est  rigoureusement  fixée. 

Ce  serait  sans  doute  un  travail  fastidieux  que  de 
relever  un  à  un  les  noms  que  présentera  cette  carte , 
et  que  d'indiquer  dans  tous  leurs  détails  les  raisons 
qui  m'ont  décidé  à  rétablir  telle  dénomination  jus- 
qu'ici inconnue,  ou  bien  à  corriger  tel  nom  dont 
l'étude  des  textes  m'a  permis  de  rectifier  l'ortho- 
graphe. Il  est  cependant,  entre  ces  deux  ordres  de 
dénominations,  une  distinction  à  faire,  et  il  est  la- 


Il  JANVIER  1857. 

|.     ;  i  on  est  obligé  tle  fournil    phn  de 

■HOVi  quand  ou  introduit  un  nom  nouveau  que 
quand  on  en  corrige  un  ancien.  Cette  considéra 
i  •  nd  nécessaires  quelques  éclaircissements  sur  les 
noms  de  provinces  et  de  villes  qui  n'ont .  jusqu'à 
présent,  paru  sur  aucune  carte.  J'en  prendrai  occa- 
n  d'eiposcr  les  difficultés  qui  rest.  ni  i  m-ora  sur 
|m.  Iques  lieui  considérables.  Le  but  spécial  que  je 
m  «  •  su is  proposé  dent  ces  recherches  tracera  la  marche 
que  je  devrai  suivre;  et.  au  lieu  <Texi 
des  provinces  et  des  villes  dans  l'ordre  que  l< 
•saigne  Lui    uiportanee  actuel!-  attacherai  i 

faire  connaître  chacun  deux  è  mesure  qu'ils  se  pré- 
senteront  dans  l'histoire.  Ainsi  je  commencerai  par 
e\an  i  s  noms  sous  lesquels  111e  de  Ceylan  a 
anciennement  connue,  soit  penn  I.  s  Indiens 
du  continent,  soit  parmi  les  Singhalais  eui  mêmes  : 
ce  sera  l'objet  d'un  premier  mémoire.  Je  passerai 
ensuite  eu  revue,  dans  un  autre  mén 
des  districts  et  des  villes .  en  m  attachant  de  pr« 
i<  h  v  <|iii  ont  joué,  dans  l'histoire  de  cette 

île.  un  rôle  considérait* 

PREMIER  MÉMOlii 

SOS  LIS  «OMS  ANCIENS  DE  L'ILS  Dt  CS1 

Une  circonstance  remarquable  dans  la  geogra- 
phii-  .mm  i.  «me  de  Ceylan.  c'est  !«•  nombre  i 
versité  des  noms  sous  lesquels  vo\i>-  il    .1  h. 
<!<•  toute  antiqtaîté    Les  normes  mythologiques  des 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  II 
Brahmanes  de  'l'Inde  septentrionale  l'appellent  rT|T 
Langkâ  ou  Langkâdvîpa  (île  de  Langkâ),  et,  sous  ce 
nom ,  elle  occupe  une  place  considérable  dans  l'his- 
toire héroïque  de  Râma,  qui  passe  pour  en  avoir 
fait  la  conquête.  Selon  le  plus  grand  nombre  d'au- 
torités, le  nom  de  Langkâ  est,  à  proprement  par- 
ler, celui  de  la  ville  capitale  où  résidait  Ràvana ,  et 
ce  n'est  que  par  extension  qu'on  l'applique  à  l'île 
entière.  D'autres  pensent,  au  contraire,  que  Langkâ 
n'est  pas  Ceylan,  mais  une  île  voisine,  qu'on  peut 
apercevoir  des  côtes  de  Ceylan.  Cette  divergence 
d'opinions ,  jointe  à  la  grandeur  démesurée  et  à  la 
position  très-méridionale  de  Langkâ,  selon  les  Brah- 
manes, a  fait  croire  à  Wilford  que  Langkâ  était  ia 
presqu'île  de  Malacca ,  dont  le  nom  peut  n'être  qu'une 
altération  de  celui  de  Mahâlangkâ,  «la  grande  Langkâ.)) 
Mais  ce  rapprochement,  qui  paraît  favorisé  par  la 
ressemblance  des  mots  Lacca  et  Langkâ,  n'est  pas 
appuyé  d'assez  de  preuves  pour  qu'on  puisse  l'ad- 
mettre sur  la  seule  autorité  de  Wilford ,  qui  le  donne 
sans  citer  aucun  texte.  Sans  chercher  si  loin  l'île  de 
Lamfkâ ,  on  peut  remarquer  que  la  tradition  singha- 
laise  suppose  que  la  ville  capitale  de  Râvana  était 
placée  dans  l'intervalle  qui  sépare  Manar  de  Tuta- 
eorin,  sur  une  portion  de  terre  qui,  comme  nous 
le  dirons  tout  à  l'heure,  passe  pour  avoir  été  sub- 
mergée par  la  mer,  lorsque  l'île  de  Ceylan  fut  sépa- 
rée du  continent  indien.  Rapprochée  de  l'opinion 
de  ceux  qui  croient  que  Langkâ  n'est  pas  Ceylan, 
mais  bien  une  île  visible  de  Ceylan,  cette  tradition 


I.'  JANVIER  18*7 

donne  à  penser  que  Langkâ,  désignant,  dans  le  pnn 
cipe,  la  capitale  de  Ràvana,  était  ou  une  Ue  voisine 
de  l'extrémité  du  continent  indien,  ou  un  lieu  situé 
•  Lus  la  partie  septentrionale  de  Ceylan .  et  dont  V 
nom  aura  été  appliqué  plus  tard  à  la  localitt- 
cette  il*-. 

n'est  pas  aussi  facile  de  concilier  ces  té- 
moignages  avec  l'opinion  des  géographes  indiens, 
qui  font  passer  leur  premier  méridien  à  Lan         I 
effet,  comme  ce  méridien  peser  aussi  par  <  » 
(anciennement  ^yiMl  idjdjayani),  l.ungkâ,  selon 
cette  projection,  do  portée  à  l'ouest  de  < 

lan1.  Pour  sauver  cette  dii' 

pensent  que  Ltngkà  avait  autrefois  une  plus  grande 
étendue  vers  l'ouest  que  n'en  a  Ceylan  de  nos  jours. 

b  vont  jusqu'à  dire  qu'elle  occupait  la  douzième 
partie  de  l'équateur.  Une  opinion  aussi  erronée  n'au 
tait  pas  le  droit  d'occuper  la  critique .  si  elle  ne  rap- 
pelait celle  des  anciens .  qui  n'ont  possédé  que  des 
notions  peu  exactes  ssjf  I  «tendue  de  Cey  lan.  quand 
ils  l'exagéraient,  comme  Kratostbène  et  llippar<| 
de  l'est  à  l'ouest,  ou.  comme  IHolémée.  du  nord  au 
sud.  Ce  rapprochement  permet  de  supposer,  ou  que 
les  Brahmanes  ont  emprunté  cette  opinion  aux  (  irecs, 
ou  que  les  bjbj  Mpi  voyageurs,  dont  les  données  ont 

mises  en  œuvre  par  les  géographes  d'Alexandrie, 
avaient  rapporté  de  llnde  cette  notion  sur  la  pro 
jection  de  Ceylan.  Il  ne  nous  appartient  pas  de 

1  W.  Joue».  Gram  oj  ImJ  la  Cantal./,  <W  Asiat.  l'.r,    i     III 
p.  44.  rdit.  in-8*.  Londres,  i*- 


SUR  LA  GEOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  13 
cuter  une  question  aussi  difficile;  nous  remarque- 
rons seulement  que  W.  Hamilton ,  auquel  on  doit  la 
meilleure  description  de  l'Inde  qui  existe,  donne, 
jusqu'à  un  certain  point,  l'appui  de  son  autorité  à 
l'hypothèse  des  Brahmanes,  quand  il  avance  que 
«appearances  hetween  it  (Ceylan)  and  the  Maldives 
«tend  to  justify  the  belief l.  »  Sans  doute,  ce  savant 
géographe ,  qui  paraît  avoir  emprunté  cette  opinion 
à  sir  VV.  Jones2,  ne  veut  pas  dire  que  Ceylan  ait  ja- 
mais eu  l'étendue  de  trente  degrés  de  l'est  à  l'ouest, 
que  lui  supposent  les  Brahmanes,  et  il  ne  prétend 
pas,  d'après  un  témoignage  aussi  vague,  qu'une  île 
de  cette  étendue  ait  pu  être  réduite ,  depuis  les  temps 
historiques,  à  ses  proportions  actuelles.  Mais  ce  que 
M.  Hamilton  est  disposé  à  admettre,  c'est  que  Cey- 
lan peut  avoir  fait  des  pertes  du  côté  de  l'ouest,  soit 
par  une  invasion  subite,  soit  par  des  empiétements 
successifs  de  la  mer3. 

Or,  les  traditions  singhalaises  nous  l'ont  connaître 
quelques  événements  qui  semblent  justifier  cette 
opinion.  Le  Hâdjavali  nous  a  conservé  le  souvenir 
d'une  inondation  partielle  qui,  sous  un  roi  de  Ku- 
lyâni,  aurait  submergé,  ce  sont  les  termes  de  la  ver- 
sion anglaise,  cent  villes  de  celles  que  l'on  nomme 
Patunagam,  neuf  cent  soixante  et  dix  villages  de  pê- 
cheurs et  quatre  cents  villages  habités  par  des  pê- 

1   Hamilton,  Description  of  Hindostan ,  vol.  II,  p.  5o2. 
1  W.  Jones,  Grant  of  land  in  Carnata,  dans  Asiat.  Res.  t.  III, 
p.  44. 

3  Cf.  Voyages  and  Iravels  of  Lord  Valentia,  t.  I,  p.  333,  édit.  in-4°. 


14  W>.  ||  '.      - 

cheursuY  perles,  enlevant  ainsi  les  onae  douzième* 
du  territoire  qui  Tonnait  le  domaine  du  roi  de  Ka 
fyâni.  Avant  cette  epoqiu-.  ajoute  la  chronique,  la 
mer  était  éloignée  de  -  net  de  À 

qui  a  eu  autrefois  une  grande  importance,  et  dont 
le  nom  subsiste  encore  datai  celui  du  village  de  Ca- 
la** de  la  carte  de  Valenlyn.  et  dans  celui  de  la  ri- 
vière Calany Gamao,  qui  te  jette  dan>  : 
olombo. 
Qu'il  y  ait  beaucoup  d'exagération  dans  la  légende 
relative  à  cette  inondation,  c'est  ce  qui  est  trèe- 
vraisemblable ;  mais  le  fait  en  lui-même  est  pos- 
rffcle,  et  la  côte  parait  garder  quelques  traces  des 
envahissement*  de  la  mer.  Nous  ne  devons  pea  non 
plus  oublier  que  le  cnroniqueuT  en  prend  occasion 
pour  rappeler  qu'une  inondation  pareille  couvi 
dans  le  Dsdaweraja,  c'est-à-dire  à  une  époque  anaf- 
li!  tnnqur,  tout  l'espace  qui  sépare  Ifanâr  de  Tuta- 
eorin.  espace  où  se  trouvait  située  la  forteresse  de 
Hàvana.  Ainsi .  l'aspect  de  cette  mer  basse  et  coo- 
iles  avait  inspiré  aux  Singbaiais  la  même  con- 
qu'aux  voyageurs  européens,  et  les  ennui i 
queurs  s'appuyaient  sur  cette  idée  d'une  ancienne 
invasion  de  la  mer  vers  le  nord  de  Ceylan.  pour 
justifier  le  récit  ri  une  inondation  analogue  arrivée 
l>lus  tard  sur  une  autre  partie  de  la  côte.  Or.  de  pu 

•  ils  événements  ont  pu  se  renouveler  plus  d< 
fois;  et  peut-être  faut-il  attribuer  au  souvenir  pajfaaj 
laissé  dam  la  mémoirt  des  Singbaiais  les  empiéte- 

n  uts  (le  la  mer.  cet!  ion  de  Mareo-Pdiov  M 


SUR  LA  GEOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.       15 

le  vent  du  nord  a  submergé  une  grande  partie  de 
l'île,  C'est  du  moins  le  sentiment  d'un  voyageur  an 
glais,  M.  Cordiner,  auquel  on  doit  une  bonne  des- 
cription de  Ceylan;  seulement,  je  n'ai  pas  connais- 
sance des  observations  astronomiques  qui,  selon  cet 
auteur,  semblent  confirmer  la  tradition  singhalaise 
relative  à  une  diminution  considérable  de  l'île. 

Au  reste,  c'est  une  opinion  qui  paraît  répandue 
dans  cette  partie  de  l'Inde;  car  elle  a  également 
cours,  d'après  Is.  Vossius,  à  la  côte  du  Malabar. 
Selon  ce  savant,  qui  s'est  servi,  pour  son  Commen- 
taire sur  Mêla ,  des  documents  recueillis  par  les  voya- 
geurs modernes,  les  Hindous  croient  que  Ceylan 
était  autrefois  réunie  aux  Maldives ,  et  que  la  mer, 
abandonnant  la  côte  du  Malabar,  se  rejeta  sur  la  vaste 
terre  de  Langkâ,  qu'elle  engloutit.  Peut-être  Vossius 
a-t-il  confondu  les  Singhalais  avec  les  Malabars  de 
la  péninsule ,  attribuant  ainsi  aux  derniers  une  opi- 
nion qui  n'appartient  qu'aux  autres  :  c'est  du  moins 
ce  que  semble  indiquer  une  expression  peu  exacte 
de  sa  note1.  Les  traditions  auxquelles  semble  faire 
allusion  Vossius  se  trouvent,  en  effet,  dans  Diogo 
de  Couto,  qui  ajoute  même  que  les  habitants  les  ap 
puient  du  témoignage  de  leurs  livres;  et  Valentyn , 
qui,  dans  sa  grande  Description  de  l'Inde  écrite  en 
hollandais,  copie  en  cet  endroit  de  Couto,  sans  en 

1  Malabarri  Taprobanensium  aborigènes.  »  Les  Malabars  ne 
descendent  pas  plus  des  babitants  de  la  Taprobane  ou  des  Singha- 
lais que  ces  derniers  des  Malabars,  si  l'on  veut  désigner  par  ce 
nom  les  habitants  originaires  du  sud  de  la  péninsule  Gxés  en  grand 
nombre  à  Ceylan. 


16  '  ANflll    1847. 

avertir,  les  attribue  également  aux  SinghaUis  et  non 
aux  Malabars  '.  Bal  dan  t>  fixe  mot  ne  a  quarante  m  il 
l'étendue  du  terrain  que  Ceylan  aurait  |>  i  s  le 

nord.  Yossius,  il  est  vrai,  a  bien  fait  ressortit 
qu'il  y  avait  d'exagéré  dans  l«> 
espèce;  et  Mannert.  s  autorisant  de  son  opinion,  a 
également  renoncé  à  la  conjecture  qu'il  avait  ai 
rieurenieut  admise  sur  une  diminution  possible  de 
111e  de  Ceylan.  Cependant,  sans  te  servir,  comme 
paraît  le  faire  de  Couto .  des  opinions  des  Singha- 
lais, pour  rendre  compte  de  la  différence  q 
trouve  entre  la  grandeur  de  eett  «elle  est 

marquée  par  les  anciens  et  celle  qu'on  lui  connaît 
actuellement,  il  est  permis  de  croire,  avec  ^     Il 
milton  qu'il  peut  se  tr<>'  -me  dans  ces  fables. 

•  m  toi  m  i  «I-    |  •  rite. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  la  question  que  font  naître 

•  t  la  croyance  des  Brahmanes  M  I  m  tension  an- 
.i.iin-  .1.  <.\l.  m  ..  t  |.  ■  u..(liti..ii>  A>>  Sn.^li.il.iiv 
mu  |aj  .iii|M.t.'iii.MitN  dr  i.i  mer  ra  n.»nl  n  •■  EbfcjMft, 
il  n'en  est  pas  moins  certain  que.  quand  les  Brah- 
manes parlent  de  Langkd .  ils  entendent ,  en  général . 
dési  vlan.  Ce  nom  a  également  la  même  va 
leur  pour  les  Buddhistes  de  cette  Ue .  et  leurs  livres 
religieux  •  ••  lu«t   tiques,  ceux  surtout  qui  sont  é<  > 

'   VaJraftya  a  copie,  prrsqm  mm  en  rira  retrancher,  le 
«lu  lu  I  de  ta  t'  décade  de  de  Cooto.  Compara  ce  chapitre  (4.  III 
p.  67-81  de  ledit,  de  1779)  a»ec  les  pagee  14-17  de  la  fi**carr 
eimçt  mm  CtyUm,  t.  V  de  la  collection  de  Valratyn.  Voyei  encore, 
wr  l'ancienne  grandeur  de  Ceylao .  daieeV  Joàoit  bmmt,  «1er.  III 
LU, «.1,1    \  .  p.  109.  éd.  1777.  in-8*. 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  17 
en  pâli ,  se  servent  indifféremment  du  mot  Langkâ 
concurremment  avec  les  autres  dénominations,  telles 
que  Tambapanna  et  Simhala,  mots  dont  nous  parle- 
rons tout  à  l'heure.  La  preuve  de  cette  assertion  se 
trouve  presque  à  chaque  ligne  du  Mahâvamsa.  Ce 
nom  n'est  pas  moins  fréquemment  usité  dans  la 
langue  singhalaise ,  où  il  a  perdu  sa  nasale  et  où 
il  s'écrit  Laka,  que  l'on  prononce  Lake.  On  le  fait 
précéder,  d'ordinaire,  du  mot  sanscrit  5ft  çrî,  écrit, 
soit  de  cette  manière,  soit,  selon  l'orthographe  du 
pâli,  siri,  et  l'on  a  ainsi  le  mot  Çrîlaka  ou  Sirilaka, 
qui,  pour  les  Singhalais,  remplace  le  Langkâ  des 
Brahmanes.  On  ajoute  quelquefois  à  ce  nom  propre 
celui  de  Dù>a-(île),  de  cette  manière  Lakdiva,  mot 
qui  ressemble  beaucoup  à  celui  des  Lacdives,  mais 
qui  ne  doit  pas  être  considéré  comme  venant  de  la 
même  source  ;  car  le  nom  des  Lacdives  est  vraisem- 
blablement dérivé  du  sanscrit  Lakchadvîpa.  Les  or- 
thographes Çrilangkâ  et  Srîlaka  sont  les  plus  usitées 
dans  le  Râdjavali,  et  l'île  de  Ceylan  n'y  est  guère 
désignée  autrement.  Nous  pourrions  encore  invo- 
quer le  témoignage  des  Siamois,  qui,  au  rapport  de 
Barros,  connaissent  Ceylan  sous  le  nom  de  Lancâ, 
et  qui  disent  qu'elle  fut  jadis  réunie  au  continent  in- 
dien ,  ;  mais  les  Siamois  ayant  reçu  leurs  traditions 
religieuses  des  Singhalais,  leur  opinion  n'aurait  ici 

1  «Os  Pôvos  do  Reyno  de  Siâo,  failendo  délia,  ihe  chaman 
*. Lancâ,  e  tein  por  memoria  de  suas  escrituras  que  foi  jâ  conjunta 
«com  a  outra  terra  firme  do  cabo  Comorij.»  (Asia  de  Joâo  de  Bar- 
ros, dec.  III,  1.  II,  c.  i,  t.  V,  p    1 10,  éd.  1777,  in-ft".) 

ix.  ■> 


18  JANVIER  N 

|n.>  peu  de  poids.  Les  autorités  que  nous  venons  de 
citer  suffisent  pour  établir  que  la  dénomination  <l< 
Ungkâ.  avec  la  modification  légère  que  noua  avoua 
indiquée,  a  été  uniformément  adoptée  par  lea  Sin- 
ghalais  comme  nom  de  leur  II*,  et  que  n  le 

plus  généralement  admise  dans  l'Inde  sur  I  applica 
tion  de  cette  dénomination  prévaut  aussi  à  Ceylau. 

Ce  aérait  ici  le  lieu  de  rechercher  quelle  est  la 
signification  de  ce  nom  de  iMngké,  ou  an  notea  de 
déterminer  à  quelle  langue  il  peut  appartenir.  Mai* 
il  en  est  de  cette  dénomination  comme  de  la  pin 
part  de  celles  qui  désignent  les  anciens  peupl 
l'antiquité  de  leur  origine  lea  dérobe  aux  recherc 
de  la  philologie.  Lea  Brahmanes,  rependant .  ne  font 
pas  difficulté  de  rattacher  Ifl  mot  Lnngké  à  la  langue 
sanscrit.  .  iK  le  dérivent  §m  radical  eTO  laka 
gnifiant  obtenir,  et  ils  disent  que  le  nom  de  LangkA 
indique  «  un  lieu  où  l'on  trouve  le  bonheur.  »  S 
cette  ct>  mologie ,  Ungkâénpa  devrait  signifier  «  Ile 
fortunée».  oV nomination  qu'eli  avoir  reçue 

en  considération  de  m  fertilité  et  de  aea  riebeaaea 
naturelles. 

L'étymologic  dea  Brahmanes  semble  avoir  été 
adoptée  aussi  par  les  Singhalais;  oar  je  la  trouve 
rapportée  par  Diogo  de  Couto.  avec  dea  circona- 
tanr  lu  ne  sont  pas  toutes  égalent 

exactes.  Cet  auteur,  dans  un  chapitre  relatif  à  Ccy- 
lan ,  remarquable  pour  l'époque  où  il  a  été  rédigé . 
dit  que  les  ptomiOH  conquérants  d  frappés 

de  la  fertilité  merveilleux  du  n<>I    lui  donnèrent  le 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  IM 
nom  d'ile  Lancao ,  ce  qui  signifie  «  paradis  terrestre  h  » 
Vossius,  qui  écrit  ce  mot  Lamcab  ou  Lamca,  le  tra- 
duit, sans  doute  d'après  la  même  autorité ,  par  «  terre 
sainte  » ,  et  pense ,  comme  Barros ,  qu'il  fut  imposé  ;\ 
l'île  par  Vigiaraia  (Vidjaya  Râdja).  Nous  nous  ser- 
virons plus  tard  de  ce  renseignement  pour  établir 
que  les  Singhalais  eux-mêmes  reconnaissent  l'an- 
cienneté de  la  dénomination  de  Langkâ;  il  nous  suf- 
fira ici  de  constater  que  l'explication  de  ce  mot,  telle 
qu'elle  est  proposée  par  les  Brahmanes,  est,  aussi 
bien  que  le  mot  lui-même,  généralement  admise  à 
Ceylan. 

La  seconde  dénomination  sous  laquelle  est  con- 
nue Ceylan ,  selon  les  traditions  des  Singhalais  eux- 
mêmes,  est  celle  de  <il$4M"l  tâmraparna  ou  dliJLjUJT 
tâmraparni,  mot  sanscrit  dont  le  pâli  a  fait  tamba- 
panna  ou  tambapanni.  H  y  a  déjà  quelques  années 
que  j'ai  fait  connaître  ce  nom  remarquable ,  et  que 
j'en  ai  cherché  l'explication  dans  la  langue  sanscrite. 
Les  textes  nouveaux  que  j'ai  été  à  même  d'examiner 
depuis  n'ont  pas  changé  d'une  manière  notable  mon 
opinion  à  cet  égard. 

La  publication  du  recueil  de  M.  Upham  et  celle 
du  Dictionnaire  singhalais  de  M.  Glough,  servent 
cependant  à  préciser  divers  points  qui  pouvaient 
rester   encore   douteux.   Ainsi ,   on   ne  peut  plus 

3  «E  pela  grande  fertilidade  que  achâram  de  tudo,  puzeram 
«  nome  a  quella  Hha  Lancao ,  que  he  voqabulo  que  vem  a  respon- 
«der  as  Paraiso  terreal.»  (Asia  de  Diogo  do  Couto,  dec.  V,  I.  I, 
c.  x,  t.  III,  p.  48,  éd.  1779,  in-8°.) 


comme  je  le  supposais ,  que.  dans  les  mois 
pâlis  tambapanna,  tambapanni  ou  tàmbapannaya , 
comme  le  manuscrit  siamois  de  la  Hil. 

tbèque  impériale .  les  deux  premières  syllabes  tamba 
ou  tâmba  soient  l'abrégé  du  mot  sanscrit  rïlMH 
tâmbùla  i  feuille  de  bétel.  *  Clough.  dans  son  1 1 
boni  nghalais,  écrit  TAmbraparnm .  cv  dont  l< 

pâli  fait  Tambapanni,  et  il  définit  ce  mot  de  la  ma- 
nière suivante  :  ■  L'un  des  noms  de  Ceylan ,  qu'on 
lui  a  donné,  dit-on,  à  cause  de  la  grande  quant 
d'arbres  a  feuilles  couleur  de  cuivre  qui  croassent 
sur  le  sol  de  cette  île.  •  Que  ce  soit  là  le  véritable 
motif  pour  lequel  Ceylan  a  été  ainsi  nommée,  c'est 

nous  ne  voulons  pas  mettre,  pour  le  mo- 
ment, en  question;  mai-  I  orthographe  singhalatse 
du  mot  tâmbra,  qui  a  le  sens  de  caiset,  et  qui  n'est 
autre  chose  que  le  sanscrit  eTIsT  tâmra,  prou 
'I  iitie  manière  définitive,  que  nous  ne  devons  voir 
dans  le  pâli  tamba  ou  tâmba  qu'une  altération  de 
tâmra,  qui  a  passé  par  le  singhalais  tâmbr 
conclusion  résulte  également  de  l'exp  du 

Râijaratnàkari.  Fn  établissant,  en  effet,  qur  la  h 
diens  du  Bengale  qui  abordèrent  les  premiers  à  Cey- 
lan. bâtirent  une  ville  non  iawmbra  Paumée 
Nawara  (lises  Tâmbrapâni),  ou  «la  ville  couleur  de 
cuivre  » ,  dans  un  lieu  où  ils  avaient  remarqué  que 
la  poussière  était  de  la  couleur  de  ce  métal,  la 
chronique  nous  donne  et  Forthograpl  tive 
selon  les  Singhalais,  et  la  signification  propre  du 
mot  dont  le  pâli  a  fait  tamba.  Enfin,  nous  savons. 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  21 
d'une  manière  positive,  que  le  pâli  tamba  n'est  autre 
chose  que  le  sanscrit  tâmra;  c'est  un  point  démontré 
par  l'usage  que  les  textes  pâlis  font  de  ce  mot  pour 
désigner  ce  métal,  et  je  le  trouve  dans  le  passage 
suivant  du  Thûpavamsa ,  passage  qui  ne  peut  laisser 
aucun  doute  à  cet  égard  :  «Il  fit  élever  au-dessus 
une  maison  de  fer  et  de  cuivre.  »  Ajoutons  que  le 
vocabulaire  pâli,  connu  sous  le  nom  de  Abhidhâ- 
nappadîpikâ ,  nous  apprend  que  le  mot  tamba  est  em- 
ployé à  la  fois  comme  substantif,  et  alors  il  signifie 
cuivre,  et  comme  adjectif,  c'est-à-dire  dans  le  sens 
de  couleur  de  cuivre.  C'est  ce  qui  est  établi  par  le 
vers  suivant  : 

Tamba  [au  neutre]  désigne  une  espèce  de  métal;  avec  les 
trois  genres,  il  signifie  rouge  (ou  cuivré). 

Ces  textes  nous  servent  encore  à  déterminer,  d'une 
manière  précise,  l'orthographe  du  mot  Tambapaïuia 
ou  Tambapanni ,  et  ils  nous  montrent  que  celle  du 
manuscrit  siamois  est  moins  exacte  que  celle  que 
donnent  uniformément  le  Mahâvaihsa  et  Je  Thûpa- 
vamsa. 

Cela  posé ,  il  ne  reste  plus  qu'à  fixer  la  significa 
tion  propre  de  ce  mot  de  Tâmraparna  ou  Tâmra- 
parnî,  et,  comme  l'écrivent  les  Buddhistes  quand 
ils  se  servent  du  pâli,  Tambapaïuia  ou  Tambapanni. 
Et  d'abord  nous  remarquerons  que  ces  deux  ortho- 
graphes paraissent  indifféremment  usitées  par  les 
Buddhistes  de  Ccylan.  Tel  ouvrage,  comme  le  Ma- 
hâvamsa,  n'emploie  guère  que  l'orthographe  Tamba- 


M  JANVIER  1857. 

pointa;  tel  autre,  connu.  1.  Ikùpavamsa,  uretère  celle 
de  Tambapanni.  C'est .  comme  nous  le  dirons  tout  à 
l'heure,  une  différence  très-peu  importante  <  t  mu 
n'affecte  pas  le  sens  du  mot.  On  a  déjà  vu  plus  haut 
que ,  selon  Clough .  les  Singhalais  croyaient  que  ce 
nom  avait  été  donné  a  Geylan  à  cause  du  grand 
nombre  d'arbres  à  feuilles  couleur  de  cuivre  que 
produit  cette  ile.  Le  mot  de  Tâmraparna ,  qui  se  tra 
«luit  littéralement  par  «  feuille  cuivrée,  •  peut  signi- 
fier aussi  «arbre  à  feuilles  couleur  de  cuivre.  •  et 
il  est  permis  de  supposer  que  ce  nom  désigne  l'arbre 
<  MM  en  singhalais  sous  le  nom  de  tdmbravrikcka 
ou  •  l'arbre  de  cuivre,  *  nom  qui,  suivant  le  mène 
auteur,  indique  Ma  espèce  de  bois  de  sandaldun 
ça  foncé,  appelé  aussi  tâmbd,  c'est-à-dire  camé. 
Les  lois  de  la  composition  des  mots  en  sanscrit  1 1 
dans  les  langues  qui,  de  même  que  le  pâli,  en  dé- 
rivent immédiatement,  permettent  d'appliquer  ce 
nom.  comme  épithète,  à  une  localité  où  croissent 
des  arbres  à  feuillet  couleur  de  cuivre;  de  sorte  que 
Tâmraparna  peut  aussi  convenablement  désigner  I  il< 
où  abonde  cette  espèce  d'arbre  que  ces  arbres  • 
mêmes.  Cette  observation  rend  également  coin 
de  l'orthographe  Tambapanni  ;  car  on  doit  croire  QM 
dans  ce  mot  pâli ,  la  voyelle  finale  remplace  le  suffixe 
sanscrit  de  possession  in.  Le  mot  Tambapanni  devra 
d  ne  aussi  se  traduire  par  «qui  possède  des  arbres 
à  feuilles  couleur  de  cuivre ,  »  ce  qui  est  ex;i» 
le  sens  de  Tambapanna.  Cette  ranaïqm-.  qui  |- 
ini  passer  pour  minutieuse,  a  cependant  pour  l>m 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  23 
de  montrer  que,  si  l'on  voulait  rétablir  en  sanscrit  le 
pâli  Tambapcuini ,  c'est,  selon  nous,  dl^Mfuftf  *am- 

rapamin  (et  au  nominatif  rH«M«iT  )  qu'il  faudrait 
écrire. 

Nous  venons  de  justifier,  à  l'aide  de  la  philolo- 
gie, l'opinion  de  Clough  sur  l'origine  du  nom  de 
Tambapanna  ou  Tambapanni.  Mais  cette  opinion  n'est 
pas  la  seule  qui  ait  cours  parmi  les  Singhalais.  La 
chronique  déjà  citée  sous  le  titre  de  Râdjaratnâkari, 
et  le  Mahâvamsa,  nous  fournissent  une  autre  expli- 
cation qui  paraît  être  en  contradiction  avec  celle  de 
Clough.  Nous  devons  exposer  cette  tradition  nou- 
velle, et  rechercher  ensuite  s'il  ne  serait  pas  possible 
de  la  concilier  avec  celle  que  rapporte  le  savant 
missionnaire  anglais. 

Le  Râdjaratnâkari  raconte  que  quand  Vidjaya , 
fils  de  Simhabâha,  à  la  tête  de  sept  cents  hommes, 
eut  pris  terre  à  Ceylan ,  ses  soldats  se  mirent  à  par- 
courir l'intérieur  du  pays,  et  que,  fatigués  d'une 
longue  marche ,  ils  s'assirent  à  terre.  Après  s'être 
reposés,  ils  s'aperçurent  que  la  poussière  qui  s'était 
attachée  à  leurs  mains  était  de  la  couleur  du  cuivre , 
et  cette  circonstance  les  engagea  à  nommer  Tâmbra- 
pârni  Navara,  ou  «cité  couleur  de  cuivre,»  la  ville 
qu'ils  bâtirent  en  cet  endroit.  Cette  tradition ,  dont 
les  circonstances  ne  nous  sont  connues  que  par  la 
traduction  anglaise  d'un  ouvrage  dont  nous  ne  pos- 
sédons pas  le  texte,  s'éloigne  assez  de  celle  que 
Clough  nous  a  conservée,  pour  qu'on  puisse  croire 
qu'elle  est  puisée  à  une  autre  source.  Je  remarque- 


14  1V1SI  1857. 

rai,  eu  outre,  que  la  version  anglaise  qu'on  doi 
l'interprète  employé  pa  Johnston  n'est  pas 

ni  tout  à  fait  exacte  ;  car.  pour  que  les  mots  singha 
lais  qu'elle  rappelle  signifiassent  «  ville  cou 
•  i livre,  »  il  faudrait  Tàmbra  Suivra ,  ou  Tâmkravûrna 
Navara.  Les  mots  reproduits  par  M.  I  j  '  tan  dans  son 
édition ,  ne  peuvent  se  traduire  > 
leur  de  cuivre.  •  et,  avec  l'addition  du  mot  navara, 
\ille  des  mains  de  cuivre,*  ou  «des  hommes  aux 
mains  de  cuivre.  •  Cette  interprétation,  qui  s'ac- 
corde plus  complètement  avec  les  autres  détails  de 
la  légende,  achève  de  nous  éloigner  de  l'explicat 
de  Clougli. 

Devrons-nous  en  dire  autant  de  celle  qu'on  peut 
déduire  du  texte  du  Makâvamta,  ou.  plutôt,  nous 
sera-t-il  possible  de  découvrir,  dans  l'analyse  «lu 
passage  de  cette  chronique  relatif  à  la  légcn.l    | 

e ,  la  confirmation  de  l'une  des  deux  expi  ! 
précédentes?  Nous  remarquerons  d'abord  que  la 
faction  anglaise  n'a  conservé  que  de  faibles  traces 
du  récit  de  l'original,  car  on  ne  trouve,  dans  l'édi- 
tion de  M.  I ipham,  que  ces  mots  :  «  Vidjaya  bâtit 
ensuite  une  ville  de  < .    IH)„,  dans  Ja  forct  je  fam. 
manah»,  et  plus  bas:  «  il  régna  tranquillement  pen- 
dant trente-huit  années  dans  la  ville  de  Tammanak  ». 
Nous  ferons  voir,  tout  à  l'heure,  que  Tammannah  est 
la  transcription  du  mot  qui.  pour  l<    s 
présente  le  pâli  tamlxipannu.  En  adimttlant.  QOflMM 
établi,  ce  fait  que  nom    I*- montrerons  plus  bas,  il 
en  résulte  qae  la  traduction  augLi»*  du  Mulnivanua, 


SLR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  25 
au  lieu  de  raconter  les  circonstances  auxquelles  l'île 
de  Cevlan  doit  le  nom  de  Tambapanna,  n'a  conservé 
que  la  mention  de  ce  nom  sous  une  forme  très- 
altérée. 

Heureusement  le  texte  pâli  du  Mahâvamsa  est 
beaucoup  plus  détaillé,  et,  quoique  la  brièveté  du 
passage  que  nous  allons  citer  et  la  concision  du 
style  dont  s'est  servi  le  chroniqueur  puissent  encore 
laisser  des  doutes  sur  la  signification  de  quelques 
mots,  on  y  trouve  cependant  des  renseignements 
que  la  version  anglaise  a  eu  tort  de  supprimer.  Ces 
renseignements  sont  contenus  dans  le  septième  cha- 
pitre du  Mahâvamsa ,  celui  qui  expose  l'arrivée  de 
Vidjaya  dans  l'île  de  Ceylan,  et  la  victoire  qu'il  rem- 
porta sur  les  mauvais  génies  qui,  selon  la  chronique, 
y  habitaient  avant  l'établissement  de  la  colonie  in- 
dienne. Après  avoir  raconté  la  défaite  des  démons, 
le  texte  ajoute  sept  vers  que  je  traduis  littéralement  : 

Ayant  bâti  une  ville  nommée  Tambapanna,  il  y  fixa  son 
séjour.  Les  sept  cents  hommes  que  commandait  le  roi,  étant 
arrivés  [à  Ceylan],  étaient  descendus  de  leur  vaisseau  sur  le 
rivage,  épuisés  de  fatigue.  Ils  s'assirent,  privés  de  force, 
sur  la  terre,  dont  la  poussière  resta  attachée  à  leurs  mains; 
il  en  résulta  que  leurs  mains  devinrent,  en  cet  endroit,  sem- 
blables à  des  feuilles  couleur  de  cuivre.  Ce  bois  reçut,  pour 
cette  raison,  le  nom  de  Tambapanna  ou  t  feuille  cuivrée  ■;  de 
là,  cette  dénomination  s'étendit  à  l'excellente  île  [tout  en- 
tière]. 

Si  cette  traduction  est  exacte,  il  en  résulte  que 
la  narration  du  Mahâvamsa  s'accorde  mieux  avec  le 


36  vWIfcR  1*07 

Hàdjaratiùkurt,  qu'avec  la  légendedonnée  par  Clough. 
Les  circonstances  principales  de  ce  récit  sont  qui 
les  compagnons  de  Vidjaya  s'assirent  sur  le  sol ,  que 
leurs  mains,  auxquelles  1s  poussera  s'était  attachée, 
mrent  OMaVsj  de  cuivre,  et  que  la  colonie  m 

.luniu-  .h  prit  u.r.iM.111  (!-•  muet   Bf  lirii  i'amba 

patina.  Mais  j'avoue  que  les  deux  dernières  circons- 
lances  sont  obscurément  rattsihéui  Tune  à  l'autre 
par  le  |  toutefois     y    I  interprète  bien.  La 

I  illimité  porte  seulement  sur  les  mou  tamUpaMat 
tka  aoaaivé.  auxquels  je  crois  pouvoir  donner  le 
sens  de  m  leurs  mains  fui  -nd  roi  t.  comme 

des  feuilles  cuivrées.  »  Ces  feuilles ,  auxquelles  res- 
semblaient les  mains  des  soldats .  après  qu'ils  les 

eut  appuyées  sur  la  terre,  sont  peut-être  celles 
•  l<  l'espèce  de  sandal  dont  nous  avons  parle  plus 
haut;  et  cette  supposition  nous  ramène  indirecte  - 
ment  à  la  légende  de  Clough.  Je  dis  indirectement, 
car  Clough  pense  que  le  nom  de  Tambdpanna  a  été 
donné  a  Ccylan.  à  cause  du  grand  nombre  d'arbres 
a  feuilles  cuivrées  que  111c  produit,  tanat  que  le 
[UkêtaiiiMi  n'indique  ces  feuille»  que  pour  ooan 
parer  à  leur  couleur  celle  que  le  contact  de  la 
poussière  donna  aux  mains  des  compagnons  de 
\  iiljaya. 

Mais  comment  a-t-on  pu  être  conduit  p 

ind  kart  ton  I  muer  le  lieu  où  s'était  passé  celui 

feuille  de  cuivre!  I  hv>  que  c'est  l'endroit  où  les  DM 
des  soldais  du  Bengale  prirent  la  couleur  parti 
lui  e  bjd  leuilles  d'un  arbre  qui  croit  à  C«*\  l.in    n'est 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  27 
ce  pas  une  voie  un  peu  détournée,  et  ne  serait-il  pas 
préférable  d'énoncer,  comme  semble  le  faire  le  Râ- 
djaratnâkari,  que  cet  endroit  fut  nommé  Tambapâni, 
ou  «  le  lieu  des  mains  couleur  de  cuivre»?  L'ortho- 
graphe Tambapanni  se  prête  certainement  à  cette 
explication  ;  car  en  pâli  le  mot  panni  peut,  aussi  bien 
que  pâni,  désigner  la  main.  Mais  on  n'en  peut  plus 
dire  autant  de  Tambapanna,  où  panna  ne  peut  être 
autre  chose  que  le  sanscrit  parna  «  feuille  ».  Nous  ne 
sommes  donc  pas  autorisé  à  substituer  le  mot  main 
à  celui  de  feuille  dans  l'interprétation  du  mot  Tam- 
bapanna, tel  que  le  donne  le  Mahâvamsa;  mais  nous 
pouvons  dire  que  le  récit  de  cette  chronique,  quoique 
un  peu  obscur,  revient  à  celui  du  Râdjaratnâkari , 
et  qu'il  présente  une  allusion  détournée  à  celui  de 
Clough. 

C'est  peut-être  dans  ce  rapport  de  deux  traditions 
qui, considérées  isolément, sont  très-différentes  l'une 
de  l'autre ,  qu'il  faut  chercher  le  moyen  de  concilier 
Clough  et  le  Râdjaratnâkari.  L'île  de  Ceylan  produit 
une  variété  de  sandal  qui  est  appelée  Tâmbravrïkcha, 
et  d'autres  espèces  d'arbres  ou  de  plantes  à  feuilles 
cuivrées,  et  qu'on  peut  désigner  sous  le  nom  de 
Tambapanna.  Voila  le  fond  réel  des  explications 
proposées  d'un  côté  par  Clough,  et  de  l'autre  par 
le  Mahâvamsa  et  par  le  Râdjaratnâkari.  Celle  de 
Clough  est  plus  simple  et  plus  directe,  il  faut  en 
convenir,  que  celle  des  chroniques  précitées;  mais 
cette  dernière  est  donnée  par  deux  ouvrages  origi- 
naux; et  l'un  des  textes  qui  nous  la  font  connaître 


J8  \\\  ÎKR  1857. 

est  maintenant  lt\t<  .1  l.i  . ritiqu.-,  qui  a 

Me  ;  lier  si  le  texte  Im-même  ne  DOatiwI  pu 

autre  chose  que  ce  que  j'y  ai  vu. 

La  discussion  précédente  a  eu  pour  but  de  dcter- 
min .  r.  avec  la  plus  grande  préei%ion  que  cela  nous 
était  possible,  l'origine  et  la  valeur  propre  de  lu 
nomination  de  Tambapanna  ou  Tambapanni.  J'ai  cru 
que  l'ancienne  célébrité  de  ce  nom.  qui  est  depuis 
longtemps  connu  des  Occidentaux,  sous  une  forme 
I»  n  (Itérée,  me  ferait  pardonner  la  minutie  des  dé- 
tails dans  lesquels  j'ai  été  obligé  d'entrer.  D'ailleurs. 
il  m'a  semblé  indispensable  d'examiner  avec  soin 
•  me  dénomination  qui  occupe,  comme  nous  l'a  lions 
voir,  une  place  considérable  dans  b  géographie  his- 
<|ue  de  Ceylan. 

Le  passage  du  Makâvanùa  que 
duit  ri-dessu»  nous  apprend  qu'avant  <i  I -u>-  I.    1 
de  Ceylan. Tambapanna  fut  celui  de  la  pi  •  •  ill. 

qui  ait  été  fondée  dans  cette  Ile  par  le  chef  de  la  co- 
lonie indienne  \<  mi*   du  Bengale.  Cette  ville.  • 
même,  devait  <  d'après  le  même  texte. à  un 

bois  (kânana)  dans  lequel  s'étaient  arrêtés  les  soldats 

\  idjaya.  De  la  forêt,  cette  dénomination  passa. 
dit  on,  a  la  ville,  de  la  ville  à  la  totalité  de  l'île  de 
Ceylan:  telle  est  la  marche  que  trace  le  Mahâramsa 
pour  les  appli<  liions  successives  du  nom  de  Tamba- 
panna. La  troisième  des  chroniques  singhalaises  1 
corde  complètement  avec  les  données  du  textfl  |»àli; 
mai>  il  <  >t  nécessaire  de  remarquer  que  le  moi 
Tambapanna  v   est  '  «m<*  manière  telle,  qw 


SUR  LA  GEOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  29 
l'on  aurait  de  la  peine  à  le  reconnaître,  si  l'on  n'avait 
la  certitude  que  le  mot  dont  se  servent  les  Singha- 
lais  pour  désigner  la  première  ville  fondée  par  Vi- 
djaya  est  bien ,  d'après  eux ,  le  substitut  du  pâli  Tam- 
bapanna.  Déjà  nous  avons  dit  que  la  version  anglaise 
du  Mahâvamsa nommait  Tammanah  la  ville  où  Vidjaya 
fixa  son  séjour.  Cette  orthographe  est  donnée  avec 
une  variante  légère  dans  le  Râdjavali  anglais,  où 
nous  voyons  que  la  colonie  commandée  par  Vidjaya 
prit  terre  à  un  port  nommé  Tammenne  Tota,  port 
qu'une  note  de  l'édition  de  M.  Upham  représente 
comme  un  lieu  où  l'on  passe  l'eau  (ferry),  auprès 
de  Wanny.  Nous  essayerons,  tout  à  l'heure,  de  dé- 
terminer la  position  de  ce  lieu.  Nous  devons  remar- 
quer auparavant  que  notre  manuscrit  du  Râdjavali 
singhalais  écrit  ce  nom  Tœmmœnna  Tôta,  dans  le 
passage  même  qui  répond  à  celui  de  la  version  an- 
glaise que  nous  venons  de  citer,  et  Tammanna  Tôta 
dans  un  autre  endroit.  C'est,  selon  moi,  cette  der- 
nière orthographe  qui  doit  être  préférée.  Il  est  à 
peine  nécessaire  de  dire  qu'on  n'est  pas  en  droit  de 
conclure  du  récit  du  Râdjavali  qu'au  moment  où 
Vidjaya  prit  terre  à  Ceylan,  le  port  de  Tammanna 
existait  déjà  dans  cette  île.  Il  ne  faut  pas  interpréter 
ce  récit  à  la  lettre,  et  le  texte  veut  seulement  dire 
que  la  colonie  indienne  aborda  au  lieu  où  se  trouve 
le  port  de  Tammanna. 

Cette  interprétation  s'applique  également  à  un 
autre  passage  du  Râdjavali,  où,  après  avoir  raconté 
les   voyages  successifs  que   fit,   dit- on,  Çakiamuni 


30  JANVIER   1357 

Buddha  dans  l'Ile  de  Ceylan  pour  y  établir  aa  aV 
trine.  le  chroniqueur  ajoute  qui    huit  jour»  après 
qae  les  mauvais  génies  ou  habitants  primitifs  de  I 
eurent  été  exilés,  par  Ciàutama.  dai  nommée 

depuis  Yakain  devina .  sept  cents  d'entre  eux  se 
tirèrent  dans  la  forêt  de  Jammenawxnga .  selon  la  tra 
duction  anglaise,  et  Tammœmma  Vamaya  selon  le  texte 
original.  Certainement  cela  ne  veut  pas  dire  que 
cette  forêt  s  appellait  Tammammm  Vamaya  du 
de  Gàutama  ;  car.  pour  entendre  le  texte  dans  oe 
il  faudrait  prouver  d'abord ,  ce  qui  ne  me  paraîtrait 
pas  facile,  que  Gàutama  soit  jamais  venu  à  Ceylan 
Tout  nous  porte  à  croire,  au  contraire,  que  la  forêt 
de  Tammamma  Vamaya  du  HàdjavaU  singhalais  ev 
bots  où,  selon  le  Mahâvamsa ,  se  reposèrent  les  com- 
pagnons de  Vidjaya .  et  qui  reçut  d'eux  le  nom  de 
Tambapanna. 

La  même  dénomination  se  trouve  encore  dans 
celle  de  Tammanna  Adawta, donnée  par  la  tm 
du  RâdjataU  au  lieu  où  fut  bâti  un  palais  destiné  à 
célébrer  le  mariage  de  Vidjaya  avec  la  reine  des  ha- 
bitants primitifs  de  l'ile.  Car  la  mot  singhalais  ad*' 
w>a,  que  nous  transcrivons  d'après  l'orthographe  du 
Râdjavali,  n'est  autre  chose  que  le  sanscrit  dj|-iN 
atavi  «  forêt  »  ou  u  bois  »  ;  de  sorte  que  le  nom 
Tammanna  AHaviya  du  texte  n'est  autre  chose  que 

ni  de  Tammanna  Vanaya,  que  nous  v«  exa- 

miner. 

Enfin,  elle  est  appliquée  à  la  ville  où  s'établirent 
Vidjaya  et  ses  compagnons;  seulement  la  traduM 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  31 
anglaise  nomme  cette  ville  Tammenamwara ,  en  alté- 
rant un  peu  ce  nom,  que  le  texte  du  Râdjavali  sin- 
ghalais écrit  Tammœnna  Nuvara  ou  la  ville  de  Tarn- 
mœnna.  Mais  la  traduction  anglaise  conserve  plus 
fidèlement  l'orthographe  de  l'original,  dans  un  autre 
passage ,  où  il  est  dit  que  le  successeur  de  Vidjaya 
quitta  la  ville  de  Tammanna  Nuwara,  et,  selon  le  texte 
singhalais,  Tammœnna  Nuwara,  ou  Tammanna  Nu- 
wara pour  en  bâtir  une  autre  nommée  Upatissa  Nu- 
vara. 

Il  résulte  de  la  comparaison  de  ces  documents, 
empruutés  au  Râdjavali  singhalais,  avec  ceux  que 
nous  avons  extraits  ci-dessus  du  Mahâvamsa,  que  le 
Râdjavali  nous  donne  : 

i°  Une  forêt  nommée  Tammanna,  ou,  avec  la 
modification  très-légère  d'une  seule  voyelle,  Tam- 
mœnna: c'est  le  bois  de  Tambapanna  du  Mahâvamsa 
pâli; 

2°  Une  ville  nommée  Tammanna  ou  Tammanna, 
c'est  la  ville  de  Tambapanna  du  Mahâvamsa; 

3°  Un  port  nommé  Tammanna,  et,  dans  un  autre 
passage  ,  Tœmmœnna.  Or,  quoique  le  Mahâvamsa  ne 
parle  pas  positivement  d'un  port  de  ce  nom ,  on  voit, 
par  le  récit  de  cette  chronique,  que  c'est  non  loin 
du  lieu  ou  débarqua  Vidjaya  que  se  trouvait  le  bois 
nommé  Tambapanna. 

Nous  sera-t-il  possible  maintenant  de  fixer  le  point 
de  la  côte  de  Ceylan  auquel  cette  dénomination  fut 
donnée  par  la  colonie  indienne  venue  du  Bengale  ? 
Nous  devons  au  moins  tenter  de  le  faire,  et  notre 


32  JANVIER  1857. 

recherche  ne  sera  pas  inutile,  dut  ailt  ne  nous  don 
iicr  qu'on  résultai  approximatif;  on   •  ll<-  non»  ap- 
prendra de  quelle  partie  de  Ovlan  est  sorti 
nomination  de   Tambapanna,   pour  s'étendre  plus 
tard  à  l'ile  tout  entière. 

Les  opinions  des  Cinghalais  eux-mêmes,  rel;i 
ment  au  point  de  la  côte  où  eut  lieu  le  débartp 
ment,  semblent  trtVpartagées,  et  Valent) n  ne  • 
pas  moins  de  cinq  endroits  entre  lesquels  on  parait 
hésiter.  Ce  sont  :  i*  IVmbouchurc  de  la  rivière  Val  - 
levay.  qui  se  jette  dans  la  mer  vers  l'extrémité  Ma* 
est  de  l'ile;  s*  Mie  de  Manâr;  3*  Mantote  ou  Ma- 
tote;  VCalpentin;  5*  Trincomalé. 

À  ces  cinq  opinions,  il  faut  ajouter  celle  de  Diogo 
de  Couto1 ,  qui  fait  aborder  Vidjay  a  en  un  port  nom  1 1 1  • 
Preatur  Trincomalé  et  la  pointe  de  Jafnapa 

tam.  Ce  port  de  Prtaturé  est  vraisemblemcnt    le 
Varrnture  de  la  carte  de  Valentyn  t'<irtttva 

de  celle  du  capitaine  Schneider,  près  de  Puntoda» 
as. 

La  première  observation  qui  se  présente .  quand 
on  compare  entre  elles  ces  sis  opinions  diverses, 
c'est  qu'il  n  \  m  a  que  deui  qui  se  rapportent  a  la 
••ntale  de  111e  :  ce  sont  celles  qui  indiquent 
l'embouchure  de  la  rivière  Vallevay  ou  Trincomalé, 
comme  les  points  de  débarquement.  La  première 
parait  appuyée  par  le  Râdjavali,  celle  des  trois  chro- 
niques singhaiaises  qui  donne  le  plus  de  det 

1    Asia  de  Dioçn  fin  Cmito.  Arc.  V.  lih.  I.  cap.  »,  t.  Hl.  p.  47.  4à 
in-*",  1 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  o."> 
1  établissement  des  Indiens  du  Bengale  dans  l'île  de 
Ceylan.  En  effet,  la  traduction  anglaise,  d'accord  avec 
le  texte,  raconte  que,  pendant  que  le  vaisseau  qui 
portait  Vidjaya  faisait  voile  vers  la  contrée  de  Rune 
Rate  (dans  le  texte  Runa  Rata),  les  hommes  qui  le 
montaient  aperçurent ,  du  milieu  de  l'Océan,  la  haute 
montagne  nommée  Sumana  Kûta  Parvata,  et  qu'ils 
prirent  terre  à  Tammanna  Tôta.  Une  note  de  l'édition 
de  M.  Upham  nous  apprend  que  ie  Runa  Rata  oc- 
cupe environ  le  tiers  de  Ceylan  au  sud ,  et  que  Tam- 
manna Tôta  est  un  lieu  où  l'on  passe  l'eau  (ferry) ,  aux 
environs  de  Wanny.  Or  le  Runa  Rata  (en  pâli  Roha- 
narattha)  est,  comme  nous  le  dirons  plus  tard,  l'an- 
cien nom  de  la  côte  sud-est  de  Ceylan ,  et  c'est  dans 
cette  province  que  la  rivière  Vallevay  se  rend  à  la 
mer.  Ce  rapprochement  donne,  jusqu'à  un  certain 
point,  l'autorité  d'un  texte  à  la  première  des  opi- 
nions rapportées  par  Valentyn;  car  le  terme  même 
dont  se  sert  la  version  anglaise,  ferry,  terme  qui  est 
la  traduction  du  singhalais  tôta,  indique  que  le  dé- 
barquement se  fit  à  l'embouchure  ou  près  de  l'em- 
bouchure d'une  rivière.  Quant  à  Wanny,  lieu  auprès 
duquel  l'interprète  singhalais  place  Tammanna  Tôta, 
les  cartes  qui  sont  à  ma  disposition  n'en  offrent  pas 
la  moindre  trace.  C'est  sur  la  côte  du  Runa  Rata 
qu'il  faudrait  vraisemblablement  chercher  ce  lieu; 
mais  cette  côte,  qui  est,  de  nos  jours,  une  des  plus 
sauvages  et  des  moins  peuplées  de  l'île  de  Ceylan , 
n'offre  aucun  nom  qui  rappelle  celui  de  Wanny, 
lequel  s'applique,  comme  on  sait,  à  un  district  boisé 


34  JANVIKR   1857. 

qui  ntérietrr  des  terre»  *  l'ouest 

Trinromalé.  En  plaçant  Tammanna  Téta  auprè> 
WannN    I  interprète  amghalai*  entend,  selon  toute 
apparence,  parler  d'un  lieu  situé  sur  la  <  non 

rj'tii  »  aussi  considérable  et  déjà  .< 

de  la  mer  que  relui  de  Wanny.  S'il  en  était  autre- 
ment .  et  si .  comme  nous  essayerons  de  le  montrer, 
le  seul  Wanny  qui  nous  toit  connu  était  designé 
dans  le  passage  que  nous  examinons  en  ce  moment, 
la  mention  de  ce  nom  devrait  nous  détourner 
chercher  le  lieu  du  débarquement  de  Vid java  à  l'em- 
bouchure de  la  Yallevay;  elle  non»  ramènerait,  au 
contraire,  aux  environs  de  Trinromalé,  où  nous 
somme»  déjà  conduits  par  une  des  opinions  qu  m 
dique  Valenryn .  et  qu'appuient  des  renseignement» 
qui  seront  discutés  tout  à  l'heure. 

ta  difficulté  que  nous  rencontrons  M 
vient  peut-être  du  petit  nombre  de  nos  moyens  de 
comparaison .  ne  suffirait  pas  pour  infirmer  lui 
moignage»  du  Rédjarali  et  de  l'interprète  smgusrlais; 
et  si  l'opinion  qu'il»  nous  font  connaître  était  la 
seule  qui  eût  cours  à  Ceylan .  il  faudrait  l'admettre, 
quelque  peu  probable  qu'elle  paraisse  quand  on 
l'examine  de  près.  Sans  doute,  la  mousson  du  nord 
•  dû  porter  un  vaisseau  partant  du  Bengale  sur 
la  côte  orientale  de  Ceylan.  et  !••  p  la  cote 

où  le  débarquement  doit  avoir  eu  lieu  a  pu  être 
aussi  bien  au  midi  qu'au  nord  de  l'Ile.  Voilà  pour- 
quoi, parmi  les  Singhalais,  les  uns  indiquent  l'em 
hure  de  la  rivière  Vallevav.  d  I 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  35 
malé,  comme,  le  lieu  où  vint  aborder  Vidjaya.  Mais 
ce  qu'il  n'est  pas  aussi  facile  d'expliquer,  ce  sont  les 
circonstances  historiques  qui  se  rattachent  à  une 
seconde  ville  qui  fut  fondée  non  loin  sans  doute  de 
ce  lieu,  et  qui  fut,  selon  la  chronique,  le  séjour  du 
second  roi  singhalais.  Le  Mahâvaiïisa  et  le  Râdjavali 
s'accordent  à  raconter  que,  Vidjaya  étant  mort  sans 
enfants,  un  de  ses  ministres,  nommé  Upatissa,  occupa 
le  trône  pendant  une  année,  et  qu'il  fixa  son  séjour 
dans  un  lieu  nommé  Upatissagâma,  selon  le  texte  pâli, 
et  Lpatissa  Nuvara, selon  l'histoire  singhalaise,  jusqu'à 
ce  que  le  neveu  du  roi  Vidjaya  vînt  du  Bengale  avec 
une  nombreuse  suite  et  s'emparât  du  pouvoir.  Je  ne 
m'arrêterai  pas  à  relever  en  ce  moment  les  diffé- 
rences légères  que  présente  le  récit  assez  développé 
du  Mahâvamsa ,  si  on  le  compare  à  celui  du  Râdja- 
vali. Je  ne  dois  indiquer  ici  que  les  traits  communs 
de  ces  deux  narrations,  et  surtout  ceux  qui  ont  rap- 
port à  la  géographie.  Or,  en  premier  lieu ,  le  village 
de  Upatissa  est  situé,  d'après  l'interprète  anglais  du 
Mahâvamsa,  au  nord  de  Anurahde-Pura  (Anarûdha- 
para),  ville  ancienne,  dont  la  position  dans  le  nord 
de  Ceylan  est  bien  déterminée.  Ce  renseignement, 
il  est  vrai,  appartient  en  propre  à  la  traduction  an- 
glaise, et  l'on  ne  le  trouve  pas  dans  le  texte  pâli, 
où  on  lit  seulement  ce  distique  :  «  A  la  mort  de  Vi- 
djaya, les  ministres,  en  attendant  l'arrivée  des  Kcha- 
triyas  (de  l'Inde),  s'établirent  à  Upatissagâma,  et 
gouvernèrent  le  royaume.  »  Mais  on  doit  le  regarder 
comme  une  opinion  admise  parmi  les  Singhalais,  et 

3, 


U  \\\  IKK   IH57 

il  est  périma  de  luppoaer  q«H  n'a  pas  été1  iatroMl 
dans  la  traduction  du  Makâramsa  par  le  seul  caprice 
du  traducteur.  La  version  qu'on  lui  doit  est  asses 
difl*  "  l'original  pâli,  pour  qu'on  puisse  croire 

(juclle  se  rapporte  à  m  .mtre  texte. 

Mais  si  l'on  admet,  avec  le  Makâtxu'ma  «ju.-  |a 
1 1  liage  de  l  pat  usa  se  trouve  au  nord  de  Anarddka 
para ,  tandis  que  la  ville  de  Tammanna  est  sur  la  cote 
méridionale  de  Ceylan .  il  devient  bien  difficile  de 
comprendre  les  faits  dont  nous  avons  prétenté  I 
a  l'heure  le  résumé.  Comment  croire  que .  dans  l'es- 
pace d'une  année,  le  siège  de  la  puissance  d'une  co- 
lonie établie  à  Ceylan  depuis  trente-huit  ans  au  pras 
ail  pu  se  déplacer  du  midi  au  nord  et  passer,  de  l'em- 
bouchure de  la  Vallevay  à  la  ville  de  Anarâdha ,  ssjj 
en  est  éloignée  de  plus  de  cinquante  lieues  en  ligne 
droite?  A  en  juger  par  l'étendue  des  bob  impéné- 
trables qui  couvrent  la  plu»  grande  partie  de  Ceylan. 
on  peut  croire  que,  quand  les  Indiens  du  Bengale  y 
abordèrent,  les  obstacles  qui ,  de  nos  jours  même, 
rendirent  la  conquête  de  l'île  si  pénible  I  ar- 

rêter longtemps  leurs  progrès.  Pour  qu'un  déplace- 
ment aussi  rapide  ait  pu  avoir  lieu ,  il  faut  donc  I 
poser  qu'il  fut  plus  aisé  que  l'état  du  pays  ne  permet 
de  le  croire,  c'est- a- dire  que  le  village  de  Upatism 
et  l'embouchure  de  la  Vallevay  étaient  voisins  I  un 
de  l'autre.  Or,  c'est  ce  que  la  tarit*  bon  anglaise  éa 
Mahâvanisa  contredit  formellement ,  quand  elle  place 
le  village  de  Upahssa  au  nord  de  Anuradhapura. 

Ce  n'est  pas  tout,  et  un  témoignage  plus  de 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  37 
celui  du  texte  même  du  Mahâvamsa,en  rapprochant 
la  mention  de  Upatissaaâma,  non  pas  de  la  Vallevay, 
mais  d'une  rivière  d'un  autre  nom,  donne  un  nou- 
veau degré  de  vraisemblance  à  l'opinion  des  Sin- 
ghalais,  qui  cherchent  au  nord  et  non  loin  de  Anu- 
râdhapara  la  position  de  Upatissagâma.  Selon  cette 
chronique,  le  plus  jeune  des  neveux  de  Vidjaya, 
nommé  Panduvâsudêva,  prenant  avec  lui  trente-deux 
ministres,  s'embarqua  pour  se  rendre  à  Ceylan.  Ils 
abordèrent,  dit  le  texte,  à  l'embouchure  de  la  rivière 
nommée  Mahâkandara.  Là ,  ils  demandèrent  quelle 
était  la  ville  la  plus  voisine,  et  ils  parvinrent  jus- 
qu'au village  de  Upatissa,  protégés  parles  dieux. 

Ce  récit  permet  de  supposer  que  le  village  de 
Upatissa  n'était  pas  fort  éloigné  de  l'embouchure  de 
la  rivière  Mahâkandara  ;  car,  autrement,  s'il  y  eût  eu 
entre  ces  deux  positions  une  aussi  grande  distance 
que  celle  qui  sépare  Anurâdhapura  de  la  rivière  Val- 
levay, le  texte  n'eût  pas  manqué  d'indiquer  que  les 
Indiens  du  Bengale  avaient  eu  un  long  voyage  à  exé- 
cuter dans  l'intérieur  du  pays.  Cette  observation 
nous  autorise  à  chercher  la  rivière  nommée  en  pâli 
Mahâkandaranadî ,  c'est-à-dire  «  la  rivière  de  la  grande 
vallée  ou  des  grandes  cavités  » ,  dans  la  partie  de  Cey- 
lan voisine  de  celle  où  est  situé  Anurâdhapura,  ville 
au  nord  de  laquelle  est  placé  le  village  de  Upatissa. 

Malheureusement,  les  cartes  que  je  puis  consulter 
n'ont  pas  de  rivière  de  ce  nom,  et  comme  l'inter- 
prète singhalais  a  omis  complètement  les  détails  que 
nous  venons  d'emprunter  au  texte  même  du  Mahâ 


SE  JANVIEH  1857. 

ramsn ,  nous  sommes  ici  privés  du  secours  de  la  Ira 
durtion  anglaise,  qui  nou> 

synonymes  modernes  pour  les  anciens  noms  pâlis, 
("m  rencontre,  il  est  vrai,  sur  la  r<Ste  nord-est,  M 
rmèrc  .jiii  porte,  dans  la  carte  de  Davis,  le  i 
Vfallekante  Aar,  celui  de  Nalle  Malle  hante  .4 a r  dans 
«elle  du  capitaine  Schneider,  et  A,-  kmulekar  dans 
celle  de  Yalenlyn  .  qui  la  place  un  peu  plus  au  sn.l 
au  fond  de  la  baie  de  Cotiàr,  mais  la  ressemblance 
que  l'on  remarque  entre  les  noms  Afohàktmdarn  et 
Mallekantr  âr  est  purement  accidentelle,  et  ces  déno- 
minations appai  Bl  évidemment  à  des  idiomes 
divers.  La  finale  âr  est  le  tamoul  àrm,  mot  qui  si- 
gnifie «rivière»,  et  dont  les  Stnghalais  ont  bit  dm, 
«rui  n'appartient  peut-être  pas  primitivement  à  leur 
pre  langue.  Au  contraire,  le  mot  kante  ou  kanée 
le  singhalais  kanda  •  montagne  ».  et  la  réum 
de  ces  deux  termes  forme  le  composé  hybride  «ri- 
vière de  la  montagne.  •  L'idée  de  montagne  est  en- 
core exprimée  dans  le  nom  de  cette  rivière  tel  qu'il 
est  tracé,  sur  la  carte  de  Davis,  par  le  mot  malle 
est  vraisemblablement  le  tamoul  malâi  «  montagne  ». 
ni.  l'orthographe  do  capitaine  Schneider,  Nalle 
'le,  rappelle  le  nom  de  Natta  Malla,  donné  à 
une  chaîne  de  montagnes  qui  s'étend  an  nord  en 
fleuve  Krichna.  sur  la  côte  orientale  de  l'Inde.  Ces 
noms,  que  l'on  trouve  assignés  à  un  Beat  16  qui  coule 
dans  la  partie  de  Ceylan  où  les  Tamoul  s  si-  sont 
depuis  longtemps  établis,  doivent  être  rapportes  à 
leur  idiome  national  ;  relui  de  Mahâkandara  doit    su 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANC1E.NNE  DE  CEYLAN.       3<J 

contraire,  se  traduire  par  «rivière  de  la  grande 
vallée»,  et  la  comparaison  de  ces  deux  traductions 
m'engage  à  penser  que  la  Kandara  du  texte  pâli,  et 
la  Kande  âr  des  cartes  modernes ,  sont  deux  fleuves 
différents. 

Il  est,  en  effet,  dans  ces  recherches,  une  règle  de 
critique  de  laquelle  on  ne  peut  se  départir  sans  dan- 
ger. C'est  qu'il  ne  suffit  pas  que  les  dénominations 
que  l'on  compare  entre  elles  présentent  une  analo- 
gie de  son  plus  ou  moins  marquée;  il  faut  encore 
que  les  éléments  qui  les  composent  se  prêtent  au 
même  procédé  d'interprétation.  Je  dirai  plus  :  quand 
divers  peuples  se  sont  succédé  dans  un  pays,  quand 
ils  ont  laissé  sur  le  sol  des  traces  de  leur  séjour,  la 
ressemblance  de  son  qu'offrent  entre  elles  les  di- 
verses dénominations  géographiques  que  l'on  ana- 
lyse n'a  plus  aucune  importance.  Elle  est  souvent 
même  une  cause  d'erreur;  car,  en  la  prenant  uni- 
quement pour  guide,  on  court  le  risque  d'interpré- 
ter par  une  langue  des  noms  qui  ne  peuvent  s'ex- 
pliquer que  par  une  autre.  Cette  remarque  s'applique 
sans  restriction  à  la  nomenclature  géographique  de 
l'île  de  Ceylan,  puisque  cette  île  est,  depuis  des 
temps  déjà  anciens,  un  lieu  où  des  peuples  de  races 
et  de  langues  diverses  semblent  s'être  donné  rendez- 
vous.  Les  noms  des  lieux  ont  varié  avec  les  nations 
qui  s'y  sont  établies;  et  cette  diversité,  qui  a  passé 
dans  les  traditions  historiques,  a  couvert  la  carte  de 
Ceylan  de  dénominations  de  tous  les  âges  et  de  toutes 
les  origines.  Ainsi ,  à  côté  d'un  nom  sanscrit  importé 


40  i? im  il 

par  la  migi\iti"ii  \»*nue  du  Bengali 
un  mot  d'origine  singhalaise.  c'est -à -dire  appui 
nant  à  un  dialecte  qu'on  peut  supposer  a\ 
celui  des  habitants  primitifs  de  l'Ile.  Souvt 
deux  éléments,  que  dans  l'état  actuel  de  nos  connais- 
sanoes.  nous  devons  regarder  comme  radical*  m.  m 
ili^iincts,  se  combinent  pour  former  un  compote 
hybride.  BoÉH    la  confaion  est  augmentée  encore 
par  les  mots  purement  tamouls,  que  les  invasions 
fréquentes,  et  les  établissements  des  Tamouls  et  des 
Malabars  dans  le  nord  de  Ceylan  ont  répandus  sur 
cette  partie  de  File.  Or.  dans  le  cas  présent,  la  faci- 
lité avec  laquelle  on  peut  expliquer  par  la  langue 
tamoule  le  Malle  Kami*  àr  de  nos  cartes,  est  pour 
moi  une  raison  suffisante  de  renoncer  à  y 
mot  sanscrit  kandara. 

Cette  rivière  une  !<■ 
il  ne  reste  plus  sur  cette  côte,  en  fait  de  noms  of- 
frant quelque  ressemblance  avec  la  Makdkandara- 
nadi  du  Mahavamsa,  que  celui  de  l'étang  de  Candaly 
ou  Candelyc.  Ce  lac,  qui  a  près  de  seixe  milles  an- 
glais de  circonférence,  et  qui  est  un  des  ouvrages 
de  ce  genre  les  plus  remarquables  que  l'on  trouve 
a  Ceylan.  communique  avec  la  m*  i  par  une  issue 
qui  vient  aboutir  à  Tamblegam1.  Otte  issue,  ou- 


'  Oiristie  donne  vingt  mille*  anglais  de  circonférence  i  ce  lac; 
nous  suivons  ici  Sir  Al.  Joboslon.  qui  ne  loi  en  reconnail  que  seise 
milles  environ.  Ce  lac  «et  formé  par  une  vallée  étroite  située  entre 
deux  montagnes  qui  sont  réunies  par  une  chaussée  dont  la  longueur 
est  d'un  mille  un  quart  environ.  La  largeur,  A  son  sommet,  est  de 
Mitante  pieds  anglais,  et,  à  sa  base,  de  cent  cinquante  pfa 


SLR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  41 
verte  par  l'art  et  augmentée  par  la  nature,  laisse 
échapper  un  volume  d'eau  assez  considérable ,  pour 
que  M.  Th.  Christie ,  auquel  on  doit  la  description 
de  ce  lac  magnifique,  ait  pu  dire  qu'il  en  sortait  une 
grosse  rivière  qui  se  précipite  avec  impétuosité  vers 
Tamblegam.  Sur  la  carte  de  Valentyn,  cette  com- 
munication du  lac  avec  la  mer  est  indiquée  peut- 
être  avec  un  peu  d'exagération,  mais  certainement 
d'une  manière  plus  conforme  à  la  description  de 
Christie  et  à  l'état  réel  des  lieux  que  dans  les  cartes 
modernes.  Maintenant,  quoique  nous  ne  connais- 
sions pas  le  nom  de  cette  rivière,  on  peut  soupçon- 
ner qu'il  est  le  même  que  celui  du  lac  Candaly  ;  et , 
soit  que  ce  dernier  ait  reçu  son  nom  d'un  village 
voisin,  ou  qu'il  l'ait  communiqué  à  ce  village  lui- 
même  ,  on  ne  peut  s'empêcher  de  remarquer  l'ana- 
logie qu'il  présente  avec  le  mot  kandara  qui  figure 
dans  le  Mahâkandaranadî  du  Mahâvamsa.  En  effet, 
Candaly  peut  bien  n'être  qu'une  altération  de  Kan- 
darî  (synonyme  de  Kandara,  «vallée,  défilé»),  nom 
qui  s'applique  très-heureusement  à  un  lac  formé, 
comme  celui  dont  nous  parlons,  par  une  vallée 
étroite  dont  l'art  a  fermé  les  issues;  et,  d'un  autre 
côté,  l'explication  que  nous  avons  donnée  du  mot 
Mahâkandaranadî  «la  rivière  de  la  grande  vallée», 
semble,  au  premier  coup  d'œil,  convenir  au  cou- 
rant considérable  qui  sort  du  lac  Candaly. 

Toutefois ,  je  dois  me  hâter  de  le  dire ,  cette  expli- 
cation me  paraît  très-peu  fondée  ;  car  elle  ne  tend 
à  rien  moins  qu'à  donner,  sur  un  simple  rapproche 


ineiit  de  Titr  un  nom  à  une  rivière  qui  n  i  d  i  pas. 
et  qui  n'en  doit  peut  être  pas  i  q  i  elle 

i.'., t.    |    \iai    dllc  ,    «|  i  j  *  ■    li»ur    d  'un    •  t.ulp;    •  •ui>ule 

rable.  D'ailleurs ,  que  le  nom  de  kandari  •  vallée  • 

•  .»ll\  H-lllie  lu-  Il    .  I  «  i.uiu'   dU  I   Ullil.lK     <  .1.1  llf  |Hull\e 

pas  qu'il  docte  aussi  s'appliquer  à  la  rivière  qui  s'en 
échappe,  et  il  resterait encoi 

du  mot  mahti,  qui  fait  partie  du  nom  du  fleuve  i/« 
kàkandara,  Heine  que  nous  essayons  de  retrou 
sur  nos  cartes  actuelles,  liais,  quand  je  me  repré- 
sente le  nombre  si  considérable  de  dénominations 
géographiques  qui  sont  données  eu  pâli  par  le  Ma- 
kàvamta.lu  Iles  le  sont  en  singludais  par  les 

caries  modernes  et  par  les  relations  des  voyageurs  .je 
ine  persuade  que  la  Mahâkandaranadi  du  Makàvamsa 
u'est  que  le  MowU-Gamfâ,  ou  le  Makàviia  -  Canot 
des  Cinghalais.  Ces  deux  noms  sont  exactement 
la  traduction  l'un  de  l'autre,  et  MakàtnU  lignifie 
en  singbalais  «  grande  cavité  »  ou  «  grande  vallée  • , 
comme  Makâkandara  en  sanscrit  ou  en  pâli.  Le  Ma- 
kùvméua,  écrit  dans  la  langue  sacrée  de  < 
n  .i  admis  aucun  des  mots  du  dialecte  vulgaire  des 
habitants  primitifs,  mais  il  les  a  traduits  avec  une 
exactitude  d  autant  plus  grande,  qu'il  était  plus  dif- 
les  retrou^  :  dans  le  passage  d'une  langue 
est  sur  cette  exactitude  bi» 
que  nous  nous  fondons  pour  regarder  le  Makâkam- 
daranadi  du  Makàvamsa  comme  i<l  u  tique  avec  le 
lieux  e  Vahiirila-Ganoâ  des  Siughalais.  Le  mot  <  ianfà 
répond  i<  i  .m  nadi  du  texte  pâli,  qui ,  d'ailleurs,  em- 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIEiNNE  DE  CEYLAN.  43 
ploie  le  plus  souvent  ce  mot  même  pour  désigner 
le  Mahâvila-Gangâ.  Cette  rivière,  qui  est  la  plus  con- 
sidérable de  Ceylan,  est  ainsi  appelée  le  Gangâ,  ou 
le  fleuve  par  excellence  ;  et  cet  usage  doit  être  an- 
cien ,  car  nous  en  remarquons  déjà  la  trace  dans  la 
description  que  donne  Ptolémée  de  la  Taprobane. 
Les  voyageurs  dont  il  rassemblait  et  coordonnait  les 
matériaux  ne  connaissaient  pas  le  fleuve  sous  un 
autre  nom. 

Si  les  observations  précédentes  ne  sont  pas  dé- 
nuées de  fondement,  nous  nous  en  servirons  pour 
confirmer  l'opinion  de  l'interprète  singhalais ,  qui 
place  Upatissagâma  dans  le  nord,  non  loin  de  Anu- 
râdhapura.  En  effet,  la  difficulté  que  fait  naître  l'é- 
Joignement  de  la  rivière  Vallevay  du  village  de  Upa- 
tissa,  n'existe  plus,  si  l'on  admet  que  la  migration 
indienne  est  partie  de  l'embouchure  du  Mahâvila- 
Gangâ;  de  cette  rivière,  on  peut,  en  un  court  es- 
pace de  temps,  se  rendre  à  la  ville  de  Anarâdha. 
Ensuite  (et  cette  conséquence  nous  ramène  à  l'objet 
spécial  de  notre  recherche),  nous  devons  renoncer 
à  chercher  le  lieu  du  débarquement  de  Vidjaya,  et, 
par  suite,  la  ville  de  Tambapanna,  auprès  de  la  Val- 
levay; car,  comme  la  position  de  Upatissagâma ,  qui, 
en  moins  d'une  année ,  a  succédé  à  Tambapanna , 
d'une  part  est  voisine  de  celle  de  Anurâdhapura,  et 
de  l'autre  se  rattache  à  celle  de  la  rivière  Mahâkan- 
dara,  que  nous  croyons  êtr"e  le  Mahâvila-Gangâ ,  il 
en  résulte  que  celle  de  Tambapanna  doit  en  dépendre 
aussi,  et  remonter  avec  elle  dans  le  nord.  Ces  con 


44  JANVIEK  1857 

ucuce»  sont  uè>  importantes  pour  la  toiti 
nos  recherche* ,  et  elles  jettent  asseï  de  lumière  sur 
le  sujet  pour  que  nous  croyions  nécessaire  de  les 
réfumer  en  peu  de  mots.  Il  résulte  donc  de  la  Ék 
cussion  i  1  Mju.He  nous  venons  de  nous  livrer  : 

i"  Qu'en  fait,  la  traduction  anglaise  du  âJakà- 
vamsu  place,  au  nord  de  Anarddkapmra ,  Lpatistagéma . 
4»ii  devint  la  capitale  de  la  colonie  indienne,  dans 
l. muée  qui  suivit  la  mort  de  Yidjaya; 

a*  Qu'en  fait  encore  pâli  «lu  Makânâua. 

sans  fixer  la  position  relative  de  cas  deux  ville-» 
nous  apprend  (j  I  embouchure  de  la  mm   i- 

nommée  Mokdktmdansutdi ,  on  se  rend  à  Upatiua 

•liinui 

j  —  -  -  -  * 

3*  (Et  ici  commencent  les  conjectures)  «pi  il  «  >i 
peu  probable  que  si  Tant  Lapa niianayara  était  a  l'cm- 
bouchure  de  la  rivière  Vallevay,  la  coloi  nue 

ut  pu,  dans  un  aussi  court  délai  que  celui  d 
année,  franchir  un  espace  aussi  considérai. 

ui  qui  sépare  l'embouchure  de  la  \ ail* 
/  fdtuMujâma,  au  nord  de  Atmràdhapura , 

à*  Que  la  rivière  Mahàkandara  du  texte  p.i 
peut  être  autre  chose  que  le  Mahâvila-Gangd  des 
S    ^halais,  ces  deux  dénominations  ayant  exacte- 
ment !•  un  nie  sens  dans  les  deux  langues  auxquelles 
«■Iles  appartiennent . 

5*  Enfin .  que  la  proximité  de  tous  ces  points, 
Anunidlut,  V palissa  et  l'embouchure  de  la  Makà- 
kandaranadi  il  dans  i 

■nqneai  ittssbotM  p.ir  hypothèse  la  posi- 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  45 
tion  de  Tambapanna ,  doit  nous  faire  renoncer  à  cher- 
cher cette  dernière,  dans  le  sud-est  de  Ceylan ,  à 
l'embouchure  de  la  rivière  Vallevay. 

Peut-être  trouvera- 1- on  que  nous  nous  sommes 
trop  longtemps  arrêté  à  discuter  une  des  six  opi- 
nions admises  par  les  Singhalais  relativement  au 
lieu  où  aborda  la  colonie  indienne;  mais  nous  de- 
vions examiner,  avec  le  soin  le  plus  attentif,  celle 
de  ces  opinions  qui  paraissait  appuyée  par  un  texte , 
celui  du  Râdjavali.  D'ailleurs,  si  nous  sommes  par- 
venu à  démontrer  combien  il  est  peu  vraisemblable 
que  le  premier  établissement  des  Indiens  à  Ceylan 
ait  eu  lieu  vers  l'embouchure  de  la  Vallevay,  il  nous 
faudra  chercher,  dans  le  nord,  à  l'est  ou  à  l'ouest, 
la  ville  de  Tambapanna ,  qui  fut  fondée  après  cet 
événement.  Ajoutons  que  la  partie  la  plus  difficile 
de  notre  tâche  est  ainsi  remplie;  car,  parmi  les  autres 
opinions  qui  nous  restent  à  indiquer,  il  en  est  qui 
sont  présentées  avec  trop  peu  de  détails  pour  exiger 
un  long  examen. 

Ramené  dans  le  nord  de  Ceylan  par  les  textes 
cités  plus  haut  et  par  les  inductions  que  nous  croyons 
pouvoir  en  tirer,  nous  trouvons,  sur  la  côte  orien- 
tale ,  la  baie  de  Trincomalé,  indiquée  par  Valentyn , 
qui  pense  que  ce  lieu  a  dû  être  le  point  de  débar- 
quement de  la  colonie  indienne ,  et  qui  donne  à 
cette  opinion  la  préférence  sur  toutes  les  autres. 
Nous  allons  voir  qu'en  effet  il  est  possible  d'assurer, 
à  l'aide  de  quelques  rapprochements,  un  assez  haut 
degré  de  vraisemblance  à  ce  qui  n'est  guère,  de  sa 


4f.  JANVIER   II 

part,  qu'une  fHnpIr    inmiuob    In  pr«  I,  lu 

t  rs  le  point  OÙ   I 

sente  la  plus  grande  largeur    ••*!  un.    piv>omption 
très-forte  en  uwOtH  <l.    \  .ti«  ntyn,  en  ce  que  le*  Tais 
seaux  poussés  par  la  mousson  du  nord-est  sont  natu- 
n  ilcmcnt  conduits  vers  cette  partie  de  Pile;  ei 
baie  de  Trincomalé  a,  sur  rembouchure  de  h 

•  il'vay,  l'avantage  de  se  présenter  la  pre- 
mière aux  navigateurs  qui  viennent  du  golfi- 
Bengale.  Secondement,  un  document  autln  >   i|u 
M        ie  de  la  tribu  des  Chalias,  par 
ta  caste,  document  dont  on  doit  la  connaissance 
au  mémoire  de  Joinville  sur  la  religion  de  Buddba . 
nous  apprend  que  Yidjaya  prit  terre  a  Tammt .  dans 
le  Wanny.  Joinville  répète  lui-même  ce  fait     • 
en  écrivant  d  m*  manière  plus  régulière  le  nom  «lu 
débarquement,  Tammrnr.  Or,  cette  indica- 
tion est  tn  s- intéressante,  en  ce  qu  elle  place  dans  le 
il  la  position  de  Tammanua,  et  qu'elle  résout  la 
difficulté  a  laquelle  donnait  lieu  la  note  inr< 
de  la  collection  de  II.  Upham.  note  que  nous  av 
discutée  plus  haut.  11  n'est  plus  posssible  maintenant 
d'hésiter  sur  la  valeur  du  mot  ff  anny.  Ce  n'est  évi- 
demment pas  le  nom  d'un  village,  mais  bien  << 
d  un  district  boisé,  qui  s'étend  à  l'ouest  de  la  baie 
de  Trincom        I      mi  mot,  c'est  sur  la  côte  la  \ 
voisine  de  ce  district  qu  il  faut  chercher  le  lieu  <l> 
débarquement  de  Yidjaya.  Troisièmement,  on  con- 
naît, au  fond  de  la  baie  de  Trin  .  une  an 
baie  du  nom  de   Tnmbleyan                     mière  pai 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  47 
de  ce  nom  même  semble  rappeler  celui  de  Tâmbra 
«cuivre»,  qui  figure  dans  la  dénomination  singha- 
laise  de  l'île  de  Ceylan ,  Tâmbraparnni '.  J'avoue  que 
cette  seule  analogie  peut  ne  pas  paraître  suffisante 
pour  nous  engager  à  rapprocher  Tambapanna  de 
Tamblegqm.  Mais  l'explication  que  nous  venons  d'in- 
diquer semble  être  admise  par  les  Singhalais  eux- 
mêmes  ;  du  moins  Valentyn1  et  l'auteur  pseudonyme 
d'une  histoire  de  Ceylan ,  composée  en  anglais  avec 
les  matériaux  recueillis  par  Valentyn,  la  présentent 
comme  un  fait  qui  n'est  pas  sujet  à  contestation.  Se- 
lon ces  auteurs,  Vidjaya  et  ses  soldats  abordèrent 
dans  une  baie  nommée  Tammcnnatote  ou  Tammen- 
tatote,  maintenant  Tambuligamme ,  près  de  Cotiâr; 
ils  trouvèrent  le  pays  sauvage,  et  fondèrent  immé- 
diatement une  ville  qu'ils  nommèrent  Tammena  Nu- 
vara.  Le  nom  de  Tambaligamme ,  identique  avec  celui 
de  Tamblegam,  qui  appartient  :  i°  à  un  village  au- 
près duquel  sont  des  ruines  anciennes;  i°  à  la  baie 
sur  laquelle  est  situé  ce  village;  3°  à  un  district  voi- 
sin de  la  côte,  peut  certainement  s'expliquer  par  les 
deux  mots  Tâmbûla-Gâma  «  le  village  du  Bétel.  »  Mais 
l'orthographe  généralement  admise,  celle  de  Tam- 
blegam ou  de  Tumbela  Caumum  [Tambela  Câmam), 
comme  l'écrit  H.  Boyd  dans  la  relation  de  l'am- 
bassade de  17822,  se  rapproche  beaucoup  plus  de 
celle  du  mot  qui  joue  le  rôle  principal  dans  le  sin- 

1  Byzondere  Zaaken  van  Ceylon,  t.  V,  p.  64  de  la  collection. 
4  H.  Boyd's  Journal  of  an  Embassy  from  Madras  to  Kandy,  dans 
Asial  ann.  Rey.  t.  I,  p.  \.  [Miscell.  tracts.) 


48  MNVIKH  II 

ghalais  Tâmbruparn  INbUmm  tic  n 

et  surtout  la  position  do  Trincom-*  '  loi» 

le  dire .  fournit  à  elle  seule  un  argum<  ni  «I  un  grand 
pouls,  me  paraissent  donner  l'avantage  à  l'opinion 
que  préfère  N'ai  t  qu'adopte  l'auteur  pseudo- 

nyme de  l'Histoire  de  Ce  vlan. 

Mais  ce  que  nous  ne  devons  pas  omettre,  c'est 
l'appui  que  cette  opinion  prête  à  la  conjecture  émise 
plus  haut  sur  l'identité  de  la  MakâkanJannadi  et 
la  Mahâvtio-Gangâ.  N'est-ce  pas  une  coïncidence  tout 
à  (ait  remarquable  que,  d'un  côté,  les  Singhaleis 
désignent  la  baie  de  Trincomalc  comme  le  lieu  où 
\  idjaya  prit  terre .  de  l'autre ,  la  seconde 

migration  indienne  venue  à  Ceylan  ait  abordé .  se 

•  le  teste  du  MdbdMriisa .  vers  l'cmb<>  d'un 

fleuve  que  nous  croyons  être  le  Makàrila-Gamyâ, 

•  r<  (pu  •  ]rtte  clans  la  baie  de  Trinoomalé ?  Sans 
doute  on  pourra  dire  que  c'est  faire  un  paralogisme 
que  de  se  prévaloir  de  cette  coïncidence  ;  car  les  deux 

mm  (pu*  nous  rapprochons  ne  peuvent  se  prêter 
un  mutuel  appui  qu'autant  que  chacun  d'eux  aura 
été  trouvé  vrai  isolément.  Cependai  ion  mû 

regarde  Trinoomalé  comn»  où  descendit  la 

colon»,  indienne  venue  du  Bengale  a  précédemment 
aOJUJl  <|U»l«|u.  \i.u-.  nihi.iUM  .  «t  «  »  M»  ipu-  nous 
avons  émise  sur  l'identité  de  la  Makâkandarnnadi  et 
de  la  Mahâvda-Gangû  repose,  de  son  côté,  sut 
principe  d'interprétation  vérifié  par  un  grand  nombre 
<J'exem|  Ullaî  nous  croyons-nous  autorisé  à  • 

que  le  rappi  eut  inattendu  de  res  deux  d« 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  40 
ments,  le  premier,  emprunté  à  la  tradition  singha- 
laise,  le  second,  extrait  d'un  monument  inédit  et 
auquel  n'ont  pas  eu  accès  les  auteurs  auxquels  on 
doit  le  premier,  donne  une  nouvelle  valeur  à  l'hy- 
pothèse proposée  pour  la  Mahâkandaranadî. 

H  n'est  pas  non  plus  inutile  de  remarquer  que  le 
Râdjavali,  dans  le  passage  où  il  est  fait  mention  de  la 
seconde  migration  indienne  qui  vint  à  Ceylan  après 
la  mort  de  Vidjaya ,  au  lieu  de  parler  de  l'embouchure 
delà  Mahâkandaranadî,  nomme  le  havre  de  Tammanna 
Navara.  Certainement,  rien  ne  nous  prouve  que  le 
Râdjavali  ait  eu  raison  d'affirmer  que  la  seconde  co- 
lonie prit  terre  à  Ceylan  au  même  lieu  que  la  pre- 
mière; et,  quelque  vraisemblable  que  ce  fait  puisse 
paraître ,  cette  présomption  n'est  pas  assez  forte  pour 
nous  autoriser  à  prétendre  que  la  ville  de  Tammanna 
(en  pâli  Tambapanna)  était  située  à  l'embouchure 
de  la  rivière  Mahâkandara ,  selon  nous  la  Mahâvila- 
Gangâ.  Mais  la  supposition  que  ces  deux  noms  dé- 
signent un  seul  et  même  fleuve,  nous  dispense  de 
tirer,  des  passages  du  Râdjavali  et  du  Mahâvafhsa, 
des  conséquences  forcées.  Les  localités  dont  parlent 
ces  deux  ouvrages  sont  assez  voisines  Tune  de  l'autre 
pour  que  le  simple  rapprochement  des  textes  suffise 
à  la  démonstration  de  notre  hypothèse.  Selon  le 
Mahâvamsa,  le  première  colonie  venue  du  conti- 
nent indien  aborde  au  lieu  nommé  depuis  Tamba- 
panna ou  Tammanna,  et  que  nous  croyons  être  Tam- 
blegam.  La  seconde  prend  terre  à  l'embouchure  de 
la  rivière  Mahâkandara,  que  nous  croyons  être  la 
ix*.  4 


M)  *  n\  IKK   1857. 

Makavila-Gangu  Kll.  suit  doM  la  même  route  que 
la  première,  parce  quVII.  vi.ni  <l>  l.i  mrine  partie 
du  continent,  et,  comme  la  promit  I  aborde 

dans  la  baie  de  Trinoomalé,  et  presque  au  nu  m. 
endroit.  Selon  le  Râdjarali.  1rs  deux  colonies  pren- 
nent également  trrre  au  havre  de  Tammanna.  ( 
dire  un  peu  plus  que  le  Makâramsa.  tant  doi 
mais  ee  n'est  pas  le  contre*!  I  qui  résulte  de 

la  comparaison  de  ces  denx  autorités,  c'est 
Tambaptnna  est  Tamblegam.  et  que  ai  la  Mokékam- 
tiaranadt  est  la  rivière  Makâtàla-GanyA.  les  chroniques 
cinghalaises  écrites .  soit  en  pâli .  soit  dans  le  dialecte 
vulgaire,  doivei  uvoquée*  on  faveur  de  I  • 

mon  qui  regarde  Trinoomalé  comme  le  point  de  la 
cote  où  s'établit  la  première  colonie  indienne. 

Enfin  Vaienty  n,  que  nous  n'avons  du  citer  qu'après 
les  textes  originaux .  rappoi  I  même 

que  nous  font  conmUre  le  ManeroaVia  et  le  Blajfe 
tua,  (ait  aborder  1rs  Indiens  dans  une  baie  nommée 
Makatottt.  dont  il  indique  la  position  non  loin  <l> 
pseudonyme  anglais,  qui  suit  ordinaire- 
ment Valentyn.  ne  parle  que  de  ce  dernier  lieu. 
Tous  les  renseignements,  ceux  que  noue  pouvons 
retrouver  dans  les  voyageurs  modernes ,  romnaf 
ceux  que  nous  fournissent  les  textes  pâlis  et  singha- 
lab.  nous  retiennent  donc  dans  les  localités  que 
nous  avons  fixées  pour  le  point  du  débarquement 
de  la  première  et  de  la  seconde  colonie  indienne. 
Le  Mahâvamsa,  le  Bàdjarali  et  Valentyn  parlent  cha- 
rnu de  lieux  divers;  maie  ces  lieux  sont  tous  voisins 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.       51 

l'un  de  Vautre ,  et  la  diversité  même  des  indications 
que  nous  donnent  ces  trois  sources  distinctes ,  est 
peut-être  plus  concluante  en  faveur  de  notre  opi- 
nion ,  que  ne  le  serait  une  coïncidence  complète  dans 
leur  énoncé.  Une  observation  qu'il  est  nécessaire 
d'ajouter  ici  pour  ceux  qui,  cherchant  le  Mahatotte 
de  Valentyn  ne  le  retrouveraient  pas  sur  les  cartes 
modernes,  c'est  que  ce  lieu,  dont  il  est  souvent 
question  dans  le  Râdjavali,  paraît  avoir  réellement 
existé  près  de  la  baie  de  Cotiâr,  à  l'embouchure , 
sans  doute,  de  la  Mahâvila-Gangâ.  Le  nom  de  Ma- 
hatotte est  le  singhalais  Mahâtota,  signifiant  a  grand 
port ,  »  et  c'est  vraisemblablement  ce  mot  abrégé 
que  l'on  trouve  dans  la  célèbre  Mantote  ou  Matota 
et  Matote,  comme  l'écrivent  les  Portugais  et  les  plus 
anciennes  cartes  de  Ceylan.  Le  changement  de  Ma- 
hâtota en  Matote  doit  être  ancien  ;  car  je  n'hésite 
pas  à  regarder  le  port  de  Moduttu ,  placé  par  Pto- 
lémée  sur  la  côte  nord-est  de  l'île,  sinon  comme  lo 
havre  même  de  Mahâtota,  au  moins  comme  un  port 
de  même  nom.  A  ne  consulter  que  la  mesure  des 
distances  indiquées  par  Ptolémée ,  il  faut,  sans  doute, 
avec  les  géographes  modernes ,  et  notamment  avec 
Bochart,  Mannert  et  Cossellin  ,  reporter  beaucoup 
plus  au  nord  le  Modatti  emporiam;  mais  celte  diffé- 
rence, qui  résulte  peut-être  de  quelque  erreur  dans 
les  relations  d'après  lesquelles  Ptolémée  travaillait , 
n'est  pas  une  objection  contre  le  rapprochement  que 
je  viens  de  proposer ,  et  que  je  ne  fais  porter  que  sur 
la  forme  des  mots  Matote  et  Modatta. 


51  iKS\  III    I.H57. 

Les  quatre  autres  opinions  admises  parmi  les  Sin- 
ghalais  sur  le  lieu  de  l'arrivée  de  Y  idjaya .  se  rap- 
portent a  la  cote  occidentale  h  .«  i 
trionale  de  l'île.  On  désigne  Manàr,  Mantote.  Cal- 
pentin  et  Pareriture  '.  I*a  seule  de  ces  opinions  <|'n 
soit  appuyée  par  un  témoignage  écrit,  est  celle  nui 
place  Tambapanma  ou  Tammanna  près  de  I  il«         \  ! 

h.. r  Dw  un  <  mh  ti.utr  mu  Ui  i  mah  Mimii.ii.iis»-. 

et  notamment  sur  celles  des  Châtias,  trait*  que 
M.  Dpliam  a  publié  a  la  fin  du  troisième  volume 
de  sa  collection .  on  voit  que  V idjaya  vint  aborder 
à  un  port  no:  /  imnwnc  Totta.  «que  I     n  <lit  être 

près  de  Manàr.  >  Ces  derniers  mots  sont  entre  paren- 
thèses, et  cette  particularité  donnerait  a  croire  qu'ils 
ne  font  pas  partie  du  traité  original ,  et  qu'ils  y  ont  été 
introduits  par  le  traducteur.  Mais  le  traité  lui-même 
parait  être  très-moderne,  et  il  est  loin  d'avoir  l'au- 
torité qui  s'attache  aux  textes  du  Makâvamsa  et  du 
Râdjûvali.  Quant  à  Mantotr  I  ailleurs,  si  voi- 

sine de  Manàr,  et  à  Calpeutm .  |t  dp  trouve  aucun 
texte  original  qui  en  parle.  Le  capitaine  Mahooy  est 
le  seul  auteur,  que  je  sache ,  qui  ait  rapproché  Man- 
tote de  Tammanna  Tota .  q  h  tmmeneh  Tottek. 
Mais  je  doute  qu'on  puisse  admettre  avec  lui  que 
Mantote.  dont  I etymologie est  bien  conn  une 
abréviation  de  Tammanna  Tota.  Je  remarquerai  en 


1  De  Couto  dit  que  la  première  ville  qui  fut  fondée  par  lea  < 
aignnai  de  Yidjaya  le  fut  do  ctoé  de  Maatote,  eo  lace  de  Maair. 
Lea  autre*  tradition»,  au  contraire,  ae  distinguent  pas  le  lieu  du 
débarquement  de  remplacement  de  la  ville  bâtie  par  Vidjaya.  [Dm 
dsMdeDiofodoCoato.  dec.  V.  1. 1.  c.  ▼,  t.  XII.  p  i7.  ed.io-a*.) 


SUK  LA  GEOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  53 
outre,  relativement  à  Calpentin,  que  le  récit  de  l'ar- 
rivée à  Ceylan  de  l'arbre  sacré  nommé  bôdhi,  récit 
publié  par  M.  Upham,  place  dans  le  district  de 
Vanny  Pattou,  situé  sur  la  côte  occidentale,  non 
loin  de  Calpentin,  un  lieu  du  nom  de  Tammanna- 
godda,  et  qu'on  trouve  encore  dans  le  même  traité 
un  village  du  Magoul  Corle  nommé  Tammannapit- 
tiya  ou  Tammanapittiya.  Ces  rapprochements  prou- 
vent que  le  nom  de  Tammanna  est  fréquent  dans 
cette  partie  de  l'île;  mais  on  n'en  peut  rien  conclure 
quant  à  la  ville  du  même  nom ,  bâtie  par  Vidjaya , 
lors  de  son  arrivée  à  Ceylan. 

Les  opinions  que  nous  venons  de  rapporter,  pri- 
vées, comme  elles  le  sont,  de  l'appui  de  preuves 
écrites  qui  nous  soient  connues,  doivent  être  vrai- 
semblablement attribuées  au  souvenir  des  invasions 
des  Tamouls  et  des  Malabars  dans  l'île  de  Ceylan. 
C'est,  en  effet,  en  traversant  le  golfe  de  Manâr  que 
les  peuples  du  sud  de  l'Inde  abordèrent  plus  d'une 
fois  à  Ceylan  ;  c'est,  dans  le  nord  de  cette  île  qu'ils 
sont  restés  établis.  La  tradition  a  donc  pu  confondre 
la  migration  de  Vidjaya,  venu  du  Bengale,  avec  les 
invasions  armées  des  Tamouls  du  sud  ;  et  l'on  a  dû 
être  naturellement  porté ,  par  la  vue  des  lieux  et  par 
le  retour  fréquent  de  ces  expéditions,  à  croire  que 
l'île  de  Manàr  et  les  parages  qui  l'a  voisin  eut  étaient 
le  seul  lieu  auquel  on  put  descendre  de  l'Inde  à  Cey- 
lan. Mais  cette  île,  qui  est  si  facilement  abordable 
sur  ce  point,  pour  les  peuples  qui  habitent  l'extré- 
mité do,  la  péninsule,  ne  l'est  pas  moins,  sur  la  côte 


54  JANVIER  1857. 

orientale,  pour  ceux  qui,  places  plus  haut  dan»  \r 
golfe  du  Bengale,  peuvent  profiter  de  la  mouaton 
du  nord-est ,  et  la  grande  vraisemblance  des  opinion» , 
que  nous  venons  de  rappeler  ne  doit  pas,  selon  nous, 
prévaloir  contre  celle  qui  regarde  la  baie  de  Trioco- 
malé  comme  le  lieu  du  premier  établissement  de 
Vidjaya.  Nous  croyons  donc  pouvoir,  jusqu'à  preuve 
contraire,  persister  dans  ce  sentiment  ;  et,  pour  re 

m  aux  noms  anciens  de  Ccylan,  qui  font  fol* 
spécial  de  ce  mémoire ,  nous  conclurons  de  ce  qui 
précède  que  c'est  de  la  baie  de  Trincomalé .  et  par 
ticulièrcmeot  de  Tamblegam ,  qu'est  sortie  la  déno- 
ii  h  nation  de  Tambapaima  ou  Tambapanni ,  pour  s'é- 
tendre à  l'île  tout  entière,  et  pour  être  recueilli' 
dès  le  iv*  siècle  avant  notre  ère,  par  les  voyageurs 
grecs,  sous  la  forme  de  T*wpa€ém,  si  rapprochée 
de  l'orthographe  sanscrite  et  singhalaise,  Timra 
parna  et  Tâmbrapanuu 

Il  nous  reste  encore  i  examiner  un  nom  qui  n'est 
pas  moins  célèbre  que  les  précédents,  et  qui.  d'ail 
leurs,  les  a  remplacés  tous;  car  c'est,  selon  toute 
apparence,  de  ce  nom  que  dérive  la  dénominai 
actuelle  de  Ceylah.  Nous  voulons  parler  de  fiftaR 
Siikhala  (au  féminin  ou  au  neutre  Simkalâ  ou  SufcV 
halam),  mot  que  l'on  trouve  également  employé 
pour  designer  cette  Ile.  et  par  les  textes  sanscrits. 
et  par  les  ouvrages  originaux  en  stngbalais.  Ainsi  on 
lerencontre,dansla(>hronif{tie<lu  t 
tionné  avec  dcN  «  ur.nstanres  dont  j'ai  vainement 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  bb 
jusqu'ici  cherché  la  confirmation  dans  l'histoire  sin- 
ghalaise.  Selon  cet  ouvrage,  dont  on  doit  l'analyse 
à  M.  Wilson ,  un  roi  du  Cachemire  nommé  Mihira 
Cala  (Mihîrakula),  et  que  ce  savant  place  en  3io 
avant  notre  ère,  remarqua  un  jour,  sur  le  sein  de 
la  reine ,  la  forme  d'un  pied  d'or  qui  était  tissue 
dans  l'étoffe  dont  la  princesse  était  revêtue;  cette 
étoffe  venait  de  Simhalâ,  et  cette  empreinte  était 
celle  du  sceau  que  le  roi  de  cette  île  faisait  apposer 
à  toutes  les  étoffes  qui  se  fabriquaient  dans  son  do- 
maine. Indigné  que  le  pied  d'un  prince  étranger  se 
trouvât  placé  sur  la  poitrine  de  sa  femme,  Mihîra- 
kula conduisit  une  armée  contre  Langkâ,  déposa  le 
roi  qui  gouvernait  cette  île,  en  mit  un  autre  à  sa 
place,  et  stipula  que  les  étoffes  de  Simhalâ,  nom- 
mées yamashadeva,  porteraient,  à  l'avenir,  son  propre 
sceau,  c'est-à-dire  un  soleil  d'or. 

Ce  récit  romanesque  aurait  sans  doute  besoin, 
pour  être  admis,  de  se  trouver  confirmé  par  un  plus 
grand  nombre  de  témoignages;  mais,  quand  même 
on  le  verrait  raconté  dans  d'autres  chroniques  du 
Cachemire,  on  serait  encore  fondé  à  révoquer  en 
doute  la  réalité  de  l'événement  qu'il  nous  fait  con- 
naître. Pour  moi,  je  ne  crois  pas  qu'au  commence- 
ment du  ivc  siècle  avant  notre  ère,  les  Singhalais 
eussent  fait  d'assez  grands  progrès  dans  la  fabrication 
des  étoffes ,  pour  que  les  nations  du  nord  de  l'Inde 
tirassent  de  Ceylan  les  vêtements  de  leurs  rois  et 
de  leurs  chefs.  Nous  savons,  avec  certitude,  que 
l'art  de  tisser  les  étoffes  fines  n'a  jamais  fleuri  d'une 


56  JAKVILK  1857. 

manière  continue  à  Ceylan  I  u>  un 

document  curieux  qui  retrace  l'histoire  de  l'arrivée 
des  tisserands  indiens  que  les  rois  linghslaii  ont  plus 
d'une  fois  appelés  de  l'extrémité  de  la  presqu'île. 
\iiim.  connu.-  M  m  |»*x,'t  Mi|»|H)N.-i  (ju.-  Lut  de  Mm 
des  étoffes  de  prix  soit  ancien  à  Ceylan .  Ile  qui  a 
toujours  été  plus  renommée  pour  sea  productions  na- 
turelles que  pour  celles  de  ses  manufactures ',  on  doit 
admettre,  ou  que  le  récit  de  la  Chronique  de  Cache- 
unie  n'est  qu'une  fable,  ou  que  le  nom  de  Simkalâ, 
qui  peut  être  celai  de  quelque  autre  peuple  de  l'Inde, 
a  été,  dans  ce  récit,  confondu,  par  erreur,  avec  celui 
de  111e  de  Ceyl 

Le  mot  Stmkalà,  dont  f  origine  est  sanscrite ,  n'en 

Ma%M    |U>    BBOÉM    ««'ttr    ftfj    Muv.uit    lr>    m  lits  «1rs 

Brahmanes;  et  \N  illord  le  cite  dans  une  liste  de 
noms  géographiques  empruntée  à  on  traité  astrono- 
mique, le  Varû-Sûmhitit.  Il  l'écrit  Smhàla  or  Ccykm, 
et  M.  Lassen.  qui  admet  cette  orthographe,  la  con- 
sidère comme  une  abréviation  du  mot  Simkàiaya 
«l'asile  des  lions,  »  de  même  que  HimAla  vient  de 
Himalaya  «  l'asile  des  neiges.  •  Cette  explication 
génieuse  devrait  être  adoptée  sans  contestation 
l'orthographe  réelle  du  mot  que  nous  examinons 
t  Simhàla.  Mais,  malgré  l'autorité  de  la  liste  de 
Wilford ,  je  dout»  <jn  il  en  soit  ainsi-,  du  moins  \N  il 
son  ne  donne  que  celle  de  faVflH  «Simau/a ,  et  il  en 
est  de  même  du  Dictionnaire  cinghalais  de  Clough, 
(|ui  écrit  ce  nom  comme  on  le  fait  en  sanscrit.  Aussi, 

•  Toyej  le  Périplt  d'Amen. 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  57 
quoiqu'il  faille  considérer  comme  un  point  établi 
que  le  nom  sanscrit  du  lion  (simha)  figure  dans  celui 
que  portaient  l'île  de  Ceylan  et  le  peuple  qui  l'habite , 
et  quoiqu'on  doive ,  selon  toute  apparence ,  voir , 
avec  Hyde  \  ce  mot  dans  le  t-oàliC^w  singadîb  du  Ma- 
salik  oual-Mamalik,  on  ne  peut  admettre  avec  une 
égale  confiance  l'explication  de  M.  Lassen  que  nous 
venons  de  rappeler.  La  finale  de  Simhala  n'est  vrai- 
semblablement qu'un  de  ces  suffixes  de  dérivation 
d'origine  obscure  (unâdi),  comme  on  en  rencontre 
beaucoup  en  sanscrit;  et,  envisagé  sous  ce  point  de 
vue ,  Simhala  doit  signifier  «  ce  qui  est  relatif  au  lion,  » 
et  se  traduire ,  si  on  l'applique  à  un  peuple ,  par  «  les 
descendants  du  lion.  » 

C'est  à  peu  près  ainsi  que  Hyde  et  Reland ,  qui , 
à  une  époque  déjà  ancienne,  possédèrent  quelques 
notions  exactes  sur  l'écriture  et  sur  la  langue  sin- 
ghalaise,  entendaient  le  mot  singala,  en  l'appliquant 
au  peuple  qui  habite  cette  île,  lorsqu'ils  disaient  : 
«  Singhala ,  id  est  leonini,»  et  «lingua  ipsa  singalea 
«  dicitur,  quod  populi  se  Singalas,  id  est  leones  nun- 
«  cupant.  »  Cette  opinion  n'est  pas  très-éloignée  de 
celle  des  Singhalais  eux-mêmes,  qui  ont  essayé  de 
donner  une  explication  du  mot  Simhala.  Ainsi,  Va- 
lentyn  nous  apprend  que  singa-le,  dans  la  langue  du 
pays,  signifie  le  sang  d'an  lion,  «aussi  bien,  ajoute- 
t-il,  qu'en  malay,  et  dans  le  sanscrit,  langue  qui  est 
la  mère  de  toutes  celles  de  cette  partie  de  l'Orient2.  » 

1  Th.  Hyde,  Ad  Abr.  Peritsol  Idn.  Mund.  p.  26. 

s  «En  zict  men  op  de  naam  der  Cingaleesen  zelf,  men  zegt,  dat 


M  \N\  IKK  I8»7. 

La  même  explication  a  été,  au  commencement  de 
ce  siècle,  reproduite  par  le  capitaine  Mali* 
reconnaît  dam  Simhala  le  mot  lai  (lis.  lé)  «  sang,  •  et 
qui  traduit  ce  compose  par  «race  de  lion.»  On  la 
trouve  encore  dans  Philaléthès,  qui  la  indubitable- 
ment empruntée  à  Yalentyn.  Comme  rien  n'auto- 
rise à  supposer  que  Mahony  ait,  ainsi  que  le  pseu- 
donyme précité,  puisé  cette  conjecture  dans  l'ouvrage 
«lu  vivant  hollandais,  et  qu'au  contraire  les  maté- 
riaux de  son  mémoire  ont  été  rassemblés  par  1m 
pendant  son  séjour  à  Ceylan ,  il  est  permis  de  croire 
que  cette  interprétation  lui  a  été  fournie  par  quelque 
prêtre  singhalais  désireux  de  retrouver,  dans  sa  pro- 
pre langue,  le  nom  de  son  ile.  C'est  enfin  sur  cette 
même  autorité  que  t'appuie  Wilfortl.  lorsqu.l  «lit 
avec  raison  d'ailleurs,  que  le  nom  de  Simkak  vient 
de  ce  que  Ceylan  est  habitée  par  des  Simkabu ,  c  est- 
a-dire par  une  race  issue  d'un  lion ,  et  non  pas  •  amie 
(peut-être pareut.  bandku?) du  lion,  «comme le  pen- 
sait Joinville.  Cependant,  nous  n'en  croyons  pas 
moins  I  elymologie  de  Yalcntyn  et  de  Mahony  tout  à 
bût  erronée  sous  le  rapport  philologique ,  et  quoique 
le  sent  qu'elle  donne  s'accorde  avec  celui  que  l< 

.  Scoga-1*  k«t  bioed  «m  m»  Ueu«r  in  huuae  Taa! .  «I»  ««de  in't  Ma- 
•  Iryu  «ut  Seaecrite  (de  Mo«dar  v«a  «Ile  deie  OoaJencue  TaeJeu) 
«beteeWnd.»  [fytmdtrt  Zmmhnt  Ma  Uylom,  p.  61.  l.  V,  de  m  col 
lectioo  )  On  peut  conjecturer,  par  no  amige  «Tone  lettre  de  Zie- 
geabalg.  que  ce  ■iniinaaita  «Tait  dm  notion  plua  eiacia  «W  rap- 
port» 4a  eingaalei»  (ou'U  aocaraa  riflrrira  liafaa)  avec  I  idioate  «acre 
de»  Brahmane».  (Thet»mr.  q>ui.  Lmcros.  t.  I.  p.  38a.)  Quoique,  eu 
efet,  les  neuf  dniemaj  du  aingualuia  soient  du  aanaerit.  il  y  a  un 
est  tout  à  lait  étranger  i  ce  dernier  idiorue. 


SLR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  59 
ait  la  langue  sanscrite,  nous  continuons  à  regarder 
le  mot  de  Simhala  comme  appartenant,  dans  toutes 
ses  parties,  à  l'idiome  savant  des  Brahmanes. 

Les  explications  que  nous  venons  de  rapporter 
pourraient  passer  pour  fournies  par  la  philologie 
seule,  indépendamment  de  tout  autre  secours,  si 
l'on  ne  savait  que  le  nom  de  Sîmhala  se  rattache  à 
une  légende  qui  occupe  une  place  importante  dans 
l'histoire  singhalaise.  On  voit,  en  effet,  que  les  opi- 
nions de  Valentyn  et  du  capitaine  Mahony,  suivies 
par  Wilford ,  leur  ont  été  suggérées  par  la  connais- 
sance de  la  tradition  singhalaise  relative  au  premier 
roi  de  l'île.  Cette  tradition,  que  de  Gouto  donne  en 
abrégé ,  et  que  l'on  trouve ,  avec  plus  de  détails,  dans 
le  grand  ouvrage  hollandais  de  Valentyn,  est  rap- 
portée, d'après  le  Râdjavali  singhalais,  dans  le  mé- 
moire que  le  capitaine  Mahony  a  consacré  à  l'île 
de  Ceylan,  et  dans  celui  où  Joinville  examine  la 
doctrine  de  Buddha.  Depuis ,  elle  a  été  publiée 
par  Philaléthès ,  et  enfin ,  tout  récemment  et  d'après 
des  documents  singhalais ,  dans  la  collection  de 
M.  Upham ,  dont  une  portion ,  le  Râdjavali,  avait  été 
déjà  livrée  au  public  par  Sir  Al.  Johnston.  Comme 
nous  possédons  une  partie  des  ouvrages  originaux 
dont  la  traduction  forme  deux  volumes  de  cette 
collection,  nous  sommes  à  même  de  puiser  les  dé- 
tails de  la  légende  singhalaise  à  une  source  plus 
pure  que  celle  des  voyageurs  européens  ou  des  lit- 
térateurs anglais  qui  se  sont  jusqu'ici  occupés  de 
l'île  de  Ceylan.  Aussi  l'extrait  succinct  de  la  tradi 


M  JANUKK  1857. 

tiun  relative  à  l'origine  de  la  dénomination  de  Sun 
hula,  que  nous  allons  donner,  est-il  exclu- 
emprunté  aux  textes  pâlis  et  singhalais  du  Mahd- 
vamsa  et  du  Râdjavali.  Nous  ne  nous  sommet  servis 
des  autres  documents  que  quand  nous  avons  cru 
I ii  ils  pourraient  jeter  du  jour  sur  quelques  circons- 
tances obscures  des  relations  originales. 

Selon  le  Aéakàvamsa  et  le  Râdjarali,  le  roi  <lw 
Kalinga  avait  donné  sa  fille  en  mariage  au  roi  de 
Koftoeo.  Les  traductions  anglaises  de  ces  chroniques 
écrivent  le  nom  de  ce  pays  fVantfoo  et  ffoaee,  et 
V  aient  vu  appelle  le  prince  qui  le  gouvernait  rotet- 
Ràja.  Cette  dernière  orthographe  est  certainement 
plus  conforme  à  celle  du  texte  du  RàdjavaU,  où  on 
lit  Vagu  Iladja;  et  l'on  peut  être  surpris  que  l'inter- 
prète de  Sir  Al.  Johnston  se  soit  écarté,  en  traclm 
sant  le  Rêijmmli,  de  la  leçon  de  l'origiinl  <|u<n<l 
on  le  voit  la  reproduire  avec  une  exactitude  parfaite 
au  commencement  de  ce  même  livre,  dans  L'enu- 
mération  des  pays  qui  ne  suivent  pas  la  loi  de  GAu- 
tama.  Le  traducteur  nous  apprend  que  le  Vaguratta 
est  voisin  du  Bengale ,  et  si  nous  nous  reportons  au 
texte  du  Mahàvamsa,  nous  y  trouvons  le  mot  Varuja, 
en  sanscrit  W$ .  nom  ancien  de  la  province  du  Ben- 
gale, et  notamment  de  la  partie  orientale  de  ce  pays. 

De  ce  mariage   naquit  une  fille  d'une  grande 
beauté,  mais  passionnée  pour  le  plaisir;  elle  s'enfuit 
une  nuit  avec  une  troupe  de  marchands  qui  se  ren- 
daitdans  le  Magadha.  La  ti  .itim  tion  angl.u-  <lu   Mu 
hâiamsa  nomme  Magandc  le  lini  qui  il--v.nr  I  ti e  le 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.       61 
terme  de  leur  voyage.  Mais  ce  nom  n'est  sans  doute 
que  l'altération  singhalaise  du  sanscrit  Magadha ,  ainsi 
qu'on  le  reconnaît  par  le  texte  même  du  Râdjavali, 
qui  nous  montre  la  troupe  se  dirigeant  vers  le  Man- 
data. En  passant  par  une  forêt  du  royaume  de  Lâla 
(  Lâlarattha ,  selon  le  Mahâvafhsa),  ou  du  pays  de 
Lâdâ  (Lâdâ  dêsa,  selon  le  Râdjavali),  la  princesse 
fut  enlevée  par  un  lion ,  avec  lequel  elle  vécut  dans 
le  désert,  et  dont  elle  eut  deux  jumeaux,  un  nls, 
nommé  par  le  Mahâvafhsa  Sîhabâhu,  et  une  fdle 
nommée  Sihasîvalî.  Le  royaume  de  Lâla  ou  Lâdâ, 
que  Valentyn  nomme  par  erreur  Cadda  Desa,  est 
le  $J5T  Râdhâ  de  la  géographie  indienne;  ce  nom, 
qui  s'écrit  quelquefois  aussi  Ganga  Rârhi,  est  celui 
qu'on  donne  à  la  partie  basse  du  Bengale  actuel, 
qui  s'étend  sur  la  rive  droite  de  la  rivière  Hougli, 
et  comprend  les  districts  de  Tamlouk  et  de  Midna- 
pour  \  L'interprète  singhalais  auquel  on  doit  les  tra- 
ductions publiées  par  M.  Upham  a  écrit  Lade  Desay 
les  mots  Lâdâ  Desa  de  la  chronique  originale;  mais 
il  a  indiqué  dans  une  note  que  l'orthographe  propre 
était  Rawdha,  pays  voisin  de  Goude  Desay  a,  c'est-à- 
dire  de  JuT  Gâuda,  mot  par  lequel  on  désigne  la 
partie  centrale  du  Bengale. 

Je  ne  m'arrêterai  pas  à  rapporter  tous  les  détails 
de  la  légende  ;  il  me  suffira,  pour  l'objet  spécial  de 
notre  recherche,  de  dire  que  le  jeune  Sîhabâhu,  par- 
venu à  l'âge  de  seize  ans,  apprit  de  sa  mère  le  se- 
cret de  sa  naissance;  qu'il  se  rendit  avec  elle  et  sa 

1   Wilson,  Mackenzie  collection,  introd.  1. 1 ,  p.  cxxxvm. 


m 

sœur  à  Vamfanatprm ,  ches  son  grand  père;  qu'il  tua 
le  lion.  <|ui,  désespéré  d'avoir  |>erdu  sa  feu 
,.  s  riii.nto    rsnrageail  k  pajys;e1  qu'à  b  morl  «lu 
roi  de  raaoa,  il  lui  succéda,  et  bétft .  dans  le  rovau 
de  lAla.  une  ville  nommée  Sihapura  par  le  Makâ- 
vmmsa,  et  Simhabdpura  par  le  Ràdjarali  cinghalais. 
Dans  ce  dernier  mot ,  Simkabà  est  une  abr- 
de  Simkabdku,  dont  le  pâli  a  fait  Sihabâha. 

I      prince  Sikabâkm  épousa  sa  sœur  Sihas> 
qui  accoucha  seite  fois  de  deux  jumeaux;  les  <!< 
premier*  huent  le-mm.N.   I  un    I  /<//-(>  g,  l.mtte  Sn 
miita  (en  sanscrit  h/m*  Smmitra).  Quand  Vidjaya 
eot  atteint  l'âge  convenable,  son   père   s 
l'associa  au  trône,  en  le  sacrant  sous  le   n'tn    A 
Vparàija  :  c'est  sans  doute  à  cause  de  cette  i 
tance  que  la  chronique  cinghalaise  nouil- 
le j-  lyakamâra.  avec  le  titre  de  ku 
mâra,  qxie  l'on  donne,  comme  on  sait,  dans  l'Inde, 
à  l'héritier  présomptif  (le  la  rouronn<    M 
emporté  par  des  habitudes  vicieuses ,  se  livrait  a 
actes  de  violence  qui  lui  attirèrent  les  reproches  et 
la  colère  du  roi.  Sirhkabâka,  cédant  aux  prières  du 
peuple,  ordonna  que  Vidjaya  et  sa  troupe     oMfa 
posée  de  sept  cents  hommes,  fussent  jetés  dans  un 
et  abandonnés  sur  l'Océan.    Il    tint    ici 
r  parler  le  texte  même  du  Muhâvamsa;  il  < 
if  ut  sur  le  voyage  des  exilés  des  détails  qui  doi\ 

consignés  dans  ce  mémoire,  puisqu'ils  ne  se 
trouvent  que  dans  le  texte  inédit  de  cette  ehronique 
curieuse. 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  63 
«  Alors  le  roi  fit  jeter  dans  un  vaisseau  et  aban- 
donner sur  l'Océan  Vidjaya  et  sa  troupe,  formée  de 
sept  cents  hommes,  auxquels  il  avait  fait  raser  la 
moitié  de  la  tête;  il  y  fit  mettre  en  même  temps 
leurs  femmes  et  leurs  enfants.  Us  s'avancèrent, 
hommes,  femmes  et  enfants  avec  confiance  (sur 
l'Océan)  ;  ils  parvinrent  à  une  île,  ils  y  descendirent 
et  y  habitèrent.  L'île  où  étaient  descendus  les  en- 
fants était  connue  en  ce  lieu  sous  le  nom  de  Nagga- 
dîpa ,  et  celle  où  étaient  descendues  les  femmes  por- 
tait le  nom  de  Mahindadipa.  Vidjaya  descendit  aussi 
dans  un  havre  qui  offrait  un  passage  facile.  Là,  ef- 
frayé par  la  violence  de  sa  troupe,  il  remonta  de 
nouveau  sur  son  vaisseau.  Le  prince  nommé  Vidjaya , 
déterminé  dans  son  choix,  vint  aborder  à  Lanka, 
dans  l'île  de  Tambapanna,  le  jour  où  Taihâgata  s  était 
endormi  dans  le  Nirvana ,  entre  deux  arbres  de  l'es- 
pèce des  sala.  » 

Maintenant  que  nous  sommes  en  possession  d'un 
récit  puisé  à  une  source  authentique,  il  ne  nous 
reste  plus  qu'à  en  faire  ressortir  ce  qui  intéresse  la 
géographie,  et,  en  particulier,  la  recherche  de  la 
valeur  du  mot  Sifhhala.  La  légende  dont  nous  avons 
présenté  un  extrait  a  été,  sans  doute,  comme  toutes 
celles  qui  se  rapportent  aux  origines  des  nations, 
embellie  par  l'amour  du  merveilleux.  Mais  la  fiction 
n'y  tient  pas  une  assez  grande  place  pour  qu'on  n'y 
puisse  reconnaître  un  fond  de  réalité.  A  part  le  ma- 
riage singulier  de  la  fille  du  roi  de  Vanga,  il  n'y  a 
rien  que  de  vraisemblable  dans  les  événements  qui 


04  JANVIER   1857. 

m  furent  la  suite.  Lue  princesse  du  \  unga ,  enlevée 
par  un  habitant  des  forêts  de  Râdhâ ,  dont  la  légende 
a  fait  un  lion,  donne  le  jour  à  deux  enfants,  n  dU 
et  une  fdlc.  Le  hU  \m  son  père,  fonde  une  ville 
dans  la  province  de  Râdhâ,  épouse  sa  sœur  et  en  a 
de  nombreux  enfants.  L'aine,  nommé  Vidjaya. 
cite  par  sa  violence  la  colère  de  son  père,  et  est 
exilé  sur  l'Océan  avec  les  compagnons  de  ses  dé- 
sordres. Les  pays  de  Va*ga  et  de  Râdhâ  forment  les 
portions  orientale  et  occidentale  de  la  province  ac- 
tuelle du  Bengale,  en  la  supposant  divisée  en  deux 
par  la  rivière  Hougli.  Or,  la  partie  de  r» 
où  se  pestent  les  événements  raoeetes  par  le  Makâ 
vêmmû  doit  être  voisine  de  la  mer,  car  le  texte  ne 
dit  pas  que  les  exilés  aient  suivi  le  cours  d'un  fl« 
pour  se  rendre  dans  l'Océan  ;  il  les  montre .  au  con- 
traire ,  commençant  immédiatement  leur  voyage  vers 
Ceylau.  Rien  ne  nous  apprend  le  point  précis  d'où 
partirent  les  vaisseaux  ;  mais,  s'il  est  permis  • 
argument  du  récit  d'une  autre  migration  qui  aban- 
donna plus  tard  le  Bengale  pour  se  rendre  à  (  •  nI  m 
on  peut  admettre  que  ce  fut  de  Tàmralipti,  la  mo 

«1-  l  n.     T.,nil'.iik.    «jiir    partit,    s.  -|mii    le    Mafuniimsd 

la  migration  dont  nous  venons  de  parler. 

Avant  d'atteindre  le  lieu  où  ils  devaient  se  fixer, 
les  exilés  s'arrêtèrent  sur  deux  Iles,  lune  nom* 
mée  Saggadipa  ou  ihi^Im  Xâgadxipa  •  file  des 
Nâgas  n ,  l'autre  Mahindadipa  ou  ^VfN  Mahén<i 
dvipa  i  l'île  du  grand  Indra  ».  Ces  îles  ne  devaient 
sans  doute  pas  être  très-éloignées  l'une  de  ftnt 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  65 
du  moins  le  texte  les  nomme  dans  Je  même  pas- 
sage, en  ajoutant  cette  circonstance  que  les  jeunes 
gens  descendirent  dans  celle  des  Nâgas,  et  les  femmes 
dans  celle  de  Mahêndra.  Mais  comment  concilier 
cet  énoncé  avec  l'état  des  lieux,  et  où  retrouver  ces 
deux  îles,  quand,  sur  la  côte  orientale  de  la  pres- 
qu'île indienne,  il  n'en  existe  aucune  de  ce  nom? 
C'est  là  une  difficulté  considérable ,  et  qui  peut  ins- 
pirer des  doutes  sur  l'exactitude  du  récit  du  Mahâ- 
vamsa,  récit  que  nous  avons  trouvé  jusqu'à  présent 
si  vraisemblable.  Peut-être,  cependant,  n'est-il  pas 
impossible  de  la  résoudre,  ou  au  moins  de  décou- 
vrir, à  l'aide  de  quelques  rapprochements,  la  situa- 
tion approximative  de  ces  deux  îles. 

Les  rapprochements  dont  nous  voulons  parler 
sont  de  deux  sortes  :  les  uns  portent  sur  les  noms 
de  quelques  localités  que  présente  la  côte  orientale 
de  la  presqu'île  indienne ,  les  autres,  sur  des  légendes 
conservées  par  la  tradition  singhalaise.  Commen- 
çons par  les  noms  géographiques.  On  sait  que  les 
rivières  de  Godâvari  et  de  Krichna  se  jettent  dans 
la  mer  par  plusieurs  bras,  dont  quelques-uns  sont 
très-considérables,  et  qui  forment,  à  l'embouchure 
de  ces  deux  fleuves,  des  deltas  assez  étendus.  Ces 
deltas  comprennent  de  véritables  îles,  et  c'est  fans 
doute  de  là  que  vient  le  nom  de  Divy,  donné  à  une 
pointe  de  terre  située  à  l'embouchure  du  Krichna1. 
M.Wilson2,  dans  le  résumé  de  l'histoire  des  rois  du 

1   Map  of  the  Cireurs,  dans  Heyne's  Tracts  on  India,  p.  282. 
s  Mackemie  collection,  t.  I,  introd.  p.  cxxx. 

ix.  5 


66  JANMKIi   1857 

Telingana,  <|ii*il  I  inséré  au  tome  I  de  la  collection 
Markenxie,  parle  même  d'une  île  Deei.  à  l'embou- 
chure  du  krirhna.  < •»•  qui  M  }>«•'>'  «'tre  que  le  ln-u 
nommé  actuellement  /)/>>  «>t  situé  SOT  la  branche 
principale  de  ce  fleuve.  Le  mol  Itity  doit  n'être,  en 
effet .  qu'une  altération  du  sanscrit  />cipa  «  Ue  • .  ana- 
logue au  Diva  cinghalais.  Cela  ne  suffit  pas,  sans 
doute,  pour  nous  autoriser  à  voir  ici  les  lies  A'eeee- 
<*>*  (Ndgadvipa)  et  Maaiadodpt  ( MaUndnMp* )  de 
la  chronique  singlialaise;  mais  si  le  rapport  de  DrVr 
et  de  Ihipa  pouvait  être  admis,  il  en  résulterait 
déjà  que ,  vers  ce  point  de  la  côte  orientale  de  l'Inde, 
on  reconnaissait  des  Iles  formées  par  les  bras  des 
deux  grandes  rivières  Godàvari  et  krirhna .  et  qu'une 
dénomination  géographique  a  conservé  jusqu'à  nos 
jours  la  trace  de  cette  opinion.  Ce  n'est  pas  | 
le  nom  même  des  A'does  parait  près  d'une  des 
branches  les  plus  considérable»  du  Kxichna.  dans 
celui  de  Nâaa  Dmm,  qui.  sur  d'autres  cartes,  est 
nommé  \àgalankâ  «Is  Lanakà  des  dragons*.  Non 
loin  de  Nâgalankâ ,  et  au  sud-ouest  de  la  branche 
dont  nous  venons  de  parler,  existe  un  autre  Usai 
nommé  Pootalankâ  (lis.  PëtdUmakâ)  «la  pure  Lama- 
kà  ».  En  ajoutant  à  ces  dénomination*  remarquables, 
que  nous  trouvons  sur  une  carte  tres-détaillée  des 
Nortkern-Cirran .  dressée  par  Heyne  pour  ses  Traité* 
sur  finie,  celle  d'un  port  beaucoup  plus  cm 
Bander  Mahàlankâ,  nous  reconnaîtrons  que  le 
de  Langkâ  (qui  est  celui  de  Ceylan).  avec  ou 
le  motAaofl.  est  d'un  usage  fréquent  sur  cette  par- 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  GEYLAN.  67 
tie  de  la  côte.  Nous  n'osons  pas  en  conclure  encore 
que  la  moderne  Ndgalankâ  ou  que  la  Nâga  Divou, 
qui  n'est  donnée  que  sur  une  seule  des  cartes  à  nous 
connues,  soit  la  même  île  que  la  Naggadipa  du  Ma- 
hâvamsa;  mais  nous  nous  trouverons  par  là  confir- 
més dans  une  opinion  que  nous  avons  déjà  émise 
autre  part,  sur  le  point  de  la  côte  indienne  qui  doit 
avoir  été,  à  des  époques  anciennes,  en  communi- 
cation directe  avec  Ceylan.  Le  nom  de  Langkâ,  ré- 
pété trois  fois  dans  un  espace  aussi  peu  étendu ,  est 
une  preuve  suffisante  de  ces  communications.  Mais, 
quant  à  la  recherche  qui  nous  occupe,  nous  no 
pouvons  offrir,  il  faut  l'avouer,  que  comme  une 
simple  conjecture,  le  rapport  de  Nâga  Divou  avec 
la  Naggadipa  de  la  chronique  singhalaise. 

Il  est  moins  facile  encore  de  retrouver  l'île  de 
Mahêndra,  citée  parla  même  autorité.  J'ai  cru,  pen- 
dant quelque  temps,  que  la  ville  de  Râdjamundri, 
qui  donne  son  nom  à  la  partie  la  plus  considérable 
du  delta  de  la  Godâvari ,  pouvait  se  rapprocher  du 
Mahêndra  du  Mahâvamsa,  qui  aurait  été  précédé 
du  mot  Râdja.  En  effet,  ce  nom,  qui  est  purement 
sanscrit,  doit  s'écrire,  selon  Wilson1,  Râdjainahêndri , 
et  c'est  celui  d'une  ville  qui  a  été,  depuis  la  fin  du 
xi" jusque  dans  les  dernières  années  du  xmc  siècle, 
la  capitale  d'une  branche  de  la  dynastie  des  Tchâ 
lukya.  Mais  je  ne  sache  pas  que  Râdjamahêndri ,  qui 
est,  selon  toute  apparence,  une  dénomination  mo- 

1  Wilson,  Mackenzic  collection,  t.  I,  introd.  p.  cxvn  et  cxix.  Cf. 
ibid.  p.  263. 


63  l  \\\  IKK   IS57. 

derne,  ait  clé  jamais  appelée  une  île.  et  noua  n'y 
pouvons  pas  voir  l'île  MuVaeVn  du  Ataadraaasa.  Ce 
n'est  pas  que  l«-  mot  de  Makéndrn  soit  inconnu  dans 
la  géographie  du  sud  de  l'Inde;  Wilford  le  cite,  mm 
déterminer  la  position  du  lieu  qu'il  désigne,  parmi 
d'autres  dénominations  géographiques  appartenant 
à  la  partie  méridionale  de  la  Péninsule,  liait  il  aat 
surtout  célèbre  comme  nom  d'une  des  prit 
,l,.uii.'>  .1.  niMMU-n.N  du  Matai  Pariai*,  m  d.« 
l'Inde,  selon  les  Brahmanes,  laquelle  court  le  long 
de  la  côte  d'Orixa.  et  vient  aboutir  au  lac  Chilka. 
Cette  indication  nous  éloigne,  comme  on  voit,  de 
l'embouchure  du  krichna .  et  ne  nous  donne  anémia 
lumière  sur  le  Makêmin  des  chroniques  de  Ceylan. 
La  situation  de  l'Ile  que  cet  ouvrage  désigne  ainsi, 
reste  donc,  au  moins  pour  moi.  tout  à  Tait  incon 
nue .  et  la  seule  assertion  que  je  puisse  avancer  avec 
quelq  nuance,  c'est  que,  d'après  les  termes  <ln 

Makâvamsa .  elle  doit  être  voisine  de  /Veeeee^ea. 

Peut-être  serons-nous  plus  heureux  en  comparant 
avec  le  text*  pféeité  les  légendes  conservées  dans 
d'autres  parties  de  ce  même  ouvrage,  on  dans  les 
deux  autres  chroniques  cinghalaises.  Quoique  cet 
légendes  n'aient  aucun  titre  à  prend  r. 
llmloire  positive  de  Ceylan .  elles  ne  noua  paraissant 
pas  devoir  être  négligées  ici,  parce  qu'elle 
un  point  de  rapport  tout  à  fait  remarquable  avec 
ooe  donnée  â\  I a  géographie  ancienne  qui  est  restée 

1    Y.  G.  Wahl .  h.tdlttckmbunç  —m  thtuJtr* ,  p.  sftg .  791.711. 
W.  Hamilton.  fVi«r tptto»  0/  //iaJ*i/««  .  I.  II.  p.  ftS. 


SUR  LA  GEOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.       G'J 

jusqu'à  présent  sans  explication.  Selon  le  Mahâvamsa , 
le  fondateur  du  buddhisme,  Çâkiamuni  Buddha, 
lit  trois  voyages  à  Ceylan,  en  vue  de  convertir  les 
habitants  primitifs  de  l'île,  connus  sous  le  nom  de 
Yakchas,  ou  de  mauvais  génies,  et  de  Nâgas,  ou 
dragons.  La  première  fois,  il  descendit  au  lieu  où 
se  trouve  l'édifice  sacré  nommé  Mahiyangganathûpa , 
pour  H^4^ult*4M  Mahyangganasthûpa  «  le  sthûpa  de 
l'enclos  de  terre»,  et,  selon  le  Râdjavali,  Myange- 
mea ,  temple  célèbre ,  situé  dans  la  province  de  Vi- 
lassa,  vers  la  partie  orientale  de  Ceylan.  Les  Yakchas, 
ou  mauvais  génies,  furent  alors  exilés  sur  une  île 
nommée  par  le  Mahâvamsa  Giridîpa,  pour  Hll^M 
Giridvîpa  «  l'île  de  la  montagne  ».  Le  Râdjaratnâkari 
et  le  Râdjavali  ajoutent  au  nom  de  cette  île  celui 
des  Yakchas,  abrégé  en  Yak,  et  l'appellent  Yakgiri- 
diwa  ou  Yakgiri  Devine;  la  première  de  ces  deux 
orthographes  est  conforme  au  texte  du  Râdjavali. 
Or,  la  tradition  singhalaise  place  cette  «  île  de  la 
montagne»,  ou  «île  de  la  montagne  des  démons», 
près  de  Manàr,  ou  à  Manàr  même.  Cette  tradition 
ne  nous  donne  pas  encore,  il  est  vrai,  la  Naggadipa 
du  Mahâvaiîisa  ;  elle  nous  indique  cependant  déjà 
l'existence ,  au  moins  dans  l'opinion  des  Singhalais , 
d'une  île  vers  le  nord  de  Ceylan,  portant  le  nom 
de  i  île  de  la  montagne  des  démons  ». 

Mais  nous  trouvons,  dans  la  suite  de  la  même 
légende,  une  Nâgadîpa  désignée  comme  le  lieu 
où  Çàkiamuni  descendit  à  son  second  voyage  à 
Ceylan.  Le   Mahm amsa  est  la  seule  des  trois  chro 


70  JAKVIEH   1857. 

niques  cinghalaise*  qui  parle  de  cet!'    il<     rt  le  fia*. 
djaratnâkari,  ainM    ;  Rêdjatali,  font  paraître 

Htuldha  pour  la  seconde  fois  a  Caiam     I*   crois 
c'est  une  erreur,  qui  vient  de  ce  que  le  troUt. 
voyage  a  été  confondu  par  lea  Singhalais  avc< 
second.  Le  Mahâromsa  en  distingue  troia  de  la  ma- 
nière la  plus  positive,  et  dans  les  termes  suivant 

i*  \fahryangpinagamanam  «arrivée  è  Afdaireag- 
gana  »  ; 

a*  Nâyadtparjamanam  «  arrivée  A  Nâjêàif*  •; 

3"  Kahrânigamanam  •  arrivée)  à  Kalydm  •. 

Il  m-'  parait  évident,  qu'en  plaçant  è  Katya 

me  dn  second  voyage  de  Çakiamuni.  lea  detta 
ouvrages  rites  en  dernier  lien  appliquent  au  second 
voyage  dea  événements  qui  n'appartient  >.t  qu'au 
troisième. 

Or.  en  nous  en  tenant  aoi  termes  dn  récit  du 
Mahàraihsa .  qui  dit  positivement  que  i  le  flambeau 
du  m. .mir.  aJeJn  d'une  immense  miséricorde.  \> 
sita  trois  fois  la  belle  Ile»,  il  faut  admettre  que 
NépuUpa  est  une  Ile  voisine  de  Ceyla  tte 

-,  qui  me  parait  résulter  neoossaireaneaH 
du  texte  précité,  mérite  d'autant  plus  d'être  prise 
en  considération,  que  rien,  dans  le  récit  do  Makd 
vamsa,  ne  nous  instruit  de  la  véritable  position  de 
Nâgaiipa.  Une  autre  conclusion,  qu'on  admettra,  je 
l'espère  également,  c'est  que  la  Myadipa  où  des- 
I ••  ndit  Çakiamuni  est  la  mi  que  la    V»7ert- 

dipa  que  rer  le*  emigranU  du  Beng.. 

nt  d'aborder  à  Ovlan   Car   ■moinsil  ,,icr 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  71 
l'existence  de  deux  Nâgadîpa  dans  ces  parages,  il 
faut  adopter  la  conséquence  qui  résulte  de  l'identité 
absolue  des  noms,  et  regarder  comme  se  rapportant 
à  la  même  localité  les  deux  passages  du  Mahdvarhsa 
où  il  est  parlé  de  Nâgadîpa  et  de  Naggadîpa.  Enfin, 
comme  la  légende  du  second  voyage  de  Çàkia- 
muni  ne  permet  pas  de  douter  que  la  Nâgadîpa  de 
ce  récit  ne  soit  voisine  de  Ceylan,  et,  comme  la 
\aggadipa  visitée  par  Vidjaya  est  nécessairement  en 
avant  de  Ceylan,  il  est  également  indispensable  de 
reconnaître  que  Nâgadîpa  était,  dans  l'opinion  des 
Singbalais,  une  des  nombreuses  îles  qui  se  trouvent 
au  nord  de  Langkâ.  Ce  n'était  certainement  pas  une 
île  isolée;  car  le  texte  parle,  comme  nous  l'avons 
vu ,  de  Mahinda,  autre  île  qui  ne  devait  pas  être  à 
une  grande  distance  de  la  première. 

Mais  ce  qui  me  paraît  venir  à  l'appui  de  cette 
hypothèse  sur  la  situation  de  Nâgadîpa,  c'est  que  les 
tables  de  Ptolémée  nous  donnent  une  île  de  Naya- 
§i€a,  parmi  celles  qui  sont  indiquées  dans  les  pa- 
rages de  Ceylan.  Cette  île  a  été  placée  par  M.  Gos- 
sellin  sous  le  même  parallèle  que  la  ville  de  l\agadiba, 
capitale  du  peuple  des  Nagadibi ,  dont  ce  savant 
géographe  fixe ,  avec  Bochart  et  Mannert ,  la  posi- 
tion dans  le  nord  de  Ceylan ,  sur  la  côte  orientale. 
C'est,  je  crois,  avec  raison  que  l'île  Nagadiba  est 
rattachée  aux  Nagadibi  singbalais ,  et  l'on  a  bien  fait , 
pour  déterminer  la  situation  de  cette  île ,  maintenant 

1  Mahâvamsa.  Ç.  I.  v.  34  a,  fol.  4  v°  du  manuscrit  de  Sir  Al. 
Johnston. 


78  JANV1KK  1857. 

in<  oiiuue,  de  profiter  de  la  présence  sur  la  côte  de 
Ceylan  d'un  point  de  rapport  aussi  évident  que  le 
peuple  des  Nagadibi  et  la  ville  de  NagaAba.  Nou» 
croyons  même  qu'il  est  permis  d'aller  plus  loin  en- 
core ,  et  de  rapprocher  davantage  l'un  de  l'autre  deux 
points  qui  portent  exactement  le  même  nom.  Toute- 
fois, sans  essayer  de  donner,  par  conjecture,  à  la 
position  de  la  Nagadiba  de  Ptoléméc,  une  précision 
dont  les  tables  actuelles  n'offrent  pas  les  éléments . 
nous  nous  contenterons  de  tirer  la  conséquence  qui 
résulte  du  rapprochement  que  nous  venons  d'établir 
«ntre  la  JVdpuUjpo  du  Makâmnua.  et  la  Nê§Ma  «In 
géographe  grec.  Cette  conséquence ,  c'est  qu'il  a  dû 
exister,  dans  le  voisinage  de  Ceylan ,  une  lie  de  Né- 
gadipa ,  puisque  deux  autorités  aussi  indépendantes 
l'une  de  l'autre  que  les  tables  dePtolémée  et  le  Af*a- 
hémnua  citent  également  dm  île  de  ce  nom. 
dans  l'impossibilité  où  Ion  est  de  retrouver  actuel- 
lement la  trace  de  111e  de  Nàgadipa,  on  se  croyait 
autorisé  à  contester  l'existence  de  «cette  I  la 

reléguer,  comme  la  légende  qui  Dont  la  lait  con- 
naître, au  nombre  des  labiés,  il  faudrait  au  moins 
admettre,  que  la  légende  elle-même  existait  des  le 
r  siècle  de  notre  ère,  et  que  les  navigateurs,  dont 
Ptolémée  mettait  en  «ruvre  les  récits,  avaient,  si- 
non vu  Nagadiba,  du  moins  entendu  pari» 
tle  de  ce  nom.  Ce  n'est  certainement  pas  là  une  con- 
séquence trop  hardie,  et  nous  doutons  que  les  es- 
prits les  plus  difficiles  soient  disposés  à  en  contester 
l'exactitude. 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  73 
Quant  à  nous ,  partant  de  l'opinion  des  géographes 
qui  placent  les  Nagadibi  de  Ptolémée  dans  le  nord 
de  Ceylan,  et,  sous  le  même  parallèle,  l'île  de  Na- 
gadiba ,  rapprochant  de  cette  opinion  et  du  nom  sur 
lequel  elle  porte,  la  Nâgadîpa  du  Mahâvamsa,  ile  à 
laquelle  toucha  la  colonie  indienne  venue  du  Ben- 
gale ,  avant  d'aborder  à  Geylan ,  nous  voyons  dans  ce 
rapprochement  une  présomption  nouvelle  en  faveur 
de  l'existence  d'une  île  de  ce  nom  parmi  celles  qui 
sont  situées  en  avant  de  Geylan.  Ce  nom  ne  se  re- 
trouve plus,  il  est  vrai,  dans  la  géographie  actuelle; 
mais  on  en  peut  dire  autant  de  beaucoup  de  déno- 
minations qui  ont  disparu  des  cartes  modernes.  Cette 
opinion  me  paraît  plus  vraisemblable  que  celle  qui 
essayerait  de  retrouver  la  Nâgadipa  du  Mahâvamsa 
sur  la  côte  orientale  de  la  presqu'île  indienne.  En  in- 
diquant plus  haut  les  traces  qu'on  y  peut  découvrir 
des  noms  de  Nâga  et  de  Dipa,  nous  avons  fait  re- 
marquer qu'on  en  devait  plutôt  conclure  l'existence 
de  communications  anciennes  entre  l'île  de  Ceylan 
et  la  côte  du  royaume  de  Kalinga. 

Nous  sommes  ainsi  conduits  dans  le  voisinage  de 
Ceylan,  et  ramenés  à  l'objet  principal  de  notre  re- 
cherche, l'origine  du  nom  de  Simhala.  L'examen  du 
petit  nombre  de  lieux  auxquels  loucha  la  migration 
indienne,  avant  d'arriver  dans  l'ile,  et  de  lui  donner 
ce  nom ,  n'était  cependant  pas  inutile ,  puisque  la  géo- 
graphie comparative  devait  y  trouver  matière  à  un 
rapprochement  nouveau.  Mais  nous  ne  devons  pas 
accorder  la  même  attention  au  renseignement  his- 


74  JAMILH   1857. 

teafaaja  <|iii  termine  l«'  récit  «lu  Mihànim.ui  Gml 
dit  la  chronique .  le  jour  de  la  mort  de  Buddba,  qtia 
\uija>a  prit  terre  à  Ceylan.  Or,  comme  Buddlu 
mourut,  selon  les  Singhalais.  cinq  cent  quarante- 
trois  ans  ayant  notre  ère ,  ce  serait ,  d'après  le  Mm- 
kâvamsa ,  cette  date  qu'il  faudrait  assigner  à  l'arrivée 
de  \  idjaya.  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  traiter  cette 
question,  que  nous  examinerons speaaleme nt  d.m« 
le  mémoire  consacré  à  l'histoire  cinghalaise.  Il  noya 
suffira  de  dire  en  ce  moment .  que  le  synchronisme 
établi  par  la  traduction  entre  ces  deux  événements 
est  très-douteux,  et  que  le  teste  même  dm  chro- 
nique» ou  nous  le  trouvons  indiqué  assigne  à 
poque  où  l'île  fut  peuplée  une  date  postérieure  à 
celle  de  la  mon  de  Çèkiamuni  Buddha. 

L'extrait  de  la  légende  relative  à  l'arrivée  et  à  ré- 
tablissement de  V idjaya  au  nord-est  de  Ceylan  suf- 
firait déjà  pour  établir  le  rapport  du  nom  de  SosV 
kala,  donné  aux  habitants  et  à  l'Ile  de  Langké,  avec 

ni  du  chef  de  la  famille  à  laquelle  appartenait  le 
roi  de  la  colonie  venue  du  Bengale.  Car  \  idjaya  est 
fils  de  Stmkabâku,  qui,  lui-même,  est  fils  de  Sùkka 
ou  d'un  lion  m  autre  côté,  nous  avons  mon- 

tré plus  haut  que  le  nom  de  Simkala  dérivait  incon- 
testsbleni'-nt  du  mot  sanscrit  ttmha. 

Le  seul  point  sur  lequel  il  pourrait  rester 
quelque  doute ,  c'est  celui  de  savoir  si  l'île  a 
mimique  ce  nom  aux  habitants,  comme  le  voulait 
W  alit .  ou  lui  n  »i  elle  l'a  reçu  d'eux.  Or,  ce  que  nous 
«  on  naissons   de   l'ancienne   géographie   de   l'Inde 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  75 
donne  déjà  une  grande  vraisemblance  à  la  seconde 
hypothèse;  car  on  y  voit  d'ordinaire  les  provinces 
désignées  par  le  nom  du  peuple  qui  les  habite;  les 
listes  géographiques  des  Purànas  fournissent  de 
nombreuses  preuves  de  cette  assertion.  Mais  le  Ma- 
hâvamsa  nous  dispense  de  recourir  ici  à  une  conjec- 
ture qui  aurait  déjà  en  sa  faveur  une  grande  proba- 
bilité ;  et  le  texte  cpie  nous  allons  citer  nous  apprend 
que  l'île  de  Ceylan  reçut  le  nom  Simhala,  parce 
qu'elle  fut  habitée  par  une  famille  de  Simhalas. 
Après  avoir  indiqué  l'origine  de  la  dénomination 
de  Tambapanna ,  dans  le  passage  que  nous  avons 
reproduit  précédemment,  le  texte  continue  de  cette 
manière  : 

uComme  le  roi  Sihabâhu  s'était  emparé  du  lion 
(siha),  de  là  vient  que  ses  descendants  à  l'infini  fu- 
rent appelés  Sîhala.  Cette  île  de  Lanka  fut  occupée 
et  habitée  par  un  Sîhala  (celui  qui  prend  le  lion). 
Aussi  fut-elle  appelée  Sîhalam  [du  nom]  de  celui  qui 
avait  tué  le  lion.  » 

Ainsi,  selon  le  Mahâvamsa,  c'est  parce  que  le 
chef  de  la  colonie  du  Bengale  appartenait  à  une  fa- 
mille dite  des  Sîhala,  en  sanscrit  Itl^fi  Simhala, 
en  d'autres  termes,  parce  qu'il  était  un  Sîhala,  que 
l'île  de  Ceylan  prit  le  nom  de  Sîhalam  ou  Simhalam. 
Et,  ce  qui  me  paraît  digne  de  remarque,  le  Mahâ- 
vamsa adopte ,  sans  la  modifier,  l'explication ,  peut- 
être  un  peu  subtile,  que  les  lexicographes  indiens 
donnent  de  Simhala,  quand  ils  le  font  dériver  du 
mot  simha  «  lion  »,  et  du  radical  la  «  obtenir  ».  J'avoue 


76  \\\  It  H  1857. 

rai  que,  pour  tua  part,  j'aimerais  mieux  tradui 
comme  je  l'ai  proposé  plus  haut ,  Sikal*  par  «  dea- 
c  lulant  (l'un  liun  ».  Mais  quelque  opinion  qu'on  ait 
sur  le  sens  de  ce  mot,  il  n'en  est  pas  moins  ét.il 
par  le  témoignage  des  Singhalais.  que  ce  nom  a  été 
celui  des  habitants  avant  d'être  appliqué  a  l'Ile.  Ainsi 
>e  trouve  justifiée  l'opinion  de  Wilford.  qui,  s'ap 
pusant  sur  une  étymologie  d'ailleurs  erronée .  tirait 
le  nom  de  Ceylan  de  celui  du  roi  qui  en  avait  fait 
le  premier  la  conquête.  Enfin,  par  là  s'explique  lin 
terprétation  fautive  du  mot  Simkak.  inspirée  aux 
Singhalais  par  le  souvenir  de  la  tradition  dont  nous 
venons  d'emprunter  les  détails  au  Makâvamsa. 

itons  encore  que  cette  explication  met  dans 
tout  son  jour  Insuffisance  de  celles  qui  ont  •  t>  pn 
posées  jusqu'ici  par  des  auteurs  qui  n'ont  pu  (air* 
usage  de  b  langue  sanscrite.  Par  exemple ,  de  Bar- 
ras, s'autorisent  d'une  tradition  dont  nous  parlerons 
ailleurs .  et  qui  est  relative  à  une  ancienne  conquête 
de  Ceylan  par  les  Chinois,  pense  que  le  nom  de 
Chingàlla ,  employé  pour  désigner  les  Singhalais  et 
la  langue  qu'ils  parlent ,  doit  son  origine  au  séjour 
des  Chinois  dans  le  sud  de  l'île.  Selon  lui ,  comme 
leur  premier  établissement  avait  eu  lieu  vers  la 
pointe  de  Gale ,  où  avait  été  fondée  la  ville  de  Ta- 
nabaré,  les  habitants  primitifs  qui  résidaient  dans 
les  montagnes  de  l'intérieur  nommèrent  les  colon» 
chinois  les  Ckingàlla,  c'est-à-dire  «  les  Chinois 
Gale  ».  Je  n'examinerai  pas,  en  ce  moment . 
tradition  ne  résulterait  pas  de  la  confusion  du  n 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  77 
de  Sina  avec  le  mot  Simha  «  lion  » ,  qui  forme,  comme 
nous  l'avons  fait  voir,  la  partie  principale  du  nom 
des  Singhalais-,  il  me  suffit  d'exposer  l'opinion  déve- 
loppée par  J.  de  Barros  pour  montrer  combien  peu 
elle  est  vraisemblable.  Il  faut  en  dire  autant  de  celle 
de  de  Couto,  qui  pense  que  les  Chingdlla  sont  issus 
du  mélange  des  Chins  ou  Chinois  avec  les  Galla, 
nom  qui,  selon  lui,  signifie  les  exilés,  et  par  lequel  on 
désignait  les  premiers  colons  arrivés  avec  Vidjaya. 
Cette  explication,  moins  l'interprétation  du  nom  de 
Galla,  est  également  donnée  par  Teixeira1.  Bochart 
n'est  pas  plus  heureux,  quand  il  cherche  dans  les 
Chingali  ou  Chingari  (avec  une  modification  légère 
d'orthographe)  le  mot  arabe  Chingar,  qui  signifie 
un  homme  timide  et  lâche.  Enfin,  l'on  ne  peut 
croire  avec  un  voyageur  anglais,  Barrow2,  qui  renou- 
velle la  tradition  d'une  ancienne  colonie  établie  par 
les  Chinois  à  Ceylan ,  que  le  nom  de  cette  île ,  sous 
sa  forme  moderne,  dérive  des  mots  chinois  Sih-lan, 
Sih-long  ou  Sih-lang  ule  dragon  occidental».  Il  faut 
s'en  tenir  à  la  tradition  singhalaise,  qui  donne  à  la 
colonie  qui  peupla  Ceylan  un  nom  d'origine  sans- 
crite, un  nom  que  l'idiome  savant  des  Brahmanes 
suffit  pour  expliquer.  Que  les  Simhala  soient  origi- 
naires du  Bengale,  comme  le  pensent  les  Singhalais, 
ou  que  ce  soient  des  Radjpoutes,  ainsi  que  vient  de 
le  conjecturer  tout  récemment  M.  Montgorpery  Mar- 

1   Relaciones  del  orujen  de.  los  Heyes  de  Persia,  c.  xxxv,  p.   i84. 
Anvers,  1610,  in-8°. 
1   Traxels  in  China. 


J4V 

nu,  dans  son  Histoire  de»  colonie»  anglaise»,  c 
une  question  qui  sera  mieux  à  sa  place .  quaud  non» 
rechercherons  le»  élément»  dont  se  compose  1  an 
CMone  population  de  Ceyian.  Aujourd'hui  n ou»  de- 
vons nous  contenter  de»  lumière»  que  in  rappro- 
chements présentés  plus  haut  jettent  sur  le  nom  de 
Sùhkabi.  C'est,  dan»  de»  recherche»  de  et  genre. 
obtenu   un  résultat  qui  peut  passer  pour  itliafai 
sant,  que  de  retrouver,  dan»  le»  texte»,  l'origine  et 
la  justification  de»  tradition»  populaire»,  souvent 
si  vague»  et  si  incertaine»,  et  de  le»  ramener  eur 
le  seul  terrain  où  elle»  pument  être  discutée»  avec 
quelque  avantage  pour  la  science,  celui  de  la  phi- 
lologie. 

La  discussion  à  laquelle  nous  venons  de  an»  li- 
vrer nous  a  lait  connaître  le  troisième  et  dernier 
de»  nom»  par  lesquels  le»  document»  écrits  et  les 
traditions  orales  de»  Singhslais  ont  désigné  111e  de 
Ceyian .  depuis  les  temp»  les  pins  ancien»  jusqu'à  no» 
jour».  Le  caractère  commun  de  ces  noms,  c'est  qu'ib 
appartiennent  tous  a  la  langue  sansen te.  du  moins 
s'il  n'est  pas  facile  de  découvrir  dan»  cet  idiome  le 
sens  du  mot  Langkâ,  on  doit  reconnaître  que  ee  nom 
est  ai  uniformément  et  si  anciennement  employé  par 
les  Brahmanes  pour  désigner  Ceyian  .  qa  i  a  défini- 
tivement pris  place  dans  leur  langue.  Je  n'hésite  pas 
a  le  regarder  comme  le  plus  ancien  de  tous  cent 
dont  les  Singhalai»  ont  conservé  la  mémoire  I 
monte  jusqu'à  l'époque  fabuleuse  de  Râvana.  i 
ne  paraît  pas  dans  les  chronique»  cinghalaises  i 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CET  LAN.  79 
nom,  soit  celui  de  Tâmbrapami,  soit  celui  de  Sim- 
hala,  sans  que  la  dénomination  brahmanique  de 
Langhâ  soit  en  même  temps  rappelée.  «Il  prit  terre 
à  Lancjkâ,  qui  fut  nommée  Tambapaiina.  L'ile  de 
Langkâ  fut  appelée  Sîhalam;»  ce  sont  là  des  ex- 
pressions familières  au  Mahâvamsa,  et  ces  expres- 
sions, si  elles  prouvent  la  simultanéité  d'emploi  de 
ces  trois  mots,  semblent  en  même  temps  indiquer 
l'antériorité  du  premier.  Diogo  de  Couto ,  s'appuyant 
sur  une  tradition  que  nous  avons  précédemment 
rappelée,  affirme  que  Lancao  fut  le  premier  nom 
qu'ait  eu  Ceylan;  que  c'est  son  véritable  nom,  et 
qu'elle  l'a  conservé  depuis.  Valentyn,  qui,  dans  sa 
grande  description  de  Ceylan  ,  ne  se  sert,  à  ma  con- 
naissance, qu'une  seule  fois  du  mot  Langkâ,  et  qui 
l'écrit  Langcauwn ,  le  cite  comme  le  nom  de  l'île  au 
temps  du  roi  Vidjaya.  Les  Singhalais  reconnaissent 
donc  eux-mêmes  l'antériorité  de  cette  dénomination 
relativement  aux  deux  autres;  seulement  je  ne  crois 
pas,  avec  de  Couto  et  Vossius,  qu'il  faille  en  attri 
buer  l'origine  à  leur  premier  roi,  Vidjaya  Râdja.  Je 
ne  trouve,  dans  les  textes  que  je  puis  consulter,  au- 
cune tradition  qui  permette  de  supposer  que  l'île  ait 
reçu  ce  nom  de  la  première  colonie  indienne  qui 
s'y  est  établie ,  et  j'ai  lieu  de  croire ,  au  contraire , 
que  de  Couto  n'a  eu, à  ce  sujet,  que  des  renseigne- 
ments peu  exacts ,  ou  qu'il  a  reproduit  confusément 
ceux  qu'il  avait  à  sa  disposition.  Le  témoignage  des 
textes  discutés  plus  haut  nous  paraîtrait  d'ailleurs 
préférable  à  une  simple  tradition ,  en  supposant  qu'il 


80  JANVIER  1857. 

\  Mit  une  à  Ceylan.  pour  j 
de  Couto.  La  seule  conséquence  qu'on  put 
de  son  récit,  c'est  que  l'on  croit,  à  Ceylan.  que 
fut  le  premier  nom  d<    i 

Fatidra-t  il  conclure  de  tout  ceci .  que  c  est  le  nom 
national  de  Ceylan ,  ceJui  quelle  portait  avant  l'ar- 
rivée de  la  colonie  indienne  du  Bengale?  al  de  et 
que  nous  le  trouvons  employé  par  les  Brahmanes. 
puis  par  les  Buddhistes,  pourrons-nous  induire  que 
les  habitants  primitifs  de  l'Ile  le  connaissaient  égale 
ment?  C'est  une  question  dont  la  solution  ne  me 
semble  pas  facile.  Sans  doute ,  si  les  peuples  brah- 
maniques du  nord  de  l'Inde  ont  appelé  La*gkâ  I 
de  Ceylan ,  ou  du  moins  la  ville  la  plus  importante 
qu'ils  y  connaissaient,  cela  peut  venir  de  ce  qu'ils 
ont  trouvé  ce  nom  en  usage,  ou  dans  l'ile  elle-même. 
ou  dans  la  partie  méridionale  de  la  péninsule 
dienne.  Mais,  d'un  autre  côté,  si  Ton  réfléchit  à 

•  x.u -titude  des  idées  qu'ils  s'étaient  faites  de  cette 
xactitude  qui  s'explique  par  la  position  des 
anciens  établissements  des  Brahmanes .  dont  les  pro- 
grès vers  le  sud  de  l'Inde  paraissent  être  postérieurs 
de  plusieurs  siècles  à  leur  arrivée  dans  le  nord,  on 
aura  moins  de  peine  à  admettre  que  le  nom  de 
Langkâ  ait  pu  être  imposé  par  eux  à  un  peuple 
ne  le  reconnaissait  pas.  H  est  vrai  aaj  M  le  rencontre 
dans  les  compositions  écrites  des  Singhalais  sous  les 
formes  diverses  de  Lanka ,  Laka ,  et  même  de  \jak- 
diva ,  et  qu'on  est  ainsi  porté  a  croire  qu'il  est  na- 
tional et  primitif  à  Ceylan.  et  qu'il  a  été  emprunté. 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  SI 
par  les  Singhalais  descendants  des  Indiens  du  Ben- 
gale, à  la  population  au  milieu  de  laquelle  ils  se 
sont  établis.  Toutefois,  cette  conclusion  est  loin 
d'être  rigoureuse  ;  car  comme  la  civilisation  et  la  lit- 
térature singbalaises  sont  exclusivement  d'origine  in- 
dienne, rien  n'empêche  qu'on  ne  suppose  que  ce 
nom  est  passé  de  l'Inde  à  Ceylan ,  avec  les  produc- 
tions littéraires  des  Brahmanes  et  des  Buddhistes. 
Ce  qu'on  peut  affirmer,  c'est  qu'il  est  d'un  usage  plus 
relevé  et  moins  populaire  que  celui  de  Simhala;  et, 
sous  ce  rapport,  il  n'est  pas  indifférent  de  remar- 
quer qu'il  n'a  pas  été,  comme  ce  dernier,  appliqué 
aux  habitants  de  l'île ,  pas  plus  à  ceux  qu'on  peut 
appeler  autochthones ,  qu'à  ceux  qui  sont  d'origine 
indienne.  Si  Langkâ  avait  été  le  nom  des  habitants 
primitifs ,  en  supposant  que  ce  soient  les  Vedda ,  ce 
nom  eût  dû  certainement  céder  la  place  a  celui  de 
Simhala.  Mais  il  n'eût  pas  si  complètement  disparu, 
que  nous  ignorions  absolument  aujourd'hui  qu'un 
peuple  quelconque  l'ait  jadis  porté.  Loin  de  là,  on 
ne  trouve  aucune  trace  de  ce  fait,  et  Langkâ  n'est 
jamais  usité,  dans  les  textes  qui  nous  sont  connus, 
que  comme  désignation  de  l'île.  Ces  dernières  con- 
sidérations m'engagent  à  regarder  ce  nom  comme 
imposé  par  les  Brahmanes  et  les  Buddhistes  à  l'île 
de  Ceylan,  et  comme  accepté  par  les  colonies  d'ori- 
gine indienne  qui  la  civilisèrent,  plutôt  que  comme 
primitivement  connu  de  la  population  autochthone 
qui  existait  quand  les  Indiens  y  parurent  vers  le  mi- 
lieu du  vf  siècle,  dit-on,  avant  notre  ère. 

IX.  i 


81  II!!  IEH  18*7. 

Les  traditions  singhalaises  jettent  beaucoup  plu» 
de  jour,  ainsi  qu'on  l'a  vu,  sur  le»  deux  noms  <!♦• 
Tdmbraparni  et  de  Siihkaia.  Ces  noms  se  rattachent 
aux  origines  de  la  nation  telle  que  loot  constituée 
les  colonies  indiennes  ;  ils  pot  tcnl  I  rmprcmtrvisihlt' 
de  l'influence  brahmanique,  n  un  mm  ill  appar 
tiennent  à  la  langue  sanscrite,  c'est-à-dire  à  l'idiome 
sacre  des  conquérants.  Mais  quoique  aussi  nlungn» 
qur  relui  de  Langkâ  à  la  population  autuchthone  de 
I  il-  |i  m  diflerent  cependant  en  ce  qu  ik  Mal  pris 
naissance  avec  les  premiers  développement*  «lu 
peuple  singbalais.  ceal-a-dire  de  cette  population 
d'origine  indienne  qui ,  par  la  conquête  et  sans  doute 
aussi  par  des  alliances,  s'empara  de  Cevlan  quelques 
siècles  avant  notre  ère.  Les  Brahmanes,  restes  dans 
I  Inde,  n'ont  donc  pas  imposé  ces  dénominations  aux 
colonies  établies  à  Ceylan  ;  il  n'est  pas  même  certain, 
quoique  Mannert  l'affirme,  qu'ils  aient  jamais  fait 
usage,  pour  désigner  Ceylan,  du  nom  de  Témra 
parm,  nom  que  les  Puranas  appliquent  à  une  l  ivière 
qui  roule  à  l'extrémité  de  la  péninsule;  H  ;i  rail  ton. 
cité  par  le  docteur  Vincent1,  affirmait  qu'il  n'avait 
trouvé  dans  aucun  texte  sanscrit  de  nom  qui  res- 
semblât à  celui  de  Taprobane.  Ce  sont  les  Singbalais 
qui  se  sont  donné  a  eux -mémos  et  è  leur  Ue  les 
noms  de  Simhala  et  de  Tdmbraparni .  et,  sous.ee  rap- 
port, ces  dénominations  doivent  passer  pour  natio- 
nales. La  première  est  cependant  beaucoup  plu» 


1    The  commtrcr  ami  mnimmtiém  aftke  mmettmti  tu  tkr  l»Jimm  Ottmm. 
i.  II.  p.  494. 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  83 
populaire  que  la  seconde;  elle  désigne  à  la  fois  l'île 
el  ses  habitants,  tandis  que  Tâmbraparni  paraît  ex- 
clusivement employé ,  ainsi  que  Langkâ ,  comme  nom 
de  Ceylan.  D'un  autre  côté,  cette  dernière  appella- 
tion a  plus  d  intérêt  pour  la  géographie  comparative , 
en  ce  qu'elle  nous  donne ,  comme  nous  Talions  voir, 
l'origine  du  nom  sous  lequel  les  Grecs  ont  connu 
cette  île  célèbre.  Il  n'est  pas  facile  de  déterminer 
l'antériorité  relative  des  noms  de  Tâmbraparni  et  de 
Simhala.  Qu'ils  soient  tous  deux  anciens,  c'est  ce  dont 
on  ne  peut  douter  ;  mais  comme  il  est  nécessaire  de 
soumettre  à  un  examen  critique  les  données  de  l'his- 
toire singhalaise  relative  à  la  date  de  5  A 3  ans  avant 
notre  ère,  assignée  à  l'arrivée  de  Vidjaya,  on  ne  peut 
affirmer  absolument  que  les  noms  de  Tâmbraparni 
et  de  Simhala  datent  exactement  de  cette  époque. 
Quelques  aveux  dos  Singhalais  eux-mêmes  permet- 
tent au  contraire  d'en  fixer  l'origine  environ  un  siècle 
plus  tard;  et,  d'un  autre  côté,  le  témoignage  des 
Grecs  doit  nous  porter  à  regarder  le  nom  de  Tâm- 
braparni comme  antérieur  à  celui  de  Simhala. 

Il  ne  nous  reste  plus,  pour  achever  la  tâche  que 
nous  nous  sommes  imposée,  qu'à  indiquer,  d'une 
manière  rapide ,  les  destinées  des  noms  divers  de 
Ceylan  que  nous  avons  examinés  dans  ce  mémoire. 
Et  d'abord ,  l'observation  que  nous  avons  faite  plus 
haut ,  sur  le  nombre  et  la  variété  des  dénominations 
d'origine  indienne  que  nous  fournissent  les  textes 
singhalais ,  doit  être  répétée  ici  ;  car  ce  n'est  pas  une 
particularité  peu  remarquable  de  voir  sous  combien 

6. 


84  JANVIER   l»57 

de  noms  divers  eetM  Ni  »  été  connue  de»  nations  de 
l'Occident'.  Depuis  le  commencenu-m  «In  iv*  siècle 
avant  notre  ère  jusqu'au  temps  de  PtoUmée ,  on  en 
compte  trois  tout  à  fait  distii  uns  de*  autres. 

Depuis  le  vi*  siècle  jusqu'à  nos  jours,  il  en  parait  dans 
les  voyageurs  au  moins  quatre  nouveaui .  sans  comp 
ter  celui  qui  est  reste  en  possession  de  désigner  cette 
Il  (liez  les  nations  de  l'Europe  etches  le  plus  grand 
nombre  des  peuples  commerçants  de  l'Asie.  Sens 
doute  des  noms  tels  que  ceus  de  Tenarisim.  lUumn 
et  d'autres ,  prives  comme  ils  te  sont  d'autorités  n« 
I  >i' uses  et  vraiment  respectable» 
nt «t.  de  la  part  de  la  critique,  un  long  examen 
quand  nous  aurons  dit  qu'ils  paraissent  être  incon  > 
à  Ccylan.  et  qu'aucun  texte,  entre  ceux  que  nous 
pouvons  consulter,  n'en  a  gardé  b  plus  légère  trace, 
qsj  BjBjaJi  «  \ rusera  peut  pas  non 

«  npor  davantage.  Mais  on  n'en  peut  pas  dire  autant 
des  noms  que  nous  a  conservés  l'antiquité  dassi<| 
et  quelque  d illimité  qu'on  éprouve  pour  les  retrou- 
ver tous  également  chez  les  Singhalais.  leur  impor- 
t.mo-    1rs  .ippcllr   ntfieSSliriinUBl   .1    pn-mln-    plan- 

dans  des  recherches  consacrées  aux  noms  anciens 
de  Ceylan. 

Après  que  les  conquêtes  d'Alexandre  dans  i  : 
eurent  ouvert  aux  Grecs  le  chemin  de  l'Asie  orien- 
tale, Onesicritc  et  Mégasthène.  au  rapport  de  Stra- 
bon  et  de  Pline,  eurent  connaissance  de  l'île  de 

1    Vincent .   Tkt  nmmnet  •md  mmijmlttm  •/  »*#  màmt*  m  tke 
/WMaOcMm.t.  II.  p.  A93. 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  85 
Ceylan,  et  ils  lui  donnèrent,  dans  leurs  relations,  le 
nom  de  Ta7rpo£<xW  Cette  dénomination  paraît  donc 
en  même  temps  que  les  premiers  renseignements 
positifs  que  l'antiquité  nous  ait  transmis  sur  Ceylan , 
et  nous  sommes  ainsi  autorisés  à  la  regarder  comme 
la  première  que  les  Grecs  aient  connue.  Or  ce  nom 
de  Taprobane,  auquel  les  riches  productions  de  l'île 
qu'il  désignait  ont  donné  chez  les  anciens  une  grande 
célébrité,  nous  le  retrouvons  dans  la  dénomination 
sanscrite  et  singhalaise  Tâmraparna  et  Tâmbroparni. 
Ce  rapprochement,  que  j'ai  déjà  essayé  d'établir 
autre  part,  d'après  un  passage  emprunté  à  un  ma- 
nuscrit siamois,  me  parait  mis  à  l'abri  de  toute  con- 
testation par  les  textes  que  j'ai  rassemblés  depuis  et 
dont  j'ai  fait  usage  dans  ce  mémoire.  Je  me  trouve 
encore  confirmé  dans  cette  opinion  par  l'assentiment 
de  M.  de  Bohlen  et  par  l'autorité  d'un  critique  an- 
glais, qui  avait  indiqué,  dès  1816,  sous  la  forme 
d'une  simple  conjecture,  le  rapprochement  de  Tâm 
braparni  et  de  Taprobane,  dans  un  article  de  la  Revue 
d'Edimbourg  que  cite  M.  de  Bohlen.  Il  est  toutefois 
nécessaire  de  remarquer  que  l'écrivain  anglais,  dont 
j'ignore  le  nom,  mais  qui  peut  avoir  été  Hamilton, 
s'est  contenté  d'avancer,  sans  en  fournir  aucune 
preuve,  que  Tâmbroparni  [sic)  se  trouve,  dans  les 
livres  des  Cinghalais,  employé  pour  désigner  l'île 
de  Ceylan.  Les  détails  étendus,  dans  lesquels  j'ai 
cru  nécessaire  d'entrer  à  ce  sujet,  ne  doivent,  je 
l'espère,  laisser  aucun  doute  sur  l'exactitude  de  cette 
assertion ,  et  la  ressemblance  si  frappante  des  mots 


H  I!  IKR   1857. 

Tâmbraparnt  et  Taprobane  démontre  l'ideiitu<-  l 

damentale  de  ces  deux  noms. 

(  )n  ne  peut  donc  phu  dire  avee  de  Couto.  qui 
avait  fuit  do  vains  efforts  pour  retrouver  la  Tapro 
fmne,  soit  dans  la  nomenclature  géographique  de 
Ceylan,  soit  dans  les  traditions  anciennes  de  l'île, 
que  ce  nom  n'a  de  sens  dans  aucun  dialect  •'•  I  Inde. 
et  qu'il  a  été  imposé  à  Ce  vlan  par  Ptolémée  II  faut 
même  temps  renoncer  aux  ■  \|  lira  lions  qui  ont 
été  proposées  jusqu'ici  pour  le  nom  de  Taprobane. 
à  relit-  de  llochart .  qui  y  trouvait  les  deux  mois  hé- 
breux Tapk  Porvan  •  la  côte  de  l'or  »;  à  celle  de 
Th.  Hyde,  qui  composait  Taprobane  des  mois  Hb 

+&)  Rohvan  «l'ile  du  mont  Rahoun». 
«lu  pic  d'Adam;  à  celle  de  Vossius.  qui  le  tirait  du 
nom  de  Tranatc,  qui  est  donné  par  de  Couto  à  I 
de  Ceylan;  à  celle  de  Rurrows.  que  répét»  plus  tard 
Cordiner1  quand  il  tire  Taprobane  de  Tapobon  pour 
Tapovana ,  la  forêt  de  la  mortification  ou  de  la  prière; 
a  celle  que  réfute,  comme  à  celle  que  propose 
'.iiiMmi  -Wahl.  quand  il  reconnaît  dans  ce  nom 
mots  à  peine  grecs  de  ta  mpw  oCop ($ic)\  enfin,  à 
celle  de  Duncan  et  de  Wilford*.  qui  voient  dans  I 
probanc  les  deux  mots  Topa  Hârana  m  l'Ile  de  RAvana  s. 
Quand  même  les  considérations  philologiques  que 
j'ai  fait  valoir  ailleurs  contre  cette  dernière  etplica 
tion  ne  suffiraient  pas  pour  démontrer  combien  peu 
elle  est  sout  île  discussion  devrait  cesser 

1   IkscnpUom  oj  CtyUm,  l    I    | 

'  Duncan .  Atial  fit*    i    \     |>    "\„    eJ    ia-JT 


SUR  LÀ  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  87 
devant  le  fait  bien  constaté,  que  les  textes  singhalais 
donnent  à  l'île  de  Ceylan  le  nom  de  Tâmraparna , 
ou  Tâmbraparni ,  et  que  ce  nom  est  presque,  lettre 
pour  lettre,  celui  de  Taprobane. 

La  seconde  dénomination  que  nous  ait  conser- 
vée l'antiquité  classique  est  celle  de  UaXaimfxovvSov 
Palaisimoundou,  ou  ^ifxovvSov  Simoandou.  Je  dis  la 
seconde;  car  je  n'hésite  pas  à  regarder,  avec  Dodwell 
et  le  docteur  Vincent1,  ce  nom  comme  n'ayant  été 
connu  des  Grecs  que  postérieurement  à  celui  de  7a- 
probane.  L'auteur  duPériple  de  la  merErythrée donne 
évidemment  la  priorité  à  la  dénomination  de  Ta- 
probane sur  celle  de  Palaisimoundou,  lorsqu'il  nous 
apprend  que  l'île  de  Palaisimoundou  était  ancienne- 
ment nommée  par  les  habitants  Taprobane2.  Il  semble, 
il  est  vrai ,  que  l'on  doive  conclure  du  texte  de  Pto- 

1  The  commerce  and  navigation  of  ihe  ancients  in  the  Indian  Océan, 
t.  II,  p.  4q4  ,  fd.  1807. 

1  Voici  le  texte  du  Périple  :  Eis  vséXayos  vyoof  éxxsirat  ispàs 
aÙTTji»  tt)v  Svatv,  \tyop.évr)  UaXaiai(iovvSov,  tsapà  Se  to7s  dp^alots 
av-réSv  Ttmpoëdvv-  M.  Gossellin  a,  sur  ce  texte,  la  note  suivante  : 
«  L'auteur  du  Périple  dit  que  l'île  de  Palœsimundi  était  appelée  Ta- 
probane par  les  anciens;  mais  il  parle  sans  doute,  des  Grecs  qui  pré- 
cédaient le  siècle  où  il  écrivait.  1  H  uous  est  impossible  d'admettre 
cette  conclusion ,  et,  par  toit  ip^aiott  aùiûv,  l'auteur  du  Périple  dé- 
signe évidemment  les  anciens  par  rapport  aux  habitants  de  l'île. 
Les  éditeurs  et  traducteurs  du  Périple  ont,  il  est  vrai,  omis  aùiùv, 
et  rendu  ce  passage  par  veteribus,  ce  qui  est,  pour  le  moins,  très- 
vague.  Il  semble  que  le  plus  grand  nombre  des  géographes  qui  se 
sont  occupés  de  la  Taprobane  aient  pris  à  la  lettre  cette  traduction , 
sans  recourir  au  texte  original;  car  comment  comprendre  autrement 
qu'on  ait  pu  voir  ici  les  anciens  Grecs  ?  Et  n'est-ce  pas  pour  avoir 
méconnu  le  témoignage  formel  de  ce  texte  que  Mannert  ait  pu  dire, 
«l'une  manière  si  affirmative,  que  le  nom  de  Taprobane  n'était  pas 


M  JANV1LK   l> 

lém  »duitpar  Agatuémère.parM  II 

raclée  et  par  Bhnttfuiîi  Byianrc.  que  le  plus  an* 
de  tous  les  noms  de  Ceylan  est  l\iUmtmoundou ,  ou 
Smwandou,  comme  on  lit  ordinairement  en  prenant 
mdkeu  pour  un  mot  grec.  C 

par  d'An  ville,  l'est  également  parM.Cios  •  llm  .  t  par 
Minuit   et  oc  dernier  va  jusqu'à  prétendre  que  le 
nom  de  Taprobane  n'était  pas  national  A  Ceylan.  < 
\m  Grecs  l'avaient  appris  *l  mais  «j 

comme  ce  nom  était  généralement  connu  et  ado)< 
Ptolémée  l'avait  conservé,  en  avertissant  toutefois 
que  l'île  se  nommait  autrefois  Palauimoë*d< 
son  temps  laXuaf.  Nous  savons  maintenant  à  quoi 
nous  en  t*  mu  sur  l'assertion  qui  sert  de  base  au  rai 
Muni-m-  nt  il   \!  um.-it     N.mm  fM    l«-  DOM  il   '/" 

probant  n'est  pas  national  à  Ceylan.  Et  quant  i  son 
raisonnement  même,  nous  trouvons  que  c'est  ti 
du  texte  de  Ptolémée  une  conséquence  forcée ,  • 
d'y  voir  la  preuve  de  l'antériorité  de  la  dénomina- 
tion de  Palaisimoandou  mu   rrlle  de  Taprobant.  Ce 
que  Ptolémée  noua  semble  avoir  l'intention  d'exp  < 
mer,  c'est  que  le  nom  de  Salike  avait  de  son  temps 
remplacé  le  nom  de  Pala'uimoandoa.  C'est 
ment  de  l'ancienneté  comparative  de  ces  deux  • 
nières  dénominations  qu'il  s'occupe  i  affirme 

rien   relativement  à  l'âge  du  nom  de  Taprobane, 
c'est  qu'il  ne  se  propose  pas  d'examiné  i  ,ucs- 

tion. 

national  à  Ceylan?  ( Voy. Goaadim .  fera,  mr  laGéfr.  ias  ■■■-». 
t    III.  p.  390;  Manorrt.  Gt^r  À€t  Gnaca.  mmÀ  Bâm.  Part.  \ 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  89 
Marcien  d'Héraclée  n'en  dit  pas  plus  clans  l'un  des 
passages  où  il  ne  fait  que  reproduire  le  texte  même 
de  Ptolémée ,  et  l'on  ne  peut  entendre  autrement 
celui  d'Etienne  de  Byzance,  qui  est  évidemment  em- 
prunté à  la  même  source.  Le  seul  texte  que  l'on 
puisse  invoquer  pour  prouver  l'antériorité  de  Palai- 
simoundou  sur  Taprobane ,  est  le  premier  des  deux 
passages  où  Marcien  parle  de  l'île  de  ce  nom.  Les 
expressions  rrjs  te  TairpoGavris  xaXovfxévtis ,  jfjs  HaXai- 
a-ifxovvSov  \eyo(iévtjs  Tspàtepov  signifient ,  sans  aucun 
doute,  «l'île  nommée  Taprobane,  appelée  antérieu- 
rement Palaisimoundou.  »  Mais,  si  l'on  compare  cette 
phrase  à  celle  dont  se  sert  le  même  auteur  dans  un 
autre  endroit  de  son  ouvrage ,  on  est  porté  à  croire 
qu'elle  n'est  que  l'abrégé  du  texte  de  Ptolémée, 
source  commune  de  ces  divers  énoncés,  et  que  Mar- 
cien s'est  contenté  ici  de  répéter  la  partie  princi- 
pale d'un  passage  qu'il  reproduit  intégralement  ail- 
leurs. De  l'omission  du  mot  de  Salike,  il  résulte  que 
la  question  d'antériorité  se  trouve  porter  sur  les  mots 
de  Taprobane  et  de  Palaisimoundou;  mais  j'ai  peine 
à  croire  qu'il  ait  été  réellement  dans  la  pensée  de 
Marcien  de  la  poser  dans  ces  termes.  Au  reste ,  quand 
il  en  serait  ainsi,  et  quand  de  la  comparaison  des 
divers  textes  de  cet  auteur  il  faudrait  conclure  que, 
d'un  côté,  il  établit  avec  Ptolémée  que  le  nom  de 
Palaisimoundou  est  antérieur  à  celui  de  Salike,  et 
que,  de  l'autre,  il  prétend  que  Palaisimoundou  est 
plus  ancien  que  Taprobane ,  plaçant  ces  trois  dé- 
nominations dans  l'ordre  suivant  :  Palaisimoundou, 


•mi  JANVIER   IK57 

ïtiprobane,  Salike,  il  en  résulterait  sculem 
Martien  est ,  entre  les  auteurs  qui  oui  parlé  uY  / 
laisimoandoa ,  le  seul  de  ce  sentiment.  Or,  son  opi- 
nion   ne  me  parait  pas  devoir  l'emporter  sur  cille 
•  li-  Ptolêmée.  qui.  selon  nous,  n'avance  rien   de 
pareil. 

Dans  le  cours  de*  ubai  nations  précédent  t 
me  suis  servi  de  la  dénomination  de  Pakitmmmàm 
il  préférence*  celle  de  5t0toa*doa.  quoique  les  cartes 
ii  la  Taprobane.  selon  Ptolêmée.  reproduisent  à 
paji  prés  invariablement  cette  dernière  leçon.  Ceat 
qu'il  ne  me  parait  pas  possible  de  faire  aucune 
jertion  solide  contre  l'opinion  qu'ont  émise  Seumit 
Dodwell .  Mannert  et  M.Goasellin  (ce  dernier,  cepen- 
dant .  d'une  manière  dubitative).  I«a  comparaison  des 
'•  xtes  du  Périple  de  la  mer  Erythrée,  de  Martien  et 
de  Pline,  avec  celui  de  Ptolêmée,  noua  autorise  à 
croire  que  ceat  Pakùnmammiom  qu'il  faut  lire.  Une 
variante  du  teite  de  Martien  d'Héradée  donne  HeA- 
XtytfuMov;  mais  Dodwell  a  rétabli  la  leçon  IUW 
atiwMou,  et  Ton  doit,  en  effet,  reeonnaitre  que  la 
variante  WaXktytpoMo»  y  isolée  comme  elle  l'est .  a 
bien  moins  d'autorité  que  celle  de  Peiamaseendoe. 
Déjà  on  a  essayé,  saut  succès  selon  noua,  de  retrou- 
ver dans  les  langues  de  l'Inde  ce  nom  attribué  à  111e 
de  Ceylan.  Vosstus.  s'autorisent  d'une  tradition  plus 
qaê  douteuse  relative  à  une  ancienne  conquête  de 
Ceylan  par  les  Chinois,  pense  qu'il  n  dû  primiti 

il  s'écrire   \\a\cvotfivy,  mot  formé  de  palou  ou 
polou  «  ile  »  tnâm,  nom  propre  des  Siamois. 


SUR  LA  GEOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.       91 

uue  ce  savant  regarde  comme  le  même  peuple  que 
les  Chinois.  A  ce  mot  de  Palousîmôn ,  les  Persans 
ont  ajouté,  selon  lui,  le  nom  commun  diou  «île». 
de  sorte  que  cette  idée  d'île  s'est  trouvée  deux  fois 
exprimée  dans  ce  composé.  Cette  explication ,  toute 
conjecturale ,  ne  soutient  pas  l'examen  de  la  critique. 
La  seule  observation  digne  de  remarque  qu'elle  pré- 
sente, c'est  celle  qui  porte  sur  la  finale  Sov,  que  Vos- 
sius  propose  de  regarder  comme  identique  avec  div, 
qui  signifie  «île»,  mais  qu'il  croit,  à  tort,  empruntée  au 
persan.  Ce  rapprochement  peut  être,  en  effet ,  fondé, 
#et  j'ajouterai  qu'il  appartient  également  à  Pinédo, 
l'éditeur  d'Etienne  de  Byzance.  Le  monosyllabe  don 
est  la  finale  ordinaire  du  plus  grand  nombre  des 
noms  des  îles  Maldives,  et  il  vient,  de  même  que 
le  diva  singhalais,  de  l'altération  du  sanscrit  dvîpa. 

Le  P.  Paulin  de  Saint -Barthélémy,  qui  croyait 
trop  facilement  à  la  possibilité  d'expliquer  par  les 
langues  de  l'Inde  les  renseignements,  de  quelque 
nature  qu'ils  fussent,  qui  nous  ont  été  conservés  par 
les  anciens  sur  cette  contrée,  faisait  de  Palaisimoun- 
dou,  le  sanscrit  Paraçrîmandala  «la  contrée  de  Pa- 
raçrîn,  nom  du  Bacchus  indien.  Je  ne  crains  pas 
d'affirmer  que ,  si  le  mot  inventé  par  Paulin  existe  en 
sanscrit,  il  ne  peut  avoir  le  sens  que  ce  savant  lui 
donne,  et  l'on  peut  être  étonné  que  le  docteur  Vin- 
cent1, qui  a  plus  d'une  fois  consulté  Hamilton  dans 
le  cours  de  ses  recherches  sur  la  géographie  de  l'Inde, 

1    The  commerce  and  navigation  of  the  ancients  in  the  buiian  Océan, 
I    II,  p.  54  et  /ig5. 


M  \NMKR  1857. 

n'ait  pas  hésité  à  donner  son  approbation  à  1 1.\ 
thèse  de  Paulin  de  Saint-Barthélémy. 

Frédéric  (Juntlicr  Wahl  s'est  également  e\ 
sur  ce  mot  dilli»  il< ■.  et  il  en  a  donné  autant  (Texpli 
min  (liM-ises.  qu'il  a. trouvé  dans  le  dictionnaire 
oui  de  mots  commençant  par  la  syllabe  pal  .  t 
ayant  des  sens  différents.  Comme  nom  général 
I  il*-   Simoanio*  (sans  palai)  lui  paraît,  on  formé  du 
sanscrit  simd  •  terme,  limite  » .  ou  altéré  de  SikmadoM 
ou  Silandoa;  cette  dernière  conjecture,  déjà  prof 
sec  par  Renaudot.  a  été  renouvelée  par  Malte- Brun 
Comme  nom  de  la  ville  principale  de  l'île,  et  te^ 
qu'il  est  donné  par  Mm,  PaUtstmmmdmm  est  c<> 
posé  de  simomdou,  auquel  on  a  préposé  un  des  mots 
tamouls  suivants  :  paUi  «temple»,  lj/tO&vtlulï? 
pâtàiyam  «campement,  siège  du  gouvernement»; 
i_j/rovTuï>   pâlam   «pont*,    ljtoo,    utovjb 
pâla  ou  pâUuja  (sanscr.  ■  gouverneur,  roi  »);  cette  dé 
•ination  peut  même  s'appliquer  à  l'Ile  tout  en- 
tière; et  alors  le  méXa»  grec  sera  le  tamoul  palia  ou 
ralia  (Guj/ruj  périra?)  «grand,  fort».  Quand 
peut  donner,  d'un  même  mot.  autant  d'explication» 
diverses,  on  doit  se  tenir  pour  assuré  que  1  on 
possède  pas  la  vérital 

Dim   mire  côté.  Wilford.  renouvelant  une  ex- 
pli»  ttiofl  <!.jà  condamnée  par  Sauroaise.  croit  <\< 
par  le  mot  Taprobanc,  les  Gncs  ont  voulu  design 
l'île  de  Sumatra,  et  il  trouve  le  nom  de  cette  été 
nière  île  dan»  Pulaisunoandou ,  qui.  puni    lui     est 
et  de  Mimnmlu  et  mandit,  ail' 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.       93 

ration  singhalaise  deSamudra  ou Samunderu  l'Océan  ». 
Palaisimoundou.  signifie  donc  «île  de  l'Océan  »,  selon 
cette  hypothèse.  Mais ,  outre  que  Wilford  eût  pu  dif- 
ficilement trouver  un  texte  pour  justifier  les  diverses 
transformations  de  mots  dont  il  avait  besoin ,  son  ex- 
plication est  insuffisante,  puisqu'il  est  définitivement 
prouvé  aujourd'hui  que  la  Taprobane  des  anciens 
est  réellement  la  Ceylan  des  modernes.  Mannert  qui, 
avec  Saumaise,  Bochart,  d'Anville  et  tant  d'autres, 
reconnaissait  l'identité  de  ces  deux  îles,  s'était  con- 
tenté d'expliquer,  sans  doute  d'après  Vossius,  le  mot 
Palai  par  pulo,  et  il  regardait  Simoundou  comme  le 
nom  propre  de  Ceylan. 

La  meilleure  réfutation  qu'on  aurait  à  faire  de 
ces  explications  conjecturales  serait  de  montrer  le 
mot  Palaisimoundou  dans  un  texte  pâli  ou  singhalais, 
etd'en  rendre  compte,  comme  nous  l'avons  fait  pour 
les  dénominations  de  Tâmbraparni  et  de  Simhala,  par 
l'une  ou  l'autre  de  ces  deux  langues.  Mais  les  textes 
que  j'ai  eus  jusqu'à  ce  jour  à  ma  disposition  ne  nous 
offrent  ici  aucun  secours,  et  je  n'y  ai  pu,  jusqu'à  pré- 
sent, rencontrer  un  nom  qui  eût,  avec  celui  de  Pa- 
laisimoundou, la  moindre  analogie.  Nous  en  sommes 
encore,  à  cet  égard,  au  point  où  s'était  arrêté  d'An- 
ville, lorsqu'il  disait  que  l'on  ne  découvre  mainte- 
nant aucun  vestige  de  Simundi  (Palaisimoundou).  Il 
y  a,  toutefois,  cette  différence,  qu'au  temps  de  d'An- 
ville, on  ne  pouvait  pas  savoir  si  une  connaissance 
plus  intime  qu'on  ne  l'avait  alors  des  idiomes  et  des 
livres  indiens,  ne  pouvait  pas,  plus  tard,  révéler 


Il  JANV  IM.    1*57. 

l'existence  de  ce  nom.  Aujourd'hui,  au  contraire, 
nous  sommes  en  état,  sinon  d'affirmer,  du  m 
de  conjecturer,  avec  beaucoup  de 
que  le  nom  de  PalatsimomAdoa  n'est  pas 
les  Singhalais  au  nombre  de  ceux  qu'ils  donnent  à 
leur  ile.  Ce  nom  ne  se  trouve  dans  aucune  des  trois 
chroniques  qui  fout  autorité  à  Ceylan.  et  qui,  selon 
toute  apparence,  sont  les  seuls  documents  hi 
i  uj.ies  qu'on  y  possède. 

Il  me  semble  donc  permis  de  conclure  de  l'an 
seuce  de  cette  dénomination  du»  les  telles  singha- 
lais ,  de  deux  choses  l'une .  ou  que  les  anciens  i 
commis  une  erreur  en  l'appliquant  à  la  Taprobaue, 
ou  qu'ils  ont,  également  à  tort,  étendu  à  l'ile  tout 
entière  une  dénomination  qui  n'appartenait  qu'à  use 
localité,  sans  doute  de  quelque  importance.  Je  i 
goore  pas  que.  pour  donner  quelque  poids  à  la  pre- 
mière de  ces  conjectures,  il  faudrait  montrer  qu  il 
y  avait,  en  effet .  une  lie  dont  les  Grecs  ont  basse- 
ment transporté  le  nom  à  la  Taprobaue.  Or,  oek 
n'est  pas  plus  facile  que  de  prouver  que  les  Singha- 
lais connaissent  le  nom  de  Pniammmmàom;  et  Dod- 
wella  été  justement  critiqué  par  le  docteur  Vincent1, 
quand  il  a  voulu  retrouver  une  PafaùwttaWoa  autre 
que  la  Taprobaue.  sur  la  côte  occidentale  de  la  Pé- 
ninsule. Mais  la  seconde  hypothèse  a  pour  elle  une 
aases  grande  vraisemblance;  car  on  remarque  que 
les  quatre  autorités  sur  lesquelles  on  s'appuie  pour 

1    Tke  comtmtrcr  m*d  mmriftim  af  tkt  •acinU  m  tir  ImJimm  Octan. 
i.  II.  p.  S7,  ed  1807 


SUR  LA  GÉ0G1UPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  95 
nommer  l'ancienne  Taprobane  Palaisimoundou  ou  Si- 
moundou,  peuvent  se  réduire  à  une  seule,  celle  de 
Ptolémée ,  puisque  Marcien  ne  fait  évidemment  que 
transcrire  le  texte  de  son  prédécesseur,  et  que  le 
géographe  Agathémère ,  ainsi  qu'Etienne  de  By- 
zance,  paraît  n'en  donner  qu'un  extrait.  Le  nom 
de  Palœsimundum  est  encore,  il  est  vrai,  cité  par 
Pline ,  mais  seulement  comme  nom  d'une  ville  con- 
sidérable à  l'embouchure  d'un  fleuve  du  même  nom. 
Ainsi  tout  ce  que  l'antiquité  nous  apprend  du  nom 
de  Palaisimoundou ,  c'est  qu'il  désignait,  selon  Pline, 
une  ville  célèbre  de  son  temps,  et,  selon  Ptolémée, 
suivi  en  cela  par  Agathémère,  par  Marcien  et  par 
Etienne  de  Byzance,  la  Taprobane  toute  entière.  Ce 
rapprochement  nous  autorise  à  croire  que  le  nom 
d'une  ville  appelée  Palaisimoundou  a  été  transporté 
par  quelques-uns  des  navigateurs  occidentaux  à  la 
Taprobane  tout  entière ,  pendant  l'espace  de  temps 
qui  s  est  écoulé  entre  Pline  et  Ptolémée. 

Je  dois  reconnaître,  toutefois,  que  l'on  ne  re- 
trouve plus  à  Ceylan  de  ville  de  ce  nom,  et  que  la 
dernière  syllabe  de  Palaisimoundou  peut,  comme  le 
proposait  déjà  Vossius,  se  traduire  par  île,  nom  qui 
convient  mal  à  une  ville  et  à  un  fleuve.  C'est  que, 
de  toutes  les  difficultés  que  fait  naître  cette  dénomi- 
nation, la  plus  considérable  est  encore  celle  de  la  si- 
gnification qu'il  faut  lui  assigner.  On  trouverait  sans 
doute  dans  les  langues  de  cette  partie  de  l'Asie  de 
quoi  la  recomposer,  et,  sans  sortir  de  Ceylan,  les 
trois  mots:  Palal  sumana-diva,  signifiant  «l'île  de 


9*  JANVIER   1857 

la  vaste  montagne  Sumana  » ,  pourraient  ne  paa  pa- 
raître fort  éloignés  de  Palautmomndou.  On  pourrait 
ajouter  encore  que  rien  n'est  plus  naturel  que  d'a- 
voir désigné  Ceylan  par  le  nom  de  la  haute  mon- 
tagne a  laquchV  |  «luit  une  partie  de  m  célé- 
brité. Mais,  je  le  répète,  cette  dénomination  de 
de  la  montagne  de  Sumana  •  ou  «  du  Pic  d'Adam  i 
se  rencontre  dans  aucun  des  livres  singhalais  • 
nous  pou  voua  consulter,  et.  jusqu'à  < 
trotm  .  il  l.iut  renoncer  à  s'en  servir  pour  rendre 
compte  de  PaUtisimoanJou.  Autre  chose  est  «I  ftpfti 
quer  les  dénominations  que  nous  ont  conservées  les 
auteurs  classiques  pour  les  contrées  orientales,  par 
celles  qui  sont  encore  en  usage  dans  le  pava,  ou  <1 
les  livres  orientaux  ont  gardé  le  souvenir;   autre 
chose  est  de  se  servir  des  langues  de  l'Asie  pour  re- 
construire les  noms  dont  les  anciens  nous  ont  trans- 
mis Is  mémoire.  Cette  dernière  tentative  peut  être 
quelque  fois  heureuse  ;  mais  elle  me  parait  rarement 
légitime,  et,  s'il  m'est  permis  de  dire  toute  ma  | 
sec,  c'est  quelquefois  attacher  aux  renseignements 
que  nous  devons  aux  anciens  navigateurs  occiden- 
taux une  importance  que  tous  ne  méritent  pas  éga- 
leuK-iit    que  de  conserver  l'espérance  de  pouvoir  le» 
expliquer  tous,  sans  exception,  par  les  langues  des 
pays  auxquels  ils  se  rapportent 

Le  dernier  des  noms  anciens  de  Ceylan  qui  nous 
reste  a  examiner  est  celui  de  SaJuW.  que 
Ptolémée  comme  existant  de  son  temps.  Les 
autorités,  moins  celle  de  Pline  «  iteur  du 


# 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  97 
riple ,  nous  font  connaître  cette  dénomination,  et  ces 
autorités,  qui  sont  Agathémère,  Marcien  et  Etienne 
de  Byzance ,  se  réduisent,  à  vrai  dire,  à  Ptolémée. 
Ainsi,  il  en  est  du  nom  de  Salike  comme  de  celui 
de  Palaisimoundou;  ces  deux  noms ,  plus  modernes 
que  celui  de  Taprobane,  sont  également  cités  par 
un  moins  grand  nombre  d'auteurs.  Il  y  a,  toutefois, 
entre  le  nom  de  Salike  et  celui  de  Palaisimoundou , 
une  différence,  c'est  que  le  premier  n'est  pas  isolé, 
et  qu'il  se  rattache  à  celui  des  2aXa*,  les  Salœ,  nom 
sous  lequel,  d'après  le  même  Ptolémée,  sont  connus 
les  habitants  de  l'île.  Presque  tous  les  géographes, 
et,  entre  autres,  d'Anville  et  Mannert,  ont  remar- 
qué le  rapport  de  ces  deux  mots  Salœ  et  Salike;  et 
ont  regardé  le  second  comme  un  dérivé  formé  du 
premier,  et  nous  devons  ajouter  sans  doute,  avec  le 
docteur  Vincent1,  formé  d'après  le  génie  de  la  langue 
grecque ,  quoique  ies  auteurs  que  nous  venons  de 
citer  n'en  aient  rien  dit  ;  car  c'est  ce  qui  semble  ré- 
sulter du  rapprochement  des  mots  Salai  et  Salike. 
Or,  si  cette  opinion  est  admise  avec  la  restriction 
que  nous  croyons  pouvoir  y  apporter,  il  faut  en  con- 
clure que  le  nom  de  Salike,  que  Ptolémée  donne 
comme  celui  sous  lequel  la  Taprobane  était  connue 
de  son  temps ,  pouvait  être  en  usage  parmi  les  na- 
vigateurs grecs  ,  sans  pour  cela  être  reconnu  par  les 
Singhalais.  D'où  il  suit  encore,  dans  cette  hypo- 
thèse, que  nous  devons  renoncer  à  chercher  la  dé- 

1   The  commerce  and  navigation  of  the  ancients  in  the  Indian  Océan, 
t.  II,  p.  494,  éd.  1807. 


»  i  \\\  II.K   1857 

nomination  de  Saltke  dans  le»  teates  singhahm 
•Ut  in   pan*  pas  se  trouver.  Mais  il  n'en  est  pas  de 
méim  du  non  <l>  Sakû:  et.  si  les  voyageurs oectnW 

M  ont  ainsi  désigné  les  habitants  de  l'île  de  Cet 
ian .  il  faut  qu'en  effet  un  nom  ou  identique  ou  ana 

ne  à  relui  de  Salai  ait  été  en  usage  dans  cette  Ile 
i  le  second  siècle  de  notre  ère.  I«a  question  n'est 

ne  que  déplacée,  et  si  elle  ne  porte  plus  sur  Sa- 
like,  que  nous  regardons  comme  tui  nom  imposé  A 

m  par  les  navigateur»  occidentaux .  elle 
tout  entière  pour  Salai,  origine  première  dit 
de  Salike. 

I*a  conclusion  précédent  ai  sembla  née 

voile  de  cet'  nstance.  qu'en  effet,  psi  un 

les  noms  de  Oylan  avoués  par  les  Singhalai 
rencontre  pat  celui  de  Salika.  Il  est  vrai 
pouvait  nter  d'une  simple  analogie  de  (orme, 

on  serait  porté  à  croire  que  Saiikê  est  une  espèc< 

athèse  de  SrUaka  •  la  bienheureuse  Lamakâ  • .  mot 
dont  les  (irecs  auraient  altère  le  commencement 
M  is  cette  explication  qui.  s'il  était  possible  de  Is 
justifier  par  de»  preuves  plus  solides,  aurait  l'avan- 
tage de  nous  montrer  le  nom  de  Langké.  lequel  ne 
parait  pas  ches  les  ai  t    .  \ plication .  dis-je . 

m-  rend  pas  compte  du  nom  des  Salai.  Car  on  ne 
peut  pas  prétendre  que  les  Grecs  ont  appelé  les  ha- 
bitants Salai,  d'un  nom  tiré  de  ••  de  Sa- 
like;  bettÉ  dérivation  est  contre  toute  vraisemblance. 
I  )r.  si  c'est  le  contraire  qu'il  l.mt  <lin  .  eo  d'autres 
termes                  rient  de  Saisi,  Sait ke  ne  peut  être 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  99 
Srîlaka.  Cette  objection  s'applique  également  à  l'éty- 
mologie  proposée  par  M.  de  Bohlen ,  qui  regarde  la 
Salike  de  Ptolémée  comme  dérivée  de  Simhalaka,  sy- 
nonyme de  Simhaladvîpa.  Outre  que  je  ne  crois  pas 
que  Simhalaka  existe  dans  aucun  texte  singhalais ,  et 
qu'il  me  paraît  prudent  de  s'abstenir,  en  pareille 
matière,  de  former  théoriquement,  fût-ce  de  la  ma- 
nière la  plus  rigoureuse,  les  mots  dont  on  a  besoin, 
le  nom  des  Salai,  si  rapproché  de  celui  de  Salike, 
reste  toujours  inexpliqué.  Nous  montrerons  tout  à 
l'heure  ce  qui  peut  subsister  de  la  conjecture  de 
M.  de  Bohlen;  quant  à  présent,  il  nous  suffit  d'avan- 
cer qu'on  ne  peut  tirer  directement  Salike  de  Simha- 
laka, mot  qui  n'existe  pas.  L'explication  de  Wilford  , 
qui  considère  Salike  comme  venant  de  Shâla  ou 
Shâli,  mots  qu'il  ne  traduit  pas,  est  trop  obscure 
pour  nous  arrêter  davantage.  Peut-être  Wilford  ne 
fait-il  que  reproduire  une  interprétation  que  suggère, 
comme  nous  l'indiquerons  tout  à  l'heure,  la  tradi- 
tion singhalaise  ;  son  laconisme ,  cependant ,  nous 
empêche  de  rien  affirmer  à  cet  égard.  Enfin,  ce  se- 
rait sortir  trop  arbitrairement  de  la  difficulté  que  fait 
naître  ce  nom,  que  de  changer,  avec  Th.  Hyde,  le 
mot  2aAwo/  en  "ZaXivv,  pour  y  trouver  le  mot  mo- 
derne de  Ceylan  ;  rien  ne  nous  semble  autoriser  la 
substitution  de  cette  dernière  leçon  à  celle  de  Haltxtj. 
Si  l'on  a  cherché  en  vain  à  retrouver  le  nom  de 
Salike,  sans  passer  par  Salai,  d'autres  auteurs  ont,  à 
leur  tour,  essayé  de  résoudre  la  question  dans  les 
termes  où  l'ont  posée  la  plupart  des  géographes. 


100  JANVIER   II 

iisi,  Vossit^  I  <  ru  que  les  .Sa/ut  de  Ptolémée  éta 
le  peuple  nommé  de  nos  jours  Gale.  Mai»  il  me  sent 
ble  que  ce  savant .  ou  plutôt  que  les  voyageurs  dont 
il  oonsuhait  les  relations ,  ont  confondu  le  nom  il 
caste  très- répandue  à  Cey lot  les  fl  5 

leas,  avec  le  nom  du  <l  Gale,  oi  •  -aste 

est  nombreuse.  Je  ne  sache  pa«.  que  le  mot  Gale, 
«jiii.  en  singlinlala,  s'écrit  Gala,  et  qui  signifie  «ro- 
cher »,  soit  employé  comme  dénomination  de  pru pi. 
à  Ceylan.  et  Ton  ne  rencontre  aucune  caste  d. 
nom  dans  la  liste  fort  étendue  et,  selon  toute  appe- 
lée, exact-  .  que  donne  Valentyn  des 
Il  nation  cinghalaise.  Au  commencement  de  notre 
siècle,  M.  Join  ville  dans  rinde,  «t  \\  i  li  i  >pe, 

ont  proposé  une  autre  explication  des  Salai  de  Pto- 
lémée,  explication  qui  parait  au  premiei  i  •  » ■  t j >  «l'oeil 
très -sa  ti  unit  plus  besoin,  pour 

être  adoptée  d*  t  ment,  que  du  témoignage  de 

quelque!  testât  qui  existent  peut-être  à  Ceylan,  mais 
qui  nous  manqi  !  s  auteurs, 

les  Salai  de   Ptoléméc  sont  vratsemblahl>  menl 
Salea  ou  les  Ckalia  des  modernes,  lesquels  form 
une  caste  puissante,  dont  les  occupations  conaiv 
maintenant  à  recueillir  Pécorce  du  cann»  IIki  .  mais 
qui  descendent  d'une  tribu  de  Brahmanes  tisserai 
connue  à  Ceylan  sous  le  nom  de  Péskara.  Cette  caste, 
qui  dispute  à  celle  des  pécheurs  le  second  rang  dans 
la  hiérarchie  singhalaise.  possède  des  livres,  dont 
l'un  porte  le  titre  de  Saliegesoatre  (peu»  i  ti 
Sâkaya  sâtra)  <•  axiomes  des  Sâfya  ou  Ckalia 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  101 
trouve  dans  le  mémoire  de  Joinville  auquel  nous 
empruntons  ces  détails ,  ainsi  que  dans  le  troisième 
volume  de  la  collection  de  M.  Upham,  une  histoire 
abrégée  de  cette  tribu,  à  l'existence  de  laquelle  se 
rattachent  plusieurs  faits  curieux.  Sans  entrer  ici 
dans  l'examen  des  documents  relatifs  à  cette  caste, 
examen  auquel  nous  nous  livrerons  quand  nous  trai- 
terons spécialement  de  la  population  ancienne  et 
moderne  de  Ceylan,  nous  dirons  que  les  Pêskara 
sont  venus  à  trois  époques  différentes,  et  fort  éloi- 
gnées les  unes  des  autres,  de  l'extrémité  de  la  pé- 
ninsule indienne,  d'abord  au  temps  de  Vidjaya,  puis 
sous  Deveni  Paetissa,  vers  le  me  siècle  avant  notre 
ère ,  d'après  le  calcul  singhalais ,  puis  enfin  dans  des 
temps  beaucoup  plus  rapprochés  de  nous,  au  com- 
mencement du  xme  siècle.  Or,  à  chacune  de  ces  mi- 
grations, dont  le  retour  s'explique  par  le  peu  de  pro- 
grès qu'avait  fait  à  Ceylan  l'art  de  tisser  les  toiles 
fines,  on  voit  les  Pêskara  conserver  leur  nom.  Ce 
n'est  que  depuis  leur  dernier  établissement  dans  le 
voisinage  de  la  ville  actuelle  de  Chilaw,  que  leurs 
descendants  prirent  le  nom  de  Saleas  Game,  selon 
Joinville,  ou  de  Hallacjama,  selon  Upham,  titre  dont 
la  véritable  orthographe  est,  en  pâli,  Sâlâgânia:  ou 
«village  des  halles»,  et  qui  leur  fut  donné  à  cause 
des  Sâlâ,  ou  «salles  et  habitations»,  dans  lesquelles 
ils  s'étaient  fixés  pour  exercer  leur  industrie. 

Ce  qui  résulte  de  ce  récit ,  c'est  que  les  desccn 
dants  des  Pêskara  du  xue  siècle,  ou,  si  l'on  veut,  ces 
Pêskara  eux-mêmes  portent,  à  Ceylan,  le  nom  de 


103  U*1  IKK    I8!V* 

Chaliu,  rrrit  do  diverses  manières  :  Ck  illxi 
tia ,  Satea ,  Saleagamé ,  Hait? .  Hattatjâ  i 
peut  pas  conclure  que  ce  nom  ait  et»  «  «  lui  <|.  s  | 
kara  qui  les  ont  »,  soit  SOI  ml  'artissa . 

soit  sous  Vidjaya.  soit  enfin .  *  Ion  I  Ski- 

mois,  l'an  77  de  noire  ère.  Or,  c'est  n 
dont  il  faudrait  être  certain ,  pour  avancer  qu« 
Salai  de  Ptolémèe  sont  les  Châtia  des  temps  M 
dernes.  Sans  doute,  si  Joinville  ne  s'est  pas  fait  la 
même  question  que  nous,  au  ta 
pose  ce  rapprochen.  «t  qu'il  avait  des  raisons 

de  noire  que  le  nom  de  Châtia  était  feoura  <l»-piris 

•  mimencement  de  notre  ère  à  Ceylau.  Mais  nous 
ne  trouvons  pas  les  mêmes  m  ion. 

soit  dans  lliistoire  de  la  caste  de*  I  donnée  par 

Âirian  RadjaJ'akrha .  é  caste,  soit  dans 

OOOTt  trar  oisième  vol» 

M.  I  pham.  Or,  jusqu'à  ce  qu'on  ait  établi  «I  une  ma- 
nière positive  l'existence  ilia  antérieurement 
au  m#  siècle  de  notre  èr  noneer  i  se  I 
virdece  mol  pour.  -\p!                 S  démée. 
Il  faudrait  aussi  r« 

existé  quelques  rapports  entre  cette  tribu 
des  Shalay,  tisserands  qui  se  trouvent  sur  In 
Coromai  |  qu'on  croit  Télingas  d*ori-        .1 

n'ai  pu  trouver,  dans  les  dû  ires  tamonl-   qui 

existent  à  la  Hil)lioili,(j.i  ilay 

•  ppliqué  à  une  caste;  mais  je  dois  remarquer  qn 
tamoul  Shâtay  est  l'orthographe  régulier»    <lu  sans- 
crit îMicft .  cnlâ,  mot  qui    sous  sa  fonn<    j > .'* I i •  •  on 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  103 
singhalaise,  Sâlâ  ou  Sâlàva,  a  produit  le  nom  de  la 
«aste  des  Chalia. 

Si  les  observations  précédentes  nous  autorisent  à 
ne  pas  admettre,  sur  des  preuves  aussi  peu  con- 
cluantes, le  rapprochement  indiqué  par  Joinville, 
elles  doivent  nous  engager  à  chercher  autre  pari 
l'explication  des  Salai  de  Ptolémée.  Je  remarquerai 
d'abord  que  rien  n'est  plus  uniformément  reconnu 
que  le  «apport  de  ce  mot  avec  les  noms  modernes 
de  2*eÀs<V£a.  Sielediba  ,  de  c^oOO^a*  ,  Serendib  et  Sa- 
rantip,  de  {j^*** ,  Silân ,  de  Seylam,  Seilam,  Sellarn, 
Selam,  Salam,  Silan  ,  Seylan  ,  Seilan,  Zeilan,  Zeilam , 
Zellam  ,  Celan ,  Syla  et  d'autres.  De  Barros  soup- 
çonne qu'au  temps  de  Ptolémée  on  devait  avoir 
connaissance  du  nom  de  Ceylan,  parce  que  ce  géo- 
graphe, en  parlant  de  cette  île,  la  nomme  Salike , 
et  ses  habitants  Salai;  dans  le  même  passage,  il  al- 
lume, d'une  manière  plus  positive ,  le  rapport  de  ces 
trois  noms ,  Ceylan ,  Salike  et  Salai.  Selon  Teixeira , 
l'île  de  Ceylan  est  appelée  Seilan  et  Salait,  du  nom 
de  l'ancien  peuple  des  Salai,  et  en  composition  avec 
le  mot  dire,  Selandive.  Cette  opinion  est  répétée  par 
presque  tous  les  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  Cey- 
lan, et  entre  lesquels  nous  ne  citerons  que  Bochart, 
qui  approuve  l'explication  de  Teixeira  ;  d'Anville  , 
qui  affirme,  de  la  manière  la  plus  positive,  l'iden- 
tité de  Salai,  Sielediba,  Selendib  ou  Serendib  et  Cey- 
lan; Mannert,  qui  compare  Salai  à  Selan;  le  docteur 
V  incent1.  qui  trouve  que  les  noms  de  Salœ  et  Selen- 

'    \  incent ,  t.  II,  toi   i\j  i . 


104  J  \N\  IKH  1857. 

dibe  ont  beaucoup  d'analogie  l'un  «vei  1  autre  ;  Gos- 
>< Uni,  qui  fait  porter  le  rapprochement  entre  Salikr, 
Selendhe  et  Ceylan;  le  critique  du  Qmuttrty  rrtiew. 
({in  affirme  que  Ceylan,  nom  dont  I  orthographe  est 
moderne,  vient  de  Screndib.  SeUnitb.  Seilan-dco 
ile  de  Seilan ,  selon  les  Arabes  et  d'autres  écrivains 
(in  moyen  âge;  Plulaléthès,  qui  conjecture  que  < 
lan  vient  de  Salai  ;  et  enfin  M.  de  Hohleu .  qui  avance 
que  la  Serandio  des  Arabes,  aussi  bien  que  la  Sa 
likc  de  Ptolemée,  dérivent  de  Simkaluka.  qt 
le  savant  allemand .  est  le  même  mot  que  Simhûk- 
chipa. 

Etablie  par  tant  et  de  si  respectables  autorités, 
cette  opinion  me  parait  à  labri  de  toute  ci 
il  reste  cependant  encore  à  rendre  compte  rigoureu- 
sement de  ce  qui  n'est  présenté  par  le  plus  grand 
nombre  des  auteurs  précités  que  d'une  manière  un 
peu  vague.  L'ordre  de  dérivation  qu'Us  adoptent  est , 
d'ailleurs,  le  plus  souvent  vicieux,  parce  que, à  I 
ception  des  derniers,  ils  ignoraient  l'existence  de 
Simhala ,  source  commune  de  toutes  ces  ortbogre- 
phes  en  apparence  ai  diverse».  Pour  moi .  je  n'hésite 
pas  a  croire  que  Simkalam,  avec  sa  terminaison 
neutre,  a  donné  naissance  aux  diverses  dénomina- 
tions de  Ceylan.  que  l'on  trouve  en  usage  depuis 
Cosmas,  et  même  depuis  Ammien  Marcellin.  si, 
toutefois,  on  admet  la  leçon  de  Scrtndivi  propoeée 
par  Vallois,  jusqu'à  nos  jours.  Seulement,  il  faut 
partir,  non  pas  directement  du  sanscrit  SimkaUm, 
mais  de  la  forme  pâlie  Sihalam,  telle  «ju  .11.  ajf 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  105 
ployée  par  le  Mahâvamsa.  C'est  une  particularité  que 
ne  paraît  pas  avoir  remarquée  M.  de  Bohlen,  mais 
qui,  cependant,  peut  seule  ramener  à  leur  thème 
primitif  toutes  les  variantes  précitées.  Le  Sielediba  de 
Cosmas 1  est  exactement  le  Sihaladîpa  du  Mahâvamsa. 
Dans  Seren  ou  Selen,  les  Arabes  ont,  suivant  l'usage 
de  leur  propre  langue ,  retranché  les  voyelles ,  qui 
font  partie  intégrante  de  Sihalam.  Au  contraire ,  dans 
Silan,  qui  est  en  usage  depuis  Marco  Polo,  la  pre- 
mière voyelle  a  été  conservée  à  la  faveur  de  l'emploi 
du  &  arabe  ;  elle  a  été  ensuite  accompagnée  d'une 
autre  voyelle  très-brève ,  et  c'est  la  syllabe  ha  de  Si- 
halam qui  seule  a  disparu. 

Or,  quand  je  rapproche  ce  mot  de  Silan  ou  Selam , 
du  Sala  de  Ptolémée,  il  me  semble  qu'ils  rentrent 
tous  deux  dans  Sihalam  ou  Sihala.  Si,  du  nom  de 
Sihalam,  les  Arabes  ont  pu  faire  Silan  ou  Selam,  n'a- 
vait-on pas  pu  tirer  aussi  Sala  de  Sihala,  nom  des  ha- 
bitants de  l'île?  L'une  des  variantes  des  manuscrits 
de  Marco  Polo,  Salam,  n'est-elle  pas  un  exemple  de 
la  contraction  de  Sihala  en  Sala2?  J'avoue  que,  jus- 
qu'à ce  qu'on  ait  pu  assurer  à  la  caste  des  Chalia  une 

1   Cordiner,  Description  oj  Ceylon,  t.  I,  p.  6. 

1  II  existe  chez  les  Barmans  une  contraction  beaucoup  plus  con- 
sidérable du  nom  primitif  de  l'île  de  Ceylan,  c'est  le  mot  Ziho,  qu'il 
nous  eût  été  impossible  de  ramènera  sa  véritable  origine,  si  nous 
ne  l'eussions  trouvé  écrit  dans  les  caractères  mêmes  qui  sont  propres 
à  la  langue  barmane.  L'orthographe  véritable  de  ce  nom  est  Singhol; 
et  la  différence  de  ces  deux  mots,  Ziho  et  Singhol,  vient  unique- 
ment du  système  de  prononciation  des  Barmans,  qui  suppriment 
quelquefois  les  consonnes  finales  d'une  syllabe ,  et  qui  prononcent 
régulièrement  ol  comme  la  vovelle  o. 


106  M  1ER  1857 

antiquité  |>lus  haute,  je  préférerai  rattacher  le»  S 
fat  de  Ptolémée .  ptan  I  *  SêÊÊêê  .  qui  en  dérive ,  au  mot 
Sihala,  plutôt  qu'à  celui  des  Chalta.  Je  continuerai 
d-  même,  avec  les  auteurs  précités,  è  rapprocher 
de  Sikalam  les  diverses  orthographes  du  nom  mo- 
derne de  Ceylan .  quoique  les  Chinois  p  s  néant  que 
la  dénomination  de  Ceylan  vient  de  Silmn  «haute 

montagne»,  pour  le  samcrfl  ït^t.  [Idilam      < 
nologie  est,  sans  doute,  tres-ingéiiieuse 
justifiée  par  le  grand  nombre  de  hautes  monta- 
gnes qui  couvrent  la  Mirfa-  m.  Mais  qui 
peut  nous  ailinner  qu»  mt  pas  joué 
mol  Silan  ,  en  en  donnant  d 

n'est  pas  avouée  pai         s   i inhalais? 
Car  ou  peut  regard' 

nom  de  CAilam  «  pays  de  montagne  •  n'est  pas  corn 
par  ces  derniers  au  nombre  de  ceux  qu'ils  asetgn<  m 
à  leur  île.  Les  noms  de  Malaya  (le  Maiea  de  Ptolé- 
mée)  dan*  !<■  Mahâvamsa,  et  la  (Hou  vient  la 

inodtni-     K.mdi  '   «l.tiis    |.n    auteun   Mn'jli.il.m   (loi 

gine,  <li  si^mnt  seob  la  partie  central* 
gneuse  de  T\  I  semble  que  ce  soit  le  sens  de 

ces  noms  que  les  Chinois  ont  cherché  à  voir  dans  le 
mot  de  Silan  qu'il*  «ut- 
ils essayaient  d*  tive. 

'  Je  dois  la  connaissance  de  ce  fait  A  M.  E.  Jacquet .  qui  ■  bien 
toulu  me  i  ommuniipcr  U  noir  «ai  van  te .  entrait*  do  ffouanf  ssuae 
tknumjtcki,  on  «Descriplioo  générale  de  fa  province  de  Canton» 
•  Dans  la  langue  des  Barbares  du  Midi .  une  haute  montagne  sa  dit 
SiUm;  de  U  1e  non  (du  royaume  de  5ilau).  • 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAiN.     107 

Nous  ne  devons  pas  non  plus  nous  arrêter  à  l'éty- 
mologie  donnée,  avec  des  développements  très-éten- 
dus,  par  J.  de  Barros  et  Diogo  de  Couto.  La  tradi- 
tion sur  laquelle  cette  étymoiogie  repose  sera  exa- 
minée dans  la  partie  de  nos  recherches  relatives  à 
l'ancienne  population  de  Geylan.  Il  nous  suffira  de 
dire  ici,  que,  suivant  les  Portugais,  Ceilan  ou  Cilan 
n'est  pas  le  nom  propre  de  l'île  que  nous  appelons 
ainsi,  que  ce  nom  lui  a  été  donné  par  les  Chins  ou 
Chinois,  qui ,  ayant  perdu  un  grand  nombre  de  leurs 
vaisseaux  sur  les  bas-fonds  qui  séparent  Manâr  du 
continent,  appelèrent  ce  point  Chilao  ou  Cinlao  «  les 
écueils  des  Chinois»,  nom  que  les  navigateurs  per- 
sans et  arabes  étendirent  par  la  suite  à  Ceylan.  Lo 
pez  de  Castaneda  l  appliquant,  comme  de  Barros ,  le 
nom  de  Chilao  aux  écueils  qui  se  trouvent  entre  Cey- 
lan et  Tutacorin,  pense  aussi  que  ce  sont  les  Persans 
et  les  Arabes  qui,  en  considération  du  canal  navi- 
gable situé  entre  Manâr  et  l'Inde,  ont  donné  à  l'île  de 
Ceylan  ce  nom ,  qui  signifie ,  selon  lui ,  cousa  de  canal. 
L'explication  de  de  Barros,  dont  nous  avons  déjà 
parlé  à  l'occasion  du  nom  sanscrit  de  Simhala ,  est 
non  moins  longuement  développée  par  Is.  Vossius , 
qui  écrit  le  nom  ancien  de  Ceylan ,  Chinilao  ou  Si- 
nilao,  c'est-à-dire,  le  nilao  ou  le  «naufrage  des  Chi- 
nois»; ce  nom,  ajoute-t-il,  subsiste  encore  dans  ce- 
lui de  la  ville  de  Chilao.  Si,  comme  le  disent  de 
Barros  et  Vossius,  ces  explications  sont  justifiées  par 

1    Ilistoria  do  descobrimenlo  e  com/uista  da  India  pelos  Portuguezes, 
porFeru.  Lopez  de  Castaneda ,  liv.  II,  c.  xxn,  t.  II,  p.  7  4,  éd.  i833. 


M  JANVIER  1857. 

des  autorités  écrites  ou  seulement  par  des  tradition» 
qui  ont  ••airs  i  Ceylan,  il  nous  sera  permis  de  faire 
remarquer  qu'on  peut  leur  opposer  des  témoignages 
et  des  traditions  non  moins  respectables,  et  notam- 
ment celles  qui  se  rapportent  à  la  caste  des  Ckalms 
et  à  leur  établissement  près  de  la  ville  de  Ckilaw, 
nommée,  selon  les  chroniques  ainghalaises,  d'après 
■  tut  sanscrit  çéld  •  salle  ». 

Enfin  nous  croyons,  avec  Th.  llyde.  Renan 
et  Wahl.  que  les  orthographes  de  Scrtmdib  et  Sa 
rantip  sont  asses  rapprochées  de  Sais*  pour  qu'on 
n'ait  pas  besoin  d'avoir  recours,  comme  le  voulait 
M.  de  Chéxy,  aui  deux  mots  sanscrits,  Skrirdmadvip* 
«  Hic  du  fortuné  Rima  •.  héros  qui,  selon  la  mytho- 
logie indienne,  fit  la  conquête  de  Ceylan.  SertmMb 
n'est  autre  chose  que  SrUndib ,  et  Seûn  est  le  mot 
Ceylan  qui  en  dérive. 

L'analyse  que  nous  venons  de  (aire  des  diverses 
transformations  du  nom  singhalais  de  Ceylan  nous 
a  conduits  depuis  les  temps  anciens  jusqu'à  l'époque 
de  la  découverte  des  Portugais,  en  i5oô.  On  peut 
maintenant  reconnaître  si  nous  avons  eu  raison  de 
dire  que  la  dénomination  de  Svkkala  (celui  de  tous 
les  noms  de  cette  ile  qui  se  rattache  le  |>ln>  mtimr 
m  nt  aux  traditions  nationales  des  Singhalais)  a  rem- 
place toutes  les  autres.  La  tâche  que  nous  avons 
treprise  serait  achevée  en  ce  moment,  s'il  ne  nous 
restait  encore  à  citer  quatre  autres  noms  qui .  asj  rap- 

1    Ancunnn  rtUtioiu  dtt  Imdt*  el  il  la  Chtm ,  p    I 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  109 
port  de  quelques  voyageurs  modernes,  passent  pour 
avoir  été  anciennement  usités  parmi  les  Singhalais , 
et  pour  être  justifiés  par  des  autorités  écrites. 

J.  de  Barros,  en  avançant,  comme  nous  l'avons 
vu  plus  haut,  que  le  nom  de  Ceylan  n'appartient 
pas  en  propre  à  l'île  que  nous  désignons  ainsi,  dit 
qu'anciennement  elle  s'appelait  Ilanâre,  ou,  selon 
d'autres,  Tranate,  et  que  cette  dénomination  avait 
encore  cours  de  son  temps  parmi  les  Singhalais  ins- 
truits. Diogo  de  Couto,  qui  paraît  avoir  eu  des  ren- 
seignements plus  précis  que  de  Barros  sur  les  tradi- 
tions nationales  de  cette  île,  est  d'avis  que  le  nom 
de  Ilanâre,  qu'il  écrit  Illenâre,  est  le  second  de  ceux 
sous  lesquels  a  été  connue  Ceylan ,  appelée  antérieu- 
rement, selon  lui,  Lancao.  Ce  nom,  qu'il  traduit  par 
le  royaume  de  l'île,  loin  d'être  national  parmi  les  Sin- 
ghalais, est,  selon  de  Couto,  celui  sous  lequel  Ceylan 
est  connue  des  étrangers.  Is.  Vossius,  sans  distinguer 
si  cette  dénomination  est  nationale  ou  seulement  en 
usage  parmi  les  Malabars ,  la  donne  sous  la  forme  de 
Ilanâre,  avec  le  sens  de  royaume  insulaire.  C'est  aux 
savants  qui  ont  fait  des  dialectes  du  sud  de  l'Inde  une 
étude  spéciale  qu'il  appartient  de  vérifier  si  le  mot 
Ilanâre  ou  Illenâre  signifie  réellement  royaume  de 
Cîle.  Les  vocabulaires  manuscrits ,  tant  malabars  que 
tamouls,  qui  se  trouvent  à  la  Bibliothèque  impériale, 
et  où  j'ai  vainement  cherché  ce  nom,  sont  trop  in- 
suffisants pour  m'autoriser  à  dire  que  le  mot  de  Ila- 
nâre n'appartient  pas  à  l'une  des  langues  de  l'extré- 
mité de  la  péninsule.  On  peut  même   reconnaître 


110  JANV IB1  M 

dans  les  syllabes  nàrt,  le  malabar  *àda  (en  tatu 
n%T($  nàdu),  mot  <}ui.  par  mu  le  de  la  permutation 
si  fréquente  dans  l'Inde  de  la  lettre  da,  avn    la  h 
quide  r,  peut  se  prononcer  nàra.  Ce  qu 
mer.  c'est  que  ce  nom  do  Iiin.tr,  .  non  plus  que  celui 
de  Trauate.  où  reparait  également  le  mot  «aie  pour 
nâda.  ne  se  trouve  dans  aucune  des  traditions  véri- 
tablemeof  siiighalaises  dont  je  puis  avoir  connais- 
sance. 11  est  également  difficile  d'admettre  que  lia 
mûre  soit,  comme  le  suppose  M.  Conliu.-i       un 
terme  d'origine  sanscrite,  exprimant  I  abondance; 
je  ne  connais  pas  en  sanscrit  de  mot  qui  ait  ej 
llunùrc  un  rapport  quelconque.  Quant  au  mot  Tm 
note,  je  ferai  remarquer  que  la  syllabe  tm.  qui  reste 
après  le  retranchement  de  maie  [nâda),  se  retrouve 
encore  dans  un  autre  nom  de  Ccvlan ,  celui  de  Trm- 
eaaa.  qui  est  donné  sur  la  carte  du  Ptolémeei 

publié  en  1 5 1 3  :  mais  ce  nom  de  Tmaana  est 
aussi  inconnu  que  celui  de  Tmnate. 

Je  me  crois  autorisé  à  en  dire  autant  de  Tenan- 
sim.  mot  que  quelques  voyageurs  donnent  comme 
le  véritable  nom  de  Ceylan.  Barbota  dit  en  termes 
formels  que  celui  de  Z  et  la  m  est  en  usage  paru 
peuples  qui  trafiquent  avec  cette  île .  et .  entre  autres, 
parmi  les  Arabes  et  les  Persans .  mais  que  les  Indiens 
emploient  celui  de  Tenarisim,  ce  qui  sigml. 
de  délices.  Selon  Mandeislo,  qui  l'écrit    / 
et  le  traduit  comme  Barbota,  ce  nom  est  ég> 
ment  admis  et  par  les  Indiens  et  par  les  habitai 

I    Dr$crtptn,*  o/Cfjk».  I.  I .  p.  6. 


SUK  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  1 1 1 
de  l'île.  Le  mot  Tenarisin  est  encore  reproduit  par 
Stuckius  dans  ses  scolies  sur  le  Périple  de  la  mer 
Erythrée,  et  par  Is.  Vossius ,  dans  ses  notes  sur 
Mêla,  vraisemblablement  d'après  les  Portugais;  car 
ces  deux  savants  suivent  l'orthographe  donnée  par 
Barbosa.  J'ignore  à  quelle  source  les  voyageurs  pré- 
cités ont  puisé  le  nom  de  Tenarisim,  mais  je  puis 
dire  qu'on  n'en  trouve  pas  la  moindre  trace  dans  les 
chroniques  singhaiaises ,  tant  publiées  qu'inédites, 
qui  sont  à  ma  disposition.  Sans  doute,  il  serait  possible 
dans  la  langue  singhalaise,  de  découvrir  des  termes 
comme  tœna  «  lieu  »  et  risi  «  désir  » ,  dont  la  réunion 
pourrait  représenter  Tenarisin;  mais  on  n'en  tirerait 
pas  le  sens  de  terre  de  délices,  et,  d'ailleurs,  il  serait 
difficile  de  montrer  ce  nom  dans  un  texte  singha- 
Jais.  C'est  vraisemblablement  une  dénomination  as- 
signée à  l'île  de  Geylan  par  des  navigateurs  étran- 
gers. 

Lopez  de  Castaneda  ,  dans  son  Histoire  de  la 
découverte  de  l'Inde  par  les  Portugais,  et  Is.  Vos- 
sius, dans  sa  note  souvent  citée  sur  le  passage  de 
Pomponius  Mêla,  relatif  à  la  Taprobane,  donnent 
encore ,  comme  nom  de  Ceylan ,  Hibenaro,  qu'ils  tra- 
duisent par  terre  fertile.  C'est  un  mot  dont  j'ignore 
également  l'origine.  J'y  remarque  seulement  la  fi- 
nale naro,  qui  pourrait  bien  être,  comme  je  l'ai  déjà 
conjecturé  pour  Rendre ,  le  mot  tamoul  nâda.  On  ne 
retrouve  pas  davantage ,  dans  les  sources  singha- 
iaises, les  noms  de  llam  et  de  Salabha,  que  cite  le 
P.   Paulin  de  Saint -Barthélémy  ,   sans  indiquer  la 


IIS  JANVIER  1857 

sourn  eu  il  les  puise.  Le  premier  de  ce 
serait-il  pas  l'abrégé  de  llangài  ou  Yclanki1.  itli.< 
graphe  tamoule  de  Lanka,  formée  par  I addition  de 
la  voyelle  i,  qu'il  est  d'usage,  dans  ce  dialecte,  de 
placer  devant  les  lettres  /  et  r  initiales?  J'oserais  pré- 
férer cette  hypothèse  à  celle  de  Wahl  .qui  compare 
liant  au  mot  sanscrit  Hiranya  «or»,  et  croit  qu« 
mot  signifie  Vils  d'or.  Peut-être  faut-il  rapprocher 
liant  de  Prilam ,  que  nous  fait  ronnatln  une  auto- 
rité beaucoup  plus  ancienne,  puisqu'on  trouve  déjà 
ce  dernier  mot  sur  la  mappemonde  gravée  en  1 5o8 
par  J.  Ruysch.  Ces  deux  dénominations  sont  d'ail- 
leurs aussi  rarement  citées  l'une  que  l'autre ,  et  les 
auteurs  auxquels  nous  les  devons  ne  nous  donnant 
aucun  détail  qui  puisse  nous  aider  a  les  ramener  à 
leur  origine.  Quant  a  Salabka,  que  Wahl  écrit  en- 
core Salàbkabki,  je  ne  l'ai  pas  non  plus  rencoi 
dans  les  chroniques  singhalaises.  Mais  je  oc  puis  le 
traduire  avec  Paulin,  que  cit. ut  \\  .1.1  et  le  docteur 
Vincent  ',  par  sal  *  vrai  •  et  làbka  «  gain  »  ;  si  le  mot 
salabka  existe,  ce  ne  peut  être  qu'une  é(>  uni- 

fiant, sans  doute,  riche.  On  ne  doit  pas  plus  ad- 
mettre, ce  me  semble,  le  rapport  que  Paulin 
d'après  lui  \  inotnt,  i  \\>  relient  a  établir  entre  Salabka 
et  Salike .  non  plus  que  l'orthographe  de  Salant  ou 
Salâvam.  sous  laque!  I  \\  il  tord  transforme  la  déno- 
mination citée  par  Paulin,  pour  la  rattacher  a  la 

1   WiUoo.  Mmekauu  Colïêtuom,  introd.  t.  I.  p.  UXSVUL 
*   TA*  comumtm  ami  mntftiom  ofth*  mmetrnu  in  tke  Imdion  Orra* , 
t.  Il,  p.  494 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  113 
tribu  indienne  des  Shaliya,  nommée,  dit-il,  dans 
les  Purânas,  Sâlava.  Ces  changements  que  se  per- 
met Wilford ,  sans  en  avertir  le  lecteur,  et  sans  les 
justifier,  soit  par  la  citation  d'un  texte,  soit  par  un 
argument  philologique  quelconque,  peuvent  servir 
d'exemple  de  la  manière  dont  cet  auteur  dispose 
d'ordinaire  des  matériaux  curieux  qu'il  avait  entre 
les  mains. 

Je  crois  en  avoir  dit  assez  sur  les  dénominations 
de  Ceylan  que  je  viens  de  rapporter.  On  ne  les 
trouve  que  dans  des  voyageurs  très-modernes,  et, 
sous  ce  rapport,  nous  pouvions  nous  dispenser  de 
les  comprendre  dans  nos  recherches.  Elles  ont  dû, 
toutefois,  y  prendre  place,  parce  que  les  auteurs 
auxquels  nous  les  devons  les  donnent  comme  an- 
ciennement en  usage  à  Ceylan  ou  dans  l'Inde.  Il  est 
assez  remarquable  que  ce  soient  les  noms  anciens 
que  nous  expliquons  le  plus  facilement,  tandis  que 
les  dénominations  toutes  modernes  résistent  à  nos 
analyses;  c'est  que  les  premiers  se  rattachent  aux 
traditions  nationales  des  Singhalais,  et  que  nous 
pouvons  en  déterminer,  d'après  leurs  monuments 
écrits,  la  forme  véritable,  tandis  que  les  autres  ne 
sont  cités  que  par  des  voyageurs  peu  instruits  en 
général  des  langues  et  de  l'histoire  du  pays  auquel 
ils  les  attribuent.  Peut-être  la  découverte  de  quel- 
ques ouvrages  qui  nous  sont  inconnus,  fournira-t- 
elle,  plus  tard,  l'interprétation  de  ces  noms  à  peu 
près  inexplicables  aujourd'hui.  C'est  un  espoir  qu'il 
nous  est  d'autant  plus  permis  de  conserver,  que  les 


114  JANVIER  1857 

textes  originaux  que  nous  avons  été  à  un 

sulter  ne  sont  qu'une  faible  portion  des  tlot  um<  ni^ 

écrits  de  tout  genre  que  conservent  les  Singhalais. 

Arrivé  au  terme  de  nos  recJiert  I 
donnés  à  l'île  de  Ceylan  depuis  les  temps  les  plu» 
hmh  on  rii.  .u.iii  .-t.  oowHM  àm  <.n<>.  juxju.. 
la  découverte  qu'en  furent  les  Portugais,  en  i5o5. 
nous  n'avons  plus  qu'à  résumer  en  peu  de  moH  II  i 
points  que  nous  croyons  avoir  établis  dans  ce  mé- 
moire : 

i*  Nous  avons  extrait  des  Chroniques  de  Ceylan. 
écrites  en  pâli  et  en  singhalais.  las  noms  tous  les- 
quels cette  I  le  est  c« 

des  peuples  qui  l'habitent.  Nous  avons  trouvé  que 
ces  noms  étaient  au  nombre  de  trois,  que  le  pre- 
mier, celui  de  Lonjkâ.  était  employé  par  lea  Bran 
mânes  du  continent  pour  désigner  cette  ile.  et  que 
les  Singhalais.  en  l'adoptant,  n'avaient  fait,  salon 
toute  apparence,  qu'imiter  leurs  voisins  ;  tandis  que 
lea  deux  autres,  ceux  de  Témbnpami  et  de  SùkkoUi 
se  rattachent  exclusivement  aux  <w— item  niuaf  éa 
l'histoire  singlialaise  et  aus  traditions  relatives  à  la 
première  colonisation  de  l'Ile,  telles  qu'elles  ont  été 
conservées  dans  les  chroniques  originales. 

s*  Cherchant  dans  ces  traditions,  envisagées  sou* 

le  point  de  vue  particulier  delà  géograpln-     IVxpli 

cation  des  deux  noms  précités,  nous  avons  raaoslésl 

les  textes  palis  et  singhalais  m  deattaieal  une 

explication  très- satisfaisant*  ilioa  que  nom 


SUR  LA  GÉOGRAPHIE  ANCIENNE  DE  CEYLAN.  115 
avons  justifiée  par  les  preuves  philologiques  que 
pouvait  nous  fournir  la  langue  sanscrite  ,  dont  le 
pâli  n'est  qu'un  dérivé.  Par  là ,  nous  avons  acquis  la 
certitude  que  tous  les  noms  anciens  de  Ceylan  sont 
d'origine  sanscrite,  conséquence  importante  et  qui 
ne  nous  permet  pas  d'hésiter  sur  la  contrée  de  la- 
quelle est  sorti  le  peuple  qui  a  donné  à  l'île  de  Cey- 
lan son  nom  et  sa  civilisation. 

3°  A  ces  dénominations,  admises  par  les  Singha- 
lais,  et  que  nous  devons  regarder  comme  authen- 
tiques ,  nous  avons  comparé  celles  que  nous  ont 
conservées  les  auteurs  grecs  pour  l'île  de  Ceylan;  et 
nous  avons  établi  que  la  plus  ancienne ,  celle  de  Ta- 
probane ,  se  retrouvait  dans  la  Tâmbraparni  des  Sin- 
ghalais.  Nous  n'avons  pu ,  il  est  vrai,  arriver  à  un  ré- 
sultat aussi  satisfaisant  pour  celle  de  Palaisimoundou ; 
mais  nous  avons  donné  quelque  vraisemblance  à 
l'opinion  qui  rattache  les  SocXa*  de  Ptolémée,  et, 
par  suite,  le  nom  de  SaXtxr/,  au  nom  national  des 
Singhalais,  celui  de  Sîhala,  tel  qu'on  l'écrit  en  pâli. 

k°  Enfin ,  pour  compléter  cette  énumération  des 
noms  divers  donnés  à  l'île  de  Ceylan,  tant  par  les 
peuples  qui  l'habitent  que  par  ceux  qiù  ont  été  an- 
ciennement en  rapport  avec  elle,  nous  avons  fait 
suivre  ces  recherches  de  l'indication  des  noms  de 
Ceylan  que  l'on  trouve  dans  les  voyageurs  qui  l'ont 
visitée  depuis  le  commencement  du  xvie  siècle  de 
notre  ère. 

Peut-être  trouvera-t-on  que  nous  sommes  entré 
dans  des  détails  un  peu  minutieux  pour  établir  Jes 

8. 


lin  lARVItR  M 

laits  dont  nous  venons  de  présenter  le  résume 

et.  Nous  répondrons  que ,  dans  une  matière  aussi 
nouvelle,  et  où  presque  tout  était  à  faire,  la  philo- 
logie devait  occuper  une  place  considérable;  car  elle 
est  à  la  fois,  pour  les  recherches  de  ce  genre.  Km 
t  ru  ment  de  découverte  et  le  moyen  de  contrôle    I 
possession  des  noms  anciens  de  Ceylau .  non» 
devions  pas  nous  arrêter  à  et  premier  résulta»    Il 
fallait  rechercher  encore  le  sens  de  ces  nonv 
déterminer  a  quel  idiome  ils  appartiennent .  pour 
découvrir  par  là  l'origine  du  peuple  qui  les  porte. 
C'est  ce  que  nou»  avons  essayé  de  taire  ;  et.  ratta- 
chant par  ce  moyen  les  commencements  de  la  na 
ùon  singhalaise  à  une  migration  indienne  partie  du 
Bengale  plusieurs  siècles  avant  notre  ère .  nous  avons 
posé  la  première  base  de  rhiatoère  d'une  Ha  <|>n 
grâce  à  ses  richesse*,  à  »»  fertilité  et  è  son  admirable 
situation,  a  été  jadis  le  premier  marché  de  l'Ori* 
et  qui,  pour  avoir  conservé  le  dépôt  des  livres  al 
bues  au  fondateur  du  Buddhisme.  est  devenue,  de 
nos  jours,  l'une  des  parties  <!•  1 1  ■  »  «  I  «-  les  plu»  dignes 
de  l'attention  de  11  •  t  du  pliilnsopl 

NoU.  — -  Pendant  la  correction  do  • 
que  les  boom  propres  écrits  ea  pili  qui  **  trouvaient  dans  I. 
ooscril  étaient  écrits  de  la  nain  du  copiai*,  Si  n'a»aient  pas  été 
corrigés  par  M.  Bnrnoo/.  Je  ose  soi*  déridé  k  les  omettre  et  è  ne 
laisser  anbststerqur  les  transcription»  de  M.  Bomouf .  car  j'ai  rrainl 
de  le  rendra  responsable  des  faute»  du  copiât*  on  de*  rerean  «lr  aam 
corrections. 

J.  M. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       117 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


ii*-ii     ji— - 


Lettre  de  M.  Savekio  Cavallari  ,  de  Palerme ,  professeur  d'archi- 
tecture à  l'Académie  du  Mexique,  adressée  à  M.  Reinaud,  membre 
de  l'Institut. 

Monsieur, 

C'est  avec  un  vif  intérêt  que  j'ai  lu  votre  savant  rapport 
sur  la  chape  de  CliJnon  attribuée  à  saint  Mexme l.  Mon  atten- 
tion s'est  fixée  particulièrement  sur  les  représentations  et  sur 
le  caraclère  des  animaux  groupés,  d'une  manière  caractéris- 
tique, avec  des  accessoirs  significatifs.  La  présence  d'une 
inscription  arabe  détruit  naturellement  plusieurs  conjectures 
qu'on  avait  faites  sur  l'origine  de  cette  étoffe ,  et  resserre  beau- 
coup les  limites  de  l'époque  à  laquelle  elle  pourrait  apparte- 
nir. Mais  ce  qui  m'a  frappé  le  plus,  dans  votre  rapport,  ce 
sont  les  observations,  aussi  justes  que  simples,  qui  vous  ont 
amené  à  rapprocher  cette  époque  du  xi°  siècle. 

Vous  vous  souvenez,  Monsieur,  que  la  première  fois  que 
j'eus  l'honneur  de  vous  être  présenté,  à  la  Bibliothèque  im- 
périale, par  mon  ami  M.  Amari,  avant  d'avoir  lu  votre  rap- 
port, avant  de  connaître  l'existence  d'une  inscription  arabe 
dans  le  tissu  en  question ,  à  la  vue  seulement  du  dessin  des 
deux  léopards ,  reproduit  dans  le  Bulletin  monumental  de 
M.  de  Caumont,  ce  groupe  me  rappela  vivement  plusieurs 
images  du  x*  et  du  xie  siècle ,  que  j'avais  eu  occasion  d'élu 
dier  dans  un  grand  nombre  de  monuments  de  l'Italie.  La  lec- 
ture de  votre  rapport  ayant  pleinement  confirme  ma  première 
impression,  je  m'empresse,  Monsieur,  de  soumettre  à  votre 

1   Journ.  aiiat.  d'octobre  i855,  p.  tiili  et  472- 


118  JiXWKA   1857. 

jugement  quelques  oI>mi>. thon*  qui  pourront  »eiiii,  ji    I.» 

père,  *  l'illustration  de  la  chape. 

D'abord .  je  dois  voua  avouer  que  les  deux  léopards  nie 
paraissent  séparés  par  une  espèce  de  candélabre,  plutôt  que 
par  un  arbre.  N'ayant  vu  ni  l'étoffe  ni  son  dessin  colorié. 
je  ne  saurais  affirmer  cette  circonstance.  Cependant  les  lignes 
de  l'objet  en  question,  les  trois  pied»,  les  deux  nœuds  qu'on 
y  remarque,  me  portent  à  croire  qu'on  a  en  I  intention  de 
déminer  un  candélabre. 

La  simple  disposition  de  deux  animaux  tournés  I 
l'autre  vert  ce  candélabre,  colonne  ou  n'importe  quoi,  ne 
se  présente  pas  dans  la  chape  de  Chinonpourla  première  mis 
comme  vous  l'axcx  (ait  remarquer ,  on  en  trouve  dm  exemples 
même  dans  l'antiquité  classique,  dans  les  bas-reliefs  de  la 
porte  de  Micéne.  dans  le  vase  grec  de  la  collection  Blecas; 
dans  plusieurs  autres,  peut-on  ajouter,  du  musée  de  Naples. 
Plus  lard,  des  artistes,  probablement  arabes,  la  teproduki 
rent  dans  les  mosaïques  de  la  salle  de  Roger,  au  palais  royal 
de  Païenne.  Le  même  manière  de  grouper  des  figures  dam 
maux  se  rencontre  souvent  dans  les  monuments  de  la  Lom- 
bardie  et  presque  toujours  dans  ceux  dm  principautés  Ion* 
gobardea  de  Benevent.  de  Salerne,  de  Capooe;  aile  parait 
avoir  été .  dans  ce  pays-la ,  un  véritable  sujet  de  prédilection  ; 
mais  nous  n'avons  pas  à  nous  occuper,  en  géoéral,  da  la  re- 
présentation de»  deu*  animaux  placés  vis-à-vis  l'un  de  l'an 
dont  les  exemples,  sont  si  nombreux,  et  que  nous  pourrions 
mi  ivre  jusqu'au!  monuments  de  l'Assyrie  et  de  la  Perse,  aux 
quels  a  fait  allusion  M.  Charles  Lenormant.  Les  animaux  et 
les  accessoires  de  notre  dessin  offrent  des  caractères  qui  res- 
serrent beaucoup  le  cercle  dm  conjectures. 

Si  je  ne  me  trompe,  on  peut  établir  une  importante  dis- 
tinction. Dans  l'antiquité,  les  deux  animaux  groupés  sont 
presque  toujours  un  symbole  de  force  et  de  puissance ,  se 
rattachant  quelquefois  s  un  mythe,  et  exprimant,  d'autres 
fois ,  la  simple  fiction  de  confier  k  des  gardiens  vigilants  et  re- 
doutables un  monument  religieux .  une  habitation  royale  ou 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       Iiy 

un  tombeau.  Les  Arabes,  après  la  conquête  de  la  Perse  et 
d'une  partie  de  l'empire  romain ,  adoptèrent  cette  représenta- 
tion, dans  la  pensée,  je  le  crois,  d'étaler  toutes  les  beautés 
de  la  création  ;  ils  l'enrichissaient  par  la  variété  des  couleurs  ; 
ils  aimaient  à  grouper  de  la  même  manière  certains  oiseaux. 
Cependant,  si  ma  mémoire  ne  me  trahit  pas  en  ce  moment, 
je  n'ai  jamais  vu,  dans  les  œuvres  de  l'antiquité  ni  dans  celles 
de  l'art  arabe,  des  animaux  enchaînés. 

Voilà  le  détail  important,  détail  appartenant  à  un  autre 
ordre  d'idées ,  et  se  rattachant  aux  symboles  chrétiens  du 
moyen  âge. 

La  force  brutale  d'une  bête  opprimant  l'innocence  est  sym- 
bolisée sous  une  multitude  de  formes  diverses  dans  les  monu- 
ments de  la  haute  Italie  du  x°  au  xn*  siècle.  On  voit  presque  dans 
toutes  les  églises  appartenant  à  l'art  lombard  un  lion  couché 
sur  une  base,  ayant  sur  son  dos  une  colonne  qui  l'écrase  et 
qui  soutient  une  espèce  de  dais  formant  le  portique  de  l'église. 
Cette  représentation  est  toujours  double.  Dans  les  cathédrales 
de  Modène,  de  Monza,  de  Como,  d'Assisi;  dans  les  églises 
des  principautés  longobardes  du  Midi ,  par  exemple  à  Capoue, 
Averse,  San  Clémente  in  Pescara,  Caserta  Vecchia,  les  ani- 
maux, constamment  vaincus  et  écrasés,  représentent,  sans 
le  moindre  doute ,  la  force  domptée  par  la  religion.  A  Modène 
comme  à  Averse ,  le  lion  ou  léopard ,  remarquez-le  bien ,  est 
enchaîné;  à  Caserta  Vecchia  et  à  Averse ,  le  lion  étrangle  un 
enfant,  ou  il  allonge  sa  griffe  sur  un  lièvre  ou  autre  animal 
inoffensif,  tandis  qu'il  est  écrasé  à  son  tour  par  une  force 
plus  puissante  que  la  sienne.  De  telles  représentations  se 
reproduisent  quelquefois  dans  les  candélabres  placés  près  la 
chaire  de  l'église:  nous  en  avons,  entre  autres,  un  exemple 
dans  la  chapelle  du  palais  de  Palerme,  bâtie  sous  le  règne 
de  Roger  la  de  Sicile.  Il  n'est  pas  inutile  d'ajouter  que  le 
style  figuré  de  l'Eglise  au  moyen  âge,  parmi  ses  nombreuses 
expressions  allégoriques ,  employait  les  symboles  du  léopard , 
du  lièvre  et  du  candélabre.  Le  premier  faisait  allusion  à  un 
hérétique,  un  grand  pécheur,  un  homme  méchant  et  cruel , 


ISO  JANVIER   I8»7. 

•|uek)ue£uù  mène  au  diable;  le  second  à  m  dsreliru  dout 
.lignant  IVu .  k  titùsiène  à  l'Église  ou  a  la  Sainte  Écri- 
ture. Voyex  la  Cl»/ de  saint  Melitoo .  publiée  par  don  Pitra . 
ilaus  le  Sptcilquum  Solumtm» .  t.  111.  p.  M.  74.  iiS,  4oa 
Je  doia  cette  citetioo  à  mon  ami  II.  Aman. 

Pour  en  revenir  ans  repréeentatioua  dea  nw uioont 
en  a  qui  offrent  une  analogie  encore  plu*  frappante  avec  û 
.  Ii  m l  m  (  liinon.  Dan»  tonte  l'étendue  de  la  friae  de  San 
I VI !m,.  en  Abrutse  et  dana  le  eberor  de  régnée  d'Alba  Ko- 

'l'NM*|'M*     |    .^11    I'      l<  I"       M      ^  I      '     *  |  m  I  W    I 

lement  aoulient  en  guise  de  coosole  fat  iwuroooa  de  l'édifiée  ; 
mai»  il  est  répété  sur  toute  la  ligne,  absolument  comme  dan» 
notre  étoffe.  Dans  le  doltre  do  monastère  dea  Bénidjalan 
de  Mooreale  préa  Païenne,  «navre  de  Guillaume  le  Bob. 
plu»dovioglo»teBiteau»oafco»^ 

et  d  antres  animaux  réels  ou  de  fantaisie .  •  vméirsnueanenl 
disposés  Mlour  du  tronc  du  chapiteau ,  en  sorte  que  les  taies 
et  1rs  queues  de  deux  animaux  sont  tournée»  l'une  contre 
l'autre  et  séparées,  soit  par  un  arabesque,  soit  par  un  arbre 
00  une  fleur.  II  en  est  de  aime  dan»  les  portes  dut  églises 
appartenant  a  l'art  lombard  ou  a  celui  dea  Normands  d'Ita 
ne;  avec  cette  différence,  cependant,  que  tes  animaux 
uotiveut  dans  l'attitude  de  la  force  domptée.  Soutenant 
a  une  époque  a  laquelle,  par  binrrorie  de*  artistes  ou  par 
effet  des  haine»  qui  troublaient  trop  souvent  In  monntém. 
de  snrnblahln  groupe»  ont  été  enplotn  comme  caricature». 
Aussi  n'est  il  pas  rare  de  voir  une  aile  tonsurée,  celle  pro- 
Ubteneot  de  quelque  prélat  enoeni.  ■ttaoWe  an  corps  d'un 
quadrupède  ou  d'un  oûeeu ,  et  attaquée  par  une  béat  pies 
forte,  qui  lut  mord  la  langue  ou  l'oreille.  Du  reste,  ors  cari- 
cature» sont  groupées  et  répétées  tout  à  fait  comme  In  repré- 
pieuses  dont  je  viens  de  parier.  On  le»  toit  priori 
dana  le»  chapiteaux  de  la  porte  de  San  (Jrmentein 
et  dans  ceux  du  dottre  de  Monreale,  Tou»  le»  moue 
ut  être  publiés  à  Leip»icl.  dau»  un  re 
cueil  commencé  par  non  regrettable  ami  feu  le  D*  .Scliuli 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  121 

recteur  de  la  galeriede  Dresde.  Cet  ouvrage,  auquel  j'ai  fourni 
plus  de  cent  vingt  dessins  des  monuments  de  l'Italie  méridio- 
nale, aura  pour  titre:  Denkmàler  der  Knnst  des  Mittelalters 
im  siidtichen  Italien,  gezeichnet  von  Prof.  U  Saverio  Cavallari 
und  Anton  Halbnann. 

Après  avoir  établi  que  les  symboles  de  la  chape  de  Chinon 
sont  d'origine  chrétienne,  il  ne  faut  pas  oublier  que  l'étoffe 
a  été  exécutée  par  des  mains  musulmanes,  comme  le  prouve 
l'inscription  arabe.  Ce  travail  rentre  donc  dans  la  catégorie 
de  ceux  que  produisit  la  société  musulmane  sous  l'influence 
de  la  civilisation  chrétienne ,  soit  en  Espagne ,  soit  dans  la 
partie  de  l'Asie  occupée  par  les  Occidentaux  pendant  les 
croisades,  ou  bien  en  Sicile.  Parmi  ces  trois  suppositions,  je 
m'attache  à  la  dernière  pour  les  considérations  suivantes  : 

1  °  Que  la  représentation  des  deux  animaux  enchaînés  vis- 
à-vis  l'un  de  l'autre  se  trouve  particulièrement  dans  l'Italie 
méridionale; 

2°  Que  nous  avons  de  nombreux  exemples  d'oeuvres  d'art 
portant  des  représentations  semblables  et  exécutées  par  des 
Arabes  sous  les  princes  normands  de  la  Sicile,  comme  les 
mosaïques  de  la  Zisa  à  Païenne,  les  chapiteaux  de  la  cour 
du  même  château ,  et  les  autres  monuments  du  roi  Roger  I" 
et  de  Guillaume  II,  en  Sicile; 

3°  Que  le  fameux  manteau  impérial  de  Nuremberg,  le 
témoignage  d'Ibn  -Djobaïr  '  et  les  vêtements  de  l'empereur 
Frédéric  II ,  retrouvés  dans  son  tombeau  à  Palerme ,  nous 
montrent,  pendant  le  xn*  siècle ,  et  peut-être  dans  la  première 
moitié  du  xin*,  l'existence  en  Sicile  d'un  tiraz  ou  manufac- 
ture royale  d'étoffes  de  soie,  desservie  par  des  musulmans. 

On  peut  donc  conjecturer,  avec  un  haut  degré  de  probabi- 
lité, que  l'étoffe  de  Chinon,  non-seulement  ne  remonte  pas 
au  delà  du  xi"  siècle,  mais  qu'elle  est  réellement  du  xne,  et 
qu'elle  a  été  tissée  en  Sicile  par  des  ouvriers  arabes,  soit  dans 

1  Voyez  le  Journal  a.ùulique  de  décembre  i845,  p.  56»,  et  mars  18/16, 
p.  ïi;>. 


IIS  JANVIER   1857. 

le  lira:  royal ,  soit  dans  de*  manufacture»  particulières ,  par 
commande  de  quelque  prélat  ou  même  pour  être  livrée  au 


tSM 


Kitiurr  trvn*  tarrai  iDaassaa  a  M.  Rsraaoo,  par  madaaac  la  ba- 
ronne da  Trcncfc  da  Tooder .  né*  lla—w  PmmuH,  à  l'occasion 
de  la  mort  da  son  per*. 

Vi«UM.kl3d*tMdM  iIM 


Monsieur, 

Au  milieu  de  ses  maux .  mon  père  s'occupait  encore  des 


itudes  qui  avsientoccupé  m  longue  vie.  La  veille  de  sa  mort . 
privé  presque  entsèretnent  de  la  vois ,  il  me  fît  comprendre. 
avec  beaucoup  de  peine,  que  j'eusse  à  envoyer  chercher  à  la 
Bibliothèque  impériale  un  livre  arabe  nouvellement  publié, 
dont  il  avait  entendu  parler.  Hélas!  il  n'aurait  paa  mène  pu 
y  jeter  les  yeux.  Il  ne  cessait  de  noua  demander  dee  livres 
pour  les  lire  ;  il  appelait  son  secrétaire  pour  qu'il  écrivit  tout 
aa  dictée.  Je  fus  forcée,  pour  le  calmer,  de  lui  remettre,  le 
■■tin  même  de  son  dernier  jour,  du  pépier  et  de  l'eu  cri. 

M  II  Im  |l..«r  .iilr.    |nj  JjBJgtj   MM  |>lumr.    IVOt    U<|iu-llr  il 

trace  quelque*  nota  illisible*. 

m  doua  dernièraa  semaine*,  se*  oppressions 
tafte*  qu  il  ne  put  plu*  reeter  an  lit.  Il  passa  tout  ce 
temps  dans  un  fauteuil  placé  devant  son  bureau ,  au  milieu 
de  ae  bibliothèque.  Cotte  place  émit  pou  inmnnrfw  pour  le* 
soin*  qu'exigeait  son  état;  mais  noua  aurions  craint  de  l'en 
faire  changer  :  on  voyait  trop  bien  qu'il  voulait  mourir  en- 
touré de  se*  livres ,  comme  un  guerrier  eu  champ  d'honneur 
Le  ao  novembre,  dans  la  matinée,  le  malade  reçut  les 
saints  sac  rameuta.  Le  s3 ,  dans  la  journée .  il  fut  plu» 
mente,  plus  agité  qu'à  l'ordinaire.  Il  ne  eesaait 
de  tracer  avec  un  crayon  des  caractère*  sur  son  moud 

-es  couvertures .  enfin  il  s'assoupit.  Nous  entendions  avec 
bonheur  le  bruit  de  sa  respiration  douce  et  égale.  Deux  ou 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       123 

trois  fois ,  il  frappa  des  mains ,  manière  d'appeler  ses  dômes 
tiques  qu'il  avait  rapportée  de  ses  voyages  en  Orient;  mais 
en  nous  approchant,  nous  le  trouvions  dans  le  même  étal 
de  sommeil  tranquille.  Vers  six  heures  et  un  quart,  nous 
entendîmes  un  profond  soupir,  qui  nous  fit  pencher  vers  lui; 
un  second  soupir  se  fit  entendre,  c'était  le  dernier! 

Il  me  reste  à  vous  dire  quelques  mots  sur  l'état  des  travaux 
que  mon  pauvre  père  avait  entrepris.  Le  septième  volume  de 
l'Histoire  de  la  littérature  arabe  est  complètement  fini  et  sera 
envoyé  sous  peu  aux.  personnes  et  aux  sociétés  scientifiques 
qui  ont  reçu  les  volumes  précédents.  La  pensée  d'avoir  pu 
achever  ce  volume  était  une  source  de  consolations  pour  mon 
père,  et  il  m'en  a  bien  recommandé  la  distribution.  Dans  son 
testament,  il  a  exprimé  l'espoir  que  notre  académie  impériale 
voudra  bien  le  faire  compléter  au  moins  à  l'aide  des  tables 
jugées  indispensables.  M.  Pfilzmaier  est  occupé  à  revoir  le 
deuxième  volume  de  la  Chronique  persanne  de  Wassaf.  Je 
ne  doute  pas  que  le  respect  dû  à  la  mémoire  du  traducteur- 
éditeur  ne  prévienne  tout  retard  dans  l'achèvement  de  cette 
publication,  qui,  comme  vous  le  savez,  se  fait  sous  les  aus- 
pices de  notre  académie  impériale. 

Je  ne  vous  étonnerai  pas,  Monsieur,  vous  qui  connaissiez 
l'application  infatigable  elles  immenses  travaux  de  mon  père, 
en  vous  disant  qu'il  se  trouve  dans  ses  portefeuilles  une  quan 
tité  considérable  d'écrits  de  sa  main,  dont  malheureusement 
une  grande  partie  est  d'une  écriture  presque  illisible.  Je  n'ai 
pas  besoin  de  vous  dire  que  je  regarde  comme  un  devoir 
sacré  de  faire  mettre  tous  ces  manuscrits  en  ordre  par  une 
personne  éclairée ,  à  qui  mon  habitude  de  déchiffrer  l'écriture 
de  mon  père  sera,  j'espère,  de  quelque  secours1. 

*  M.  de  Hammer  fit  anciennement  une  Iruducliou  complète  en  irauçai.-. 
<lu  roman  arabe  d'Anlar.  Il  y  a  quelques  années  ,  M.  Potijoulul  aîné,  homme 
de  lettres  bien  connu,  se  trouvant  à  Vienne,  M.  de  Hammer  lui  remit  le 
manuscrit  de  sa  traduction,  afin  qu'il  la  publiât  a  Paris.  M.  Poujoulat  lait 
espérer  que  cette  publication  ne  se  fera  pas  attendre  longtemps.  (  Noie  de 
M.  Heinaad.  ) 


194  JANVIER   1857 

Dll   l AfcBUOK»    Ol>Sa  DA»   BBTDrClTt  Li»4lf«»Mrf.  VOU  J.  L    Sittl 

Jacb.  Stockholm,  in-8*  (tans  date,  mai»  imprimé  M  ibi6).  Prt- 
mier  cahier  (  1 84  p*g e»  H  4  planche».) 

Ce  cahier  forme  la  préface  d'un  ouvrage  sur  ia  religion  et 
l'alphabet  primitifs ,  et  consiste  dans  l'analyse  dea  noms  dea 
■ombres  et  la  défi  m  lion  de  leur  sens  primitif  et  intime.  H 
est  difficile  de  prévoir  ce  que  sera  le  livre  ;  la  préaace  prouve 
que  l'auteur  est  on  esprit  original,  qui  a  consacré  toute  MM 
viede  recherches  a  des  i 
vit  !"•[!•>  sjpgifti  |sjpsjssj 


mi  Pobjw  van  Porna  oaa  Aaaaaa.  von  IV  W    Milwanli 
Gotha .  i8Sft.  m-f  (88  M  4  pafes). 


A  Gaamua  or  tns  Pciarro.  Pmarro,  oa  thb  Liaecaee  or  rai 
Arcaass.  par  le  Lieutenant  haverty.  Galcotta.  i856,  m-8*  (So. 
■  Ss  et  un  pages). 


L  auteur  annonce  en  même  temps  la  prochaine  pu! 
tion  d'un  dictionnaire  afghan ,  et  d'une  chrestoma  thie  afghanr 
Le  premier  doit  paraître  dans  un  vol.  in-A*  de  doua*  « 
pages,  et  sera  imprimé  aussitôt  qu'on  aura  réuni  cinq  cents 
souscripteurs,  le  second  formera  un  vol  in-8*.  Il  est  très-dési 
rable  que  ces  deut  ou  nagea  trouvent  «m  appui  aumeent  pour 
pouvoir  paraître,  car  nos  reaoourcoa  netôuBm  pour  l'étude 
de  cette  langmj  curieuse ,  malgré  les  travaux  méritoires  de 
M.  Dora ,  sont  insuffisantes ,  et  les  manuscrit»  afghans  son  t 
rares  en  Europe. 

J.  M. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

FÉVRIER-MARS  1857- 
ÉTUDES  ASSYRIENNES. 


INSCRIPTION  DE   BORSIPPA, 

RELATIVE  À  LA  RESTAURATION  DE  LA  TOUR  DES  LANGUES 
PAR   NABUCHODONOSOR. 


En  soumettant,  le  premier  et  pour  la  première 
fois,  au  monde  savant  le  déchiffrement,  l'analyse 
grammaticale  et  l'interprétation  d'une  inscription 
assyrienne ,  nous  réclamons  l'indulgence  de  nos  lec- 
teurs. Quoique  le  texte  qui  forme  l'objet  de  notre 
investigation  ait  été  étudié  depuis  plus  d'une  année, 
avant  d'être  compris  dans  tous  ses  détails,  la  diffi- 
culté même  de  l'étude  nous  obligera  probablement 
à  faire  quelques  rectifications  ultérieures.  Mais  si  nous 
invoquons  la  bienveillance  du  public  parce  que  nous 
croyons  en  avoir  besoin ,  nous  pourrons  faire  valoir 
quelques  titres  à  cette  faveur  :  c'est  le  manque  d'un 
précédent  quelconque  dans  l'interprétation  analy- 
tique d'une  inscription  assyrienne ,  non  accompagnée 
d'une  traduction. 

Nous  désignons  sous  le  nom  de  langue  assyrienne 


12»,  \  MER. MARS  1* 

l'idiome  sémitique  d  .m-  lequel  sont  rédigée»  les  ins- 
criptions de  Nu u\.  et  de  llaby loue,  ainsi  que  les  tra- 
ductions de  la  troisième  espèce  des  \*  li<  m*  nul.  > 

Le  lecteur  sei  ut  en  droit  d'attendre  de  nou>  tju.- 
nous  lui  prouvions  la  valeur  de  chaque  signe  cunéi- 
forme. Nous  nous  sommes  chargé  de  ce  travail  dans 
un  ouvrage  déjà  rédigé  et  qui ,  nous  l'espérons,  verra 
bientôt  le  jour;  il  fera  partie  de  la  publie* 
l'Expédition  de  Mésopotamie.  Nous  y  avons  repris 
l'œuvre  tout  entière;  après  avoir  soumis  à  la  critique 
les  quatre-vingt  -dix  noms  propres  fournis  par  les  ins- 
criptions assyriennes  des  \<  \\< •un •nides.  nous  en 
avons  déduit  les  valeurs  syllabiques  attachées  aux 
caractères,  et  en  grand  déjà  connues  par  les 

travaux  de  IIM.  de  SauJcy .  Ilm<k>.  H.oslm 
d'autres.  Nous  y  avons  ensuite  examiné  la  nature  et 
l'origine  des  caractères  cunéiformes,  et  donné,  comme 
base  de  l'interprétation  des  lestes ,  une  analyse  rigou- 
reusement minutieuse  des  inscriptions  assyriennes 
des  rois  Perses,  où  I  original  arien  a  pu  nous  guider. 

I  ut eur de  ces  pages  a  fait  distribuer  à  l'Académie 
«les  inscriptions  et  belles-lettres  on  tableau  qui  con- 
tes valeurs  sy  ilabiques  des  caractères 
i,  et  qui  a  été  reproduit  dans  le  recueil,  ai 
justement  estimé,  de  la  Société  orientale  d'Allemagne. 

tableau  trouvera  son  application  dans  l'analyse 
suivante;  nous  n'avons  pas  cru  «le voir  fatiguer  le  lec- 
teur, quant  à  présent .  par  la  preuve  de  l'exactitude 
de  notre  transcription.  Nous  lui  demandons  seule- 
ment de  vouloir  juger  les  principes  par  les  résultats 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  127 

qui  en  découlent,  en  nous  dispensant,  pour  quelques 
instants,  de  la  démonstration  des  prémisses. 

S'il  nous  est  permis  de  nous  servir  d'une  analogie 
vulgaire,  nous  dirons  que,  lorsqu'on  cueille  sur  un 
arbre  une  pomme ,  on  peut  conclure,  avec  une  grande 
probabilité,  que  cet  arbre  est  un  pommier  ;  et  l'on  se 
dispensera  des  recherches  nécessaires  pour  établir 
que  la  plante  est  réellement  le  produit  d'un  pépin 
du  fruit  en  question. 

Comme  toute  analogie,  ainsi  celle-ci  pourrait  n'être 
pas  complètement  dépourvue  de  défauts;  pourtant 
elle  exprime  assez  notre  pensée,  et  doit  être  regar- 
dée comme  un  appui  à  notre  demande.  Nous  dé- 
sirons que  le  lecteur  se  convainque ,  que  ,  si  la  base 
de  notre  déchiffrement  était  mauvaise ,  jamais  nous 
ne  serions  arrivé  à  une  interprétation  aussi  rigou- 
reusement circonscrite  dans  les  principes  sévères  de 
la  philologie  comparée. 

Surtout  nous  n'aurions  jamais  fait  de  traduction 
ayant  un  sens  naturel  et  simple.  C'est  cette  simpli- 
cité ,  cette  lucidité  presque  banale  de  la  version  qui 
est  difficile  à  établir,  tandis  qu'il  est  facile  d'obtenir 
un  sens  poétique,  en  forçant  le  dictionnaire  et  la 
grammaire  ;  nous  nous  sommes  toujours  défendu  ces 
licences.  En  fait  d'inscriptions  assyriennes  et  autres, 
on  ne  fait  pas  de  prose  sans  s'en  douter. 

Les  choses  qui  paraissent  devoir  se  présenter  à 
l'esprit  en  premier  lieu  sont  justement  celles  qui 
nous  échappent  le  plus  longtemps,  et  qui  ont  coûté 
le  plus  de  réflexions  et  le  plus  de  veilles. 

9- 


IS8  I  !  v  RIE!    MARS   |s 

\vaiit  de  nous  adresser  directement  au  déchiflrc- 
meui   de    l'inscription,    nous   «livrons  énoncer  les 
prinopes  sur  lesquels  repose  cette  opération    p 
que  le  lecteur  qui  n'est  pas  au  l'ait  des  anom 

lit  tire  assyrienne  ne  trouve  pas  notre  méthode 
arbitraire. 

i*  Tous  les  signes  dérivant  (fana  notas  hiéro- 
-K  pliu|iie  exprimant  un  objet  concret  et  un  son  an] 
ivnd.iit  cette  notion  principale  dans  l'idiome  des  m 
venteurs  touraniens  de  I  écriture  cunéiforme. 

a*  L'image,  représentant  d'abord  un  objet  concret, 
fut  •mplo\ée  comme  l'expression  symbo- 

lique d'une  idée  abstraite,  et  prit  naturellement,  dans 
la  première  langue,  le  son  du  mot  qui  exprimait  cette 
abstraction. 

3*  L'écriture  cunéiforme  pesta  chat  les  Assyriens 
sémites,  qui  acceptèrent  les  valeurs  idéographiques 
et  syllabiques  des  Touraniens.  Cas  dernières  ser- 
virent a  former  la  base  du  syllabaire  assyrien.  Natu 
rnSesnent,  les  descend'  Sam  favanl  obligés 

d'ajouter  à  ces  valeurs  antésémitiques  atHai  «pu  dé- 
coulaient de  leur  propre  langage ,  et  ainsi  il  arriva 
que  les  mêmes  signes  ont  de  différentes  prononcia- 
tions syllabiques. 

h*  Tous  les  signes  ayant  au  moins  une  valeur 
idéographique,  il  arriva  forcément  que  quelques  idées 
furent  exprimées  par  la  combinaison  de  deux  ou  plu 
sieurs  notions,  etconséquruum  ut  par  l'ensemble  de 
quelques  signes  syllabiques  dont  rhtcun  exprimait 
une  de  ces  idées.  Ainsi  nous  rencontrons  des  groupes 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  129 

de  caractères  dont  l'ensemble  se  prononce  autrement 
que  la  totalité  des  signes  pris  isolément.  Nous  nom- 
merons ces  groupes  des  monogrammes  complexes. 

5°  Souvent  les  signes  servent  seulement  à  indi- 
quer qu'un  mot  d'un  certain  ordre  d'idées  doit  suivre  ; 
dans  ce  cas  ils  forment  des  déterminatifs  aphones. 

6°  Comme  en  égyptien,  l'assyrien  connaît  des 
compléments  phonétiques,  pour  faire  voir  qu'un 
certain  signe  idéographique  se  termine  en  telle  ar- 
ticulation. Ces  compléments  sont  surtout  usités  dans 
le  cas  où  un  caractère  exprime  plusieurs  notions  à 
la  fois;  ils  sont  destinés  à  prévenir  des  erreurs. 

L'inscription  dont  nous  donnons  l'analyse  a  été 
trouvée  par  le  colonel  Rawlinson;  et  nous  aimons 
à  insister  sur  cette  circonstance ,  parce  que  ce  docu- 
ment remarquable  est  le  seul  monument  assyrien 
qu'il  ait  découvert  lui-même.  Le  texte  se  trouve  sur 
deux  barils  d'argile  portant  une  inscription  presque 
identique-,  on  en  trouvera  encore  beaucoup  d'autres 
en  fouillant  entre  les  galeries  nouvellement  décou- 
vertes dans  la  ruine  du  Birs-Nimroud. 

Ces  barils  conservés  au  Musée  britannique,  ont 
été  trouvés,  dans  le  pourtour  de  la  galerie  de  la  tour 
de  Babel,  à  une  certaine  distance  les  uns  des  autres, 
et  à  une  certaine  hauteur.  M.  Place  a  trouvé  de  même 
à  Khorsabad  quartorze  de  ces  monuments  dans  les 
galeries  du  palais  de  Sargon,  tous  couverts  d'une 
longue  inscription  identique ,  comme  on  peut  s'en 
convaincre  par  les  deux  exemplaires  qui  ont  été 
sauvés. 


ISO  FÉVRIER-MARS    185". 

Les  monuments  qui  cont»  un -nt  notre  texte  ont  la 
forme  d'un  baril  de  deux  décimètres  de  longueur  sur 
huit  centimètres  de  diamètre  à  leur  milieu.  Ils  re- 
présentent à  peu  près  un  ellipsoïde  de  révolution 
très-allongé,  auquel  on  aurait  coupé  les  deux  pointes. 
I.  inscription  se  trouve  gravée  en  style  moderne  de 
Bebyione.  en  deux  colonnes,  disposées  dans  le  sens 
de  la  largeur  ;  les  lignes  sont  divisées  par  des  traits 
tarés  à  h  règle. 

On  connaît,  en  fait  de  documents  d'argile,  des 
monuments  ellipsoïdaux  que  nous  nommerons  barib 
une  fois  pour  toutes;  le  mot  de  cylindre  ne  MME 
pas  exact,  et  il  dut  le  réserver  aux  monument*  \ 
Isolement  cylindriques,  tels  que  les  cachets  gravés 
sur  pierre  dure.  Il  faut  distinguer  ces  barils  des  pannes 
polygones,  qui  sont  généralement  des  documents 
historiques  très-développes,  et  où  le  texte  se  trouve 
inscrit  de  haut  en  bas,  de  sorte  que  chaque  face  <iu 
prisme  forme  une  colonne.  11  y  a  dm  06m»,  docu- 
ment* petits,  très-anciens  et  attendant  encore  leur 
déchiffrement,  enfin,  il  y  a  dm  lablttta  inscrites  de 
chaque  côté,  et  qui  forment  l'immense  majorité  des 
monuments  assyriens. 

Généralement  les  textes  architec Ioniques  sont 
écrits  sur  des  barils.  Nous  connaissons,  comme  éma- 
nant de  Nabuchodonosor,  les  barils  du  temple  de  My- 
litla.  en  quatre  exemplaires,  dont  deux  se  trouvent 
au  musée  de  Berlin,  un  à  b  Bibliothèque  impériale; 
le  (|uatrièui<  (jui  c>i  seul  bien  conservé,  fait pai 
du  cabinet  de  M.  le  duc  de  Luynes.  Nous  avons 


i 

INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  131 

core  deux  exemplaires ,  tous  les  deux  à  Londres ,  de 
l'inscription  des  canaux-,  un  autre  traite  des  murs 
d'enceinte;  nous  en  avons  trouvé  des  fragments 
à  Babylone.  Il  y  a  le  baril  de  Bellino,  publié  par 
Grotefend,  parlant  surtout  des  temples  de  la  cité 
des  Chaldéens.  On  a  découvert  des  fragments  d'un 
semblable  monument  reproduisant  le  texte  de  la 
grande  inscription  de  la  Compagie  des  Indes;  il  s'en 
trouvera  de  nouveau  sous  terre;  mais  malheureuse- 
ment on  n'a  pas  encore  découvert  des  prismes  histo- 
riques de  Nabuchodonosor. 

Jusqu'ici  ni  le  texte  ni  une  traduction  de  l'ins- 
cription de  Borsippa  n'ont  été  publiés  ,  encore  moins 
une  analyse  grammaticale ,  puisque  aucun  document 
assyrien  n'avait  été  examiné  en  entier  sous  ce  point 
de  vue. 

Nous  ajoutons  un  dernier  mot,  comme  titre  à 
l'indulgence  du  public  et  pour  faire  ressortir  encore 
davantage  la  différence  qui  existe  entre  l'essai  d'in- 
terprétation que  nous  exposons  et  celui  de  nos  devan- 
ciers. Les  inscriptions  dont  ils  ont  donné  des  tra- 
ductions se  composent,  pour  la  plus  grande  partie, 
de  noms  propres ,  qui  ne  résistent  pas  longtemps  à 
l'investigation ,  mais  qui ,  au  contraire ,  sont  les  pre- 
miers et  les  plus  faciles  résultats  du  déchiffrement. 

Loin  de  nous  de  vouloir  déprécier  ces  conquêtes 
réelles  de  la  science  ;  mais  nous  tendons  à  établir,  en 
principe,  que  l'on  ne  lit  pas  encore  les  inscriptions 
quand  on  a  seulement  déchiffré  les  noms  propres 
qu'elles  contiennent.  Pour  prétendre  être  arrivé  à 


132  PÉVRIKR-MARS    1857. 

un  pareil  succès,  il  faut  examiner  des  textes  où  il 
n'y  en  a  pas,  où  des  noms  géographiques  et  histo- 
riques manquent,  et  où  il  faut  d'abord  chercher  à 
quel  ordre  d'idées  se  rapporte  l'inscription.  11  n'a 
pas  été  difficile  de  saisir  de  prime  abord  le  sens  gé- 
néral du  document  de  Btsoutoun .  qui  contient  une 
centaine  de  noms  propres  ;  mais,  malgré  cela ,  la  pre- 
mière tentative  pour  l'expliquer  a  été  malheureuse 
partout  où  le  texte  perse  offrait  la  moindre  ques- 
tion à  résoudre,  en  dehors  des  noms  de  person- 
nages vainqueurs  ou  vaincus  et  des  noms  de  villes 
avoisinant  ém  champs  de  bataille;  partout  où  la 
rédaction  ne  se  renfermait  plus  dans  les  formules 
ordinaires  qui  désignent  les  marches  et  contre-mar- 
ches des  généraux  de  Darius.  Nous  ne  pourrons  pré- 
tendre lire  le  perse  et  comprendre  la  langue,  que 
lorsqu'on  nous  aura  vus  aux  prises  avec  un  teste 
conçu  dans  cet  idiome,  et  comparable,  par  exenij 
m  /end-Avesta. 
Voici  l'inscription  : 

i. 
PROTOCOLE  DE  L'INSCRIPTION  DE  BORSIPPA 


ffi=  T>^  »ïï- *=£*•  *§ ^EXT 


Mr.  •«».  /• 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  133 

xgx-  -tw  zà$  m&-^&p$ 

*  ri        -  bit.  A  —       uv.  ki  i        -        non. 

servus  enti»  existerais, 

i        -  la  ud.  ku  un.  li  ib        -     bi. 

attestatus  constantiam  cordis 

Mardak  it       -ta  ak  ku.  si 

Merodachi,  dominus  su- 

&  hn-  >~n  ra  tw-  — t  ^tî 

«        -  ri.  na  -  ra  ant  x  iVa 

promus,  exallans  deum 

«  ta-  -y  en  ïï-  ss^rœ. 

bi     -        av.  mu  «a  a.  ?  im  -  ya. 

Nebo,  salvator  sapiens 

MÎT-  ÏÏ^M-  tJH  m  •  •  ■  t»  —T 

«a.  «  na.  ai  -        ka  at.  ilu. 

qui  instruction!  (?)  dei 

rab  rab.  ma  la         a.  u        -        su      -        na  a   -    tu. 

nuMini  prxbct  aures  suas  : 

mi  -*=£==  sq  ^n  m-  >m  ïï 

>a  afc  -  fco  -  na  -  ku.  la. 

(  deorurn  )   vicero  gerens  non 

muparka  za     -      M  in.  fl/T.  SAG.  GA. 

injuriant  faciens ,  instaurator  pyramidis 

HEU-  <h±i-  ^  ^-t::  m-  b^t- 

77.  «u.  «/T.  //.  J)A.  pallu. 

et  turris,  Clins 


134  FÉVRIER-MARS  1857 


*• 


|  ,11, «un,  rf*  h.ij 


4         -  •* 


Dans  notre  transcription .  «  correspond  4  V,  ik  o, 
?àl,;àt,  Ain.Hp.  Lesondu  français  oa  est 
rendu  par  a.  L'esprit  rude  design*  l'uni.  Dean  lettres 
au  milieu  du  mot,  et  qui  ne  sont  pas  liées  par  un 
trait  d'union ,  n'expriment  qu'une  syllabe;  ainsi  du  tir 
se  lit  dur;  je  ak,  sak  m  m .  nui.  I^es  lettres  majus- 
cule*, composant  un  groupe,  indiquent  la  pronon 

ton  phonétique  des  signes  employés,  dans  le  cas 
spécial,  comme  monogrammes;  nous  avons  choisi 

te  désignation  quand  le  son  de  l'ensemble  est 
connu  ou  hypothétique.  Quand,  au  contraire,  nous 
savons  comment  se  pronom  ait  un  groupe  idéogra- 
phique, nous  mettons  le  mot  tout  d'un  n  mi 
nuscules  ordinaires.  Ainsi ,  nous  écrivons  HIT.  SA  <  ! 
G  A.  JV.  pour  indiquer  que  l'expression  balnl 
nitim.  pour  pyramide,  qui  probablement  se  «lisait 
haram,  n'est  pas  sûrement  connue;  nous  Iran* 
vons,  au  contraire,  l'ensemble  des  signes  A\.  M  H 
VT.  par  Marduk ;.  parce  que  le  groupe  se  pronon  m 
ainsi. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  135 

Dans  les  citations  des  textes  en  lettres  cunéi- 
formes, j'ai  conservé  le  style  du  lieu  de  leur  pro- 
venance. J'ai  respecté  surtout  l'écriture  des  inscrip- 
tions ninivites,  et  je  ne  les  ai  pas  transcrites  en 
caractères  babyloniens.  Le  lecteur  ne  s'étonnera  donc 
pas  de  voir  exprimés  pareillement  par  (ja  ^^  et 

MHTfc'  Par  ka  513f et  »^H'  Par  ta  tSSI et 

£Èjyj,  par  di  ^^X  et  ^EJ^»  Par  si  +*  et  ^>  Par 

i  ^^=  et  èèL'  par  u  tfTTT  et  ►zTTT—=  ' etc*  ^a  pre~ 

mière  est  la  forme  de  Babylone ,  employée  aussi  dans 
les  inscriptions  trilingues,  la  seconde  est  celle  de 
Ninive.  L'une  exclut  l'autre  dans  la  même  localité. 
Les  lettres  archaïques,  comme  étant  trop  compli- 
quées pour  l'impression ,  ont  été  rendues  par  leurs 
représentantes  modernes. 

Le  nom  de  Nabuchodonosor  se  trouve  ici ,  comme 
souvent  dans  les  inscriptions  des  barils,  écrit  en  toutes 
lettres;  il  se  prononce  Nabakadarrusur ,  "ij»m3iaj, 
et  cette  forme  de  nom  se  rapproche  beaucoup  de 
celle  qui  est  donnée  par  les  textes  hébreux  de  Jéré- 
mie  et  d'Ezéchiel  ;  elle  rappelle  également  les  formes 
perse  Nabukadracara ,  et  grecque  NaëoxoSpocrcropos. 

On  se  souviendra ,  par  les  travaux  de  nos  devan- 
ciers ,  qu'à  Bisoutoun  le  nom  du  destructeur  de  Jé- 
rusalem se  trouve  appliqué  à  un  fils  de  Nabonid , 
et  que  la  traduction  assyrienne  nous  trace  les  ca- 
ractères suivants,  comme  équivalents  du  perse  Na- 
bukudracar : 


ta 


M  \  1,11  I,    MAKS  1847. 


».> 


M 


SA        l>\ 


sa. 


: 


Cela  serait  donc  à  prononcer  Nabukadurriusur? 

Noos  devrons  répondre  par  f affirmative. 

Aucun  des  signes  de  la  forme  de  Bisoutoun  n'a , 
dans  le  cas  spécial,  sa  valeur  syllabique;  ils  y  sont  loua 
employés  dans  leurs  valeurs  comme  notions;  noua 
donnerons,  à  l'appui  de  notre  assertion,  les  dill< 
i. nts  éléments  dont  se  compose  le  nom  de  Nal»u 
chodonosor,  écrit  phonétiquement  et  en  mono- 
grammes. Chacun  des  trois  éléments  peut  être  ex- 
primé indifféremment  par  chacun  des  équivalents 
rangéi  d.ms  la  inrinc  ooioane;  ej  roooooçoil  al«>r> 
qu'il  y  a  beaucoup  de  manières  d'écrire  ce  nom. 
Car,  si  l'un  des  éléments  est  exprimé  par  des  mono- 
grammes, l'autre  peut  être  représenté  en  caractères 
phonétiques.  L'immense  majorité  des  briques  de 
Nabuchodonosor  écrit  le  premier  composant  eu 
signet  idéographiques,  en  conservant  aux  deux  der- 
niers la  forme  phonétique. 


T— Î^TTw  tCJ 


*«      -      4. 


T*HW= 


M*«  IWItll*, 

NABO 


£^«TwfcïïHW 

la     .     *  .  • 

la         •         4m  « 

m 

rm 

IIYLJKM 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  137 


Il         -  su 

•s 

u 


u        -  *u  ur 


u        -     sur 


PROTEGE 


Nous  venons  d'indiquer  les  monogrammes  com- 
plexes, et  la  raison  d'être  de  leur  combinaison.  Ainsi 
le  dieu  Nabo  est  exprimé,  dans  les  deux  cas,  par 
deux  signes  idéographiques,  dont  le  premier  est 
toujours  le  caractère  ►>— T  «dieu»,  et  le  second,  ou 
gT  «  sceptre  » ,  ou  *— feJfcz  «  faire  » ,  œay ,  et  îpD 
«  inspecter  ».  Cette  même  inscription  nous  montre 
pourquoi  l'idée  du  dieu  Nabo  est  rendue  par  ces  deux 
monogrammes. 

Le  nom  de  cette  divinité  est,  étymologiquement, 
le  même  que  fTBD,  <$y  «prophète»;  s'il  est  vrai1, 
ce  que  disent  les  Sabéens ,  que  Nebo  représente  la 
planète  Mercure,  on  comprendra  parfaitement  la 
qualification  de  prophète  attachée  à  cet  astre,  qui, 
souvent,  précède  le  soleil  le  matin,  en  se  perdant 
dans  ses  rayons. 

La  forme  Nabiuv  nous  a  conservé  l'étymologie 
antique;  mais  nous  avons  une  preuve  certaine  que, 
du  temps  de  Nabuchodonosor,  et  même  aupara- 

'  Nous  n'acceptons  pas  cette  identiGcation  comme  parfaitement 
certaine;  Hésychius  nous  dit,  au  contraire,  que  les  Babyloniens 
nommaient  la  planète  de  Mercure  Se^s. 


138  FÉVRIER-MARS  1857. 

vant,  on  prononçait  Nabo*.  C'est  l'exemple  le  plus 
h  m  u-u  que  nous  connaissions  du  phénomène,  si  com- 
iiiun  dans  nos  lanpu     •  un  .  de  l'altération 

de  la  prononciation,  sans  atteinte  a  l'orthographe. 
Une  tablette ,  conservée  au  Musée  britannique, 
et  cotée  k.  197,   nous  fournit  les  rei 
suivants  : 


bMî'4-MÏÏ 


»-  ►   ■+ 


.SE  If  -M*E4 


m  u       « 

ïï    *■»" 
ïï 

ïï 
ïï 
ïï 


On\  iipronoiui.it  >us  les  six  groupes 

du  côté  gauche  est  Maboa,  même  de  («lui  <| m  se 
trouve  écrit  Nabiav.  précédé  do  détenninatif  aphone 
pour  «  dieu  ». 

Le  second  élément  composant  du  nom  est  kudurr, 
une  des  nres  expressions  dont  la  signilication  n'est 
pas  encore  suffisamment  éclaircie.  Il  semble  cons- 
tant qu'il  provient  d'une  racine  via,  peut-être  pa- 
rent dr  -ir.  Il  se  présente,  pour  ces  deux  racines, 

1  Dan»  l'original,  pt  •  «t  A  •  «oot  écrit*  en  caractères  plos 
petiU. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  139 

un  phénomène  assez  rare  dans  les  langues  sémiti- 
ques; la  racine  hébraïque  commençant  par  p  ex- 
prime la  même  idée  qu'en  arabe  celle  qui  commence 

par  D.  Nous  trouvons  en  arabe  un  mot,j*>o,  qui 
correspond  jusqu'aux  voyelles  au  terme  assyrien  que 
nous  examinons,  et  qui  veut  dire  «jeune  homme, 
adolescent  bien  constitué».  Ce  mot  est  tellement 
isolé  des  autres  significations  représentées  par  la  ra- 
cine j«X-5^  que  nous  croyons  pouvoir  émettre  l'opi- 
nion que  le  terme  arabe  kudurr  a  été  une  expression 
sémitique  de  la  Mésopotamie  ;  comme  beaucoup  d'au- 
tres de  la  même  contrée,  elle  s'est  incorporée  dans 
la  langue  littérale,  et  a  fini  par  faire  partie  du  dic- 
tionnaire arabe.  On  sait  que  la  richesse  du  diction- 
naire arabe  et  la  variété,  quelquefois  désespérante, 
des  acceptions  de  la  même  racine ,  proviennent  de 
la  conglomération ,  dans  une  même  langue  écrite, 
de  tous  les  idiotismes  locaux  usités  depuis  le  Tigre 
jusqu'au  Guadalquivir. 

Nous  acceptons  donc,  jusqu'à  preuve  du  con- 
traire, pour  le  mot  kudurr,  le  sens  d'adolescent,  si- 
gnifiant peut-être  premier  né.  En  effet,  le  roi  s'ap- 
pelle sur  les  briques  la  primogéniture  de  Nabopo- 
lassar,  et  l'expression  idéographique  ^  ^5T  semble 
en  indiquer  le  sens.  Car  ^  représente  la  notion  de 
((  faire ,  établir ,  pe?  »,  et  È>^T  celle  de  «  la  possession 
de  fait1  ».  La  combinaison  de  ces  deux  caractères 

1  C'est  dans  ce  sens  que  £""»**[  forme  le  second  élément  du  nom 
de  S argon. 


140  FÉ\Hlt.R   MARS   IS57 

veut  donc  tlire  :  u  celui  qui  établit  ou  qui  fortifie  la 
|x»svs.si(»ii  r'rs\  .ilii.  n-lui  (|ui  ..i(l<'.i  fonder  la 
nouvelle  dynasti 

Et ,  si  nous  consultons  la  chronologie ,  nous  trou 
I  oiiN.quVuelVt'i  Yilm  liodonosornapunaitrequ  un 
médiatemcnt  après  la  chute  de  Ninive,  vers  6a a; 
il  est  dit,  par  Bérosc,  qu'il  sortait  de  l'enfance  lors 
de  ses  premiers  exploits  qi  à  que  l'a   établi 

M.  de  Saulcy,  tombent  vers  l'année  607  avant  J.  < 

Le  dernier  élément  du  mot  est  ufar  ixn 
ratif  masculin  du  verbe  nofor  ^x: «  protéger  •.Comme 
ici,  le  signe  J&*  est  l'expression  de  cette  idée, 
bien  prouvée  par  la  confrontation  des  mêmes  ins- 
criptions de  Nabuchodonosor;  ainsi,  il  est  dans  d'au- 
tres nom»  lereprésentant-de  la  notion*  frère  •,< 
dans  ceux  de  Sennachérib  et  d'Assarhaddon. 

Le  syllabaire  k.  110  |><> 


:   ;••    • 


ta     -     frrtv. 


Le  signe  ^— ïJm  t:  est  la  forme  assyrienne  équi- 
valant à  ,JH*;  et  il  faut  remarquer  que  ces  deux 

formes,  en  apparence  aussi  di  inM.ibles,  n'en  sont 
pas  moins  identiques  quant  à  l'origine  hiérogly- 
phique, et  aux  significations  idéographique  et  pho- 
nétique. L'assimilation  des  lettres  d'un  extérieur  fort 
différent ,  mais  qui  ne  sont  que  des  développements 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  141 

divergents  d'une  même  image  originaire,  n'est  pas 
une  des  moindres  difficultés  qu'il  a  fallu  surmonter. 

Nous  verrons  tout  à  l'heure  des  caractères  dont 
la  forme  est  aussi  diverse,  tandis  que  leur  identité  est 
incontestable;  sans  insister  sur  le  fait  que  nos  deux 
formes  s'emploient  indistinctement  dans  les  inscrip- 
tions ninivites  plus  récentes,  nous  rappelons  que 
>33^  rend ,  dans  la  traduction  babylonienne  de  Bi- 
soutoun,  l'idée  du  perse  brâtd  «frère». 

Nous  avons  traduit  le  mot  usur  par  «  protège  »,  en 
le  rapprochant  de  l'hébreu  TM  et  de  l'arabe  j.  *n  >  ; 
mais  nous  en  avons  une  démonstration  plus  directe. 
Le  perse  pâtuv  «  protegat  » ,  est  rendu  par  l'assyrien 
lissur  izh,  et  pâiituv  «  protegant  »,  par  lissara  m1?- 
(Inscription  d'Artaxerce  Mnémon  à  Suzes.)  Cette 
forme  est  le  précatif,  régulièrement  formé,  d'un  verbe 
ié,  dont  la  première  consonne  est  élidée  et,  par 
conséquence,  remplacée  par  le  redoublement  de  la 
seconde;  l'écriture  anarienne a  parfaitement  exprimé 
ce  dernier. 

li  if        •       iar  U  i'j  tu  -      rn. 

protegat  protegant. 

Nous  ne  pouvons  pas  donner  ici  toutes  les  formes 
très- nombreuses  du  verbe  ">2J,  trouvées  dans  les 
inscriptions  assyriennes  ;  nous  nous  bornons  à  citer 
le  participe  ns:  nasir,  qui  entre  dans  la  composition 
du  nom  de  Nabonassar,  qui  est  Nabu  nasir  isa  -  13J 
«Nebo  protegit». 


141  FÉVRIER-MARS   1857. 

I  impératif  njor  forme  le  dernier  élément   <l» 


suivants  : 

Nabm  -  pall  -  afur,     MabopaUassar  (père   de    Nabuchodo- 

noeor). 
Nebo  filium  protège,    ^XK~?D~?3J 
iïiryal-  larr  -  usur.    NergaUarassar  (NérigUesor). 
Nergal regem  protège,  niif"^0"?3"ïi 
Biit  -  iarr  -    ms mr.      Belihesar. 
Bêle  regem  protège,     nxiTTO^xa 
Aêmr~imr  •  mfmr,     Saraaaar  (fils  parricide deSianaelièrib). 
Assur regem  protège.    "1XIT~>D~IDK 

On  a  retrouvé  à  Khorsabad  le  manche  de  l'épét 
en  cuivre  de  ce  dernier,  sur  lequel  se  voit  en  pie 
nie* m  la  légende  'îrwoK,  ainsi  que  M.  Lenormant 
la  lut  sur-le-champ,  quand  le  monument  fut  mis 
sous  les  veux  de  l'Académie  par  M.  Place. 

Le  nom  de  Nabuchodonosor  a  donc  le  sens  : 
•  Nebo,  protège  l'espoir  de  ma  race  ». 

C'est  Grotefend  qui  a  le  premier  reconnu  le  nom 
de  Nabuchodonosor  sur  les  briques  de  Babvl< 
sans  en  donner  ni  l'orthographe,  ce  qui  apparti* ni 
a  M.  Hincks,  ni  le  sens,  que  j'ai  trouvé. 

Le  signe  royal  Ë:*^-  a  ct^  reconnu  par  les  pre- 
miers interprètes.  M.  de  Saolcy  a  déjà  trouvé  son 
expression  phonétique  \$f~~l  gf  T  ^arrm  » •*  '  ■  rendue 
par  itf ,  ce  qui  est  exact. 

Voici  les  formes  différentes  de  ce  monogramme, 
qui  pourrait  provenir,  comme  la  forme  égyptien  n 
(!<•  l'abeille  : 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  143 

Hiératique.  Archaïque  babylonien.  Assyrien.  Néobabylonien. 


-*W- 


Le  syllabaire  K.  no  l'explique  comme  les  ins- 
criptions: ^^T"!  aJY  iar-ra;  malheureusement  la 
colonne  à  gauche,  qui  en  contenait  la  prononcia- 
tion syllabique,  est  fruste,  de  sorte  que  nous  ne  la 
connaissons  pas;  ce  qui  est  bien  regrettable  au  point 
de  vue  de  l'histoire  de  l'écriture  anarienne. 

La  lettre  +*J  \  permute  ordinairement  avec  les 
groupes  suivants  : 


v  < WH      A 


►pqp_  ►¥¥¥- 


La  dernière  valeur  nous  est  donnée  par  un  syl- 
labaire; c'est  la  seule  qui  soit  applicable  dans  ce 
cas-ci. 

Nous  voyons,  une  seule  fois  sur  mille,  dans  le 

cylindre  de  Bellino,  remplacer  la  lettre  "**J~~|  sar, 
le  signe  royal  ordinairement  usité  :  cette  anomalie, 
dans  l'écriture ,  n'en  est  pas  une  pour  la  grammaire  : 
il  faut  lire  le  mot  roi  à  l'état  construit  êar,  au  lieu 
de  êarra,  êarri,  êarra. 

Ceci  nous  conduit  à  une  particularité  de  la  gram- 
maire assyrienne  et  qui  jettera  du  jour  sur  une  ques- 
tion assez  embarrassante  de  l'histoire  des  langues 
sémitiques. 

L'assyrien,  de  même  que  l'araméen,  n'a  pas  d'ar- 


144  PENH  H.  H   MâM    1857. 

ticle ,  mais  il  a  comme  lui  un  état  emphatique, 
ment  dans  différentes  phases  de  son  développant  1 1 1 
Elles  démontrent  que  l'article  postpositif  (tel  qu'il  se 
trouve  aussi  dans  les  langues  Scandinaves),  n'est  que 
le  reste  d'une  ancienne  déclinaison  sémitique ,  con- 
servée dans  la  nunnation  des  Arabe*. 

Chez  les  Assyriens,  il  y  a  une  mimmation  qui  est 
restée  intacte  pour  les  substantifs  féminins,  et  pour 
des  masculins  qui  sr  terminent  en  t.  Plus  tard,  les 
formes  am  pour  le  nominatif,  am  pour  l'accusatif, 
et  im  pour  les  autres  cas  obliques,  se  sont  changées 
en  av,  or  et  fv;  et  on  se  rappellera  que  les  articula- 
tions de  m  et  de  v  sont  rendues  par  les  mêmes 
lettres  dans  récriture  ananem 

Cette  dernière  désinence  s'est  altérée  en  a ,  i,  a. 
c'est  ainsi  que  l'arabe  littéral  nous  l'a  conservée  dans 
les  substantifs  précédés  d'article. 

La  partie  du  discours  qui  manque  au  grec  <1  M 
mère  ne  se  trouvait  pas  non  plus  dans  la  langue 
primitive  des  enfants  de  Sem.  L'arabe  a  sauvé  à 
travers  les  siècles  l'antique  nannation, ;  l'hébreu  même 
en  conserve  des  traces.  Comme  compensation  de 
l'état  emphatique,  les  fils  d'Abraham  adoptèrent  le 
pronom  déterminatif  nSx,  que  toutes  les  langues 
sémitiques  ont  laissé  subsister  dans  leurs  diction- 
naires. En  ce  point,  les  idiomes  offrent  la  plus 
grande  analogie  avec  le  phénomène  qui  s'est  produit 
dans  toutes  les  langues  indo-germaniques  où  se  trouve 
l'article. 

Mais  l'hébreu  montre  encore  des  traces  non  équi- 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  145 

voques  de  cette  vieille  désinence.  M.  Munck  a  déjà 
rapproché  les  adverbes  en  o~,  tels  que  DD^,  opn 
a:px,  Dan  et  d'autres,  des  mots  arabes  en  t,  con- 
servés même  dans  la  langue  vulgaire  de  nos  jours, 
comme  '«XjÎ,  12cb,  3JU-.  L'assyrien  milite  en  faveur 
de  cette  opinion;  l'hébreu  a  conservé  l'accusatif  seul 
de  la  mimmation,  comme  l'arabe  vulgaire,  le  même 
cas  de  la  nunnation. 

Mais  un  autre  reste  de  la  terminaison  primitive 
est  la  forme  masculine  D^  de  l'hébreu,  dans  la- 
quelle je  reconnais  la  simple  prolongation  de  la 
voyelle,  comme  signe  le  plus  antique  de  la  plura- 
lité; je  dis  û,  à,  i,  et  cela  avec  la  mimmation  ûm, 
âm,  lm;  l'arabe  nous  conserve  encore  yj-,  yl-,  ^-. 
De  ces  trois  formes,  seulement  celle  en  i  a  survécu 
et  en  hébreu  et  en  assyrien  ;  dans  l'un  D\dans  l'autre 
^  ;  le  D  de  l'hébreu  s'est  affaibli  en  |  dans  les  langues 
araméennes.  La  désinence  an  s'y  est  conservée  pour 
les  féminins. 

Nous  faisons  suivre  le  mot  nte  «  souveraine  » , 
dans  les  trois  phases  successives  : 

an^iQ    contracté    Dnte,  in-   NnVitt    contracté    Kffaà 

wr~"  an-—,  w-  nd— -  xn— 

on—  an—,  in-  un---  «r.— 

C'est  du  simple  phtt  que  les  Grecs  ont  fait  B#Xt/s, 
comme  ils  ont  changé  Kffoa  en  MvXnla. 

Le  pluriel  féminin  en  ut,  at,  a,  en  assyrien  éga- 
lement, la  mimmation.  Nous  transcrirons  l'état  em- 


146  FÉVRIER-MARS  1857. 

ptiatique  de  la  langue  de  Babylone  pur  un  simple  K , 
précédé  de  la  voyelle  que  l'inscription  nous  indique 
chaque  fois. 

Revenons  à  notre  mot  iar  ~: 

Il  est  identique  à  l'hébreu  ntr,  mais  nous  expri- 
merons toujours  le  t?  hébraïque  par  0  [i  de  la  trans- 
cription). Tandis  qu'en  hébreu  ce  mot  n'indique  pat 
la  souveraineté,  mais  s'applique  plutôt  à  la  noblesse, 
le  mot  "|Vo  n'exprime  en  assyrien  qu'un  prin<  a  oTon 
ordre  inférieur,  et  jamais  un  roi  de  Ninive  ou  de 
Babylone  ne  se  l'est  donu-   lui  même. 

Le  nom  de  Babylone,  que  nous  devons  exanim.  l 
maintenant,  se  trouve  écrit  de  diverses  manières. 
Hâtons-nous  de  constater  que  le  groupe  qui  corres- 
pond, dans  les  inscriptions  trilingues,  au  perse  Bâ- 

birms.  est  formé  :  fe^  **^  t  4:\.  Psx    hasard. 

tous  ces  signes  se  retrouvent  dans  les  noms  propres 
de  Bisoutoun,  et  l'ensemble  se  lirait  Dm  tir  ki,  si 
les  caractères  étaient  phonétiques;  ce  qu'Us  ne  sont 
psi. 

Pourtant,  le  groupe  se  prononce  bien  Habita,  car 
dans  les  mêmes  textes  il  permute  avec  ceux  «jui 
suivent 

S.     -     ».  -     fc.  .  ê»     .     U     -     tm.  * 


Le  caractère  VEr\.  .  qui  ne  manque  jamais  au 
nom  de  Babylone,  indique  une  m  II"    un  pays;  c'est 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  147 

un  post-positif  aphone.  La  ville  des  Ghaldéens,  du 
reste,  n'est  que  rarement  précédée  du  signe  ►>-► — TT 
«  ville  » ,  ce  qui  la  distingue  des  autres  cités. 

La  manière  la  plus  usitée  décrire  ce  nom,  est 
celle  que  nous  fournit  notre  texte  : 


tM 


PORTA 

Bah 


Le  premier  signe  se  lit  dans  l'inscription  E  de  Per- 
sépolis,  et  y  interprète  le  perse  davarthi  «  porte». 
Dans  les  inscriptions  de  Ninive,  il  est  souvent  rem- 
placé par  les  lettres  **^Y  j*  *  foui,  et  ainsi  le  sylla- 
baire X.  no  l'explique  par  baba,  na  est  un  mot  sé- 
mitique bien  connu,  exprimant  l'idée  de  «porte». 

Nous  laissons  à  un  autre  travail  le  soin  d'apprécier 
la  signification  mythologique  du  dieu  hh  l — *  Z  T, 
qui  n'est  autre  que  le  Ao  des  Grecs ,  nommé  aussi  le 
dieu  par  excellence,  ihn  et  correspondant  au  HAos 
de  Diodore  de  Sicile.  Bérose  l'appelle  Kpôvos-,  c'est 
le  dieu  du  déluge  qui  prévient  Xisuthrus  de  la  ca- 
tastrophe imminente.  La  lettre  E^*  T,  dont  le  sens 
syllabique  est  ra,  est  expliquée  parla  racine  ym , 
«  laver  u  en  hébreu  et  chaldéen ,  en  arabe  et  en  éthio- 
pien «  suer  »,  mais,  en  assyrien,  elle  a  sûrement  le  sens 
d'inonder2.  Le  dieu  Ao,  le  grand  gardien  du  ciel 


La  forme  archaïque  est 


îii 


,  celle  de  Ninive 


'  Ainsi  nous  lisons,  entre  autres,  la  malédiction  suivante,  provo- 


Utf  l  !  VR1ER  MARS  1857. 

et  de  la  terre,  préside  ù  la  répartition  des  eaux  sur 
le  continent  ;  il  produit .  eu  retirant  sa  protection  à  la 
terre,  la  catastrophe  du  cataclysme.  Le  cylindre  de 
Tiglatpileser  I"  le  nomme  ym,  «  l'inonda  leur  ». 

D'autres  manières  d'écrire  le  nom  de  Babylooe. 
sont 

£r=T  >*+-^  s-*-J  XÊX  (^tucr-  &  Londres,  col.  iy, 

lig.  St.) 

^F-f  E3  *Hf  ^ê^  [huer,  de  Lmdra,  col  iy. 

*•    •    Sj  Jm. 

lig.  a  8.  )  Ensuite  £z:     J  ^ê^«  (  Sur  les  briques.) 

Je  ne  sais  pas  expliquer  le  signe  JJ 

Le  premier  titre  de  Nabuchodonosor  est  ribit  Am> 
hnav  «esclave  de  l'être  existant».  La  transcription 
Mrs  Min  D2i  rendra  notre  explication  f4fmfiHt  pour 
ceux  qui  connaissent  les  langues  vn  ii  t  i<jucs.  Nousrap- 

qoée  «or  la  lit*  «le  estai  qui  maéiait  détruire  I*  maison  dont  parle 
le  caillou  de  liicbaui  : 

"'  M**»*.  »•*•.  MM.  a. 

U  «MM»  mfua  ml*  .1 


«    -    ... 


»•»   - 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  149 

proehons  le  premier  mot  de  l'arabe  hjj,  «  lier  »,  dont 
se  peut  développer  l'idée  de  serviteur,  comme  de  la 
racine  indo-germanique  band,  «lier»,  viennent  le 
perse  et  le  persan  bandaka  et  »«Xaj  ,  et  le  germanique 
bonde.  Nous  avons  aussi  le  mot  assyrien  MISSI  «  ser- 
vitude». (Cyl.  de  Bellino,  col.  i,  1.  10.) 

Les  deux  termes  suivants  qui,  en  réalité,  n'en 
forment  qu'un  seul ,  signifient  Yêtre  existant.  Nous  y 
retrouvons  les  deux  racines  sémitiques  mn  et  pr,  qui 
expriment,  comme  on  sait,  les  notions  de  l'être.  Seu- 
lement, la  dernière  n'a  pas  uniquement  celle  de  l'exis- 
tence en  assyrien,  mais  aussi  celle  de  l'indépendance 
et  de  l'éternité.  Ainsi  ps  indique  souvent,  «par  lui- 
même  »,  comme  l'adverbe  2>:D,que  nous  lirons  dans 
cette  inscription.  Le  mot  en  question  veut  dire  : 
l'être  qui  est  par  lui-même,  et  il  nous  rappelle  le 

^i|WT  svayambhû  des  Hindous. 

La  connexion  des  idées  d'être  et  de  même  se  re- 
trouve dans  presque  toutes  les  langues  sous  une  forme 
plus  ou  moins  apparente;  elle  est  constante  dans  les 
langues  indo-germaniques,  où  le  réfléchi  emprunte 
justement  la  forme  du  verbe  substantif.  Nous  nous 
bornons  seulement  à  citer  l'italien  stesso. 

Nous  avons  déjà  dit  que  l'assyrien  k:"»d  Kin  nous 
semblait  révéler  l'origine  du  Ùxeavôs  des  Grecs, 
dans  la  religion  desquels  il  entre  certainement  plus 
d'éléments  sémitiques  que  l'on  n'a  voulu  le  croire 
jusqu'ici. 

La  phrase  suivante  est  assez  difficile  à  comprendre. 


150  FÉVRIER-MARS  1857. 

Deê  mots  ttut  kan  Ubbi  Marduk,  les  trois  d< 
sont  si  clairs  qu'ils  n'exigent  pas  d'explication,  kun 
T3  veut  dire  «  la  solidité,  la  stabilité  »;  nous  verrons 
plus  bas  que  le  roi  implore  pour  lui-même  Kl 
«la  stabilité  du  trône».  Les  mots  Ubbi  Marduk  M 
sont  pas  difficiles  non  plus,  ils  signifient  «le  cœur 
de  Mérodach  ».  La  seule  difficulté  réelle  réside  dans 
le  mot  ttut. 

Ce  terme  se  retrouve  exactement  en  syriaque 
LoK*î,  «existence»;  mais  pourtant  il  n'a  rien  de 
commun  avec  le  mot  assyrien ,  car  l'équivalent  au  sy- 
riaque serait  msr».  Le  désinence  ai  désigne  un  abstrait 
dans  toutes  les  langues  sémitiques;  l'étude  des  textes 
de  Babylooe  et  de  Ninive  ne  nous  permet  pas  d'y  voir 
une  de  ces  formes;  on  n'y  emploie  pas  des  abstraits 
pour  des  idées  concrètes.  Noos  croyons  plutôt  que 
IM  nous  révèle  un  nonun  actoris  de  la  forme  VpTip, 
tirs  roriiumJM  m  M*]  i  un  .  aj  dont  nous  ronn.iiyMUi» 
par  exemple  : 

nSn»,  ipn»,  oVntf.  ainp,  aVnn,  «fanv 

qui  sont  toutes  les  dérivations  de  l'iphteal  (de  la  hui- 
tième forme  arabe).  Ainsi  nous  voudrions  le  rap- 
procher de  la  racine  ivt  attestari,  de  sorte  que  *nny 
serait  «celui  qui  invoque  le  témoignage,  qui  pro- 
teste de  »,  et  dans  notre  sens,  «  qui  peut  attester  l'un 
muable  faveur  de  Mérodach  ».  Nous  interpréterons 
plus  tard  les  signes  ►*-*  4^~~*£;T. 

Les  mots  suivants  signifient  seignear  suprême,  h- 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  151 

sakka  est  un  mot  touranien  qui,  comme  Sakkanakku, 
indique  la  royauté.  Souvent  le  titre  que  se  donne 
Nabuchodonosor  est  patisi  siri ,  également  une  dési- 
gnation de  source  non  sémitique. 

Gomme  de  rt&  «aller»,  vient  ^i*  «supérieur»; 
ainsi  de  OPi,  l'arabe  ^L»  dérive  l'assyrien  TJî  «su- 
prême ».  Cette  signification  est  prouvée  par  de  nom- 
breux passages  des  textes  de  Rhorsabad,  qui,  dans  un 
exemplaire  de  la  même  inscription,  donnent  ili,  tan- 
dis que  d'autres  le  remplacent  par  sir.  En  dehors  de 
cette  confirmation ,  le  mot  sïr  se  retrouve  si  souvent 
dans  la  même  signification  de  «  suprême  » ,  que  le 
doute  n'est  plus  permis. 

Le  titre  naram  Nabû  n'est  pas  difficile  à  expliquer. 
Le  premier  mot  naram,  Di:,estune  formation  tout 
assyrienne  d'un  verbe  on  ou  dix  «  élever  » ,  par  la 
servile  n  qui  sert,  dans  la  langue  de  Babylone  et 
de  Ninive,  à  faire  des  nomina  actoris.  Ainsi  nous 
avons  : 

73")3  «le  piétineur»,  qui  va  à  droite  et  à  gauche,  la  pla- 
nète de  Mars. 

!pD3  «  celui  qui  relie  »,  le  dieu  des  liens  conjugaux,  Nis- 
roch. 

"HD3  «  le  rebelle  ». 

*p33  «l'agitateur»,  l'Hercule  assyrien  pDS  (Sandaii). 

"133  pour  ")ri33  «le  resplendissant». 

7ÎÛ33  «  le  gardien  ». 

Ainsi  le  nom  de  Ninive  n'est  autre  chose  que 
m33  «  la  demeure  ». 


151  FÉVRIER-MARS  18:. 

\  ■■  rnir;j,iM/;/i  wiililnv  I  «|Ui  rxalle  | ,  .  I  \t  l»o 

lui-même  est  qualifié  de  *nnc  oii  «qui 
royauté».  Un  ancien  roi  de  Babylone  se  nommait 
Naramiin  «celui  qui  exalte  Lunus». 

Je  rattache  musa  à  la  racine  *V%  à  l'aphel;  je  le 
transcris  ytfD  et  le  compare  a  l'hébreu  r  tfti:  «  le  sau- 
veur»; ainsi  je  vois  dans  'iimga  l'hébreu  pov  «  pro- 
fond»; car  le  ka  de  Ninive  est  rendu  par  un  oa  à 
Babvlone,  tandis  que  fo  de  l'Assyrie  y  est  représenté 
par  ki.  Encore  aujourd'hui  les  Arabes  de  Babylone 
prononcent  le  £  comme  a  dur  devant  a,  en  altérant 
la  même  articulation  à  dj  quand  elle  se  trouve  de- 
vant i.  La  lettre  ^~|  nous  fait  souvent  supposer  mi 
y  dans  les  autres  dialectes;  de  sorte  que  Kppv  devait 
s'écrire  en  lettres  cunéiformes  de  Babylone  ^"f 

Li  phrase  suivante  est  difficile,  moins  pom  le 
sens,  qui  se  laisse  deviner  assex  facilement .  que  pour 
l'explication  grammaticale  de  tous  les  termes. 

M  .  «M  .  alkakat  (?)  i/«  .  rabrab  .  mtué  .  atimds* 
Qui    instruction!       dei   roaiimi  pnebet  aura»  tuas. 

Le  mot  que  nous  lisons  alkakat  doit  avoir  le  sens 
que  nous  lui  attribuons;  un  autre  terme  assex  pro< 
de  celui-ci.  alakti  xr:*'.!  signifie  «rite»,  en  assyi 
comme  dans  les  autres  langues.  Nous  devons  dire 
que  les  lettres  ne  sont  pas  très-lisibles  sur  les  <l 
exemplaires  que  nous  avons  eus  sous  les  yeux;  mais 
parce  que  la  lettre  *  <  T    T  peut  encore  avoir  une 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  153 

prononciation  qui  nous  échappe  à  l'heure  qu'il  est, 
nous  aimons  mieux  laisser  la  question  ouverte  jus- 
qu'à plus  ample  informé. 

Les  mots  ilu  rabrab  mm  nhx,  et  uzanâsu,  «fît* 
«  ses  deux  oreilles  »,  ne  peuvent  pas  soulever  de  dif- 
ficulté; la  deuxième  forme  semble  être  un  duel  de 
uzn  }TN ,  dont  la  signification  est  bien  établie  par  les 
nombreux  passages  où  se  trouve  ce  mot.  L'idée  en 
est  exprimée  par  la  lettre  ^T —  pi,  dont  la  forme 
rappelle  l'antique  image,  encore  plus  fidèlement  re- 
tracée dans  l'archaïque  ^ — .  Il  ne  sera  pas  superflu 

de  remarquer  que  presque  toutes  les  langues  oura- 
liennes  !  nous  fournissent  pour  oreille  des  mots  com- 
mençant par  les  articulations  p  et/.  Le  duel  est  ex- 
primé par  le  signe  ^T —  «« ,  précisément  comme  «  les 
deux  côtés»  s'écrivent  4%  ►•  TT,  «les  deux  yeux» 
^T — »y,  aies  deux  mains»    È=Ttt. 

Quelque  claire  que  soit  la  signification  du  mot 
masâ  (car  ce  semble  plutôt  être  un  E^T  ma  qu'un 
*»-J  ba) ,  il  est  assez  difficile  à  rapprocher  d'une  ra- 
cine sémitique,  à  moins  que  ce  ne  soit  de  l'arabe 
^m*-*  à  la  huitième  forme,  qui  a  la  signification  de 
prœbere.  Nous  connaissons,  du  reste,  de  ce  verbe 
assyrien ,  le  paël  ^ç^  «  il  toucha  »  (  Inscription  des 
Taureaux.  1.  6o2),  ce  qui,  est  assez  proche  de  l'accep- 
tion que  nous  proposons. 

1  Par  exemple,  le  magyar  fui,  le  zyriàn  peli. 

2  Quand  je  cite  une  ligne  de  l'inscription  des  Taureaux ,  c'est  tou- 
jours de  l'inscription  de  la  porte  G. 


1M  FK\  l.ll  K   MARS  1857. 

Inutile  d<«  dire  que  la  préposition 
i  n  assyrien  le  ?,  comme  ina  ie  2  des  autres  dialectal 
sémitiques.  Cette  particularité  constitue ,  comme  le 
suffixe  de  la  troisième  personne  en  $ ,  une  des  dif- 
férences les  plus  marquée»  delà  langue  des'  lialdi .  ns 

Le  passage  suivant  de  notre  inscription  est  im- 
portant, parce  qu'il  nous  donne  la  prononciation  ilun 
monogramme  composé  it  »  »  fe  *  T  qui  se  trouve 
dans  presque  tous  les  documents  de  Sargon,  comme 
second  titre  royal.  L'inscription  de  Londres  four- 
nit les  deux  signes  relatés  ci-dessus  dans  la  même 
phrase ,  et  c'est  la  confrontation  de  ces  deux  textes 
identiques  qui  nous  a  éclairé  sur  la  valeur  du  groupe 

Li  valeur  syllabique  du  second  fi 
du  premier  est  encore  fort  incertaine  ;  nous  venons 
pourtant  de  citer  ridée  de  côté  qu'elle  représent. 
Le  second  se  trouve  interprété,  et  dans  les  sylla- 
baires, et  dans  les  testes  identiques,  par  zikara  m  cri  m 
qui  commémore,  qui  adore;  »  c'est  le  monogramme 
qui  se  trouve  sur  beaucoup  de  petits  cylindres ,  an 
commencement  de  la  troisième  ligne ,  devant  le  nom 
d'un  dieu.  Généralement  l'arrangement  en  est 
qu'il  suit 

i"l.  A.    a'I.  rdsdeB.   3'  I.  ^fc+rj  du  dieu  C. 

Dans  la  stèle  de  Sardanapale  III  (col.  i,  I.  3o). 
le  roi  Belochus  II  est  nommé  4^=z  »  C""*""T  *-»-J  J-*** 
Sakkanaka  i/oî;  c'est  ce  passage  qui  nous  a  porté  à 
ne  donner  que  la  signification  de  lieutenant    i 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  155 

mot,  certainement  touranien.  Nous  avons  déjà  remar- 
qué que  ce  terme  est  toujours  associé  au  nom  de 
Babylone,  et  que  jamais  ies  rois  d'Assyrie  ne  s'ap- 
pellent autrement  que  Sakkanaka  de  Babylone. 

Cette  acception  semble,  du  reste,  indiquée  par  la 
racine  *?  Stt,  que  représente  À  t-> —  ;  car  il  désigne  aussi 
bien  l'idée  «à  côté  de»;  JE-» — TT£~^ — Tf  se  trans' 
crit,  en  effet,  par  »*»*,  «  à  côté  de  moi  ».  En  hébreu 
EPfaiC  signifie  ainsi  «  ceux  qui  sont  auprès  du  roi  » , 
ses  remplaçants,  les  dignitaires.  L'ensemble  des  idées 
«remplaçant,  adorateur»,  se  prononce  en  assyrien  , 
par  le  mot  antique  des  Touraniens,  sakkanaka. 

Nous  avons  déjà  ailleurs  rattaché  ce  terme,  d'ap- 
parence peu  sémitique  au  nom  royal  des  Saces  Is- 
kounka,  au  sankak  du  médo-scythique,  au  sunkik 
susien.  Les  Grecs  nous  en  ont  laissé  une  réminis- 
cence dans  la  forme  Zaydvns,  titre  suprême  de  la 
royauté  chez  les  Babyloniens,  selon  Ctésias. 

On  trouve  aussi  Sakkanakku:  c'est  la  forme  des 
tablettes  de  Sardanapale.  Nabuchodonosor  l'emploie 
encore  (Inscript,  de  Londres,  col.  ix,  s.  f.). 

A     -        na       -        ku.  In.  iarra.  za     -     ni       -        nnu 

Ego  vero  rex  instaurator, 

-y  xgx  fcç  ::zji  m  :=:  saô 

mu       -       {,;  ib.  li  ib  -         bi  -        ka. 

hilnrr  reédé*!  cor  tunm  , 


I.x.  FÉVRIER-MARS  1857 

h.               m  «ft        -        la        •         a*                 ai              ta 

ma*  iiiM|tim 

-      m     -  «a           ia     -     m»     -         •«                      U.                    la. 
dilifaat . 


sfj«^-::D3=T- 


..  .  c 


m1?  ^«i  -NCfanr  NÎBtf  ^  ^  3»o  nu;î  mo  iS  oa*t 

La  phrase  accompagnant  le  titre  de  vieai 
akamha-,  mais  nous  n'avons  pas  besoin  de  faire  re- 
marquer au  lecteur,  déjà  initié  dans  les  anomalies  de 
I <<riturc  anarienne,  que  ce  mot  akamha  n'est  pas 
sémitique.  D'autres  inscriptions  remplacent  cegrou| 

a^j.  -y  tt=  <HW  HDf  ^J4 


Ce  mot  maparkac  est  le  participe  d'un  pari  d* 
"PD  «  agir  avec  injustice  »  (d'où  l'hébreu  *yil),  employé 
à  Fétat  emphatique.  La  forme  simple  est  maparnk, 
y  do  1  d'où  la  forme  pleine  devrait  être  n^do.  Mais, 
d'après  une  règle  assyrienne  dont  les  inscriptions 
offrent  beaucoup  d'exemples  et  qui  trouve  beaucoup 
d'analogies  en  hébreu  même ,  on  contracte  ces  formes 
paragogiques  au  milieu.  Ainsi  nous  lisons  : 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  157 

ittaklu  pour  ittakkilu  «  ils  eurent  confiance»  (iVsn''). 
muntahsisu  pour  muntahliimu  «ceux  qui  le  combattirent» 

(ishsnnpp). 

La  fin  du  protocole  forme,  avec  la  phrase  Naba- 
kudarrusur  sar  Babilu,  l'inscription  de  toutes  les 
briques  de  Babylone. 

Le  mot  zanin  est  écrit  ff  fw^^^-5*"  za~n^  **>  ou 
ff  T^»~-È— T  za-nin.  C'est  le  participe  d'une  racine 
essentiellement  assyrienne,  pi  «  reconstruire  »,quine 
se  retrouve  sous  cette  acception  dans  aucune  langue 
sémitique,  si  ce  n'est  dans  le  mot  p  a  orner».  Beau- 
coup de  formes  dérivées  se  lisent  dans  les  inscrip- 
tions, et  nous  en  citons  celles-ci  : 

Kal ....       Wî;1  infinitif. 

|2ïK,  ire  pers.  aor.  pp,  3e  pers.  sing.  aor. 
Niphal. .      UP,  pour  8JP,  3e  pers.  plur.  aor. 
Iphtaal. .     'J!D,  pour  "'jaîD,  part.  plur. 
Saphel.  .  pt$D,  participe. 

Les  deux  groupes  ^~|  ^~T~1  TrT^  V^  et 
*  jj  T^ff~^^-T^T  ne  sont  Pas  aes  noms  de  villes, 
mais  des  noms  de  bâtiments  à  Babylone.  Le  premier 
indique  un  édifice  consacré  à  Mérodach;  le  second, 
un  autre,  dédié  à  Nebo.  Ainsi,  une  inscription  de 
Sardanapale  V  (  voyez  Layard ,  lnscr.  pi.  LXXXV, 
1.  î  )  parle  d'un  BIT-ZIDA  destiné  à  Nebo  dans  la 
ville  de  Ninive. 

Les  trois  derniers  signes  du  premier  mot  se  trou- 
vent expliqués  dans  un  syllabaire  ainsi  qu'il  suit  : 


% 

158  FÉ\  Hll  h  MARS   1857. 

na       -       «■  ■•  ««•  "  ' 

f«r»«»  ui  Ml  râpai. 

Nous  n'avons  pas  trop  compris  celle  glose  :  flen 
semble  du  groupe  désigne  donc  «  maison  de  l.i  t< 
temple  du  chef». 

Nous  déclarons  également  ne  rirn  savoir  <l<-  la 
prononciation  du  second  mot,  qui  peut  se  tFOUTCJ 
expliqué  sur  une  des  tablettes  nombreuses  du  Musée 
britannique ,  et  dont  la  constatation  m  que  l'af 

faire  d'un  hasard  heureux 

Le  nom  a  d'autant  moins  d'importante  dans  ce 
cas-ci,  que  nous  connaissons  les  choses  d» 
par  les  groupes  complexes.  Selon  nous.il  esl  bon 
de  doute,  par  plus  d'un  indice,  que  le  premier  <!<■ 
note  le  bâtiment  dont  la   ruine  est  nommée   litthil 
parles  Arabes;  il  est  égal*  m. ni  prouvé  pour  nous 
que  les  restes  du  second  s'appéllenl  aujourd'hui  /•'"  i 
Nimroud. 

Les  preuves  de  cette  assertion,  étant  d'un  intérêt 
topographique ,  sont ,  par  cette  raison  même,  exclues 
de  ce  mémoire,  et  le  développement  en  entn 
dans  un  autre  travail.  Nous  nous  bornons  à  (fin 
que  Babil  fut  une  pyramide  très-élevée.  et  assun 

1  ^ZjTT*^  est  ta  forme  a.wrienne  du  néobabvlnnion  g  yf  \9a- 
l'archaïque  ^=T  &  • 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  159 

par  les  Grecs,  notamment  par  Strabon,  au  tombeau  de 
BéTus.  Le  Birs-Nimroud  fut  une  tour  à  étages,  ainsi 
que  nous  l'attestent  et  Hérodote  et  la  ruine  elle- 
même. 

Nous  proposons  pour  le  premier  groupe  la  trans- 
cription mn  «pyramide»,  et  pour  le  second  celle  de 
ms  «  tour  ».  Nous  savons  par  les  Arabes,  par  exemple 
Soyouti,  qu'une  ruine,  près  de  Babylone,  s'appelait 
ry-*0',  l'écrivain  arabe  l'identifie  avec  le  château  de 
Nabuchodonosor  (j>-**j  <±*J&  yaà).  Ce  serait  alors  la 
ruine  du  Kasr;  mais  nous  supposons  quelque  erreur 
de  détail1,  puisque  beaucoup  de  raisons  concourent 
pour  donner  cette  désignation  à  la  Tour  des  langues. 
Une  d'elles  est  la  signification  du  verbe  rm ,  qui  veut 
dire  «  crier  » . 

Nour  répétons,  du  reste,  que  la  manière  de  pro- 
noncer ces  deux  mots  n'est  qu'hypothétique,  bien 
qu'elle  soit  probable. 

Le  terme  Jils,  en  assyrien,  est  ordinairement  pal 
ou  bal.  On  s'étonnera  de  cette  anomalie,  qui  n'est 
qu'apparente,  carie  mot  des  Chaldéens  se  retrouve 
en  hébreu  comme  une  des  expressions  les  plus  an- 
tiques. Souvent  le  terme  Jils  est  éprît  fr-fr — J  J  »f-  | 
hab-la,  et  celui  de  père  T|*  **"  ►— TT  habil.  Bal, 
en  babylonien ,  pal  en  ninivite ,  ne  sont  que  des  al- 
térations auxquelles  sont  soumises  les  expressions 
les  plususitées;  précisément  comme  le  ibn  des  Arabes 

1  Une  autre  erreur  évidente  se  trouve  dans  Soyouti ,  qui  place  au 
mot  3^5   la  ruine  Ibrahim-el-Khalil,  entre  les  deux  Kutha. 


160  FÉVRIER-MARS  1857. 

se  transforme  en  ben;  ainsi,  le  6a/  des  Babyloniens 

s'est  contracté  d'une  forme  72,-». 

Et  cette  antique  expression  se  lit  dans  la  lég<  ml- 
connue  du  fils  du   premier  homme;  72n  Abel  ne 
veut  dire  que  «  fds,  enfant  ».  On  sait  que  les  rabbins 
ont  expliqué  ce  nom  par  néant,  parce  qu'Abel  avait 
été  enlevé  sitôt  par  la  main  de  son  frère  K un;  mais 
cette  étymologie  se  réfute  par  la  raison  même  que 
le  père  n'aurait  pas  attribué  une  pareille  dénomma 
tien  à  un  fils  dont  il  ne  pouvait  prévoir  la  fin  fn 
gique  à  sa  naissance.  En  effet,  7271  veut  dire  mmIbj 
en  hébreu,  et  ce  terme  entre  dans  la  fameuse  cvcla 
mation  du  roi  Salomon;  mais  qui  ne  se  rappelle 
pas  l'étroite  liaison  qui  relie  les  idées  d'enfance  (l'un 
côté,  et  de  vanité  de  l'autre? 

En  arabe,  le  verbe  J+*  veut  dire  «être  privé 
d'enfants».  C'est  ou  une  signification  p*j -Meulière  à 
cette  langue  qui  attribue  souvent  à  une  racine  la  né- 
gation de  l'acception  qu'elle  a  dans  les  autres  langues 
sémitiques,  ou  bien  (et  c'est  bien  plus  probable  ici), 
c'est  un  verbe  dénominatif  du  nom  d'Abel. 

Mais,  quoi  qu'il  en  soit,  il  a  existé  en  assyrien  un 
verbe  ?2n  «  gignere  » ,  d'où  s'est  formé  régulièrement 
73n  «genitor»,  73n  ogenitus,  filius».  Ce  terme  s'est 
conservé  en  hébreu  dans  le  nom  d'Abel;  et,  en  as- 
syrien, l'usage  a  fait  de  habl,  pal  et  bal.  Ainsi  se  n 
sout  l'anomalie  que  la  langue  de  Sémiramis  semblait 
présenter,  au  sujet  de  ce  terme  usité. 

Le  mot  ban  y  a  existé  dans  cette  acception ,  mais 
il  se  trouve  très -rarement,  quoique  le  mot  rua  ait 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  161 

en  assyrien  la  signification  de  créer,  d'engendrer. 
Nous  le  verrons  même  tout  à  l'heure  dans  cette 
même  inscription. 

Comme  de  hin  se  forment  Vnn  «  père  » ,  "?3n  «  fils  »; 
comme  de  l'arabe  «>Jj  viennent  *xJî^  et  oJj  ;  ainsi  la 
racine  n:a  l'orme  et  m  «  frère  » ,  et  n:n  «  mère  » ,  et 
p  «  fils  ». 

La  prononciation  abâtardie  de  hall,  en  bal  ou  pal, 
est  parfaitement  garantie  par  la  transcription  du 
monogramme  en  ►>^T£;  ►-^ëJ  balla  ou  palla.  La 
lettre  >~>^T£;  remplace  le  groupe  *^T  ^TZ-T  ba  al 
et  celui  de  ^f  ^iTZ-T  pa  al.  Dans  les  langues  sémi- 
tiques, le  D  et  le  3  changent  assez  souvent;  ainsi  nous 
nous  bornerons  à  citer  l'hébreu  pnn,  l'assyrien  et 
l'arabe  prtD,  l'hébreu  u?jnD  et  l'arabe  ^>^y> ,  l'hé- 
breu Snn  et  le  chaldaïque  bns.  Nous  ne  savons  donc 
pas,  au  juste,  si  a  faire»  se  disait,  en  assyrien,  tz?ny 
ou  e?dv;  «favoriser»,  cran  ou  œsv,  car  toutes  ces 
formes  sont  aussi  possibles  les  unes  que  les  autres.  Ce 
phénomène  se  rattache  à  une  des  particularités  des 
nations  sémitiques;  les  Arabes  ne  peuvent  pas  pro- 
noncer le  p,les  Chaidéens  de  nos  jours  ne  connais- 
sent pas  le  f.  Peu  d'Arabes  nomment  la  capitale  de 
la  France  autrement  que  Baris,et  beaucoup  de  Chai- 
déens disent  Pransa  pour  France. 

Dans  l'inscription  de  Borsippa,  comme  très-sou- 
vent le  simple  monogramme  £=*""  ~,  l'archaïque 

<£ —  est  suivi  du  signe  *  *T,  il  s'en  forme  un  signe 
composé  t=*     »TT*T  indiquant  «fils»  (comme  Tl, 


162  FÉVhlLH-MAKS  1857. 

ou  &*  tout  seul).  Je  no  puis  pas,  jusqu'il  i ,  ex- 
pliquer la  valeur  de  ^*J,  qui.  entre  autres ,  a  aussi 
celle  de  «  stade  ». 

Notre  texte,  connu'  loutet  les  briques  de  Nabu 
chodonosormuniesd'une  légende  M  trois,  an  quatre, 
ou  en  sept  lignes,  porte,  après  «fils»,  les  quatre 

lettres^  ^=\^f  Hiï*T  EV*T-  Le  grouPe  se  voit 
ainsi  partout,  sans  le  moindre  changement  d'or- 
thographe. Cette  circonstance  seule  lait  présumer 
qu'il  est  idéographique,  d'autant  plus  que  le  mot 
asaridu  n'a  guère  un  extérieur  sémitique.  Tous  les 
timbres  de  six  lignes  ont,  à  sa  place,  le  mot  ristan 
jntfn  «le  premier,  l'ainé»,  qui  porte  bien  au 
ment  le  cachet  des  langues  de  Sem,  et  dont  la  sigm 
fication  va  à  merveille.  Nous  prononçons  pour  cela 
partout  ristan;  car,  pourquoi  la  même  légende  au- 
rait-elle varié  seulement  dans  les  briques  à  six  lignes 
d'écriture?  L'examen  de  ces  inscriptions  repro- 
duites à  laide  d'un  timbre  nous  démontre,  au  con- 
traire ,  que  le  mot  plus  long  était  réclamé  par  la  jus- 
tification  typographique  des  signes  composai  il  le  texte: 
car  il  n'était  pas  permis  de  couper  les  mots  à  la  lin 
d'une  ligne. 

Nous  pouvons,  à  cette  occasion,  donner  la  traduc- 
tion de  l'inscription  des  briques,  telle  que  des  mil- 
liers d'exemplaires  nous  la  fournissent.  Il  y  a  partout  : 

«  Nabuchodonosor,  roi  de  Babylone,  restaurateur 
de  la  pyramide  et  de  la  tour,  fils  aîné  de  Nabopal- 
lassar,  roi  de  Babylone,  moi1.  » 

1  Quelques  timbre^  ont  omis  le  mot  mm. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  163 

Il  ne  reste  absolument  que  l'explication  du  mot 
anaka  «  moi  » ,  que,  déjà,  M.  Botta  a  reconnu  et  lu  ;  tous 
les  autres  interprètes  des  inscriptions  assyriennes 
ont  été  du  même  avis.  Nous  n'insisterons  donc  pas 
sur  des  choses  que  personne  ne  pense  à  contester. 
L'inscription  continue  :  4 

II. 


*-**-  f—  *—l       |  •  TT      I  *> — «TT  '     **-**-' 

Ni       -     nu  um.  Marduk.  bi'ilu. 

Dicimus  :  Merodachus  dominus 


-     nu                       um.  Marduk. 

Dicimus  :  Merodachus 

raba.  ki         -       ni               is. 

magaus  ,  s  juin  tu  sua 

16                 na               an     -  ni.            va.        za  -   ni     -nu           ut          su. 

creavit  me  :                       inslaurationes  sua.. 

1      -       bi     -su.  u              ma                                  ir.           an     -     ni. 

perliciendas  iinporavit  milii. 

— T  k^I  C=:  «d-  tï=  ^  B3AI 


Na       -  bi  -        uv.  pa       -      ki  id. 

Nebo  praefectus 

^  sr  Ù  ter.  ëeeu  ^^=  ^| 

is        -  sa  at.  ia  -  mi  f. 

legionibus  cœii 

«a.  ir         -  <i         -  tiv  harat. 

et  terra; ,  sceplro 


104  FEVRIEK-MAHS   I.S57. 


i      -      Mr  •         fit.  ■ 

jotliti* 

zzz  ::m  %fr  if- 


M  ad     -       mu 

jiutitia:  iocliuar*  f-cil  (i.  t.  OMravit) 


f 


Après  le  protocole,  suit  l'invocation  adressée  aux 
dieux  Mérodach  et  Nebo,  et  qui,  presque  dans  les 
mêmes  termes,  se  retrouve  dans  l'inscription  de 
Londres. 

Le  mot  ninum  se  transcrit  :x;:,  «t  vient  <!••  la  ra 
cine  dx:  «dire,  énoncer»,  connu  par  la  lormulr 
hébraïque  mm  ok:.  Nous  lisons  à  la  première  per- 
sonne le  mot  inu,  mais  il  vient  du  verbe  ruy  «ré- 
pondre», et  le  mot  est  à  transcrire  uyftt. 

Nous  avons  laissé  jusqu'à  maintenant  l'explication 
du  monogramme  complexe  ►►-!  i*~~*  £T,  qui  dé- 
signe le  dieu  Mérodach ,  aussi  bien  que  les  groupes 

Rarement  ce  nom  divin  est  écrit  en  caractères  pho- 
nétiques; nous  connaissons  un  passage,  dans  l'ins- 
cription d'Assarhaddon  (Layard,  pi.  XXII,  1.  33), 
où  nous  lisons  **^[  E^T*—  Ézjf£  Mar-duk.  L'iden- 
tité de  notre  groupe,  >+~\  4*~  ""*  £T,  avec  celui  que 
nous  venons  de  citer,  est  démontrée  par  le  nom  de 
Mérodach  Baladan,  qui,  dans  la  Bible,  dans  les  au- 
teurs, comme  dans  les  inscriptions,  est  signalé 
comme  adversaire  de  Sennachérib  ;  il  est  écrit  : 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  165 

Marduk  bal  iddin 

Merodachus  filium  dédit. 

Ensuite,  par  sa  permutation  avec  >~k-J  tJH  el 
avec  ►*— Y  ►— T —  èJTT?  dont  le  dernier  se  trouve  dans 
le  nom  du  roi  Mesisimordachus  : 

Mu     -    si     -     si.  Marduk 

Nous  ne  pouvons  pas  encore  expliquer  le  nom 
de  Mérodach ,  ^TtE  ;  il  provient  probablement  d'une 
antique  racine  -p*i.  Ce  dieu  n'est  pas  la  planète  Mars, 
comme  la  prétendue  similitude  de  l'arabe  gy>  l'a 
fait  supposer.  Outre  la  dissemblance  organique  des 
deux  noms ,  il  faut  remarquer  que  la  nomenclature 
arabe  des  planètes  est  totalement  indépendante  de 
celle  employée  par  les  Chaldéens-,  puis,  la  planète 
mentionnée  a  son  représentant  en  Nergal.  Méro- 
dach est  nommé,  dans  cette  même  inscription,  roi 
du  ciel  et  de  la  terre ,  et  encore ,  en  cela ,  il  n'y  a 
rien  qui  puisse  le  faire  identifier  avec  l'astre  du  fer. 

En  nous  réservant  de  traiter  cette  question  à  fond , 
nous  passons  à  l'épithète  de  la  divinité  \3")  vhv2  «le 
grand  seigneur  ».  Nous  n'aurons  certes  rien  à  dire 
pour  prouver  l'exactitude  de  notre  traduction;  mais 
il  en  est  autrement  pour  notre  lecture.  Le  mot  «  sei- 
gneur »,  bm,  est  écrit  ordinairement  : 


^  £0  ou  ^  T£j 


166  FÉVRIER- MABS   I8&7. 

Les  deux  manières  idéographique  iqqI  ^  JT  et 
» — «*  „  .  Le>— TY,  premier  signe,  a  la  valeur  sylla- 
bique  de  in,  et  s'emploie,  dans  un  grand  nombre 
de  passages,  comme  exprimant  la  notion  de  maître. 
Le  second  est  un  monogramme  complexe,  proba- 
blement la  transcription  pure  et  simple  du  mot  tou- 
ranien  tilni1  «  cavalier  » ,  et  «  maître  «par  conséquent. 
Par  basard,  il  se  trouve  que  ►— *  a  également  la  va- 
leur de  lit  »3,  qui  commence  le  mot  sémitique-,  d'où 
le  rédacteur  d'un  syllabaire  s'est  cru  autorise  à  rendre 
*  yy  par  ili.  Je  ne  crois  pas,  quelque  hardi  que  < .  Ii 
paraisse .  que  *  yy  ni  ait  jamais  eu  la  valeur  que  lui 
attribue  Sardanapale  V;  je  suppose  qu'elle  a  été  ac- 
ceptée pour  lire  ce  seul  mot». — «*  yy   bi  ili. 

Je  n'ai  pas  la  prétention  de  connaître  mieux  fil 
syrien  que  le  roi  d'Assyrie;  mais  je  crois  qu'il  n'a 
pas  eu  l'esprit  de  la  philologie  critique  du  xix  siècle, 
et  quelque  précieuses  que  soient  ses  données,  je  De 
les  suppose  pas  plus  à  l'abri  de  l'erreur  que  toute 
autre  œuvre  bumaine.  Amsi   il  est  bien  avéré  par 

le  roi  lui-même,  que  kj  signifie,  à  lui  tout  seul, 
«jour»,  O"»;  pour  exprimer  cette  idée,  et  pour  indi- 
quer que  le  signe  ne  désigne  pas,  dans  un  cas  donné, 
ou  soleil,  ou  argent,  ou  aller,  on  l'écrit  souvent  avec 
le  complément  phonétique  *q  fctrj  T  (JOUR,  um), 
tj[  j^~~  (JOUR,  mi).  Que  fait  Sardanapale? Il 

1  Pour  expliquer  cela ,  il  faut  dire  que  ► — •<  est  rendu  dans  les 
syllabaires  par  til,  et  que  talnu,  en  mcMo'cythiquc,  traduit  le  perse 
uçbâra  «cavalier*. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  167 

donne  à  *q  la  valeur  rfTIL.  y  a ,  que  fcT  n'a  que  par 
hasard  dans  ce  seul  nom  signifiant  «jour  ». 

Ainsi  la  valeur  ili,  pour  *  y^  ,  semble  être  parti- 
culière à  ce  seul  mot  ;  voici .  du  reste ,  le  texte  du 
syllabaire  : 


ni  i 

sa  al 

m  :>u 


HPFr 


*-**- 


Le  groupe  RA.  KUM.  AU  signifie  «grand»; 
M.  Hincks,  qui  a  bien  vu  qu'il  exprimait  le  son  rabù, 
a  supposé  à  tort  que  £z^£zf  avait  aussi  la  valeur 
de  ab.  Mais  on  n'écrivait  jamais  le  son  rabû,  ra  ab 
au,  mais  toujours  ra-bu  a;  et,  si  -<Tk- T  HM  était  syl- 
labique  dans  ce  cas,  on  devrait  le  voir  permuter  avec 
«,  ou  /  au  féminin,  ce  qui  n'est  pas. 

On  demandera,  sans  doute,  pourquoi  les  Assy- 
riens ont  souvent  préféré  exprimer  une  idée  par 
un  groupe  de  monogrammes  plus  long  à  écrire  que 
ne  le  serait  l'expression  syllabique?  J'ai  de  fortes 
raisons  pour  supposer  des  superstitions  qui  attri- 
buaient à  certains  assemblages  de  caractères  des  pro- 
priétés nuisibles  ou  propices.  Quelquefois  cette  cause 
est  apparente;  on  évitait  les  assonances  désagréables 
et  obscènes;  ainsi,  jamais  le  mot  pour  trône  n'est 
écrit  en  caractères  syllabiques,  sur  mille  fois  que 


168  FÉVRIER-MARS    1857. 

nous  l'apercevons  dans  les  textes,  et  nous  n'en  MM 
rions  pas  la  prononciation  assyrienne ,  sans  une  pe 
tite  tablette  grammaticale  du  Musée  britannique.  Le 
trône  se  disait  kuêêû ,  à  Ninive ,  mais  on  ne  l'écrit  que 
fr — J  0*^  ff  IS-  GU.  ZA,  pour  ne  pas  rappeler 
par  l'écriture  le  souvenir  d'un  mot  obscène  assez 
semblable. 

Les  Perses  seuls  écrivent  rabû  en  lettres,  dans 
leurs  traductions  assyriennes;  mais  jamais  cela  ne 
se  trouve  à  Ninive  ni  à  Babylone,  où  l'on  ne  lit  m 
rubà.  La  raison  semble  être  la  même;  yan  a, en  hé- 
breu, chaldaïque,  syriaque,  une  acception  lubrique, 
et  probablement  l'assyrien  rabù  rappelait  il  un  mol 
va"),  ayant  la  signification  du  syriaque  jkoi. 

Les  mots  Unis  ibnanni  signifient  :  «  il  m'a  engen- 
dré lui-même».  La  terminaison  is  est  spécialement 
assyrienne;  elle  forme  des  adverbe» ,  en  ajoutant  it 
directement  à  la  racine,  ou  en  se  servant  d'un •■  n 
intermédiaire.  En  voici  des  exemples  : 

tfDX?   •  avec  force.  * 
w  2")   •  grandement.  > 
&ÎV   •  fortement.  > 
tf  D7CJ    ■  usque  ad  iinein.  » 
&73J   ■  artistement.  • 
Ù'pj   ■  d'une  manière  variée.  » 
ÙJ3Î2K   •  comme  un  père.  • 
V222   «  comme  des  étoiles.  • 

En  anis ,  nous  aurons  dans  ce  texte  tilatus,  «  for- 
mant de  collines.  » 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  109 

Le  verbe  ibnanni  est  la  troisième  personne  de 
l'aoriste,  avec  la  terminaison  anni, suffixe  de  la  pre- 
mière personne  ;ib  signifie  «il  m'a  créé».  Le  verbe 
ma  veut  dire  «  créer  »  ;  la  troisième  personne ,  sans 
supplément,  Ï3!F  «il  créa  »,  traduit  le  perse  adâ. 
Voici  quelques  formes  de  cette  même  racine  : 

Kal N32K  et  1J2N  «je fis,  créai,  bâtis». 

U3|1   ail  fit». 

W}\yX*  «ils le  firent». 
"•3i3n  «tu  m'as  fait,  créé». 
Niphal. .  .  .      ^ax  «je  fus  créé  ». 

Paël 13DK  «je  fis  bâtir  ». 

Shaphel . . .  ""IDK/K  «je  fis  faire  ». 

Le  suffixe  assyrien  t  correspond  à  l'hébreu  T" ,  la 
signification  en  est  rendue  certaine  par  les  inscrip- 
tions perses;  le  pluriel  est  annu  ir  en  hébreu.  Par 
exemple  : 

*2~)%h  perse  mâm  pâtuv  «  qu'il  me  protège  ». 
iW2T\  «  tu  m'as  créé  ». 
^Dpn  «  tu  m'as  confié  ». 
^IpriD''  «  il  m'a  chargé  de.  . .  (Nakch-i-Roustam)  ». 

Au  pluriel  : 

13JDn  «  tu  nous  as  créés  ». 
laiDS"»  «il  nous  soutient  (iphtaal  de  1D2)  ». 

Souvent,  on  écrit  la   terminaison  anni  à  part, 


170  FÉVRIER-MARS  1857. 

comme  si  c'était  un  mot  indépendant;  nous  le  vo\<>n» 
dans  le  mot  umahirani,  qui  est  écrit  unuiliir  MM, 
et  que  nous  expliquerons  maintenant. 

L'assyrien  n'a  pas  d'expression  pour  la  syllabe^u, 
combinaison  répugnant  à  beaucoup  de  langues.  Il 
n'y  a  presque  pas  de  mots  commençant  pur  *  .comme 
il  y  a,  en  revanche,  peu  de  termes  hébraïques  dont 
la  première  lettre  soit  un  ».  Le  grec  n aime  pas  non 
plus  le  y;  quand  cette  lettre  se  trouve  dans  les  lan- 
gues ariennes,  l'idiome  hellénique  y  substitue  ordi- 
nairement un  Ç  (par  exemple,  1UG,  ZYI";  yava. 
ZEFA,  etc.).  La  voyelle  frJTTf  exprime,  en  nette 
temps,  le  son  u  et  yu,  >  t  ainsi  il  est  quelquefois 
très-difficile  de  savoir  si  une  forme  grammaticale 
représente  la  première  ou  la  troisième  personne  de 
l'aoriste.  De  même,  les  caractères  qui  rendent  une 
syllabe  commençant  par  u,  telle  que  uk,up,  ut,  etc. 
doivent  souvent  être  transcrits  par  yuk,  yap,  yat, 
pour  faire  voir  le  <  de  la  troisième  personne. 

La  racine  ino  a,  en  assyrien,  un  MM  particulier, 
qu'elle  n'a  pas  dans  les  autres  langues  sémitiques, 
quoique  ces  dernières  en  fournissent  de  bien  rap- 
prochés. En  hébreu  comme  en  syriaque ,  la  signifi- 
cation est  «  se  hâter»,  et  u  donner  une  dot  »;  l'arabe 
joint  à  cette  dernière  acception  celle  de  «com- 
prendre, être  intelligent o.  En  assyrien,  la  racine  a 
l'acception  «d'imposer,  de  faire  faire,  d'ordonner». 
Le  soleil  est  nommé  dans  l'obélisque  de  Salmanas- 
sar  III  (1.  8)  : 


INSGR1PTI0N  DE  BORSIPPA.  171 

mumahir     gimri  K1D3   17V3D 

imperans  legioni  (cœlesti). 

Dans  le  même  monument,  se  trouve  plusieurs 
fois  la  phrase,  en  parlant  du  généralissime  royal  v 
(1.  160)  : 

in  panât    ummaniya       umahir     aspur. 
(eum)  in  capite  exercitus  mei  imposui  emisique. 

Sur  le  cailloux  de  Michaux  (col.  2 ,  s.  f.)  : 

aha        la         muta  yumaharu. 

scriptum  non  mutandum  confici  curarunt. 

nnps  kbd  m1?  MnN 

La  forme  est  le  paël,  et,  comme  en  hébreu,  le  n 
n'est  pas  redoublé. 

Le  régime  de  umahiranni  est  ibisu  «  à  faire  ».  Le 
mot  e?35f  ou  e?dj?  est  le  verbe  qui  traduit  le  perse 
kar  «  faire  ».  La  signification  en  est  donc  on  ne  peut 
plus  garantie,  car  on  le  rencontre  très-souvent.  Une 
chose  plus  difficile,  c'est  d'en  trouver  un  représen- 
tant dans  les  autres  langues  sémitiques;  en  chal- 
daïque,  ŒDN  veut  dire  «volonté».  Nous  hésitons, 
néanmoins,  à  y  rattacher  le  verbe  assyrien,  qui  a, 
selon  nous,  plus  d'analogie  avec  l'arabe  <^*c,  signi- 
fiant juste  le  contraire  :  «ne  rien  faire».  Cette  cir- 
constance est  une  grande  raison  pour  rapprocher  les 
racines  des  deux  langues,  attendu  que  la  racine  arabe 


172  FEVRIER-MARS   1857. 

indique  très-souvent  la  négation  de  l'idée  exprimée 

dans  les  autres  idiomes. 

Nous  écrivons  donc  le  verbe  faire  say  et  non 
C'EN,  et  nous  en  citons  les  formes  suivantes,  trou- 
vées dans  les  inscriptions  : 

K  1 1 V2'J  participe  «  faisant  ». 

t222?X   i"  pers.  aor.  «je  fis  ». 
&2V>  3'  pers.  masc.  sing.  »  il  fit  ». 
1Ù3^  3*  pers.  masc.  plur.  «  ils  firent  ». 
Iphta'al.  .  .      CfànVN    l™  pers.  sing.  aor.  »je  bâtis  ». 

tf  3f13?7  3*  pers.  masc.  précatif  «  qu'il  cons- 
truise». 
Iphteal. .  .     EtonyN   i"  pers.  sing.  aor.  «je  fis,  je  I» 
tfanJP  3*  pers.  sing.  aor.  «  il  fit  ». 
tfansi    i"  pers.  plur.  aor.  «  nous  fîmes». 
IC^an^  3*  pers.  plur.  aor.  «  ils  firent  ». 
Shaphel. .  .     tfiy&K   irtpers.  sing.  aor.  «je  lis  bâtir». 
w  2ytfU  participe  »  faisant  bâtir  » 
K&2XV  pour KC^sytf, impératif parap>^i(|in 
«  fais  faire  ». 
Istaphel.    .  Ktfayntf  pour  Ntf3?ntf,   impératif  parago- 
gique  «accorde». 

L'œuvre  se  dit  également  ctav,  ou  ntfay,  pluriel 
rvtfay  ;  d'où  itf rvcfàjr  «  ses  œuvres  ». 

Le  mot  zaninutéa  parait  être  un  pluriel  d'un  fé- 
minin, formé  de  la  racine  zanan  «reconstruire».  Le 
suffixe  su  iu  exige  quelques  explications. 

L'oreille  des  Assyriens  ne  pouvait  supporter,  à  ce 
qu'il  paraît,  le  son  tch,  comme  celui  de  ts  répugne 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  173 

à  beaucoup  de  nations.  Toutes  les  fois,  alors,  que  le 
suffixe  de  la  troisième  personne  suit  immédiatement 
une  articulation  dentale,  telle  quel,  n  ou  B,  le 
ty  se  change  en  d  ,  qui  entraîne  souvent,  en  se  l'as- 
similant ,  la  dentale  précédente  ;  ainsi ,  le  mot  rro 
m  maison  »  se  fléchit  de  la  manière  suivante  : 

îltfrPS  ou   ÎDITO  «sa  maison  (à lui)  ». 
NtfrP3  ou  KDrPS  «sa  maison  (à  elle)  ». 
J#rP2  ou    JDfïO  ■  leur  maison  (à  eux)  ». 
^n^  ou    |DrP2  «  leur  maison  (à  elles)  ». 

Souvent  le  t  est  assimilé  au  D;  ainsi,  on  a  indif- 
féremment : 

lE/mn,  ou  îDmn,  ou  'iD'in  «  leurs  fossés  ». 

Zaninutéu  doit  donc  se  transcrire  IDWJÎ,  etla  phrase 
se  traduire  littéralement,  selon  nous  :  «  instaura tio- 
«nes  suas  (tanquam)  opus  imposuit  mini». 

Après  avoir  désigné  la  volonté  de  Mérodach,le  roi 
passe  à  Nebo,  qu'il  nomme  :  pakid  kissat  sami  u  irsit 
«  qui  surveille  les  légions  du  ciel  et  de  la  terre  ». 

L'inscription  de  Borsippa  nous  rend  un  service 
philologique,  en  nous  donnant  le  son  exact  du  mot 
ciel  en  assyrien,  que  nous  ne  saurions  pas  sans  elle. 
Les  inscriptions  perses  nous  fournissent  le  mot  ira- 
nien açman,  qui  est  rendu,  dans  les  traductions  as- 
syriennes, par  les  lettres  ►*— Y  *"T~f  AN.  'I.  >->~-  T 
veut  dire  «  ciel  » ,  et  ^~^  est  expliqué  par  "V— T  Tf 
^n —  Mbu  «  voûte  »  :  on  voit  donc  que  le  ciel  est 


174  FÉVRIER-MARS  1857. 

ordinairement  écrit  par  un  monogramme  complexe 
qui  proprement  signifie  «  dieu  de  la  voûte  ». 

Maisquelquesûrequefûtlavaleuridéographiquede 
►-►-I  ^TjF,  aucun  document ,  en  dehors  de  celui  <jiir 
nous  expliquons,  ne  donnait  le  son  assyrien  sami  ^ptf  ; 
ce  qui  se  rapproche  en  effet  de  la  dénomination  <!.• 
ciel  dans  toutes  les  langues  sémitiques.  On  appré- 
ciera la  valeur  de  la  donnée  de  notre  inscription , 
quand  on  saura  que  la  même  phrase  concernant 
Nebo  se  trouve  souvent  dans  les  inscriptions  nini- 
vites  et  babyloniennes,  et  qu'elle  est  toujours  ainsi 
conçue  : 

HT  ^tje=.  cîzrtTfT.  &:  *.  — î  ^j.  <. 

A'<a»a.  p*     -     kid.  kù     -   i«t.  mmi  ■. 

irtith. 

Le  verbe  ipc  veut  dire  «administrer,  installer»; 
au  paêl  et  iphteal  la  signification  est  «  conférer,  con- 
fier l'administration».  Ainsi  nous  avons  : 

Kal .  .  .  .    îDipc  «  il  l'a  installé  ». 

Iphtael. .  Tlpr»^  3*  pers.  avec  le  suffixe  de  la  i"  pers. 

(N.  It.  1.  aa)  :  «  il  m'a  confié  ». 
îpnDK  (Bisoutoun,  1.  27). 

Paêl. .  .  .  IDlpDn  «  tu  l'as  confié  »,  a'  pers.  sing.  et  le  suf- 
fixe de  la  3"  pers.  (  Inscr.  de  Londres , 
col.  1.) 

ij?rip  (Bis.  1.  8)  traduit  le  perse  agantâ  «bon,  ce- 
lui qui  se  fait  gouverner». 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  175 

Le  mot  kissat  se  trouve  beaucoup  dans  le  pre- 
mier titre  des  rois  assyriens  -,  il  est  souvent  exprimé 
par  le  monogramme  I,dont  la  valeur  syllabique  est 
sa.  Le  sens  de  ce  terme,  sans  génitif  complémen- 
taire, est  parent  de  celui  de  monde-,  mais  il  veut 
dire  proprement  «  horde,  légion  »,  et  correspond 
parfaitement  à  l'hébreu  miox.  Nous  rapprochons  ce 
mot  de  la  racine  îyœp  «  colligere  » ,  et  de  l'arabe  «i*i 
«  aggregare  (pecora)  » ,  d'où  &>Us ,  AjUft  ,  «  grex ,  mul- 
titudo». 

Salmanasar  III  et  d'autres  rois  de  Ninive  se 
nomment  : 

iar.  kis     -   sat.  nisi 

rex  légion  um  hominnm 

d'où  est  venue  la  phrase  de  Sargon  : 

sar.  kis     -sa         a  ti. 

rex  legionum. 

Nabuchodonosor,  dans  l'Inscription  de  Londres 
(col.  i ,  1.  63  et  suiv.),  dit  à  Mérodach  : 

^m  $&  sa  h  ^tt  t- i  ^  M 

at       -  ta.  ta         -     ha  no  an     -     ni  va 

tu  procreasti  me , 


H  $l  m*^  tm  mu  «• 


tflr  ru     -       tt.  hi  is 

mperium  legionum 


176  FÉVRIER-MARS   1857. 


m        -        II. 

h  omnium 


>3Dpn  ■#:  nœp>  nno  •  ■«an  nx 

La  lettre  ^%*<  dont  la  forme  archaïque  est 
»^'|^2^>,  change  souvent  avec  /^X^JTfriw. 

On  voit  que  le  style  moderne  a  considérablement 
défiguré  le  caractère  plus  rapproché  de  l'image. 

Le  sens  de  la  phrase  suivante  est  :  «  a  chargé  ma 
main  du  sceptre  de  la  justice.  » 

Le  monogramme  frj  J?  CT  ou  son  équiva- 

lent £ — T  g|  r  est  interprété  par  le  mot  W< Ë-y 
TT  t^fj  harat,  upar  les  syllabaires;  les  inscriptions  de 
Nabuchodonosor  le  remplacent,  dans  notre  phrase, 
par  lf«  Ejj  ►— -/~T  (wrana.  Les  bas-reliefs  nous  dé- 
montrent que  cet  insigne  royal  ne  peut  être  qu'un 
sceptre.  La  philologie  comparée  des  langues  sémi- 
tiques donne  également  raison  à  cette  interpréta- 
tion; û*in  veut  dire  «  sculpsit ,  cœlavit ,  tornavit»,  et 
le  mot  D"in  veut  dire  «  stylus ,  un  bâton  sculpté  ».  En 
même  temps,  le  terme  o*in  semble  être  parent  du 
mot  *>ûn  «  virga». 

Si  les  inscriptions  de  Babylone  nous  fournissent 
la  permutation  de  £T  ^  gf  et  de  haran,  il  faut 
considérer  cette  dernière  expression  comme  une 
différence  provinciale  du  mot  assyrien. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  177 

Le  terme  isarti  se  transcrit  NmEP  «justice»,  de 
iw> ,  racine  bien  connue  en  hébreu.  Elle  est  égale- 
ment en  assyrien ,  comme  en  hébreu ,  iet»  ;  et  le  "• 
initial  est  de  même  conservé  en  arabe.  Nous  pou- 
vons établir  la  loi  suivante,  relative  aux  verbes  com- 
mençant en  hébreu  par  j  : 

Partout  où  le  *  hébraïque  est  remplacé  en  arabe 
par  un  ^ ,  l'assyrien  aura  un  a  ; 

Partout  où  il  sera  conservé  en  arabe,  l'assyrien 
le  respectera  également; 

Ainsi  nous  aurons  : 

Hébreu.  Arabe.  Assyrien. 


•& 

jjj 

"l1?* 

w 

yÉij 

F]PK 

3BP 

t^Sj 

3Î2K 

wn 

Cfj 

vun 

m 

*» 

TW 

Mais,  de  l'autre  côté 

: 

W 

j~*. 

w» 

pT  • 

&Xi 

p* 

T 

*N> 

T 

Le  mot  isarti  est  écrit  : 

ou 

ou 


«a  ar  -         <i 


178  FÉVR1EK-MARS    1857. 

Le  verbe  usadmik  est  à  transcrire  en  hébreu 
nmtf *» ,  troisième  personne  du  singulier  au  shaphel 
de  la  racine  nm,  qui  en  arabe  veut  dire  «  incliner  »; 
le  shapbel  a  donc  la  signification  de  «  faire  incliner, 
charger  ». 

Nous  ne  nous  tromperons  certainement  pas,  en 
adoptant  ici  la  signification  de  «  charger»;  mais  nous 
devons  dire  que,  dans  d'autres  cas,  l'assyrien  dit  «  rem- 
plir la  main  »  pour  «  confier  ».  Le  verbe  employé  est 
nVd  ,  au  paël ,  et  l'hébreu  connaît  le  môme  terme , 
dans  la  même  voix  et  avec  le  môme  régime.  Nous 
citons  ainsi  de  l'inscription  généalogique  de  Bélo- 
chus  IlI(Layard,  Jnscr.  pi.  LXX.  1.  3). 

[—v]  ^i  h*v  *e  v  »~m  «-*-t- 

[Auv]  mal         -         lai.  (a         •    M      -       »a  m. 

Imh  inpvrio  liogatrom 

J»  -  «al       -la  a.        ka     -     tai     m     ta. 

impUrit  ma  oui  «jai. 

et  dans  le  cylindre  de  Bellino,  col.  3  : 

H,  E53  £3  BU  ïï  ~T~- 

rm  <tp       -        «a  a  (i. 

ampla 

en-  «-r  çzz  «r.  ^  ^  -« 

sa.  Morduk  ti  i*         -  la. 

quitus  Mvrodaeh  domina» 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  170 

vu     -   ma  al         -     la  u.  ga       -        ta  n     -      o. 

implevit  manum  mcara , 


IV  ^H-  &à  mu  M  M- 


Ba     -  bi 

Babyloni 


< 


lia  an        -       ni  is. 

tributaria  feci. 

•tf  hdn  ta  |N  ^np_  kW»  xVvn  ^Spçf  n^pn  Vn: 

Le  dernier  mot  de  cette  phrase  demande  quel- 
ques développements.  Le  mot  gatûa  veut  dire  «  ma 
main  »;  et  ce  terme  assyrien  est  tellement  différent 
des  autres  expressions  sémitiques,  que  nous  devrons 
nous  y  arrêter  quelques  instants.  Le  terme 

*£!  ::m  Sp  if 

ga         -         lu  u  a 

change  avec 

ga         -  ti  -         ya. 

L'un  est  à  l'autre  ce  que  la  terminaison  u  est  à  la 
désinence  1,  le  dhamma  arabe  au  kesra;  et  cette  der- 
nière forme  se  trouve  souvent  écrite  en  assyrien  : 

ta       -  fi"        -  ya. 


180  FÉVRIER-MARS  1857. 

Nous  avons  déjà  dit ,  à  l'occasion  du  mot  xpoy,  que 
les  inscriptions  babyloniennes  rendent  le  p  par  g 
et  par  k,  et  que  le  J  des  Arabes  s'altère,  dans  la 
bouche  des  Babyloniens  de  nos  jours v  en  ces  deux 
articulations.  L'identité  originaire  des  deux  guttu- 
rales dans  le  mot  qui  nous  occupe  est  garantie  par 
les  mêmes  phrases;  «les  œuvres  de  ma  main»  est 
rendu,  dans  les  inscriptions  de  Ninive.par  ipsit  La- 
tiya,  tandis  que  la  même  inscription  se  lit  à  Bnby- 
lone  ipsit  gatiya.  Ainsi  le  mot  perse  thdtiy  «  il  dit  » , 
est  rendu  à  Bisoutoun  et  Persépolis  par 

6  ^     I  »       « 


à  Suzes ,  par 


;      -      t«  •*     -     ». 

et,  aussi  dans  toutes  les  localités,  par 


tut 


Pour  les  lettres  haiiya,  les  inscriptions  donnent 
souvent,  dans  les  mêmes  passages,  les  deux  groupes 
►ÉiTTT  È  E  Tf  ou  è^T ÈfcJf •  Ainsi,  dans  la  phrase 
des  inscriptions  des  rois  d'Assyrie,  iksud  rabut  katéu, 
il  y  a  souvent  pour  le  dernier  mot 


et  au  lieu  de  ces  signes 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  181 

~M  t=ZE:  ÊÊfl 

ka  as  -         sa 

Gela  ne  veut  pas  dire  que  ^=T  ait  jamais  eu  la 
valeur  de  kas,  comme  on  pourrait  le  penser,  au 
premier  abord  ;  d'après  le  principe  développé  tout  à 
l'heure,  sur  le  suffixe  de  la  troisième  personne  atta- 
ché aux  dentales ,  nous  savons  que  kaêsu  n'est  qu'une 
altération  anomale  de  katsu.  Aussi  le  caractère  tJ=T 
a-t-il  bien  la  valeur  de  kat. 

Le  signe  è^Tty  n'est  que  le  duel  de  Jf==T,  et  ce 
dernier  exprime,  dans  l'inscription  de  Bisoutoun, 
le  perse  daçta  «  la  main  »  (1.  96).  Darius  parle  de  pro- 
vinces rebelles  et  vaincues  par  lui  en  ces  termes  : 

U  ra  ma  az  -  da.  a     -     na. 

Oromazes  manui 

j^  eèejï  33>  m  si  ^  1  ^  ^ 

kat       -         ya  in  -     da       -       na  as     -  sa  -     nu       ut 

mi •  i-  dédit  cas. 

\  s  -  -  :  •    t  •   '-     '  -  t:--\ 

La  forme  archaïque  de  ^==J  (dont  I  n'est  qu'une 
contraction)  est  ^=T»  les  cinq  doigts  de  la  main, 
et  rappellent  encore  l'image  du  poignet  fermé. 

Après  avoir  démontré  que  cjatûa  veut  réellement 
dire  «ma  main  »,  il  nous  reste  encore  à  rattacher  le 
mot  np  à  une  racine  sémitique.  Nous  avions  pensé 
à  l'arabe  ^J»,  d'où  ^y»  «  force  »;  le  sens  n'en  serait 
pas  très-éloigné ,  et  l'altération  serait  régulière.  Mais 


182  FÉVRIER-MARS    1857. 

nous  avons  abandonné  cette  idée;  d'abord,  parce  que 
le  mot  "P  n'est  pas  étranger  à  l'assyrien ,  et  qu'il  n'y 
aurait  pas  eu  deux  mots  sémitiques  pour  une  même 
idée  aussi  nécessaire.  Ensuite ,  et  c'est  là  que  réside 
la  force  de  notre  argument,  kat  est  une  expression 
touranienne  pour  a  main».  En  finnois,  en  madgyar, 
dans  les  langues  ouraliennes,  nous  ne  voyons  que 
kezy,  kedy,  kez,  et  des  termes  aussi  rapprochés  de 
notre  mot  assyrien.  Le  kat  assyrien  est  donc  un  des 
rares  résidus  de  la  langue  antique  des  Touraniens , 
ayant  subsisté  à  côté  du  mot  sémitique,  et  l'évin- 
çant dans  l'usage  journalier. 

Du  reste ,  l'assyrien  est  loin  d'être  le  seul  idiome 
contenant  le  mot  touranien.  Les  langues  germani- 
ques ont  toutes,  pour  exprimer  l'idée  de  «main», 
un  terme  qui,  selon  les  règles  du  déplacement  des 
sons  dans  les  langues  ariennes,  ferait  conclure  à 
l'existence  d'un  mot  sanscrit,  latin  ou  grec,  kant  ou 
lui  t.  Dans  aucun  -de  ces  idiomes,  il  ne  subsiste  un 
mot  de  ce  genre;  d'où  donc  provient  le  terme  des 
langues  germaniques? 

Il  est  possible  que  cette  vieille  expression,  après 
avoir  fait  irruption  dans  une  branche  du  peuple  sé- 
mitique, ait  été  perpétuée  également  dans  la  bouche 
des  Indo-Germains. 

Nous  continuons  : 

III. 

BIT.  SAG.  GA.         TV.  kteal.  fa       -     mi  î. 

Pynmi*  (c*t)  leroplum  cedi 


INSCRIPTION  DE  BOKSIPPA.  183 

au.  ir        -  <i  it  su      -      la  al. 

et  terra ,  sedes 

Biil.  ilui.  Marduk.  BIT         KU         A 

domini  deoram  Merodachi  •  pcnctrale  (  ?  ) 

!*?«=  h».  t=:  Baïè  ^#  JE- 

nid  -  Aa.  ti  î  -        lu  ii         -       su. 

iocum  quietis  dominationis  ejus 

ifHIA-  ^Tl  s=T<d  -M-  BU  pp  -H 

Auraju.  na  am        -        ri  sa  al  la     - 

auro  fulgeuti  -  - 

HW  îfT-  E?=  S£âT  -M«=  ^=î  M- 

ri  i».  nj  ta  ak  ka  an. 

exstruxi. 

C^I  -Si  EEJ<Ï-  tS-  ^  Éfe  (Ml- 

B/T.  ZJ.  ZM.  [         bit.  ki  i         -       nm>.  ] 

Turrem  [    domum  œternam  ] 

BU  Z^iiii  frf  SI-  Mf  ^î  ES2T- 

*a.  î       -       îs       -     si  is.  î         -       pu  us. 

quam  fundavi ,  feci , 

va.  i  -  na.  kaspa.  hurasa. 

in  argento,  auro, 

ni     -     si  ik  -      (i.  a&     -  nav.  ï     -       ra  a. 

fusibilibus  (id  est  mctallis),  lapide,  latere  piclo  , 


184  FÉVRIER-MARS  1857. 

mut  -  ko»  -  «u.  in'», 

leutitco,  redro 

b        -  <a  «4  »  K  t/. 

perfrci 

1r    »• — *  ►  m   *=!• 

»i        -        ii  ir         -     «a. 

■nagoificentitm  ejo». 

Le  commencement  de  cette  phrase  est  on  ne  peut 
plus  clair;  il  n'y  a  que  le  groupe  ^„T  I  iji*—  à 
expliquer;  et  même  là ,  il  ne  peut  surgir  aucune  con- 
testation sur  la  signification  de  ce  monogramme 
complexe;  car  le  premier  élément  veut  dire  «mai- 
son »,  et  le  second  «  grand  ».  J'ai  donc  cru  longtemps 
qu'il  n'y  avait  pas  ici  un  seul  groupe,  mais  bien  deux 
mots  qui  seraient  à  prononcer  21  rva.  Je  ne  tenais 
aucun  compte  d'un  fait  qui  ne  m'était  pourtant  pas 
inconnu,  et  que  voici  :  toutes  les  fois  que  l'idée  de 
«grande  maison»  est  mise  au  pluriel,  on  écrit  tou- 
jours ^"J  ^:|* —  J^,  et  non  pas  ^~J  ]^_ 
^=y»—  l<+4  ,  comme  pourtant  on  le  devrait,  si  les 
caractères  de  *  y  et  |  =J*—  étaient  grammatica- 
lement séparés ,  et  s'ils  ne  servaient  pas  à  représen- 
ter un  seul  mot  signifiant  «palais». 

Ce  terme  se  disait  en  assyrien,  comme  en  hé- 
breu, en  araméen,  en  arabe,  Wft.  Par  un  hasard 
assez  singulier,  ^=f> —  a  les  valeurs  de  aal  et  de 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  185 

kal.  Le  signe  exprime  la  notion  de  «  grand  » ,  qui  en 
casdo-scythique  se  dit  encore  gala,  et  est  interprété 
en  ^T.  39  par  t^*  T  **>-< 4  rabû  «grand».  C'est 
de  cette  antique  expression  que  s'est  formée,  dans 
îa  période  anté-sémitique ,  la  valeur  syllabique  gai, 
constante  par  la  comparaison  des  textes,  et  confir- 
mée par  la  tablette  K.  1 1  o,  où  on  lit  : 

g  al  ra         -  ba  11 

Par  un  abus,  ^T* —  (forme  babylonienne  de  l'as- 
syrien È—Ti* — )  sert  aussi  à  rendre  la  syllabe  kal; 
ainsi,  une  tablette  de  conjugaison  écrit  le  paël  du 
verbe  hpw  : 

g^=  X^r  ÈZft—  pour  ££=  xçr  i_J  E^UT 

1  la  kal  i  sa  ka  al 

La  syllabe  kal,  qui  finit  le  mot  sémitique  de  hekal, 
n'a  rien  de  commun  avec  le  mot  touranien  gala 
«  grand  »•,  néanmoins,  les  philologues  assyriens,  pour 
pouvoir  épeler  leur  mot  hekal,  donnèrent  hardiment 
à  *  "Il  J  la  valeur  de  i,  que  ce  signe  n'a  nulle  part. 
Nous  lisons  en  K.  110: 

M?  I  MTTT  I  ^sr^::^1 

«  bi  i         -  ta 

X-    TT  T  est  le  néo-assyrien  du  vieux  Tyl^- A  ,  comme  *33T 

Î.  On  y  voit  encore  les 


est  le  néo-babylonien  d'un  antique 


186  FÉVRIER-MARS  1857. 

Le  signe  *  T  a  déjà  assez  de  valeurs;  celles  de 
bit,  mal,  nis  et  nah. 

La  pyramide  de  Mérodach  est  nommée  i  le  temple 
du  ciel  et  de  la  terre  » ,  comme  le  dieu  en  est  ap- 
pelé «roi  de  ces  deux  parties  de  l'univers»;  elle  est 
qualifiée,  dans  la  phrase  prochaine,  de  «demeure 
du  seigneur  des  dieux  Mérodach  ». 

Je  traduis  le  groupe  *  *  J  È^TT-  *"Hf  *"HT 
par  «  maître  des  dieux  »  ;  je  déclare  pourtant  que 
cette  explication,  quelque  plausihle  qu'elle  puisse 
paraître  en  elle-même,  n'est  pas  à  l'abri  d'observa- 
tions. Il  est  vrai  que  le  groupe  *  *  T  É^TTT  se  lit 
7*3  «seigneur»;  cela  est  incontestablement  établi 
par  des  passages  où  le  mot  ni^ya  u  la  suprématie», 
que  nous  lirons  tout  à  l'heure ,  est  écrit  : 

Ml  -  ■         -         u 

(Voyez,  par  exemple,  Inscript,  de  Londres,  col.  NI. 
1.  2  etl.  q5.) 

Le  monogramme  complexe  est  l'expression  du 
dieu  Bel-Dagon ,  du  Bel  par  excellence. 

La  répétition  de  **+~J  »-»- J  peut  certainement  si- 
gnifier «les  dieux»,  mais  il  reste  toujours  singulier 
que  jamais  cette  idée  ne  soit  exprimée ,  dans  cette 
phrase,  par  les  deux  lettres  *-*-T  1++*  •  Au  lieu  de 
celle  que  nous  expliquons  par  «  maître  des  dieux», 

anciennes  lignes,au  lieu  des  coins  postérieurs.  Néanmoins  les  textes 
de  Ninive  distinguent  entre       --  T  mal,  et  ^     |T  T  bit. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  187 

on  lit  souvent  ^Tp- —  ^"T^J^  *~*"~T  *""*" — T'  et  jamais 
^Yn- —  ►~T^T*<  *""* — J  y^**  •  Nous  pensons  donc  que, 
peut-être,  Mérodach  est  nommé  «maître  de  El,  de 
Saturne»,  au  lieu  de  «maître  des  dieux». 

Sans  abandonner  notre  première  interprétation , 
nous  croyons  devoir  faire  part  au  lecteur  de  nos 
propres  objections. 

Le  mot  sabat  mtf  est  exactement  le  mot  mtf  de 
l'hébreu.  La  racine  3^?N  (hébreu  Dty)  veut  dire  «  s'as- 
seoir, être  assis».  Nous  citons  : 


Kal 3#X   ire  pers.  sing.  aor.  «je  m'assis  ». 

3EP   3e  pers.  masc.  sing.  «  il  s'assit  ». 
)2V}i  3°  pers.  masc.  plur.  «  ils  s'assirent  ». 
ND$7  pour  Klty1?,  précatif  paragogique 
«  qu'il  s'asseye  ». 
3ttfK  participe  a  assis  »   (comme  substan- 
tif» habitant»), 
ni3^K  participe  plur.  «les  habitants  ». 
Aphel ....  2VÏ D  participe  •  assis  »  ;  (nîdd    |Nî   3E7D 

TI'HD  «  assis  sur  le  trône  de  ma 
royauté». 
Shaphel. .  .        2U^$N   i'c  pers.  sing.  aor.  «je  plaçai». 
3EP#D  participe  «  plaçant  ». 
TEhaK^ty?  préc.  3e  pers.  plur.  masc.  avec  le 
suffixe  de  la  3°  pers.  «  qu'ils  le 
placent  ». 
Islaphal. .  .      aî^nbtf  «je  rétablis»    (N.  R.  le  perse  niya- 

sâdayam). 
Nomina..  .  3#D  hébreu  DEnD  «demeure», 

mat!?  «place». 


188  FÉVRIER-MARS  1857. 

Je  ne  puis  ni  déchiffrer,  ni  lire,  ni  expliquer  1  Vn 
semble  des  trois  signes  *  yy  TîfîlTf  '  Tout  ce  tme 
je  puis  savoir,  c'est  qu'il  représente  une  partie  très- 
sacrée  de  la  pyramide ,  et  qu'il  n'est  pas  un  édifice 
en  dehors  d'elle.  On  lit  dans  l'Incription  de  Londres 
(col.  a,  1.  3 9  et  suiv.)  le  passage  parallèle  que  voici  : 

ina.  BIT.SAG.GA.TU.  hekal         bïilutisu.  astakkan 

In  pyramide         templo  dominationis  ejus     feci 

zinnati.        BIT.KU.A.  rudha    biil.         i/«i         Marduk 
instauralionem    penetralium       domini  deorum  Memdachi. 

C'est  bien  clair  :  «  dans  la  pyramide  ». 

Dans  la  troisième  colonne  de  l'inscription  de 
Londres,  il  est  longuement  question  du  BIT.KU.A, 
qui  y  figure  également  comme  partie  de  la  pyramide. 

Le  texte  du  cylindre  de  Bellino  ne  donne  pas  les 

lettres  de  t  fi  |  T0  Jf ,  pourtant  il  parle  parfaite- 
ment de  l'édifice;  cela  est  évident  après  la  compa- 
raison de  ce  document  avec  la  fin  de  la  seconde  co- 
lonne de  l'inscription  de  Londres. 

La  pyramide  contenait  plusieurs  édifices  en  de- 
hors du  BIT.KU.A.  Il  y  avait  une  cellule  pour  la 
femme  de  Mérodach ,  Zarpanit,  la  déesse  de  la  terre, 
qui,  fécondée- par  la  pluie,  est  aussi  déesse  de  la  con- 
ception. En  outre,  il  y  avait  une  chambre  consacrée 
à  Nebô,  quoique,  comme  le  remarque  le  baril  de 
Bellino,  le  lieu  de  repos  de  Nebo  soit  la  Tour.  La 
cellule  de  ce  dieu,  construite  dans  la  pyramide,  était 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  18*.» 

ornée  d'argent,  tandis  que  celle  de  Borsippa  qui  lui 
était  spécialement  consacrée,  était  plaquée  d'or. 

Le  texte  de  Bellino  nous  démontre  l'identité  de 
fryyT  fiiTTf  et  de  frj  g-J  fJN*  et  cette  donnée 
doit  nous  consoler  de  notre  ignorance  au  sujet  de 
la  prononciation ,  puisque  nous  connaissons  la  chose 
en  elle-même.  Il  nous  reste  encore  à  dire  que  les 
portes  de  ce  réduit  étaient  également  dorées. 

Mérodach  est  nommé  ►►-j  yiË]  Jy;  ce  qui  prouve 
que  la  cellule  consacrée  à  son  tombeau  tirait  son 
nom  d'une  de  ses  attributions. 

Le  mot  frj  fr|  |  f^  est  très-difficile  à  dé- 
chiffrer-, les  lettres,  au  premier  aspect,  semblent 
devoir  être  lues  papaha.  Mais  ce  son  n'offre  pas  de 
sens.  On  sait,  d'ailleurs,  que  l'élément  £|  entre 
dans  plusieurs  signes,  sans  qu'ils  aient  le  moindre 
rapport  avec  la  lettre  pa  :  ainsi  fc-J  I*"~TT  signifie 
sap,  et  ne  se  décompose  pas  enpa.  ip;  ainsi  ri^zz^l  ■ 
est  assimilé,  clans  un  syllabaire,  à  £  »-***-.  Cela 
peut  indiquer  que  fcT  tl  et  »'  ►■  ttt —  sont 
homosymphones1 .  Le  dernier  signe  indique  les  sons 
de  rit,  mis,sit,  lak;  parmi  leurs  homosymphones, 
il  n'y  a  d'inconnus  que  rat  et  lak.  Nous  proposons  de 
lire  le  mot  rudha,  et  nous  le  rapprochons  du  mot 
arabe  Oa-Sj ,  qui  veut  dire  un  rideau  d'une  alcôve , 
d'un  recoin  de  la  maison.  Cette  signification  cadre 

1  Nous  nommons  signes  homosymphones  les  caractères  qui  repré- 
sentent les  différentes  articulations  formées  par  les  mêmes  consonnes, 
mais  par  des  voyelles  diverses,  telles  que  har,  kir,  hur. 

ix.  i3 


J90  FÉVRIER-MARS   1857. 

parfaitement  avec  Je  texte  dam  oet  endroit  ci;  mmm 
prenons  rudha  j)onr  le  recessus  où  le  dieu  était  censé 
avoir  son  lieu  de  repos. 

Le  mot  babylonien  pourrait  alors  jouer  le  rôle 
du  nmD  de  la  Bible,  qui  séparait,  comme  on  sait,  le 
Sanctam  du  Sanctum  sanclorum;  avec  cette  ampli  li 
cation  toutefois  que,  dans  l'assyrien,  le  voile  indi- 
quait également  le  lieu  caché.  Les  retraites  qui  ont 
été  découvertes  à  Khorsabad  rendent  très-probable 
cette  explication.  Néanmoins,  nous  ne  pouvons  pas 
encore  prouver,  d'une  manière  plus  décisive,  la 
leur  de  notre  lecture  radha.  Nous  savons  que,  dans 

un  syllabaire,  frj      frf est  interprété  par  dillé 

rents  mots,  et  nous  n'bésiterions  pas  à  prendre  les 
deux  lettres  comme  un  signe  idéographique,  et  le 
ha  comme  complément  phonétique,  si  nous  ne  li- 
sions pas  le  pluriel  gf  ET  ^Jf+  J^  ► — «Y — « 
papahâti,  ce  qui  semble  indiquer  que  les  deux  pre- 
mières lettres  ensemhl"  représentent  un  son  sylln- 
bique. 

Nous  avons  déjà  donné  le  sens  du  mot  m^ya,  qui 
est  écrit  ici  en  caractères  phonétiques: 


il  i         -        lu  a  li 

Souvent,  il  n'est  formé  que  du  monogramme  de  sei- 
gneur, avec  le  signe  £;J  at,  > — TT  £r|,  comme  la 
royauté  est  écrite  £zza\  £T  sarrut.  La  forme  en  at 
m  est  commune  à  toutes  les  langues  sémitiques; 


INSCRIPTION  DE  BORS1PPA.  191 

mais  elle  est  surtout  fréquente  en  assyrien ,  en  hé- 
breu, et  dans  les  idiomes  araméens.  Nous  citons, 
parmi  les  formes  de  Ninive  : 

nilD  «  royaulé.  « 
D137D   «  royauté.  » 

rnVx   «  divinité.  » 

ni 3*1  «grandeur.  » 
nî^în  «  suprématie.  » 
n^lN  «  humanité.  » 
nî3$N  «humanité.» 

Nous  arrivons  maintenant  au  mot  i^r  ►— TT^,  qui 
change  avec  ►^TaT  t^"  T  yS>-^=  hui-asa,  comme 
JR  £T  permute  avec  *T~T    T  fr — £»—  £'T  kaspa 

{comparez  le  fragment  de  Rer  Porter,  t.  II,  avec  le 
passage  correspondant  de  l'Inscription  de  Londres, 
colonne  III,  ligne  58).  Les  deux  monogrammes 
composés ,  ffî  ►— TT^  et  Wï  £:T,  signifient  or  et  ar- 
gent; comme  kaêpa  rappelle  exactement  l'hébreu  *]DD, 
ainsi  liurasu  \nn  est  identique  à  ynn ,  de  la  même 
langue;  et  le  mot  sémitique  a  été  transporté  en 
Grèce,  car  xpvaés  vient  de  ce  mot,  et  n'a  rien  de 
commun  avec  le  raftpRI  hiranya  des  Ariens. 

Il  y  a ,  parmi  les  mots  grecs ,  des  séries  entières 
de  notions  dérivées  de  mots  sémitiques;  parmi  ces 
catégories  il  faut  classer  surtout  les  métaux.  Le  mot. 
grec  fxéraXXov  «  mine  »  vient  de  la  racine  sémitique 
•?tûD  «  forger  »  ;  ainsi ,  fxoXvSSos  «  plomb  »  semble  an- 
noncer un  participe,  la  racine  llh  «coaguler,  être 


192  FÉVRIEK-MARS  1857. 

adhérent»,  la'jD;  %ahc6s  accuse  Ja  racine  p^n  i  lis- 
ser»; ^aAi/if'  (g^n-  Xa'^y^05)'  l'assyrien  aVn  «  plaquer  ». 
Il  n'y  a  que  les  mots  grecs  pour  l'argent  et  l'étain 
qui  ne  soient  pas  explicables  par  les  idiomes  sémi 
tiques;  ce  qui  tient  évidemment  au  lieu  de  leur  pro- 
venance1. 

Nous  ne  pourrons  pas  encore  expliquer  la  cause 
de  la  réunion  des  signes  «^f  et  ^-JJ  >A  pour  en  for- 
mer l'idée  de  l'or.  Le  premier  de  ces  deux  cari- 
tères  se  transcrit,  dans  les  inscriptions,  par  Mu  «su- 
prême»; ainsi,  nous   trouvons  souvent  iK  T»**** 
permutant  avec  le  mot  i//u£  mVy. 

Du  reste ,  l'argent  et  l'or  sont  les  seuls  métaux  dont 
les  expressions  idéographiques  soient  formées  par  le 
déterminatif  ci-dessus  indiqué;  les  autres  sont  tou- 
jours précédées  du  babylonien  ^"^T,  ou  du  ninivitc 
*  TT  ^  «  pierre  ».  Il  existe  à  Londres  des  tablettes 
entières  contenant,  d'un  côté,  les  monogrammes 
commençant  par  *~^~JF,  de  l'autre,  la  prononcia- 
tion assyrienne  de  ces  complexes  idéographiques. 
Nous  citons  les  suivants  : 


t£-E£e  e=  ^ïïï 


cupruro 


BW^KTfTHHI 


ak  -        (a  CnîD 

luinbum 


1  Ainsi ,  le  mot  i\Xexrpov  *  ambre  jaune  » ,  nous  semble  renfermer 
les  mots  X"1B  p?y  «attirant  la  paille*;  précisément  comme  l'ex- 
pression persane  (jv»  8^"  (prononcée  kakrebân)  indique  la  même 


INSCRIPTION  DE  BORSÏPPA.  193 

En  copte,  le  plomb  se  disait  également  takd.  La 
cause  de  la  composition  du  monogramme  se  trou- 
vera dans  l'attribution  du  plomb  à  la  planète  Saturne, 
divinité  planétaire  suprême  des  Babyloniens,  et  per- 
sonifiée  dans  Hou,Ac6,  la  lumière  intelligible. 

La  preuve  que  le  premier  des  groupes  figurant 
ci-dessus  signifie  réellement  «cuivre»,  et  le  second 
«plomb»,  se  tire  d'une  découverte  de  M.  Place, 
qui  trouva,  dans  les  fondations  de  Khorsabad,  cinq 
plaques  en  différents  métaux:  en  or,  en  argent,  en 
cuivre,  en  plomb,  et  en  une  cinquième  matière 
oxydée,  dans  laquelle  M.  le  duc  de  Luynes  a  cru 
voir  de  l'antimoine.  J'ai  accepté  provisoirement  ce 
sens1,  quoique  je  n'en  aie  pas  de  preuves,  le  mot 
qui  doit  représenter  cette  matière  étant  écrit  en  mo- 
nogrammes complexes  encore  complètement  obs- 
curs. 

Ces  tablettes  portent  toutes  le  passage  suivant  : 


na.  !<PP<-  hnrasa.  katpa. 

in  tabulis  ex  auro,  argento , 


supra. 
cupro, 


idée.  jnU  pourrait  signifier  «paille»,  du  chaldaïque  |n«  «moti- 
tare  » ,  comme  palea  vient  de  pal,  eu  grec  isdXXetv. 

1  D'autant  plus  provisoirement  que  l'antimoine,  comme  métal, 
n'est  connu  que  du  moyen  âge. 


104 


FÉVRIER-MARS  1857. 


i.i 


j(Iuru« 


•a 
uowiui» 


jra.  ai  -  f»r.  -        «a 

mei  *  «ripai  ib 


luudcmenlo  cjui 
(i.  t.  domut  ) 


fa 

poin 


ootf  nj  nstf  nxaj  xonc  kidx  p)  xSn:  xdds  K3nn  ^bi  m 

>      I        -        T    •       \  ••  I!"  TI\  II-  T"\  .•'• 

Le  fer  était  employé  chez  les  Babyloniens,  mais 
principalement  comme  moyen  de  raffermir  les  cons- 
tructions, en  guise  de  revêtement,  de  soutien,  de 
crampon.  Nous  avons  ainsi  trouvé  des  tombes  gar- 
nies de  bandes  de  fer  à  l'intérieur.  Il  est  écrit,  selon 
nous,  par  le  monogramme  se  trouvant  dans  la  co- 
lonne du  milieu  du  passage  du  syllabaire,  K.  1 10  : 


ai       -       fa»  UT.  Xi.  BAH. 

purikcaluni 

On  trouve  encore,  dans  une  autre  tablette,  K.  5  : 


ff-f- 

ta     -      4a/ 
lamgitau. 


*T**fcl-f 


'  r. 


141 


•W  ^ÏÏT 


ful^rl 


Les  passager  trca-nonibreux  qui  nous  fournis**  m 
le  monogramme  complexe  de  UT.  KA.  BAR.  sem- 


INSCRIPTION  DE  BORS1PPA.  195 

blent  prouver  qu'il  s'agit  du  fer.  On  lit,  dans  les  ins- 
criptions de  Nabuchodonosor  et  ailleurs,  Taurin 
I3ï  «revêtements  en  fer», quand  il  s'agit  de  la  cons- 
truction des  portes.  Aussi ,  en  arabe ,  &j-tj  veut  dire 
«un  morceau  de  fer». 

Nous  n'aurions  pas  parlé  de  ce  métal,  si  commun 
chez  les  Assyriens,  et  qui,  dans  l'antiquité  occiden- 
tale, n'a  jamais  joué  le  rôle  qu'il  occupe  aujour- 
d'hui, s'il  ne  se  trouvait  pas  expliqué  dans  le  sylla- 
baire K.  5  par  le  mot  que  nous  rencontrons  dans 
notre  texte  après  haras,  et  comme  spécifiant  la  sorte 
d'or  employée  dans  le  sanctuaire  de  Mérodach. 

Il  est  à  remarquer  que,  de  tous  les  métaux,  le 
fer  seul  est  désigné  dans  les  langues  sémitiques,  ou 
par  un  mot  d'origine  étrangère,  ou  par  un  terme 
dérivé  d'une  racine  verbale.  Les  mots  ynn,  ant,  *jto, 
^T3,  moy,  nœm,  -pK,  nan,  L^U?j,  ***»,  et  leurs  alliés 
dans  les  différents  idiomes  de  Sem,  sont  tous  des 
substantifs  radicaux,  ne  dérivant  d'aucune  racine 
verbale,  et  tous  ils  sont  d'origine  sémitique  incon- 
testable. Le  fer  seul  a  ou  un  nom  étranger,  comme 
VfHb  et  bns,  en  hébreu,  en  chaldaïque  et  en  sy- 
riaque, ou  bien  la  désignation  provient  d'une  racine 
verbale ,  dont  le  substantif  n'est  que  le  dérivé.  Ce  der- 
nier cas  se  trouve  en  arabe (<X-j«Xj>-  de  Ov&-  «  aiguiser  ») 
et  en  assyrien. 

Je  ne  puis  pas  entrer  dans  une  discussion  mé- 
tallurgique sur  le  fer,  dont  on  a  retrouvé  d'énormes 
quantités  à  Rhorsabad;  je  me  borne  à  dire  que  la 
qualité  de  se  montrer  dans  des  degrés  d'éclat  tout 


196  FEVRIER-MARS  1857. 

à  l'ait  dissemblables  l'un  de  l'autre  lui  i  valu  les 
trois  différentes  désignations  dont  nous  venons  de 
parler.  Les  Assyriens  ont  connu  le  fer  trempé,  l'acier. 
qui  porte  même  en  grec  un  nom  sémitique,  et  ils 
l'ont  désigné  par  le  nom  de  l'éclatant;  car  c'est  là  le 
sens  du  terme  qui  se  trouve  justement  après  l'or, 
namri.  Ce  mot  dérive  d'une  racine  BMvrieilBt  ")D3, 
qui  veut  dire  «  voir».  Nous  la  trouvons  dans  les  ins 
criptions  des  Achéménides,  dans  les  formes  sui- 
\antes  : 

IBn  «  tu  vois  ■ .  en  perse  vainàhy.  (  Pers.  D.  ) 
1Ch"^B,  «  ils  le  virent  »  ,en  perse  uvam  avaina.  (Bisoutotm. 

Ensuite,  on  a  souvent,  dans  les  inscriptions 
riennes,  le  paël  imammir  1D2K  «je  fis  voir,  remar- 
quer». Nous  connaissons  aussi  le  niphal  TÇJ\  Les 
idées  de  voir  et  de  briller  sont  très-voisines  l'une 
de  l'autre:  ainsi,  de  l'anglais  glane e  et  de  l'allemand 
glanz,  l'un  signifie  u  regard  »,  l'autre  «  éclat  »,  et 
même  le  français  populaire  emploie  voyant  pour 
éclatant. 

Dans  les  autres  langues  sémitiques,  la  racine  1DJ 
se  trouve  dans  le  sens  de  «  être  pur  » ,  employé  re- 
lativement à  l'eau;  ensuite,  dans  toutes,  même  en 
assyrien ,  dans  l'acception  de  «  être  bigarré  ».  Cette  si- 
gnification pourtant  n'est  que  secondaire,  dérivée  du 
motiDJ,  qui,  dans  tous  ces  idiomes,  veut  dire  «  pan- 
thère, léopard»,  et  qui  parait  être  un  mot  radical. 
Nous  voyons  ainsi  souvent  ira  namri  Nt")D:  Kiy  «  en 
briques  vernissées  do  différentes  couleurs». 


INSCRIPTION  DE  BOKSIPPA.  197 

Le  mot namri  se  trouve  fréquemment  comme  épi- 
thète  de  l'or  et  de  l'argent  ;  il  est  possible  que  l'idée 
de  «brillant,  sautant  aux  yeux»,  soit  confondue  ici 
avec  celle  de  «  pur»,  et  que  ce  terme  indique  la  pu- 
reté du  métal  et  le  manque  d'alliage. 

Il  existe  aussi  un  adverbe,  namris  ehDi  «de  ma- 
nière à  être  vu,  brillamment»,  dans  le  passage  de 
l'Inscription  de  Londres  (col.  III,  1.  5g  sqq.)  où  le 
roi  rend  compte  de  l'ornementation  extérieure  de 
Ja  Tour  des  langues.  Nous  le  reproduisons  déjà  ici, 
bien  qu'il  se  rapporte  mieux  à  ce  qui  va  suivre  dans 
l'inscription  de  Borsippa  : 

rîml.  :ululi.  hah'i1 

viorticus,  columnas,  portas 

i  -  na.  :a  -      ha        -  /;  i\ 

in  circuitu  turrium 

nam        -        ri  is.  a        -        ha  an      -      nnv. 

vnriis  ccloribus  xdificavi. 

:  U3H  uhn:  *hm  m  s:n  tyn  ">Dn 
...   . . .  1 .    .  T    .  %1l    .  . 

La  racine  1DJ  n'a  pas  de  rapport  avec  le  nom  as- 
syrien des  Saces,  namri,  qui  est  un  mot  touranien, 
signifiant  «  race  »  ;  encore   moins  avec  le  nom   du 

1  Dans  la  transcription ,  nous  exprimons  par  i  la  crase  de  i  et  de  ï. 


198  FÉVRIER-MARS  1857. 

grand  chasseur  devant  l'Eternel,  qui  provient  de  la 

racine  i")D  à  se  révolter  ». 

Namris  est  un  adverbe ,  et  le  mot  suivant  de  notre 
inscription,  sallaris,  appartient,  sans  aucun  doute. 
à  la  même  classe  de  mots.  La  lecture  de  ce  terme  ftsl 
incontestable,  mais  sa  si^iiiliealion  est  très-obscui  <• 
Nous  devrons  le  transcrire  en  lettres  hébraïques. 
tfi^Û  ;  mais  quel  en  est  le  sens  ? 

Nous  devons  franchement  avouer  notre  igno- 
rance complète.  L'adverbe  dont  nous  nous  occu- 
pons se  trouve  toujours  avec  des  verbes  signifiant 
«faire»,  ou  exprimant  une  idée  analogue;  il  veut 
dire  «  perinde  ac  sallar  ».  Ainsi,  kakkabii  indique 
comme  des  kakkab,  c'est -a  dire  comme  des  étoiles. 
Nous  croyons  que  sallar  n'est  pas  même  un  mot 
d'origine  sémitique. 

Le  mot  astakkan,  au  contraire,  nous  est  bien 
connu.  La  racine  pu  veut  dire  «être  établi,  demeu- 
rer»; mais  cette  acception,  connue  par  les  autres 
idiomes  sémitiques,  n'est  pas  la  seule  que  ce  radical 
ait  dans  la  langue  de  Babylone.  Elle  provient  d'un 
shaphel  originaire  de  J13  «être»,  qui,  conséquem- 
ment,  à  la  signification  de  «faire  exister,  créer, 
faire  ».  Ce  shaphel  originaire  a  été  ensuite  employé 
comme  un  kal ,  et  toutes  les  formes  dérivées  en  sont 
usitées. 

Cette  génération  de  racines,  en  apparence  piimi 
tives,  mais  en  vérité  dérivées  de  conjugaisons  se- 
condaires, se   rencontre  en  beaucoup   d'exemples. 
H  est  pourtant  nécessaire  de  remarquer  qu'elle  se 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  199 

restreint  à  des  racines  effectives.  En  dehors  de  p: , 
nous  citons  "pK  «  être  long  » ,  qui  forme  un  autre 
verbe  au  kal  dérivé  de  son  shaphel;  de  "pNEJ,  on 
forme  "pu?  «rendre  long,  allonger,  faciliter,  accor- 
der». Ainsi,  le  langage  rabbinique  des  Juifs  en  a 
conservé  un  singulier  exemple.  Dans  ce  dialecte,  on 
nomme  un  renégat  "IDE/D ,  et  ce  terme ,  qui  a  passé 
dans  le  jargon  judaïque  de  toutes  les  langues,  est  or- 
dinairement regardé  comme  un  puai  de  IDE?  «  anéan- 
tir»; le  mot  aurait  donc  la  signification  de  quel- 
qu'un qui  serait  moralement  annihilé.  Pourtant  il 
n'en  est  rien;  1DE?D  est  contracté  de  lDi?fc'D,  le  sha- 
phel de  ~Di?  «baptiser»,  employé  dans  cette  même 
forme  en  syriaque. 

Pour  revenir  à   notre  racine  p#,   nous   citons, 
entre  autres  : 

Kal ptfK  «je  fis.» 

|3tth  «  il  fit.  » 

UD^"»  «  ils  firent.  » 

pttf1?  «qu'il  fasse  (précatif).  » 

p$  «  faisant.  » 

Niphal. .  .  .      p^1?  «  qu'il  soit  posé ,  fait.  » 

NJDE?1?  «  qu'elles  soient  faites.  » 

Paël WSVÏ^  «  ils  placèrent.  » 

Shaphel. .  .  pEJ#X  «je  plaçai.  » 

ptf  tfD  «  établissant.  » 

Iplilaai.   ..  pn$K  «j'exécutais.» 

Iphteal.  .  .  pntfK  (pï^N)  «j'exécutais.  » 

La  dernière  forme  peut  être  également  l'istaphal 


200  FEVRIER-MARS   1857. 

de  J13.  Notre  forme  astakhan  est  donc  la  première  pei 

sonne  du  singulier  de  l'aoriste  de  l'iphtaal. 

Le  dernier  paragraphe  de  cette  phrase  parle  du 
BIT.ZI.DA.  que,  provisoirement,  nous  prononçons 
ms  «  tour  ».  Nous  n'avons ,  à  ce  sujet ,  que  des  raisons 
topographiques ;  mais  elles  sont  assez  concluantes. 
Le  BIT.ZI.DA.  était  à  fiorsippa  identique  au  mo- 
nument qui  a  jadis  recelé  l'inscription  dont  nous 
nous  occupons.  L'inscription  de  Londres  nous  four- 
nit le  passage  parallèle  suivant  (col.  III,  I.  Sj  sqq.)  : 

Bûr      m  ti  m  pt  x  ,r.  *a 

Honippt ,  urbam 

tsr  -  an        m        sa. 

nallationi»  tua  (i.  e.  dei  J 

38-  «#  :M«  ^=ïï  <**=•  HT- 


- 

honora  maximo  ntuli 


H 


ko 


fi/T.  Z/.  M.  »,(.  «•  .         -       nav 

Tarrun  don.  uni  aUrnan. 

>  -  11.  *i 

in 


ni.  »i  i>  -       ti        -      lo- 

in mcdio  ejui 

si  -       bis. 

«Intendant  curavi 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  201 

Cette  phrase   est    suivie   de   rémunération    des 
mêmes  matières  que  nous  aurons  à  expliquer  ici. 
Le  baril  de  Bellino  a  également  : 


l  -n::  eem-  sa-  4=> 


BIT.  ZI.  DA.  bit. 

Turrero ,  domum 


i      -  na.  Ba  ar  -  si         -  pav. 

in  Borsippis 

ta  m  '&-  tstf.  td  ta  S2f, 


it     -     si  is.  i        -       pu 

fundavi  f'eci. 


:#s?k  œ#KK  kdç-q  ]tt  xvd  mn  xms 

Les  deux  derniers  termes  du  baril  de  Bellino  se 
retrouvent  dans  notre  inscription ,  et  se  relisent  très- 
souvent  dans  les  textes  de  Babylone.  Le  verbe  que 
je  traduis  par  «je  fondai»  vient  du  mot  îyu?K,  y-î, 
qui,  dans  toutes  les  langues  sémitiques,  a  la  même 
signification  de  «fonder». C'est  le  paël  de  ce  même 
verbe,  dont  nous  avons  lu  plus  haut  un  dérivé  >#N 
«  les  fondations  » ,  et  qui  existe  encore  dans  d'autres 
formes;  ainsi,  Salmanassar  III  se  nomme 

-y  Ei=  v  <*-•  MTÏÏ  Mffi-  v-  -à.- 

mu  as        -       sa     -     si.  hccal.  sa.  ir. 

fundaiis  palatium  urbis 

Kal       -     hi. 

:rr?2  mvi  *?3M  tf#ND 


202  FÉVRIER-MARS   M 

On  sait  que  le  signa  Mi  signifie  !s ,  c'est-à-dire  is 
avec  une  légère  aspiration. 

Le  mot  niéikti,  qui  se  trouve  après  [uirus  et  kèép, 
se  transcrit  'roc: ,  et  provient  du  verbe  "p:  «  fondre  »; 
Je  mot  en  question  indique  des  matières  fusibles, 
des  métaux. 

La  manière  la   plus  simple  d'écrire  ce  mol  i  si 

*  n  *  T  T  **^4f*  Hf^^  n'~*'  *"ft;  quelquefois  on 
change  le  *  y  |  avec  ***f ,  qui  signifie  la  combi- 
naison  de  *^JJ  *      ^  5t  i,    comme  ». — «•   indique 

*  *  ^T"?  61  t.  Souvent  on  trouve,  au  lieu  de  *  __ 
ni,  la  lettre  *     ^^    |,  c| tt i  a  rxartement    le  même 
rapport  avec  le  premier  caractère. 

On  comprend  dans  le  mot  de  niiikti,  les  fusibles, 
les  pierres  métalliques,  pour  choisir  une  expression 
conforme  aux  idées  des  Assyriens;  ils  les  distinguent 
pourtant  des  pierres  proprement  dites,  et  désignées 
du  nom  de  abnav.  L'inscription  de  Borsippa  nous 
rend,  pour  ce  mot,  le  même  service  que  pour  les 
termes  de  «  ciel  »  et  de  «  terre  »;  nous  y  trou\  on*  le 
monogramme  assyrien  *  _.  ~~^E,  dont  la  forme  ba- 
bylonienne est  **T!«T. 

On  pourrait  parfaitement  interpréter  abnav  par 
«je  bâtis»,  qui  ordinairement  s'écrit  abnav;  mais, 
puisque  les  passages  parallèles  ont  toujours  à  cette 
place  le  monogramme  pour  «pierre», il  est  évident 
qu'il  s'agit  de  cette  matière,  nommée  ]2H  en  assy- 
rien comme  en  hébreu.  Il  faut  donc  transcrire  Je 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  203 

terme  par  k:3N  «  la  pierre  » ,  pris  au  singulier  et  col- 
lectivement. 

Quant  à  la  nature  de  la  pierre,  c'est  probable- 
ment un  basalte  noir,  la  matière  dans  laquelle  sont 
gravées  l'inscription  de  Michaux,  celle  de  Lon- 
dres, et  une  foule  d'autres  monuments  babyloniens 
encore. 

Dans  le  mot  suivant,  *  ^  t^*  _  T  T¥  ira,  je  re- 
connais le  représentant  de  brique  émaiilée.  Long- 
temps je  croyais  à  l'identité  de  ce  mot  avec  le  syriaque 
)  «à*.  «  tamarisque  »  ;  c'était  plausible  à  cause  de  la  si- 
militude des  formes,  mais  il  y  a  une  difficulté  qui 
détruit  ce  rapprochement.  La  voici  :  si  le  terme  qui 
nous  occupe  était  un  nom  d'arbre,  il  faudrait,  de- 
vant lui,  le  déterminatif  aphone  £zf  «bois». 

Il  faut  donc  chercher  la  signification  de  ce  mot 
ailleurs  que  dans  une  acception  contre  laquelle 
s'élève  un  doute  capital.  Le  sens  que  doit  avoir  ce 
terme  îra,  placé  entre  la  pierre  et  une  espèce  de 
bois,  se  déduit  de  la  racine  sémitique  K"iy  en  chal- 
daïque,  \j±  en  aFabe,  et  signifiant  «recouvrir  d'une 
matière  gluante  ». 

Parmi  les  matières  concourant  à  l'ornementation 
babylonienne,  il  en  manque  une  dans  l'inscription, 
qui  pourtant,  dans  la  réalité,  prend  une  des  pre- 
mières places;  c'est  la  brique  vernissée.  On  sait  que 
l'enduit  recouvrant  les  briques,  et  ayant  souvent 
deux  millimètres  d'épaisseur,  fut  appliqué  à  froid,  à 
l'aide  d'un  pinceau,  et  soumis  ensuite  à  la  cuisson. 
Cette  matière  était  une  espèce  de  liquide  visqueux; 


204  FÉVRIER-MARS   1857. 

l'état  fluide  originaire  en  est  constaté  par  les  frag- 
ments de  briques  qui  démontrent  que  parfois  l<>  li 
quide  s'écoula  sur  les  côtés  intérieurs  de  la  brique. 

Les  raisons  de  l'archéologie  et  de  la  linguistique 
réunies  nous  autorisent  donc  à  ne  voir,  dans  le  mot 
ira,  autre  chose  que  la  brique  vernissée,  qui ,  autre- 
ment, manquerait  d'une  désignation  assyrienne. 

Je  m'étais  arrêté  à  l'acception  de  brique  verm 
quand  j'ai  trouvé,  dans  les  inscriptions  de  Sennaché- 
rib,  une  preuve  éclatante  de  mon  interpréta  lion. 
\.o  fils  de  Sargon  parle  de  la  construction  de  son 
palais  deNinive,  dont  les  ruines  forment  la  colline 
de  Koyoundjik .  »-t  dit  (Layanl,  Inscript  pi.    \l.l. 


-ÏÏX  Âr^  fcT-  IH=  E^T  Ict 


pi.  (I  l( 

orninaata  H  argilia 


nn  tz:-  n  ttf  Erïï  Tf  •  <&  feTTf  M- 

at       -        ai.  ta.  i'        -        ra  a.  *i        -     ni      -     tu. 

fati,  >rrnic«m  in  ra 

ai       -       (ap  pa  km.  ki  i. 

rffuili  ,  coin 

ty_  uy.  ^i:  h-  mai.  ^m  Tf  -tt- 

p«       -       li  il.  mat      -         (a.  TA.         A.  AN. 

optfr  pvmruli  ... 

Mïï=  5U=T  î^titr  -S- 

a  -  «a*  -  li  la. 

parfeci. 

XQÙD  FDD  »3  •  -IJSn^K  itf  3")?  Niy  •  ^3K  *BB  ^D»t 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  205 

si  £dft  ►**¥!!  ira> et  t^f  HiïAT  E^=  H  sont> 

comme  je  le  crois ,  identiques  à  ira,\e  monogramme 
représentant  cette  idée  est  Çz?  aT.  Ce  signe  est  éga- 
lement expliqué  par  £zj||=:  ►^jyj  Êh^J  «rucui,  par 
les  syllabaires,  et  permute  avec  ce  mot  dans  les  ins- 
criptions de  Sennachérib.  Est-ce  que  ce  mot  "m  est 
l'arabe^, le  perse  varda, notre  «  rose  » ,  et  design e-t-il 
la  rosace  qui  se  trouve  tant  de  fois  sur  les  bas-re- 
liefs et  les  tableaux  assyriens?  L'idée  est  encore  trop 
neuve  pour  moi ,  pour  que  j'aie  eu  le  temps  de  la 
mûrir;  mais  elle  se  présente  avec  toutes  les  appa- 
rences de  la  vérité. 

On  lit  ainsi,  dans  l'Inscription  de  Londres  (c.VIII, 
1.  7;  c.  IX,  1.  1  h),  la  phrase  suivante  : 

ai         -    ■  ku  up  pi.  an.  nu  ku 

superliminaria  et  tabulas 


pictas  tipera 


/       .       MA,  ha     bi  -  sa  I  ir     -      H  it 

circura  portas  ejus  <lispo- 


> * 

li. 


f<  EEJ. 


:wik  irèhaa  (?)  to  n*  pns  •  ntfptt  ••dp&k 

Deux  sortes  de  bois  sont  citées  ici;  nous  y  voyons 
ix.  i4 


206  FÉVRIER-MARS  1857. 

le  lentisque  et  le  cèdre.  Les  inscriptions  de  Ninive 
nous  fournissent  huit  sortes  de  bois  qui  ne  nous 
occuperont  pas  ici.  Nous  voulons  seulement  rendre 
compte  des  espèces  végétales  mentionnées  dans  l'ins- 
cription. 

Le  premier  mot  est  celui  de  l'arbre  d'où  vient 
une  matière  résineuse  nommée  yLax/llyjn  par  les 
Grecs;  ce  terme  est  d'origine  sémitique,  et  le  parti- 
cipe d'un  verbe  pis  «dégoutter»,  à  l'iphteal.  Les 
idiomes  canaanéens  formeraient  cette  forme  pasD, 
et,  avec  un  )  paragogique,  fpexD. 

Mais  on  sait  que  l'assyrien  forme  l'iphteal  des 
verbes  s  b ,  en  assimilant  la  dentale  servile  à  la  pre- 
mière lettre.  Nous  trouvons  donc  le  terme  bota- 
nique écrit  ainsi  qu'il  suit  : 

X  mmf         -        fik         -      ton       -         ma 

ou 

M^T-TT 

ka  u        -         «a 

Par  contraction,  on  a  fait  les  formes  suivantes, 
dont  la  dernière  est  employée  dans  le  passage  de 
notre  inscription  : 

M  -*1  fi!  e=SE  ^TT 

X  no        -        «ni      -        kan         -  na 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  207 

X  mus       -  ka*  na 

Nous  y  voyons  le  lentisque  (Terebintha  lentiscus), 
en  laissant  aux  hommes  spéciaux  le  soin  de  vérifier 
notre  opinion. 

Le  monogramme  suivant  est  souvent  écrit  en  ca- 
ractères syllabiques  ^~~l  *~~~TTAT  *^~  inrttt-  ^e 
terme  assyrien  a  son  équivalent  dans  l'hébreu  p&, 
qui  est  ordinairement  traduitpar  «  pin  ».  Nous  croyons 
pourtant  que  cette  signification  a  un  peu  varié  d'un 
dialecte  à  l'autre,  comme  c'est  souvent  le  cas  pour 
les  désignations  d'un  ordre  d'idées  pareil.  Ainsi  l'hé- 
breu 2*îy  veut  dire  «  saule  » ,  et  l'arabe  cj>jè  signifie 
«  peuplier  ».  Nous  ne  connaissons  pas  en  assyrien  un 
équivalent  à  l'hébreu  pn  ,  qui  désigne  le  cèdre 
dans  la  langue  biblique.  Je  me  suis  décidé  à  donner 
à  irin  cette  signification,  parce  que  les  rois  d'Assy- 
rie ,  depuis  Salmanassar  III  jusqu'à  Nabuchodonosor, 
tirèrent  cette  matière  du  mont  Liban.  La  célèbre 
montagne  est  nommée  »-^=T  t-jj  T  ^_^~T  ►*-T 
Labnan. 

Le  monogramme  est,  en  néo-babylonien  Tffifj^jj, 
dérivé  de  l'archaïque  ||<J  TTTT  |-  Les  inscriptions 
ninivites  l'expriment  par  J|EE^q  [j.Je  crois, mais 
sans  autre  preuve  suffisante  que  celle  que  donne 
l'analogie  des  transformations  d'un  style  à  l'autre, 
que  le  signe  babylonien  et  le  second  du  groupe  ni- 


208  FÉVRIER-MARS    1857. 

nivite  sont  identiques;    alors,    J4T»m    T    aurait, 

comme  c'est  le  cas  pour  EJU»  ,a  valeur  syllabique 

de  raé. 

Le  signe  £zT  est  le  monogramme  pour  «  arbre  »  et 
«bois».  La  signification  syllabique  du  caractère  est 
is  yy.  Cette  coïncidence  du  terme  sémitique  avec  la 
valeur  idéographique  pourrait  être  fortuite;  souve- 
nons-nous que ,  par  hasard ,  la  même  notion  de  bois 
se  dit  en  zend  aisma,  en  perse  uzmâ1,  et  que  le  turc 
y^^î  rappelle  également  l'articulation  de  is  et  de  as. 
^J  a ,  en  assyrien  et  en  arméniaque  encore  la  va- 
leur de  gis. 

Le  mot  siûvant  est  facile  à  expliquer;  usaklil 
V?d#n  est  le  shaphel  de  77D,  qui,  dans  cette  m fc in- 
forme ,  a ,  en  chaldaïque  et  en  syriaque ,  la  signifi- 
cation de  «  achever  ».  Nous  avons  ici  le  mot  écrit  en 
caractères  simples,  que  souvent  on  trouve  remplacés 
par  les  signes  : 


tfkZttE&i 


$ak 


Le  dernier  terme  de  ce  paragraphe  est  beaucoup 
plus  difficile  à  expliquer;  il  faut  admettre,  selon 
nous,  que  ichatf  est  mis  pour  rehstf.  Nous  nous 
sommes  déjà  expliqué  sur  cette  permutation  de  3 
et  de  D  en  seconde  place;  donc  ce  point  ne  souffre 

1  Ce  terme  perse  est  rendu  par  le  métlo-scythique  iérur,  et  de  ce 
terme  touranien  proviennent  les  notions  idéographique  et  syllabique 
attachées  à  la  lettre. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  209 

pas  de  difficulté.  On  trouve  souvent  un  terme  feT 
£T  su-par,  et  ^T> —  £T  sipar,  que  nous  rattachons  à 
la  racine  ")Diy  «placere»,  et  istf  «ce  qui  plaît,  la 
magnificence  ».  Cette  dernière  forme  se  voit  sou- 
vent sur  les  barils  de  Nabouimtouk,  trouvés  à  Mu- 
gheyer  par  M.  Jones  Taylor.  Nous  y  lisons  : 

si      -  par  -  tu.  yu  -  sah  -  M. 

ejus  magnifîcentiam  perfecit. 

L'inscription  du  vestiaire  de  Khorsabad,  dédiée 
à  Ninip-Sandan ,  porte  : 

M  t>-EeeT  12$  m  ÏÏH  H[W-  v 

X  iVm  -  ip.  biil.  a  -   ba        -        ri.  sa. 

Hercules  doniinus        strenuorum     facinornm  <[iiut 

m  ^t  m- 

ta     -     par  -     tu. 
delicia;         ejns. 

Le  même  verbe  a  encore,  en  assyrien,  la  valeur 
de  «  envoyer  »;  il  traduit,  dans  l'inscription  de  Bisou- 
toun,  le  perse  frâisaya. 

Les  deux  mots  usaklil  sibirsu  se  retrouvent  souvent 

dans  les  inscriptions  babyloniennes  ;  ainsi ,  il  est  dit 

expressément  de  Nabopollassar  (Inscrip.  de  Londres, 

col.  IV,  s.  f.),  qu'il  «  n'ait  pas  achevé  la  magnificence 

des  murs  ». 

J.  Oppert. 

(  La  suite  à  un  prochain  numéro.  ) 


210  FÉVRIER-MARS    1857. 


ÉTUDES 
SUR  LA  GRAMMAIKE  VÉDIQUE. 


PKAT1ÇAKHYA  DU  R1G-VEDA. 

CHAPITRE   SIXIÈME. 
(texte,  traduction  et  commentai  uk.) 

Groupes  de  consonnes.  —  kramu  ou  doublement  des  consonnes.  — 
Abhinidhâna  ou  affaiblissement  de  l'articulation,  avec  solution 
plus  ou  moins  marquée  du  groupe.  —  Yamas  ou  jumelles  na- 
sales. —  Svarabkakti  ou  insertion  de  son  dans  un  groupe.  — 
Dhruva,  espèce  de  son  ou  de  pause  qui  suit  Y  abhinidhâna.  —  Son 
et  quantité  de  la  svarabhakti.  Opinions  diverses  sur  son  existence 
et  sa  nature.  —  Aspiration  devant  un  ùshma.  —  Règle  relative  à 
la  racine  kkyâ. 

Ce  chapitre  offre  de  nombreuses  difficultés  et  le  commen- 
taire en  facilite  beaucoup  moins  l'interprétation  qu'il  ne  fait 
pour  celle  des  chapitres  précédents.  Voici  à  quoi  lient  cette 
différence.  Le  Prâtiçâkhya  expose  ici  des  règles  de  prononcia- 
tion ,  que  l'enseignement  oral  peulseul  faire  bien  comprendre, 
et  que  l'écriture,  le  plus  souvent,  est  impuissante  à  représen- 
ter. Les  exemples, qui, en  général,  dans  les  scolies,  sont  un 
secours  encore  plus  sûr  et  plus  nécessaire  que  les  gloses 
mêmes  et  les  synonymies  explicatives,  contribuent,  en  pa- 
reille matière,  beaucoup  moins  qu'ailleurs,  à  l'éclaircisse- 
ment des  sûlras.  Les  citations  védiques  ne  sont,  pour  un  grand 
nombre  d'axiomes  de  cette  seclion.que  des  exercices  de  pro- 
nonciation ,  où  l'on  peul  faire  de  vive  voix  l'application  de  la 
règle,  mais  où  l'orthographe  ne  la  figure  point  aux  yeux. On 
sent  ici ,  plus  encore  que  dans  la  plupart  des  autres  parties 
de  l'ouvrage,  que  les  théories  et  les  principes  qu'il  contient 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         211 

ont  pour  objet  la  lecture  et  non  l'écriture  du  Véda ,  et  que  le 
commentaire  même  est  un  manuel  d'enseignement  parlé , 
propre  à  guider  le  maître,  mais  qui  a  besoin  du  maître,  de 
sa  parole  entendue ,  pour  être  bien  compris.  Je  n'ai  rien  né- 
gligé pour  résoudre,  autant  qu'il  était  en  moi,  ces  difficultés 
inhérentes  à  la  nature  même  du  sujet  et  à  la  destination  du 
livre;  je  n'en  ai  dissimulé  aucune,  et,  si  çà  et  là  je  me  suis 
trompé,  soit  sur  certains  détails,  soit  sur  la  nature  et  la  défi- 
nition de  tel  ou  tel  phénomène  phonique,  je  suis  prêt  à  re- 
noncer à  mon  opinion ,  pour  en  adopter  une  autre  qui  me 
serait  démontrée  préférable,  soit  par  une  explication  plus  sa- 
tisfaisante du  texte,  soit  par  la  nature  même  des  choses,  soit 
par  la  comparaison  des  autres  Prâtiçâkhyas  ou  traités  analo- 
gues ,  que  nous  n'avons  malheureusement  pas  à  Paris. 

Je  ne  veux  point  examiner  ni  discuter  ici  le  sujet  du  cha- 
pitre. J'y  appliquerai  seulement  l'observation  que  j'ai  faite 
en  tête  du  chapitre  précédent,  et  qui,  je  crois,  convient  en- 
core mieux  à  celui-ci.  Si  nous  observions  la  manière  dont  nous 
articulons,  dans  notre  propre  langue,  les  combinaisons  de 
consonnes,  avec  cette  subtilité  d'analyse  que  les  grammairiens 
indiens  ont  appliquée  à  la  lecture  du  Véda ,  à  ce  sacrifice 
par  excellence,  où  rien,  à  leurs  yeux,  n'est  petit  ni  indiffé- 
rent, nous  y  trouverions  des  particularités  analogues  à  celles 
qu'ils  ont  si  minutieusement,  ou  plutôt  si  religieusement 
constatées  et  réglementées.  Nous  y  remarquerions ,  et  surtout, 
je  le  répète ,  dans  certains  dialectes ,  et ,  en  général ,  dans  la  pa- 
role peu  disciplinée  du  peuple,  des  doublements  de  con- 
sonnes, des  jumelles  nasales  ,  des  affaiblissements,  des  divi- 
sions, des  pauses,  des  rudiments  de  voyelles  intercalées,  c'est- 
à-dire  des  faits  analogues  au  krama,  aux.yamas,àYabhinidhâna, 
au  dhruva,  à  la  svarabhakti.  Ainsi,  pour  ne  citer  qu'un  petit 
nombre  d'exemples  pris  au  hasard,  dans  des  mots  comme 
feston,  b lasphème,  quand,  pour  lier  les  syllabes,  on  rattache 
bien  étroitement  le  s  initial  du  groupe,  à  la  fois  à  la  voyelle 
qui  le  précède  et  à  la  consonne  qui  le  suit,  il  se  fait  comme 
une  sorte  de  division  et  de  doublement  involontaire  de  l'ar- 


212  FEVRIER-MARS  1857. 

ticulalion  ;  quand  on  combine  rapidement  ensemble  les  deux 
mots  avec  vous,  la  gutturale,  en  même  temps  qu'elle  clôt  la 
syllabe  antérieure ,  se  combine  avec  la  semi-voyelle  suivante, 
et  son  double  rôle  de  iinaie  et  d'initiale  se  fait  aussi  sentir 
plus  ou  moins.  Quand  nous  joignons  un,  in,  on,  etc.  à  une 
voyelle  suivante  (un  enfant,  inonder,  on  a  dit,  etc.) ,  nous  dou- 
blons d'une  manière  encore  plus  marquée  la  nasale.  Par  une 
prononciation  qu'on  regarde  comme  fautive,  mais  à  laquelle 
on  se  laisse  aller  par  une  pente  très-naturelle,  on  double  de 
même  fort  souvent  un  /  initial,  pour  le  bien  unir  à  la  fois  à 
deux  voyelles  {je  l'ai  vu,je-l-l'ai  vu).  Dans  l'articulation  de 
magnifique,  ognon,  vigne,  etc.  le  g  devant  la  nasale  éprouve 
une  modification  très  -  notable ,  et  se  nasalise  sensiblement. 
Dans  les  groupes  où  figurent  des  liquides,  et  dans  quelques 
autres,  nous  introduisons  forcément  des  fragments  de  son,  qui 
sont  comme  des  points  d'appui  pour  l'articulation,  et  entn- 
lesquels  même  on  pourrait  remarquer  peut-être  certaines 
nuances  qui  tiennent  à  la  nature  des  voyelles  qui  précèdent  ou 
qui  suivent  (ordre, propice, prix, premier,  quelque, peuple,  temple, 
plier,  etc.).  Je  ne  veux  ici  qu'indiquer  rapidement  cette  com- 
paraison, pour  montrer  encore  une  fois  que  les  grammai- 
riens indiens ,  dans  ces  théories ,  qui ,  au  premier  aspect ,  peu- 
vent nous  paraître  étranges,  ont  plutôt  observé  que  créé, ou, 
tout  au  moins,  que  l'observation  a  été  leur  vrai  point  de  dé- 
part. Ils  ont  étudié  le  jeu  des  organes  dans  ses  moindres 
nuances;  ces  nuances,  après  les  avoir  subtilement  notées,  ils 
peuvent  les  avoir  mises  en  relief  plus  que  de  raison  dans  cer- 
tains détails  de  leurs  méthodes  de  lecture  ;  mais  quand  on 
examine  attentivement  ces  détails,  on  en  trouve  le  germe 
dans  la  nature  même  de  la  voix  et  des  instruments  de  la 
parole. 

J'ai  dit  que  la  plupart  des  règles  contenues  dans  ce  cha- 
pitre VI  étaient  pour  la  lecture,  et  que  l'écriture  n'en  tenait 
pas  compte,  souvent  même  ne  le  pouvait  pas  faire1.  Cepcn- 

1  Dans  la  note  du  sûtra  48  du  chapitre  1",  j'ai  dit  quelques  mots  des 
yamas.  Les  mots  «en  théorie  plutôt  qu'en  pratique»  manquent  de  clarté  et 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.         213 

dant,  quelques-unes  des  prescriptions  du  krama,  ou  double- 
ment, sont  entrées  dans  l'usage,  et  s'appliquent  à  l'ortho- 
graphe, ou  d' une  manière  générale,  ou  du  moin  s  fréquemmen  t  : 
ainsi,  le  doublement  de  la  consonne  qui  suit  r;  celui  du  n 
final  après  une  brève,  devant  une  voyelle;  l'addition  d'un  c 
devant  son  aspirée  ch.  Il  y  a  des  manuscrits  védiques  qui,  à 
ce  qu'il  paraît,  se  conforment  aussi  complètement  que  faire 
se  peut  au  varnakrama,  et  figurent  tous  les  doublements.  Je 
n'ai  pas  eu  occasion  d'en  voir.  (Voy.  Bôhtlingk ,  Commentaire 
sur  Pânini,  vm,  4,  £7.) 

Parmi  les  variantes  que  nous  offrent  les  manuscrits  de  Ber- 
lin, il  n'y  en  a  que  trois  qui  méritent  d'être  signalées.  J'en 
ai  parlé  dans  les  notes  des  sûtras  18,  33  et  34  (chap.  VI,  5 
et  10). 


M<I^MRlMR*fl  fiV^  ^4ï'llfV*ïïsïOTsfèsR*r 

[  ^m;:  11  \  Il 

T^^T^T  FTSÏ  Ç^T   H<=hl(l£fcHHfi   ^T  H  M  fart    =T 

[  îTFT^T  II  ^  Il 

d'exactitude  ;  j'aurais  dû  me  contenter  de  dire  «pour  la  lecture  plutôt  que 
pour  l'écriture».  Je  ne  me  suis  pas  non  plus  conformé  suffisamment  à  la  théo- 
rie du  chapitre  VI ,  telle  qu'elle  est  expliquée  par  le  scoliaste ,  en  parlant  du 
doublement  de  la  consonne  sparça  devant  la  nasale. 


214  FÉVRIER-MARS  1857. 

Il  3  11 

[  cTFTf  II  %  Il 
^rfHfHfelM  ^HHf^HMÎ  WH:^HIHiHI«y^  I 
evTWjfaw  WST  ^^«MMIHm  ^N^MIIMII 

[  JLM=MH  I 
[Il  ill 

Trçtcfcn  qyWtayro  Frcrî:  iuiQ,m«î<  h<*i<i^  i 

*W*ytfi  SJT^S  î^W  rMrMri<^T^H=hM<i^l  : 

[  Il  3  II 

[  Il  t  il 

=ï    ^HJ|U4U*H:    Urfl^l^HIMfri   HlfHÏHMM- 

rwti 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         215 

[^Tô5T  II  tftl 

3FRreg  nwî  :  î^^rmf  *r  H%t  *sn*rfaPf^(d  i 

i|Hls4l(H«tMI    H*M(tf^rHI    *U^fc41*MI    HtTîTWt 

[  ^R7  11  to  II 
=TO:    *Tft    s  fHPmMI^fr    drlc=W^HH^Td 

[c=IMÏNId^l 
HirH=hl^HHHHlfH«hl94rl:Ç2rFTT:  IJ^pTUW 

[  Il  \\  II 
°mïè:  ÇTeNlfMfHMMçïiM:  tj^fà  H(<mTim^  =t 

>McH(lMf^dlU^HI^l^l^Ujf  ^^R^rUT  I 
f^^TrFTS^i3TTT^m   'ttftPïït  Citant   <jtHlj\d(l 

[  sfiÏT  Il  15  II 
H^%  *3 (Ht* (H I 4 l^tnraiïïïTT^ fa^HMi  I 
*|9hidibMi4r^|HHH^  ^fH<W<H^Mdi  ^ Il \% Il 
3?^m?r  ÏÏ2PT  FT5f^%  fàdlilHI^M^idHU  I 

[  Il  1M  II 


216  FÉVRIER-MARS  1857. 


TRAIUT.TIOV 


1.  La  première  [consonne]  d'un  groupe,  précé- 
dée d'une  voyelle  ou  d'un  anusvâra,  se  dit  deux  fois; 
c'est  là  le  krama  [c'est-à-dire  le  redoublement],  le- 
quel a  lieu  quand  il  n'y  a  point  [devant  le  groupe] 
un  obstacle  au  hmma[k  savoir  un  visarga];  —  mais 
une  aspirée  [dans  ces  conditions]  se  dit  une  seule 
fois,  accompagnée  de  l'antécédente  de  son  ordre; 
—  la  lettre  ch  [est  ainsi  accompagnée],  même  quand 
elle  ne  commence  pas  un  groupe.  — 

2.  [La  consonne]  qui  suit  un  r,  —  la  [consonne] 
sparça  [qui  suit]  un  /  [se  redoublent]  de  même;  — 
et  facultativement  [la  consonne  sparça  qui  suit]  un 
ûshma;  —  [mais]  non  une  [consonne]  finale,  — 
ni  un  r.  —  [Le  redoublement  est  encore]  faculta- 
tif [pour]  un  ûshma  combiné  [avec  une  consonne], 
et  n'ayant  rien  devant  lui;  —  mais  non  [pour]  un 
ûshma  suivi  d'une  voyelle  ou  d'un  [autre]  ûshma,  — 
ni  [pour  la  consonne]  qui  précède  un  redoublement 
postérieur.  — 

3.  On  ne  redouble  pas  le  ch  initial  d'un  mot, 
précédé  de  saha,  atihâya,  pavamâna,  yasya,  ou  des 
deux  [mots]  tane  ca;  —  ni  [précédé]  d'une  longue, 
à  l'exception  de  ma.  —  D'après  la  méthode  çâka- 
lyennne,  [on  ne  redouble  aucune]  consonne  combi- 
née [avec  une  autre,  en  tête  d'un  mot,  après  une 
longue].  — 

4.  A  la  fin  d'un  mot,  len'  [du  premier  ordre]  et  le 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  217 
n  [dental],  précédés  dune  brève,  se  redoublent  de- 
vant une  voyelle.  —  Qu'on  sache  [que ,]  dans  ce  cha- 
pitre, lorsqu'il  n'y  a  pas  d'avis  [contraire ,  indiquant, 
par  exemple,  qu'il  ne  s'agit  que  de  la  fin  et  du  com- 
mencement des  mots] ,  les  règles  [s'appliquent]  par- 
tout, même  aux  [lettres]  modifiées  [par  le  san- 
dhi].  — 

5.  Uabhinidhâna  consiste  à  comprimer  et  à  voi- 
ler, après  que  le  sandhi  est  fait,  le  son  des  consonnes 
sparças  et  des  semi-voyelles,  à  l'exception  du  r,  [quand 
elles  sont]  suivies  de  sparças; — et  aussi  quand  elles 
sont  finales.  — 

6.  [Il  affecte]  encore  les  semi-voyelles,  même  na- 
salisées, chacune  devant  sa  [semblable]  ;  —  la  lettre  /, 
même  devant  les  ûshmas,  d'après  la  méthode  çâka- 
lyenne;—  et  [d'après  la  même  méthode]  le  k  de- 
vant kh,  dans  la  racine  khyâti,  —  et  le  p  [devant  ç] 
dans  rapçati;  — 

7.  Et  [de  même]  devant  des  consonnes  qui  com- 
mencent un  mot,  les  sparças,  autres  que  m,  qui 
finissent  un  mot,,  et  sont  suivis  de  y,  r,  v  ou  d'un 
ûshma.  — »  La  méthode  çâkalyenne  [est]  non  com- 
binée [c'est-à-dire  elle  détache  les  consonnes  com- 
binées]; —  elle  ne  [s'applique]  pas  devant  su,  se- 
cond padya  [à  savoir  second  terme  de  composé]; 
— [à  moins  que  les  sparças  qui  précèdent  sa  ne]  ter- 
minent un  [padya]  non  monosyllabique,  [car  alors 
elle  est]  facultative.  — 

8.  Quelques  [maîtres  veulent  que]  la  méthode 
çâkalyenne  [ait  lieu]  partout  facultativement,  quand 


218  FÉVRIER-MARS  1857. 

il  y  a  [entre  les  consonnes  qui  se  rencontrent]  dif- 
férence [de  nature]  d'articulation  ou  d'organe;  — 
[et]  pour  le  premier  ordre  de  sparças.  — 

Les  [consonnes]  sparças  non  nasales,  devant  des 
sparças  nasals,  [produisent]  les  yamas  [jumelles]  de 
leur  ordre; — 

9.  Mais  qu'on  sache  que  pour  le  sparça  né  d'un 
âshma  [à  savoir  ch  substitué  à  c],il  n'y  a  point  pro- 
duction de  yama, — non  plus  qu'état  Yabhinidhâna. 

—  Leyama  est  semblable  à  ia  lettre  qui  le  produit, 

—  ou  [en  d'autres  termes]  la  [première  et  primi- 
tive] articulation,  produite  dans  la  bouche,  est  égale 
en  durée  au  yama;  — 

10.  Mais  le  rôle  du  substitut  [c'est-à-dire  de  la 
jumelle]  n'est  pas  autre  que  celui  de  la  lettre  qui 
lui  donne  naissance. — 

La  svarabhakti  ne  détruit  pas  la  connexion  [des 
consonnes].  —  D'après  Gàrgya.il  y  a  après  une  ju- 
melle une  svarabhakti  nasale;  —  et  après  une  [ju- 
melle] aspirée,  un  âshma  [nasal].  —  Qu'on  évite 
cette  [dernière  addition].  — 

11.  Un  son  suit  Yabhinidhâna  [sonnant];  il  [se 
nomme]  dhrura;  il  a  la  durée  de  Yabhinidhâna;  — 
mais  après  un  abhinidhâna  sourd,  [le  dhrava]  ne  s'en- 
tend point.  —  Il  est  de  nature  nasale,  s'il  suit  une 
nasale; — s'il  suit  une  semi-voyelle,  il  est  semblable 
aussi  à  son  antécédente.  — 

1 2 .  D'après  Vyâji,  il  faut  supprimer  partout  Yabhi- 
nidhâna, —  excepté  quand  il  y  a  redoublement  de 
la  consonne  suivante,  ou  que  l'antécédent  est  une 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  219 
voyelle  ou  un  r. —  D'après  la  théorie  du  dhruva  des 
autres  [maîtres],  on  le  supprime  pour  [un  groupe] 
qui  a  une  lettre  antécédente  semblable  [à  la  sui- 
vante] ,  et  qui  doit  être  accompagné  du  dhruva  [c'est- 
à-dire  qui  est  sonnant]. — 

13.  Après  un  r,  précédé  d'une  voyelle  et  suivi 
d'une  consonne,  [il  s'insère]  une  svarabhakti,  sem- 
blable à  la  lettre  ri.  —  [Il  y  a  aussi  svarabhakti] 
après  une  division  [c'est-à-dire  un  abhinidhâna,  de 
nature]  sonnante,  suivie  d'une  consonne  sparça  ou 
d'un  ûshma  :  —  [la  svarabhakti ]  suivie  d'un  ûshma 
est  plus  longue;  —  mais  en  cas  de  redoublement 
[de  Yûshma,  elle  est]  autre  [c'est-à-dire  brève]. — 

14.  Quelques  [maîtres  voient]  partout  absence 
de  svarabhakti.  —  D'autres  [sont  d'avis]  qu'elle  a  lieu 
après  un  r;  —  d'autres  [en  admettent]  l'existence 
devant  un  ûshma  non  redoublé,  —  [et  lui  attri- 
buent] une  ressemblance  avec  la  voyelle  qui  pré- 
cède ou  avec  celle  qui  suit.  — 

15.  Il  en  est  qui,  devant  un  ûshma,  [font  d']  une 
consonne  sparç a,  première  [de  son  ordre],  une  se- 
conde [à  savoir  une  aspirée],  quand  elle  ne  ter- 
mine pas  un  mot.  —  Quelques-uns,  dans  la  racine 
khyâti,  [prononcent  au  lieu  de  kety]  kh  et  y; —  et 
[font  sentir]  ces  [deux  mêmes  lettres]  dans  les  noms 
semblables  à  khyâti. 

NOTES. 
1.  Sôtra  i.  t^M  *"=*<)  M  fed*.-    •.  —  Le  commentateur 
fait  accorder  FFj^avec  yytnif?*.:  (sous-en  tendu  cttfr:).  On  peut, 


220  FÉVRIER-MARS  1857. 

ce  me  semble,  sans  modifier  pour  cela  le  sens,  le  faire  rap- 
porter à  ÇffJT:  ;  la  construction  du  vers  est  plus  naturelle  ainsi 
(t  ayant  lieu  en  cas  de  non-obstacle  au  krama  •).  —  La  glose 
explique  quel  est  ce  fsrafPT:,  cet  obstacle  au  redoublement  : 
fôiSftMl  fsm^TRT:-  J'ai  fait  allusion  à  cette  glose  dans  une  des 
notes  du  chapitre  I  (sûtra  ik  ).  mais  sans  m'expliquer  assez 
clairement;  fclîhH:  ne  désigne  le  visarga  qu'occasionnellement 
et  dans  son  rapport  avec  le  krama,  auquel  il  met  obstacle; 
c'est  moins  un  synonyme  qu'un  qualificatif.  —  Celte  res- 
triction relative  au  visarga  n'est  point  inutile  ;  car  nous  avons 
vu,  au  chapitre  précédent  (sûtra  i),  que  l'interposition  de 
cet  ushma  n'empêche  pas  toujours  les  influences  phoniques. 
—  Au  sujet  de  tUflJllQj ,  voy.  chap.  I,  5  (sûtra  a 5). 

Exemples:  HIWI  jti  Utflrtà ,  sans  le  krama  arTcëri  (  Rig- 
Véda,  Wll,  Lvn,  î,  déjà  cité  au  chap.  I,  5,  sûtra  a5);  sftaT- 
^Hrcjjuï,  pour  çfhcTPt  Sïïjm  (I.xvm,  1  ). 

Contre-exemples  montrant,  i°  qu'il  faut  que  la  consonne 
redoublée  soit  précédée  d'une  voyelle  ou  d'un  anusvâra  . 
roi  laid:  JSëTHf  (VIII,  xlvi  ,  i  )  :  le  t  de  la  syllabe  tvâ  ne  se 
redouble  pas,  parce  qu'il  n'a  rien  devant  lui; 

a"  qu'il  ne  s  agit  que  des  consonnes  qui  commencent  un 
groupe  :  HT  ft"  fart»fyjrtt  (II,  xxxm,  i);W(  *T  3F0"  ST&ïJX.vi, 
i  ;  :  le  t  après  a ,  le  s  après  am  ne  se  redoublent  point,  parce 
qu'ils  sont  suivis  non  de  consonnes,  mais  de  voyelles; 

3°  qu'un  visarga  précédant  le  groupe  fait  obstacle  au  re- 
doublement :  ïï:  mUÏHl  RfaUH:   (X,  CXXI ,  3). 

I.  Sûtra  a.  çfftJTT. . .  —  Voyez  au  chap.  I,  3  (note  du 
sûtra  i3),  la  glose  de  *ÎÏWI,  aspirée.  —  t%PT  est  expliqué 
par  WdJUifa. 

Exemples  :  fc7  ^J«M*£l  M-JHI,  sans  krama  ^PS7  (Rig-Véda, 

I,  cix,  i);  «a^iHoi  tftT:,  pour  HîJTrtcT  (I,  cxxiv,  7). 


ETUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.         221 

I.  Sûtra  3.  ^^ftîTTTSt'  —  sous -entendu  5fiiqfô, 
«  se  redouble  » ,  de  la  manière  qui  vient  d'être  dite  pour  les 
aspirées. 

Exemples:  iù.-cs$|ij|M'oi  atîf,  sans  krama  33"  ^T3T   {  Rig- 

Véda,  VI,  xvi,  38);   rJ-e^îMl^nif^rf.  dans  le  pada   rJ^-4 

(X,  cxxix,  3). 

II.  Sûtra  U-  trç. ...  —  Sous-entendu  ô?ra^t,  et  en  outre, 
comme  dans  le  sûtra  précédent  et  dans  les  suivants ,  le  verbe 

Exemple  :  wséhjçà  [Rig-Véda,  Vll,xvm,  16). 
Comme  les  termes  de  la  règle,  qrlthlr^,  sont  absolus  et 

sans  restriction  (q^*  pourrait  signifier  d'une  manière  géné- 
rale «  ce  qui  suit  »  ) ,  il  en  résulte ,  dit  Uvata ,  qu'on  devrait  re- 
doubler l'a  et  Yo  qui  suivent  le  r  dans  TTsTT  et  dans  u/MBrî; 
non,  répondit-il;  carlesdéterminatifs«  précédés  d'une  voyelle  « 
et  a  commençant  un  groupe  »  s'étendent  à  ce  sûtra  et  s'ap- 
pliquent ici  au  r  :  q^OalRr^fdufàuri&cdTf^^TsTT  '^rtTZ  STTapîTT- 
F?T  MivTifri  i  W^MÎ^Hlfychl^lîf  i  etc.  La  suite ,  relative  au  dé- 
terminalif  whrnf^: ,  est  conçue  dans  des  termes  analogues , 
qu'il  est  inutile,  je  crois,  de  reproduire. 

II.  Sûtra  5.  ^TaJ*---  —  Exemple  :  ^-Hi^*  t^foi(.  sans 
krama  fr^vsf  (X,  li,  i). 

II.  Sûtra  6.  <ju»{  uj  l . . .  —  Nous  avons  déjà  vu  plus  d'une 
fois  la  particule  ô[\  dans  le  sens  qu'elle  a  ici  (voy.  chap.  I, 
5,  sûtra  a5). 

Exemples  :  MiwïiuTirii  ïïftni:  {Rig-Véda,  X,  cv,  6);  mtà 

ft"5T  JTîftaôr:  (X,  IX,  i);  g  ÔT:  W*4h^(V,    lix,    i  );«fîï^î 

*TT*rfïj:  FFTïïïTRT:   (I,  cvn ,  a)  :  d'après  notre  règle,  on  peut, 

ix.  i5 


222  PÉVftlB*   MARS    1857. 

à  volonté,  dans  le  système  du  kramu,  mettre  un  ou  deux  i 
après  le  s ,  dans  «Wlr^  cl  frUWMI: ,  un  ou  deux  p  dans  çq- 
sîfft  (pour  rjrçj  335^r  i  ),  et  tth  ou  ih  seul  dans  f^  yr.  Mon 
manuscrit  ne  fait  pas  les  redoublements. 

Après  avoir  cité  ces  exemples,  Uvala  nous  apprend  que 
<  ctte  règle  n'est  pas  aussi  générale  qu'on  pourrait  le  conclu  m 
des  termes  du  sûtra.  le  redoublement  ne  peut  ainsi  avoir 
lieu  après  les  Ashmas  que  pour  la  première  et  la  deuxième 
consonne  de  chaque  ordre  (les  deux  sourdes),  et  non  pour 
toutes  [  les  consonnes  sparças  ]  :  4WUI:  Ç^rf  iWlfèrîtoMiMol 
çtntTRt  fèdTWfaujrl  '  ^THsfat  i.     Ainsi   dans    (  fa:  ÇiT)   fann 
(Iiig-Véda,  X,  xcv,  5),  on  redouble   seulement  Vtîshma, 
mais  non   le  m  qui   suit  :    A^nUi  ÇJ5T  fècf-eM  UcïfH  n  qTOT 
Mais  alors   que  devient    le  principe    CÇXFlTfa& .  «la  règle 
rst  désirée  pour  les  choses  telles,  semblables»,  c'esl-à-din 
elle  doit  s'appliquer  à  toutes  les  choses  de  même  nature, 
ici  par  conséquent  à  tous  les  sparças?  A  cela  il  répond  par 
un  rapprochement  qui  ne  jus  tille  guère  le  défaut  de  rigueui 
du  sûtra  :  «de  même  que  plus  haut  (chap.   IV,   la),   dans 
tfiftftnVj)  (  pour  srafarewfeff) ,  il  y  a,  sans  préjudice  pour  la 
clarté,  ellipse  de  FT3T ,  de  même  ici  nous   suppléons  son 
délerminatif  îrafor  ».  Il  dit  ensuite  que  les  autres  castras  con 
firment  la  restriction  qu'il  apporte  au  sûtra ,  et  il  cite  en 
preuve  l'axiome  que  voici  :  srr:  Wl  ?T7T>  *  il  y  a  redoublement 
des  [consonnes  nommées]  khay,  quand  elles  suivent  une 
[des  consonnes  nomméesjcar.  »  (Voy.  *3*7  et  STJ  dans  l'index 
de  Pânini  de  M.  Bôhtlingk.)  —  Enfin,  il  ajoute  qu'après 
Vushma  h,  le  redoublement  est  facultatif  pour  toutes  les  con- 
sonnes sparças  :  ^«hl^IcMofaî  foTHmyi  fèol-cwfaujrï;  exemples  : 

Les  contre-exemples  suivants  montrent  que  la  règle  ne 
s'applique  pas  à  des  consonnes  autres  que  les  sparças  :  975T'  t 
~7^:  i    tf^T:  i    IFôI  :  •    ^H- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         223 
II.  Sûtra  7.  «ilcjfoff. . .  —  Commentaire  :  ^  i°RrT  q^T- 

cwtà  olrtMM  "^lilcMf  ôJTsTîT  ^FTprT,  «mais  la  consonne  qui 
suit  r  ne  se  redouble  pas,  quand  elle  se  trouve  à  la  fin  d'un 
mot».  L'adverbe  'prît  s'emploie  habituellement  ainsi  dans  les 
oppositions  négatives,  avec  ou  sans  rj  :  la  glose  des  sûtras  10 
et  1 1  commence  par  ?r  rj  (H5J. 

Exemples  :  £W  (Rig-Véda,  I ,  clxxiv,  a);  ô^f  (I,  lxiii,  7). 

IL  Sûtra  8.  R"~^TR:. . .  —  Commentaire  :  ^mi  ^  m- 

^frf^ÏÏFfî  TT3  M^îhU  :  ufdfàWTfi'  1  37T  l  ôlcF^fn"T  ^nTÏÏPTP^  I. 
Le  scoliaste  cite  d'abord  pour  exemple  celui  qu'il  a  déjà 
donné  au  sûtra  4  (ctrddham,  etc.);  mais,  ajoute-t-il ,  «  cet 
exemple  n'est  pas  convenable;  car  un  des  prochains  sûtras 
nous  apprendra  qu'on  ne  doit  point  redoubler  la  consonne 
qui  précède  un  redoublement;  eh  bien!  alors,  reprend-il, 
ceux-ci,  où  le  redoublement  de  la  consonne  postérieure  est 
interdit  (par  le  sûtra  7),  sont  convenables  (  et  appropriés  au 
sûtra  8)  :  dort,  vark.  Ils  nous  montrent  une  loi  qui  ne  résulte 
pas  (  comme  le  non-redoublement  du  rde^l)  d'une  autre 
règle.  »  —  Nous  avons  déjà  vu  au  chap.  I,  18  (note  du  sû- 
tra 70)  un  emploi  de  rîfl|,  analogue  à  celui  qu'Uvata  fait  ici 
de  cette  particule ,  pour  marquer  une  concession  et  une  rec- 
tification. 

IL  Sûtra  9.  «mc*U  ...  —  Exemples  (  bien  qu'ils  s'ap- 
pliquent à  une  règle  facultative,  mon  manuscrit  ne  les  écrit 
qu'une  fois,  et  sans  figurer  le  redoublement  de  Yâshma  ini- 
tial) :  ^tl'mjfÎH  (Rig-Vèda,  I,  xxxv,  1  )  ;  4uld(d  SïTSlt:  (I, 
LXXXVii ,  2)  ;  Fïï^rTf  ^fWT  :  (V,  LXXXIII ,  8). 

On  ne  peut  redoubler  ni  le  s  de  #T: ,  qui  n'est  point  com- 

i5. 


224  FÉVRIER-MARS  1857. 

biné  avec  une  consonne,  ni  les  h,  précédés  d'autres  loi  h-" 

du  contre-exemple  suivant  :  5^7  j^Hlofri:  (V,  liv,  3). 

II.  Sltra  10.  *T  <T. • •  —  Exemples  :  l'ùshma  suivi  d'une 
voyelle:  q^a^fïfr  [Rig-Véda,  VII,  lxxxi,  1); 

a"  ûshma  suivi  d'un  âshma  :  U^rHlM  ^nâ"  rTôT,  dans  le  pada 
Q:  1  çffa:  1  (I,  xci,  \U)-  Le  scoliaste  ajoute  :  RtiAltîfa^M-oUr} , 
et  répond  par  l'axiome  déjà  cité  au  chapitre  IV  (note  du  sû- 
tra36):  m.  Whl^l  ïTTHolfafd. 

Contre-exemple  montrant  que  le  redoublement  n'est  in- 
terdit que  dans  le»  deux  cas  prévus  par  la  règle  :  ««iuydï'Jrft 
(  adarççyâyatt  ) ,  dans  le  pada  «<fùf  1  m  s  37TÏ  1  (  VIII ,  xc ,  1 3)  ; 
Hlfd^rtl^ufrl  5TCrafT>sr^  {varshshyân)  (V,  lxxxiii,  3). 

II.  SÛtra  il.  ïf  MiîttHlM'^T  •  •  —  Le  commenlaire 
cite  à  l'appui  de  cette  règle  l'exemple  déjà  donné  au  sùtra  5 
et  le  premier  exemple  du  sùtra  6.  On  ne  peut  redoubler  ni 
le  l  devant  le  b  redoublé,  dans  3çfëJ;  ni  le  s  de  SFmrT,  si 
l'on  redouble  le  /,  en  vertu  du  sùtra  6. 

III.  Sûtra  12.  fl«£. . .  —  L'épithèle  miQ:  est  un  pléo- 
nasme ou  relative  aux  sùtras  suivants  :  u^lf^JJ^UW-H^I«î .  (Voyez 
la  note  du  sùtra  2  du  chap.  IV.) 

Exemples  :  1  *  saha  :  MÇfc-JÏMI  :  H^^M  *flo|H  :  (  Rig -  Véda , 
X,  cxxx,  7); 

2°  atthâya:  «fd^lU  f^l  JIMifill   (I,  CLXII ,  20); 

3*  puvamâna  :  m ^IT <JcW  M  ^ikU{  (IX,  c.xin,  6); 

4*  yasya  :  JJFT  ^IiJI*|H  (X,  cxxi,  2)  ; 

5*  taneca:  mi  **TT  IFSÇ  FP%  i  rFt  ^  $f?:  (VI,  xlvi,  13). 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  225 

Contre-exemple  montrant  que  ca ,  non  précédé  de  tarie, 

n'exerce  pas  cette  influence  :  3?ft n <jw  ^rf^f « ■c^'JïïT     X.lxxiii  , 

9)- 

III.  Sûtra  i3.  ^^fiy . . .  Exemple  :  m  mi  fui  >T  oiMUH  gjT- 
\  qTfa  [Rig-Véda,  VI,  lxxv,  18). 

Contre-exemple  montrant,  i°  que  ma  n'empêche  pas  le 
redoublement  :  iTFÉspr  ^H^îrl  (I,  cix,  3);  2°  que  le  sûtra 
n'est  relatif  qu'au  ch  initial  :  "^^FT  côTT  si^n  (X,  li  ,  3  ). 

—  Pour  faire  voir  que  le  redoublement  a  lieu  après  une 
brève,  il  cite  de  nouveau  le  premier  exemple  du  sûtra  3. 

III.  Sûtra  i4-  H^ï^fT-  •  •  •  —  Commentaire  :  ^Tcïï  oûsR 
<0yïc<r(  ^  *wfd  yiich<?M  fsrsn^r  i  ôdsFnr^ttr  ^rr(Tfy<*i(Pcj- 
TZlit  i.  Ainsi  l'exemple  écrit  avec  redoublement  au  sûtra  î  : 
^TrcTTTÊf.  se  prononcera,  d'après  la  méthode  çâkalyenne  : 

5T  côTT  J%(. 

Le  scoliaste  ajoute  qu'il  faut  faire  rapporter  à  ce  sûtra 
l'épithète  restrictive  t|<li<: ,  et  que  la  méthode  çâkalyenne 
n'interdit  pas  le  redoublement,  dans  l'intérieur  d'un  mot  : 

Mtijf^f^oii^oidà-  '  tlf^inù^it  ïïffftpf  [Rig-Véda,  I ,  xciv,  7). 

—  Pour  montrer  que  ceci  ne  s'applique  au  ch  que  lorsqu'il 
est  combiné  avec  une  autre  consonne,  il  répète,  avec  redou- 
blement, le  premier  contre-exemple  du  sûtra  i3. 

Nous  avons  suivi ,  dans  notre  traduction ,  cette  première  in- 
terprétation donnée  par  Uvata,  et  suppléé  avec  lui  les  ellipses 
de  <£jSm  et  M^if^:  ;  mais  il  ajoute  que  ce  n'est  pas  là  l'opi- 
nion de  tous  les  maîtres  :  ÇS&feï  i  WT^  £iyi^ur  V^lOi^uf  =êT 
Hi^oKiiifri  1  ^fsnrÈrnT  3tT^=r  g  $llchçdfà-e^fH  1  «  quelques  [maî- 
tres expliquent]  ainsi  [ce  sûtra,  comme  nous  venons  de  le 
faire].  D'autres  n'y  font  rapporter  ni  le  terme  dîrgha,  ni  pu- 


226  FÉVRIER-MARS    1857. 

dâdi,  mois  veulent  [que]  la  méthode  ràkalyenne  [du  non  r 
doublement  s'applique]  sans  distinction.  »  Exemples  :  m  rêJT 

Jii  i  ^T5mf^y:  i  (voyez  plus  haut)  ;  rTST  RIT^  (  VIII,  xv,  7  )  ; 

qTsrnmT3rçô£  (VIII,  i.xxviu.5). 

IV.  Sûtra  i5.  l|iMli{:  —  Exemples  :  i«  n   (du 

premier  ordre)  :  ^F^f^jk'-  ST^Ï,  dans  le  padatFtZ£\  ^:  1 
{Rig-Véda,  X,cvin,  3); 

a0  n  (  dental  )  :  5^3T^' qf^RIFT ,  dans  le  pada  Hçpîj  srft»'  1 

(III,  XXXII,  1  1  ). 

Contre-exemple  montrant,  t"  que  le  redoublement  n'a  pas 
lieu  après  une  longue  :  îTôrfjf^  (I,  civ,  9);  arraô?TFrrçijTrpT 
(X,xc,8); 

20  que  la  règle  ne  concerne  que  des  nasales  finales  :  ftr- 
-HoImI  (H,  xxxn,  8). 

IV.  Sltra   16.  ^FÏTStt —  Commentaire  :  tMftjÛÏ  1 

9vRTi  u<jJhu4n*ï :  1  mTTRr?^  fèd-cMift,  *rfèirR  HcU^îniR^d 

âoHHl  cHn^Tt  fe>  <£T:  UI«£HMi  1  Si  UjHof^Hl:  1  ÎT  q^  SCSI:  1 
ïïtfl  mjMlMrîlil^HI  #rT:<1Ml£jràoim<;u  :  1  «  Dans  l'absence 
d'une  indication.  —  De  quoi?  —  De  la  lin  ou  du  commen- 
cement du  mot  (c'est-à-dire  quand  il  n'est  pas  dit  que  le 
sùtra  ne  s'applique  qu'à  des  lettres  linales  ou  initiales,  voyez 
plus  bas,  sûtra  a3),  les  règles  qui,  dans  ce  chapitre,  sont 
relatives  au  doublement,  etc.,  qu'on  sache  qu'elles  s'appli- 
quent partout  (même  à  l'intérieur  des  mots),  effaçant  le 
précepte  (qui  dit,  cliap.  II,  2),  que  la  théorie  des  change- 
ments n'est  que  pour  les  fins  et  les  commencements  de  mots 
qui  sont  vus  dans  le  mot  [sous  la  forme  primitive].  [Elles 
s'étendent]  même  aux  [lettres]  modifiées,  à  plus  forte  raison 
aux  lettres  primitives  [telles  qu'elles  se  trouvent  naturelle- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  227 

nient  clans  le  mol  non  modifié].  —  Quelles  [lettres]  modi 
liées  ?  —  Celles  qui  n'existaient  pas  dans  ,1e  mot  :  comme , 
par  exemple,  les  premières  devenues  troisièmes  (chap.  11,4), 
les  lettres  intercalées  (chap.  IV,  6  et  7),  etc.  » 

V.  SÛtra  17.  ^3THPT^rn^T •  ■  •  •  —  Nous  passons  à  une 
nouvelle  section  (  fffàfày  H  fac<U  fàëiïT^:  ) ,  relative  à  un  affai- 
blissement de  son  de  certaines  consonnes  en  tête  d'un  groupe. 

Le  terme  ^tf^VFt,  et  surtout  le  participe  3rfÏTf^f|<T ,  nous 
sont  déjà  connus,  je  ne  dirai  pas  dans  un  sens,  mais  dans  un 
emploi  différent;  nous  les  avons  vus,  au  chap.  II,  1 3  (voyez 
les  notes  des  sûtras  34  et  suiv.),  appliqués  à  l'absorbtion  d'à 
après  les  diphthongues  0 ,  e.  Le  rôle  de  ces  termes  techniques 
au  chapitre  VI ,  n'est  ni  moins  naturel ,  ni  moins  conforme 
à  la  valeur  propre  des  éléments  dont  ils  se  composent;  ils 
expriment  toujours  une  déposition,  une  perte,  par  suite 
d'approche  et  de  contact.  —  $afftfl  n'est  point  dans  le  dic- 
tionnaire de  M.  Wilson,  mais  s'explique  aisément  parle  sens 
verbal  de  ^,  précédé  de  cf.  —  Nous  avons  déjà  trouvé  afîrr- 
çh%T  (combiné  avec  l'a  privatif)  au  chap.  IV,  7.  Uvala  in- 
terprète ici  le  mot  par  la  glose  suivante  :  ^1%7T3FïïïjJ  3^£ 
q^jTFôlrîtera': ,  «ce  terme  signifie  qu'on  fait  Y abhinidhâna , 
après  qu'on  a  fait  les  opérations  du  sandhi.  » 

Exemples  :  i°  sparça  initial  :  ^ôrîr^ôTT  5W  (Rig-Véda,  X, 
cxxix  ,  6)  ;-3<TJTrGri  £T£T  (VIII,  LVli,  1  4  )  ;  d^ôTT  srg":  éfètâ 
(X,  lxxii,  6);  3ç  srt sryrf^r  (V,  ix,  4);    s^nf^r  (V, 

liv,  3); 

2°  semi-voyelle  initiale  :  i<ychlfàcf  (X,  lxviii,  4);  3JW»T 
cnj:  (IV,  xl,  1  ). 

Contre-exemples  où  il  n'y  a  pas  lieu  à  Yabhinulhâna,  parce 
que  la  consonne  initiale  du  groupe  est,   1"  un  âshina  :  çf^T 


L'28  FÉVRIER-MARS    1857. 

a"   un  r:  «|TjHJ^r*UI:  (I,  X,  l  ); 

3°  parce  qu'elle  n'est  pas  suivie  d'une  consonne  sparça  : 
ffqTOI3cr:S5T:  (VIII,  L,  17);  aVFPlfVjTn  (VI,  xvm,  10)  i 
fÙH)cl|<$l  d^ldH     (II,  XXXII,  7);5f5Iclt^riT|y^T:  (IX,  LXI.ai). 

Comme  Vabhinidhâna  affaiblit  l'articulation,  mais  ne  la 
détruit  point,  il  est  impossible  aux  manuscrits  de  le  ligum 
par  l'orthographe,  et  ils  laissent  nécessairement  à  l'eus,  i 
gnement  oral  le  soin  de  le  représenter  par  la  prononciation. 

Au  sujet  de  «JirtUf^HMl ,  Uvata  fait  la  réflexion  suivante  : 
efrHdfèHUgUÏ  yyyiMlfd  H*i^  sfaÊrorâ'  «jHl<JWoimitf.  «  l'ex- 
pression ayant  le  sandhifait  a  pour  objet  la  non  audition  des 
troisièmes  (par  exemple  de  d  pour  t),  en  cas  d'ubliinidluina, 
non  combiné  [c'est-à-dire  çakalyen],  comme  dans  <U4JMifIr 
(VIII,  l,  6)»;  voyez  sûtras  a3  et  a4. 

Si  je  comprends  bien  cette  observation,  et  plus  bas  (su- 
tra  a£)  le  sûtra  qui  caractérise  Vabhinidhâna  çakalyen,  cette 
scolie  teut  dire  que  $H^fèrtMi  dislingue  l'affaiblissenienl 
ordinaire,  qui  est  précédé  du  sandhi  et  ne  le  détruit  pas, 
du  çakalyen,  qui  dissout  plus  ou  moins  la  combinaison  et 
introduit  entre  les  consonnes  combinées  une  pause  dont  il 
est  parlé  plus  bas. 

V.  SCtra  18.  34(11  •  •  •  —  Si  j'ai  bien  lu  la  transcription 
de  M.  Perlsch,  les  manuscrits  de  Berlin  auraient  ôtt,  au  lieu 
de  ^,  ce  qui  ferait  de  ce  sûtra  une  règle  facultative.  Le 
commentaire  confirme  la  leçon  du  manuscrit  de  Paris. 

Exemples  :  ôrrç»  (RigVéda,  I,  clxiv,  àb)  ;  ta^  (I,  lxxii, 
8);  3rTj  fà^  (X,  xiv,  16). 

VI.  Sûtra  19.  ^rT:^n:. . .  —  Le  scoliaste  emploie  pour 
Vabhinidhâna  le  verbe  ïrfo-  ET-  feTT,  comme  il  faisait  au  ch.  II 
pour  V abhinidhâna- sandhi  :  àrT:  r^lT  jrfifàîàtfà.  —  «  Même 
nasalisées  »  signifie  «  nasalisées  ou  non  »,  WfTHl  ïrfer  7WT  ïrfa. 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         229 
Exemples  :  MfrïïH  (  Rig-  Véda  ,  II ,  xxv,  2  )  ;  ^fertîT  (X , 
xvni,  i3);  yil'l^UdW:   (X,  clxiii,6);  rfërt' S^pT^  (VIII, 
lxxvii,  1).  —  Dans  ces  exemples,  la  semi-voyelle  est  redou- 
blée en  vertu  des  sûtras  7  et  10  du  chapitre  IV  (3  et  4). 

VI.  Sûtra  20.  <Fr^TR.'.-  •  •  —  Exemples  :  ^T^nmft"  R"  sT^cT: 
(  Rig-  Véda,  VIII ,  l  ,  11);  oM^jrf  UIHesiçrUls  ( III ,  vin  ,11). 

Le  scoliaste  répète  ensuite  comme  contre-exemples, c'est-à- 
dire  pour  qu'on  les  prononce  sans  se  conformer  à  la  mé- 
thode çâkalyenne,  à  savoir,  sans  affaiblissement  ni  solution, 
les  deux  mots  sTçF^ôT:  et  UlrloltfUI  : 

VI.  Sûtras  21  et  22.    l$H cfoj^-  •  • — ^TSjcf:. . .    —  Le 

scoliaste  supplée  pour  ces  deux  sûtras  l'instrumental  STT^f- 
^R.  11  ne  paraît  pas  donner  à  5TT,  dans  le  sûtra  22 ,  le  sens 
de  règle  facultative. 

Exemples  :  i°  khyâti  :  SgjÇ&f^ôr;  [Rig-Véda,  IV,  xiv,  1  ); 

2°  rapçali  :  foT^qSTt  TTFïïft  *T^t  (I ,  Vin ,  8). 

Comme  au  sûtra  20,  les  deux  exemples  sont  répétés,  pour 
qu'on  les  prononce  sans  affaiblissement. 

VII.  Sûtba  23.  MAirîlHl*.-  •  •  —  Le  m  est,  dans  l'alpha- 
bet, le  dernier  des  sparças  ;  5cf^  iT^TjrïïT  est  expliqué  par  la 
glose  connue  TTGftTJ  ôTsTfïïrôrT.  —  Il  y  a  toujours  ellipse  de  srr- 
chçrH. 

Exemples  :  i°  devant  y  :  UUWÏk  rT^T^,  dans  le  pada  JTrTs 
JTrî^i  mfà  1   (Rig-Véda,  VIII,  l,  6,  déjà  cilé  au  sûtra  17)  ; 

2°  devant  r  :  H^JMiït  Ri^RJj,  dans  le  pada  FTf^i  JKW.  1 
(I, cxvi,  2); 


230  FÉVRIER-MARS   1857. 

3°  devant  v  :  Ul'cfi  ^"^cjâci:,  dans  le  pada  ?TP^  i  Sf:  \ 
(lll.vm,  6); 

4°  devant   un   iiskma  :  2^T^  ^  *T  (I,   cxxxix ,   9);  «cJl* 

HHhlfdfol  (II,  XXXIX,  3);  UIM'WW    (I,  LI ,  l5). 

Contre-exemples  pour  montrer,  i°quece  sùtra  ne  cou 
cerne  que  les  vraies  finales  :  côf  di-ctf ,  dans  le  pada  rTFT  1  sf  1 
(II,  1,  i5)  :  ici  la  règle  ne  s'applique  pas  à  t  devant  s, 
parce  que  c'est  une  consonne  intercalée  (voy.  chap.  IV,  G), 
et  non  la  finale  naturelle  d'un  mot  :  Hlfa  iuih^ttHIIUJ  r\Sh\\  - 
S*T  ^  Hërfà"  l  9Të[trï7ôrTrT  l  ; 

q°  qu'il  faut  que  cette  finale  soit  devant  une  consonne 
qui  naturellement,  et  non  par  l'effet  du  sandhi,  commence 
un  mot:3£f?T  ^WTH:,  pour  3rjj  3  1  ^#Tl  (Vil,  l.XUl,  1)  :  il  n'y 

a  point  ici  d'ubhinidhâna  pour  le  </qui  précède  v,  parce  que 
c'est  u  (et  non  son  substitut  v)- qui  est  l'initiale  primitive  . 

3*  que  le  m  fait  exception  :  çPTTïft  Tôli^  HëT  (X,  rxxxv,  46). 

VII.  Sùtra  "xlx    ^ti^Ttt  •  •  •  — Commentaire  :  ?fl»l{  i,W- 

?cTe7  VII*^^JdMlf^  U^Hhîrî  Ul \<hrA  H^^Si  Hddlld  olRHod  1 

ifhl^Jôn^l^JUIlPl  1  «  Ce  qui  a  été  exposé,  depuis  le  sùtra  30  : 
lakàru  ushmasvapi  çâkàlena ,  comme  çàkalycn  [comme  se  pro- 
nonçant d'après  la  méthode  çâkalyenne],  il  faut  savoir  [<|iii 
cela  est]  non  combiné.  Les  exemples  ont  été  donnés  [pour 
chaque  sùtra  en  particulier],  u  On  désirerait  ici  une  explica- 
tion un  peu  moins  laconique  que  celle  dont  se  contente  le 
scoliastc.  Voici ,  je  crois,  quel  est  le  sens.  Il  y  a  deux  sortes 
il  abhinidluînas ,  s'uppliquant  tous  deux  aux  groupes  de  con- 
sonnes, tant  à  ceux  qui  sont  l'effet  naturel  du  sandhi,  qu'à 
ceux  que  produit  le  hrama:  d'abord  Yabhinidhânu  pur  et 
simple,  tel  que  le  défini!  le  Prâtiçâkhya ,  au  sùtra  17  (ch.  VI, 


ETUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         231 

5);  puis  Y  abhinidhâna  d'après  la  méthode  çâkalyenne,  c'est-à- 
dire  avec  division  du  groupe  (ce  qui  peut  avoir  lieu  de  deux 
façons,  soit  par  l'insertion  d'une  pause  entre  les  consonnes 
dont  le  groupe  se  compose,  soit  par  un  affaiblissement,  al- 
lant presque  jusqu'à  l'effacement,  de  la  consonne  initiale). 
Celle  interprétation  ne  ressort  pas  seulement  du  présent  sû- 
tra,  mais  encore,  d'une  part,  du  terme  vicheda  «division», 
que  nous  trouverons  plus  bas  (chap.  VI,  i3  ,  sûtra  k']) ,  em- 
ployé comme  synonyme  de  Y  abhinidhâna  çâkalyen  ;  et ,  d'autre 
part,  de  ce  qui  sera  dit  plus  loin  du  dhruva,  de  ce  son  qui 
suit  Y  abhinidhâna  sonnant,  et  marque  un  intervalle  entre  les 
deux  consonnes,  une  solution  de  continuité  presque  insen- 
sible. Au  reste ,  l' abhinidhâna ,  même  non  çâkalyen,  suppose 
toujours,  ce  me  semble,  qu'on  relâche  un  peu  la  connexion , 
et  qu'on  fait  suivre  la  consonne  initiale,  pour  en  marquer 
l'adoucissement,  d'un  léger  son  ou  rudiment  de  voyelle, qui 
sera  aussi  imperceptible  que  l'on  voudra,  mais  qui  n'en 
forme  pas  moins  une  petite  pause  entre  les  consonnes  com- 
binées. Le  mot  çâkalafh  (sous-entendu  vidhânam)  convient  bien 
à  marquer  une  séparation.  Çâkala  est,  comme  nous  l'avons 
dit,  l'auteur  de  cette  analyse  ou  solution  de  continuité  par 
excellence  qu'on  nomme  le  pada-pâtha. 

VIL  Sûtras  25  et  26.  rTfT.  •  ■  —  ^TT- .  •  —  Le  sûtra  25 
est  une  exception  au  sûtra  23 ,  restreinte  facultativement  par 
le  sûtra  26.  —  rT3"  est  expliqué  par  ^r^^uilch^i  êH^cTcJr,  et 
iHehltrliîoUT:  par  l'ellipse  de  ÇtTSTî:,  servant  de  sujet  à  51W- 
çfPTFjçfà',  «  produisent  le  çâkala,  y  donnent  lieu  ». 

Exemples:  i°su,  combiné,  comme  second  padya,  avec  un 
monosyllabe  :  «u^jh  #çg ,  dans  le  pada  WJ^  1  istâ  1  {Riy- 
Véda,  VIII,  xliii,  9  ); 

20  su,  combiné  avec  un  padya  antécédent,  de  plus  d'une 
syllabe:  ollsWolc^  crsr  ^f&fffeç,  dans  le  pada  EorrT^  h  (  V, 
ixxxv,  2). 


232  FEVRIER-MARS    1857. 

Con Ire-exemple  servant  à  montrer  que  le  sûtra  a 6  n'est 
relatif  qu'à  su  combiné  avec  un  padyu  non  monosyllabique . 
et  à  confirmer  encore,  par  conséquent,  le  sûtra  a 5  :  çfh 
ïfijj  âijjjnt  «Urd  \  fpf ,  dans  le  pada  ipï^-  ••  i  9^^  i  (  V,  lxxxv  , 

a).  Ce  passage  fait  suite,  dans  le  Véda,  à  l'exemple  précé 
dent;  une  seule  et  même  slance  nous  offre  les  deux  combi 
liaisons  dont  parlent  les  deux  sûtras. 

VIII.  Sûtra  37.  flqâf. . .  — L'adverbe  *Tsbï,  «  partout», 
est  interprété  par  Qtf  -ejiqy  t*  ,  «  devant  un  padyu  ou  un  non 
padya*.  —  L'accusatif  uri*c<i ,  précédé  du  sujet  ^Sft  (sous- 
entendu  yiTjiuf:),  s'explique  par  l'ellipse  du  verbe  ^«$frl , 
«  désirent,  veulent  >.  La  particule  disjonctive  ôrr,  que  le  coin 
mentaire  se  dispense  généralement  de  commenter,  est  ici 

traduite  par  fàwTOT  (f5WmiSN*ort ,  «le  çâkalu  d'option,  le  ç  â- 
kalu  facultatif»). 

11  importe  de  bien  distinguer  le  sens  de  *^Ur  et  de  «IR, 
deux  mots  qui  reviennent  souvent  dans  les  chapitres  nlatifs 
aux  vices  de  la  prononciation.  Le  premier  désigne  la  facture, 
la  manière  de  production,  la  nature  d'articulation  de  la 
lettre  :  les  sparças,  les  ûshmas,  etc.,  diffèrent  entre  eux  quant 
au  karanaih.  Le  second  marque  la  place  de  production ,  l'or- 
gane :  les  gutturales ,  les  dentales ,  les  labiales ,  etc. ,  diffèrent 
entre  elles  quant  au  sthânam.  Uvata  explique  le  premier  par 

la  glose  suivante  :  fïftUd  jfrt  th^UI  UTO:  1  olUlMIJjUlHroMI  , 
■  [quand  une  chose]  est  faite,  il  y  a  facture,  effort  (mode 
de  production)  ;  [karanam  signifie]  ce  en  quoi  consiste  l'es- 
sence de  la  qualité  propre  de  la  lettre  >.  Les  abstractions 
sont  accumulées  avec  une  singulière  abondance  dans  le  com- 
posé qui  termine  cette  glose. 

La  reprise  de  5JT,  déjà  exprimé  au  sûtra  précédent,  est 
pour  montrer,  nous  dit  le  scoliaste,  qu'il  ne  s'agit  plus  (uni- 
quement) de  sparças  terminant  des  padyas  non  monosylla- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAïRE  VÉDIQUE.         233 
biques  :    oI|rcP|ch|Td{îrdï  jffT  CT^  d|JJ^CTl  <THcJ|JJ^I   -S  ^1*1^- 


. Exemples  ;  1  °  différence  de  mode  d'articulation  (  karanam)  : 
M*rU  ^T: ,  dans  le  pada  U<*H^  i  ^  i  ^T;i  (  Rig-Véda,  X,  xxxm , 
3  )  :  le  groupe  se  compose  de  deux  dentales,  dont  l'une  est 
sparça  et  l'autre  ûshma;  le  karanam  diffère,  mais  non  le  sthâ- 
nam  ; 

2°  différence  d'organe  (sthânam)  ;  33âsTT  (VII,  xxxiv,  16)  : 
combinaison  de  deux  sparças ,  d'une  labiale  et  d'une  pala- 
tale; tfifs^',  dans  le  pada  q7[j  tftfçè  i  (V,  lxii,q)  :  combi- 
naison de  deux  sparças,  d'une  dentale  et  d'une  labiale. 

3°  différence  d'articulation  et  d'organe  (karanam  et  sthâ- 
nam) :  wçèfà  (exemple  cilé  au  sûtra  25)  :  combinaison 
d'une  labiale  sparça  avec  un  ûshma  dental,  suivi,  par  l'effet 
du  sandhi ,  d'une  semi-voyelle  labiale  ;  ^Tdir^nT,  dans  le  pada 

^p^ïïTi  ST^sçnrj  (  IV,  xl  ,  5)  :  combinaison  d'une  dentale  sparça 
avec  une  semi-voyelle  (  antahsthâ  )  labiale. 

Contre-exemples  dans  lesquels  la  solution  çâkalyenne  ne 
peut  avoir  lieu,  parce  qu'il  y  a,  entre  les  éléments  du  groupe, 
identité  d'articulation  et  d'organe  :  rT^fr^T:  (VIII,xxxix,  U)  ; 

ÏÏTf  Ztà    (X,  LVIII,   l). 

VIII.  Sûtra  28.  USJM". . .  —  Exemples  :  ^ijcHHcifH  (Big- 
Vèda,  IV,  LVin,  6);  5SHil«ï  îoiUoioii[  (VI,  xxxvn,  1);  q^T- 

f|ScTÇ5r:  (I,  L,  5). 

VIII.  Sûtra  29.  PT3TT;. . .  —  Nous  avons  déjà  dit  quel- 
ques mots  des  y  amas  ou  jumelles,  au  chap.  I,  10  (sûtra48). 
Le  Prâtiçâkhya,  comme  nous  le  verrons  dans  plusieurs  des 
sûlras  suivants,  les  considère  moins  comme  s'ajoutant  que 
comme  se  substituant  aux  consonnes  sparças  (non  nasales) 


234  FEVHIER-MARS    1857. 

qui  sont  combinées  avec  des  nasales.  Je  ne  sais  si  je  m'ex- 
plique bien  cette  théorie,  que  renseignement  oral  pounail 
seul  faire  comprendre  nettement  ;  mais  il  me  semble  que  ces 
yamas,  qui  remplacent  les  sparças  dans  la  combinaison  dont 
parle  le  texte,  consistent  dans  un  son  nasal  qui,  joint,  selon 
la  nature  de  la  consonne  initiale,  à  un  commencement  d'ar- 
ticulation palatale,  dentale,  etc.,  précède  le  groupe  et  pré- 
lude en  quelque  sorte  à  sa  prononciation,  mais  en  y  adhérant 
si  étroitement  qu'il  ne  fait  qu'un  avec  lui,  et.  comme  nous 
le  verrons  plus  loin,  ne  modifie  pas  la  durée  de  l'articula- 
tion. Le  nom  de yama  «jumelle » ,  vient,  je  suppose,  de  l'as- 
sociation des  deux  articulations  nasales,  dont  l'une  termine 
naturellement  le  groupe,  et  dont  l'autre,  par  une  inllin  m  < 
rétroactive  de  cette  finale,  est  attirée  en  tôle  l.  Les  yamna 
ne  sont  point  énumérés  dans  Lalphabct.  On  pourrait  être 
tenté  de  croire  qu'il  y  en  a  autant  que  de  sparças  non  nasals, 
c'est-à-dire ,  vingt;  mais  le  scoliaste  nous  apprend  qu'il  n'en 
existe  que  quatre.  11  serait  naturel  qu'il  y  en  eût  cinq,  un 
pour  chaque  ordre.  A  en  juger  par  les  exemples  que  cite  le 
commentaire  et  que  nous  donnons  plus  bas,  il  n'y  en  aurait 
pas  pour  les  cérébrales;  peut-être  aussi  l'un  des  quatre  sert- 
il  en  commun  pour  les  dentales  et  les  cérébrales.  Le  pronom 
svân  signifie  «de  leur  ordre,  de  leur  organe»  (nous  l'avons 
déjà  vudans  ce  sens), et  il  est  employé  dans  le  sûtra  pour  nous 
faire  entendre  qu'un  yama  répond  à  tout  un  ordre  de  sparças. 
Voici  le  texte  et  la  traduction  de  la  glose  relative  à  svân  :  je 
crois  que  les  détails  où  je  viens  d'entrer  pourront  aider  à  en 
éclaircir  le  sens;  mais  j'avoue  en  même  temps  que  ce  passage 
me  laisse  des  doutes,  surtout  quand  je  le  compare  à  la  glose 

du  sûtra  ^9  du  ch.  I:  *ollfal?l  fifciwqWà  i  ÙtHU*{UÎ  -cldid^rî:- 
F*n  9CT  iWIUI  jf?T  ôTOrf:  *rlU* WJ I  fàf£ïï?J7t  i    :T  FTOTT  OTT:  i 


1  Cependant  on  pourrait  conclure  d'une  glose  du  sûtra  3a  que  c'est  plu- 
tôt la  consonne  sparça  et  le  yama  qui  le  remplace,  qui  sont  considérés 
comme  lettres  jumelles ,  l'une  par  rapport  a  l'autre. 


ÉTUDES  SUR  IA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         235 

mHlnfô  HWFH  tbiulfdcoWyjr.  i  ^T  ITT  ^FM  =5rgTTTmôr  JFffqf  qq- 
JTT  :  5T?Ff  i  fèrftïïT  RrHii  i  USPTT  M*-eWI<{W'J(Qc-U  ^ci  l  «  Pourquoi 
ce  mot  svân  (siens,  propres,  du  même  ordre  qu'eux)?  — 
Dans  le  chapitre  des  dénominations  (qui  est  lé  chapitre  I), 
les  lettres  ont  été  énumérées  et  comptées  en  ces  termes  : 
quatre  semi-voyelles,  huit  ûshmas ,  etc.  (chap.  1,2).  Les 
yamas  n'ont  pas  été  comptés  ainsi  (ils  sont  seulement  nom- 
més au  chap.  I,  10).  Aussi,  quand  il  est  dit  (dans  le  texte  du 
présent  sûtra)  :  les  sparças  non   nasals   [produisent]   des 

yamas ,  on  est  naturellement  porté  à  induire  de  ce  que 

les  [sparças  non  nasals]  qui  ont  la  place  (et  la  cèdent  aux 
yamas)  sont  au  nombre  de  vingt,  que  les  yamas,  leurs  subs- 
tituts, doivent  être  également  au  nombre  de  vingt.  Pour  que 
cette  induction  n'ait  pas  lieu,  il  est  dit  ici  [par  l'emploi 
même  de  svân,  qui  signiiie  de  même  ordre,  de  même  caté- 
gorie] :  que,  des  quatre  yamas,  les  sparças  du  premier  ordre 
produisent  le  premier,  ceux  du  second  le  second,  et  ainsi 
de  suite  jusqu'au  cinquième  »  (  voyez  la  lin  de  la  note  du 
sûtra  32).  Pour  que  5T  T^TTr^  concorde  avec  ^rjU*! l ,  il  faut 
entendre  «jusqu'au  cinquième  exclusivement».  J'ai  dit  plus 
haut  comment  j'essayais  de  m' expliquer  qu'il  n'y  ait  que 
quatre  yamas  pour  les  sparças  des  cinq  ordres. 

Exemples  de  groupes  (  des  divers  ordres  )  pour  lesquels 
il  y  a  lieu  de  substituer,  par  la  prononciation,  des  yamas  aux 
sparças  (l'orthographe,  au  moins  dans  mon  manuscrit,  ne 
représente  pas  celte  substitution)  : 

i°  u.Q*b  (Rig-Véda,  V,  n ,  4  )  ;  ^<<^: ;  nfj  WT  ( IV , 
xliii,  6);  s/3^  qfr  (IX,  xcvm,  io); 

2°  f^T  &i*F£Bà(  (IX,  xxix,   5);  <Tf;rsTrFrfTT5r  (I,  cxxvn  , 
4°  ïïtàât  STTrt:  (  I ,  XXXIV ,    7  )  ;  «M^l^iî  (  I ,  CXIII ,  6  )  :  ar- 

zn  HRt    (  VI ,  xiii,  6);  3^Trïd;hifiir  zmfà  (VIII,  xci,  20)  ; 


236  FÉVRIER-MARS   1857. 

5*  hiwm   'tà  (X,  cxiv,  7);  ijurnfàf  à  (X,  lxxxv,  36). 

Les  exemples  ne  sont  en  nombre  complet  que  pour  le  pre- 
mier et  le  quatrième  ordre,  où  ils  nous  offrent  toute  la  série 
des  sparças.  Ceux  du  cinquième  ordre,  comme  je  l'ai  déjà 
dit,  manquent  absolument. 

Contre -exemples  où  il  n'y  a  pas  lieu  à  cet  emploi  des 
yamas,  1°  parce  que  la  consonne  combinée  avec  la  nasale 
n'est  point  sparça  :  léft  f$  «T^TT  (VIII,  xxxill,  19);  çfw»loUT  : 

(IV,  XL,    l); 

a0  parce  qu'elle  est  nasale  :  tf5rfj£ ^T  (VII,  lxxxii,  8); 
JFTnrr  rîttffT  (I,cv,  8); 

3°  parce  que  la  lettre  qui  suit  la  consonne  sparça  n'est 

point  sparça  :  2WWf  ^Sïi  (I,  xxxv,  6)  :  ici  les  sparças  p,  (h, 
A  sont  suivis  de  voyelles  ; 

/i°  parce  qu'elle  n'est  point  nasale  :  U^fçtf  (V,  lxii,  9)  : 
le  d  est  suivi  d'un  b. 

IX.  Sûtras  3o  et  3i.  ÏT  FT5&ST  -  qf. ...  —  Le 

scoliaste  se  contente  de  répéter  les  mots  du  texte  sans  les 
expliquer.  i,WH^:  signifie  •  ayant  pour  origine ,  pour  forme 
primitive  un  ûshma*.  (Voy.  chap.  IV,  5.)  Nous  retrouverons 
plus  loin  Uftfd,  employé  comme  mot  simple,  dans  un  sens 
analogue. 

Exemples  :  i°  pour  appliquer  le  sûtra  3o  :  n^hjoj-^M^, 
dans  le  pada  çh/ôTFTj   SPT5PJ  1   (Rig-Véda,  II,  xi,  17); 

a*  pour  appliquer  le  sûtra  3i  :  EftrcToiGjosfêlfçJ,  dans  le 
pada  ërf?R  1  UjRif^  (I,  LXin,  5). 

IX.  Sûtras  3a  et  33.  Z^T;. . .  —  ^SÇfrT:.  . .  —  L'instru- 
mental u«j»ctfl  sert  de  régime  à  fï^ ,  qui  est  synonyme  de 
WWI:.  Le  sûtra  3a  est  expliqué  par  la  glose  suivante  :  ïï*Q 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         237 

ïTiTFlfwçwr  rTc^r^rt  JTcTrTtRTO": ,  «  [leyama]  est  semblable  à  la 
[consonne  sparça]  pour  laquelle  est  dite  la  production  de 
yama»,  c'est-à-dire  qui,  d'après  le  sûtra  28,  doit  être  rem- 
placée par  un  yama,  et  qui  en  est  l'origine ,  en  même  temps 
que  l'initiale  naturelle  et  primitive  du  groupe.  Ainsi,  ajoute 
le  scoliasle,  dans  cri%pft: ,  le  yama  est  semblable  au  h,  dans 
mq^  (Rig-Véda,  T,  cxxn,  7) ,  au  g;  dans  sTsnr:  (VII,  xcix, 

3  ) ,  au  gh;  dans  qf^s^rpt  (I ,  cxxvn  ,  2  ),  au  j  ;  dans  sraWrfi  : 
(X,  xlti,  3) ,  au  p. 

Tout  ceci  est  assez  vague;  mais  le  sûtra  33  explique,  en 
retournant  la  comparaison  ,  en  quoi  consiste  surtout  la  si- 
militude :  elle  est  relative  à  la  durée  de  l'articulation  (voy. 
cbap.  I,  7,  sûtra  34;  je  dis  «surtout»,  parce  qu'il  va  sans 
dire  qu'il  y  a  aussi  ressemblance  pour  l'organe ,  pour  la  na- 
ture de  l'articulation) .  Le  scoliaste  commente  ainsi  le  sûtra  33  : 

çrîwr  1  rôNlft  :  1 3WT  1  m-mifà'  ?n  «  ou  bien  le  son ,  l'articula- 
tion qui  se  produit  dans  la  bouche  (le  sparça  primitif)  est  de 
même  durée  quela  prononciation  (nasale)  du  yama;  [la  jumelle] 
est  définie,  semblable  au  son  avec  qui  elle  est  jumelle.  »  La 
seconde  proposition  de  cette  glose  est  générale  et  réciproque. 
L'instrumental  TRU,  se  rapportant  à  5£fà":,  est  régi  par  l'idée  de 
similitude  contenue  dans  JTiT: ,  et  le  composé  fTs^:  est  au  mas- 
culin par  une  attraction ,  facile  à  expliquer,  qui  le  rattache  à 
îFT  : .  Des  trois  exemples  qui  terminent  la  glose ,  le  premier 
et  le  troisième  ont  déjà  été  cités  ;  on  rencontre  le  second  dès 
la  première  stance  du  Rig-Véda.  —  On  peut  trouver  bizarre 
celte  similitude  ainsi  retournée,  où  ce  n'est  plus  la  consonne 
primitive,  mais  son  substitut  qui  sert  de  terme  de  compa- 
raison. Uvala  la  justifie  en  nous  disant,  si  je  comprends  bien 
son  raisonnement,  que  les  sparças  qui  peuvent  figurer  dans 
les  groupes  dont  il  est  question  étant  au  nombre  de  vingt,  et 
les  yamas  nasals  au  nombre  de  quatre ,  il  est  naturel  qu'on 
prenne  pour  terme  de  comparaison  le  plus  petit  des  deux 
ix.  16 


238  FÉVRIEK-MARS   1857. 

nombres  :  UUtWWI  ^HHlRl^^MI^Jr^l^:  rfrfl  fÈlST^T  KIlPl-ll 
mm\  çdirifà  i  dWlf<<i^-oUrl  i  ;  «cola  est  dit,  parce  que  1rs 
yarnas,  qui  ont  le  rôle  de  nasales,  sont  défiait,  eux  qui  sont 
au  nombre  de  quatre,  comme  semblables  aux  vingt  [spurçus] 
qui  ont  la  place  (c'est-à-dire  qui  figurent  primitivement  dans 
le  mol)  ».  (Voyez,  dans  la  note  du  sùlraan,  la  glose  îvlah 
FôTI^.)  —  Au  sujet  de  *M-!liîl**r*lMI  :,  compare/,  le  «ùtra  /ji 
et  la  note  des  sûtras  36  à  38. 

X.  SÛtra  34.  :w«i»^r.... —  Commentaire  :  ÎPT:  uqirUIMJ'Jlftji 

^i-djri  WfyQjrl  <*ï}ui  H^l-edrt  QTf:  i  «  Le  yama  prend  les  loin 
lions  relatives  à  la  prakriti  (c'est-à-dire  à  la  lettre  primitive 
qu'il  remplace)  »,  en  d'autres  termes,  les  règles  qui  s'appli- 
quent à  la  lettre  que  le  yama  remplace,  s'appliquent  aussi 
au  yama.  «  Ainsi,  dans  l'exemple  suivant  :  «CTWTÎrid  î-rôfTT  {Big- 
Véda,  V,  ix,  5),  en  vertu  du  sûtra  a  (chap.  VI,  î),  qui  dit 
qu'une  aspirée,  d'après  les  lois  du  krama,  se  prononce  une 
seule  fois,  avec  l'antécédente  de  son  ordre  (3*1  z?rirfrôr),  le 
yama  se  prononcera  une  lois  avec  un  d.  »  —  Le  scoliaste 
n'analyse  ni  n'explique  Uc^UI'î  :  ;  seulement  nous  voyons,  par 
l'ensemble  de  la  proposition  ,  qu'il  entend  par  ce  mot  «  l'objet, 
la  fonction,  le  rôle  du  yama  ».  Le  terme  pratyaya  signifie  en 
grammaire  «amxe»;  dans  le  Prâtiçâkhya,  il  est  ordinaire- 
ment synonyme  de  udaya,  «ce  qui  vient  après,  conséquent, 
lettre  suivante».  Désigne-l-il  ici  la  jumelle  par  sa  qualité  de 
lettre  ajoutée,  substituée,  succédant  à  la  lettre  primitive? — 
Au  lieu  de  UrUUltJ  : ,  je  lis  dans  la  transcription  de  M.  Pertsch  : 
«çrw-yîî.  Cette  leçon,  qui  suppose  l'ellipsedusujetZTO:,  ne  change 
rien  au  sens  total  de  l'axiome,  tel  que  l'explique  le  commen- 
taire :  ■  [Le  yama]  n'est  pas  autre  que  la  prakriti  (c'est-à-dire 
que  la  lettre  primitive) ,  dans  la  fonction  de  la  prakriti*,  il  a 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         239 

le  même  rôle  qu'elle,  il  est  soumis  aux  mêmes  lois.  Je  me 
suis  demandé  si  l'on  ne  pourrait  pas,  en  gardant  du  reste 
la  leçon  de  Paris,  lui  donner  la  désinence  de  la  leçon  de 
Berlin  q7?T9'rèï.  Cela  nous  permettrait  de  laisser  à  pratyaya  le 
sens  qu'il  a  généralement  dans  le  Prâtiçâkhya ,  celui  de  «  lettre 
conséquente  »  :  «  [le  yama]  ne  diffère  pas  de  la  prakriti,  dans 
sa  fonction  de  lettre  conséquente  ».  L'axiome  ainsi  modifié 
s'applique  bien  à  l'exemple  cité  par  Uvata  et  au  varnakrama 
en  général.  —  On  pourrait  aussi ,  sans  faire  de  changement, 
considérer  le  mot  comme  un  composé  possessif,  qui  signi- 
fierait :  «  ayant  la  fonction  de  lettre  conséquente,  en  tant  qu'il 
a  le  rôle  de  lettre  conséquente  ».  J'ai  cru  devoir  suivre,  dans 
ma  traduction,  le  sens  plus  étendu  que  paraît  adopter  le 
scoliaste. 

X.  Sûtra  35.  7\. . .  —  Voyez  ce  qui  a  été  déjà  dit  de  la 
svarabhakti  au  chap,  1,7.  —  La  svarabhakti  ne  détruit  pas 
la  connexion ,  ni  les  lois  auxquelles  les  groupes  de  consonnes 

sont  soumis  :  =T  lëJ^T  Millilchlilïnjl  FSTfHfïïïforffnr.  Ainsi,  malgré 
l'intervalle  de  la  svarabhakti,  la  consonne  qui  suit  r  se  re- 
double, en  vertu  du  sûtra  (\  :  ^^fàôqôrra^fa  cr("^+ilcçhl- 
rrfà".  Exemple  :  m  ^srftrr:  ^Hrrr:  §^snrfi^#g  :   (  Rig-  Véda ,  X , 

XCV,  6). 

Ce  sûtra  et  les  suivants,  et  les  termes  employés  dans  le 
commentaire  (ôqôrra",  *Mim: ,  voy.  la  note  du  sûtra  36),  ren- 
draient peut-être  préférable ,  pour  svarabhakti,  si  svara  se  prê- 
tait bien  à  ce  sens ,  la  signification  étymologique  de  «  partage 
du  son  »,  à  celle  que  j'ai  indiquée,  entre  parenthèses,  dans  la 
traduction  du  chap.  1,7.  ^ 

X.  Sûtras  36-38.  ZFTFr. . .  —  3TSTT. . .  _ c^H- .  .  — 
■s  *\ 

Pour  bien  comprendre  cette  théorie  deGârgya  (voy.  ch.  I,  3, 
note  des  sûtras  1 5  et  16),  il  faudrait  entendre  prononcer  les 
groupes  en  question  ;  car  l'écriture  ne  peut  point  figurer  ces 

16. 


240  FÉVRIER-MARS  1857. 

insertions  nasales.  Le  scoliaste  ajoute,  en  apposition  à  sva- 

rabhahti,  le  terme  âgamah  :  -nfirKhlWM:  <:al^f?h{|)IMÏ  iTôrfiri 

Trfe^rFTnr  awiiuf)  irôrfH  i. 

Exemples  :  i°  pour  \esyamas  en  général  (sûtra  36)  :of§T- 
th\J\r^  (Rig-Véda,  V,  11,4);  u.rjs*IMWol   (I,  cxxvii,  a); 

a*  pour  les  yamas  aspirés  :  «M«J|^«-A|  (I,  xciii,  6)  :  Yûshma 

nasal  serait ,  d'après  notre  alphabet ,  un  anusvâra. 

Les  manuscrits  de  Berlin  ont,  à  ce  qu'il  paraît,  à  la  fin 

duvers,  cri",  au  lieu  de  ït.  Uvata  reproduit  le  masculin  dans 
sa  glose,  et  le  fait  rapporter  à  ûshmâ  :  HW4IUJ  dstàrf.  Il  ré- 
pète, pour  qu'on  le  prononce  sans  cette  insertion ,  l'exemple  : 

XL  Sûtra  3g.  •THE'.-  •  •  —  Il  s'agit  ici  de  l'espèce  d'abhi- 
nidhâna  qui  consiste  à  diviser  un  groupe.  Cette  division  se 
marque  et  se  mesure  par  un  son,  sans  doute  muet,  inséré 
entre  les  consonnes  (tniiM:) ,  et  qui  est  une  sorte  de  svara- 
bhakti,  appelée  dhravam.  Cet  emploi  de  dhruvaiîi  vient  sans 
doute  de  son  acception  de  *spread,  extent».  Le  même  mot 
désigne,  en  astronomie,  une  certaine  distance  déterminée; 
en  poésie,  un  refrain  qui  s'insère  entre  les  stances. 

Ce  sûtra  se  divise,  comme  on  le  voit  dans  la  traduction, 
en  trois  petites  propositions;  le  premier  tat  est  le  sujet  de  la 
seconde;  le  suivant  tient,  dans  le  composé  auquel  il  appar- 
tient, la  place  A'abhinidhdna  (srfuf^rui^ttiM^M).  —  L'ellipse 
de  •  sonnant  •  («  composé  de  consonnes  sonnantes ,  affectant 
des  consonnes  sonnantes,  »)  est  indiquée  par  le  sûtra  suivant, 
et  suppléée  par  le  scoliaste  :  ulycirf)  s  fm^TRTrT^  —  Emploi 

cité  de  ïfôj,  chap.  VI,  îa. 

Exemples  (groupes  de  sonnantes)  :  HdfàcJl  :  [Rig-Véda, 
X,  cxxix,  6);  y^ar &% :  (X,  lxxii,  6). 

XI.  Sûtra  £o.  ^PJjtrT.       —  La  différence  établie  par  ce 


ETUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.         24 J 

sûtra  est  fondée  sur  la  nature  même  des  sourdes  et  des  son- 
nantes. La  consonne  sourde  est  plus  apte  à  clore  et  a  moins 
besoin,  pour  s'articuler,  d'un  prolongement  de  son;  la  son- 
nante ne  peut  guère  faire  sentir  son  adoucissement  d'articu- 
lation qu'en  s'appuyant  sur  une  voyelle,  ou  du  moins  sur 
quelque  rudiment  de  voyelle ,  comme  celui  qu'on  appelle 
dhrava. 

Exemples  (groupes  de  sourdes)  :  cj(eHJdî)lliJ;  ïï¥(ïï*t  (-&</- 
Véda,  X,  lviii,  1  ). 

XI.  Sûtras  tx\  et  42.  ïTTf^hl^R —  W'.çsrr- 

2JT:. . .  — Comme  les  nasales  et  les  semi-voyelles  participent 
de  la  nature  des  voyelles ,  on  s'explique  que  le  dhrava  qui 
le»  suit  soit  un  prolongement  du  son  qui  leur  est  propre. 

Exemples:  i°  groupes  de  nasales:  ïToH2  ^7V>  [Riy-Véda, 
VII,  lxxxii,  8);  fTârsrçrecT  (VII,  xcix,  7); 

20  groupes  de  semi-voyelles  :  iMiUsi  ( II, xxv,  2 )  ;  ôn$ ôà$ ?T 
(  X  ,  XXII ,  1 2)  ;  ctcâi  5^f  (  VIII ,  LXXVII ,  l  )  ;  qôdîrTfW^  (  V,  LX , 
2  )  ;  ^raTïif  (X,  xviii,  i3).  (Voyez,  au  sujet  de  ces  redouble- 
ments, le  sûtra  7  du  chap.  IV,  3 ,  et  le  sùtra  4  du  ch.  VI,  2.) 

XII.  Sûtra  43.  ©6H(x5  •  •  •  —  ^e  commentateur  se  con- 
tente de  suppléer  l'ellipse  de  ^wiy^q  et  de  iTôrfflT,  et  d'ajou- 
ter, ce  qui  va  sans  dire ,  que  l'adverbe  ^TcT^  est  pour  nous 
faire  comprendre  qu'il  ne  s'agit  plus  uniquement  des  semi- 
voyelles  ,  dont  il  est  question  au  sûtra  précédent  :  ÇfcMil^- 
uiHn:^Tfôcfol^fH3W*if.  —  H  cite,  pour  qu'on  y  applique  la 
méthode  de  Vyâli,  et  qu'on  les  prononce  sans  abhinidhâna , 
les  exemples  déjà  employés  :  iq^Mirioi  1  «oUJi^ciT:  I.  Nous 
verrons  dans  la  note  du  sûtra  suivant  quelle  est  la  consonne 
du  groupe  pour  laquelle  Vyâli  interdit  Y  abhinidhâna. 


XII. 


SÛtiu  44-  Mt9ftH —  Exemples,  pour  servir 


242  FEVKIEh-MARîJ  1857. 

d'exercices  de  prononciation  :  i°  répétition  de  la  seconde  con- 
sonne du  groupe  ir^rfçrssf  (Rig-Véda,  X,  li  ,  1 ,  déjà  cité 
au  sûtra  5)  ; 

a°  groupe  précédé  dune  voyelle  :  iTdiii^oll:; 

3°  groupe  précédé  d'un  r  :  ijyï  arirr^^    (  VI11 ,  lxiv,  12). 

Au  sujet  de  STcJlJi^cll: ,  on  se  demande  comment  le  groupe 

ggd  peut  servir  à  la  fois  pour  le  sûtra  43  et  pour  le  sùtra  44 , 
c'est-à-dire  comme  exemple  de  suppression  et  de  non-sup- 
pression de  Yabhinidhâna.  C'est  sur  le  second  g ,  répond  Uvata , 
que  tombe  la  suppression  dont  parle  le  sùtra  43,  tandis  que 
le  premier,  précédé  d'une  voyelle,  doit  être  affecté  de  Yabhi- 
nidhâna, en  vertu  du  sùtra  43  :  SflTfatFïWratfîTf^frT  1  ôïfô 


XII.  Sûtra  45.  ^qu|ij|qfti(. .  .  —  Le  commentaire  ex- 
plique bien  nettement  foiMUU  : ,  mais  il  nous  offre  peu  de  se- 
cours pour  l'intelligence  des  autres  termes  du  sùtra.  L'exemple 
qu'il  cite  pour  en  faire  l'application  suffit,  je  crois,  pour 
confirmer,  ou  au  moins  rendre  très -vraisemblable  le  sens 
que  j'ai  adopté.  11  est  naturel  qu'il  n'y  ail  ni  solution,  ni 
adoucissement,  quand  le  groupe  se  compose  de  deux  con- 
sonnes homogènes ,  et  surtout  quand  il  consiste  dans  la  ré- 
pétition d'une  même  consonne  sonnante. 

Voici  la  glose  de  Qij&j : ,  «le  contraire»  :  ST3I  foN&J:  1 
Htfïu.  ^pt  îl^rT:  1  FTFT  foi  y  au!  5Tta:  1  «  Et  quel  est  ce  coutraire? 
— Cequi  précède  (c'est-à-dire  ce  qui  est  prescrit  au  sùtra44) 
c'est  la  non-suppression.  Le  contraire  de  cela,  c'est  la  sup- 
pression. »  —  Exemple  :  u^sn  3?5:  [Rig-Véda,  X,  lxiii,  6, 
déjà  cité  deux  fois). 

Les  deux  génitifs  du  sûtra  se  rapportent  à  ÛU TlUW ,  sous- 


ÉTUDES  SUR  LA  GKAMMAIRE  VÉDIQUE.  243 

entendu;  Mdi/lUoîuj  signifie  littéralement  :  «ayant  pour  ini 
tiale,  pour  antécédente,  une  [lettre]  homogène»;  ^T^aërçïT 
(  synonyme  £îôj^rf%riç^r )  doit  indiquer,  ce  me  semble,  si  nous 
nous  reportons  auxsûlras  3g  et4o,que  le  groupe  se  compose 
de  sonnantes;  car  ce  n'est  que  dans  ce  cas  qu'il  serait  accompa 
gné,  s'il  y  avait  abhinidhâna ,  d'un  dhruva  entendu  (voy .  le  sûtra 
4o).  Cependant  le  sens  de  cette  seconde  épithète  est,  à  ce  qu'il 
paraît,  douteux  pour  lescoliaste;  au  moins  laisse-t-il  sans  ré- 
ponse la  formule  interrogalive  qui  lui  sert  habituellement  à 

amener  un  contre-exemple  :  ^çpcJUlfrf  ^*T|rT  Au  sujet  de 
l'autre  épithète,  relative  à  l'homogénéité  des  lettres,  il  donne 
pour  contre-exemple  le  fragment  souvent  cité  :  Hoili^éll:  — 
Le  composé  Hôrfsi%  est  expliqué  par  l'addition  de  fêrvA-  — 

J'ai  mis  une  apostrophe  devant  cf^crt,  parce  qu'il  y  a  tfqf^rt 
dans  la  glose. 

Le  commentaire  ajoute  à  son  interprétation  une  double 
remarque.  La  première  établit  que  ce  sûtra  a  un  caractère 
de  règle  obligatoire;  car  il  y  a  accord  entre  tous  les  maîtres, 
comme  on  le  voit  en  le  rapprochant  du  sûtra  43  :  59Ï3S: 
^cbrrfÏTfryM<rtto  ifà  ftfl;  f^rrorf^rsfà".  La  seconde  nous 
avertit  que  l'exception  contenue  au  sûtra  44  se  rapporte  aussi 
bien  à  cette  règle  générale  qu'à  l'opinion  de  Vyâli  :  trçshî* 

XIII.  Sûtra  46.   mil  cl  •  •  •  —  Le  scoliaste  complète  la 

proposition ,  en  suppléant  le  verbe  silUrf,  «  naît,  est  produite  •. 
Il  emploiera  plus  bas,  dans  le  commentaire  du  sûtra  53, 
tidii^ëiwi,  comme  synonyme  de  ttchl^olUll. 

Exemples  :  ïï^j  êfifj  ^fj'f^rT  (Rig-Véda,  VIII,  lxii  ,  5)  ; 
a^cffch^rchui:  (I,  x,  i,  déjà  cité  au  sûtra  17). 


244  FÉVRIER-MARS   1857. 

Con Ire-exemples  :  i°  r  non  précédé  d'une  voyelle  :  9TOT 
g£  «hUjrt  yfMVrâf  (X,  clxv,  3)  ; 

a*  r  non  suivi  d'une  consonne  :  y^W*h«$  (I ,  îv,  î). 

XIII.  Sltba  kl-  f^HÇÇTrf  •  .  —  Le  commentaire  sup- 
plée, comme  plus  haut,  stufà»  et  il  explique  faf^Tr^  par 
JjfiTf^rVFnrT.  C'est  sans  doute  Yabhinulhâna  avec  solution  du 
groupe,  c'est-à-dire  d'après  la  méthode  çàkalyenne  (voy.  plus 
haut,  chap.  VI,  6-8).  —  En  quoi  celte  srarabhakti  différe- 
t-elle  du  dhruva  dont  il  vient  d'être  parlé  (voy.  sùtra  3g)? 
Peut-être  avons-nous  ici  une  trace  de  compilation,  comme 
on  peut  en  remarquer  plus  d'une  dans  ce  chapitre,  et  cet 
axiome,  emprunté  à  quelque  autre  source  que  les  précé- 
dents, ne  fait-il  que  répéter  en  d'autres  termes  une  même 
règle.  Voyez  cependant  la  note  du  sùtra  ."><>. 

Exemples  ou  plutôt  exercices  de  prononciation  (  déjà 
cités)  :  yy|i>,cj|  :  i  STrTôr?rST:  i  Dans  le  premier  exemple  ,  Ya- 
bhinidhâna,  d'après  la  méthode  çàkalyenne,  se  fait  faculta- 
tivement, en  vertu  du  sùtra  37  ;  dans  le  second,  il  a  lieu  en 
vertu  du  sùtra  20.  —  Le  scoliaste  répète  ensuite  ces  deux 
mêmes  citations,  pour  qu'on  les  prononce  sans  solution  ni 
svarabhakti. 

Contre-exemples  montrant  que  le  sùtra  ne  s'applique,  i* 
que  devant  des  sparças  et  des  ûhsmas  :  yyyifa'  (voy.  sùtra  17); 

3*  qu'à  une  combinaison  de  sonnantes:  UWJchàcjfH  (voy. 
sùtra  37). 

XIII.  Sûtras  48  et  4y.  JT^THT.  • .  —  J^J. . .  (Sur  la 
différence  de  quantité  de  la  svurabhakli ,  voyez  chap.  1,7.) 
—  Le  commentaire  explique  ^rT^T  par  la  glose  que  voici  : 

•  autre?  —  quelle?  —  (Il  vient  de  dire  :)  celle  qui  suit  un 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.         245 

âshma  est  plus  longue  :  par  relation  à  ce  texte,  itarâ  signifie 
brève. » 

Exemples:  i°  sûtra  48:  q^I  cFrf%  ^rf^' f%FJ^  (cité  plus  haut, 
au  sûtra  46)  ;  le  h  ne  se  redouble  pas,  en  vertu  du  sûtra  10; 

a°  sûtra  4q  :  &WFl^(Rig-Véda,  V,  lxxxiii,  3);  *t<i>w(<Udl 
(  Vil ,  lxxxi  ,  î  )  ;  le  sh  et  le  p  se  redoublent ,  en  vertu  du 
sûtra  4- 

Contre-exemple  où  le  r  n'est  pas  suivi  d'un  ûshmu  :  isfëfcQ- 
chHÎcfiUi:  (cité  plusieurs  fois). 

XIV.  Sûtra  5o.  ÇTCSJ . .  .  —  Commentaire  :    ^oTJrirnqrê; 

^  HMIMd.  =^m^  fiffSTW  ÇôT^i^TTôFT^»  «Midi  T^fÊT,  «  quel- 
ques maîtres  pensent  qu'il  y  a  absence  de  svarabhakti  partout , 
c'est-à-dire,  clans  l'intérieur  d'un  mot,  entre  mots  divers, 
après  un  r,  après  une  division  (ou  abhinidhâna  çâkalyen). 

Exemples  :  oittyiir  [varshshyân ,  voyez  sûtra  10  )-,  «fT-t^cÛ 
(Rig-Vêda,  X,  lxxx,  3);  acrîr^orT:  (souvent  cité). 

Il  semblerait  résulter  du  choix  du  dernier  exemple  et  du 
terme  foil^lH^,  qui  se  trouve  dans  la  glose ,  qu'il  y  a  une 
différence  entre  le  dhruva  el  la  svarabhakti  qui  suivent  un 
abhinidhâna:  au  moins  la  règle  relative  au  dhruva  avait-elle 
une  forme  absolue ,  qui  ne  laissait  pas  prévoir  l'opinion  con- 
traire qui  est  exprimée  ici.  Le  dhruva  serait-il  une  pause 
muette?  la  svarabhakti,  insertion  d'un  son  plus  marqué?  — 
Peut-être  aussi  pourrait-on  s'expliquer  celte  divergence  par 
une  compilation  qui  aurait  laissé  subsiter  certaines  traces 
de  l'origine  diverse  des  axiomes  et  de  leur  défaut  d'accord 
primitif. 

XIV.  Sutra  5i.  "^IhlH^ri" . . .  — Le  participe  fopEPTFr  est, 
comme  l'on  sait,  un  des  mots  les  plus  usités  pour  dire  «  exis- 
tant, ayant  lieu»,  et  il  fait  très-naturellement  ici  opposition 
à  smrôt 


246  FÉVRIER-MARS   1857. 

Exemples  :  srf^'  i  «tjIh  i  ; 
Contre-exemple  :  «oJU^oli:  i. 

XIV.  Sûtra  5a.  ^49C\ldO  ....  —  Commentaire  :  SïfrïrT 
373TI  UrU(î\  USÏÏJ:  FôT^T:  rTFTT:  M  lofa*  «Midi  A|-uV)  l  «  quelques 
m. litres  admettent  l'existence  de  la  svarabliakti ,  dont  la  lettre 
postérieure  est  un  ushma  non  redoublé.  »  A  cause  de  l'a  long 
qui  termine  y  cil  il  I  dans  le  composé ,  il  serait  naturel  de  croire, 
n'était  la  glose  (où,  pour  plus  de  clarté,  le  sundhi  est  violé  : 
HWI:  HT5f  i  et  qui  est  confirmée  par  les  sûtras  48  et  49) ,  que 
le  terme  qui  suit  est  lïifrôf. 

Exemples  :  êrô  (Rig-Véda,  V,  lxxxiii,  10);  »ip&  (voyez 

sûtra  io);îfy^ër:  (voyez  sûtra  30). 

Contre-exemples  :  ôronfpr  (varsfohyân)  ;  «4.mwfarfi  (  adan; 
çyâyatî)  :  voyez  sûtras  10  et  4y- 

XIV.  Sûtra  53.  yqfrt(p Commentaire  :  cçfrcrç- 

^TiTT^TT  fërpTfSr:  1  «  quelques  maîtres  sont  d'avis  [qu'il  y  ait] 
ressemblance  de  la  svarabhakli  et  avec  la  voyelle  antérieure 
et  avec  la  voyelle  postérieure  ;  la  svarabhakli  n'est  pas  seule 
ment  semblable  au  ri  (voyez  sûtra  46)  :  voilà  le  sens.  Dans 
dhdrshadam  (  Rig-  Véda,  I ,  cxliii  ,  7  ) ,  elle  ressemble  à  la  lettre 
m;  dans  barhishadah  (X,  xv,  4),  à  la  lettre  i.  » 

XV.  SUTRA  54.  ^tHÏ^ij .  .  .  —  Exemples  :  STST:  ^  OrÔ^ 
5T7TTT  [Rig-Véda,  X,  xxvm,  9);  «cU^whm  ïï^  (X,xii,i, 
voyez  chap.  IV,  6,  sûtra  16  )  ;  SHTOûT:  c^TJr^  (  VIII,  1 ,  1 1  ) , 
Q^UAIM  »)*Jdt  ^  (I,  vin,  8).  D'après  l'opinion  mentionnée 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         247 

dans  cesûtra,  ksh,  ks,  ts ,  ps,  se  prononceraient  kh-sh,  kk-s , 
th-s,ph-ç.  L'écriture,  au  moins  dans  mon  manuscrit,  ne  fi- 
gure pas  celte  prononciation. 

Contre-exemples  propres  à  montrer  que  ce  sûtra  ne  s'ap- 
plique pas  à  des  consonnes  finales:  =f£^sçrrrrn3n(X,LXXXv,  1 1)  ; 
fèr^^TT^  (I,  clxxxviii,  5). 

XV.  Sutras  55  et  56.  lcA|TdT-  •  —  Wt-  ■  ■  —  Commen- 
taire du  sûtra  55  :  WTrtyîrTt:  chchl^Jchl^ft:  WÊT Wàfit^WîTfl 
*Hodl  ïT^trT  Ç73ï  s^TSTOT:  i  «  quelques  maîtres  pensent  qu'à  la 
place  du  lt  et  du  y  de  la  racine  verbale  hhyâti,  il  faut  mettre 
kh  et  y.  » 

La  glose  du  sûtra  suivant  ne  diffère  de  celle-là  que  par  la 

substitution  de  ^ifHUiSlU  ^wm  à  <pzn7t£n'ffi' : .  —  Ainsi  ex- 
pliqués,  ces  deux  axiomes,  quand  on  les  rapproche  du  pré- 
cédent, qui  est  relatif  au  remplacement  d'une  première  par 
une  seconde  ou  aspirée,  signifient,  je  pense,  que  l'usage 
ordinaire  est  d'effacer,  en  parlant,  l'aspiration  de  khyâ,  et 
de  prononcer  comme  s'il  y  avait  kyâ  ;  mais  que  quelques 
maîtres  veulent  qu'on  fasse  sentir  l'aspiration,  ce  qui  ne  peut 
se  faire  qu'en  relâchant  un  peu  la  connexion  des  deux  con- 
sonnes. On  pourrait  aussi  être  tenté  de  croire  que  ces  sûtras 
nous  apprennent  qu'une  forme  ancienne  kyâ  a  été  rempla- 
cée, de  l'avis  de  quelques  maîtres,  par  la  forme  khyâ  [la- 
quelle est  devenue  la  forme  dominante  et  unique].  Mais  la 
première  interprétation  me  paraît  ici  la  seule  admissible.  — 
La  particule  explétive  3  est  pour  la  mesure  et  n'ajoute  rien 
au  sens;  il  n'en  est  .pas  tenu  compte  dans  le  commentaire. 

Pour  appliquer  le  sûtra  55  ,  le  scoliaste  cite  l'exemple  5"- 
m%&:  {Riq-Véda,  IV,  xiv,  j  )  ;  pour  le  sûtra  56,  il  répète  ce 
même  fragment,  et  donne  en  outre  le  suivant  :  wêàwëd- 
ïTFcFâ- rï-rfàr:  (I,  clxv,  n). 


J'ai  reçu ,  pendant  l'impression  de  ce  sixième  chapitre ,  la 


248  FÉVRIER-MARS  1857. 

seconde  livraison  du  liig-Véda,  que  M.  Max  Millier  publie  à 
Leipzig.  Elle  contient,  comme  introduction,  les  chapitre* 
quatre  à  six  du  Prâtiçâkhya.  Je  n'ai  pas  besoin  de  dire  que 
cette  seconde  livraison  se  distingue  par  les  mêmes  qualités 
que  la  première.  Dans  un  petit  nombre  d'endroits  de  ce  der- 
nier chapitre ,  qui  renferme  certains  axiome*  très-difficiles  à 
comprendre,  nos  deux  interprétations  ne  sont  point  d'accord  ; 
mais  je  vois ,  avec  une  grande  satisfaction ,  que  ces  divergences 
sont  plus  rares  qu'on  ne  devait  s'y  attendre  en  une  matière 
aussi  neuve  et  aussi  délicate.  Je  n'aurais  pu,  sans  faire  sur 
les  épreuves  de  coûteux  remaniements,  indiquer,  dans  mes 
notes,  les  points  sur  lesquels  nous  différons,  ni  surtout  dis- 
cuter les  motifs  que  je  pourrais  avoir,  pour  ces  divers  pas- 
sages, soit  de  persister  dans  mon  opinion,  soit  d'y  renoncer. 
Je  ne  ferai  qu'une  seule  remarque,  relative  aux  >ùtras  ai)  et 
33.  Dans  le  commentaire  de  l'un  et  de  l'autre,  WlfH*^  dé- 
signe sans  doute  les  sparças  rangés  d'après  l'organe  et  divisés 
en  cinq  ordres,  et  dans  la  glose  du  sûtra  ao,,  les  adjectif* 
ïTO*T,  fèrilu ,  tf^ïT,  doivent  évidemment  se  prendre  dans  leur 
sens  ordinaire  de  «  première,  seconde ,  cinquième  »  consonne 
de  l'ordre.  Ces  modifications  changent  nécessairement  l'en- 
semble du  sens  des  deux  scolies. 


NOTICE 

UKS  MANUSCRITS  ZENDS  DE  LONDRES  ET  D'OXFORD, 
PAR  M.   E.  BURNOCF. 


M.  Burnouf,  après  avoir  publié,  en  i833,  le  premier  vo- 
lume de  son  Commentaire  sur  le  Yaçna,  partit  pour  l'Angle- 
terre pour  examiner  les  manuscrits  du  Zend-Avesta  que  pos- 
sèdent les  bibliothèques  de  Londres  et  d'Oxford,  avant  de 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS,      249 

commencer  la  publication  du  second  volume ,  qui  était  déjà 
prêt  pour  l'impression.  Il  collationna  en  Angleterre  huit 
manuscrits  du  Yaçna  et  s'occupa  de  l'élude  du  Rigveda.  Les 
nouveaux  secours  que  lui  fournissaient  les  variantes  des  ma- 
nuscrits zends  et  ses  observations  sur  le  dialecte  védique,  ap- 
portèrent des  changements  nombreux  dans  ses  premières  in- 
terprétations du  Yaçna.  Il  se  proposait  de  constater  ces 
changements,  en  tant  qu'ils  modifiaient  l'interprétation  des 
parties  du  Yaçna  comprises  dans  le  premier  volume  ,  dans 
une  introduction  au  second  volume,  qui  lui-même  aurait  été 
remanié  pour  l'impression.  Je  pense  que  l'intention  de 
M.  Burnouf  était  de  faire  ce  remaniement  du  commentaire 
à  mesure  qu'il  aurait  livré  à  l'imprimerie  le  manuscrit  du 
second  volume;  au  moins  je  n'ai  pas  trouvé  jusqu'ici  dans 
ses  papiers  une  seconde  rédaction  de  ce  volume.  On  peut, 
au  reste,  juger  de  la  nature  des  changements  qu'il  voulait 
faire  subir  à  son  interprétation  des  textes  zends,  par  les 
Etudes  sur  la  langue  et  sur  les  textes  zends,  qu'il  a  insérées 
dans  le  Journal  asiatique  pendant  les  années  i8^o-i85o.  Je 
n'ai  trouvé  de  l'introduction  qui  devait  précéder  le  second 
volume  du  Commentaire  sur  le  Yaçna  que  la  description  des 
manuscrits  zends  qu'on  va  lire  et  qui  devait  former  le  pre- 
mier paragraphe  de  l'introduction.  Le  manuscrit  n'était  pas 
revu  pour  l'impression  et  le  lecteur  observera  quelques  pe- 
tites lacunes ,  que  je  n'ai  pas  eu  les  moyens  de  remplir. 

J.  M. 


Les  manuscrits  que  je  me  propose  de  faire  con- 
naître dans  cette  notice  appartiennent  à  la  biblio- 
thèque de  la  Compagnie  des  Indes,  à  la  bibliothèque 
Bodléienne  et  au  British  Muséum.  De  ces  trois  éta- 
blissements célèbres,  celui  qui  renferme  la  collec- 
tion la  plus  nombreuse  et  la  plus  importante  est» 


250  FÉVRIER-MARS   1857. 

sans  contredit,  la  bibliothèque  de  la  Compagnie  des 
Indes;  on  verra  plus  bas  que  les  bibliothèques  d'Ox- 
ford sont  aujourd'hui  moins  riches  en  manuscrits 
zends  qu'elles  ne  l'étaient  du  temps  d'Anquetil  du 
Perron ,  et  que  le  British  Muséum  ne  possède  qu'un 
volume  qui  mérite  quelque  attention.  Les  manus- 
crits de  la  Compagnie  des  Indes  ont  été  rassemblés . 
depuis  1788  jusqu'à  la  fin  de  179$,  par  Samuel 
Guize,  chirurgien  en  chef  de  l'hôpital  général  de  Su- 
rate. Cet  homme  zélé,  qui  paraît  avoir  été  guidé 
uniquement  par  le  désir  d'assurer  à  l'Angleterre  la 
possession  des  livres  dont  la  découverte  avait  rendu 
célèbre  le  nom  d'Anquetil,  n'épargna  ni  dépenses, 
ni  peines ,  pour  réunir  ce  que  les  Parses  ont  conservé 
des  anciens  monuments  de  leur  religion.  Il  acquit 
un  grand  nombre  de  livres  zends  et  pehlewis  de  la 
veuve  du  destour  Darab ,  lequel  avait  été  le  précep- 
teur d'Anquetil.  Nous  ignorons  s'il  eut  la  satisfaction 
de  rapporter  dans  sa  patrie  une  collection  à  laquelle 
il  devait  naturellement  attacher  une  grande  impor- 
tance; nous  savons  seulement  qu'il  en  parut  à  Lon- 
dres, en  1800,  un  catalogue  qui  porte  ce  titre:  A 
catalogue  and  detailed  account  of  a  very  valaable  and 
curions  collection  of  manuscripts ,  collected  in  Hindos- 
tan  by  Samuel  Guize  Esq. .  late  Head-surgeon  to  the 
gênerai  Hospital  at  Surat  :  including  ail  thosc  that  were 
procured  by  Monsieur  Anquetil  du  Perron,  relative  to  the 
religion  and  history  oftheParsis  und  many  which  he  could 
not procure.  London ,  printed  by  John  Nichols ,  1 800, 
4°,  1  7  pp.  Ce  catalogue  donne  les  titres  de  cent  vingt- 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  251 
sept  volumes,  savoir:  soixante  et  dix-sept  manuscrits 
arabes  et  persans,  et  cinquante  manuscrits  zends,peh- 
lewis  et  sanscrits.  Les  manuscrits  zends  et  pehlewis 
furent  tous  acquis  par  la  Compagnie  des  Indes,  et 
cette  collection,  déjà  si  importante,  s'enrichit  encore 
de  quelques  manuscrits  qui  ne  sont  pas  mention- 
nés dans  le  catalogue  de  Guize,  quoique  plusieurs 
soient  indiquées  comme  lui  ayant  appartenu. 

L'étendue  et  la  valeur  de  cette  collection  restèrent 
à  peu  près  inconnues,  du  moins  sur  le  continent, 
jusqu'à  ce  qu'en  1828,  M.  Mohl,  qui  se  trouvait  en 
Angleterre,  en  donnât  un  catalogue  détaillé,  qui 
fut  inséré  dans  le  Journal  de  la  Société  asiatique  de 
Paris  l.  Dès  ce  moment,  je  conçus  le  désir  de  com- 
parer ces  manuscrits  avec  ceux  d'Anquetil  du  Per- 
ron, ainsi  qu'avec  ceux  que  j'avais  l'espérance  de 
trouver  à  Oxford.  Mais  des  circonstances  tout  à  fait 
indépendantes  de  ma  volonté  m'ayant  imposé  la  né- 
cessité de  publier  une  partie  de  mon  travail  avant 
d'avoir  pu  visiter  les  bibliothèques  d'Oxford  et  de 
Londres,  je  remis  à  un  temps  plus  favorable  le  soin 
de  le  compléter  par  la  collection  des  Vendidads  et 
Yaçnas  qui  se  trouvent  en  Angleterre.  L'usage  que 
je  ferai  par  la  suite  des  nombreuses  variantes  qui 
m'ont  été  fournies  par  ces  manuscrits ,  mettra  le  lec- 
teur à  même  de  juger  si  j'ai  bien  fait  de  céder  au 
désir  de  publier  une  portion  de  mon  travail  avant 
d'avoir  rassemblé  tous  les  matériaux  dont  la  réunion 
pouvait  le  rendre  moins  imparfait.  Ce  que  je  puis 

1  Nouv.  Journ.  asiat.  t.  I,  p.  120. 


252  FÉVRIER-MARS  1857. 

dire,  dès  à  présent,  c'est  que  ces  variantes  n'ont  ap- 
porté aucun  changement  aux  règles  que  j  a\;iis  au 
pouvoir  déduire  de  l'étude  des  manuscrits  d'Anque- 
til,  que  l'orthographe  d'un  seul  mot  (dont  l'étyino- 
logie  est  d'ailleurs  encore  obscure)  a  dû  ètra  modi- 
fiée, et  que  si  la  comparaison  des  huit  manuscrits 
dont  je  vais  parler  est  une  acquisition  de  la  plus 
grande  valeur  pour  la  critique  du  texte  zend ,  le  sens 
de  ce  texte  a  pu  être  découvert,  dans  bien  des  cas, 
d'une  manière  certaine,  par  le  seul  emploi  des  ma- 
tériaux que  le  zèle  et  le  dévouement  d'Auqurtil  du 
Perron  avaient  rapportés  en  France. 

Pour  mettre  quelque  ordre  dans  L'énmnéntioa  qui 
va  suivre ,  je  me  conformerai  a  la  classification  adop- 
tée par  le  catalogue  de  la  Compagnie  des  Indes.  Je 
me  réserve  de  présenter  moi-même  une  autre  clas- 
sification, dans  laquelle  je  ferai  rentrer  tous  les  ma- 
nuscrits dont  j'ai  fait  usage  dans  ce  commentaire. 

Le  manuscrit  qui,  dans  le  catalogue  des  livres 
zends  de  la  Compagnie  des  Indes  porte  le  n°  1 ,  y 
est  décrit  de  la  manière  suivante  : 

N"  1.  Vendidad-sadi ,  a  more  ancient  ms.  than  n"  II 
and  III  ;  the  writing  good  :  at  the  end  is  fuund  in  the 
handwriting  of  M.  Anquctil du  Perron,  Vcndidad-sadé. 
Folio  or  large  U°,  247  leaves  ;  not  in  Guize's  printed 
catalogue.  Purchased  at  sale  of  IX  Guize's  collection. 
Mohl,  n°  III.  Cette  désignation  est  exacte,  sauf  une 
variation  de  peu  d'importance  dans  le  nombre  des 
feuillets  assignés  au  manuscrit.  Le  Vendidad-sadé  fi- 
nit, en  effet,  réellement  au  feuillet  2 k 7;  mais  on 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  253 
trouve  sur  le  feuillet  2  48  deux  courtes  lignes  de  per- 
san et  trois  de  guzarati ,  qui  donnent  certainement 
le  titre  et  vraisemblablement  la  date  du  manuscrit. 
Ces  lignes  sont  trop  confusément  écrites  pour  que 
j'aie  pu  rien  découvrir  de  positif  relativement  à  ce 
dernier  point.  On  peut  donc  admettre  en  toute  as- 
surance que  la  description  du  catalogue  de  la  Com- 
pagnie convient  bien  au  manuscrit  que  nous  exami- 
nons en  ce  moment.  Mais  je  ne  sais  s'il  en  faut  dire 
autant  de  l'assertion  que  ce  Vendidad-sadé  ne  se 
trouve  pas  indiqué  dans  le  catalogue  imprimé  de 
Guize.  Ce  catalogue  fait  mention  de  cinq  Vendidad- 
sadés,  sous  les  nos  4  2 ,  43,  44,  45,  46.  Or,  je  crois 
pouvoir  établir  que  ces  numéros  répondent  de  la 
manière  suivante  à  ceux  du  catalogue  imprimé ,  sa- 
voir :  ai  à  III,  44  à  II,  45  à  IV,  46  à  V.  Il  reste 
donc  le  n°  43  de  Guize,  qui  n'a  pas  de  correspon- 
dant parmi  les  manuscrits  de  la  Compagnie,  à  moins 
que  l'on  n'admette  que  ce  n°  43  est  le  n°  I  même 
qui  nous  occupe.  Au  reste,  la  liste  de  Guize  donne, 
du  n°  43  ,  la  description  suivante  :  N°  43.  Another  very 
large  and  jineley  written  folio  containing  the  Vendi- 
dad-sade,  Izeschne-sade ,  and  Vispered-sade  in  zend, 
written  in  A.  D.  1670;  folio,  pag.  530.  Le  catalogue  a 
compté  les  pages  et  non  les  feuillets  ;  mais  le  nom- 
bre de  53o  ne  s'accorde  pas  avec  celui  de  2  48,  que 
nous  avons  trouvé  dans  le  manuscrit,  car  2  48  feuil- 
lets donnent  496  pages.  Quelque  considérable  que 
soit  cette  différence,  je  n'en  pense  pas  moins  que 
le  n°  I  de  la  Compagnie  et  le  n°  43  de  Guize  dési- 


254  FÉVRIER-MARS  1857. 

gnent  un  seul  et  même  manuscrit.  Ce  n'est  pas  la 
seule  fois  que  nous  avons  occasion  de  remarquer  des 
différences  notables  entre  les  indications  des  pages 
du  catalogue  de  Guize  et  celles  que  l'on  trouve  sur 
les  manuscrits  eux-mêmes.  Cela  vient,  selon  toute 
apparence ,  de  ce  que  le  catalogue  de  Guize  a  été  im- 
primé d'une  façon  fort  incorrecte,  et  qu'on  n'a  pas 
songé  à  déterminer  avec  précision  le  nombre  de  pa- 
ges dont  se  compose  chaque  manuscrit. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  question ,  qui  n'a  d'im- 
portance que  pour  la  date  que  Guize  assigne  à  ce 
manuscrit,  la  copie  du  Vendidad-sadé  qui  porte  le 
n°  I  dans  le  catalogue  de  la  Compagnie  des  Indes, 
est,  en  réalité,  ancienne  et  d'une  bonne  écriture.  11 
faut  en  exempter  les  deux  premiers  feuillets,  qui  sont 
d'une  main  moderne  et  peu  exercée  ;  ces  feuillets  ont 
été  ajoutés  au  manuscrit,  dont  le  commencement 
avait  été,  selon  toute  apparence,  détruit  par  le 
temps.  Cette  présomption  résulte  de  l'état  de  ce 
volume,  dont  les  marges  ont  été  presque  partout 
restaurées  avec  des  bandes  de  papier  neuf.  Quant 
à  sa  valeur  intrinsèque,  les  philologues  seront  à 
même  de  l'apprécier  par  l'examen  des  variantes  qu'il 
m'a  fournies.  C'est  un  manuscrit  généralement  cor- 
rect, mais  qui,  cependant,  ne  me  paraît  pas  de 
beaucoup  supérieur  au  Vendidad-sadé  que  j'ai  fait 
lithographier.  Il  se  distingue  cependant  de  cette  der- 
nière copie  par  l'emploi  beaucoup  plus  rare  de  l'or- 
thographe aô  pour  ao;  c'est  ainsi  que  l'on  y  trouve  le 
mot  tl'gj?  nchaon ,  régulièrement  écrit  de  cette  ma- 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  255 
nière ,  et  non  &-gs-  achaôn ,  comme  il  l'est  quelque- 
fois dans  le  Vendidad-sadé  de  Paris.  Mais,  même 
sous  ce  rapport,  le  n°  I  de  la  Compagnie  est  moins 
régulier  que  d'autres  manuscrits  dont  nous  parle- 
rons tout  à  l'heure. 

Je  passe  au  n°  II  de  la  Compagnie  des  Indes,  le- 
quel porte  le  titre  suivant  ; 

N°  II.  Vendidad-sade ,  lzeschne-sade,  Vispered-sade , 
zend;written  in  the  yearofYezdijerd  1120  [A.D.  1762), 
writing  good.  Guize' s  printed  catalogue  nc  Uh ,  Mohl  II; 
folio,  349  leaves. 

Ce  manuscrit  est  d'une  très-bonne  main  ;  l'écri- 
ture en  est  grosse ,  belle  et  fort  lisible.  On  remarque 
sur  la  première  page  deux  lignes  en  guzarati  et  deux 
autres  lignes  en  persan,  qui  donnent  certainement 
les  titres  des  trois  ouvrages  compris  sous  le  titre 
commun  de  Vendidad-sadé.  Une  main  moderne  a, 
dans  le  catalogue  de  la  Compagnie ,  ajouté  au  crayon 
le  n°  43 ,  comme  renvoi  à  la  liste  de  Guize;  mais  je 
pense,  avec  le  rédacteur  du  catalogue  de  la  Compa- 
gnie, que  le  manuscrit  qui  nous  occupe  répond  au 
n°  h  h  de  Guize,  numéro  qui  est  désigné  de  la  ma- 
nière suivante  :  N°  lia.  Another  very  large  volume,  con- 
taining  the  same  works ,  transcribed  A.  D.  1750  in  a 
very  fine  hand;  quarto,  pages  796.  Le  manuscrit  a 
exactement  trois  cent  cinquante-deux  feuillets  ou  joà 
pages ,  à  dix-sept  lignes  à  la  page.  Le  texte  zend  se 
termine  à  la  page  699.  La  totalité  delà  page  700  et  le 
commencement  de  la  page  701  sont  occupés  par  une 
notice  en  pehlewi;  les  pages  701 ,  702  ,  et  la  moitié 

17. 


25G  FÉVRIER-MARS  1857. 

de  la  page  703,  par  deux  colonnes  de  vers  persans;  la 
fin  de  la  page  703  par  une  notice  en  persan,  et  la 
page  70/i  par  un  morceau  guzarati,  qui  n'est  sans 
doute  que  la  traduction  de  la  notice  persane.  J'y  re- 
marque que  la  copie  y  est  indiquée  comme  ayant  été 
faite  l'an  1  1  2  9  de  l'ère  persane ,  et  l'an  1 8 1 6  de  Sam- 
vat;  mais  ces  dates  ne  s'accordent  pas  entre  elles, 
car  si,  par  année  persane  (pârsîsâné),  il  faut,  comme 
cela  est  nécessaire ,  entendre  l'ère  d'Yezdedjerd,  qui, 
selon  le  calcul  des  Orientaux,  commence  en  63a  de 
notre  ère ,  l'an  1129  répond  à  1761  de  J.  C. ,  tandis 
que  l'an  1816  de  Samvat  tombe  en  1759.  Cette  dif- 
férence de  deux  ans  qui  se  remarque  dans  toutes  les 
dates  de  Yezdedjerd  comparées  à  celles  de  Vikra- 
mâditya,  que  l'on  trouve  dans  les  copies  zendes  du 
Guzarate,  montre  que  les  Parses  de  l'Inde  font  com- 
mencer l'ère  de  Yezdedjerd,  non  en  63a  comme  les 
Arabes,  mais  en  63o  l.  J'ignore  jusqu'à  présent  la 
cause  de  cette  divergence;  mais  je  ferai  observer 
qu'Anquetil  a  suivi  ce  calcul  dans  les  réductions  qu'il 
propose  pour  les  dates  de  ses  manuscrits  zends.  Par- 
tout où  l'indication  de  l'an  de  Vikramâditya  peut  ser- 
vir de  contrôle  à  la  date  donnée  en  année  d'Yzde- 
djerd ,  on  trouve  que  l'ère  de  ce  dernier  prince  prend 
son  commencement  de  l'an  63o  de  notre  ère,  et  non 
de  63a.  Ajoutons,  pour  revenir  à  la  date  de  notre 
manuscrit,  que  le  chiffre  rapporté  par  M.  Mohl,  sans 
doute  d'après  la  notice  persane,  s'éloigne  d'une  ma- 
nière considérable  de  ceux  de  la  note  guzarati;  car, 

1   Ideler,  Lehrb.  der  Chronol.  p.  48a  et  483. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  257 
selon  la  liste  du  Journal  asiatique,  le  manuscrit  qui 
nous  occupe  a  été  écrit  l'an  1 120  de  Yezdedjerd, 
ou  de  notre  ère  1762,  ou,  selon  les  Parses,  iy5o. 
Enfin ,  le  catalogue  de  la  Compagnie  des  Indes ,  dont 
nous  avons  transcrit  plus  haut  l'article  relatif  à  notre 
manuscrit,  le  donne  comme  de  l'année  1700,  de 
sorte  que  nous  avons  les  trois  dates  suivantes  ;  1  yôo, 
1 75 2  ,  1  759.  Je  regrette  vivement  de  n'avoir  pas  eu 
à  ma  disposition  un  dictionnaire  guzarati  pour  tenter 
l'interprétation  de  la  notice ,  qui  contient ,  sur  la  date 
de  notre  manuscrit ,  d'autres  renseignements  dont  je 
n'ai  pu  faire  usage.  Toutefois,  nous  avons  la  certi- 
tude que  ce  manuscrit  appartient  au  milieu  du  der- 
nier siècle. 

C'est,  du  reste,  un  excellent  manuscrit,  et  qui 
est,  à  peu  d'exceptions  près,  exempt  des  imperfec- 
tions qui  déparent  les  autres  copies  du  Vendidad- 
sadé.  L'orthographe  en  est  très-uniforme;  l'absence 
des  voyelles  aô  et  de  la  substitution  fautive  de  i  à  é, 
l'emploi  régulier  du  ck ,  auquel  s  et  ç  sont  substitués 
à  tort  par  d'autres  exemplaires,  l'usage  uniforme  des 
semi- voyelles  y  et  v,  au  lieu  des  voyelles  1  et  â,  que 
plusieurs  manuscrits  préfèrent  si  souvent  aux  semi- 
voyelles  appelées  par  l'euphonie  et  par  l'étymologie, 
ce  sont  là,  selon  moi,  autant  de  signes  de  la  correc- 
tion remarquable  de  ce  beau  Vendidad. 

Le  n°  III  de  la  bibliothèque  de  la  Compagnie  des 
Indes  est  décrit  dans  le  catalogue  de  la  manière  sui- 
vante : 

N°III.  Vendidad-sade ,  Izeschne-sade ,  Vispered-sade, 


258  FÉVRIER-MARS  1857. 

zend,  well  written  by  the  mobed  Darab,  the  instructor  oj 
A.  D.  Perron  and  sold  by  his  widoiv  to  Dr  Gnize,  Heiul 
surgeon  of  the  hospital  ut  Su  rut  ;  large  U"  or  folio,  28ù 
leaves;  Guize's  catalogue,  n'  V2. 

Ce  manuscrit  qui,  dans  la  liste  du  Journal  asia- 
tique ,  porte  le  n°  I ,  est  un  large  volume  in-folio  dont 
l'écriture  est  belle  et  lisible,  quoique  moins  régu- 
lière que  celle  du  n°IÏ,  précédemment  décrit.  La  pre- 
mière page  porte  une  note  persane  de  cinq  lignes, 
dans  laquelle  sont  distinctement  mentionnés  les 
noms  d'Anquetil  et  de  Oarab,  son  maître.  Je  ne  MÉI 
si ,  comme  l'indiquent  les  catalogues  de  la  Compa- 
gnie et  de  la  Société  asiatique ,  cette  note  attribue  à 
Darab  la  copie  de  ce  manuscrit;  mais  j'ai  lieu  de 
suspecter  la  parfaite  exactitude  de  cette  assertion. 
L'apparence  de  vétusté  que  présente  ce  manuscrit, 
dont  le  papier  paraît  plus  ancien  que  celui  du  n°  II, 
jointe  à  la  circonstance  qu'une  main  beaucoup  plus 
moderne  que  celle  à  qui  est  dû  le  corps  de  l'ouvrage 
y  a  inséré,  après  coup,  entre  les  lignes,  l'indication 
des  cérémonies  en  langue  pehlewie,  m'engage  à  croire 
que  Darab  a  été  le  propriétaire  et  non  le  copiste  de 
ce  manuscrit.  Au  reste,  la  mention  du  nom  de  ce 
Parse,  que  l'on  trouve  au  commencement  du  ma- 
nuscrit, prouve  qu'il  est  certainement  antérieur  à 
l'an  1 760.  La  première  page  porte  encore'  deux  notes 
en  guzarati ,  l'une  de  six  lignes  et  l'autre  de  deux.  La 
première  est,  sans  doute ,  la  traduction  de  la  note  per- 
sane précédemment  citée;  malheureusement,  toutes 
deux  sont  si  mal  écrites,  que  je  n'ai  pu  on  tirer  au- 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  259 
cune  lumière.  Ce  manuscrit  a  exactement  six  cent 
cinq  pages,  et  chaque  page  contient  quinze  lignes. 
Il  est  généralement  assez  correct ,  sans  l'être  cepen- 
dant autant  que  le  n°  II;  il  peut,  quant  à  la  valeur 
critique ,  être  mis  sur  le  même  rang  que  le  n°  I. 

Le  n°  IV  du  catalogue  de  la  Compagnie  est  un 
Vendidad  en  pehlewi  dont  je  n'ai  pas  à  m'occuper. 
Le  n°  V,  qui  est  un  manuscrit  zend ,  est  décrit  dans 
le  catalogue  de  la  manière  suivante  : 

N°  V.  Vendidad-sade ,  Izeschne-sade ,  Vespered-sade , 
zand,  Vistaspee  lescht,  pehlvi  pazand  ;  U°,  leaves  3S9. 
Some  pages  at  the  begining  badly  written,  the  rest  very 
good.  Guise  s  catal.  n°  ùô. 

Ce  volume ,  qui  porte  le  n°  V  dans  la  liste  du  Jour- 
nal asiatique,  est  désigné  comme  il  suit  dans  le  ca- 
talogue imprimé  de  Guize  : 

N°  à 6.  A  very  thick  and  large  quarto  volume ,  writ- 
ten in  a  fine  hand,  containing  the  Vendidad-sade, 
Izeschne-sade  a?i(2Vispered  before  mentioned,  in  zend, 
wiih  the  Vistaspei  lescht,  in  pehlevi  and  pazend.  This 
latter  work  M.  Anquetil  du  Perron  could  not  procure,  see 
Zend-Avesta,  vol.  I ,  p.  551.  This  copy  was  the  pro- 
perty  of  Darab  who  was  a  consummate  master  of  the 
zend,  etc.  Ce  manuscrit  est,  en  effet,  un  fort  volume 
in-Zi0,  contenant  sept  cent  quatre-vingt-quatre  pages, 
lesquelles  ont,  pour  la  plupart,  quinze  lignes  de 
texte;  quelques-unes  n'en  ont  que  quatorze.  La  par- 
tie du  volume  qui  contient  le  Vendidad-sadé  est  d'une 
écriture  grosse  et  belle.  Mais  l'Iescht  daGustasp ,  qui 
occupe  de  la  page  i  à  la  page  8 ,  est  plus  moderne , 


260  FÉVRIER-MARS  1857. 

dune  main  mauvaise  et  presque  illisible.  C'est  là  la 
partie  de  notre  manuscrit  que  les  descriptions  pré- 
cédentes représentent,  sans  plus  ample  désigna- 
tion ,  comme  très-mal  écrite.  Il  n'est  pas  tout  à  fait 
exact  de  dire  que  l'Iescht  de  Gustasp  est  en  zend,  en 
pehlewi  et  en  pazend.  On  trouve,  il  est  vrai,  dans  ce 
morceau,  quelques  phrases  pehlewies,  mais  elles  ne 
paraissent  se  rapporter  qu'à  la  partie  liturgique,  si 
je  puis  m' exprimer  ainsi,  de  cet  Iescht,  c'est-à-dire  à 
la  partie  accessoire  de  ce  morceau.  On  remarque,  sur 
la  première  page  du  manuscrit,  six  lignes  en  guza- 
rati  et  trois  lignes  en  persan ,  qui  donnent  les  titres 
des  divers  ouvrages  contenus  dans  ce  volume.  Une 
notice  plus  étendue,  également  en  guzarati,  termine 
le  Vendidad-sadé;  j'y  trouve  l'indication  des  dates 
suivantes  :  Â^cT  Vftt  et  nH$V$  Wil ,  lesquelles 
correspondent  à  l'année  1  791,  en  supposant  que  la 
première  année  de  Yezdedjerd  tombe,  comme  pa- 
raissent l'admettre  les  Parses  de  l'Inde,  sur  l'an  63o 
et  non  sur  l'an  63a.  Ce  manuscrit  est  donc  très- 
moderne,  et  il  est  postérieur  aux  exemplaires  d'An- 
quetil ,  qui  tous  étaient  entre  ses  mains  au  commen- 
cement de  1761,  époque  à  laquelle  il  quitta  l'Inde. 
Aussi  est-il  souvent  fautif  et  très-incorrect. 

Les  manuscrits  de  la  Compagnie  qui  me  restent 
à  décrire  contiennent  le  Yaçna  proprement  dit,  sé- 
paré du  Vendidad  et  du  Vispered,  auxquels  il  est 
mêlé  dans  les  quatre  manuscrits  dont  j'ai  parlé  plus 
haut.  Dans  l'énumération  que  je  vais  en  donner,  je 
suivrai  l'ordre  des  numéros  du  catalogue  de  la  Com- 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  261 
pagnie  des  Indes.  Cependant,  j'omets  à  dessein  en 
ce  moment  le  n°  VI,  duquel  je  parlerai  tout  à  l'heure. 
Le  premier  des  manuscrits  du  Yaçna  porte  le  nu- 
méro et  le  titre  suivants  : 

N°  XIII.  Izeschne  zand,  in  2  parts;  lst  consisting  of 
27  chapters  called  Ha,  relates  to  the  suprême  being,  his 
word  and  his  créatures  ;  the  2d  part  is  divided  into  U7  chap- 
ters containing  prayers  to  Ormuzdandhis  Angels;  in-8", 
leaves  261  ;  Guize's  catalogue,  n°  55;  Mohl,  X. 

Ce  volume,  dont  l'écriture  est  passable,  quoique 
peu  élégante,  a  exactement  cinq  cent  vingt  et  une 
pages  ;  chacune  de  ces  pages  a  douze  lignes  de  texte , 
qui  sont  très  -  courtes ,  tant  à  cause  du  format  du 
volume  que  par  suite  de  la  grosseur  des  caractères 
zends.  Les  quarante-huit  premières  pages  sont  d'une 
main  beaucoup  plus  moderne  et  plus  mauvaise  que 
le  reste  du  manuscrit.  L'indication  de  ce  volume 
se  trouve  réellement  dans  le  catalogue  imprimé  de 
Guize,  sous  le  n°  55  ;  elle  est  conçue  en  ces  termes  : 
N°  5  5 .  The  Izeschne  in  zend ,  an  octavo  MS  well  written. 
La  suite  de  cette  note  nous  apprend  qu'une  copie  de 
ce  même  ouvrage  a  été  transportée  en  Angleterre  par 
M.  Fraser,  et  que  cette  copie  se  trouve  dans  la  bi- 
bliothèque Radclifienne ,  détails  que  Guize  a  mani- 
festement empruntés  au  Zend-Avesta  d'Anquetil1. 
Ce  manuscrit  se  distingue  des  autres  Yaçnas ,  en  ce 
que  les  cérémonies  de  la  liturgie  n'y  sont  indiquées 
ni  en  pehlewi,  ni  en  hindi  du  Guzarate.  Il  n'est  pas, 

'  Zend-Avesta,  t.  I,  2e  partie.  Notices,  p.  tx. 


2Ô2  FÉVRIER-MARS  1857. 

au  reste,  d'une  correction  remarquable,'  quoiqu'il 
fournisse  quelquefois  de  bonnes  leçons. 

Le  second  Yaçna  porte ,  dans  le  catalogue  de  la 
Compagnie ,  le  numéro  et  le  titre  suivants  : 

N°  XVII.  Izeschne  zend  and  sanscrit  ivith  the  Kariah. 
C'est  un  volume  petit  in-60  ou  grand  in-8°,  de  trois 
cent  quatre-vingt-quinze  pages;  il  a  le  n°  XIII  dans  la 
liste  du  Journal  asiatique.  On  lit  sur  la  première 
page ,  les  mots  *->j$Jï  X^p[*  JOj,  {j^t ,  mots  d'après 
lesquels  a  été  composé  le  titre  Izeschne  zend  and  sans- 
crit with  the  Kariah.  Il  faut,  sans  aucun  doute,  tra- 
duire Kariah  par  «  cérémonie  » ,  car  ce  mot  ne  doit 
être  autre  chose  que  l'altération  du  sanscrit  Kriyâ. 
Quant  à  l'énoncé  que  le  texte  zend  est  accompagné 
d'une  traduction  sanscrite,  ou  que,  comme  parais- 
sent l'exprimer  les  mots  persans  précités,  les  céré- 
monies sont  indiquées  en  sanscrit,  cela  est  inexact; 
car  ce  volume  ne  contient  que  le  texte  zend,  avec 
l'indication  des  cérémonies  en  guzarati.  Or,  comme 
c'est  le  seul  des  Yaçnas  conservés  en  Angleterre  qui 
passe  pour  être  traduit  en  sanscrit,  il  résulte  de  la 
rectification  que  nous  venons  de  faire  aux  catalogues 
de  la  Compagnie  et  de  la  Société  asiatique,  que  les 
bibliothèques  de  Londres  ne  possèdent  pas  de  Yaçna 
zend-sanscrit.  Ce  fait,  que  j'avais  à  cœur  de  vérifier, 
ajoute,  ce  me  semble,  un  nouveau  prix  à  la  collec- 
tion d'Anquetil ,  laquelle  contient  deux  exemplaires 
de  la  version  sanscrite  de  Nériosengh. 

Pour  revenir  au  manuscrit  qui  nous  occupe ,  on 
trouve  sur  la  première  page,  entre  la  note  en  per- 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  263 
san  que  nous  avons  transcrite ,  six  lignes  de  guzarati 
extrêmement  difficiles  à  lire ,  qui  donnent ,  sans  au- 
cun doute,  le  titre  de  l'ouvrage,  et  vraisemblable- 
ment la  date  de  la  copie.  Je  crois  y  reconnaître  les 
nombres  3oo  et  35o;  mais  je  n'ai  pu  découvrir  si 
ces  nombres  exprimaient  une  date.  Le  manuscrit  est 
sans  doute  assez  ancien  ;  toutefois ,  l'écriture  est  trop 
mauvaise  et  trop  irrégulière  pour  qu'on  puisse  rien 
affirmer  sur  l'âge  de  ce  manuscrit  d'après  son  appa- 
rence extérieure.  Une  main  moderne  a  ajouté  sur  la 
première  page,  not  in  Dr  Guizes  catalogue,  sans  indi- 
quer, d'ailleurs,  l'origine  de  ce  manuscrit,  origine 
qui  m'est  restée  inconnue.  J'ajouterai  que  le  Yaçna 
ne  commence  qu'à  la  page  3o4.  Les  trente-trois  pre- 
mières pages  sont  remplies  par  les  prières  ordinaires 
nommées  Khoschnoumen ,  etc.  Ces  prières  sont  tra- 
duites en  guzarati.  Un  manuscrit  dont  la  copie  a  été 
faite  en  apparence  avec  aussi  peu  de  soin  que  ce 
Yaçna,  doit  nécessairement  contenir  beaucoup  de 
fautes  -,  aussi  ce  volume  est-il  fréquemment  très-in- 
correct. Toutefois ,  il  est  exempt  de  plusieurs  fautes 
qui  déparent  des  manuscrits  même  meilleurs;  et,  de 
plus,  il  a  le  mérite  de  reproduire  d'une  manière 
complète  certaines  prières  ou  parties  du  Yaçna  que 
d'autres  manuscrits  ne  donnent  qu'en  abrégé,  four- 
nissant ainsi  des  variantes  assez  nombreuses  pour  des 
textes  qui,  dans  les  copies  du  Zend-Avesta  que  nous 
possédons,  ne  se  représentent  que  rarement. 

Le  troisième  manuscrit  que  possède  la  Compagnie 
des  Indes  porte  le  numéro  et  le  titre  suivants  : 


264  FÉVRIER-MARS  1857. 

N°  XVIII.  Izeschne  Sadi  zand  and  parts  prakrit;  8*, 
leaves  170,  Guize's  catalogue,  n"  61 ,  Mohl,  XXV. 

Dans  le  catalogue  de  Guize,  on  trouve ,  en  effet, 
sous  le  n°  6i,  la  notice  suivante  :  A  large  octavo  vo- 
lume containing  the  Izeschne  in  zend  and  sanscrit.  Cette 
indication  est  fautive  ;  on  a  pris  pour  du  sanscrit  l'ex- 
posé des  diverses  cérémonies  qui  est  fait  en  guzarati 
et  écrit  à  l'encre  rouge.  La  première  page  de  ce  ma- 
nuscrit porte  trois  lignes  de  guzarati ,  qui  contiennent 
certainement  le  titre  de  l'ouvrage.  Ce  volume ,  qui 
est  d'une  bonne  main  et  d'une  excellente  conserva- 
tion ,  a  trois  cent  trente-six  pages  in-8°.  Le  nombre 
des  lignes  est  variable ,  mais  les  pages  les  plus  courtes 
n'en  ont  pas  moins  de  quinze.  A  partir  de  la  page  1 5 , 
il  y  a  un  déplacement  des  feuilles  du  manuscrit.  Il 
faut  aller  jusqu'à  la  page  a36  pour  trouver  la  suite 
de  la  page  1 5 ,  puis  revenir  de  la  fin  de  la  page  a  83 
à  la  page  1 6.  Quant  à  la  valeur  intrinsèque  de  cette 
copie  du  Yaçna,  elle  est  à  peu  près  égale  à  celle  des 
deux  manuscrits  dont  nous  venons  de  parler.  Je  la 
crois  cependant  inférieure  en  quelques  points  à  celle 
qui  porte  le  n*  XVII. 

Il  ne  me  reste  plus  maintenant  qu'à  faire  connaître 
deux  manuscrits  pour  terminer  ce  que  j'ai  à  dire  de 
la  riche  collection  de  la  Compagnie  des  Indes.  Le 
premier  a,  dans  le  catalogue,  le  numéro  et  le  titre 
suivants  : 

N°  VI.  Zand  pazand,  small  U°,  leaves  198,  Mohl,  X, 
Johnson1.  Ce  manuscrit,  comme  on  le  voit  par  le 

1  Ce  renvoi  au  catalogue  donné  dans  le  Journal  de  la  Société  asia- 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  265 
nom  du  premier  propriétaire ,  ne  fait  pas  partie  de 
la  collection  de  Guize.  C'est  un  Yaçna  d'une  écriture 
passable  et  assez  lisible,  quoique  très -tourmentée. 
Jusqu'au  feuillet  1 7  7  ou  à  la  page  3  5 1 ,  le  texte  est 
accompagné  d'une  traduction  persane  interlinéaire, 
qui  ressemble  souvent  à  un  commentaire  assez  déve- 
loppé. L'existence  de  cette  traduction  persane  donne 
quelque  prix  à  cette  copie ,  qui ,  sous  plusieurs  rap- 
ports, est  de  beaucoup  inférieure  aux  autres  manus- 
crits du  Yaçna  que  possède  la  Compagnie  des  Indes. 
Lorsque  le  zend  sera  cultivé  par  des  personnes  fami- 
liarisées avec  le  persan  moderne,  cette  traduction 
fournira  un  moyen  nouveau  de  comparer  avec  l'o- 
riginal zend  la  tradition  persane,  que  nous  ne  con- 
naissons encore  que  par  la  version  sanscrite  de  Né- 
riosengh  et  par  la  traduction  française  d'Anquetil.  Il 
faudra  vérifier  également  si  cette  interprétation  per- 
sane du  Yaçna  n'a  pas  été  composée  d'après  le  pehlewi , 
circonstance  qui ,  si  elle  venait  à  être  vérifiée ,  don- 
nerait une  assez  grande  valeur  au  manuscrit  qui  nous 
occupe.  Quant  au  texte  zend  lui-même  ,  la  seule  par- 
tie de  ce  volume  sur  laquelle  il  me  soit  permis  d'a- 
voir une  opinion ,  il  est  dû  à  un  copiste  qui  n'avait 
absolument  aucune  notion  de  ce  qu'il  transcrivait. 
Le  texte  est  défiguré  par  les  fautes  les  plus  grossières. 
Les  voyelles  des  mots  les  plus  vulgaires  sont  arbitrai- 
rement tantôt  supprimées,  tantôt  altérées.  Les  mots 
les  mieux  connus  sont  quelquefois  divisés  en  deux 

tique  est  inexact  ;  car  le  n°  X  de  ce  catalogue  est  le  Yaçna  zend  qui 
porte  le  n°  XIII  dans  le  catalogue  de  la  Compagnie. 


266  FÉVRIER-MARS   1857. 

ou  trois  portions.  J'ai  collationné  les  seize  premières 
pages  de  ce  manuscrit,  dont  j'ai  lu  environ  soixante 
pages,  et  j'ai  acquis  la  conviction  que  cette  copie  ne 
pouvait  fournir  que  bien  peu  de  secours  pour  une 
édition  critique  du  texte  zend,  si  tant  est  qu'elle 
puisse  en  fournir  aucun.  Quant  à  la  connaissance  de 
la  grammaire  et  de  la  partie  lexicographique  de  la 
langue,  je  crois  pouvoir  affirmer  qu'il  eût  été  bien 
difficile  de  l'acquérir,  si  Anquetil  et  Guize  n'eussent 
rapporté  en  Europe  que  des  manuscrits  aussi  fautifs 
et  aussi  incorrects.  Ces  considérations  m'ont  décidé 
à  ne  pas  comprendre  ce  manuscrit  au  nombre  de 
ceux  que  j'ai  cru  indispensable  de  collationner. 

Le  second  manuscrit  dont  je  parlais  tout  à  l'heure 
est  le  volume  des  Ieschts  et  des  Neaeschs ,  qui  porte , 
dans  la  liste  de  la  Société  asiatique,  le  n°  XXIII,  et 
le  titre  :  Recueil  de  Neaeschs  et  d' Ieschts  en  sanscrit  et 
en  zend;  2 1  k  feuillets  in-8°.  Ce  volume,  qui  est  bien 
conservé,  faisait  primitivement  partie  de  la  collec- 
tion de  Guize  ;  il  est  maintenant  indiqué  sous  le 
n°. . . . ,  dans  le  catalogue  de  la  Compagnie  des  Indes. 
Ce  que  je  puis  dire  de  ce  manuscrit,  c'est  qu'il  n'est 
pas  accompagné  d'une  traduction  sanscrite.  L'exa- 
men que  j'ai  fait  de  ce  volume  m'a  convaincu  que 
je  devais  renoncer  à  l'espérance  d'y  trouver  un  ou- 
vrage qu'Anquetil  avait  vainement  cherché  dans 
l'Inde. 

Je  passe  maintenant  au  manuscrit  du  Vendidad- 
sadé  de  la  bibliothèque  Bodléienne ,  lequel  est  certai- 
nement un  des  premiers  manuscrits  zends  qui  soient 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  2G7 
parvenus  en  Europe.  Ce  bel  exemplaire  a  primitive- 
ment appartenu  à  un  marchand  nommé  Bowcher, 
ainsi  qu'on  l'apprend  par  une  note  qui  se  trouve  sur 
la  première  page,  et  qui  est  ainsi  conçue  :  Donum 
Dni  Geo.  Bowcher,  mercat.  in  Surat,  in  usum  Biblioth. 
Bodleianœ  apud  Oxonienses.  Anno  Domini  11 18.  Ce  ma- 
nuscrit fut  transporté  en  Angleterre  par  Richard 
Cobbe,  comme  le  prouve  une  seconde  note,  écrite 
par  une  autre  main  que  la  précédente  :  Ah  Inàiis  orien- 
talibus  transportavit  Rie.  Cobbe  cler.  A.  M.  e  Coll.  Oriel, 
1723.  H  y  a  donc  aujourd'hui  cent  douze  ans  que 
cette  copie  du  Vendidad  est  à  Oxford ,  et  qu'elle  est 
ainsi  soustraite  aux  chances  d'altérations  auxquelles 
sont  généralement  soumis  les  manuscrits  qui  restent 
en  Orient.  Ce  volume  grand  in-li°,  dont  l'écriture  est 
élégante  et  très-lisible,  a  six  cent  quatre-vingt-dix- 
huit  pages.  On  trouve  sur  la  page  697  (ou  fol.  35 ov°), 
une  notice  persane,  écrite  en  caractères  zends,  et 
qu'Anquetil  a  traduite  dans  le  premier  volume  de 
son  Zend-Avesta  *.  Cette  notice  montre  que  ce  vo- 
lume a  été  copié  en  1  o5o  de  l'ère  de  Yezdedjerd,  et 
non  en  1  oo5 ,  comme  le  porte  une  note  manuscrite 
latine  qui  se  trouve  dans  le  volume  qui  nous  occupe  ; 
car  le  nom  de  nombre  o»^<w^*o  n'est  autre  chose  que 
le  persan  moderne  »^y.  «  cinquante  »2.  Une  seconde 

1  Zend-Avesta,  t.  I,  2" part.  p.  m.  Voyez  encore  1. 1,  1"  part.  p.  v 
et  cccclviii. 

a  Ce  n'est  pas  la  seule  erreur  que  contienne  cette  note;  les  mots 
*£_?*  **#f*l>  •  <yik,'<)  'Çgft  •)**<*»  'W  y  sont  traduits  par:  Scri- 
psit  hune  Ubrnm  TchedDivdâdifdius;  c'est-à-dire  que  le  titre  du  Ven- 
didad est  métamorphosé  en  nom  d'auteur.  Anquetil  avait  déjà  relevé 


268  FÉVRIER-MARS  1857. 

notice,  écrite  en  guzarati,  donne  pour  date  à  ce  ma- 
nuscrit l'an  de  Vikramâditya  1737,  ce  qui  répond  à 
l'an  1681  de  notre  ère. 

C'est  aussi  à  ce  nombre  que  nous  ramène  le  mois 
mihr  de  l'an  io5o  de  Yezdedjerd,  en  plaçant  le 
commencement  de  l'ère  persane  en  l'an  63 o  de 
J.  C.  On  voit  que  ce  manuscrit  est  assez  ancien;  ce- 
pendant, il  est  encore  dans  un  état  assez  parfait  de 
conservation,  et,  sans  la  date  qui  en  fixe  l'époque 
d'une  manière  précise ,  on  serait  tenté  de  croire  qu'il 
a  été  copié  très-récemment.  Je  tire  de  cette  circons- 
tance la  conclusion  qu'il  ne  faut  pas  se  hâter  de  ju- 
ger de  l'antiquité  des  manuscrits  zends  d'après  leur 
apparence  extérieure;  en  effet,  à  ne  considérer  que 
la  couleur  du  papier  et  la  forme  des  caractères,  on 
serait  naturellement  porté  à  regarder  le  n°  II  du  ca- 
talogue de  la  Compagnie  des  Indes  comme  antérieur 
au  moins  d'un  siècle  au  Vendidad-sadé  de  la  biblio- 
thèque Bodléienne.  Le  fait  est  que  c'est  exactement 
le  contraire  qui  a  lieu,  car  le  n°  II  de  la  Compagnie 
des  Indes  est  d'environ  un  siècle  plus  moderne  que 
celui  d'Oxford.  Cela  vient,  ce  me  semble,  de  ce  que 
le  papier,  en  restant  dans  l'Inde,  s'altère,  sous  l'in- 
fluence successive  de  l'humidité  et  de  la  sécheresse, 
beaucoup  plus  rapidement  qu'en  Europe.  Quelle  que 

cette  erreur,  et  il  avait  remis  au  bibliothécaire  de  la  Bodléienne  une 
traduction  plus  exacte.  Mais  il  ne  paraît  pas  qu'on  ait  fait  grand  cas 
de  sa  traduction ,  car  la  version  fautive  qu'il  avait  corrigée  continue 
de  déparer  le  beau  manuscrit  qu'elle  ne  fait  connaître  que  d'une 
manière  si  imparfaite.  (Voyez  Zend-Avesta,  1. 1 , 1"  part.  p.  cccclviii 
et  cccclix.  ) 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  269 
soit,  du  reste,  ia  cause  de  l'apparente  vétusté  de 
quelques  manuscrits ,  qui  ne  remontent  pas  au  delà 
de  la  fin  du  dernier  siècle ,  la  critique  doit  être  en 
garde  contre  des  signes  extérieurs  faits  pour  la  trom- 
per. Quant  au  mérite  intrinsèque  du  manuscrit  de 
la  bibliothèque  Bodléienne,  il  égale  celui  des  bons 
manuscrits  de  la  Compagnie  des  Indes.  L'orthogra- 
phe en  est  généralement  très-correcte ,  et  elle  se  re- 
commande par  un  caractère  d'uniformité  qui  prouve 
certainement  que  le  copiste  a  reproduit  avec  soin  un 
bon  manuscrit. 

Le  manuscrit  que  nous  venons  de  décrire  a  été 
vu,  comme  nous  l'avons  dit  tout  à  l'heure,  par  An- 
quetil  du  Perron,  qui  fit  le  voyage  d'Oxford,  à  une 
époque  où  la  France  était  en  guerre  avec  l'Angle- 
terre ,  dans  le  but  de  constater  si  les  manuscrits 
zends  qu'il  rapportait  de  l'Inde  étaient  les  mêmes 
que  ceux  que  l'on  conservait  à  Oxford.  On  peut  voir 
dans  la  relation  de  son  voyage  l'importance  qu'il  at- 
tachait à  cette  vérification ,  et  la  persévérance  cou- 
rageuse avec  laquelle  il  surmonta  les  obstacles  qui 
pouvaient  l'arrêter1.  Sans  doute,  Anquetil  ne  sou- 
mit pas  les  ouvrages  qu'il  rencontra  en  Angleterre  à 
un  examen  critique  qui  n'entrait  pas  dans  son  plan. 
Satisfait  d'avoir  rapporté  en  Europe  une  collection, 
jusqu'alors  unique  par  son  étendue  et  sa  valeur,  il 
se  contenta  d'acquérir  la  conviction  que  les  copies 
d'Oxford  ne  contenaient  rien  qu'il  ne  possédât ,  tan- 
dis qu'il  avait ,  de  son  côté ,  réuni  plusieurs  ouvrages 

1  Zend-Avesta,  1. 1,  i"  part.  p.  ccccliv  et  sqq. 

îx.  i8 


270  FÉVRIER-MARS  1857. 

que  les  bibliothèques  de  cette  ville  célèbre  ne  con 
naissaient  pas.  Marchant  sur  ses  traces,  quoique  avec 
des  vues  différentes,  j'avais  le  môme  intérêt  que  lui 
à  consulter  les  richesses  des  bibliothèques  d'Oxford  ; 
et  l'existence  du  manuscrit  déposé  à  la  bibliothèque 
Bodléienne ,  vu  par  Anquetil ,  et  de  nouveau  reconnu 
par  moi,  me  donnait  l'espérance  de  trouver  dans  la 
bibliothèque  Radclifienne  les  manuscrits  que  Fraser 
avait  rapportés  de  l'Inde,  et  qu' Anquetil  disait  avoir 
vus  à  Oxford  en  1762.  Malheureusement,  cette  es- 
pérance a  été  à  peu  près  complètement  trompée ,  et 
je  n'ai  pu  découvrir  dans  la  bibliothèque  Radcli- 
fienne aucun  des  Yaçnas,  dont  l'un  avait  appartenu 
à  Hyde  et  l'autre  à  Fraser.  Je  dis  presque  complè- 
tement, parce  que  je  crois  avoir  acquis  depuis  la  cer- 
titude que  l'un  de  ces  Yacn.Q.s  se  trouve  actuellement 
au  British  Muséum.  Quant  au  manuscrit  de  Fraser, 
M.  le  Dr  ki (Kl .  conservateur  de  la  bibliothèque  Rad- 
clifienne, ainsi  que  MM.  Pusey  et  Cureton,  n'épar- 
gnèrent aucune  peine  pour  le  retrouver;  mais  tous 
leurs  efforts  furent  infructueux,  et  je  dus  renoncer 
à  faire  usage  d'un  manuscrit  dont  mes  regrets  pou- 
vaient exagérer  la  valeur,  puisque  je  n'avais  aucun 
moyen  de  la  vérifier. 

11  ne  m'appartient,  pas  de  rechercher  les  causes 
qui,  de  1762  à  1 835 ,  ont  fait  disparaître  les  vo- 
lumes qu'Anquetil  avait  vus  à  Oxford;  mais,  comme 
son  témoignage  est  la  seule  preuve  que  nous  ayons 
de  l'existence  de  ces  manuscrits ,  je  crois  devoir  le 
reproduire  en  ce  moment.  Peut-être  la  description 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  271 
qu'il  en  donne  mettra-t-elle  sur  la  voie  du  Yaçna  de 
Fraser,  comme  elle  m'a  déjà  fait,  si  je  ne  me  trompe, 
retrouver  celui  de  Hyde.  Après  avoir  comparé  à  son 
Vendidad-sadé  le  volume  in-lx°  qui  était  soigneuse- 
ment conservé  dans  la  bibliothèque  Bodléienne,  et 
qui  s'y  trouve  encore,  Anquetil  désira  voir  ies  ma- 
nuscrits de  Hyde  et  ceux  de  Fraser,  «  Ces  manus- 
crits ,  ce  sont  ses  propres  paroles ,  étaient  entre  les 
mains  du  Dr  Hunt,  professeur  en  arabe,  que  l'on 
avait  chargé  de  les  mettre  en  ordre  pour  la  biblio- 
thèque Radclifienne l.  »  Anquetil,  s'étant  rendu  chez 
ce  docteur,  y  vit  la  plus  grande  partie  des  manus- 
crits persans  que  Fraser  avait  rapportés  de  l'Inde, 
dont  le  catalogue  se  trouve  à  la  suite  de  son  History 
of  Nadir  Shah ,  et  qui  sont  maintenant  à  la  biblio- 
thèque Bodléienne.  En  rendant  compte  de  la  visite 
qu'il  fit  au  Dr  Hunt,  Anquetil  ne  parle  pas,  il  est 
vrai,  des  livres  zends  de  Fraser2;  mais  il  les  décrit 
d'une  manière  complète  dans  la  notice  qu'il  donne 
des  manuscrits  de  la  Bibliothèque  du  roi,  lesquels 
forment  ce  qu'on  appelle  le  Supplément  au  fonds 
d' Anquetil.  Ainsi,  en  parlant  du  n°  III,  qui  con- 
tient les  Ieschts-sadés ,  ou  du  volume  des  Ieschts  et 
des  Neaeschs,  il  s'exprime  en  ces  termes  :  «J'en  ai 
vu  un  pareil  à  Oxford,  chez  le  Dr  Hunt;  il  a  été  ap- 
porté en  Angleterre  par  M.  Fraser,  qui  l'avait  eu  de 
Bikh ,  destour  mobed  de  Surate 3.  »  Or  ce  manuscrit, 

1  Zend-Avesta,  t.  I,  lre  part.  p.  cccclix. 
*  Ibid.  loc.  cit. 


3  Ibid.  t.  I,  2e  part.  Notices,  p.  vi. 


18. 


272  FÉVRIER-MARS  1857. 

qui,  dans  le  catalogue  précité  de  Fraser,  porte  le  titre 
suivant  :  The  zend  of  Zeratiisht ,  in  the  ancient  persic 
charactcr  *,  se  trouve,  en  effet,  dans  la  bibliothèque 
Radclifienne ,  avec  les  manuscrits  persans  que  le 
Dr  Hunt  avait  été  chargé  de  mettre  en  ordre  pour 
cette  bibliothèque.  C'est  un  volume  grand  in-/j°, 
composé  de  deux  cent  quatre-vingt-quatorze  feuil- 
lets ,  paginés  avec  les  chiffres  guzaratis ,  et  écrit  avec 
soin.  Il  contient  les  Ieschls  et  les  Neaeschs,  et  se 
compose  de  soixante  et  quatorze  morceaux. 

Le  second  manuscrit  dont  Anquetil  parle  pour 
l'avoir  vu  à  Oxford,  où  il  avait  été  apporté  par  Fra- 
ser, est  le  volume  du  Yaçna ,  dont  il  donne  la  des- 
cription en  ces  termes  :  «  Le  second  exemplaire  de 
YIzeschne,  conservé  à  Oxford,  a  été  écrit  à  Surate, 
l'an  i  io5  d'Yezdedjerd,  de  J.  C.  iy35,  et  apporté 
en  Angleterre  par  M.  Fraser,  qui,  au  rapport  de 
Darab,  l'avait  acheté,  avec  un  Ravaêt,  cinq  cents 
roupies  (douze  cents  livres),  de  Manekdjiset,  petit- 
fils  de  Roustoum,  lequel  (Manekdjiset)  le  tenait  du 
destour  Bikh  2.  »  Après  une  description  aussi  dé- 
taillée ,  il  n'est  certainement  pas  permis  de  douter 
qu' Anquetil  n'ait  réellement  vu  à  Oxford ,  et  chez  le 
Dr  Hunt,  le  manuscrit  précité  du  Yaçna.  Et  comme 
ce  volume  avait  appartenu  à  Fraser,  comme  il  se 
trouvait  dans  les  mains  du  savant  chargé  de  mettre 
en  ordre  la  collection  de  Fraser  pour  la  bibliothèque 
Radclifienne,  comme,  enfin ,  les  volumes  persans  de 

1  Fraser,  Hist.  of  Nadir  Shah,  catal.  p.  35. 
*  Zend-Avesta,  t.  I,  a'  part.  Notices,  p.  ix. 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  273 
cette  coliection,  ainsi  qu'un  autre  manuscrit  zend 
qui  en  faisait  partie,  sont  réellement  conservés  au- 
jourd'hui dans  la  bibliothèque  Radclifienne ,  où  An- 
quetil  les  a  vus  et  où  je  les  ai  vus  après  lui,  on  est 
naturellement  conduit  à  penser  que  le  Yaçna  de 
Fraser  était  aussi  destiné  à  la  Radclifienne.  Mais, 
comme  il  ne  s'y  trouve  plus  aujourd'hui,  il  faut  sup- 
poser de  deux  choses  l'une ,  ou  qu'il  n'y  est  jamais 
entré,  ou  bien  que,  après  y  avoir  été  déposé,  il  s'y 
est  égaré  ou  en  a  été  soustrait.  Peut-être  ce  volume 
avait-il  été  donné  en  présent  au  Dr  Hunt  ;  ce  qu'il  y 
a  de  certain,  c'est  qu'il  ne  figure  pas  au  nombre  des 
manuscrits  dont  se  compose  le  catalogue  de  Fraser. 
Celte  circonstance,  dont  je  n'ai  pu  découvrir  la  rai- 
son, ne  me  paraît  pas  cependant  devoir  infirmer  le 
témoignage  d'Anquetil ,  qui  assure  que  c'était  Fraser 
qui  avait  apporté  ce  manuscrit  en  Europe,  et  qui 
l'avait  accompagné  d'une  note  relative  à  la  seule  fa- 
mille parse  qui ,  de  son  temps ,  comprît  le  zend  à 
Surate. 

Ce  que  nous  venons  de  dire  des  manuscrits  de  Fra- 
ser, dont  l'un  existe  encore  et  dont  l'autre  est  perdu, 
s'applique,  en  partie,  aux  manuscrits  de  Th.  Hyde. 
Anquetil,  dans  la  relation  de  son  séjour  à  Oxford, 
parle  en  termes  très-positifs  de  l'existence  d'un  vo- 
lume contenant  les  Neaeschs,  qu'il  dit  avoir  appar- 
tenu au  célèbre  Hyde,  et  qui  se  trouvait  chez  le 
Dr  Hunt.  Je  cite  encore  ses  propres  paroles  :  «...  Je 
lui  fis  voir  (au  Dr  Hunt)  que  ce  qu'il  prenait  pour  de 
l'ancien  persan  n'était  que  du  persan  moderne  revêtu 


274  FÉVRIER- MARS  1857. 

de  caractères  anciens ,  qu'il  lisait  à  l'aide  d'un  alpha- 
bet zend  et  persan  qu'il  avait  trouvé  dans  le  manus- 
crit des  Neaeschs  appartenant  au  Dr  Hyde.  La  science 
de  M.  Hunt  se  trouva  en  défaut  devant  le  livre  des 
Neaeschs  de  ce  docteur1.  »  Puis,  dans  une  autre 
partie  de  son  Zend-Avesta,  après  avoir  décrit  le  vo- 
lume des  Neaeschs  de  Fraser,  il  dit ,  en  parlant  du 
Dr  Hunt  :  c«  Le  même  docteur  possède  les  Neaeschs 
zends  et  le  Nékah  en  caractères  zends,  copiés  l'an 
d'Yezdedjerd  10/12  (de  J.  C.  1672).  C'est  un  des 
manuscrits  du  Dr  Hyde  2.  »  Or,  comme  Anquetil 
affirme  autre  part,  ainsi  qu'on  l'a  vu  plus  haut,  que 
les  manuscrits  de  Hyde  étaient,  ainsi  que  ceux  de 
Fraser,  confiés  à  Hunt ,  qui  les  cataloguait  pour  la 
bibliothèque  Radclifienne ,  je  devais  naturellement 
espérer  de  trouver  dans  cette  bibliothèque  le  volume 
des  Neaeschs  et  du  Nekah.  Mais  puisque,  malgré  les 
recherches  les  plus  attentives,  je  n'ai  pu  l'y  découvrir, 
je  suis  forcé  d'avoir  recours  à  l'une  des  deux  suppo- 
sitions dont  je  parlais  tout  à  l'heure.  La  première, 
celle  que  ce  manuscrit  n'est  jamais  entré  dans  la 
Radclifienne,  reçoit  un  certain  degré  de  vraisem- 
blance de  cette  assertion  d'Anquetil  :  «  Le  même  doc- 
teur possède  les  Neaeschs  zends.  »  Car,  si  le  Dr  Hunt 
possédait  ce  manuscrit ,  il  est  très-vraisemblable  qu'il 
ne  le  destinait  pas  à  la  bibliothèque  Radclifienne. 
Mais  ce  qui  me  paraît ,  sinon  démontrer,  du  moins 
rendre  très-probable  la  supposition  que  ce  volume 

1   Zend-Avesta,  t.  I ,  »'*  pari.  p.  cccclx. 
*  Ibid.  t.  I ,  a*  part.  p.  vi . 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  275 
n'a  jamais  appartenu  à  cette  bibliothèque,  c'est  qu'il 
me  semble  n'être  autre  qu'un  manuscrit  qui  porte 
le  nom  de  Hyde ,  et  qui  fait  maintenant  partie  de  la 
collection  du  British  Muséum.  Ce  fait,  qui  n'a  pas 
encore  été  remarqué ,  résulte ,  ce  me  semble ,  de  la 
comparaison  de  la  notice  donnée  par  Anquetil,  et 
de  celle  que  j'emprunte  au  catalogue  imprimé  des 
manuscrits  du  British  Muséum,  page  2Z17,  par  Ays- 
cough  :  N°  1 6  BVI.  Zoroastres  his  liturgy  in  the  old 
persian  tongue;  accurately  written  with  alphabets  of  the 
zend  and  pazend  at  the  end  ofit,  with  some  persian  ru- 
les.  From  this  book  [it  being  curiously  and  exactly  writ- 
ten) ,  Dr  Hyde  chiejly  took  his  pattern  for  cutting  and 
casting  the  old  persian  printing  letters.  Cette  descrip- 
tion, il  est  vrai,  ne  nous  dit  rien  du  contenu  de  ce 
volume  ;  mais  elle  nous  apprend  déjà  qu'il  était  ac- 
compagné d'un  alphabet  zend  et  pazend.  Or  le  vo- 
lume des  Neaeschs  de  Hyde  vu  par  Anquetil  conte- 
nait aussi  un  alphabet  zend  et  pehlewi.  J'ajouterai  que 
le  volume  du  British  Muséum  renferme,  outre  di- 
verses pièces  qui  font  ordinairement  partie  du  recueil 
des  Ieschts,  cinq  Neaeschs  et  le  Nekah.  Voici,  en 
effet,  la  table  de  ce  volume,  de  format  grand  in-8°, 
qui  se  compose  de  cent  trente-cinq  pages  numéro- 
tées au  crayon ,  à  la  manière  européenne ,  et  qui  est 
assez  nettement,  quoique  peu  élégamment  écrit. 
Les  titres  des  morceaux  qu'il  renferme  sont  tracés  à 
l'encre  rouge.  La  page  1  s'ouvre  par  les  prières  or- 
dinaires de  YAchëm  vôhû  et  de  la  profession  de  foi 
du  Parse;  puis  on  trouve,  page  1 ,  Nîrang.kuçti.baç- 


276  FÉVRIER-MARS  1857. 

tan;  page  5,  Nîrang.daçt.sôi;  page  î  î,  Hôs  bâm  navî- 
çëm;  page  18,  Khursèt.nèâis ;  page  3&,  Mihèr.néâis ; 
page  39,  Mâh.nèâis;page  li5,  Nèâis.ardayçûr;  page  53, 
Nèâis.âtas.bihrâm;  page  64 ,  Daâê;  page  69,  Paitaêtî; 
page  9a,  Gâh.hâûanê;  page  98,  Gâh.rapithwan; 
page  io3,  Gâh.uzîran,  page  107,  Gâh.aiwiçruthrém; 
page  1 1 4  ,  Gâh.usahan ;  page  119,  Nèkâh.mè.navî- 
çam;  page  i3s,  les  lettres  zendes  dans  cet  ordre  : 

^-  t^'vo  ça  tj  •»  ^5  &}  *C-.«y  <^-5  •&  ei-  **\  -i*_j  »? 
.fi  .0  -v  -  wj  /CT    u»    «f  !»    -I  -i,  «    -V  >  .*<g.  .1 

pages  1 34  et  i35,  une  courte  explication,  en  per- 
san ,  sur  le  rapport  des  lettres  zendes  avec  les  lettres 
persanes.  On  voit  que  cette  description  convient, 
quant  au  contenu  du  manuscrit,  avec  celle  qu'An- 
quetil  donne  du  volume  de  Hyde.  Il  manque,  il  est 
vrai,  à  la  notice  précédente,  la  date  indiquée  par 
Anquetil  comme  se  trouvant  sur  le  manuscrit  de 
Hyde;  mais  peut-être  que  cette  date  est  mentionnée 
à  la  fin  de  la  notice  persane  qui  termine  ce  volume. 
De  ce  qu  elle  ne  figure  pas  dans  les  notes  que  j'ai 
prises  sur  ce  manuscrit,  cela  n'est  pas  une  preuve 
qu'elle  manque  dans  le  manuscrit  même;  car,  comme 
ce  volume  n'avait  dans  mon  plan  que  peu  d'impor- 
tance, et  qu'il  ne  se  recommandait  que  par  le  nom 
du  savant  célèbre  auquel  il  avait  appartenu,  je  n'ai 
pas  cherché  à  me  procurer  une  traduction  complète 
de  la  notice  persane.  J'étais  loin  de  m'attendre,  quand 
j'en  rédigeais  la  table,  que  j'y  reconnaîtrais  plus  tard 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  277 
un  des  manuscrits  que  j'avais  vainement  cherchés  à 
Oxford. 

Outre  le  manuscrit  des  Neaeschs  que  nous  venons 
de  décrire,  Anquetil  vit.  à  Oxford  un  manuscrit  du 
Yaçna  autre  que  celui  de  Fraser.  Voici  comme  il  le 
décrit  dans  sa  Notice  des  manuscrits  de  la  Biblio- 
thèque du  roi  :  «J'ai  vu  à  Oxford,  chez  le  Dr Hunt, 
deux  exemplaires  de  YIzeschné-sâdé;  les  cérémonies 
n'y  sont  pas  marquées.  Le  premier  exemplaire  ap- 
partenait au  Dr  Hyde,  et  a  été  copié  l'an  1  o3o  d'Yez- 
dedjerd,  de  J.  C.  1 660.  C'est  vraisemblablement  le 
manuscrit  zend  que  Norouzdji,  fils  de  Roustoum 
Manek ,  vit ,  il  y  a  quarante  à  cinquante  ans ,  en  An- 
gleterre ,  et  qu'il  ne  put  lire ,  à  ce  que  m'a  dit  le  des- 
tour Darab  l.  »  D'après  ce  qui  a  été  dit  plus  haut  par 
Anquetil  lui-même ,  ce  manuscrit  devrait  se  trouver 
à  la  bibliothèque  Radclifienne  ;  il  n'en  est  rien  ce- 
pendant, et  je  n'ai  pu  en  découvrir  la  trace  à  Oxford. 
Mais  le  British  Muséum  possède  un  Yaçna  qui  faisait 
primitivement  partie  de  la  collection  de  Th.  Hyde, 
et  qui  porte,  dans  le  catalogue  des  manuscrits  du 
Muséum,  le  numéro  et  le  titre  suivants  :  N°  16  BV, 
Zoroastres  his  book  Yezischny  in  the  old  persian  lan- 
guage  with  an  alphabet  at  ihe  beginning  ojit.  C'est  un 
manuscrit  grand  in-8°  de  trois  cent  sept  pages ,  mar- 
quées au  crayon ,  à  la  manière  européenne  ;  chaque 
page  contient  seize  lignes.  L'écriture  en  est  lisible  et 
assez  bonne,  quoique  peu  élégante-,  le  papier  en  est 
blanc  et  lisse;  quant  au  fond,  c'est  un  Yaçna  dans 

1  Zend-Avesia,  t.  I,  2e  part,  notices,  p.  vin  et  ix. 


278  FÉVRIER-MARS  1857. 

lequel  les  cérémonies  ne  sont  pas  indiquées.  A 
la  fin  de  la  page  307,  on  lit  une  notice  persane 
écrite  en  caractères  zends,  notice  qui  donne  pour 
date  à  ce  manuscrit  le  jour  Amerdad  du  mois  Ardi 
behischt  de  l'an  io3o  d'Yezdejerd.  Cette  dernière 
circonstance  me  parait  mettre  hors  de  doute  l'iden- 
tité de  ce  manuscrit  avec  celui  qu'Anquetil  vit,  en 
1  762  ,  à  Oxford,  dans  les  mains  du  Dr  Hunt.  Enfin, 
je  crois  que  le  Sadder  et  le  Viraf  Nameh ,  que  Hunt 
montra  à  Anquetil  pendant  que  ce  dernier  était  à 
Oxford,  sont  les  mêmes  que  le  Sadder  et  le  Viraf 
Nameh  du  British  Muséum.  Si  ces  diverses  opinions 
sont  admises ,  on  en  devra  conclure  qu'il  ne  faut 
plus  chercher  les  manuscrits  zends  ou  parsis  de 
Th.  Hyde  à  Oxford,  dans  la  bibliothèque  lladcli- 
fienne,  où  ils  n'ont  jamais  été  déposés;  que  ces  ma- 
nuscrits, auxquels  le  nom  de  Hyde  donne  quelque 
prix,  ne  sont  pas  égarés,  nuis  qu'on  les  conserve 
au  British  Muséum;  et  enfin  que  le  seul  manuscrit 
perdu  des  cinq  volumes  zends  que,  sur  la  foi  d'An- 
quetil,  je  devais  rencontrer  à  Oxford,  est  le  Yaçna 
de  Fraser,  qui  se  trouvait,  en  1762,  entre  les  mains 
du  Dr  Hunt1. 


1  S'il  faut  en  croire  l'éditeur  de  l'ouvrage  de  Hyde  sur  l'ancienne 
religion  persane  (éd.  1760),  les  manuscrits  de  Hyde  se  trouvaient, 
en  1760,  déposés  au  British  Muséum,  établissement  auquel  ils 
avaient  été  donnés  par  Georges  II;  mais  il  faut  supposer  que  tous 
les  manuscrits  de  ce  savant  n'étaient  pas  encore  au  Musée  britan- 
nique, puisque  AnquetH  en  vit  quatre  en  1762  ,  à  Oxford,  entre  les 
main9  du  Dr  Hunt.  Serait-ce  que  ces  quatre  manuscrits,  savoir  le 
Yaçna ,  les  Ncaeachs,  le  Sadder  et  Viral'-Nameli ,  auraient  été  prêtés 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  279 
Ces  détails  dans  lesquels  je  viens  d'entrer  m'ont 
paru  nécessaires  pour  éclaircir,  autant  que  cela  est 
possible,  ce  point  d'histoire  littéraire,  sur  lequel  je 
n'ai  pu  obtenir  à  Oxford  aucun  renseignement  po- 
sitif. Il  ne  me  reste  plus  qu'à  décrire ,  d'une  manière 
plus  détaillée,  le  seul  manuscrit  zend  qui  ait  de  l'in- 
térêt pour  mon  travail ,  c'est-à-dire  le  Yaçna  de  Hyde, 
que  l'on  conserve  au  British  Muséum.  Les  espérances 
que  j'avais  fondées  sur  la  date  ancienne  de  ce  ma- 
nuscrit se  sont  malheureusement  évanouies  ;  et, 
après  un  examen  très-attentif  des  soixante  premières 
pages ,  j'ai  reconnu ,  à  mon  grand  regret ,  qu'il  ne 
pouvait,  en  aucune  manière ,  être  comparé  aux  bons 
manuscrits  du  Vendidad-sadé  que  possède  la  biblio- 
thèque de  la  Compagnie  des  Indes;  il  ne  se  place 
même,  si  je  ne  me  trompe,  qu'après  les  deux  pre- 
miers Yaçna  s  de  cette  bibliothèque,  c'est-à-dire  les 
nos  XIII  et  XVIII  du  catalogue.  Ainsi,  tandis  que  les 
mots  faciles  et  qui  reviennent  à  chaque  instant  sont 
écrits  d'une  manière  en  général  assez  uniforme,  on 
y  trouve,  dans  d'autres  mots  importants,  des  fautes 
graves,  et  dont  sont  quelquefois  exempts  des  ma- 
nuscrits de  peu  de  valeur.  J'ai  rassemblé  ici  quel- 
ques-unes de  ces  fautes;  en  preuve  de  ce  que  j'a- 
vance. On  lit,  par  exemple,  page  1  ,  yô-nôidat;  — 
yô-tatas; —  yô-taothraya  ;  — yô-mainyèus-çpëntô-iimô  ; 

au  Dr  Hunt,  auxquels  étaient  déjà  confiés  les  manuscrits  achetés, 
par  les  héritiers  de  Radclifie,  pour  la  bibliothècjuc  qui  recul  son 
nom  de  ce  médecin?  C'est  lin  point  qu'il  est  peut-être  bien  difficile 
de  déterminer  aujourd'hui. 


280  FÉVRIER-MARS  1857. 

—  vajjhava-managhé; —  page  9,  iitliralu U ahurahè . 

—  gaoyaôi-tôis  ;  —  tchasminô;  —  page  l\ ,  ahmahma- 
hctcha;  —  page  6,  mazdô-frçâçtcha  ; —  ahurahëibya; 

—  pages  6  et  y,  hvarëtchakhsaêti-érvad-açp ; — page  g, 
çpëntahê-mainyus-dâmanâm  ;  —  achaonê-nâmtcha;  — 
ugërënâm-aiwëthûranâm  ;  —  page  î  o,  rapîtané-achôum 

—  page  1 1 ,  thwâ-dadhivaés  ;  —  page  i  5 ,  ghanâoçtcha 
— yâiryâmtcha-husatim;  page  i  7,  varëçni-hriçtëmtcha 

—  page  1 8 ,  ahuramëthra...aithyô-djagha;  — page  2  1 , 
t-rët  (pour  çarëdha),  etc.  Ces  fautes,  et  beaucoup 
d'autres  encore,  dont  plusieurs  sont  très-graves,  en 
ce  qu'elles  attestent,  dans  le  copiste,  une  ignorance 
à  peu  près  complète  de  la  langue  zende ,  suffisent , 
je  crois,  pour  démontrer  que  ce  manuscrit  a  été 
exécuté  avec  très -peu  de  soin,  et  qu'il  n'a  guère 
d'autre  mérite  que  d'être  le  plus  ancien  volume  zend 
qui  nous  soit  connu ,  puisque  sa  date ,  qui  est  déter- 
minée d'une  manière  précise ,  remonte  à  la  seconde 
moitié  du  xvne  siècle ,  c'est-à-dire  à  une  époque  dont 
nous  n'avons  que  peu  de  manuscrits.  Pressé  par  le 
temps,  et  ayant  déjà  rassemblé  les  variantes  de  huit 
manuscrits  sur  neuf  que  possèdent  les  collections 
réunies  de  la  Compagnie  des  Indes  et  de  la  biblio- 
thèque Bodléienne,  j'ai  abandonné  avec  moins  de 
regret  la  collation  du  volume  du  Muséum.  Des  rai- 
sons qu'il  n'importe  pas  au  lecteur  de  connaître 
m'empêchaient  de  prolonger  mon  séjour  à  Londres 
autant  que  cela  eût  été  nécessaire;  je  me  voyais 
donc  dans  l'obligation  de  choisir,  et  conséquemment 
de  faire  quelques  sacrifices  au  désir  que  j'avais  d'être 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  281 
complet.  C'est  ainsi  que  j'ai  mieux  aimé  me  rendre 
à  Oxford,  où  je  croyais  devoir  trouver  plusieurs 
Yaçnas,  qu'à  Cambridge,  où  Hyde  nous  apprend 
que  la  bibliothèque  du  collège  d'Emmanuel  possède 
un  manuscrit  du  même  ouvrage1.  Mais,  pour  ne 
laisser  aucun  doute  sur  l'existence  de  ce  dernier  ma- 
nuscrit, je  me  suis  adressé  à  un  membre  de  l'uni- 
versité de  Cambridge ,  M.  Wright,  qui  a  eu  l'extrême 
complaisance  de  faire  pour  moi  des  démarches  dont 
le  résultat  a  été  d'établir  que  la  bibliothèque  du  col- 
lège d'Emmanuel  possède  en  effet  un  manuscrit  du 
Yaçna ,  dont  la  date,  qui  m'est  restée  inconnue,  doit 
être  ancienne,  puisque  le  volume  avait  déjà  été  vu 
par  Hyde  avant  le  commencement  du  dernier  siècle. 
Ainsi,  le  Yaçna  de  Cambridge  doit  être  ajouté  à  la 
liste  de  ceux  que  possède  l'Angleterre;  c'est,  avec 
le  manuscrit  du  British  Muséum,  un  volume  dont 
la  collation  est  réservée,  soit  à  un  voyageur  plus 
libre  que  je  ne  l'étais,  soit  à  moi-même,  si  je  puis 
une  seconde  fois  visiter  l'Angleterre. 

En  résumé,  sur  douze  manuscrits  que  doit,  d'a- 
près le  témoignage  d'Anquetil,  posséder  l'Angleterre, 
j'en  ai  collationné  huit;  trois  sont  encore  à  examiner, 
et  le  douzième  est  perdu.  Des  trois  volumes  qui  res- 
tent à  collationner,  il  y  en  a  un  que  les  juges  com- 
pétents ne  me  reprocheront  pas,  je  l'espère,  d'avoir 
négligé,  quand  ils  reconnaîtront  combien  il  est  fautif. 
Quant  aux  Yaçnas  de  Cambridge  et  du  Muséum,  le 

1   Vet.  Pers.  Rel.  p.  344,  à  la  note,  et  Zend-Avesta,  t.  I,  2e  part. 
Notices,  p.  ix. 


282  FÉVRIER-MARS  1857. 

temps  m'a  manque  pour  les  copier;  mais  j'espère 
pouvoir  obtenir  plus  tard  la  collation  du  volume  du 
British  Muséum  :  c'est  pour  cela  que,  dans  la  liste 
des  manuscrits  dont  j'ai  fait  usage  pour  mon  travail, 
ce  manuscrit  est  désigné  par  la  lettre  A.  Si  cette  col- 
lation se  trouve  à  ma  disposition  avant  l'impression 
de  ce  volume,  j'en  ferai  usage  en  son  lieu;  sinon ,  je 
la  donnerai  à  part,  avec  un  des  volumes  suivants. 

Aux  huit  manuscrits  dont  je  viens  de  parler,  ma- 
nuscrits dont  la  possession  triple  les  secours  que  me 
fournissait  déjà  la  Bibliothèque  du  Roi,  est  venue 
s'ajouter  l'édition  in-folio  de  Vendidad-sadé  que  les 
Parses  on  publié  à  Bombay.  L'existence  de  cette 
édition  m'était  complètement  inconnue  au  moment 
où  j'ai  publié  la  seconde  partie  de  mon  premier  vo- 
lume (mars  1 835  ).  J'en  dois  l'indication  à  M.  Garcin 
de  Tassy,  qui  possède  le  seul  exemplaire  qui  en  soit 
parvenu  en  Europe.  J'ai  fait  à  Londres  des  recher- 
ches infructueuses  pour  me  procurer  une  édition 
qui  devait  nécessairement  avoir  pour  moi  un  grand 
intérêt.  Aucune  des  personnes  auxquelles  je  me  suis 
adressé  n'en  avait  connaissance  ;  aucun  catalogue 
n'en  faisait  mention  ;  de  sorte  que ,  sans  l'attention 
que  les  Parses  ont  eue  d'en  adresser  un  exemplaire 
à  M.  Garcin  de  Tassy,  et  sans  la  complaisance  avec 
laquelle  il  a  bien  voulu  me  le  prêter,  ce  fait  remar- 
quable que  les  Parses  ont  songé  à  publier  leurs  livres 
religieux  serait  encore  aujourd'hui  ignoré  de  l'Eu- 
rope savante.  Peut-être  me  sera-t-il  permis  de  con- 
jecturer que  l'existence  de  l'édition  lithographiée  du 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  283 
Vendidad-sadé ,  que  j'ai  commencée  en  1 829 ,  n'a  pas 
été  sans  influence  sur  la  détermination  des  Parses; 
elle  a  du  moins  montré  quelles  ressources  offrait  la 
lithographie  pour  la  publication  des  textes  dont  l'im- 
pression, en  supposant  qu'elle  fût  possible,  entraî- 
nait des  frais  et  des  lenteurs  considérables.  Quant  à 
l'édition  de  Bombay,  je  l'ai  considérée  comme  un 
manuscrit  de  plus ,  et  j'en  ai  recueilli  toutes  les  va- 
riantes. La  rareté  de  ce  volume ,  qui  a  vraisembla- 
blement été  destiné  exclusivement  à  l'usage  des 
Parses,  et  dont  il  ne  parviendra  peut-être  jamais  un 
second  exemplaire  en  Europe,  m'a,  en  outre,  paru 
exiger  que  j'en  donnasse  une  description  exacte. 

En  possession  des  matériaux  que  me  fournissaient 
les  neuf  manuscrits  que  je  viens  de  décrire,  j'ai  cru 
que  je  pouvais  entreprendre  de  fixer  directement  le 
texte  du  Yaçna,  sans  suivre  servilement,  comme  je 
l'avais  fait  jusqu'ici,  un  des  manuscrits  de  la  Biblio- 
thèque du  Roi.  Le  plan  que  j'avais  adopté  m'avait 
paru  nécessaire,  à  cause  du  petit  nombre  de  secours 
qui  se  trouvaient,  dans  le  principe,  à  ma  disposition. 
J'ignorais  jusqu'à  quel  point  les  manuscrits  de  Lon- 
dres ou  ceux  de  Copenhague  confirmeraient  ou  con- 
trediraient certains  résultats  qui  intéressent  la  cri- 
tique. Il  me  semblait  indispensable  de  mettre  sous 
les  yeux  du  lecteur  le  texte  zend  tel  que  le  donnent 
les  manuscrits  de  la  Bibliothèque  royale,  sauf  à  faire 
moi-même  un  choix  entre  les  diverses  leçons  four- 
nies par  les  diverses  copies.  Pouvais-je,  en  outre, 
prévoir  ce  fait  si  remarquable ,  que  les  manuscrits 


284  FÉVRIER-MARS  1857. 

de  Paris ,  de  Londres  et  d'Oxford ,  c'est-à-dire  la  plus 
grande  partie  de  ce  qu'on  possède  de  Yaçnas  en  Eu- 
rope ,  puisqu'il  n'en  existe  qu'un  à  Cambridge  et  que 

à  Copenhage,  que  tous  ces  manuscrits,  dis-je, 

s'accorderaient  si  unanimement  à  nous  présenter 
une  rédaction  uniforme,  et,  je  pourrais  presque  dire, 
identique?  Quelque  désir  que  j'eusse  qu'il  en  fût 
ainsi,  je  devais  prendre  les  précautions  nécessaires 
pour  le  cas  où  les  manuscrits  de  Londres  m'eussent 
donné  une  rédaction  différente  de  celle  que  je  trou- 
vais à  Paris.  Mais  aujourd'hui  la  certitude  que  j'ai 
acquise  sur  ce  point  important  m'autorise  à  modi- 
fier le  plan  primitif  de  mon  travail ,  de  manière  à 
le  rendre  moins  imparfait.  J'abandonne  donc  le  ma- 
nuscrit que  je  suivais  exclusivement  d'abord ,  c'est- 
à-dire  le  n°  i  du  supplément  au  fonds  d'Anquefil , 
et  je  rédige  mon  texte  d'après  la  comparaison  des 
treize  exemplaires  dont  je  possède  les  variantes. 
Mais,  pour  mettre  le  lecteur  à  môme  de  faire,  de 
son  côté,  son  choix,  s'il  n'approuve  pas  le  mien, 
j'ai  réuni,  sous  chaque  paragraphe,  la  totalité  des 
variantes  des  treize  manuscrits  du  Yaçna.  Ce  relevé 
ne  m'empêche  pas  de  discuter,  dans  le  cours  du 
commentaire ,  les  diverses  leçons  que  présentent  mes 
divers  exemplaires  ;  mais  il  me  dispense  d'insister 
sur  celles  qui  sont  évidemment  fautives,  et  il  dé- 
barrasse le  commentaire  de  répétitions  qui  n'y  sont 
pas  à  leur  place.  Pour  établir,  entre  le  commence- 
ment et  la  suite  de  cet  ouvrage ,  l'uniformité  néces- 
saire, j'ai  repris  le  premier  chapitre,  et  je  l'ai  publié 


NOTICE  SUR  DES  MANUSCRITS  ZENDS.  285 
de  nouveau  avec  la  collation  des  neuf  manuscrits 
dont  je  viens  de  parler;  mais  je  me  suis  cru  dis- 
pensé d'en  reproduire  l'interprétation;  les  change- 
ments que  j'ai  dû  y  apporter  sont  exposés ,  avec  les 
développements  qui  m'ont  paru  nécessaires,  dans  la 
seconde  partie  de  cette  introduction. 

Il  ne  me  reste  plus,  pour  terminer  cette  notice, 
qu'à  donner  la  liste  des  treize  manuscrits  que  j'ai 
employés  pour  ce  travail ,  avec  les  lettres  par  les- 
quelles je  les  désigne.  J'ai  suivi  l'ordre  chronolo- 
gique; toute  autre  classification  eût  été  bien  diffi- 
cile, pour  ne  pas  dire  impossible;  car,  à  l'exception 
d'un  ou  de  deux  manuscrits ,  dont  la  correction  est , 
jusqu'à  un  certain  point,  irréprochable,  on  doit  re- 
connaître que  tous  les  manuscrits  ont  à  peu  près  la 
même  valeur;  tous,  à  peu  près,  sont  également  dus 
à  des  copistes  qui  n'avaient,  les  uns  et  les  autres, 
qu'une  intelligence  très-imparfaite  de  la  langue  dans 
laquelle  les  textes  zends  sont  écrits.  Quant  aux  co- 
pies du  Yaçna  qui  ne  portent  pas  de  date,  je  les  ai 
classées  approximativement,  d'après  l'année  dans 
laquelle  elles  ont  été,  pour  la  première  fois,  con- 
nues du  voyageur  auquel  nous  en  devons  la  men- 
tion. Ces  manuscrits  peuvent  être  et  sont,  en  effet, 
plus  anciens  que  cette  époque  ;  mais  ils  ne  sont  cer- 
tainement pas  plus  modernes. 

LISTE  DES  MANUSCRITS  DE   PARIS,   DE  LONDRES  ET  D'OXFORD. 

Yaçna       A.  =  N°  16  BV,  Ayscough's  catalogue. 
Vendidad  B.  =  N°  I,  Catalogue  des  manuscrits  zends  de  la 
Compagnie  des  Indes, 
ix.  ,9 


286 

FÉVRIER-MARS  1857. 

Vendidad  C. 

-=  Manuscrit  zend  de  la  bibliotli.  Bodléicnne. 

Vendidad  D. 

N"l,  Supplément  d'Anquetil,   lithograpliit 

à  Paris,  en  1829. 

Vendidad  E 

=  N°  II,  Catalogue  des  manuscrits  zends  de  In 

Compagnie  des  Indes. 

Vendidad  1 

=  N°  III,  ibid. 

Yaçna 

G. 

—  N°  VI ,  Supplément  d'Anquetil. 

Yaçna 

H. 

=  N°  II ,  Fonds  d'Anquetil. 

Yaçna 

I. 

===  N°  III,  Supplément  d'Anquetil. 

Yaçna 

K. 

=  N"  XVII,  Catalogue  des  manuscrits  zends  de 
la  Compagnie  des  Indes. 

Yaçna 

L. 

-N'XIII,  ibid. 

Yaçna 

M. 

-  N' XVIII,  ib,d. 

NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE. 


PROCÈS  VERBAL   DE  LA  SÉANCE  DU  9  JANVIER    1857. 

Il  est  donné  lecture  du  procès-verbal  de  la  séance  de  dé- 
cembre. Le  secrétaire  remarque  qu'il  y  a  une  lacune  dans  ce 
procès-verbal,  relative  à  la  commission  nommée  pour  propo- 
ser deux  membres  étrangers;  il  demande  d'y  ajouter  que  cette 
commission  est  nommée  sur  la  proposition  de  MM.  Garcin 
de  Tassy  et  Léon  de  Rosny,  et  que  les  commissaires  étaient 
MM.  Garcin  de  Tassy,  Dubeux  et  Dulaurier.  Le  procès-verbal 
est  adopté  avec  ce  complément. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  287 

Sont  proposés  et  nommés  membres  de  la  Société  : 

MM.  Alphonse  Alekan,  à  Tunis  ; 

Georges  Bullad  ,  drogman  auxiliaire ,  à  Damas. 

Il  est  donné  lecture  de  lettres  de  M.  Alekan ,  de  M.  Du- 
laurier,  et  du  secrétaire  de  la  Compagnie  des  Indes. 

M.  Dubeuxfait,  au  nom  de  la  commission  nommée  pour 
présenter  une  proposition  sur  le  remplacement  de  deux 
membres  honoraires ,  un  rapport  dans  lequel  il  propose  au 
conseil  de  nommer  M.  E.Salisbury,  secrétaire  de  la  Société 
orientale  américaine,  à  Boston,  et  M.  G.  Weil,  professeur  à 
Heidelberg.  Le  conseil  vote  sur  cette  proposition ,  et  M.  Ed- 
ward Salisbury,  à  Boston,  M.  Gustave  Weil,  à  Heidelberg, 
sont  nommés  membres  honoraires  de  la  Société. 

M.  Mohl  demande  la  parole  pour  faire  une  proposition. 
Il  pense  que,  l'achèvement  des  Voyages  d'Ibn  Batoutah  étant 
assuré  et  prochain,  il  faut  pourvoir  d'avance  à  la  continua- 
tion ininterrompue  de  la  Collection  orientale  de  la  Société, 
d'autant  plus  que  l'impression  de  Masoudi  procède  avec  plus 
de  lenteur  que  la  Société  et  l'éditeur  n'auraient  désiré.  Il 
émet  le  vœu  que  la  publication  du  Kitab  el-Fihrist  soit  en- 
treprise ,  et  que  M.  le  baron  de  Slane  soit  prié  de  s'en  charger. 
Plusieurs  membres  appuient  cette  proposition  par  des  consi- 
dérations tirées  de  l'importance  historique  et  littéraire  de 
cet  ouvrage.  La  proposition  est  envoyée  au  bureau  de  la  So- 
ciété pour  faire  un  rapport  sur  l'opportunité  de  cette  publi- 
cation et  les  moyens  d'exécution. 

M.  J.  Oppert  donne  lecture  de  sa  traduction  de  l'inscrip- 
tion assyrienne  de  Borsippa. 

OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIETE. 

Par  le  traducteur.  Le  Livre  des  Rois,  par  Abou'lkasim 
Firdousi,  publié,  traduit  et  commenté  par  Jules  Mohl. 
Paris,  Imprimerie  impériale,  i855,  in-folio  (tome  IV). 

L'Institut  Lazareff  des  langues  orientales  fondé  à  Moscou, 

'9- 


M  FÉVRIER-MARS  1857. 

traduit  du  russe  et  de  l'arménien  par  Edouard  Dulaurier. 
Paris,  i856,  in-8°. 

Dictionnaire  tamoulfrançuis.  Pondichéry  ,  i856  ,  in-8°, 

Par  un  anonyme.  Revue  de  l'Orient.  Octobre-novembre , 
i856,  in-8°. 

Par  les  éditeurs.  The  Journal  of  the  indian  archipclago , 
nouvelle  série,  vol.  I,  1" numéro,  in-8*. 

Par  l'auteur.  Rigveda-sanhita ,  the  sacred  hymns  of  the 
Rrahmans;  edited  by  Max  Mûller,  vol.  III,  i856,  in-4°. 

Par  M.  Dulaurier,  au  nom  de  S.  E.  le  comte  de  Lazareff. 
Mémoires  sur  la  vie  et  les  travaux  des  plus  illustres  descen- 
dants de  la  famille  de  Lazareff,  par  le  professeur  Inser.  Mos- 
cou, i856,  in-8*  avec  figures. 

PROCÈS-VERBAL  DE  LA  SÉANCE  DU  13  FÉVRIER  1857. 

Le  procès-verbal  est  lu  ;  la  rédaction  en  est  adoptée. 

M.  le  président  donne  lecture  d'une  lettre  de  M.  le  mi 
ni-ire  de  l'instruction  publique,  par  laquelle  il  annonce  à 
la  Société  la  continuation  de  la  souscription  à  quatre-vingts 
exemplaires  du  Journal  asiatique. 

11  est  donné  lecture  d'une  lettre  de  M.  le  comte  Waleski, 
qui  annonce  l'envoi  de  l'ouvrage  de  Makkari ,  vol.  II ,  offert  à 
la  Société  par  le  gouvernement  hollandais. 

On  annonce  la  mort  de  M.  John  Green ,  membre  de  la 
Société  asiatique. 

11  est  donné  lecture  d'une  proposition  de  l'établissement 
libre  pour  les  sciences,  fondé  par  M.  Wagner,  à  Philadel- 
phie. 

On  donne  lecture  d'un  prospectus  de  la  Société  pour 
l'érection  d'une  statue  à  Geoffroy  Saint-Hilaire. 

On  lit  le  prospectus  d'un  prix  fondé,  par  un  anonyme  an- 
glais, sur  des  questions  relatives  au  système  védanta.  Ce  pros- 
pectus est  renvoyé  à  la  commission  du  Journal  pour  être 
inséré  dans  le  Journal. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  289 

Sont  proposés  et  nommés  membres  de  la  Société  : 

MM.  Khalil-el-Khouri,  à  Beyrouth; 

Mahmoud  Efendi  ,  astronome  égyptien; 
Geisler  (Charles); 

Trûbner  (Nicolas),  membre  de  la  Société  ethnolo- 
gique américaine,  à  Londres; 
Sutherland. 

M.  de  Kosny  donne  lecture  d'extraits  de  lettres  d'un  mis- 
sionnaire sur  l'île  japonaise  de  Jeso  et  sur  la  langue  des 
habitants  de  cette  île. 

OOVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIETE. 

Par  l'auteur.  Vendidad-Sadê,  traduit  en  langue  huzvarech 
ou  pehlewie.  Texte  autographié  d'après  les  manuscrits  zends- 
pehlewis  de  la  Bibliothèque  impériale  de  Paris,  et  publié, 
pour  la  première  fois,  par  les  soins  de  M.  Jules  Thonnelier. 
Paris ,  1 8S5  ,  in-fol. 

Par  l'auteur.  Paraméswara-jnyâna-gôshthi.  A  dialogue  on 
the  Knowlegde  of  the  suprême  Lord,  in  which  are  compared 
the  claims  of  chrislianity  and  hinduism  andvarious  questions 
of  indian  religion  and  literature  fairlydiscussed.  Cambridge, 
i856,in-8°. 

Par  le  Gouvernement  hollandais.  Analectes  sur  l'histoire  et 
la  littérature  des  Arabes  d'Espagne,  par  Al-Makkari,  publiés 
par  MM.  Dozy,  Dugat,  Krehl  et  Wright.  T.  I,  2e  part,  par 
M.  Ludolf  Krehl.  Leyde,  i856,  in-4°. 

Par  l'auteur.  Discours  de  M.  Garcin  de  Tassy,  à  l'ouver- 
ture de  son  cours d'hindoustani  (4  décembre  i856) ,  in-8°. 

Par  l'Académie.  Bijdragen  tôt  de  taal-  land-  en  volkenkunde 
von  Nederlandsch  Indië.  Ier  vol.  numéro  2.  Amsterdam, 
i856,  in-8°. 


290  FÉVRIER-MARS  1857. 


Salaman  and  Absal,  an   allegory,  translatée!  IVoin  tlic   persian  ol 
Jami.  London,  i856,  in-8°,  xvi  et  84  pages. 

Les  lecteurs  du  Journal  asiatique  peuvent  se  souvenir  que 
je  leur  ai  donné  en  i85i  l'analyse  de  ce  poème  allégorique 
dans  l'annonce  que  je  fis  de  la  publication  du  texte  par  feu 
F.  Falconer.  Voici  aujourd'hui  la  traduction  du  même  ou- 
vrage en  vers  anglais  non  rimes,  qui  rappellent  ceux  de  Tha- 
laba  de  Southey,  dont  le  traducteur  me  semble  avoir  imité 
le  style  élégant  et  facile.  C'est  un  élève  de  M.  Cowel ,  l'édi- 
teur de  la  Grammaire  pracrite  de  Vararuchi  qui  gratifie  le 
public  lettré,  et  spécialement  les  amis  de  la  littérature  per- 
sane, de  la  traduction  dont  il  s'agit.  On  sait  que ,  dans  la  plu- 
part des  poèmes  persans,  le  récit  est  entrecoupé  par  des 
anecdotes  destinées  à  mettre  en  relief  les  doctrines  de  l'au- 
teur; mais  elles  ne  se  détachent  pas  assez  du  texte  fondamen- 
tal, et  de  là  naît  quelquefois  une  certaine  obscurité.  L'auteur 
de  la  traduction  dont  je  parle  a  remédié  à  cet  inconvénient 
en  rendant  ces  anecdotes  en  vers  plus  courts  et  en  les  faisant 
imprimer  en  caractères  italiques,  ce  qui  les  distingue  tout  à 
fait  de  la  narration  principale,  et  permet  de  les  passer,  si  l'on 
veut,  pour  ne  pas  perdre  le  fil  du  récit,  sauf  à  y  revenir 
ensuite. 

En  tête  du  volume  se  trouve  la  reproduction  d'un  dessin 
persan  original,  représentant  le  jeu  de  mail,  auquel  Jami, 
comme  tous  les  écrivains  persans,  fait  souvent  allusion  dans 
son  poème.  On  y  lit  cette  légende,  tirée  de  Haliz  (d'un  ma- 
nuscrit des  œuvres  duquel  le  dessin  est  tiré)  : 

Ojj  \j?(JO^  (jfiVwr  J'y*  \Jy*&> 

i  '  cavalier!  tu  et  vomi  a  propos  dans  la  place  fin  jeu;  lance  donc  une 
itou  le. 

Jami  naquit  au  commencement  du  xvr  siècle,  et  vécut 
quatre-vingt-un  ans  :  il  était  déjà  vieux  quand  il  écrivit  Sala- 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  291 

manoAbsat,  et  il  se  plaint,  dans  l'introduction  de  son  poëme, 
que  «  ses  deux  yeux  ne  lui  servaient  plus,  et  que  les  lunettes 
européennes  ne  lui  avaient  pas  donné  quatre  yeux. 

Jami  était  sofi ,  et  l'on  sait  que  les  sofis  sont  les  philosophes 
musulmans.  On  ne  sera  donc  pas  étonné  de  trouver  dans  son 
poëme  des  sentences  telles  que  celles-ci  par  exemple  : 

H  vaut  mieux,  pour  un  empire,  un  roi  infidèle  qui  soit  juste,  qu'un  roi 
vrai  croyant  injuste. 

Les  sages  sont  les  vrais  prophètes  :  ce  sont  eux  qui  ont  su  allier  la  raison 
à  la  foi. 

Garcin  de  Tassy. 


Das  slavisciie  Eigenthom  seit  dreitaesend  Jahren,  oder  nichx 
Zendavesta ,  aber  Zendaschta ,  das  heisst  das  lebenbringende  Buch 
des  Zoroaster,  von  Ignatius  Pietraszewski.  Berlin,  1857,  in-4°. 
Cab.I.  (109  pages).  Prix:  iothaler(38  fr.). 

L'auteur  publie  sous  ce  titre  étrange  le  premier  cahier  d'une 
édition  et  d'une  traduction  des  livres  de  Zoroastre,  qu'il 
fait  précéder  d'une  déclaration  en  allemand.  Cette  déclara- 
tion étant  répétée  sur  la  couverture  en  français,  je  copie, 
pour  l'instruction  des  lecteurs ,  cette  dernière  version  en  en- 
tier :  «Dieu  et  la  persévérance  dans  l'étude   des  langues 

1  Au  lieu  de  U  que  porte  le  texte  de  Falconer,  le  traducteur  paraît  avoir 
lu  U  ;  car  il  a  traduit  : 

« My  two  eyes  sce  110  more 

Till  by  Fcringbi  glasses  turned  to  four.» 


292  FÉVRIER-MARS   1857. 

orientales  m'ont  conduit  à  une  découverte,  qui  intéresse 
toutes  les  nations  de  l'Europe.  Zendaschta(et  non  pas  Zend- 
Avesta  ) ,  c'est-à-dire  le  livre  qui  donne  la  vie ,  ne  traite  pas 
d'idolâtrie,  comme  l'ont  prétendu  plusieurs  savants,  mais 
d'un  Dieu  tout-puissant  et  de  l'immortalité  de  l'âme.  La  vie 
dépravée  du  peuple  persan  il  y  a  trois  mille  ans ,  la  tyrannie 
du  gouvernement ,  la  polygamie  poussée  jusqu'à  la  sodo- 
mie, la  peste  continuelle  à  cause  des  cadavres  laissés  sans 
sépulture  et  l'oisiveté  du  peuple  portèrent  Zoroastre  à  ten- 
ter d'y  remédier.  Il  catéchisa  d'abord  le  peuple,  lui  en- 
seigna l'agriculture  et  l'envoya  au  septième  climat  sur  la 
mer  Baltique,  pour  y  cultiver  la  terre.  La  lecture  de  cet 
ouvrage  est  slave  et  il  contient  des  milliers  de  mots  que 
l'on  rencontre  dans  tous  les  dialectes  de  cette  langue.  C'est 
là  un  fait  incontestable.  Le  désintéressement  et  l'amour  de 
la  vérité  ont  décidé  l'auteur  à  vendre  cet  ouvrage  par  cahier, 
argent  comptant.  » 

Ce  premier  cahier  contient  deux  chapitres  du  texte ,  chaque 
verset  en  zend  est  suivi  d'une  transcription,  d'une  traduc- 
tion en  polonais,  en  allemand  et  en  français,  et  d'une  glose 
en  persan  ,  probablement  tirée  du  manuscrit  zend  dont  se 
sert  l'auteur.  Après  chaque  chapitre  suit  une  explication  des 
mots.  L'auteur  promet  à  la  lin  de  l'ouvrage  une  grammaire 
zende.  Mon  but  n'étant  que  de  faire  connaître  la  publication 
de  ce  cahier,  je  m'abstiens  de  toute  remarque  sur  la  théorie 
de  l'auteur.  Je  crois  seulement  que  s'il  tient  à  répandre  son 
livre ,  il  ferait  bien  d'en  réduire  le  prix  au  dixième  de  celui 
qu'il  a  fixé.  J.  M. 

Rf.ise  cm  die  Ehof.  nach  Japan,  par  G.  Heine.  Leipzig,  i856,  in-8", 
2  vol.  (32i  et  37.5  pages). 

Cet  ouvrage  est  encore  un  résultat  de  l'expédition  des 
Ktats-Unis  sous  le  commandement  du  capitaine  Perry.  L'au 
teur  est  dessinateur,  et  c'est  comme  tel  que  M.  Perry  l'em- 
mena, en  lui  donnant  à  bord  un  petit  emploi  nautique,  qui 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  293 

ne  paraîl  pas  l'avoir  beaucoup  occupé.  Le  journal  de  M.  Heine 
fournit  des  observations  sur  l'aspect  pbysique  et  sur  les  mœurs 
des  pays  que  l'expédition  a  visités ,  tels  qu'on  peut  les  altendre 
d'un  homme  intelligent,  qui  avait  beaucoup  voyagé  avant  de 
prendre  part  à  cette  expédition ,  mais  qui  n'était  pas  préparé 
plus  spécialement  pour  profiter  d'un  séjour  assez  court  dans 
les  pays  de  l'extrême  Orient. 

J.  M. 


Vergi.eichende  Gramm^tik  des  Sanskrit,  Send,  Griechischen,  La- 
teinischen,  Littanischen ,  Altslavischen ,  Gothischcn  und  Deut- 
schcn ,  von  Franz  Bopp;  Berlin,  i856,  in-8°,  vol.  I,  part.  1, 
(3o4  pages). 

Il  y  a  longtemps  que  le  premier  volume  de  la  première 
édition  de  l'ouvrage  classique  de  M.  Bopp  est  épuisée.  Il  est 
inutile  de  recommander  aux  lecteurs  un  livre  aussi  célèbre; 
il  suffit  de  dire  que  M.  Bopp  l'a  entièrement  refondu  pour 
le  compléter  dans  toutes  ses  parties  à  cause  du  long  intervalle 
qui  a  nécessairement  séparé  la  publication  des  différents  vo- 
lumes de  la  première  édition.  La  nouvelle  édition  formera 
trois  volumes,  qui  doivent  paraître  dans  un  délai  de  trois  à 
quatre  ans.  Le  prix  en  est  fixé  à  quatre  thalers  par  volume , 
et  sera  augmenté  quand  l'ouvrage  entier  aura  paru. 

J.  M. 


NOTIFICATION. 

Le  fondateur  du  prix  annoncé  ci-après  a  désiré  que  son  pro- 
gramme fût  inséré  dans  le  Journal  asiatique,  et  la  Commission  se 
fait  un  plaisir  de  faire  connaître  à  ses  lecteurs  les  conditions  de  ce 
concours. 

A  sdm  of  8  3oo,  presented  by  a  Gentleman,  la- 
tely  a  Member  of  the  Bengal  Civil  Service,  has  been 


NI  FÉVRIER-MARS   1857. 

deposited  by  the  Royal  Asiatic  Society  in  the  LonfjBJ 
<md  H  cstminttcr  Bank,  wilh  tlx*  \i.\\  of  its  bei 
IWirded  as  a  Prize  for  the  beat  I  li^tory  and  Exposi- 
tion, eitlier  in  German  or  French,  of  tlu1  Vedftnta 
System,  both  as  a  Philosophy  and  a  Religion.  The 
work  is  to  embrace  the  followin^  branches,  viz. 

l.  Ahistory  of  theoriginand  early  developeinrnt 
of  the  Vedântic  doctrines,  as  traceable  in  the  Vedir 
Hymns,  Bràhmanas,  and  Uptnkhftflt,  tnd  in  Other 
ancient  Indian  writings  anterior  to  the  Brahma- 
Sûtras. 

a.  A  dissertation  on  the  Sàrîraka-Mimânsâ,  or 
Brahma-Sùtras,  their  âge,  author,  formation,  ob 
jects,  uses,  and  their  relations,  polemical  or  other. 
to  the  Sùtras,  or  doctrines  of  the  other  five  Daraa 
nas,  and  the  so-calied  heretical  schools  of  llindu 
philosophy;  embracing  an  inquiry  into  the  vicws 
entertained  by  the  founders  of  the  several  Damnai 
of  the  grounds,  whether  superhuman  or  otherwisc , 
of  the  authority  which  they  claimed  for  their  res- 
pective Systems,  and  of  their  own  relations  to  the 
Vedas,  and  to  each  other;  as  well  as  an  account  of 
the  opinions  hcld  by  the  principal  Hindu  Coraraen- 
tators,  Sankara-Achàrya,  Kumàrila  BhaMa,  etc.,  in 
regard  to  the  authority  of  the  Vedas ,  and  the  re- 
lations of  the  founders  of  the  Darsanas  thereto ,  as 
having  an  independent  divine  inspiration,  or  not. 

3.  A  translation,  into  German  or  French,  of  the 
Sarîraka-Mîmànsâ ,  or  Brahma-Sùtras  (of  which  the 
original  Sanskrit  text  also  must  begiven) ,  with  n< 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  295 

explanatory  of  their  real  meaning ,  as  well  as  of  the 
sensé  put  upon  them  by  Sankara  in  bis  Commen- 
tary  (the  Sârîraka-Mîmânsâ  Bhâshya) ,  and  embo- 
dying  the  substance  of  the  most  essential  illustrative 
and  polemical  portions  of  that  Commentary. 

à .  A  statement  of  the  points  in  which  the  modem 
Vedântic  writers  who  are  considérée!  orthodox(i.  e. 
those  mentioned  by  Coiebrooke  in  his  Essay  on  this 
System,  Transactions  of  the  Royal  Asiatic  Society, 
vol.  II,  p.  2,  and  39  at  the  end  of  the  Essay;  or 
p.  iÔ2  and  206  of  M.  Pauthier's  French  translation), 
as  well  as  Râmânuja  and  Mâdhavâchârya  (mentioned 
in  Professor  H.  H.  Wilson's  Sketch  of  the  Religious 
Sects  of  the  Hindus,  vol.  XVI,  of  the  Asiatic  Re- 
searches,  p.  34-36,  and  io3  et  seq.),  differ  from 
the  Brahma-Sûtras  and  from  Sankara. 

5.  When  any  information  of  importance  is  de- 
rived  from  unpublished  Sanskrit  MSS. ,  the  original 
passages  should  always  be  quoted. 

6.  Professor  Christian  Lassen  of  Bonn,  the  Very 
Rev.  Dr  Windischmann  of  Munich ,  and  Professor 
Max  Mûller  of  Oxford,  hâve  kindly  signified  their 
readiness  to  act  as  Examiners  of  the  Treatises  of 
Competitors. 

7.  The  Competitors  must  cause  their  Treatises 
(which  are  to  be  legibly  written,  and  to  bear  a 
Motto,  with  a  sealed  letter  stating  the  name  of  the 
writer  of  the  Treatise  marked  with  that  Motto),  to 
be  delivered  by  the  ist  of  April  1 860,  either  at  the 
housc  of  the  Royal  Asiatic  Society,  New  Burlington 


296  FÉVRIER-MARS  1857. 

Street ,  London ,  or  to  the  Secrétaires  of  the  Deutsche 
Morgenlândische  Gesellschaft  at  Leipzig,  or  at  Halle  : 
but  a  discrétion  will  lie  with  the  Rxaminers  to  admit 
to  compétition  any  Treatise  given  in  shortly  after 
the  irt  of  April  1 860 ,  if  this  may  appear  équitable. 
Any  Treatise  which  is  not  clearly  written,  and  easily 
legible ,  may  be  excluded  from  compétition. 

8.  The  Examinera  will  hâve  a  discrétion  to  do 
cline  awarding  the  Prize  to  any  of  the  Candidates . 
if  they  shall  be  of  opinion  that  justice  bas  not  been 
done  to  the  greater  part  at  least  of  the  topics  abov» 
enumerated  as  subjects  of  discussion  in  the  TrwtÎM 

9.  One  or  more  of  the  works  may  be  returm'cl 
to  their  authors  foramendment  or  improvement  on 
any  sperilicd  points  previous  to  the  final  adjudica- 
tion of  the  Prize ,  at  the  discrétion  of  the  Examina 

10.  The  amount  of  thr  Prize  will  be  made  over 
in  England,  by  the  Royal  Asiatic  Society,  on  th<  n 
port  of  the  Exainiiu ts,  to  the  successful  Candidate, 
who  will  be  left  to  make  his  own  arrangements  for 
the  publication  of  his  work. 

Edwin  Norris, 

Secretary  lo  the  Royal  Asialic  Society. 
January  i3,  1857. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

AVRIL-MAI  1857. 
ÉTUDES  PHILOLOGIQUES 

SUR   LA   LANGUE    KURDE. 

(dialecte  de  soléimanié.) 


En  soumettant  ici  mes  Études  à  l'attention  des 
orientalistes,  je  dois  avant  tout  avertir  qu'elles  ne 
m'appartiennent  pas  à  moi  seul.  H  y  a  une  quin- 
zaine d'années,  lors  de  mes  excursions  dans  le  Kho- 
raçan  et  l'Alemoute,  ainsi  qu'à  Hamadan,  à  Guer- 
rousse,  à  Tekhti  Soléiman,  à  Maragua  et  aux  bords 
du  ]ac  Chahi,  contrées  habitées  ou  fréquentées 
par  différentes  tribus  kurdes,  j'en  avais  rapporté 
quelques  notes  concernant  leurs  idiomes;  mais  ces 
notes ,  glanées  à  la  bâte  et  sans  choix ,  n'auraient  pu 
aboutir  à  aucun  résultat  positif,  si  le  hasard  ne 
m'eût  envoyé  des  secours  inespérés.  Ce  fut  l'arrivée 
à  Paris,  en  1 853  ,  d'Ahmed  Kban,  natif  de  Soléima- 
nié,  et  chef  héréditaire  de  la  tribu  des  Kurdes  Bébé , 
qui  habitent  le  sandjak  ainsi  nommé.  Il  a  eu  l'obli- 
geance d'encourager  mes  recherches  sur  sa  langue 
maternelle,  au  point  que  toutes  les  règles  de  gram- 
maire kurde  et  les  textes  y  annexés  qu'on  va  h're 


298  AVRIL  MAI    1857. 

ont  été  revus  et  en  grande  partie  dictés  par  lui-même 
malgré  les  souffrances  d'une  maladie  grave  qui  obli- 
geaient souvent  le  pacha  de  garder  le  lit.  Notre 
travail,  plus  d'une  fois  abandonné,  et  puis  repris, 
fut  enfin  achevé  dans  les  derniers  mois  de  l'ann.  < 
.85/,. 

Cependant,  tous  ces  matériaux  philologiques  mV 
tant  transmis  oralement,  je  ne  voulais  pas  d'abord 
les  publier,  avant  d'avoir  recouru  à  quelque  auto- 
rité plus  compétente  que  celle  d'un  homme  qui 
de  son  propre  aveu ,  savait  mieux  l'osmanli  et  le  per 
ni  que  la  langue  de  sa  tribu. 

Il  y  a  dans  la  Syrie,  à  Damas,  un  célèbre  erudit 
kurde.   Moll;»   llézir.  j-**-»-  $y*,  mieux  eonnu  nm 
son  nom  littéraire  de  <^«>OLjl  Juù  Néali   Effctuli 
([ui  se  voue  spécialement  à  l'étude  de  divers  dialectes 
du  Kurdistan,  sa  patrie,  et  qui  a  déjà  traduit  un. 

gnmimuire  ar.ihr  en   kurdr.    \lmied    Khan,  qui  eon 

nait  personnellement  Néali  Effendi.  mVtttf  prou  m- 
de  me  mettre  en  rapport  avec  ce  coryphée  des  plu 
lologuesde  leurnation.  On  m'avait  promis,  en  nu  m. 
temps,  de  me  faire  avoir  le  a  c^  »-tf ,  ou  recueil  de 
poésies  kurdes,  écrites  par  un  poët<  indigène,  du 
xvi*  siècle,  contemporain  du  pëote  persan  Djami. 
Son  jaJLà*?  est  Job  Dabel,  et  son  véritable  nom 
^»K-^»»I  u*~£,  Cheikh  Ahmedi.  Né  en  Mésopotamie. 
*j*y>',  il  est  l'auteur,  entre  autres  ouvrages,  du  poëme 
erotique  intitulé  ^j  j  *-*  Mem  et  Zine,  noms  de 
deux  personnages  dont  les  amours  jouissent  de  la 
même  vogue  chez  les  Kurdes,  que  les  amours  de 


ETUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  299 

Leili  et  de  Medjnoun  chez  les  Arabes,  ou  de  Ferhad 
et  de  Chirine  chez  les  Persans.  J'avais  aussi  entre- 
pris de  donner,  avec  l'aide  d'Ahmed  Khan ,  une  édi- 
tion revue  et  corrigée  du  vocabulaire  kurde  de  Gar- 
zoni,  que  j'ai  lu  à  Ahmed  Khan.  Cette  lecture  le 
fatiguait  beaucoup  ;  il  n'en  a  pu  comprendre  qu'une 
dizaine  de  mots ,  soit  que  l'orthographe  italienne  de 
Garzoni  ne  retranscrive  pas  d'une  matière  intelligible 
les  mots  du  dialecte  d'Ymadié,  soit  que  mon  noble 
professeur  ne  connaisse  pas  ce  dialecte. 

Au  milieu  de  ces  investigations,  Ahmed  Khan  fut 
rappelé  de  Paris  à  Gonstantinople.  Aussi  ai-je  résolu 
de  publier  ces  Etudes  philologiques ,  à  l'état  de  leur 
primitive  imperfection ,  plutôt  que  de  compter  plus 
longtemps  sur  des  secours  scientifiques  de  Dabel  et 
de  Néali  Effendi,  qui  n'arriveront  peut-être  jamais. 
Dans  ces  dernières  années,  les  orientalistes  de  Rus- 
sie se  sont  occupés  de  la  littérature  kurde  avec  plus 
dé  zèle  que  partout  ailleurs  en  Europe.  On  connaît 
déjà  des  échantillons  du  langage  des  Kurdes  donnés 
dans  l'intéressante  publication  de  M.  Bérézine.  La 
chronique  s\jS\  gjb  de  Gheref  Chah  est  sous  presse, 
et  l'on  s'occupe  d'une  traduction  kurde  du  Gulistan 
de  Séadi,  sous  les  auspices  du  savant  professeur  Von 
Dorn.  Son  élève,  M.  Lerch,  doit  sous  peu  livrer  l  à 
la  publication  les  vingt-cinq  chants  nationaux,  et 
plusieurs  autres  échantillons  des  différents  dialectes 
du  Kurdistan,  fruits   d'un  séjour  de  quelques  se- 

1   Voyez  le  rapport  de  M.  von  Dorn,  dans  le  deuxième  volume 
des  Mélanges  asiatiques,  du  20  juillet  1 856. 


300  AVRIL-MAI   1857. 

OTBMl  que  M.  Lercli  a  passées  avec  tes  prisonnier» 
de  guerre  kurdes,  envoyés  en  Russie,  lors  d<>  1 I 
dernière  guerre  d'Orient. 

J'ignore  si  je  dois  admettre  l'opinion  de  M.  Pott ,  qui 
cherchait  à  démontrer  que  la  langue  kurde  est  Mi 
langue  suigeneris.  Il  me  semblerait  que  nous  n'avons 
pas  encore  assez  de  matériaux  pour  prononcer  éd 
dernier  ressort  dans  une  question  de  cette  impoi 
tance,  et  que  tout  ce  qu'on  sait  de  positif  là-dessus 
pourrait  être  résumé  ainsi  : 

La  langue  kurde  se  compose  de  deux  éléments  d  i  11  < 
rents  l'un  de  l'autre  :  i°  la  grammaire  en  est  pramM 
identiqueavec celle  du  (j-mjU,  persan  moderne,  et  envi 
ron  un  tiers  des  mots  de  la  langue  ont  été  empruntés , 
soit  aux  Persans ,  soit  aux  Turcs ,  soit  aux  Arabes ,  se- 
lon que  les  tribus  qui  la  parlent,  avoisinent  la  Perse , 
l'Anatolie  ou  la  Syrie  ;  i°  environ  deux  tiers  des  mots 
restants  appartiennent  a  une  langue  inconnue,  et. 
par  conséquent,  plus  ancienne  que  l'islamisme.  It 
persan  moderne  et  le  turc  :  c'est  la  langue  kurde  pro 
promeut  dite,  et  peut-être  aussi  celle  des  inscriptions 
cunéiformes  de  Ninive,  Khorsahad,  etc.  ;  car,  si  per- 
sonne ne  conteste  que  les  Kurdes,  KAPAOYXIOl 
de  Xénophon ,  ne  soient  des  habitants  autochthones 
du  sol  d'où  l'on  déterre  ces  inscriptions ,  n'est-il  pii 
souverainement  probable  de  supposer  qu'elles  fu- 
rent rédigées  dans  le  but  d'être  lues  et  compi  i 
par  le  peuple  du  pays,  et  conséquemment  en  kurde 
contemporain  de  la  conquête  assyrienne? 

Afin  de  préciser  le  domaine  du  dialecte  qui  fait 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  301 

l'objet  de  nos  Etudes,  nous  ferons  observerque  la  ville 
de  Soléimanié,  chef-lieu  d'un  sandjak  du  même  nom , 
est  d'une  origine  comparativement  moderne.  Elle 
fut  fondée  en  171/1  par  Soléiman ,  chef  des  Kurdes 
indigènes ,  de  la  tribu  Bébé ,  et  dont  le  fils ,  Rhalate 
Pacha,  a  donné  son  nom  à  tous  ses  descendants,  qu'on 
appelle  jusqu'à  présent  la  famille  (odjaq)  de  Khalate 
Pacha.  Le  sandjak  de  Soléimanié  relève  actuellement 
du  pachalic  de  Ghehri-Zour  et,  au  besoin,  fournit 
un  contingent  de  dix  mille  cavaliers  et  fantassins 
armés. 

Ma  principale  autorité  pour  le  kurde,  je  veux  dire 
Ahmed  Khan ,  est  le  quatrième  pacha  de  la  famille 
dominante  dans  cette  fraction  de  la  tribu  des  Kurdes 
Bébé,  qui  habitent  le  sandjak  et  la  ville  de  Soléi- 
manié. Si  je  ne  donne  pas  à  leur  langue  le  nom  de 
dialecte  bébé,  c'est  que  l'immense  tribu  des  Kurdes 
Bébé  est  établie  en  différentes  contrées  et  parle,  ce 
me  semble,  plus  d'un  dialecte;  ainsi,  par  exemple, 
les  Kurdes  Richvend ,  qui  habitent  les  villages  d'Ale- 
moute  et  de  Roudbari  Kazbine,  et  avec  lesquels  j'ai 
eu  des  rapports  pendant  plusieurs  années,  appar- 
tiennent aussi  à  la  tribu  des  Bébé.  Cependant  leur 
langue,  qu'ils  désignent  sous  le  nom  de_jJjJ  loulou, 
a  des  mots  qu'Ahmed  Khan  ne  se  rappelle  pas  avoir 
jamais  entendus  dans  son  pays  natal,  tels  que  mero, 
homme;  vakkaka  et  aussi  ou-bedeny ,  fusil;  guiavysl, 
pierre;  deilezzi,  cheval;  ou-bedâou,  mouton;  kour- 
tane,  pain;  zouar,  garçon;  kalémove,  sabre;  oa-bouz- 
pane,  bœuf  (littér.  le  museau  aplati*).  Je  continue- 


302  AVRIL-MAI   1857. 

rai  donc  d'appeler  notre  dialecte  le  dialecte  de  Soléi- 
manié. 

ÉTYMOLOGIE. 


DK  LALPHABET 

I .- M  Kurdes  lettrés  sont,  en  général,  les  gens  qui 
ne  savent  qu'imparfaitement  leur  langue  maternelle. 
Ils  correspondent  avec  leurs  autorités  et  entre  eux- 
i urines,  soit  en  persan,  soit  0Q  turc,  soit  en  arabe. 
Si  parfois  ils  se  voient  obligés  d'écrire  en  kurde  il> 
le  font  à  l'aide  de  l'alphabet  persan.  En  effet,  tout.  » 
les  consonnes  persanes  sont  identiques  avec  celles  des 
kurdeV  du  moins  pour  ce  qui  concerne  le  dialecte 
de  Soléimanié;  mais  celui-ci  contient  beaucoup  de 
voyelles  et  de  diphthongues  qu'il  serait  impossible 
de  reproduire  au  moyen  de  l'orthographe  en  usage 
chez  les  Persans.  Comment,  par  exemple,  figurer 
en  persan  les  articulations  ae,  ee,  oo,  âoa,  eeou, 
doaaoae ,  etc. ,  qui  se  rencontrent  si  souvent  et  se  sui- 
\'  ut  les  unes  les  autres,  sans  l'intervention  des  cou 
sonnes,  dans  les  mots  kurdes?  Cependant,  connu* 
Ahmrd  klmn  se  servait  du  système  de  l'orthographe 
persane,  je  conserverai  les  mots  kurdes  tels  qu'il  les 
a  écrits.  Seulement  j'aurai  soin  de  transcrire,  à  la 
suite  de  chaque  mot,  sa  valeur  phonétique  ea  01 
roi  français. 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     303 

DES  MOTS  KURDES. 


I.  SUBSTANTIFS. 

1.  Dans  le  dialecte  kurde  dont  nous  nous  oc- 
cupons ,  il  n'y  a  point  de  genres.  Les  noms  des  êtres 
animés  sont  masculins  ou  féminins ,  selon  le  sexe  de 
ces  êtres,  sans  que  des  formes  grammaticales  quel- 
conques le  désignent.  Tous  les  noms  des  substantifs 
inanimés  sont  neutres,  c'est-à-dire  qu'on  n'y  attache 
aucune  idée  de  sexe.  Exemples  : 

(jj^l*  bâouq,  père  ;  ($-?îà  dâïq ,  mère  ;  îw  bra ,  frère  ;  i&jfcy^ 
khochk,  sœur. 

2.  Les  pluriels  se  forment  en  ajoutant,  à  la  fin 
de  leur  nominatif  singulier,  le  monosyllabe  ^1  ane, 
ou  (jl»  iane,  ou  ^ liane,  ou  ^j&gâne.    Exemples: 

àj  reni,  le  renard,  (j^>j  remarie,  les  renards;  —  *»*£!:> 
daghbé,  l'oiseau,  (j\_jWk£îà  daghbeiane,  les  oiseaux;  —  SjS 
kurd,  le  Kurde,  (jYïjS  kurdekane,  les  Kurdes  (Kaphov%ioi 
deXénophon);  —  iiL*w  seg ,  le  chien,  y\0-w  seguekane,  les 
chiens; — y*Kj  piaou,  l'homme,  ^\^\j^piaouane,  les  hommes; 
—  c^jj  bert,]&  pierre, ybjo  bertane, les  pierres;  —  gS  kitch 
oujj^j  kij,  la  fille,  (jjjny  kijane  ou  kitchane,  les  filles;  — 
jj£>  kor,  le  garçon,  (j^jj — Skorekune,  les  garçons;  —  j^5 
guéou,  l'oreille,  fj\j^>  guéouane,  les  oreilles;  —  w«  mer, 
le  mouton,  ^Yj — «  merkane ,  les  moutons. 

3.  La  désinence  caractéristique  du  pluriel  kurde 


Htj  AVRIL-MAI  1857. 

est  yl  ;  car  l'intervention  des  ^  et  *iTpeut  s'expli- 
quer par  des  raisons  euphoniques,  et  le  J  A  n'est 
que  l'article  d'unité ,  dont  nous  parlerons  plus  bas 
(5  ,6). 

4.   Voici  maintenant  un  exemple  de  déclinaison. 


ier. 


Singuli 

Nom.  j^  kor,  garçon; 
Gén.  jj?  &  ou  £   hi  ou  j  kor,  du  garçon; 

Dal.  jyS  Kf  be  kor,  au  garçon; 

Aoc.  *SjJr    bon ,  le  garçon  ; 

Voc.  JJrv.  *«  kor.  à  garçon! 

Abl.  ^^5  *i   le  kor,  du  garçon  . 

Loc.  i:>jjr  *^   M  kordé,  dans  le  garçon. 

Pluriel. 

Nom.  U^JSr  korekâne,  les  garçons; 

Gén.  ij%j£  ^ou  J  hi  ou  i  korekane,  des  garçons; 

Dal.  ufojr   **  ^e  korekane,  aux  garçons; 

Ace.  U^r  korekiane,  les  garçons; 

Voc.  U^JJr*  '<»  *ore/ra/ie ,  ô  garçons  ! 

Abl.  U  JJr  ^  '*  ^or^«"»*>  des  garçons; 

Loc.  »»KJ^j^5  *]  /<»  korekande,  dans  les  garçons. 

OBSERVATIONS  SOB  LA  DÉCLINAISON. 

5.  Tous  les  noms  se  déclinent  de  la  même  ma- 
nière. 

6.  Les  cas  obliques,  dans  les  deux  nombres,  se 
forment  de  la  même  manière. 

7.  Le  génitif  se  forme  en  mettant  ^  i î1,  ou  J  hi ;, 

1   En  persan,  la  forme  aspirée  de  (j  existe  également.  Ainsi,  par 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  305 

avant  le  nominatif.  Après  les  consonnes  dures  ^  q 
et  *  gh,  Yi  se  change  en  a.  Exemples  : 

^W  c£J^?"  tchaoui  piaou,  l'œil  de  l'homme;  yl^jy 
A:or  ideiane ,  le  garçon  du  village  ;  <Ôy»  £  tf-ji  pertck  hibouh , 
une  boucle  des  cheveux  de  la  fiancée  (bouk);  ^Xw>wu  ^ijw 
byrq  ïabrouské,  l'éclat  de  l'éclair  ;  tiLwj-c  ai»-  Ayi^é  iamrichk , 
l'œuf  de  la  poule. 

Ce  génitif  peut  aussi  s'employer  sans  complément, 
et  c'est  ce  qui  le  distingue  du  génitif  des  Persans. 

8.  Le  datif  se  forme  en  faisant  précéder  le  no- 
minatif, soit  de  la  préposition  *J  le,  soit  de  la  pré- 
position persane  x?  be. 

9.  L'accusatif  s'obtient,  comme  en  turc,  moyen- 
nant la  finale  &  i,  ajoutée  au  nominatif.  Dans  les 
pluriels ,  ce  &  doit  précéder  immédiatement  la  dé- 
sinence de  leur  nominatif. 

10.  Les  Kurdes,  de  même  que  les  Persans,  em- 
ploient souvent  le  nominatif  en  guise  d'accusatif. 

11.  Le  vocatif,  comme  en  persan,  se  fait  au 
moyen  de  la  préposition  l»,  placée  avant  le  nomi- 
natif. 

12.  L'ablatif  ne  diffère  du  nominatif  que  par  la 
présence  de  la  préposition  *J. 

13.  Le  locatif  se  forme  du  nominatif  précédé  de 
ai  le,  et  en  même  temps  suivi  de  la  postposition 
•^  de. 

exemple ,  ^>^t» ,  o^|  et  o^J,  de  même  que  ^j*et  z:J,  ne  chan- 
gent que  par  l'aspiration.  ^ 


m  AVRIL  MAI   1857. 


II.  DE  L'ARTICLE 


14.  Le  numératif  cardinal  J  ek,  eké,  ajouté  à 
la  lin  des  nominatifs,  en  forme  l'article  d'unité,  H 
quelquefois  l'article  proprement  dit.  Exemples  : 

dJjU^  piaouek  ou  piaoueké ,  un  homme;  duo>  reniek,  un 
renard;  s^Jjjinek,  une  femme,  et  aussi  la  femme. 

1 5.  Les  articles  d'unité  se  conservent  au  pluriel. 
Exemples  : 

\J6jyS  korekane,  les  garçons;  ij^sj*  kurdekane,  les 
Kurdes. 

16.  Les  substantifs  terminés  en  J  A  forment 
leurs  articles  d'unité  moyennant  un  <j  t.  Exemple  : 

%à~£j*  mrichk,  poule,  £jmy»  mrichki,  une  poule. 

III.   ADJECTII  - 

18.  De  même  qu'en  persan,  les  adjectifs  kurdes 
doivent  suivre  leur  substantif,  et  l'accord  gramma- 
tical se  fait  au  moyen  des  izafets.  Exemples  : 


Jjl  jlà  dari  onychk,  l'arbre  sec;  ^ty*  ^yS»  cheoui 
onihk,  la  nuit  obscure  ;Jy-r>  O^koueké  berz,  une  montagne 
haute;  ••Sir    *ày*->.  piuoueké  tchett,  un  homme  stupide. 

19.  Les  adjectifs  kurdes  sont  indéclinables,  et 
leur  pluriel  ne  diftere  aucunement  du  singuli*  i 


ÉTUDES  SUK  LA  LANGUE  KURDE.     307 

20.  H  y  a  des  cas  de  construction  où  le  substan- 
tif peut  précéder  son  adjectif.  Exemples  : 

Aj«j£j  î«Xà*.  khoda  goxireié,  Dieu  est  grand  (litlér.  Dieu 
grand  est)  ;  (jvJU*  aiUÎ  émané  sefîn,  ils  sont  tous  blancs 
(littér.  tous  blancs  ils  sont);  cyijJ&Jjy  roj  heratt,  l'ouest 
(  littér.  de  la  lumière  le  coucher)  \$j~*\  *Jà  &j\-jJb  hetaveké 
guerm  emrou,  il  fait  très-chaud  aujourd'hui  (littér.  le  soleil 
est  chaud  aujourd'hui). 

DEGRÉS  DE  COMPARAISON. 

2 1 .  Les  degrés  de  comparaison  se  forment  à  peu 
près  comme  en  persan. 

22.  Pour  obtenir  le  superlatif,  on  fait  suivre  l'ad- 
jectif du  monosyllabe  j->  ter.  Exemples  : 

^jjU*.  tchaq,  bon,  *Jûl^-  tchaqter,  meilleur; 

(jSJÎj  rach,  noir,  jJià\j  rachter,  plus  noir; 

jy**  sour,  rouge,  J-'i)y  sourter,  plus  rouge; 

Jy>  qoul,  émoussé,  J^y*  qoulter,  plus  émoussé; 

j^JC-wt  estour,  gros,  wo^jJUwl   estourter,  plus  gros. 

23.  Pour  former  le  superlatif,  on  met  le  mot  jjy 
zor,  beaucoup,  trop,  littér.  «force»,  avant  le  com- 
paratif. Exemples  : 

(â*^-i  iyrcij  affamé,  jJUamjj  byrciter,  plus  affamé,  jj»j 
jJLKAHpi  zor  berciter,  le  plus  affamé  ; 

jXi  ticre,  rassasié  ,jj^jÇ>  lieretère,  plus  rassasié,  j^ijXi  j£ 
zor  tieretere,  le  plus  rassasié. 

24.  La  conjonction   française  que,  placée  à  la 


308  AVRIL  MAI    1857. 

suite  d'un  comparatif,  se  rend  en  kurde  par  *i  le,  de. 
Exemples  : 

^jjila..  jjj)  y»  ifr&  *i  tr*  (£*&  ktebi  myne  le  ktebi  (o 
zor  tchaqteré,  mon  livre  est  beaucoup  meilleur  que  le  tien 
(  littér.  le  livre  à  moi  du  livre  à  toi  force  meilleure  est). 

•jjwûlj  <J)j  *i  (jl^la*.  tchaouane  le  zof  rachteré ,  les  yeux 
sont  bien  plus  noirs  que  les  cheveux  (  littér.  les  yeux  de 
cheveux  force  noire  est). 

*yi  tjyS  jjj  jUj*J  I«>v».  khoda  lepiaou  zor  goureteré,  Dieu 
est  bien  plus  grand  que  l'homme  (littér.  Dieu  de  l'homme 
force  haute  est). 

•jjiils».  esp  le  baryum  nedjibtère  laken  main  le  her  do  ktan 
tchaqter,  un  étalon  est  plus  noble  qu'une  béte  de  somme; 
mais  la  jument  vaut  mieux  que  tous  les  deux.  Kian,  pi.  de  *5\ 

IV.  DES  NDMÉRATIFS. 

25.  11  n'y  a  que  la  prononciation  qui  fasse  la  dif- 
férence entre  les  nui  itératifs  ordinaires  kurdes  et 
persans.  Exemples  : 

jïy*'  tchoar,  quatre;  -*-£>  piendj ,  cinq;  cj^Ia  haoutt. 
sept;  Mitym  soit  .cent;  vr>rtir  ji  dousott,  deux  cents,  etc.,  etc. 

26.  Les  numératifs  ordinaux  se  forment  en  ajou- 
tant  \jy»)  oumoune  à  la  suite  descardinaux.  Exemples: 

<jy*j\y*-  tchoarmoun,  lequalrième  ;  ij»»^  piendjimoun, 
le  cinquième,  etc. 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     309 

27.  En  comptant,  une  fois ,  deux  fois ,  etc. ,  le  subs- 
tantif fois  se  traduit  en  kurde  par  J^-djar.  Exemples  : 

jLs-  «i)i  ek  djar,  une  fois  ;  j\— =r  $i>  do  djar,  deux  fois  ; 
jL_>>  Xw  se  djar,  trois  fois,  etc. 

V.  PRONOMS. 

A.  PRONOMS  PERSONNELS  ABSOLUS. 

28.  Au  singulier,  les  pronoms  personnels  kurdes 
sont  presque  identiques  avec  ceux  de  la  langue  per- 
sane; mais  au  pluriel  ils  ne  se  ressemblent  guère. 
Voici  leur  déclinaison  : 

PREMIÈRE  PERSONNE. 

Singulier. 

Nom.  (j+  myne,  moi; 

Gén.  (g*  g  hy  myne,  de  moi  (le  mien); 

Dat.  /*jÇ  bemen ,  à  moi  ; 

Ac.  (£~*  mni,  me; 

Abi.  (g*  ai   le  myne,  de  moi; 

Loc.  *<XjL»  *i   le  mynedé,  dans  moi. 

Pluriel. 

Nom.  *jf»   eema,  nous; 

Gén.  Ajfl  g  h i  eema,  de  nous  (notre); 

Dat.  A-CÎ  <*j  be  eema ,  à  nous  ; 

Ace.  ^yjÇÎ  eemei,  nous; 

Abl.  *jÇÎ  AJ   ?<?  eema,  de  nous; 

Loc.  »*Xjfl  *J   le  eemada,  dans  nous. 


310  AVRIL  MAI   1857. 

DRCXlàME  PERSONNE. 

Singulier. 

Nom.  yS   10,  toi  ; 

Gén.  yi  £  hi  to,  de  toi  (lien); 

Dat.  yJ   be  to,  à  toi; 

Ace.  ^yi  toi,  te; 

Abl.  yi  A  le  /o,  de  toi; 

Loc.  »Syi  *J   le  toda,  dans  toi. 

Pluriel. 

Nom.  iy»\  croaa,  vous; 

Gén.  *yA  g  hi  eeouu,  de  vous  (votre); 

Dat.  »y\  k>  beeeoua,  à  vous; 

Ace.  i£yt\   eeouï,  vous; 

Abl.  êy»\  *1   le  eeoua,  de  vous; 

Loc.  *$y\  *J   /«  eeouda,  dans  vous 

TROISIEME  PERSONNE. 

Singulier. 

Nom.  }\   don  ,  lui; 

Gén.  j)  £  /ii  doa»  de  lui,  d'elle. 

Dat.  _jb  beâoa,  à  lui,  à  elle; 

Ace.  ^1  âouï ,  le,  la; 

Abl.  ^y)  *i  leâoui,  de  lui,  d'elle; 

Loc.  ffdj)  *i   leâouda,  dans  lui,  dans  elle. 

Pluriel. 
Nom.  ^jlj)  douane,  eux,  elles; 

Gén.      yl^J  £  /u  âouane,  d'eux,  d'elles  (leur); 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  311 

Dat.  ol>^  beâouane,  à  eux,  à  elles; 

Ace.  t3^  âouani,  eux,  elles; 

Abl.       yi^î  *S  /e  âouane,  d'eux  d'elles; 
Loc.  »«>oi^t  *i   leâoaandé,  dans  eux,  dans  elles. 

29.  Remarquons  que  les  pluriels  »y>\  eeoua,  vous , 
et  y)})  aouane,  eux ,  dérivent  du  pronom  de  la  3epers. 
sing.  jl  lui,  de  même  qu'en  persan  U*  et  (jl-ûoî  dé- 
rivent du  pronom  de  la  3e  pers.  sing.  ^  ech,  lui. 

30.  Il  y  a  des  cas  où  le  pronom  personnel  de  la 
irepers.  sing.  or»  myn,  peut  se  remplacer  par^t  az, 
moi,  comme  en  taliche. 

B.  PRONOMS  PERSONNELS  CONJONCTIFS. 

31.  Il  y  a  deux  espèces  de  pronoms  personnels 
conjonctifs  ;  ceux  qui  ne  s'emploient  guère  que  con- 
jointement avec  un  nom,  et  ceux  qui  aident  à  con- 
juguer le  prétérit  d'un  verbe  kurde. 

32.  A  la  première  espèce  appartiennent:  +  m, 
mon;  ei>  ett,  ton;  &  i,  son;  <jU  mane,  mes;  et  yb 
tane,  vos;  y\*  iane,  leurs.  Ainsi,  par  exemple,  on 
dira  : 

<<\jjj  brïnem,  ma  blessure  (brine); 

o»«*jjj  brïnett,  ta  blessure  ; 

^Ljjj  brïni,  sa  blessure; 

yLc^v?  brïnmane,  nos  blessures; 

yUJow  brïntane,  vos  blessures; 

yUJo^j  brïniane,  leurs  blessures. 

33.  L'autre  espèce  ne  diffère  de  la  première  que 


312  AYHIL-MAI   1857. 

parce  que  toutes  les  personnes.au  pluriel  et  au  sin- 
gulier, commencent  par  un  a  d.  Exemples  : 

-s  dem  hecht, }e  laissai; 

iâtà  dett  kecht ,  tu  laissas  ; 

^i  dei  hecht,  il  laissa; 

(jUi  demane  hecht,  nous  laissâmes; 

(jL'i  detane  hecht,    vous  laissâtes  ; 

jji  detane  hecht,  ils  laissèrent. 

La  présence  de  ces  pronoms  exige  que  le  verbe 
se  mette  toujours  apocope.  Quelques  dialectes  slaves1 
ont  la  même  espèce  de  pronoms ,  qu'il  faudrait  ap- 
peler verbaux ,  vu  qu'ils  ne  s'emploient  qu'avec  un 
verbe. 

34.  On  peut  supprimer  l'affûte  ^  d,  pourvu  qu'il 
M)it  remplacé  par  un  substantif.  Ainsi  en  mettant, 
par  exemple,  le  mot  <->^y^-  hheioaète,  tente,  devant 
les  pronoms  personnels  conjonctifs,  et  en  le  I  lis  mt 
suivre  de  ^j*  frontt ,  infinitif  apocope  de  ^jjjfrou- 
tynn,  vendre ,  on  s'exprimera  tout  aussi  correctement 
que  dans  l'exemple  précédent,  en  disant  : 

cyjy-i  aJj^a»>  kheiouelcm  froutt ,  je  vendis  ma  tente; 
<±>}j*  cxij^**.  kheiouetète froutt ,  tu  vendis  ta  tente; 
^->jy— »  àsy**"   kheioueti  froutt ,  il  vendit  sa  tente; 
c^jy-S  yU^j-s»-   iheiouelmane  froutt ,  nous  vendîmes  nos 
tentes; 

»^>jyj  yV^y*^-   khciouettane  froutt,   vous    vendîtes    vos 
tentes; 

1  Par  exemple,  on  dit:  iam  byll,  tys  byll,  an  byll ,  mysmy  byU . 
wyscie  byli ,  ont  Mi. 


ETUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  313 

v^jj»-i  ^jLaJj^jus»-   kheiouetiane  froutt,   ils   vendirent   leurs 
tentes. 

Nous  en  reparlerons  au  chapitre  des  verbes. 

35.  Le  pronom  personnel  conjonctif  de  la  irepers. 
sing.  r»  em  se  prononce  quelquefois  g  mi,  et  aussi 
y*  mou. 

C.    PRONOMS  RÉFLÉCHIS. 

36.  U  n'y  a  qu'un  seul  pronom  réfléchi  clans  la 
langue  kurde,  à  savoir  :^^  kho,  soi-même. 

37.  Il  ne  se  décline  que  conjointement  avec 
d'autres  pronoms,  comme  par  exemple  : 

PREMIÈRE    PERSONNE. 

Singulier. 

Nom.  r*^**   khom,  moi-même; 

Gén.  (•}•£*-  JU  ou  <g  hi  ou  mâli  khom,  de  moi-même; 

Dut.  ,»»rw  \i   be  khom,  à  moi-même; 

Ace.  <£?■**   khomi,  moi-même, 

Abl.  fj^-  ^   ^  khom,  de  moi-même; 

Loc.         &<y***À.  >i   le  khomda,  dans  moi-même. 


Pluriel. 


Nom.  jjUj^.   khomane,  nous-mêmes; 

Gén.  ^jU^ik  JUou  *  hi  ou  mâli  khomane,  de  nous-mêmes 

Dat.  ^UjÀ.  x»   be  khomane,  à  nous-mêmes; 

Ace.  ^U^à.   khomani,  nous-mêmes; 

Abl.  (jUjâ*  ai   le  khomane,  de  nous-mêmes; 

Loc.       5*XjU*^.  ai   le  khomannda,  dans  nous-mêmes. 


314  \\  MLMAj   IH57. 

DEUXIKMB  PERSONNE. 
Singulier. 
Nom.  ^yi  ,£y±~    khoitoï,  toi -llirtue. 

Gén.^^J  t£y±>  JUou£  lu  ou  mAU  khoi  toi,  de  loi  même 
l)at  i£yi  i£y^   V    ^  khoi  '°'»  *  toi  in<  in. 

Ace.  jy>  \yy*-   khoiiloîi,  toi-même; 

Abl.  ^yi  isy^"  *^  '*  M°'  /0'«  *'•'  loi -même; 

Loc       tù^yj  ^y^-  *i   /«  A7»oi  foû/ri.  tlnns  toi-même 

l'Iuri.-l. 

Non.  jjlii^À.    khotùne ,  fÉHU  i 

(.m  jt^À-  JU  ou  £  Ai  ou  m<//«  kholane,  de  vous  mêmes 

Dat.  {J^y^-  *i   ''<"  khotane,  à  vousmi'iin- 

Ace.  <j*>**   khuinm .  vous-même»; 

Abl  fc)^>**  *^   '*  khotane,  de  vous-mêmes; 

I.oc  »Job^*.  *1    le  khotannda ,  dans  yr>u«  mêmes 

TROISIÈME    PKRSONNK. 

ulier. 

Nom  cïT*"    Mo»,  lui  ml  m. 

Il    ii  oi*^   «^  ou  «$    '"  (,u  "'"''  M°'-  *''    'u'  ""  '""' 

Dat.  o»*^*"  *-?   bekhoï,  à  lui-même; 

Ace.  <3>**   Mon,  lui  même; 

Abl.  iSf^  **    ''/•'""■  ''«'  lui  même 

Loc.  *»Xj^à»  *1   lekhoïda,  dans  lui-même. 

Pluri.l. 

Nom.  U^*"   khoiane,  •  u     in- nies; 

Gên.       uW**  «J^*  ou  <f   hi  ou  malt  khoiane ,  deux-un  i-k- 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  $18 

Dat.  uk>^"  *^  ^e  hhoïane,  à  eux-mêmes; 

Ace.  cjl?*1*-  khoïani,  eux-mêmes; 

Abl.  U->*"  *^  te  Moiane,  d'eux-mêmes; 

Loc.  *<Xil»^à.  *J   te  khoïannda,  dans  eux-mêmes. 

REMARQUES  SUR  LES  PRONOMS  REFLECHIS. 

38.  M.  Vullers  a  été  le  premier  à  faire  remarquer  l 
que  le  ^^  persan  n'est  qu'un  eas  oblique  de^i- 
khou,  formé  à  la  manière  sanscrite ,  c'est-à-dire  par 
l'adjonction  de  la  consonne  à  d.  En  effet,  on  ren- 
contre ici  le  même  formatif  ^  d,  dont  la  présence 
est  indispensable  dans  le  locatif  des  trois  personnes 
du  pronom  réfléchi. 

39.  Au  nominatif  pluriel  du  pronom  réfléchi  de 
la  3epersonne  yl»^-^»,  on  peut  substituer  sa  variante 
(jUjl^i».  khoïaniane.  Exemple  : 

8j5  (jà*^-  tlV^V*^"  hhoïamane  khoch  dévè, ils  s'aimaient 
bien  entre  eux  (littér.  eux-mêmes  bien  s'aimaient),  du  verbe 
(jS-wjî  (jiijÀ»  khoch  evistène ,  aimer  bien,  chérir. 

40.  Voici  quelques  locutions  familières  chez  les 
Kurdes  : 

xà  s  ujj.=-  iSf**'  khoï  djevane  deké,  il  ou  elle  se  fait  jeune, 
c'est-à-dire  s'habille,  fait  sa  toilette. —  ^jy^?  (Sy**'  c£Jj*^ 
1*3  abrouï  khoï  bekhoraï  neba,  ne  te  ravale  pas  pour  rien  (litté- 
ralement :  l'honneur  ton  propre  gratuitement  ne  porte  pas); 
1*3  neba,  selon  Ahmed  Khan, est  ici  pour^v*  meber^n  per- 
san, ne  porte  pas.  —  r*y=*~  ^Jl****-  khéioueti 'Mom,  ma  propre 
fente. 

1  Voyez  ses  In.itifnt.  lingnœ  pers. 


316  WHIL   MAI    1857. 

Voici  comment  s'expriment  en  Iran»  us  lei   lorn- 
tions  suivantes  : 

*X  -^fc.  khom  lemé,  je  suis  ici  moi  menu1 

aX  cj>^à»  kholtlemé,  tu  es  ici  toi-même; 

-vi  iSy^"  ^'""  '<'"'«'■  il  *>>l  ici  lui-même; 

vl  jU»».  kkomane  lemé,  nous  sommes  ici  nous-mêmes, 

*X  jt)x  khotane  lemé,  vous  êtes  ici  vous-mêmes; 

*1  ys»j*-  khoiane  lemé,  ils  sont  ici  eux  mêmes. 

P.    PRONOMS  RELATIFS. 

4 1 .   Les  pronoms  relatifs  kurdes  ressemblent  aux 
pronoms  relatifs  persans,  sauf  une  légère  modifira 
lion  de  prononciation. 

'l2.   «^  ou  S  kiei  correspond  au  persan  tS~  ki, 
qui,  lequel. 

43.  a»,  tché  correspond  au  persan  Aa*  tchi,  que, 
quoi. 

44.  Comme  exemple  de   la  déclinaison   de  ce» 
pronoms,  nous  donnons  ici  quelques  phrases  toi 
dnites  du  persan  en  kurde  par  Ahmed  Khan  : 

33  y**.  sS  vJajILjU  mungaieki  ké  chir  deda,  la  vache 
qui  donne  du  lait;  *±»yS  a_->  i»}^  aS  jJjL_j  piaoueki  ke 
ichaouem  pé  (pour  be)  koutt,  l'homme  que  mes  yeux  (mon  œil) 
ont  vu;  (^woàtà  »S  a)wl>  djeiguehi  ké  dadenichi,  l'endroit 
ou  lu  t'es  assis,  ou  bien  ^wJ^  ^  A_5  ké  rou  denichi,  sur  le 
quel  tu  t'es  assis;  <  »  m»  ■»  ^fij^li  (j~*  (£»  tS  ci)/<v£»- 
kekimiké  kt  hebbi  mm  nakhoch  khy$l,  le  médecin  dont  la  pil- 
lule  m'a  rendu  malade  (littér.  me  malade  lit  coucher);  viLiJ 
oyi  <r5^*-  ^j*  [j*  i^Sjneh  ke  myne  donné  (pourCji 


ÉTUDES  SDR  LA  LANGUE  KURDE.  317 

dounene)  tchaouem  de  kouit,  la  femme  que  mon  œil  a  vue  hier; 
»«joj^»>i  ^«l  A-J  ki)s*xj  biréki  kè  aouï  de  khoïnaoua,  le 
puits  dont  nous  buvons  l'eau;  o-»--&-a_5  jjj  *5  yls^JU*! 
astergan  ki  zor  guichentt,  les  étoiles  qui  force  (beaucoup)  res- 
plendissent. 

Nota.  Comme  nous  l'avons  fait  remarquer  plus 
haut,  l'article  d'unité  J  ek  fait  ici  fonction  de  l'ar- 
ticle proprement  dit,  et,  pour  cette  raison,  il  faut 
le  traduire  par  le,  ta. 

Puisque  nous  n'avons  pas  encore  donné  le  para 
digme  des  verbes ,  nous  faisons  observer  que  : 

îàà  deda  est  la  3epers.  sing.  du  prêt,  du  verbe  (j\s  dane, 
donner;  ^ctotà  danichi,  2°  pers.  sing.  du  prêt,  du  verbe 
(^-£0  nychtène,  s'asseoir,  synonyme  du  verbe  (jfC**J  ^  rou 
nychtène,  s'asseoir  dessus;  o«w,^  khyst,  3e  pers.  sing.  du 
prêt,  du  verbe  transitif  (j>**à»  khystyne,  faire  coucher,  cor- 
respondant au  persan  yiX_AJl»Lj_iw  khâbânîden;  ayj^jys^^ 
de  khoïnaoua,  3e  pers.  plur.  du  présent  du  verbe  (jàjl^À. 
*jJ  khoardyne  aoua,  en  persan  {j&jy>r*  V^  ^  khourden, 
boire  de  l'eau;  cAjw&up guéichentl ,  3e  pers.  plur.  du  présent 
du  verbe  {j^àtjS^guéichyne ,  scintiller,  briller. 

45.  Le  pronom  relatif  *5~,  devant  se  trouver  à 
la  suite  de  u*S j.&  her  kes,  quiconque,  ou  de  *^-j^ 
her  tché,  quoique,  peut  être  omis  ou  conservé  à  vo 
lonté.  Exemples  : 


Syt  &jZ**S  ^ji^j  bélier  kes  (ki)  guéichti1  bezè ,  dis  a 
chacun  que  tu  auras  rencontré  (littér.  à  chaque  personne  tu 

1   Du  verbe  ijiJiuàyuéicliÛne,  parvenir  à  ,  atteindre. 


318  AVK1L  MAI    1857. 

serais  arrivé,  dis);   **yi  g  i^iyS  M&- j&    her  tchi  </ 
tett  hi  loié,  tout  ce  que  tu  aurais  empoigné  est  à  toi  (litter 
quoi  que  tu  empoignerais  tien  est);  *-*-»  ,j*S  jjb  her  ket 
bébé,  qui  que  ce  soit  (iittér.  quiconque  soit). 

ujjX?  *^5a  c^-n,i  ^j  jU>  »S \ySjA  K->j^-> 
fermouié  her  kes  ké  piaoa  oujine  dest  dekouié  bekoujine,  il  or- 
donna :  chaque  personne  qui,  homme  ou  femme,  tomberait 
entre  les  mains,  tues! 

46.  Nous  avons  déjà  dit  que  les  Kurdes  pronon 

<nt  leur  pronom  relatif,  tantôt  *S"fce  et  tantôt  Shéi. 

Voici  quelques  locutions  pouvant  servir  d'exemple 

pour  ce  qui  concerne  l'usage  grammatical  de  S  l>c> 

Exemples  : 

^  ,^  w».  à  ^s->  yi  S  *^  jXàxJ  tufenijut  ké  kei  lo  péiei  de 
khavezj ,  k  hsâ  que  tu  Efcu  tirer;  ^à  £+&  *J  vi)jl«X^-* 
mendart  ké  ke  ktebeki  derx,  l'entant  qui  a  déchiré  un  livre; 
jl^À.  a  &s\x>  yï  S  *iW-3~ ktehiké  kei  to  teiadé  (dedans, 
dan*  lequel  !  de  khoam .  le  livre  que  tu  lis 

E.    PRONOMS  DÉMONSTRATIFS. 

\1     Le  pronom  démonstratif  pour  désigner   l< 
objets  rapprochés  est  J  am,  celui-ci,  celle-ci,  ceci. 

48.  Lorsqu'il  s'agit  d'un  objet  plus  éloigné,  on 
dit  fjt  aoua,  celui-là,  celle-là,  cela. 

49.  La  déclinaison  de  ces  deux  pronoms  n'oiïro 
.in«iinc  irrégulai  m- 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  kUKDE     310 

PRONOMS  DÉMONSTRATIFS  DES  OBJETS  PROCHES. 

Singulier. 

Nom.  -ï  am,  celui-ci; 

Gén.  -l  £  hi  am,  de  celui-ci; 

Dat.  (.1  «j  be  am,  à  celui-ci; 

Ace.  ig)  ami,  celui-ci; 

Abl,  *t  *V  leam,  par  celui-ci; 

Loc.  \<y*je\  *S   le  amda,  dans  celui  ci 

Pluriel. 
Nom.  ^jUi   amane,  ceux-ci; 

Gén.     ^Ul  j§  /u  amane,  de  ceux  ci; 
Dat.      yUJ  *j  6e  amane ,  à  ceux  ci  ; 
Ace.  3^»^   amani,  ceux-ci; 

Abl.       ^jUÎ  *J   le  amane,  de  ceux-ci; 
Loc.  I»XjU1  »1   te  amanda,  dans  ceux-ci. 

PRONOMS  DÉMONSTRATIFS  DES  OBJETS  ÉLOIGNÉS. 

Singulier. 

Nom.  jl  et  Sjl  aoua  et  aou,  celui-là; 

Gén.         &}\  g  hi  aoua,  de  celui-là, 

Dat.         Sjl   *j  be  aoua,  à  celui-là; 

Ace.  (£j\  aoui,  celui-là; 

Abl.  85 1  *J  A?  ao««,  de  celui-là; 

Loc.        \ï}\  *i  /e  aouda,  dans  celui-là, 

Pluriel. 
Nom.  yijt  aouane ,  ceux-là; 


320  AVttIL-MAI    1857. 

^e"  t)^'  S  '"  aouane'  l'e  ceux-là. 

Dal.  (jl^l  *j  60  aouant  ,  à  ceux-là . 

Ace.  jljl  uouani ,  ceux-là  ; 

.  Abl.  (jïjt  *1  le  aouane ,  deceux-là; 

Loc.  ItXjf^l  *1  /«  uouannda,  dans  ceux- lu 

Exemples  : 

(jt  jiK  jUl  ^jn  ■■»  .—  (j'^t  aouane  tpme  amane  ruckènë, 
ceux-là  sont  blancs,  ceux-ci  sont  noire.  —  jà-o  a!  jû  yl^l 
ijj->*  *»*■»>'  aouane  ke  le  piéch  eemi  deboune ,  ceux  qui  exis- 
taient avant  nous. 

50.  jjtjJ  aouane  est  synonyme  de  yUS' /f«an*. 
ceux-là. 

r.    PRONOMS  INTERROGAT1FS. 

51.  Le  pronom  interrogatif  Jfkam,  lequel     II 
quelle?  au  pluriel  yt/ç»^  kamiâne,  se  décline  comme 
le  démonstratif  *l  am.  Voici  quelques  exemples  <!«• 
son  emploi  : 

c >\j}\  Ka%  kame  Aourull ,  tjinll'  &ei  <tti>  |>.ivince? — #1 
oP^j,^  cjyLj  !  jjt£ju>>  J6  le  kam  djengaetda  keoutt 
tchaou  pi  koatt,  dans  quel  bois  as-tu  vu  la  perdrix  (littér. 
dans  le  milieu  duquel  bois  la  perdrix  (keutt)  l'œil  aperçut)  ? 

<—>j— i  jXi  «  >  A  t;l  -\^  *io  teih  A/io  6<pé  Àam  ic/ief/  fdou 
kyrt,  dis,  toi-même,  si  tu  as  jamais  fini  une  affaire  (littér. 
toi-même  dis  laquelle  ton  affaire  (ich)  accomplissement  fit)? 

52.  L'emploi  des  pronoms  interrogatifs  *5  hé  el 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  321 

A&.  tché,  ressemble  à  celui  des  interrogatifs  persans 
S  ki,  qui,  *&-  tchi,  quoi.  Exemples  : 

*j%ô  *i£  ké  é  deroa,  qui  est-ce  qui  marche?  («y^  deroa, 
du  verbe  {M$j  roïn,  marcher).  —  *»jà  *=*.  tché  derèi,  que 
dis-tu? —  jV>^  (£*  *$  ($JiS <*£».  tché  ktebi  ke  deikhoani, 
quel  est  le  livre  que  tu  lis? —  là  ^y  À  ^-»S  kéélè  toî  da, 
qui  est-ce  qui  t'a  frappé?  [\z>  gyi  *J  lé  toî  da,  pour  (£j--> 
ià^*J  toî  léda,  du  verbe  yà^ai  leedène,  frapper). —  £ 
ZfiJjhi  ké  é,  à  qui  appartient-il  ?  (mot  à  mot  :  cujus  est?). — 
iàà  *j  *j  be  ké  deda,  à  qui  a-t-il  donné  ?  —  ïjJ&yS  cy  ao 
Are  ett  koucht,  qu'as-tu  tué  ?  —  owwuu  cy  /o  >S  /e  Are  ett  biste, 
de  qui  as-tu  entendu?  ; —  ts^mftf  f  *-5^*i  (*—*!)  *"*  ne  2a~ 
nem  le  ké  em  biste,  je  ne  sais  pas  de  qui  j'ai  entendu  ? —  *S  *J 
kï>jj(S j}  le  ké  ouer  guyrl,  de  qui  l' a-t-il  pris  ?  (iïijjSjj  ouer 
guyrt,  du  verbe  (jZrfyjj  ouerguyrtyne,  enlever,  prendre). — 
uy  yli  4o  *}  ?e  Are  mane  jonH,  de  qui  avons-nous  parlé? 
—  SjjÇSà  &  A  j&  fykr  le  ké  dekioua,  à  qui  penses -tu? 
(liltér.  la  pensée  de  qui  fais-tu  ?  HyfSz»  dekioua,  3e  pers.  sing. 
prés,  du  verbe  irrégulier  m^jJ  kyrtyne ,  ou  ij^JS kyrdyne , 
faire  ) . 

53.  L'interrogatif  lequel,  laquelle  d'entre  eux,  se 
rend  en  kurde  par  le  pluriel  ^Lx*^,  que  nous  con- 
naissons déjà.  Exemples  : 

J^S  (jLa»*I^  kamiane  gouii,  lequel  d'entre  eux  a  dit?  — 
&j3s  j3  f^^\  {j\xd6  kamiane  aoni  to  deteva,  lequel  d'entre 
eux  (^jt  aoui,  de  celui-là)  te  plaît? 

54.  Au  lieu  de  *&-  tché,  on  peut  aussi  dire  ^&- 
tchou.  Exemples  : 


Ml  W  IU1.-MAI    1857. 

1  JJ^Uj  y*,  tchou  ptaouekt ■ .  uu  bien  vy^-  vJjL>_j  ptuouek 
'•  -houe,  qu'est-ce  que  cet  homme?  (Par  un  idiotisme  propu 
à  la  langue  kurde,  on  dit  :  i  ^y  .v_=»  JjUj   piaouek    tché 
loouné,  quel  est  cet  homme?  littér.  l'homme  de  quelle  cou 
leur  est-il?) 


<;.   PRONOMS  1MDKKIN1.S. 


55.  *SJS^  kiké ,  placé    immédiatement    nvèi    un 
substantif,  correspond  au  pronom  indéfini  fautn- 
Exemptât: 

*Cp  «iGj  rcnyue  kiké,  une  autrt il  « i r     -O^   <■  ««»».& 

ic  hic  h  té  kiké,  une  autre  chose;  aj\jo  *Xa3  ww*«l  «p  A  <  A 
heiané1,  amène  un  autre  cheval. 

Ichichlé  kiké  ou  tchaou  pekoutyne  tchichtë  kiké,  autre  chose  est 
entendre ,  et  autre  chose  voir  de  ses  yeux  (/yjjX»  pekoutyne, 
I  infinitif  précédé  de  la  préposition  t->  64  ou  k_>  ptf,  du  verbe 
^jj^koutyne,  tomber  dessus). 

56.  Le  persan^yL^J^s?  iekdiguer  se  rend  en  kurde 
yJs»  icfe  tyr,  comme  sos^yJo  *1  fe  féfcfyr  /<im&.;.  ils 
se  frappaient  l'un   l'autre   (du  verbe  ^*0  UêÊÈÊU 
frapper). 

57.  Le  pronom  indéfini  ^«x^l  idi,  autre,  du  vo- 
cabulaire de  Garzoni,  ne  s'emploie  qu'adverbialement 
dans  le  dialecte  de  Soléimanié,  et  signifie  encore, 
derechef.  Exemple  : 

•  jà  *ofc  &<**>)  idi  tché  devé,(\uc  veux-tu  encore? 

'   oLo  bfiant,  impératif  du  verbe  qL*  hrnane,  amener,  apporter . 
,»Uj^  deenam,  j'apporte.  «U&  htenatn,  j'apporterai ,  etc. 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     323 

VI.  VERRES. 

58.  La  racine  prétérit  et  la  racine  aoriste  d'un 
verbe  servent  de  base  au  paradigme  de  ce  verbe, 
comme  cbez  les  Persans.  Cependant,  les  préfixes 
verbaux  et  l'inflexion  de  la  conjugaison  kurde  sont 
assujettis  à  des  règles  différentes  et  que  je  n'ai  pas 
pu  préciser ,  vu  l'insuffisance  de  mes  sources.  Je  me 
bornerai  donc  à  donner  les  paradigmes  de  six  verbes 
kurdes,  tels  qu'ils  m'ont  été  dictées  par  Ahmed 
Khan. 

59.  De  même  que  dans  toutes  les  langues  con- 
nues, le  verbe  yy  boun,  être,  exister,  est  irrégulier 
et  défectueux. 

A.   PARADIGME  DU   VERBE   yyi  BOUN,  ÊTRE. 
INFINITIF. 

ijy*  boun,  être. 

PRÉSENT. 

/od£  hem,  je  suis; 

12&  hei,  tu  es; 

AAifc  ou  *  héié  ou  é,  il  est; 

IgjJb  hine,  nous  sommes; 

^jjfc  ijî  eoua  hene,  vous  êtes; 

Ijib  yt^i  eouane  héne,  ils,  elles  sont. 

Exemples  : 

u+ y?  fgSb  \}\  eoua  hene  bou  myne,  vous  êtes  avec  moi, 


m  H  KIL-MA1   1857. 

vous  êtes  mon  partisan ,  -w*  y  ,j^  ^1^1  touane  hene  bou 

myne,  ils  sont  pour  moi,  mes  partisans. 

Pour  interroger,  on  dit. 

<S  tf»  myne  km ,  qui  suis-je ,  moi  ?  —  ^  KkS yi  to  kiéi , 
qui  es-tu  ?  —  *o  ju5  ji  dou  kieiè,  qui  est  il  ?  —  *!»*^  j'  <fo" 
fcAé  iV,  qu'est-ce  que  cela?  —  -aj  **ç\  eemé  keem,  qui 
sommes-nous? — y***j  *j^_jt    eeoue   &«  «te,    qui  êtes 
vous?  —  y^A^y'ft  douane  keene  ,  qui  sont-ils,  elles? 

Pour  désigner  la  présence  de  quelqu'un,  on  dit 

jà_«  mynem,  me  voici  ;  ^-5  toi,  te  voici  ;  »j  J  aoué,  le  voici . 

«  A-^»l  &me  «m,  nous  voici;  j**5>>'  <*<""'  00,  vous  von  1 
yyl^l  aoaanène,  1m  voici. 

Ajç4  '.jl;^-*  *^  \y^  ^es  'e  marava  hïé,  y  a-t-il  quelqu'un 
dans  la  maison?  —  Vj  'jL>^*  *-l  {jtS  ke$  le  marava  nié, 
ii  u  y  a  personne  à  la  maison  (littêr.  dans  l'intérieur).  — 
jljjà  ^i>yS kurdi  dtzani,  savez  vous  la  langue  kurde?  — 
«jtjpj  nêzanem ,  je  ne  la  sais  point. 

IMPARI  AIT  ET  PRÉTÉRIT 

~yi  boum ,  j'étais ,  je  fus  ; 

^yt  bout,  tu  étais,  tu  fus; 

y»   bou,  il  était,  il  fut; 

tfïyi  bouine,  nous  étions,  nous  fûmes  ; 

U}*>  bouôoune,      )  .  .  ». 

,  ,  J   vous  étiez,  vous  lûtes; 

et  aussi  ,jyi  I31  aoua  boune,  ) 

<jy>  yiy   aouane  boune,  ils  étaient,  ils  furent. 


ETUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     325 

PLCS-QUE-PARFAIT. 

*yi  y)  bou  boum,  j'avais  été; 

^jrjj  yi  bou  bouï,  tu  avais  été; 

yj  yi  bou  bou,  il  avait  été; 

kj-Ajjj  y,  bou  bouïne,  nous  avions  été; 

,jyi  y)  \j\  aouabou  boune,  vous  aviez  été; 

fjyi  yi  y)y\  aouane  bou  boune,  ils  avaient  été. 

FUTUR. 

+yii>  déboum,  je  serai; 

i£y?à  débouï,  tu  seras  ; 

y}b  débou,  il  sera; 

/jj^ji  débouine,  nous  serons  ; 

y^jàf^i  aouadéboune,  vous  serez; 

UL9"?à  ol>^  aouane  déboune,  ils  seront. 

IMPÉRATIF. 

X>  X>    ta'  ta ,  sois  ; 
te  Ifi   by  bè,  qu'il  soit; 

(jvj  «j  6e  byne,  que  nous  soyons,  que  vous  soyez, 
qu'ils  soient. 

PROHIBITIF. 

Ax*  mébé,  ne  sois  pas,  pour  toutes  les  personnes. 

On  dit  aussi: 

Xka  x«J  lemé  mébé,  ne  sois  pas  ici;  et,  à  la  3*  pers.  (avec 
la  négation  y  n  ),  Axi  x*J  /émé  /ieta,  qu'il  ne  soit  pas  ici. 

60.  Le  conditionnel  d'un  verbe  kurde  est  iden- 
tique avec  le  futur.  Exemples  : 


SHt  AVRIL-MAI   1857. 

(•jj^  -V^Sè^  s^  3'  j5ï  eguer  aou  lem  beheyaïé  débouta, 
s'il  n'avait  pas  empêché,  j'y  serais.  —  *X  y*  j5l  c^aj  -:> 
JS»L»^j  '/<m  guyrit  eguer  (0  lemé  bouyaié,  j'aurais  pris,  si  tu 
étais  ici.  —  (**"}  °  jl  *«?^V  ^j'j^'  <*<Jo^r  °ou  /em<* 
aebouyaiê  ez  da  uouslym ,  s' il  n'était  pas  ici ,  moi ,  je  dormi- 
rais. —  Sali  yj  àjWjJ  *  J^y*"J^*  e^a^r  soar  de  bouyaié 
lem  dadé,  s'il  montait  à  cheval,  je  l'aurais  frappé  (lemdadé 
pour  emdélédé). 

6 1 .  Je  crois ,  sans  pouvoir  l'affirmer,  que  le  par- 
ticipe passé  du  verbe  substantif  q^j  boun ,  est  *A>> 
bouyaié.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  <>t  certain  que  *^y 
bouyaié,  précédé  des  pronoms  personnels  el  des  pro- 
nom verbaux  ($  33),  se  conjugue  comme  on  vient 
«le  le  voir  dans  les  derniers  exemples. 

B.  PARADIGME  DU  VERRE  yïjSy^.    KIÎOARniNK,  MANGER. 

62.  On  distingue  ici  facilement  les  deux  racines 
de  la  conjugaison  persane  ($  48),  racine  aoriste  ^-»- 
khou  et  la  racine  prétérit  a^l^i.. 

■■ffiainr. 

jijl^»-   khoardyne,  manger. 

PARTICIPE  PASSE. 

•*j\y±~   khoardè,  mangé. 

PRÉSENT  Kt  PDTOR. 

fj^-s  dekhoum,  je  mange,  je  mangerai; 
i££À.à  dèkhoï,  tu  manges,  tu  mangeras: 
l^j*»i   dekhoâ,  il  mange,  il  mangera: 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  327 

-w»À.i  dekhoïne,  nous  mangeons,  nous  mangerons; 
ijy^à  \}\  eoua  dekhoune,  vous  mangez,  vous  mangerez; 
(j^i.à  (jî^t  éouane  dekhoune,  ils  mangent,  ils  mangeront 


IMPARFAIT. 


-ijj^ita.  khoardem,  je  mangeais; 

ey^)l_y^.  khoardett,  tu  mangeais; 

©àji^i.  khoardé,  il  mangeait; 

Uàjl»j^.  hhoardima,  nous  mangions; 

b'àjl^âfc.  khoardtâ,  vous  mangiez; 

Uàpl^ah.  khoardya,  ils  mangeaient. 

PRÉTÉRIT. 

>))jà.  *i  dm  khoard,  je  mangeai; 

.ij^sw  cyà  e?e££  khoard,  tu  mangeas; 

i^î^j^  c£à  ^ei  khoard,  il  mangea; 
^jî^j^-  (jbà  demane  khoard,  nous  mangeâmes  ; 
i)!^^.  ybà  detane  khoard,  vous  mangeâtes; 
à;!^.  yl»à  deiane  khoard,  ils  mangèrent. 

PLOS-QOE-PARFAIT. 

*yj  Sijijjsh.  khoardé  boum,  j'avais  mangé; 
uyjj  *ijl_j^.   khordé  houtt,  tu  avais  mangé; 

^j  SijL^.  khoardé  bouï,  il  avait  mangé; 
yUjj  8$j\j~*.  khoardé  boumane,  nous  avions  mangé; 

bjj  Sàjt^Â.  khoardé  bouta,  vous  aviez  mangé; 
jjU^j  Sàjîj^.  khoardé  bouiane,  ils  avaient  mangé. 

IMPÉRATIF. 

y&   bkhô,  mange; 

\y&   bkhoâ,  qu'il  mange; 
cSj-s^'  bkhoï,  mangeons; 
j^-^   bkhôou,  qu'ils  mangent. 


AV H  IL. MAI    l 


PHOHIBllir. 


y£*   mkho,  ne  mange  pas; 
\y&  nkhoa ,  qu'il  ne  mange  pas  ; 
^y^  nkhoï.  ne  mangeons  pas; 
)y^  nkhdou,  qu'ils  ne  mangent  pas. 

53.  Pour  donner  plus  d'énergie  a  l'ordre,  soil 
positif,  soit  négatif,  l'on   se  sert  du  préfixe  •>  <l 

mples  : 

y-^$  de  bkho,  mange  donc;^-i£d  de  mkho,  ne  mange 
point;  \j*m\yts\j  rn  htvmlé, arrête  toi  ;  A**»L^ofj  ra  mrrastt ?. 
n'arrête  pas  loi 

54.  Les  temps  du  mode  optatif  sont  les  mémei 
que  ceux  de  l'indicatif. 

55.  Pour  former  le  conditionnel,  on  met  jS\ 
equer  devant  un  temps  passé.  Exemple  : 

■v_> \.*.m-^  }\  S\  Sj^y*-  |*^  dem  khoard  eguer  aou  brhrch 
taie,  je  mangerais  s'il  me  le  permettait. 

56.  Ahmed  Khan  pense  qu'il  n'y  a  aucune  forme 
particulière  pour  désigner  l'action  à  venir,  et  que 
tous  les  futurs  kurdes  font  autant  de  présents,  et 
vice  versa. 

C.  PARADIGME  DU  VERBE  (^l*  HATTNB,  VENIR  '. 

57.  Le  verbe  ^^  hatyne,  venir,  offre  cette  prin 

1  Le  verbe  .jJ'L*  a  dem  formes  pour  son  temps  présent;  une 
que  nous  avons  donnée,  et  l'autre  qui  est  »«l  *3  dem  oava,  je 
viens;  dru  omva ,  tu  viens,  etr. 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  329 

cipaie  irrégularité  qu'à  l'impératif  ïh  aspirée  ft ,  se 
change  en  &  i. 

INFINITIF. 

(jï\&  hatyne,  venir. 

PARTICIPE  PASSÉ. 

Aj'Uû  hâté,  venu. 

PRÉSENT  ET  FUTUR. 

j»Ufci  deham,  je  viens,  je  viendrai; 
^Ajà  Jeiei'j  tu  viens,  tu  viendras; 
cyXO  deiett,  il  vient,  il  viendra; 
Qi!*!>à  deieïne,  nous  venons,  nous  viendrons; 
y^oà  <&ène,  vous  venez,  vous  viendrez; 

y^ôi  «feèwe,  ils  viennent,  ils  viendront. 

IMPARFAIT  ET  CONDITIONNEL. 

|OôU&  hatym,  je  venais,  je  viendrais; 

tjUb  fca<y,  tu  venais,  tu  viendrais; 

c^Ufr  Ziatt,  il  venait,  il  viendrait; 

(jOufc  hatyne,  nous  venions,  nous  viendrions; 

(jjjUfc  hatène,  vous  veniez,  vous  viendriez; 

(jjUft  ^Ijl  eouane  Ziatè/ie,  ils  venaient,  ils  viendraient. 

PRÉTÉRIT. 

Ajlfcà  dehatym,  je  vins; 
jLfcà  dehaty,  lu  vins; 
c^Uûà  dehatt,  il  vint; 
(jj^jUûà  dehatyne,  nous  vînmes; 
O"*      *"  dehatène,  vous  vîntes; 
(^jub:>  yî^l  eouane  dehatyne,  ils  vinrent. 


330  AVRIL-MAI   1857. 

PLC3-QCE-PARFAIT. 

+yi  AjlA  hâté  boum,  j'étais  venu; 
s^iyi  K>\J>  hâté  bontt,  tu  étais  venu; 
^y  AjlA  hâté  bouy,  il  était  venu; 
\jjj}  AjUfc  hâté  houîne,  nous  étions  venu* 
(jy,  *j\&  hâté  bouène,  vous  étiez  venus  ; 
Ijyt  AjLft  hâté  bouène,  ils  étaient  venus. 

IMPERATIF. 

t-Ki  beé,  viens; 
<-<s>a»>  beiète,  qu'il  vienne; 
^Ayu  beieïne,  venons; 
«Jjju  bmtné,  venez; 
Joaju  (jl^l  «oiuuu  6*iew,  qu'ils  viennent. 

D.  PARADIGME  DO  VERBE  (j+~»&  HBCHTBNB,  LAISSER 
S'ECHAPPER. 

58.  Le  temps  présent  du  verbe  (j-*-^  hechtène, 
laisser  s'échapper,  lâcher,  prend  unj  r  et  change 
le  •  h  aspirée  en  é.  Ahmed  khan  ne  pouvait  pas  se 
rappeler  l'impératif  de  ce  verbe.  Je  crois  qu'il  doit 
ctre^yé*  bhir,  car  l'impératif  persan  de  ^£6  hich- 
tène  est  J^  hil,  et  les  Kurdes  changent  souvent  /  en  r. 

INFINITIF. 

^.*<£.tf>  hechtène,  lâcher. 

PARTICIPE  PASSÉ. 

»,VA,rf>  ArcAfl,  lâché. 

PRESENT  ET  FUTUR. 

*yjà  déerem ,  je  lâche ,  je  lâcherai  ; 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  331 

^jji  deéri,  tu  lâches,  tu  lâcheras; 
tfjjà  déérè,  il  lâche,  il  lâchera; 
kj^joa  déerine,  nous  lâchons,  nous  lâcherons; 
.    c^jà  déeritt,  vous  lâchez,  vous  lâcherez; 
yj*>à  déerène,  ils  lâchent,  ils  lâcheront. 

IMPARFAIT  ET  CONDITIONNEL. 

<<\*»4  hechtem,  je  lâchais,  je  lâcherais; 
oOL&of»  hechtett,  tu  lâchais,  tu  lâcherais; 
(^i-iiJfc  hechti,  il  lâchait,  il  lâcherait; 
(jLjJL&fl  hechtemane,  nous  lâchions,  nous  lâcherions; 
(jU£&.tfr  hechtetane,  vous  lâchiez,  vous  lâcheriez; 
(jUàL&tf»  hechtiâne,  ils  lâchaient,  ils  lâcheraient. 

PRÉTÉRIT. 

*à  </em  hecht,  je  lâchai; 

c^à  Je»  hecht,  tu  lâchas; 

^à  Jei  hecht,  il  lâcha; 

yUà  demane  hecht,  nous  lâchâmes; 

ybà  defaree  Jiec/if,  vous  lâchâtes; 

ci»«&fl  yl»à  deiane  hecht,  ils  lâchèrent. 

PLOS-QDE-PARF  A 1T. 

-jj  fiùiï+A  hechté  boum,  j'avais  lâché; 

cajj  AJC-i^  hechté  houtt,  tu  avais  lâché; 

^j  xiUïafc  /iec/ité  5oaï,  il  avait  lâché  ; 
yU^j  <!&&&  hechté  boumane,  nous  avions  lâché; 
(jb>£j  &JL&J*  hechté  boutane,  vous  aviez  lâché; 
yl»jj  A&Aig  hechté  bouïane,  ils  avaient  lâché. 

E.  PARADIGME  DU  VERBE  yij^  kftdyne ,  FAIRE. 

59.  La  racine  aoriste  du  verbe  y  zjS' kyrdy ne  est 
d  ké,  et  la  racine  prétérit  z>jS^ kyrd. 


332  AVRIL-MAI   1857. 

INFINITIF. 

yijj    kyrdyne,  faire. 

PARTICIPE  PAS5F.. 

•SjZ'  kyrdi,  fait. 

PBRSENT  ET  FUTUR. 

«5^  dekem ,  je  fais ,  je  ferai  ; 

£$  dekei,  tu  fais,  tu  feras; 

&  deka,  il  fait.il  fera; 

ijS*  dekéin»,  nous  faisons,  nous  ferons; 

c**Sà  dekéite,  vous  faites,  vous  ferez; 

^fcà  dekane,  ils  font,  ils  feront. 

IMPARFAIT  ET  COEDITION* EL. 

c^S~~à  <fem  Ayrt,  je  faisais,  je  ferais; 
4^S"«^o  </««  Aryrt,  tu  faisais,  tu  ferais; 

c^3"t£d  déi  kyrt,  il  faisait,  il  ferait; 
^j>5  yUi  deman  kyrt,  nous  faisions,  nous  ferions; 
cj*5^bà  </«/«/te  kyrt,  vous  faisiez,  vous  feriez; 
«jyS'^Là  deiane  kyrt,  ils  faisaient,  ils  feraient. 


PRETERIT. 

-àjj   kyrdym,  je  fis; 
oy   kyrdytt,  tu  fis; 
i&Sy   kyrdi,  il  1 1 
ijU:>p    kyrdymâne,  nous  fîmes; 
tjk:^p  kyrdytâne,  vous  files  ; 
tjl»^P   kyrdyane ,  ils  firent. 


4r 

PLCS-QCE-PARPAIT. 


*^>  »^j^  ty^  fcoiim,  j'avais  fait  ; 
cj^j  »i»J    ftyrrfc  /wm/f,  lu  avais  fait; 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  333 

^y)  «àjj    hyrdé  bouï,  il  avait  fait; 
^U»^  5àp   kyrdè  boumane,  nous  avions  fait; 
ylï^j  6Z>jj   hirdé  boutane,  vous  aviez  fait; 
(jljkj  Hïjj   kirdé  bouiane,  ils  avaient  fait. 

IMPÉRATIF. 

\Ôz>  àeké,  fais; 
fco   6e&a,  qu'il  fasse; 
(^jv5o   bekine,  faisons; 
o-v£j  bekeitt,  faites; 
o0>£>  bekent,  qu'ils  fassent. 

PROHIBITIF. 

dLe  meké,  ne  fais  pas; 

ISo  ne&a,  qu'il  ne  fasse  pas; 

(jvXj  nekine,  ne  faisons  pas; 

<_ a-aXj  nekeit,  ne  faites  pas; 

ovà5j  nekientt,  qu'ils  ne  fassent  pas. 

E.  PABADIGME  DU  VERBE  yli  IMiVE,  DONNER. 

59.  Le  participe  passé  du  verbe  yî:>  dune,  don- 
ner, se  forme  irrégulièrement. 


^i:>  dane,  donner. 

PARTICIPE  PASSÉ. 

là  da,  donné. 

PRÉSENT  ET  FDTDR. 

-à  à  dedème,  je  donne,  je  donnerai; 
^ài  dedei,  tu  donnes,  tu  donneras; 
*:>:>  dedé,  il  donne,  il  donnera; 


M  AVRIL-MAI   1857. 

yrfii  dedeine,  nous  donnons,  nous  donnerons; 

c^ykjà  deteitt,  vous  donnes,  vous  donnerez 

cxjJà  detentt,  ils  donnent,  ils  donneront. 

IMPARFAIT  ET  CONDITIONNEL. 

ti  -!:>  </</m  </u,  je  donnais,  je  donnerais; 

là  »->:>  </«//  da,  lu  donnais,  tu  donnerais; 

là  ^à  ./<  i  </<i.  il  donnait,  il  donnernit; 

là  <jlo  domine  da,  nous  donnions,  nous  donnerions, 

la  ^ Uà  (/t-/<//jf  da,  vous  donniei,  vous  donneriez; 

là  ,jL»i  dViaJW  da,  ils  donnaient,  ils  donneraient. 

pairira. 
1*1  à  dam,  je  donnai  ; 
^.jlà   date,  tu  donnas; 
^là  '/.ii .  il  donna; 
(jUlà  damâne,  nous  donnâmes; 
ylttlà  datane,  vous  donnâtes; 
,jUi  daiane,  ils  donnèrent. 

PLUS-QOB-PARPA1T. 

»_jj  là  d«  Aoum,  j'avais  donné; 
taspf  là  </u  6ouM,  tu  avais  donné; 
^^->  là   ./.i  bout ,  il  avait  donné; 
^jU^>  là  (/a  boumane,  nous  avions  donné; 
(jU^>  là  Ja  boutane,  vous  aviez  donné. 
jl»_jj  là  da  bouiane,  ils  avaient  donné. 

IMPERATU. 

*«Xj  bédé,  donne; 

l*>o  beda,  qu'il  donne; 

(j4«K»  bedein»,  donnons; 

c*,>4>s>  bedeitt,  donnez; 

*-aJ*Xj  bedentt,  qu'ils  donnent. 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     335 

G.   PARADIGME  DU  VERBE  (J^-wjî   ÉOUISTÈNE,  DESIRER. 

60.  Le  verbe  (5<-**y  éouistène,  désirer,  deman- 
der, a  pour  racine  aoriste,  o$î  oué,  et  pour  racine 
prétérit  &jL*»}\  éoaisté. 

L'impératif,  à  la  2e  personne  du  singulier,  est 
o^Uj  betouvé,  pour  beouvé. 

INFINITIF. 

(jvwjl  éouistène,  désirer. 

PARTICIPE  PASSÉ. 

AJCrfwjl  éouisté,  désiré. 

PRÉSENT. 

Sjl  -a  dem  éouè,  je  désire; 

6j]  e^à  dett  éoué,  tu  désires  ; 

&jî  ^à  dei  évé,  il  désire; 

8jî  yUà  demâne  évé,  nous  désirons; 

§y  ybi  detâne  évé,  vous  désirez; 

5^t  /»l»2>  déiane  evé,  ils  désirent. 

IMPARFAIT  ET  CONDITIONNEL. 

o»*Mjt  *>  dem  éouist,  je  désirais ,  je  désirerais  ; 

Ouwjl  cyà  de££  éouist,  tu  désirais,  tu  désirerais; 

cvAvjt  ^à  rf^i  éouist,  il  désirait,  il  désirerait; 

o*-wjî  ^Ui  démane  éouist,  nous  désirions,  nous  désirerions; 

Ok-wjl  /Jîô  détane  éouist,  vous  désiriez,  vous  désireriez; 

o»-»^  (j)l»i>  de'iane  éoaisi,  ils  désiraient,  ils  désireraient. 

PRÉTÉRIT. 

»<ù*$î   éouistem,  je  désirai; 
oJUijl   éouistett,  tu  désiras; 


336  AVRIL-MAI   1857. 

<£MM»ji  éouisti,  il  désira; 
^UmU*}!   éouistimtinc ,  nous  désirâmes; 
yUiU*jl   éouis  titane,  vous  désirâtes; 
yUx*.jl  éoastiane,  ils  désirèrent 

n\w  qw  mm  m 

çy»  «JU.3I  éouitté  boum ,  j'avais  désiré . 

<->yi  XmwjI  évuisté  boutt,  tu  avais  désiré; 

^-»  AiU^t  Àmùtf  Aom,  il  avait  désiré; 

^Ujj  Aa^jI  <touu/«/  bouniane,  nous  avions  désiré; 

^bjj  «JU»jt  A»«ji^  boatane,  vous  aviez  désiré; 

WV%*  «JU»jt  (fboiW  bouiane,  ils  avaient  désiré. 

IMPERATIF. 

»j^û  6etoit6,  désire; 
'j^î  *#  6e  t'outa,  qu'il  désire; 
**'  U^  bemune  éouvé,  désirons; 
*^1  ^Uj  6e/d/i*  <f'out>4,  désirez; 
*j'  U  —    ta""»*  éouvé,  qu'ils  désirent. 

PROHIBITIF. 

t^yb  nétoavé,  ne  désire  pas; 
Ij^t  *j  n4  ^oara,  qu'il  ne  désire  pas; 
•3'  yU  némane  éouvé,  ne  désirons  pas  ; 
ftjt  (jL*i  nétâne  éouvé,  ne  désirez  pas; 
•j'  yU-»  nétâne  éowté ,  qu'ils  ne  désirent  pas. 

Ahmed  Khan  ne  pouvait  pas  s'expliquer  pourquoi 
ce  verbe,  au  prohibitif,  1*  personne  singulier,  ne 
prend  pas  la  négation  «  mé,  mais  xi  ne. 

H.    PARADIGME  DO  VERBE  {J*y* GOUTtHE,    PARLEB. 

61.  Les  deux  racines  de  ce  paradigme  appartien- 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.  337 

nent  évidemment  à  deux  verbes,  (jj^S  goutyne ,  sy- 
nonyme du  persan  (jjM5~,  et  j*  der,  qui  rappelle  le 
,^ji  des  Turcs  orientaux  et  le  «  dire  »  des  Français. 


INFINITIF. 


kj->^j  goutyne,  parler. 

PARTICIPE   PASSÉ. 

Aj^j   goûté,  parlé. 

PRÉSENT  ET  FCTCR. 

y*jà  derem,je  parle,  ou  je  dis;  je  parlerai,  etc. 

^gjà  deri,  tu  parles,  ou  tu  dis; 
&ji>  deré,  il  parle,  ou  il  dit; 
kj-rjà  derine,  nous  parlons,  ou  nous  disons; 
os^jà  deritt,  vous  parlez,  ou  vous  dites; 

^ji  derène,  ils  parlent,  ou  ils  disent. 

IMPARFAIT  ET  CONDITIONNEL. 

oyj  j»i  dern  goutt,  je  parlais,  je  parlerais; 

c^j  c^à  delt  gouit,  tu  parlais,  tu  parlerais; 
^y^ (S*  deigoùtt,  il  parlait,  il  parlerait; 
*J*~J  (jl*à  déracine  goutt ,  nous  parlions ,  nous  parlerions  ; 
y_j-3  y*ï>  detane  goutt,  vous  parliez,  vous  parleriez; 
^>£  yl»à  rfei'ane  goutt,  ils  parlaient,  ils  parleraient. 

PRÉTÉRIT. 

/*jjj    goutym,  je  parlai; 
oojj   goulett,  tu  parlas; 

<£j^  gouteï,  i\  parla; 
yvjfjS  goutmâne ,  nous  parlâmes; 


338  AVRIL-MAI  1857. 

jjUijj  goutetàne,  vous  parlâtes, 
AajjJ   goutté ,  ils  parlèrent. 

PLCS-QCE-PAflFAlT. 

^>  Xi^  goûté  boum,  j'avais  parlé; 

«_^j  AJj5    f/ou/J  boutt,  tu  avais  parlé; 

^^  Aj^T  #ou^  ^oai  '  ''  avtnt  pûdè  ; 
(jUy  Kijj   goûté  boumane,  nous  avions  parlé, 
«->L^j  Xijj  goutv  boutane,  vous  aviez  parlé; 
^Ujj  KijP  gomté  botiianc,  ils  avaient  parlé. 

IMPÉRATIF. 


»*j  6enf,  pari»-. 

a^j  bertu- ,  qu'il  parle; 

Qjp  bereïnc,  parlons; 
l«Mpj  6«reil,  parlez; 
-*-*jj  bertntt,  qu'ils  parlent 


PROHIBITIF. 

»^«  mefvj,  ne  parle  pas; 

a^J  nertïé,  qu'il  ne  parle  pas; 

\jJiy  neréïnc,  ne  parlons  pas; 

>-^j  iietcttt,  m-  parles  pat; 

oJ^J  nertnlt,  qu'ils  nu  parlent  pas. 

Kn  soumettant  à  l'appréciation  des  orientalistes 
ces  huit  échantillons  de  conjugaison,  tels  qu'ils  ont 
été  dictés  par  Ahmed  Khan,  nous  ne  prétendons  pas 
avoir  épuisé  le  paradigme  kurde,  qui  paraît  être  riche 
et  varié.  Au  contraire,  je  pense  qu'il  y  aura  plus 
d*une  inexactitude  à  rertilin-.  aussitôt  qu'on  réus- 
sira à  se  pourvoir  d'un  nombre  mi  disant  de  textes 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     330 

authentiques.  La  preuve  en  est  que,  dans  des  exem- 
ples recueillis  de  la  bouche  des  indigènes,  je  trouve 
parfois  des  formes  de  conjugaison  dont  on  pourrait 
déjà  compléter  notre  paradigme.  Ainsi ,  par  exemple  : 

\y*Sz>  iS &  j-£— »  fikr  lé  ké  dekiova,  a  qui  penses- lu? 
(Httér.  la  pensée  de  qui  fais-tu  ?). — \y+?  j5"  )  aguère  bekéva, 
allume,  fais  du  feu. 

\}Z>JS +jS]  aguerem  kerdova,  j'allumais; 
tj^S  eyj5l   aguerett  kerdova,  tu  allumais; 
tjijj  (£jS\  agueri  kerdova,  il  allumait; 
Ij^jj  (jUj51   aguermane kerdova ,  nous  allumions; 
^&jS  Uv^   aguertane  kerdova,  vous  allumiez; 
i^ijS  (jy^5|  agueriane  kerdova,  ils  allumaient. 

Ou  bien  : 

^UjUb  <JG^jj51  c^jo  oz>j\y±.  +i>  demkhoardéboutt eguer 
to  né  haïtaï,  j'aurais  mangé,  si  tu  n'étais  pas  venu.  —  ^%i> 
ajU^j  fiXyijS)  cyjjp  dem  guyrll  éguer  to  lemé  bouiaié, 
j'aurais  pris ,  si  lu  étais  ici.  —  <*U«ji£>  jt  *->w^<*J  *X  ji  jS] 
eguer  aou  lemé  nebouiaiè  ez  (moi)  de  nouslym,  s'il  n'était  pas 
ici,  je  dormirais. —  &b  l^yéî  *->l»j>?  àj\yM*jS)  eguer  soar 
dé  bouiaié  lem  da  dé,  s'il  était  monté  (  à  cheval  ) ,  j'aurais 
frappé ,  etc.  etc. 

Or,  nous  ne  trouvons  point  \y?i>  dekiova,  \$i>y 
kerdova,  Î^Xj  bekéva,  dans  notre  paradigme  de  ij^p 
kyrdyn,  auquel  ils  appartiennent  indubitablement, 
ni  <^bL?U  haïtaï,  dans  le  paradigme  de  ^Aa  hatyn, 
ni  ArfVy  bouiaié,  *->l>yj  nébouiaié,  *jIjj-j.s>  débouiaié, 
dans  y^-?  boun. 


340  \\  RIL-MÀI   1857. 

62.  La  conjugaison  des  verbes  composés  se  fait 
comme  en  persan,  c'est-à-dire  que  les  préfixes  ver- 
baux, et  quelquefois  le  régime,  doiwnt  être  placés 
au  milieu  du  verbe  et  de  la  partie  du  discours  dé 
clinable  ou  indéclinable  qui  entre  dans  la  compo- 
sition de  ce  verbe.  Exemple  du  verbe  <j«xJiJ  leddne, 
frapper  : 

là  ^(CLmi  a!  le  seguekane  da,  il  bat  les  chiens.  —  {$yi  al 
là  le  toi  da,  il  t'a  frappé.  — I  J^a  *i  le  mida,  ne  frappe  point. 

Exemple  du  verbe  y*^  iyS gurch  kyrdyne,  scin- 
tiller, briller  (littér.  faire  l'éclat]  : 

Ij^Ç  {jmS'j}j-±*  kkerouz  guech  bekérova,  la  braise  scin- 
tille. 

Exemple  du  verbe  (jAfl*»j;  rakhichyne,  s'étendre, 
s'allonger  : 

xC.jvtfc.aK  rmU khichem ,  je  m'étends,  etc. 

63.  Le  mode  optatif  se  forme,  comme  en  per- 
san, moyennant  la  conjonction  aX-ûK  kachké. 
I.vinples: 

K*\  A^UslAà  tSjmt kuvhké  dehatiaié  emé  (tous),  plaise  à 
«In -ii  qu'ils  viennent  tous!  —  f^myi>  o— il  t£*Jb  kachki 
enett  (cela)  denoussine,a\\\  que  n'eussent-ils  pas  écrit! 

64.  Il  faut,  se  dit  en  kurde  aXj*  debéé;  il  ne  faut 
pas,  ajI  u  né  ebé;  il  convient,  **-£:>  dechéé;  il  ne 
convient  pas,  aaAj  nechéé. 


\ 

ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     Ml 

VIII.  ADVERRES. 

65.  Les  adverbes  de  temps  kurdes  sont  presque 
tous  d'origine  persane  ou  arabe  : 

jjw«i   emrou,  aujourd'hui; 
£y^S*©  sbhéï,  ou  (^fisXso  sbhéïn,  demain; 
^LajSS^c  }$  don  sbhéïni,  après-demain; 
^A^S-«>  A— <*  se  sbhèïni,  dans  trois  jours  d'ici; 

&J2J  y&  chôoa  roujek  (une  nuit  et  un  jour) ,  l'espace 

de  vingt-quatre  heures; 
Or\f  &J-?  ^m  baiane,  à  l'aube  du  jour1; 
jU**l   imsar,  cette  année  ; 
jL;  par,  l'année  dernière; 
jljju;  pirar,  l'avant-dernière  année; 
&jjj  _}£  hemorojek,  tous  les  jours; 
igjj  zoï,  ou  j>j  zo,  vite  ; 
8*XjI=^j,j  jW-  tchaou  kotchandé,  dans  un  clin  d'œil    (de 
q  *K_iUs-j5  kolchandyn,  fermer)  ; 
jJSk»S  em.ch.oou ,  cette  nuit  ; 
^5 à  douéï,  ou  (jjJji  douéïn,  hier; 
(^j^àl   adouï,  avant-hier; 
AxÇT  djumé,  semaine  ; 
aa4?Î   amdjumé,  cette  semaine  ; 
jy  &*y   niméro,  à  midi; 

jîj^î  eououar,  à  la  tombée  de  la  nuit; 
^j-û  J^*j  nioué ehôou ,  à  la  brume,  à  minuit; 
*it—i^  à  dren<7  ,  tard  ; 
jjiiij^  hevach,  lentement; 

'  Synonyme  de  (J£i'S \UU  legar  guezïng ,  de  nLO  /e</ar,  avec,  et 
<*&  J  kzm<j[,  premières  lueurs  du  jour  :  t^?"^  (J^-jf  \S3  legar  gne- 
zïng  delchmi,']e  partirai  (  £_5^^  detchmi)  à  l'aube  du  jour. 


342  A\  RIL-MAI    1857. 

*JJ~*,*\   emïesté,  à  présent; 
,jl£L  *J    lé pachane,  après; 

,^il»  pach,  ou  j*»*£  pîech,  avant; 
5  Joioo  *i   /<•  piechdé,  avant  de.  • 

A^l^  '/iii/zi,  ou  xi^J  hémiché,  toujours; 
^jU*ji  diçdne,  encore;  vi>l£  yL»*o  <ltaUn-  hutt,\\ 

est  venu  derechef; 
gSJui)  oueqtych ,  quelquefois  ; 
j3\s*.jJjj  zotère  tchaière ,  ou^J^-  jJjy  \i  ta  zotère 
tchatère,  plus  c'est  vite  et  mieux  c'est; 
S  kieï,  quand?  S  l*  ta  Mi,  jusqu'à  quand? 

(»(>     |.,>  .kIv«m1)cs  (!«•  lieu  sont 

Js>>>   «iriAr,  près; 
*~)  JV  £orreSa^'  ou  *1;^J!>  *or  ra'»  ï°m  (littér. 
beaucoup  de  chemin  est)  ; 
-à  jiAJ  /"«^  <&"»,  près,  tout  près  (littér.  avant  la 
bouche); 
^  r- irfrj  puchté  ser,  derrière  (littér.  à  la  nuque); 
^L  /wcA,  ou  {Jimf^piech,  derrière; 
_j-iL  «1   M  pechôou,  par  derrière; 
X*l   ^m^,  ou  aX  /em^,  ici; 
»^jl    oui,  là; 
xi  j^  tar  lemè,  ici-même ,  de  ce  côté-ci  ;  synonyme 
de  "&j*\  emla; 
»^l  j&  heroué,  là, de  ce  côté-là;  synonyme  de «jjlt 
$  âoué  la; 
A4U  /eem^,  en  deçà; 
•5^1  *i   /«,'oa^,  au  delà,  et  dans  cet  endroit; 
^    «^1   noué  là,  là-bas; 
>S^=r  ^  hemou  djiguê,  partout. 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     343 

PHRASÉOLOGIE. 


I. 


Comment  vous  porlez-vous  ? 

<*_£_>  jLkJSç  à*  tàj-Â.  2  Merci.  La  tête  me  fait  un 

..  ,      .     peu  mal.  Je  suis  enrhumé. 

^-^.à  *<?.S\  ou/<=?-à  **S' 3  Où  allez-vous  ? 

Je  m'en  vais  chez  moi  pour 
U^J^  lJ**-^  *yv»  ^oo:>        prendre  une  médecine.  Il  pa- 
o#  A»j*  Joùu  A±iL*     raît  que  Je  me  suis  refroidi. 

(£&  \j^5  A  ii  D'où  venez-vous  ? 

I. 

TRANSCRIPTION  ET  SENS  LITTÉRAL. 

1.  Keifett,  ton  état;»  hhoch,  bon;  è ,  est. 

2.  Kkoda, Dieu;  hhochett,  bon  à  toi;  frefc^,  de  (-0^7  qu'il  fasse; 
nehhteké, un  peu;  serem,  ma  tête;  detché,  elle  devient,  elle  fait,  du 
verbe  m*^-  tchoeine,  devenir,  marcher,  s'en  aller  (pers.  aj <>-&);  he- 
rametem  é,  littér.  le  rhume  à  moi  est.  Les  Kurdes  disent  proverbiale- 
ment :  3Jftj  «U  i^olyb  <u  6^  herametem  ram  board,  j'en  suis  quitte 
pour  un  enrouement,  c'est-à-dire,  je  me  suis  tiré  de  cette  affaire  plus 
facilement  que  je  n'ai  espéré.  Ils  disent  aussi  :  3yj  »j  jjk  o*°îvA->> 
be  heramett  raï  bouird,  il  en  fut  quitte  pour  une  bagatelle,  littér. 
moyennant  le  rhume,  il  fit  son  chemin. 

3.  Koié  ou  ahoié  (pers.  L£j  ) ,  où ,  en  quel  endroit  ?  detem,  je  vais, 
du  verbe  ,>J'U>;  maloué,  dans  ma  propriété,  c'est-à-dire,  chez  moi; 
dekhoum,  afin  que  je  mange,  du  verbe  ^.isLi.;  béaql,  à  la  raison, 
c'est-à-dire  probablement;  serniam,  le  froid  à  moi;  bonm,  du  verbe 
y*J,  il  est  à  moi. 

4.  dei,tn  viens  (pers.  (_$]),  du  verbe  aouadyn,  venir. 


344  AVRIL-MAI    1857. 

^tjyl-Ês^àt  jljijj l»  «1  5  J'arrive  du  bazar.  Une  ca- 

ravane est  venue  avec  beau- 
JU  IjLAjJjÊ,  j;j)j  XjU     coup    (\e    marcbandises    de 

*»  <**  <**>  ^  ^3  «*  Persc  el  ?"?  Ir,bou' 

WXv  w        wy  tiques  sont  remplies  de  choses 

belles  et  neuves. 

As-tu  acheté  quelque  chose  ? 


Comment  achèterai  je,  sans 
avoir  un  son  d'argent? 


Je  n'ai  pas  une  obole  à  moi. 
Les  marchands  ne  donnent 
rien  gratuitement. 

Veux -tu   que  je  te  prèle 
de  l'argent?  Tout  ce  que  je 
-jfi&frj»***    posaède est  à  toi. 

5.  lÀ,  prép.  de;  aouAjm,  j'arrive,  je  viens,  synonyme  de  dé- 
monta .  koattre,  marchandise  ;  I  *L»  henaoaa,  elle  apporta  ;  hâté,  est 
venue  ;  frêne  frtnami ,  européen;  purent,  ils  sont  pleins;  tchtchi 
(pars,  m»),  une  chose;  tchak,  beau;  Jjvane,  frais,  neuf,  jeune. 

6.  flitckett  keri,  a»-tu  acheté  quelque  chose?  de  kerine  (péri. 

7.  Tché  lount ,  quelle  couleur?  c'est-à-dire  de  quelle  manière, 
comment?  paré  (turc  para),  argent  ;  em  nié,  il  n'est  pas  à  moi. 

8.  Est  piié  nebou,  je  n'ai  rien  sur  moi  ;  kickt,  aucune  chose ,  rien  ; 
tkoraî,  gratuitement,  pour  rien. 

V.  Draoaytt,  ton  argent,  ou  bien  tertt,  ton  or;  devé,  désires-tu? 
du  verbe  coaisùne,  désirer;  bylt,  pouryj ,  à  toi  ;  drm,  que  je  donne, 
du  verbe  qI.2,  donner;  bqaerz,b  titre  de  prêt;  myne,  pron.  poss.  le 
mien;  kito,  génitif  absolu  de  to,  de  toi;  le  tien,  ié,  est,  appartient. 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     345 

x_a_j  ou  bien  (^-r*?  <suj  10  Allons  dans  une  boulange- 

.  rie  pour  acheter  du  pain. 

Lv     ;k\   *1  ^    A-   ,;>  u  Asseyons-nous  dans  la  bou- 
tique du  rôtisseur.  Tu  y  man- 

«O*  3-^-5-5'  *■  <£— ^^*=>  gera  <ju  T[z  avec  de  l'agneau 

^  <_>U^j&  rôti- 

ot^MiU^  /vL^iL j $3  12  Avec  des  aubergines  et  du 

.               .  lait  caillé,  tu  boiras  de  l'es- 

IjjUbji*    dL^JyU   <ïï*^jfi  §ence  de  fleurs  de  sauje_ 


II. 

SI   J'ÉTAIS  PACHA. 

Xj)  y*y*  Ulll*  (j*  s)  1  Ah!  si  j'étais  pacha! 

cjj.  ..«s^à  ^^^ — aa>  <jl)à  2  Sais-tu  ce  que  je  ferais?  Je 

10-12.  Beié,  viens  (pers.  Lo);  betchine,  partons,  allons-nous-en, 
du  verbe  y«a, ,  synonyme  de  i>Jj>J  beroïne  (de  ^^jj»  marcher); 
le  pieda,  à  la  recherche,  après;  bekrine,  afin  que  nous  achetions; 
leoaé,  adv.  là,  où;  />Zau,  du  riz  cuit  à  l'eau;  6/f/ioi,afin  que  tu  manges 
(de  y3}L^);  leguère,  avec;  berkh,  agneau;  badïndjane , aubergine; 
bidmichk,  eau  de  fleurs  de  saule,  boisson  favorite  des  Persans;  be- 
kholnava,  tuboiras;  de  khoardène  ava,  avec  Vn  euphonique  (pers. 
y}^^}), boire. 

II. 

TRANSCRIPTION  ET  SENS  LITTERAL. 

1.  Boum  nié,  que  j'eusse  été,  de  /j^j. 

2.  De  zam ',  sais-tu  ?  tché  em  dekyrt ,  ce  que  je  ferais;  mezqanuttj 

IX.  *3 


IM  W  KII.-MAI    1857. 

*}  u^sà  *f*£i  k-*^^>*       me  fera's  L'-'1"  '""  mosquée 
a^,       dans  mon  voisinage. 

y~>jS$ ^y+x?  y^~  *3^  3         -'*' lu  y  'i'ra's  fa'rp  nne  ma> 

y  rieuse,  a\«,     un   «-t.-mg  •••  nu 

•^— »  *ï  •>'.*-"•  *^   4i>— **     jet  d'eau  nu  milieu 

(*^**jJ\A  j  •%  3,y  k$  >i  Tous  le»  jours,  de  bonn. 

i      ,  i    .1     V"  li<  ure,  je  me    lèverais,  et,  n 

hbj-"     u-v  "v    ^^  jeun.apn-»  la  prière  du  ma 

^^  *^^  a-ix^w  tui .  j'irais  prendre  un  bain. 
,_ïL»  •+£=>>  aaj  ^_>«^  5  On  y   verrait   aussitôt  un 

.   n  ^         *.   ^-    i      i  irarçon  de  bain  venir   a   ma 

■*      ^         ^  ;  ^  rencontre  et  prendre  mes  pan 

•/— 5^  t  ou  Iles. 

mosquée;  irA  em  dekyrit,  une  (mosquée)  je  ferais;  le  nttiq ,  ex  pm 
l'ii»|iio,  près  de. 

3     llann.h,  roitr;  yaourt,  grand,  spacieux  ;  6e  bouaié,  du  vertu 
jjy  i  Aooa:,  étang,  pièce  d'eau;  /mira,  jet  d'eau  (arabe  »  J  j);  ir 
«i^au nura ,  dans  le  centre  même  (idiotisme  kurde),  littér.  de  l'int- 
■  ieur  (neoaa  ou  néiou),  tout  droit. 

h.    Peikaldestrm ,  je  me  lèverai*,  du  verbe  (jLu**  ^  •  »*  l«v'r  <"» 
«ursaut,  dont  l'irrégularité  consiste  dans  l'interv*  otion  de  la»oj 
I  a  et  de  la  consonne  J  l,  présent,  kaldestem,  prétérit    *y  *<wU  ; 
impératif  «x~J  U>,  prohibitif  <a^.UU>  ;  .-«/,  ventre;  nuclua,  à  jeun 
•  |in  n'a  pris  aucune  nourriture;  le  pack,  avant  (pers   -jiuj  y);  nîroiy, 
prière  (pers.  jvo);  detckmé , synonyme  de  dechme,<lu  verbe  m»*  ou 

5.  Tchaoult  pU  dekouvé ,  du  verbe  composé  ^vJ'y  **J  <->j^ 
trkaoatt  pié  koutynt ,  voir,  laisser  ses  yeui  tomber  sur  quelque  objet  ; 
rt«/yr,  barbier,  garçon  de  bains,  dont  le  devoir  consiste  à  raser  et  A 

ma.«ser  les  baigneurs;  be  piramoune  (pers.  (jO~»f  .jÏuaj  ),  venir  à  la 

rencontre  de  quelqu'un;  ~S  kêouck  (arabe  jiàj),  pantotiflV 
haldeara,\\  prit,  du  verbe  composé  kal  auyrtync ,  enlever,  premln 
i  ii.|m>,  n  i  ijuelque  clinae  pour  en  avoir  toi*, 


ETUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE. 


:J47 


ou  bien       %     *    *—>  à    I  à  jày-2^ 
ou  bien  S  y   A— il— ^  j y   B—  ^-*-> 

)    ^/«jVA,*  ^x<»  *'«***'    ou 


J'entre  dans  le  bain ,  je  me 
dépouille  de  mes  vêtements 
et  me  fais  tout  nu. 

Je  me  ceins  les  reins  avec 
un  tablier ,  j'entre  dans  l'inté- 
rieur des  bains  et  je  m'y  étends 
par  terre. 

Le  garçon  me  verse  de  l'eau 
tiède  surla  tête,  il  masse  adroi- 
tement tous  mes  membres;  il 
fait  craquer  toutes  mes  join- 
tures, mes  genoux,  mon  épine 
dorsale,  mon  cou, mes  coudes. 
Avec  un  gant  en  laine,  il  enlève 
l'épiderme  morte. 


6.  Jour  aoua  de  dam^littér.  dessous  lui  je  donue,  c'est-à-dire  j'y 
entre  (jour,  pers.  o»,  dessous);  djoul,  vêtement;  da  deknem,  j'ôte, 
du  verbe  dakendene,  dépouiller,  ôter,  écorcher ;  roum,  nu;  de  kc- 
mouvu,je  me  fais,  présent  du  verbe  y^X 

7.  Pechtmar,  serviette,  tablier  de  bain  ;  deguermova,  je  prends, 
présent  du  verbe  .jj Jigyrtyne ;  hôouz  khané,  synonyme  de  khezané , 
nom  de  cette  partie  des  bains  où  il  y  a  tout  ce  qu'il  faut  pour  se  faire 
épiler,  et  une  baignoire  remplie  d'eau  chaude;  radehichem,  du  verbe 
rah.ich.yne,  s'étendre,  se  coucher  de  toute  sa  longueur. 

8.  Aoaï  chelé,  eau  tiède;  demchelè,  du  verbe  L>JLi  chclcne,  pétrir, 
macérer,  masser;  djemouchguehc ,  jointure  de  deux  os,littér.  la  place 
du  mouvement;  detakéené,  du  verbe  si  e— .IV  takenync,  faire  ré- 
sonner quelque  chose,  produire  du  bruit;  ejnoum  mes  genoux;  es- 
loum,  mon  cou;  chane,  dos,  épine  dorsale;  anyche,  coude;  kicé , 
bourse,  se  dit  d'un  gant  grossièrement  tissu  en  fils  de  laine,  dont 
les  baigneurs  en  Orient  se  fout  frotter  la  peau;  char,  étoffe  de  laine 
(pers.  JUi) ,  les  Kurdes  prononcent  souvent  J  /  comme  »  r;  tchirk, 
toute  sorte  de  souillure,  épiderme  morte  qui  se  laisse  facilement 
enlever. 


MS  AVRIL-MAI    1857. 

j^li  y^_>L»«  *j  \ £*£*.*$  9  II  me  lave  avec  du  savon 

Je  me  fais  épiler.  Il  me  peint 
les  pieds  et  les  main*  avec  du 
ht  n.i.  Il  me  rase  proprement 
la  tête,  et  il  teint  ma  barbe 
avec  du  héna  et  du  veamé. 


Après  quoi ,  il  me  rafraîchit 

froide.  Je  sors  du  bain  tout 
propre  et  rajeuni.  Je  déjeune 
avec  des  confitures,  et  avec 
quelques  friandises  menues. 
Enfin  .je  fume  trois  ou  quatre 
narguilés  avant  de  me  rendre 
J^  fc«H*  ***  ta* iÊ%  *  à  «a  salle  d'audience,  pour 
.  ^,^1^     erouter  les  plaignants. 

ô_»  »iU>  uiU  S'jtéït  11  Le»  plaignants,  un  à  un,  ex- 


9.  Darou,  drogue,  pour  savon  épilatoire.  que  les  Persans  appel- 
lent tsj\p*ti,  pied;  deauiré,  il  prend,  pour  il  peint,  il  enduit. 
tout:,  propre,  pur,  synonyme  de  ^U  ;  détaché,  il  rase,  du  verbe 
Uickyne    pers.  (•)£&tl«?)i  rdtne,  barbe;  deké,  il  fait. 

10.  Qedri  iek,  un  peu;  tard,  frais,  froid:  />i/da  J<rAV,  il  met 
dessus,  du  verbe  piéda  kyrdyn,  mettre  dessus ,  enfoncer  ;  damé,  je 
vais,  je  sors, du  verbe  oU>;  touaiu,  je  suis,  du  verbe  (jy.' 
ùrroua,  dehors,  par  opposition  à  i  »Xa  maroua,  dedans.  Cependant 
M  dernier  mot  s'emploie  exclusivement  en  parlant  de  la  partie  inté- 
rieure d'une  maison,  où  habitent  les  femmes;  la  partie  extérieure, 
nu  Ion  rri/'u  \&  tiommes,  porte  le  nom  de  »•)«'}  jourova,  l'exté- 
rieur, comme  chex  les  Persans  j*yO  fciroiini   et  J,»»i>j|  enderoum. 

Tckeckt,  le  déjeuner  (pers.  ,_>~s^)»  tchichtek,  une  chose,  quelque 
chose;  ouyrdé ,  petit,  menu;  lé  pack  ont,  après  cela;  dinant  khane, 
salle  d'audience-,  chkatt ,  plainte,  grief  (arabe  o->  I *—  *  )  ;  pursine , 
demander,  écouter  les  griefs. 

11.  Ckkatker,  celui  qui  se  plaint;  kkoïaiir,  pltir.   de   khoi ,  soi 


ÉTUDES  SUR  LA   LANGUE  KURDE.  34'J 

^*Sz>  (j?j*  {$&*>  uk?**"     posent   leurs   griefs.  Suppo- 

sons,  par  exemple,  qu'Ahmed 
\yÂ.&&  >y.£  ^ïg  à^A    a  tué  ie  frère  de  Mahmoud  L(> 

^oUaJu  *^=>Sj^\  ou»^-i     Koran  ordonne,  dans  un  pa- 
reil cas,  de  recourir  au  droil 
&jS-i  (j&ij  $,jr3  •*  «^-A-t1-     de  talion,  sauf  à  satisfaire  à 
i         „       »  .     i  ..i..         —  m     l'amiable  les  héritiers  du  dé- 
.,,,  v   ? -^  w  lunt;  mais  le   meurtrier  est 

àj^jI  ou  bien  xj  o$i     pauvre.  Or,  voici  le  moyen  d'y 
aviser  : 

A.-=n  i«X_>  <y^L*s>  J^j'lï  12  Le  meurtrier  donnera  une 

I  i  i  a     cau^ion  de  verser  tons  les  ans 

*-*M-2-'      cyJ— **     J       ^'  cent  piastres  dans  la  caisse  des 

ji,  à  -  |A_jà^b  <*_^>oj_i»     héritiers,  jusqu'à  ce    que  la 
^  somme  convenue  soit  entière- 

.xJU  ^y».  j^*  *i  cu-u.i     ment  payée.  Quant  à  moi, je 

renonce  à  toucher  les  hono- 
raires qui  me  reviennent  de 
droit  en  ma  qualité  de  pacha. 

^1     à.1*  dl—j  d)  **— >  13  Un  juif  acheta  à  Kerim  un 

même-,  dekène,  ils  font;  ferz  dekem,je  fais  la  supposition;  braï,  ac- 
cusatif de  bru,  frère;  kuchtoa,\\  a  tué;  emr  deké, ii  fait  l'ordre,  ii 
ordonne  ;  piek  dé,  il  est  possible,  on  peut;  bekré,  du  verbe  kyrdyne, 
faire.  Il  paraît  que  ce  verbe,  chez  les  Kurdes,  a  deux  impératifs  : 
beké  et  bekré,  fais;  kaiyl  fekyr  é ,  le  meurtrier  est  pauvre  ;  âouta,  voici, 
de  dou,  ceci,  et  a,  il  est,  avec  un  ç$  t  euphonique  synonyme  de  aou 
\e,  ceci  est. 

12.  Katyl,  meurtrier.  Dans  ce  récit,  il  y  a  beaucoup  de  mot» 
arabes  parce  qu'il  s'agit  d'une  procédure  selon  la  législation  arabe 
du  Koran.  JWa, ii  donnera,  de  ^\\^;hemou  sareke,  pour  hemou  sa- 
leké, tous  les  ans;  soit  (pers.  jc«o),  cent;  (a,  jusqu'à  ce  que;  khouéké, 
prix  du  sang,  somme  convenue  pour  le  rachat  de  la  vie  d'un  meur- 
trier; taou,  entièrement  (arabe  ^Lr  );  mnich,  et  moi  aussi,  quant 
à  moi;  desl  halguyrtync.  lé,  retirer  la  main  de,  c'est-à-dire  renoncer 
à  quelque  chose;  hayqui  khom,  accus,  mon  droit,  les  honoraires. 

13.  Djéouékc,  un  juif (angl,  jew);  krivé,  il  acheta,  du  verbe  ^Ji 


& 


3M>  W  RIL-MAI    H 

aIL»  A^s+ijs=3  *i  &yjj£=>    jardin. C'était  d.m>  un     mue 

4*1*  <jU  jî^r  b  a&LS"    de  dist>1U''  "'   K,'"M1  ,,,,mu 

>-^7  ./        pour  quatre  totnans  un  jar- 

K*\   A^Ji  jUi  s->j*~  ij+j    Ji,,  qU;  m  va|ait  ci,1(j  ceilt> 

aj  jC   fct  .  *^L-wx>l  l<*  J3J     ^n  P"11'1'0"  d'une  si  grande 

,  .  injustice,  je  reprends  le  jar 

~  *  OÏD  d  entre  les  mains  du  juu, 

jS)  ^LaJLjl  ^y^jjS^t   Sj)\     et   je    l«'     restitue    |    keriin. 

I.nlin,  si  |i>  juif  m'importune 
avec  ses  cris , je  lui  fais  rendu 
ses  quatre  toaaaju. 

Aprt !i  quoi    j'ordoniM 
de  nous  faire  seller  mes  che 
vaux.  Nous  allons  à  la  chasse 
A-*l  <jL$  jjl^_ f  y\j     au  sanglier.  A  peine  Miinines 

X'i  <         \s  t  nous  arrivés  au  bord  d'un  tor- 

j      <^-»>-a_>  y  ^/•"^     ren»    qUe  |cs  c|,i(.ns  en  font 

*^,>     sortir  un  sangli< I 

knnr,  acheter;  yuirantké .   cherté,  disette,  lamine./ 1,   il    donna  ; 
tekoar,   quatre;  pirnr  $ott   (pers.   jc-3  Jo  )  ;  dtemt ,  il   rapportait. 

:  .i-dire  il  vaut,  du  verbe  ,jL*  hemwe,  apportai    Nous  ,   wiuaia- 
son*  déjà  le»  verbes  d  >ut  l'a  ai  liangc  en  4  dans  le  para- 

digme. Am  é,  ceci,  cet  achat;  :or,  beaucoup-,  é,  est;  de  slïennwui  a  , 
je  reprends,  du  verbe  QjoLwI  ettandyne  (pers.  /j jJUm>)i  saiaii 
de  dont,  je  donne-,  le  pronom  éoma  se  rapporte  au  jardin;  iniihat. 
substantif  arabe  employé  adverbialement,  enfin;  :ori,  beaw 
trop;  (fiioul  ou  quoul,  tapage  discussion.  Il  y  a  ici  un  verbe  sous 
tendu,  beroatoua,  littér.  j'aurais  fait    pafcttMWer  i  rir-iuîn  ;  du  M  I" 
neutre  roinr,  aller,  on  fait  un  wrl.e  transitif  {jii\\\  routent- .  (ai* 
faire  rendre. 

14.  Amant, dat.  plur.  pour  nous;  deguéiem,  je  dirai;  tint  dekine , 
faites  seller;  ruôn,  subst.   chasse;  btraz  ,  sanglier  mâle,  dont  I 
nielle  se  nomme  ^yJ^*  malos,  et  leurs  pourceaux  ;iy  *\}jf.  h 
meute,  aussitôt  que;  umé,  nous;  dcke'mc,  nous  arrivâmes,  nous  attei- 
gnîmes; tekem,  un  courant  d'eau  et  son  lit-,  iékanek,  sanglier  qui  vil 
tout  seul,  <pii  ne  suit  pas  son  troupeau  [odyntec). 


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wj       >~A~W/i      fJlSjJjAÀ*   Aj 

16 

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, — S^\j  j  ^C* 

17 

AK_fri 

xJL»ii  ^_$  *> 

Ojjà 

ÉTUDES  SLK  LA  LANGUE  KURDE.     351 

^Là  o»— £— >  iJ  »_$  >i  15  De  tous  les  côtés,  les  cava 

liers  s'élancent  après  lui,  en 
vA)*   d*-*-?  vi^  O*^**     s'écriant   tous    à  qui  mieux 

vfrj*  &  ^  ^>  àuk  «*M*  nîieux  :  ■ Allends  -  va»rien . i» 

n'échapperas  point!  » — Ne  ti 
jjj^lgj  tiLfcij'  i^3  ^*o^i»     rez  pas  sur  lui,  il  y  a  trop  de 
m  ..     monde  !  » 


«  Frappez-le  avec  vossabres. 
Lâchez  la  bride,  force  d'é- 
triers ,  et  serrez-le  de  près.  « 


Les  chiens  et  les  chasseurs 
se  dispersent  de  tous  les  côtés. 
Quelques-uns  (les  chasseurs) 

l*L>^  dL>*  &  &*     tombent  lun  aPrès  lautre; 
leurs  turbans  se  dénouent. 

15.  Laie  koué,  les  côtés,  de  part  et  d'autre;  douaoai  koutyne,  tra 
quer,  suivre  derrière  quelqu'un.  On  dit,  par  exemple  :  <^}\jb  <_£U<>J 
bédouaoui  hatt,ii  marchait  après  lui.  Dereïne,  ils  disaient  (pers.  3woL>), 
namertt,  vaurien,  coquin;  nekei,  qu'il  ne  fasse  point  ;  nchaouïjine,  ne 
tirez  pas,  du  verbe  (JSjaU>  haouityne,  tirer  du  fusil,  de  l'arc,  etc.; 
kabalyq,  cohue,  foule;  zor  é,  il  y  a  beaucoup. 

16.  Chir  (pers.  ja^suj),  épée,  sabre;  par  taou  kyrdyne ,  encoura- 
ger, exciter,  littér.  faire  plein  d'ardeur;  aouzeng,  étrier;  koalt,  impér. 
fait  tomber,  frappe,  du  verbe  koutyne.  On  sait  que  les  Orientaux  se 
servent  de  leurs  étriers  pour  piquer  leurs  chevaux,  comme  nous 
nous  servons  de  nos  éperons;  beré  doaaï,  après  lui,  à  ses  trousses; 
danyne,  mettez-vous,  c'est-à-dire  poursuivez-le,  du  verbe  ,>j[3  da- 
nyne  (pers.  (j.}IaJ),  placer,  mettre. 

17.  Raouguere,  chasseur,  de  raoa,  la  chasse;  pariva  (pers.  |~j 
*i>i  £->) ,  dispersé,  ôpars,  d'où  le  verbe  q*j  j'o,  se  disperser, 
s'éparpiller;  hemou  (pers.  *^&);  laïké,  côté;  daghle, ils  tombent, du 
verbe  ^.lè  ghlane,  choir,  tomber  de  haut  en  bas;  fouti,  turban  ,  coif- 
fure des  Kurdes;  pariva,  ils  se  dénouent,  ils  se  détachent. 


352  AVRIL-MAI    1857 

(fmJ\  j\y~.  s%jy*  jyz==>  18  Mon  tils  aîné ,  monte  sur 

un  cheval  nedjdi ,  poursuit  de 


%y     <=->*    ^jï     êy~>    ^Sj-S 


près  le  sanglier,  qui  s'arrête 


«j^Sà  JlA  0U  Jj&     tout  à  coup. 

j—  *  »  ^^VJ-^»  19  Mon  fils  l'attaque  tic  front. 

J  la*  3b  *jL-i\J^  JLiliy     Le  8ang,ier  "P05*  avec  vi°- 

lence.  Lui  (mon  fils)  esquive 

*1  1«X*J  ^*^>  {JïjQj  \î  J     adroitement.  Le  cœur  me  bat 

g  »       ^  i^      i         a  'a  vue  ^"  danger.  Mais  mon 

J  y*  &)    «  3  v       f,|9  lance  son  javelot  de  ma- 

^  ^_C  rV_f  «  d)  -j  U.  làUj     nière  que  le  sanglier  s'affaisse. 

sans  pouvoir  avan< 


-A 


*■> 


•j^-j  ^— =r-  ^J  *^"*"  *°  Lorsque  son  arme  ru  tirant- 

18.  JCori  gomrtm,  mon  fil» grand  (aine); «o«r  âoo^,  étant  monté; 
nejdi  pour  ^  jk^,  la  meilleure  race  de  chevaux  arabes;  douai,  par 
derrière,  et  douai  koutyn,  tomber  par  derrière ,  c'est-à-dire  suivre 
quelqu'un  tout  près ,  serrer  de  près;  mant,  séjour,  demeure,  mant 
kalgmyrtym,  prendre  demeure,  s'établir;  en  terme  de  vénerie  ce  moi 
désigne  le  moment  où  un  animal  pasiisulfi  s'arrête  pour  M 
fendre  contre  les  chiens  et  les  chasse 

19.  Dchhe.W  va;  $tri  ugantk,»  la  tête  du  sanglier,  c'est  .i-dire 
root)  taou  deda,  du  verbe  taoudane  (  pers.  ±\2>\ï  <_>L»),  donner 

de  l'ardeur,  c'est-à-dire  se  mer  sur  quelqu'un ,  s'élancer  t^ter 
lence.  Eu  parlant  d'un  oiseau  Carnivore  qui  se  jette  sur  sa  Utok 
Kurdes  disent   y|j  (J&J   leng   dane,  donner  un   élan  ;  Ui,  «le    lui 
(pers.  J  ;f);  Ui  tapit. him- ,  il  lui  échappa,  il  s'en  est  sauvé, du  verbe 
tapitckyn, ic  replier;  tekaou  prkanutyn,  l'endroit  où  les  yeux  (la  vue) 
tombent  ;  molaiki ,  danger,  péril  (arabe  «jCJLfc*  )  ;  remnuki,  accus,  de 

ciLtj  ,  mit-  l.ince,  un  javelot;  pnada,  du  verbe  peiadyn ,  jetter  de 
haut  en  bas  ;  be  Urkkike,  tous  les  trois  mots  dérivés  du  persan  et  de 
l'arabe;  iekaneké,  datif,  au  sanglier;  rai  guyrtyn  (pers.  (jv*yT  8  I») . 
couper  le  chemin  à  quelqu'un,  intercepter  le  passage;  rai  guyrtt,  il 
le  priva  du  mouvement,  il  l'abattit,  il  le  fit  s'affaisser. 

20.   Làou,  de  ce,  pour. F  «J  ;  là,  côté;  tchou  boue,  étant  allé.  L'ex- 


ETUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE. 


353 


percé  le  sanglier  d'outre  en 
outre,  les  chasseurs,  accou- 
rus de  tous  les  côtés,  le  ha- 
chèrent en  morceaux. 


Ivre  d'aise  et  de  joie,  je 
passe  mon  bras  autour  du  cou 
du  jeune  héros ,  je  l'embrasse 
sur  le  front,  et  je  lui  dis  : 
«  En  vérité,  je  reconnais  main- 
tenant que  tu  es  mon  fils. — 
Bénie  soit  ta  main  infail- 
lible !  » 


pression  leou  lu  tchou  boue  derâoa  compte  au  nombre  des  idiotismes 
kurdes,  traverser  d'outre  en  outre,  comme  Je  fait  une  pointe  d'épée 
ou  une  balle.  Deràou,  en  dehors;  lem,  abrégé  de  *£>  4J  le  hemou,  de 
tous;  lu  ou  laou,  d'une  part  et  d'autre  part,  expression  proverbiale, 

comme  en  persan  celle  de  y*  qi  y»  qj  I  ;  guyrd,  à  l'entour,  au- 
tour; boune  aouvu,  étaient  arrivés;  deiane  patchi,  3e  pers.  plur.  du 
verbe  de  putchyne,  mettre  en  pièces,  briser,  hacher  à  coups  redou- 
blés; qoutt, miette,  débris; kerd,  un  morceau,  plus  grand  que  q^JSi 
une  tranche. 

21.  Keïf,  plaisir,  jouissance;  khochiane,  adj.  agréable,  suave; 
kharem  pour  tU..,  mon  état  moral;  kharem  ne  6oa,je  n'en  pouvais 
plus, c'est-à-dire  je  me  sentais  débordé  par  trop  de  plaisir;  destem 
kyrdé,  ayant  fait  mon  bras ,  c'est-à-dire  ayant  entouré  avec  mon  bras  ; 
estouï,  accus,  cou  ;  neioutchaoûane ,  subst.  front ,  littér.  entre  les  yeux  ; 
match,  subst.  baiser;  péié ein  goutt,je  lui  ai  dit;  peié  (pers.  <_$»j  be 
net),  à  lui;  berast,  en  vérité,  en  effet;  kori  myn,  mon  garçon,  mon 
fils;  destytt,ta  main;  neieché,  qu'elle  ne  souffre  pas;  les  Persans  ont 
la  même  expression  o^SZ  ^O  cv**^  destett  derd  nekuned,  que  ta 
main  ne  fasse  mal l. 


1  Voyer  nia  Grammaire  persane ,  p.  1 53 . 


JÔ4  AYKIL-MAl    1857. 

*1  ^*Ld  yii  À,  x  «--— »_j  M  L'heure  du  dîner  étant  ai 

.  .        .  rivée,  nous  descendons   sur 

-^  -^  triH       ^"^  ZJ*     le  rivage  d'un  ruisseau.  L'air 

^*U.  jt  u^ï*  y  iTJ*-     C9t  pUr  et  a8r^able  a  aspirer. 

Mou  maître  d'hôtel  nous  pré- 
l*y—*J    '  ■*"  O6^^-^"  V""^     para  un  repas;  l'écuv  i   iim 

LJLa».  jl*  w  .*>  «  -r--  "     d,anl  "lil  ,a  !,i'r|K'    <Iu  Fhv 
"^  de  l'agneau  rôti ,  des  gâteaux. 

«oUaV^j  '^jk  45^"i>  ^^     tm  ragoul  l'e  mboIoo,  du  ht 

clùs,  de*  navets  fermentes,  et 
des  boissons  rafraîchissantes 


-»•    . ^    v^__>..    L» jU»l«y 


des  grenades,  quinlesseiK  •  d« 
*->!*■*•  U1*  vï^  ^"     fruits,  des  cornichons,  en  un 
mot,  nous  nous  régale: 
vrais  gourmets  ! 

Î2.  Irmlik,  le  manger,  mot  osmanli;  qarvkk,  rivage,  bord; 
ickmek,  un  cour»  d'eau,  petite  ri v'uVe;  Ja>  <■:■»■  .  Bttér.  nous  descen- 
dons de  la  selle  de  nos  chevaux;  keoua  zor  khock  bon,  litn'-r.  l'air 
force  beau  était;  kelertcki ,  mot  osmanii .  kilrrdji ,  officier  préposé  à  la 
garde  de*  provisions  de  bouche;  sufrrianc  (pers.  »  Ju») ,  nappr 
hkjst,  il  déploya,  du  verbe  jjv-a.}  dakkyHeuc ,  qui  lignifie  .1. 
ployer,  étendre,  et  aussi  fermer.  Ainsi,  par  exemple,  on  dit  ^jjCÙ 
dmikkyme,  faites-le  coucher  pour  appliquer  la  bastonnade.  Ce  verbe  a 
deux  temps  présents  à  l'indicatif:  *làO  dekham ,  et  aussi  f  sjwO  2 
de  dekkam.  Il  parait  que  dans  les  verbes  kurde»  qui  coniimnriiii 
par  un  3,  on  peut  supprimer  cette  consonne  après  le  préfixe  de, 
comme  ou  vient  de  le  voir  dans  ^vj  ,jLo.  qui,  rcgulièreim  m 
devrait  s'écrire  (j<a  U.5  ,jLO-  Plaou,  rii  assaisonné  avec  du 
beurre,  des  viandes,  etc.  briani,  l'agneau  rôti  et  farci,  etc.  Pour  les 
détails  concernant  le  menu  du  repas  du  paclia,  nous  renToyoui  le 
lecteur  au  vocabulaire  qui  se  trouve  à  la  fin  de  ces  Études.  Nanek, 
un  pain,  se  dit  généralement  de  toute  sorte  de  repas  ;  f  en  a^ , 
beau,  charmant,  délicieux;  mène  kkoard,  nous  mangeons;  khacir> 
pour  (Lolii  rlkkacil,  finalement,  bref. 


ÉTUDES  SUR  LA  LANGUE  KURDE.     355 

POÉSIE. 

Les  Kurdes  aiment  à  chanter,  et  ils  improvisent 
avec  facilité.  Malheureusement  ils  ne  cherchent  pas 
à  conserver  par  écrit  leurs  compositions  poétiques. 
Outre  le  célèbre  Dabel,  dont  nous  avons  déjà  parlé, 
ils  ont  un  poëte  lauréat,  Baba  Tahiri,  natif  de  la 
ville  de  Hamadan,  qui  vivait,  ce  me  semble,  vers 
la  fin  de  notre  xvne  siècle.  Baba  Tahiri  a  laissé  un  re- 
cueil de  ses  œuvres  complètes,  composé  de  soixante 
et  douze  j\*j  et  d'un  ày*.  Le  reproche  qu'on  fait  à 
Dabel,  de  n'avoir  pas  cherché  à  se  servir  exclusive- 
ment de  mots  kurdes ,  peut  aussi  s'appliquer  à  Baba 
Tahiri,  dont  les  compositions  sont  plutôt  persanes 
que  kurdes.  Nous  en  donnerons  ici  deux  échantil- 
lons : 

I. 

ftJu         t  \  * 

Xi     ^jlwAx*v    /îBip     ^àLiL* 

X)    XJULJ>   0^jl«X-fi   J£"  ^Ijj 

La  violette  des  fontaines  ne  vit  qu'une  semaine,  le  coque 
licot  des  montagnes  ne  vit  qu'une  semaine.  Le  torrent  qui 
mugit  est  le  crieur  public  des  Kurdes.  La  constance  des  jeunes 
filles  aux  joues  de  rose  ne  vit  qu'une  semaine. 

On  voit  qu'il  n'y  a  que  quatre  mots  kurdes  seu 


356  AVRIL- MAI   1857. 

lement;  #*  bé  ou  y  bou,  il  est;  *liLA  hetale,  en  per 
san  *Jif  laie,  coquelicot;  (jlj-U-ï  chilerâne,  pluriel  de 
jkk£chiler,  torrent  de  montagne 


Vois-tu  cette  branche,  dont  un  bout  brûle  et  »lont  l'autre 
l>out  verte  de  la  sève? C'est  l'image  de  mon  cœur,  qui  bn'il»- 
<  t  ijui  saigne  à  la  fois.  Je  partirai ,  pauvre  et  oublié,  je  m'en 
irai  de  ce  monde,  et,  de  l'autre  monde,  j'é<  rirai  une  lettre  à 
l'idole  de  mon  âme,  pour  lui  dire  :  «Si  mon  absence  peut 
te  faire  du  plaisir,  j'irai  encore  plus  loin. 

Soutcki  (pers.  3j *~w«) ,  il  brûle;  kkoun  aoué  (pers.  <jL*^), sang 
qui  coule  comme  «le  l'eau;  riji,  il  verse,  il  coule  (pers.  Jjjyu)  ;  bt- 
cktm,  synonyme  vackim,  j'irai,  du  verbe  ^jj^;  btder,  à  la  porte, 
c' est-a-dire  en  vrai  mendiant,  du  persan  qjuï  ^jj  %^,  rôder  d'une 
porte  à  l'autre;  vech  4,  il  est  agréable,  il  est  beau  (veck). 

Nous  n'avons  jamais  vu  les  poésies  de  Dabel; 
mais,  s'il  n'a  pas  miem  mérite  oV  la  langue  kurde 
que  son  compatriote  Baba  Tahiti,  allons  la  oher- 
rlicr  plutôt  dans  It  Kurdistan  .  rhez  les  patres  tl  Ufl 
p.ivsnis  illrtti  es  "lu  pays. 

A.  ClIODZKO. 
(La  fin  a  un  numéro  prochain.) 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOli-TCHIN-TSUEN.  357 


ETUDE 
SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN, 

ROMAN  BOUDDHIQUE  CHINOIS, 
PAR  M.  THÉODORE  PAVIE. 


INTRODUCTION. 

Il  existe,  dans  la  littérature  chinoise,  toute  une 
classe  délivres  qui  ne  seront  jamais  traduits  et  que 
rarement  les  sinologues  prendront  la  peine  de  lire. 
Je  veux  parler  des  romans  bouddhiques  et  des 
livres  écrits  par  les  bonzes,  dans  lesquels  sont  rela- 
tées les  légendes  miraculeuses  qui  causent  l'édifica- 
tion des  sectaires  de  Fô;  et  cependant,  il  ne  faut 
pas  croire  que  ces  ouvrages  n'offrent  aucun  intérêt. 
On  y  retrouve  à.  chaque  instant  l'idée  indienne  in- 
terprétée, modifiée  par  l'esprit  chinois.  Chez  les 
Ariens ,  peuple  essentiellement  religieux ,  c'est  le 
surnaturel  qui  domine  dans  la  poésie  comme  dans  la 
philosophie;  les  Chinois,  au  contraire,  qui  ont  été 
initiés  de  bonne  heure  aux  détails  plus  positifs  de  la 
vie  pratique,  sont  entraînés  vers  le  merveilleux  et  le 
fantastique.  Le  merveilleux,  qui  est  au  surnaturel  ce 
qu'est  la  superstition  au  sentiment  religieux,  séduit 
toujours  les  sociétés  qui  commencent  à  vieillir.  Il 


3âo  AVKIL   MAI    1857. 

agit  plus  l'ortemant  encore  sur  orfiëi  qui  oui  été 
soumises  au  régime  (Tune  philosophie  sévère,  dog- 
matique ,  et  qui  s'ad  :  L'tfpril  plus  qu'au  cœur. 
lien  avait  été  ainsi  de  la  société  chinoise.  Durant 
des  siècles,  elle  fut  régie,  oflicielltMii.nl  du  poing, 
par  la  raison  et  le  bon  sens  de  Kong-  fou  -tseu, 
qui  ne  ressemblait  en  rien  au*  mahârchis  de  l'Inde 
ancienne.  Veut-on  savoir ,  par  exemple ,  ce  que  cer- 
tain lettré  du  royaume  de  Lou  pensait  d'une  sor- 
cière l'an  638  avant  J.  C. ,  et  comment  il  raisonnait 
sur  la  sorcellerie?  La  chronique  de  Tso-tchou»>n 
nous  l'apprend  en  peu  de  mots  dans  le  chapitre  qui 
a  pour  titre  :  Ven-koncf  dissuade  (Hy-kotuj)  de  faut 
hrùler  une  sorcière. 

«Durant  l'été,  il  avait  régné  une  grande  séche- 
resse;   Hy-konjj    voulut   faire   brûler  m 
qui  avait  le  cou  de  travers  l.  —  Tsang-ven-kong 
dit  :  m  Ce  n'est  pas  par  là  que  les  ehVts  d«-  la  seche 
«  resse  seront  conjurés.  Faites  réparer  les  murailles 
«  des  villes2;  restreigne*  le  luxe  de  votre  table,  dimi- 

*  Commentaire  :  •  Le  mol  du  texte   Tub  ouo/i</  veut  din    un. 

personne  amaigrie  par  U  soutane».  Le  visage  de  cette  sorcière  se 
tournait  en  haut,  ver»  le  ciel,  qu'elle  implorait  pour  qu'il  prit  com- 
passion de  sa  douleur.  On  soupçonnait  aue  la  plaie  entrait  dam  son  nez, 

\*  HÏn  >\  H-  JP=*  •  Voilà  pourquoi ,  à  l'occasion  de  la  sé- 
cheresse, le  roi  de  Lou,  Hy-kong,  s'était  (d'abord)  servi  des  prières 
de  cette  sorcière  pour  obtenir  de  la  pluie.  Ces  prières  n'avaient  en 
aucun  effet;  une  extrême  sécheresse  désolait  les  hommes  de  l'em- 
pire ,  et ,  à  cause  de  cela ,  le  roi  voulait  Taire  brûler  la  sorcière.  ■  (  Voir 
le  Tso-tchouen,  I.  II,  p.  19.) 

*  Une  note  placée  a  la  suite  du  commentaire  dit  ;'i  ce  propos 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TGHIN-TSUEN.  359 

«  nuez  vos  dépenses;  veillez  à  ce  que  tout  soit  récolté 
«  avec  soin  et  à  ce  que  ceux  qui  ont  beaucoup  par- 
«  tagent  avec  ceux  qui  manquent.  C'est  là  ce  qu'il  faut 
u  faire  absolument.  Quant  à  la  sorcière  décrépite, 
«  qu'y  peut-elle?  Si  le  ciel  a  voulu  que  cette  séche- 
«  resse  eût  lieu  et  que  vous  fassiez  périr  cette  femme , 
«  est-ce  que  le  ciel  ne  la  sauvera  pas?  Si ,  au  contraire , 
«  elle  a  eu  le  pouvoir  d'amener  ce  fléau ,  vous  attire- 
«  rez ,  en  la  brûlant ,  de  plus  grands  maux  !»  —  Le 
prince  suivit  ce  conseil  ;  et ,  quoique  cette  année-là 
la  disette  fut  grande,  le  peuple  n'eut  pas  beaucoup 
à  souffrir.  » 

De  ce  passage,  emprunté  à  la  très-sérieuse  chro- 
nique de  Tso-kiéou-ming ,  on  peut  tirer  une  double 
conclusion  :  d'une  part,  on  croyait  généralement  en 
Chine  à  la  sorcellerie  et  à  la  magie  dès  les  temps 
anciens;  de  l'autre,  les  lettrés  ,  accoutumés  à  porter 
sur  toutes  les  actions  humaines  un  jugement  calme 
et  réfléchi,  combattaient  hardiment  les  préjugés  du 
vulgaire.  La  secte  de  Kong-fou-tseu  admettait  les 
présages,  l'apparition  ,  à  certaines  époques ,  du  fabu- 
leux animal  nommé  Ky-lin,  la  divination  par  les 
kouas  et  par  l'ecaille  de  tortue  percée  au  moyen 
d'un  fer  rouge,  etc.  Mais  toutes  ces  folies  faisaient 
partie  d'un  ensemble  de  croyances  officiellement 
admises,  et  consacrées  par  l'usage.  A  la  cour  des 
Tchéou,  il  y  avait,  comme  à  Rome  ,  des  augures  qui 

«Réparer  les  murailles  des  villes,  quel  rapport  cela  a-t-il  avec  la 
sécheresse?  Cela  implique  la  pensée  de  lever  des  troupes  d'ouvriers 
et  de  les  faire  travailler  à  prix  d'argent.  » 


HI  AVRIL-MAI    1K57. 

se  regardaient  les  uns  les  autres  sans  éclater  de  rire, 
et  des  niait n  s  qui  professaient  le  grand  art  de  la 
divination.  Les  lettrés  ne  niaient  donc  point  abso- 
lument l'intervention  du  ciel  dans  les  affaires  hu- 
maines; seulement,  il  leur  semblait  que  cette  inter- 
vention ne  devait  avoir  lieu  qu'à  de  rares  intervalles 
et  dans  des  circonstances  solennelles.  Ils  avaient 
réglementé  le  merveilleux  et  soumis  le  fantastique 
aux  décisions  du  tribunal  des  rit 

Kong-foutseu.  d'ailleurs,  s'occupait  surtout  de  la 
terre  et  de  ses  habitants.  Ce  qu'il  avait  a  cosur,  i 
tait  d'apprendre  aux  princes  à  gouverner  sagement . 
aux  sujets  à  se  bien  conduire  et  à  tous  les  hommes 
à  pratiquer  les  vertus  de  leur  condition,  de  telle 
sorte  que  la  paix  pût  régner  entre  les  souverains  des 
divers  Ltats  qui  p  pextagetienl  la  Chine,  et  la  eeo 
corde  entre  les  peuples.  Son  rôle  était  celui  d'un 
modérateur,  d'un  homme  d'Ktai  qui  avait  entrevu 
les  principes  de  la  civilisation  etcherchaità  les  faire 
prévaloir  sur  les  caprices  d'une  féodalité  violente 
et  grossière.  Lao-tseu,  né  un  demi-siècle  avant  lui, 
avait  jeté,  dans  une  société  encore  jeune  et  trou- 
blée déjà  par  bien  des  révolutions,  des  enseigne 
ments  d'une  nature  tout  opposée.  Il  avait  prêché  la 
doctrine  décourageante  de  l'abstention  des  œuvres, 
de  l'anéantissement  delà  personnalité  comme  moyen 
d'arriver  au  bonheur;  en  un  mot,  le  dogme  de  la 
quiétude  absolue,  dont  le  dernier  mot  serait  la  sus- 
pension de  la  vie  active  et  de  la  vie  intellectuelle 
Cette  sagesse  négative  peut  bien   séduire  quelques 


ÉTUDE  SUR  LE  SY  YÉOU-TCHIN-TSUEN.  301 

esprits  chagrins  ou  désabusés;  mais  elle  n'a  guère 
de  chances  de  devenir  populaire,  encore  moins 
d'attirer  à  elle  ceux  qui  sont  appelés  aux  grandes 
charges  de  l'Etat,  à  moins  qu'elle  ne  se  modifie 
et  ne  présente  la  perspective  d'un  bonheur  plus  ap- 
préciable. 

La  doctrine  de  Lao-tseu  ressemblait  beaucoup 
au  djoguisme  indien1,  et,  comme  le  djoguisme  aussi, 
elle  conduisit,  par  l'abus  de  la  méditation,  aux  rê- 
veries et  aux  visions.  Se  mettre  à  l'abri  de  tous  les 
maux  ici-bas,  n'est  pas  chose  facile;  eût-on  dompté 
la  douleur,  il  reste  encore  et  toujours  la  crainte  de 
la  mort.  Les  disciples  de  Lao-tseu  en  vinrent  donc 
à  se  préoccuper  plus  activement  du  moyen  d'éviter 
le  plus  grand  des  maux ,  et  ils  purent  dire  à  peu  près 
comme  Içvara-Krichna ,  disciple  de  Kapila  :  «L'ob- 
jet de  notre  étude  porte  sur  le  moyen  d'écarter 
toutes  sortes  de  douleurs  ;  et  cette  recherche  n'est 
pas  inutile ,  car  s'il  existe  un  moyen  connu  d'y  arri- 
ver, ce  moyen  n'est  ni  absolu,  ni  complètement 
efficace2.  »  A  défaut  de  moyen  connu  pour  se  sous- 
traire à  la  nécessité  de  mourir,  les  sectaires  en  in- 

1  Avec  cette  différence,  toutefois,  que  le  djogui  cherche  à  s'ab- 
sorber en  Brahme  par  la  méditation ,  tandis  que  le  sectateur  de  Lao- 
tseu  se  retire  en  lui-même,  comme  la  tortue  dans  sa  carapace, 
pour  ne  rien  sentir  de  ce  qui  l'entoure. 

2  Tel  est,  en  le  généralisant,  le  sens  de  la  première  stance  de  la 
Sânkhya-Kârikâ  : 


^  fTFTrm ^cfckdlciJ-rlHi  -S ITT^TrU 


ih 


602  AVRIL-MAI   1857 

ventèrent  un  parfaitement  nouveau,  qui  consistait 
dans  un  certain  breuvage  d'immortalité;  et  ce  breu 
vago  n'était  point  seulement  ;'i  l'usage  des  dieux 
comme  Yamritu  des  Ariens  et  l'ambroisie  des  Grecs; 
on  pouvait  se  le  procurer  sur  la  terre.  Ne  point  mou- 
rir étant  le  vœu  secret  de  tous  ceux  qui  se  trouvent 
bien  ici-bas,  la  doctrine  de  Lao-tseu,  ainsi  transfor- 
mée, devint  à  la  mode  dans  le  Céleste  Empire  tu 
commencement  de  notn  ère.  Le  désir  de  l'immor- 
talité régna  comme  une  épidémie  parmi  les  Imites 
classes  de  la  société,  et  on  vit  paraître  une  foule  de 
devins  et  de  sorciers  qui,  à  la  cour,  dans  les  pro- 
vinces et  jusque  dans  les  campagnes,  prétendaient 
enseigner  la  recette  du  fabuleux  breuvage.  Le  mot 
Tao-sse  devint  synonyme  de  sorcier  '  ;  la  philosophie 
distraite  du  maître  avait  dégénéré  en  un  amour 
passionné  des  biens  positifs  obtenus  par  des  moyens 
merveilleux.  Cependant,  comme  personne,  ni  les 
empereurs,  ni  les  devins,  n'avaient  pu  arriver  à  se 
procurer  l'immortalité,  la  secte  perdit  un  peu  de 
sa  grande  vogue  dans  les  siècles  suivants.  Elle  se 
partagea  même  en  deux  branches  :  il  y  eut ,  d'un  côté, 
les  fous  qui  continuèrent  à  faire  le  métier  de  devins 
et  de  magiciens,  et  qui  s'appelèrent  encore  Tien- 
ssé  u  docteurs  célestes;»  de  l'autre,  des  philosophes 
qui  cherchèrent  à  conduire  les  hommes  dans  le 
chemin  de  la  vertu.  Ces  derniers,  toutefois,  s'éloi- 

'  Le  plus  célèbre  de  ces  docteurs  magiciens  e»t  Tcho-kou-léang, 
l'un  des  héros  du  San-kour-tchy,  dont  on  peut  lire  une  biographie 
abrégée  au  tome  III  des  Mimoirts  sur  Us  Chinois. 


ETUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN-TSUEN.  363 

gnerent  beaucoup  aussi  des  enseignements  de  Lao- 
tseu;  on  en  trouve  la  preuve  dans  ces  deux  phrases 
que  j'emprunte  au  premier  chapitre  du  Livre  des 
Récompenses  et  des  Peines  : 

«  Les  actions  bonnes  ou  mauvaises  des  hommes 
font  une  impression  sur  les  esprits  du  ciel  et  de  la 
terre Ces  esprits  du  ciel  et  de  la  terre  en- 
voient aux  hommes ,  suivant  la  nature  de  leurs  ac- 
tions, une  récompense,  ou  un  châtiment ].» 

C'est  là  le  début  d'un  livre  de  morale,  et  d'une 
morale  pratique,  bien  opposée  à  l'abstention  des 
œuvres.  Le  Livre  des  Récompenses  et  des  Peines 
ressemble  beaucoup ,  en  effet,  à  une  morale  en  actions 
basée  sur  la  bienveillance  et  la  charité.  Mais ,  d'une 
part,  elle  admet  la  migration  des  âmes  (sans  faire 
mention  d'une  divinité  suprême)  ;  et  de  l'autre,  elle 
se  ressent  encore  quelque  peu  du  rêve  de  l'immor- 
talité sur  la  terre ,  comme  il  ressort  de  cette  phrase 
du  commentaire  :  «  La  longévité  occupe  le  premier 
rang  parmi  les  cinq  espèces  de  bonheur.  Aussi, 
pour  punir  les  crimes  des  hommes,  le  ciel  com- 
mence toujours  par  diminuer  la  durée  de  leur  vie; 
entre  le  ciel  et  la  terre  vont  et  viennent  sans  relâche 
une  foule  d'esprits  (chin) 2,  qui  inscrivent  les  actions 

1  Traduction  de  M.  Stanislas  Julien. 

2  Le  mot  chinois  "Hj™  exprime  simplement,  pour  les  lettrés, 
l'esprit  divin  qui  se  manifeste  par  la  création.  Le  dictionnaire  de 
Khang-hy  le  définit  ainsi  :  J^  | $  ^  |  }£}  J|  fjjjft  «l'es- 
prit,  l'âme  du  ciel ,  a  fait  surgir  (a  tiré  du  néant)  les  dix  mille  êtres.  » 


364  AVRIL-MAI   1857. 

des  liommes,  tandis  que  d'autres  se  tiennent  c<) 

tamment  auprès  d'eux,  pour  les  surveiller;  il  y  a 

dans  le  ciel  trois  intendants  et  cinq  empereurs >  Le 

pieux  sectaire  ne  devra  pas  seulement  se  montrer 
charitable  envers  ses  semblables;  il  lui  est  recom- 
mandé de  ne  faire  aucun  mal  aux  insectes,  ni  ;m\ 
arbres,  ni  aux  plantes1. 

On  reconnaît  dans  tout  ceci  l'influence  des  idées 
indiennes  sur  l'esprit  chinois.  La  morale  du  Livre 
des  Récompenses  et  des  Peines  est  presque  partout 
relie  des  Bouddhistes  et  des  Djains.  Si  ces  génies 
qui  peuplent  l'air  viennent  du  pays  qui  a  vu  WêÊÊÊÊ 
Càkya-Mouni ,  au  moins  se  sont-ils  beaucoup  mul- 
tipliés sous  l'empire  des  croyances  nouvelles.  Dmm 
les  livres  des  Tao-ssé,  l'imagination  du  peuple  ohî 
nois,  tout  en  se  donnant  libre  carrière,  conserve 
»  iM  ore  une  certaine  mesure.  Les  esprits  du  ciel  et 
de  la  terre  se  comportent  sagement ,  et ,  d'ailleurs ,  ils 
sont  trop  occupés  pour  avoir  le  temps  de  mal  fane 
Mais  que  le  bouddhisme  dégénéré  montreàce  peuple 
ivide  de  féerie  son  Olympe  peuplé  de  vingt- trois 
ordres  de  divinités ,  qu'il  lui  apporte  les  formules  ma- 

1  Livre  des  Récompenses  et  des  Peines,  p.  75.  Le  commentaire 
ajoute  :  t  Quoique  les  arbres  et  les  plantes  soient  privés  de  connais- 
sance, elles  ont  aussi  en  elles  un  principe  vital.»  Cette  idée  pan- 
tliéistique  se  trouve  exprimée  ainsi  dans  Manou  :  ■  Ces  êtres  (les  ani- 
maux et  les  végétaux),  doués  d'une  conscience  intérieure,  ressentent 
le  plaisir  et  la  peine.  »  Le  commentaire  ajoute ,  en  parlant  des  arbres, 

<K'farL,;J,'^yi1  :  fr  îW«l{dP!Hrf<flHU|*lX'JT  sTRlft  11  «  Quelque 
fois,  pour  eux,  un  peu  de  plaisir  est  produit  par  le  contact  de  l'eau 
que  leur  donne  le  nuage.»  (Manou,  liv.  I,  st.  49.) 


ETUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN-TSUEN.  365 

giques,  les  incantations  [manlras,  dhâranis,  etc.), 
et  l'on  verra  se  produire  en  Chine,  à  côté  des  livres 
qui  traitent  du  dogme ,  des  romans  pleins  de  fables 
et  de  merveilles.  Des  rêveries  d'un  arhat  indien , 
qui  médite  gravement  sur  les  perfections  de  Boud- 
dha et  sur  les  moyens  de  les  acquérir;  des  aus- 
tères pensées  d'un  solitaire  retiré  dans  la  forêt, 
l'écrivain  chinois  saura  tirer  d'interminables  récits , 
des  pièces  à  grand  spectacle  ,  qui  enivreront  comme 
l'opium  les  populations  chinoises  agglomérées  dans 
les  villes  et  resserrées  dans  les  campagnes  où  l'es- 
pace leur  manque.  C'est  que  le  fantastique  plaît  à 
ceux  que  la  réalité  presse  de  toutes  parts  :  le  mer- 
veilleux est  comme  un  rêve  qui  les  transporte  dans 
un  autre  monde. 

Avant  d'aborder  l'analyse  de  l'un  de  ces  romans 
bouddhiques  faits  pour  le  peuple,  j'ai  cru  qu'il  était 
nécessaire  de  rechercher  et  d'expliquer  succincte- 
ment comment  le  peuple  chinois,  si  guindé,  si  for- 
maliste à  son  origine,  au  moins  dans  ses  livres,  en 
était  venu  à  pécher  par  excès  d'imagination.  Toute- 
fois ,  même  à  travers  ces  écarts,  la  littérature  chi- 
noise sait  conserver  les  qualités  qui  lui  sont  propres, 
celles  qui  la  distinguent  de  toutes  les  autres  littéra- 
tures orientales  :  la  grâce,  le  naturel  dans  le  récit, 
la  finesse  dans  le  détail  et  l'art  de  faire  agir  les  êtres 
invraisemblables  comme  de  simples  mortels. 


Jôti  ANRIL  MAI   1857. 

NAISSANCE  DB  SUN-OO-IONG. 

Le  Sy-yéuu-tchin-tsuen  l,  i  récit  d'un  voyage  dtiu 
l'ouest,»  n'est  autre  chose  que  la  narration  fan  las  - 
tique  du  voyage  d'un  Hiouen-tsang  fabuleux  à  l'île 
de  Ceylan ,  pour  y  chercher  les  livres  canoniques 
de  la  religion  de  Bouddha.  Quoique  l'imagination  y 
tienne  beaucoup  plus  de  place  que  la  réalité ,  ce- 
pendant, au  fond  de  sa  pensée,  l'auteur  a  la  préi»  n 
tion  d'écrire  un  livre  propre  à  édifier  la  foule 2.  Il 
débute  donc  .srrieuseinent  par  une  théorie  de  l.i 
création,  que  je  traduis  en  entier. 

Les  vers  disent  : 

•  Le  chaos  n'était  pas  encore  débrouillé1,  le  ciel  et  la  terre 
étaient  dans  la  confusion,  —  et,  au  milieu  de  cette  masse 

1  II  en  existe  un  bel  exemplaire  in- 8*  à  la  bibliothèque  de  i'Ar 
senti  ;  celui  que  je  possède ,  et  qui  m'a  été  donné  par  M.  Stanislas 
Julien,  est  d'un  format  plus  petit;  les  deux  textes  diffèrent  en  plu- 
sieurs endroits. 

'  Littéralement  i  «  pas  encore  séparé.  ■  Les  deux  mots  qui  signi- 
fient ckaos  >*@   vft  sont  ainsi  interprétés  dans  le  dictionnaire  de 

Rbang-by:  ~JT  'sSl  yF'  'yr  *  'e  premier  principe  (le  souffle 
créateur)  n'a  pas  encore  sépara,  divisé  (le  ciel  et  la  terre  en  deux 
parties).  Cest  à  peu  près  l'idée  exprimée  par  l'hébreu  inSl  inîl 
«  res  informis,  ns  vasta  omni  forma  carens.  •  Dans  ce  qui  est  dit  ici 
du  chaos,  on  retrouve  en  partie  les  expressions  de  Manou  :  yiMlf<- 

>H4l^HMUT<IH^^^m^^UHcfUi|fdTl^^  « (ce  monde)  était 

fait  d'obscurité,  imperceptible,  sans  attribut  qui  le  manifestât  au 
dehors,  impossible  à  être  connu  par  le  raisonnement  ou  parla  lété- 
lation »  (Manou,  liv.  I,  st.  5.) 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  367 

immense  et  confuse ,  l'homme  ne  se  montrait  pas.  —  En- 
suite Pan-kou  (le  premier  homme)  fendit  ces  épaisses  té- 
nèbres ,  et  le  monde  commença.  —  Ce  qui  était  une  masse 
obscure  et  opaque  devint  pénétrable  à  la  lumière  et  se  coor- 
donna. —  Dans  la  suite  des  temps,  la  foule  des  hommes 
s'appliqua  à  atteindre  à  l'humanité,  et  les  diverses  classes 
d'êtres,  bien  éclairées,  pratiquèrent  unanimement  la  vertu. 
—  Si  l'on  veut  apprendre  à  se  convertir  et  commencer  d'ac- 
quérir des  mérites,  —  il  faut  lire  le  récit  du  voyage  que  fit 
un  bonze  au  pays  de  l'Ouest.  » 

J'ai  entendu  dire  que,  dans  les  calculs  du  ciel  et  de  la 
terre,  une  période  de  cent  vingt-neuf  mille  six  cents  ans 
forme  ce  qu'on  appelle  un  youen1.  Ce  youen  se  divise  en 
douze  parties,  qui  sont  les  douze  heures  du  jour2.  Chacune 
de  ces  heures  se  compose  de  dix  mille  huit  cents  années. 
L'ensemble  de  ces  divisions  forme  un  jour  complet,  et  on 
les  explique  ainsi  :  de  onze  heures  du  soir  à  une  heure  du 

matin  —p» ,  le  principe  supérieur  yang  se  dégage.  De  une 
heure  à  trois  -ffc ,  le  coq  chante.  De  trois  heures  à  cinq  Ë&  , 
la  lumière  ne  traverse  pas  encore  les  ténèbres  ;  mais  de  cinq 
heures  à  six  £X)  ,  le  soleil  se  lève.  Durant  les  heures  sui- 
vantes, de  sept  heures  à  neuf  -11*,  il  prend  de  la  force,  et 
de  neuf  à  onze  p *  ,  il  s'avance  dans  sa  carrière  et  marque 
le  milieu  du  jour.  De  onze  heures  du  matin  à  une  heure  après 
midi  £f-  ,  il  est  arrivé  au  milieu  du  ciel  ;  et  de  une  heure  à 

trois  yfe ,  il  décline  vers  l'ouest.  De  trois  heures  à  cinq  £H  , 
c'est  l'intervalle  appelé  pou3,  pendant  lequel  le  soleil  s'ache- 

'  7C- 

1  J'omets  les  noms  de  ces  douze  heures,  qui  se  trouvent  expliquées 
dans  la  phrase  suivante. 

S  il  '  L'interprétation  de  ce  mot,  qui  n'est  pas  donnée  par  Ba- 
sile, se  trouve  dans  le  dictionnaire  de  Khang-hy. 


368  V\  h  IL- M  AI   1857. 

mine  vers  la  vallée  où  il  se  couche.  De  cinq  heure»  à  sept  [ft\ 
et  de  sept  à  neuf  ttf  ,  l'obscurité  se  répand,  et  les  hommes 
se  reposent  de  neuf  heures  à  onze  ~vT 

Maintenant,  comparons  ces  divisions  du  jour  avec  les 
grandes  périodes  mentionnées  plus  haut.  Au  moment  où  se 
<  lot  la  on/ii  me  veille,  le  ciel  et  lu  terre  ne  sont  que  ténèbres; 
les  dix  mille  êtres  n'existent  pas.  Séparons  par  la  moitié  la 
teille  suivante  (de  neuf  à  onze  heures  de  la  nuit)  :  \ 
danl  les  premiers  cinq  mille  quatre  cents  ans,  l'obscurité 
règne,  et,  entre  le  ciel  et  la  terre,  les  hommes  et  les  animaux 
ne  sont  pas.  Voilà  pourquoi  on  nomme  cette  période  le  Chaos 
Après  les  cinq  mille  quatre  cents  ans  qui  complètent  celte 
période,  on  arrive  au  point  de  départ  du  yo*cn,  et  l'on 
touche  à  la  première  veille.  Peu  à  peu  la  masse  confiw 
s'éclaircit.  Le  mathématicien  Kang-tsie1,  du  pays  de  Chao, 
a  dit  :  t  Depuis  le  soir  jusqu'à  la  moitié  de  la  malien  vrille, 
il  n'y  a  dans  le  milieu  du  ciel  aucun  changement1.  ■  Tout 
a  coup,  le  principe  supérieur  commence  à  se  mouvoir;  mais 
les  dix  mille  êtres  ne  sont  pas  nés  :  c'est  a  ce  moment  ajM  I* 
ciel  a  son  origine3.  Durant  cinq  mille  quatre  cents  ans,  qui 
correspondent  à  la  première  moitié  de  la  première  veille,  le 
principe  subtil  et  pur  s'élance  en  haut;  le  soleil,  la  lune,  les 
planètes,  les  astres  sont  :  c'est  là  ce  qu'on  appelle  les  Quatre 

1  II  a  écrit  sur  l'origine  des  choses  un  livre  qui  a  pour  base  la 
théorie  des  nombres  à  l'eiclnsion  d'un  dieu  créateur.  (Voir  Morris 
son,  au  mot  Kong.) 

*   Lcteitcdit:   ^r    yf\  «le  cœor  du  ciel.  «On  pourrait  traduire 

ces  mots  par  la pensée  divine  ;  mais  comme  on  prétend  que  Kang-tsie  est 
un  matérialiste ,  j'ai  suivi,  dans  l'interprétation  de  ce  passage,  l'ex- 
plication donnée  par  le  dictionnaire  de  Rhang-hy  :  •  la  lune  arrive  m 
raur du  ciel,  ■  c'est-à  dire  •  au  milieu  du  firmament.  >  (  Voir  KLhang- 

hy,  au  mot  yj^ 

1  C'est-à-dire  tc'est  de  cr  lomaart  que  le  firmament  *e  sépare  de 
la  terre.t 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN  TSUEN.  369 

Images.  Aussi  dit-on  :  «Le  ciel  (ce  qui  est  au  firmament)  a 
eu  son  commencement  à  la  première  des  douze  veilles.  » 

A  cet  intervalle  succèdent  encore  cinq  mille  quatre  cents 
ans  de  celle  même  période ,  qui  s'achèvent  et  conduisent  à 
la  seconde  veille.  Peu  à  peu  il  y  a  des  corps  solides.  Le 
Y-kîng  dit  :  «  Quelle  grandeur  !  le  ciel  commence.  Quelïe 
merveille  !  la  terre  commence.  Les  dix  mille  êtres  naissent 
à  leur  tour,  se  conformant  aux  ordres  du  ciel.»  A  ce  mo- 
ment, la  terre  commence  à  former  un  noyau  solide.  Encore 
cinq  mille  quatre  cents  ans,  qui  correspondent  à  la  première 
moitié  de  la  seconde  veille,  le  principe  plus  pesant  pénètre 
la  masse  compacte  de  la  terre.  L'eau,  le  feu,  les  montagnes, 
les  pierres ,  la  terre  (prise  comme  élément) ,  sont  à  leur  tour: 
c'est  là  ce  qu'on  nomme  les  Cinq  Substances  matérielles .V oilà 
pourquoi  l'on  dit  :  «  La  terre  a  commencé  à  la  seconde  pé- 
riode. » 

En  continuant  les  cinq  mille  quatre  cents  années  qui  ter- 
minent celte  période,  on  arrive  au  commencement  de  la  sui- 
vante (la  troisième)  ;  alors  paraissent  et  naissent  les  dix  mille 
êtres.  Il  est  dit  dans  le  livre  appelé  Ly  l  :  «  Le  principe  cé- 
leste s'abaisse ,  le  principe  terrestre  s'élève  ;  le  ciel  et  la  terre 
entrent  en  jonction  ;  la  foule  des  êtres  est  créée.  »  A  ce  mo- 
ment, le  principe  plus  pur,  qui  vient  du  ciel,  et  le  principe 
plus  grossier,  qui  émane  de  la  terre,  sont  unis.  Que  l'on 
ajoute  encore  cinq  mille  quatre  cents  ans ,  et  la  troisième 
période  sera  complète;  elle  a  produit  l'homme,  elle  a  pro- 
duit les  animaux  terrestres  ,  elle  a  produit  ceux  qui  se  meu- 
vent dans  les  eaux.  Le  ciel,  la  terre  et  l'homme  :  c'est  là  ce 
qu'on  appelle  les  Trois  puissances  fermement  établies.  Voilà 
pourquoi  l'on  dit  :  «  L'homme  est  né  dans  la  troisième  pé- 
riode. »  Sous  l'influence  de  Pan-kou ,  qui  a  manifesté  son 

1  Ou  plutôt  -j£    fkfc  Youcn-h.  C'est  le  nom  d'une  des  divisions 

d'un  livre  écrit  sur  bambou  du  temps  des  Tsin ,  par  Tchao-kao,  (  Voir 
Khang-by,  aux  mots  Youen  et  Tchao.) 


370  AVRIL-MAI   1857. 

existence ,  les  1 1 ui>  Respectables  '  commencent  la  série  de* 
générations;  les  cinq  empereurs  fixent  et  organisent  tout  ce 
qui  est  compris  entre  les  limites  de  la  terre,  laquelle  est 
successivement  divisée  entre  quatre  grandes  îles,  à  savoir  : 

A  l'est,  Tong-chiug-chin-tchéou  ; 

A  l'ouest,  Sy-niéou-ho-tchéou  ; 

Au  sud,  Nan-tchen-pou-tchéou  ; 

Au  nord,  Péi-ku-lou-tchéou  \ 

Dans  le  présent  ouvrage,  on  s'occupe  spécialement  de  la 
première  de  ces  quatre  divisions. 

Au  delà  de  l'Océan ,  il  y  a  un  pays  nommé  le  royaume  de 
Ngmo-lmy,  situé  sur  le  bord  de  la  mer.  Au  milieu  de  celte 
mer  se  trouve  une  montagne  célèbre  appelée  Hoa-ko-chan , 
«  mont  des  Fleurs  et  des  Fruits ,  •  qui  est  comme  la  grande 
artère  des  dix  îles  (secondaires),  et  le  Itou  il '< À  riaUtQl  les 
dragons  qui  prêtèrent  leur  concours  à  Fou-hi  et  à  ses  deux 
successeurs.  Sur  celle  montagne,  au  sommet,  il  y  a  ne 
pierre  immortelle  haute  de  trente-six  pieds  cinq  pouces;  elle 
règle  les  trois  cent  soixante-cinq  degré»  du  ciel.  Dans  sa  <  u 
conférence,  qui  est  de  vingt-quatre  pieds,  elle  détermine  les 
vingt-quatre  divisions  de  l'année.  Dans  sa  partie  supérieure, 
elle  renïenii'  nul  cavités  et  huit  tavernes  ,  qui  comprennent 
les  neuf  grandes  montagnes3  et  les  huit  kouas  (les  huit  dia- 

1  C'est-à-dire  Fou-hi  et  ses  deux  successeurs. 

1  Les  noms  de  ces  quatre  iles  sont  figurés  par  des  caractères  pu- 
rement phonétiques  dans  l'introduction  au  Si-yu-ki  (p.  i.xxiii)  ,  pu- 
blié par  M.  Stanislas  Julien,  en  tête  des  Mémoires  de  Hiouen-lhsamj , 
dans  le  présent  texte,  les  deux  premiers  sont  traduits.  Les  voici  tous 
les  quatre  :  A  l'est,  le  Vidika-dvipa ;  en  chinois:  «supérieur,  esprit, 
de»;  traduction  de  Vi-déka  «sans  corps*;  à  l'ouest,  le  Godkanya- 
i/ri/io  «  bœuf ,  don,  présent»;  traduction  de  Go-dkanya  (?)  ;  au  sud, 
le  Djamkom-dtipa;  au  nord,  le  Kourou-dvipa. 

3  Le  mot  que  je  traduis  ainsi  est  'g?  ;  il  a  le  sens  que  je  lui 
donne,  par  opposition  à  pA  ,  qui  veut  dire  «petite  montagne  en- 
tourée d'une  plus  haute.  >  (Voir  le  dict.  chiuois  de  kbang-hy.) 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  371 

grammes).  Depuis  l'origine  des  choses  jusqu'ici ,  elle  a  tou- 
jours réglé,  par  son  influence,  la  perfection  du  ciel,  la  grâce 
de  la  terre,  l'action  fécondante  du  soleil,  la  beauté  de  la 
lune. 

Dans  la  suite,  il  y  eut  une  pensée  de  la  part  de  l'âme  qui 
est  répandue  partout  \  et  dans  cette  pierre  il  exista  un  germe 
qui,  en  un  jour,  déchira  la  montagne  et  se  produisit  sous  la 
forme  d'un  œuf  de  pierre  de  la  grosseur  d'un  ballon  à  jouer2. 
Dès  qu'il  fut  exposé  au  vent,  il  se  changea  en  un  singe  de 
pierre.  Les  cinq  sens  vinrent  lui  prêter  leur  secours;  ses 
quatre  membres  se  complétèrent;  le  singe  s'habitua  à  sauter, 
à  marcher  ;  il  salua  les  quatre  points  cardinaux  ;  ses  regards 
se  portèrent  à  droite  et  à  gauche.  L'éclat  de  ses  yeux,  qui 
était  celui  de  l'or,  troubla  au  haut  des  cieux  le  chef  des  im- 
mortels assis  sur  son  trône  suprême.  Dans  les  palais  de  nuages 
aux  portes  d'or,  dans  le  séjour  merveilleux  du  ciel  où  réside 
l'âme  suprême,  dans  l'assemblée  des  saints,  dans  les  régions 
des  immortels,  on  vit  cet  éclat  extraordinaire  qui  brillait 
comme  l'or.  Ordre  fut  donné  à  la  brise  obéissante  qui  voit  à 
la  distance  de  mille  lys,  d'aller  regarder  aux  portes  du  ciel 
du  côté  du  sud.  Deux  minutes  après,  elle  revint  rendre 
compte  de  sa  mission ,  et  dit  :  «  Cet  éclat  pareil  à  celui  de  l'or 
vient  du  mont  Hoa-ko-chan ,  situé  au  royaume  de  Ngao-lay, 
dans  l'île  Tong-ching-chin-tchéou.  Sur  cette  montagne,  il  y 
a  une  pierre  immortelle  qui  a  produit  un  œuf,  lequel ,  étant 
exposé  au  vent,  s'est  transformé  en  un  singe  de  pierre.  Il  est 
là,  saluant  les  quatre  points  cardinaux;  ses  yeux  lancent  un 

1  «Qui  pénètre,  qui  entre,»  mBÎ*   ÏŒf  .  Cette  expression  semble 

232L   AJir 

correspondre  assez  bien  au  composé  sanskrit  HcWrîTrTr  «  l'âme  qui 
est ,  qui  pénètre  dans  tous  les  êtres.» 

2  En  parlant  du  germe  déposé  dans  les  eaux  par  Brahme,  Manou 
dit:  «  Ce  germe  devint  un  œuf  d'or,»  et  le  commentaire  ajoute:  «H 
était  pareil  à  l'or,  quasi  d'or,  à  cause  du  pur  éclat  qui  le  caractéri- 
sait, et  non  d'or  à  proprement  parler,»  ^mImo  yjl&miKUUltri^  jj 


372  AVRIL-MAI   1857 

éclul  pareil  à  celui  de  l'or,  qui  pénètre  jusqu'à  la  demeure  de 
l'étoile  polaire.  Aujourd'hui ,  qu'il  va  s'accoutumer  à  boire 
et  à  manger,  son  éclat  prodigieux  va  s'obscurcir  dans  un  re- 
pos profond.  • 

Il  y  a  plus  d'une  observation  à  faire  mu  le  texte 
que  nous  venons  de  traduite.  Et  d'abord,  qu'est-ce 
que  Pan-kou,  personnage  mystérieux  qui  apparaît  à 
l'origine  des  choses?  Il  a  débrouillé  le  chaos.  Baffle 
de  Glemona,  dans  son  Dictionnaire  publié  par  de 
Guignes,  le  définit  ainsi  :  Prima*  homo,  vcl  homo 
fabulosus  que  m  Sinte  reram  auctorem  fingunt.  Le  Dic- 
tionnaire de  Khang-hy  dit,  en  effet,  que  Pan-kou  •  pi 
rut  au  commencement,  et  qu'il  gouverne  les  siècles;  » 
il  ajoute  «  qu'il  était  mâle  et  femelle ,  qu'il  est  l'aïeul 
(l'origine)  du  ciel  et  de  la  terre  et  des  dix  mille  ètfi 
Peu  importe  que  les  Chinois  l'aient  représenté  sous 
la  forme  d'une  espèce  de  géant  mal  bâti,  qui  taille 
le  monde  à  grands  coups  de  ciseau,  à  la  façon  d'un 
statuaire  qui  dégrossit  un  bloc  de  marbre.  Ce  Pan- 
kou,  si  on  le  dégage  de  son  enveloppe  un  peu  trop 
grossière,  pour  mieux  étudier  les  attributs  qui  le 
distinguent,  ressemble  assez  «au  Seigneur  existant 
par  lui-même. . . ,  qui  a  rendu  perceptible  ce  monde 

clés  cinq  éléments  et  les  autres  principes M 

Seigneur  qui  parut  et  développa  la  nature ].  »  Le  rôle 
de  Pan-kou  fut  donc  à  peu  près  celui  que  Manon 
signe  à  Svayambhou,  le  Seigneur  existant  par  lui-même. 
Les  Chinois,  pour  expliquer  la  création ,  ont  inventé, 
comme  les  Hindous ,  un  être  type  de  l'homme  mâle 

1  Manon,  iiv.  I,  »t.  6. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU  TCHIN  TSUEN.  373 

et  femelle,  débrouillant  le  chaos  et  mettant  toutes 
choses  en  ordre  dans  l'univers,  au  moment  où  la 
pensée  suprême  a  résolu  de  créer. 

Mais  quelle  était  cette  pensée  suprême ,  cette  puis- 
sance créatrice  qui  avait  préparé  la  matière  sur  la- 
quelle Pan-kou  devait  agir?  Le  Commentaire1  de 
notre  texte  l'explique  ainsi  :  «  Les  livres  canoniques 
ont  dit  :  «  On  ne  peut  nommer  ce  qui  fut  l'origine 
«  du  ciel  et  de  la  terre.  Si  on  l'appelle  la  Mère  des  dix 
«mille  êtres,  alors  on  désigne  deux  (choses)  qui  se 
«  sont  produites  simultanément  avec  des  noms  diffé- 
«  rents,  mais  qui  n'existaient  pas  alors.  »  Et  le  même 
Commentaire  ajoute  :  «L'esprit,  le  souffle  du  ciel 
pur2  (avant  toute  création)  n'était  pas  perceptible; 
mais  si  l'on  en  fait  la  mère  du  ciel  et  de  la  terre,  on 
affirme  qu'il  existe.  L'éclat  lumineux  du  ciel  pur 
se  manifesta  dans  le  vide;  c'est  ainsi  qu'il  devint 
la  mère  du  ciel  et  de  la  terre.  Ce  souffle  produisit 
les  deux  grands  principes,  qui  produisirent  les 
quatre  images  (  le  soleil ,  la  lune ,  les  étoiles  et  les 
constellations).  Lès  quatre  images  produisirent  les 
cinq  éléments ,  d'où  sortirent  les  dix  mille  êtres,  qui 
sont  des  transformations  du  souffle  du  ciel  pur.  » 

Ainsi  voilà  une  cause ,  un  principe  incréé  qui 
traverse  l'espace  vide,  et  la  vie  se  communique  tout 
aussitôt  à  tout  ce  qui  existe  au  firmament  et  sur  la 

1  Ou  plutôt  la  glose  explicative,  plus  obscure  que  le  texte,  qui 
accompagne  chaque  chapitre. 

5  Ou,  si  l'on  veut,  de  l'âme  suprême,  immatérielle.  (Voir  le 
tome  II  des  Mémoires  sur  les  Chinois,  p.  157.) 


374  AVRIL-MAI  1857. 

terre.  «Ce  principe  a  créé  tout  ce  qui  se  m»  ut  el  a 
une  forme,  dit  encore  le  Commentaire.  Dans  tout 
ce  qui  se  meut  et  a  une  forme,  c'est  encore  ce  prin- 
cipe primordial  qui  dirige  et  qui  est  présent  :  c'est 
pourquoi  le  ciel  a  produit  d'abord  les  eaux.  Les  eaux 
contenaient  un  germe,  et  les  eaux  qui  contenaient 
un  germe  sont  l'origine  véritable  de  la  naissance  des 
êtres.  Les  eaux  contenaient  un  germe  dé|><»e  par  le 
principe  incréé;  à  la  longue,  ce  qui  s'y  produisit  en 
pr.  inier  lieu,  ce  fut  le  singe  :  voilà  pourquoi  le  singe 
est  le  premier  dans  l'ordre  de  la  création.  Or,  les 
métaux  sortent  de  la  terre;  la  pierre  est  le  noyau 
du  principe  qui  forme  l'essence  de  la  terre  :  voilà 
pourquoi  ce  singe  était  de  pierre....  C'est  l'eau  du 
ciel  qui  produit  les  fleurs  et  les  fruits,  car  elle  vient 
des  nuées;  le  souffle  du  principe  supérieur  (  Yang) 
\<  nant  de  l'est  l'a  formée  au  commencement.  La 
terre.  I.i  matière  dure  et  solide  qui  reçoit  le  son, 
devient  le  métal  au  milieu  des  mers  :  c'est  pour- 
quoi le  mont  des  Heurs  et  des  Fruits  se  trouve  au 

milieu  de  la  mer dans  la  division  du  monde 

nommée  Tong-ching-chin-tchéoa.  Le  singe  de  métal 
n'avait  donc  ni  père  ni  mère  ;  mais  comme  le  métal 
est  le  plus  pur  produit  du  premier  principe  céleste , 
on  peut  dire  que  son  père  a  été  le  ciel ,  et  sa  mère 
la  terre.  ■  Cet  œuf  de  pierre  qui  a  produit  un  singe 
a  transmis  à  cet  être  nouveau  des  qualités  qui  tien- 
nent à  son  origine;  son  œil,  qui  voit  tout  autour  de 
lui,  lance  un  éclat  surnaturel.  Il  participe  de  la  na- 
ture de  l'or;  rien  ne  l'altère  encore:  mais  qu'il  res- 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU -TCHIN-TSUEN.  375 

sente  les  besoins  de  la  vie  mortelle,  et  cet  éclat 
prodigieux  s'effacera  bientôt  :  il  perdra  le  privilège 
de  son  origine. 

Le  singe  représente  donc  l'être  créé  et  intelligent, 
qui  se  montre  tout  à  coup  entre  le  ciel  et  la  terre , 
comme  disent  les  Chinois,  l'homme  non  civilisé, 
mais  non  encore  atteint  par  la  corruption ,  muni  de 
tous  ses  organes.  Ce  singe,  ce  quadrumane  guidé 
par  le  seul  instinct,  c'est  le  plus  accompli  des  ani- 
maux, en  ce  sens  qu'il  est  le  plus  adroit,  le  mieux 
doué,  celui  dont  l'organisation  physique  rappelle  de 
plus  près  celle  de  l'homme.  Cependant  cette  idée 
chinoise  nous  déplaît;  nous  avons  besoin  de  faire 
un  effort  pour  envisager  ce  personnage  sous  un  point 
de  vue  sérieux.  Prenons-le  donc  tel  qu'il  est,  et  tâ- 
chons de  démêler  ce  qui  se  cache  sous  cette  gros- 
sière enveloppe.  Sorti  de  son  œuf  de  pierre,  ce  singe 
ne  sait  ni  d'où  il  vient,  ni  où  il  va.  C'est  un  morceau 
de  métal  subitement  animé,  que  les  puissances  cé- 
lestes regardent  avec  une  surprise  mêlée  de  crainte. 
Le  souverain  des  immortels  répond  à  la  Brise  légère 
envoyée  à  la  découverte  : 

«  Les  êtres  qui  se  trouvent  dans  les  régions  inférieures  sont 
le  produit  de  ce  qu'il  y  a  de  plus  pur  et  de  plus  gracieux  au 
ciel  et  sur  la  terre1.  H  n'y  a  rien  dans  ce  qui  arrive  aujour- 
d'hui qui  doive  nous  surprendre.  » 

Or,  le  singe  qui  habitait  la  montagne  savait  marcher  et 
sauter;  il  mangeait  les  herbes  et  les  fruits,  buvait  l'eau  des 

1  Par  ces  deux  mots  pureté  et  yrâce,  qui  correspondent  aux  deux 
principes,  au  ciet  et  à  la  terre,  les  Chinois  font  allusion  à  l'esprit  et 
à  la  matière. 


376  AVRIL-MAI   1857. 

torrenls;  il  cueillait  les  fleurs  de  la  montagne  et  attrapait 
les  fruits  sur  les  arbres.  Il  allait  en  compagnie  des  singes  de 
plus  petite  espèce  et  des  cigognes;  il  se  mêlait  aux  troapfi 
des  daims  et  des  cerfs.  Le  soir,  il  allait  reposer  parmi  les 
rocs  de  la  montapne ;  le  matin,  il  errait  à  travers  les  ca- 
vernes. Sur  le  mont  Hoa-ko ,  il  n'avait  point  à  se  couvrir 
contre  le  froid  ,  <]ui  riait  tout  à  fait  inconnu.  Durant  toute 
l'année,  l'atmosphère  demeurait  tiède  et  chaude. 

Avec  ses  compagnons  les  autres  singes ,  il  allait  se  prome- 
ner; tous  ensemble,  à  l'ombre  des  pins,  ils  prenaient  leurs 
ébats.  Or,  comme  ils  se  baignaient  dans  l'eau  des  torrents, 
ils  virent  un  ruisseau  coulant  dans  un  ravin  ,  sur  lequel  un<- 
cil  rouille  flottait  avec  rapidité,  entraînée  par  le  courant.  Alors 
tous  les  singes  s'écrièrent  :  •  Qui  sait  d'où  vient  ce  torrent  ? 
Aujourd'hui  même  saisissons  l'occasion  de  l'apprendre,  sui- 
vons le  bord  du  ruisseau,  remontons-en  le  cours  jusqu'à  sa 
source,  allons  à  la  découverte  de  ce  torrent,  voilà  ce  qu'il 
faut  faire.»  Et,  criant  tous  d'une  voix,  les  singes  remon- 
tèrent le  cours  du  ruisseau.  Us  gravirent  la  montagne  jus- 
qu'à  la  source  qu'ils  cherchaient;  mais  c'était  un  fdet  dV.ni 
rapide  formant  une  nappe  qui  tombait  en  cascade. 

Tous  les  singes  battent  des  mains  et  s'écrient  :  «  La  belle 
eau!  la  belle  eau!  Ah!  ce  serait  une  grande  affaire  que  de 
pouvoir  pénétrer  plus  avant,  et  de  trouver  la  source  môme, 
puis  de  revenir  sain  et  sauf:  celui  qui  ferait  une  telle  chose, 
nous  le  saluerions  du  titre  de  roi.  ■  Et  ils  poussèrent  suc- 
cessivement trois  grands  cris. 

Tout  à  coup,  au  milieu  de  ce  tumulte,  le  singe  de  pierre 
s'avance  et  dit  à  haute  voix  :  «J'irai,  j'irai!  Oh!  vous  tous, 
singes,  regardez!  »  Il  ferme  les  yeux,  courbe  son  corps  pour 
prendre  son  élan  et  se  précipite  au  milieu  de  la  nappe  d'eau  ; 
puis  il  ouvre  ses  paupières,  relève  la  tète  et  regarde.  Dans 
ce  lieu,  il  n'y  a  plus  d'eau,  plus  de  vagues,  mais  un  pont 
poli  et  brillant,  revêtu  de  dalles  en  fer.  Sous  ce  pont,  l'eau 
filtre  à  travers  une  étroite  ouverture  du  rocher,  puis  retombe 
et  s'échappe  en  courant,  voilant  l'entrée  du  pont.  Devant  ce 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN-TSUEN.  377 

pont,  se  trouvait  quelque  chose  de  pareil  à  une  habitation 
d'homme,  qui  semblait  fort  agréable.  Après  avoir  regardé 
longtemps ,  le  singe  de  pierre  saute  en  avant  et  traverse  ce 
pont;  cherchant  des  yeux  à  droite  et  à  gauche,  il  aperçoit, 
dans  cette  habitation,  une  table  de  pierre;  sur  cette  table 
sont  gravés  ces  mots  •. 

«Dans  le  pays  fortuné  de  la  montagne  des  Fleurs  et  des 
Fruits,  ces  eaux  voilent  les  profondeurs  mystérieuses  du 
ciel l.  » 

Transporté  d'une  joie  qu'il  ne  peut  contenir,  le  singe  de 
pierre  ferme  de  nouveau  les  yeux ,  prend  son  élan ,  et  s'é- 
lance en  bas  du  torrent;  il  pousse  des  cris  de  triomphe  : 
«Grand  bonheur!  grand  bonheur!»  Tous  les  singes  l'en- 
tourent et  l'interrogent  :  «  Qu'y  a-t-il  là-dedans  ?  L'eau  est- 
elle  bien  profonde?»  Et  il  répond  :  «Il  n'y  a  plus  d'eau,  il 
n'y  a  plus  d'eau,  mais  un  pont  en  fer,  et,  à  côté  de  ce  pont, 
une  habitation  que  le  ciel  et  la  terre  ont  bâtie.  —  Mais , 
demandèrent  les  singes ,  avez-vous  pu  voir  à  quoi  sert  cette 
demeure  ?  »  Le  singe  de  pierre  répondit  :  «  Le  ruisseau  passe 
sous  le  pont  et  fritre  à  travers  les  rocs,  puis  redescend  en 
cascade  et  voile  l'entrée  du  pont  ;  mais ,  à  côté  du  pont ,  il  y 
a  des  fleurs  et  des  arbres ,  et  aussi  une  maison  de  pierre 
dans  laquelle  se  trouvent  une  marmite  de  pierre ,  un  vase 
de  pierre  en  forme  de  dragon,  un  bassin  de  pierre,  un  vase 
de  pierre,  un  lit  de  pierre,  un  foyer  de  pierre.  Au  milieu, 
sur  une  table  de  pierre,  on  lit  ces  mots  qui  y  sont  gravés  : 
«  Dans  le  pays  fortuné  de  la  montagne  des  Fleurs  et  des 
«Fruits,  ces  eaux  voilent  les  profondeurs  mystérieuses  du 
«  ciel.  »  C'est  là  un  lieu  où  il  nous  convient  de  vivre  en  repos  ; 
allons  donc  tous  nous  y  établir,  et  là,  à  force  d'application, 
nous  pourrons  avoir  part  aux  principes  surnaturels  du  ciel 
vénérable.  » 

mot  Lien  exprime  l'idée  d'un  paravent,  d'un  treillis  de  bambou,  qui 
empêche  le  regard  de  pénétrer  au  delà. 


378  AVRIL-MAI   1857. 

A  ces  paroles,  les  singes,  transportés  de  joie,  s'écrient  tous  . 
«C'est  à  vous  d'aJIer  en  avant  et  de  nous  y  introduire».  Le 
singe  de  pierre,  ayant  fermé  les  yeux,  prit  son  élan  et  sauta 
d'un  bond.  Les  autres  le  suivaient,  et  ils  pénétrèrent  tous 
dans  le  lieu  désiré.  Le  pont  ayant  été  traversé  en  sautant , 
ils  attrapent  les  vases,  saisissent  la  table,  arrachent  le  bas- 
sin, prennent  violemment  la  pierre  du  foyer,  enli  vent  If  lit . 
ils  emportent  ces  objets  et  les  changent  de  place  :  car  ces 
singes  n'étaient  que  de  pauvres  êtres  ignorants  et  grossiers. 
Comme  ils  voulaient  emporter  tout  cela  sans  se  donner  le  temps 
de  respirer,  leurs  forces  s'épuivnnt ,  la  résolution  leur  man- 
qua, et  ils  s'arrêtèrent.  Le  singe  de  pierre,  qui  se  tenait  la 
tranquillement  assis,  leur  dit  en  face  :  «  Vous  voilà  tous  hors 
d'haleine,  ô  êtres  sans  foi  !  et  vous  ne  savez  plus  que  devenu  ' 
Ne  disiez  vous  pas  tout  à  l'heure:  «Ce  serait  un  grand  exploit 

•  d'aller  rhen  li« t  la  source  de  ce  cours  d'eau,  et  d'en  revenir 
«sain  et  sauf;  celui  qui  l'accomplirait,  nous  le  saluerions  du 

•  titre  de  roi  ?  •  Voici  que  moi,  je  suis  allé  à  la  découverte  du 
ciel  vénérable,  tandis  que  vous  restiez  là,  inactifs  et  à  l'abri 
<lr  tout  |><  ni.  Puisque  le  bonheur  de  vos  familles  est  assuré, 
pourquoi  ne  me  proclamez- vous  pas  votre  roi  ?  • 

Les  autres  singes  avaient  entendu  ces  paroles;  joignant  |ei 
mains,  ils  le  saluèrent  avec  respect,  els'écn  p  m  «Longue 
vie  à  notre  grand  roi!  »  A  partir  de  ce  moment,  le  singe  de 
pierre,  élevé  au  rang  suprême,  effaça  de  son  nom  le  mot 
pierre,  et  le  remplaça  par  celui  de  beau;  il  se  nomma  le  Beau 
singe  roi  '  ;  il  y  a  des  vers  qui  en  font  foi  : 

•  Les  trois  principes  supérieurs,  en  combinant  leur  puis- 
sance, ont  produit  tous  les  êtres.  —  La  pierre  immortelle 
renfermait  un  germe  produit  par  l'essence  du  soleil  et  de 
la  lune1.  —  L'n>uf,  ainsi  préparé,  se  changea  en  un  singe 

■  #  ^  JIÊ  %  H  Pi  II  • L'  M>,eil  et  ,a  ,unc 

sont  ici  synonvmes  des  deux  principes  Yang  et  Yn.  Cette  pierre  sur- 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN  TSUEN.  379 

qui  arriva  à  la  perfection  de  la  grande  loi.  —  Il  prit  alors 
un  autre  nom,  exprimant  qu'il  s'était  assimilé  complètement 
la  suprême  sagesse. — Ce  qu'il  y  avait  au  dedans  de  lui  échap- 
pait aux  regards  ;  on  ne  pouvait  donc  le  définir.  —  A  l'exté- 
rieur, le  grand  éclat  qui  se  manifestait  fit  connaître  qu'il 
commençait  à  posséder  les  cinq  sens.  —  Les  générations 
humaines  qui  se  sont  succédé  ont  suivi  sa  trace;  —  elles 
l'ont  appelé  Roi,  elles  l'ont  nommé  Saint  à  travers  le  monde 
entier.  » 

Le  Beau  roi  des  singes  régnait  donc  sur  les  quadrumanes 
de  toutes  les  espèces.  Entouré  de  son  cortège  de  courtisans , 
il  allait,  au  matin ,  se  promener  dans  la  montagne  des  Fleurs 
et  des  Fruits;  le  soir,  il  venait  reposer  dans  la  caverne  Chang- 
lien  (où  l'eau  voile  le  ciel).  Il  n'imitait  point  les  troupes 
d'oiseaux  qui  volent  dans  l'air  ;  il  ne  suivait  point  les  allures 
des  quadrupèdes  qui  courent  sur  la  terre.  Depuis  qu'il  était 
roi ,  il  vivait  heureux  et  se  plaisait  à  se  conformer  aux  vrais 
principes  du  ciel  ;  mais  cela  pouvait-il  durer  des  siècles  ?  Un 
jour  qu'il  prenait  ses  ébats  au  milieu  de  ses  sujets,  des  larmes 
s'échappèrent  de  ses  yeux.  Surpris  et  troublés,  les  singes  s'in- 
clinèrent avec  respect  et  lui  dirent  :  «  Grand  roi ,  d'où  vous 
vient  cette  douleur  ?  » 

«Hélas!  répondit  le  roi ,  même  dans  les  instants  de  joie, 
je  me  sens  pris  d'une  vague  tristesse  sur  l'avenir;  et  voilà  ce 
qui  me  cause  de  la  douleur.  » 

«Quoi!  reprirent  les  singes  en  riant,  nos  jours  se  passent 
sur  cette  montagne  divine ,  sur  celte  terre  fortunée ,  dans  ces 
antiques  cavernes,  dans  cette  île  demeure  des  esprits,  où 

naturelle,  renfermant  en  elle-même  la  pure  essence  du  ciel  et  de  la 
terre,  représente  en  abrégé  tout  le  système  de  la  création  qui  fait 
sortir  l'être  animé  du  limon  de  la  terre  séché  par  le  soleil,  et  durci 
jusqu'à  devenir  un  corps  solide  et  sonore.  Remarquons,  en  passant, 
que  les  tirades  poétiques,  ainsi  jetées  à  travers  les  ouvrages  écrits 
pour  le  peuple,  contiennent,  sous  une  forme  succincte,  comme  le 
thème  des  pensées  que  l'auteur  développe  avec  de  grands  détails 
dans  sa  prose. 

35. 


3*0  \\  KM. -MAI    1857. 

rien  ne  vient  entraver  noire  libre  existence;  nous  agissons 
au  gré  de  nos  dérifi;  DOW  jouissons  d'un  bonheur  ,;uis  iné- 
lange,  et  vous  ressentez  de  l'inquiétude  :  * 

Le  roi  r<  -pondit  :  «  Pour  le  présent,  si  je  ne  suis  pas  soumis 
aux  lois  des  souverains  des  hommes ,  si  je  n'ai  rien  1  i  r.iindre 
de  la  part  des  volatiles  et  des  quadrupèdes,  cependant  je  rail 
condamné,  dans  l'avenir,  à  voir  mon  sang  s'appauvrir  avec 
l'âge.  Il  y  a  dans  les  enfers  un  roi,  un  sage  suprême.  Je  pré- 
vois qu'un  jour,  après  ma  mort,  il  me  faudra  absolumuii  re- 
vivre dans  !«■>  limites  du  monde  (où  je  me  trouve),  et  je  ne 
puis  arriver  à  trouver  place  parmi  les  hommes  qui  se  sont 
élevés  au-dessus  de  l'humanité  '.  > 

A  ces  mots,  tous  les  singes,  cachant  leurs  visages,  le 
supplient,  avec  larmes,  de  mettre  un  terme  à  sa  douleur. 
puis  tout  à  coup,  du  milieu  de  la  foule  des  courtisans,  sort  m 
gambadant  un  singe  de  la  grande  espèce, aux  longs  bras,  qui 
dit  d'un  ton  grave  et  à  haute  voix  :  «  Grand  roi  !  cette  inquié- 
tude de  l'avenir,  c'est  précisément  ce  qu'on  nomme  le  senti 
ment  intime  de  l'Intelligence  qui  commence  à  se  révéler*.  Au- 

iè~&%C~pIï£UâLMkftZ 

ment:  «  Je  vois  que,  un  matin,  mon  corps  ayant  pi  ri,  il  me  faudra 
tout  droit  (sans dévier)  naître  (de  nouveau)  dans  le  siècle  (parmi 
les  habitants  de  cette  terre) ,  et  ne  pas  obtenir,  à  la  longue,  de  m'in- 
troduire  parmi  les  hommes  divins. ■  On  voit  poindre,  dans  cette 
phrase,  la  crainte  de  la  mort  et  des'migrations  futures  de  1  '.mu-  «pu 
tourmentent  les  bouddhistes,  ainsi  que  l'aspiration  à  la  délivrance 
finale,  qui  est  le  mokcha  des  brahmanes,  ou  au  nirvana,  qui  est  l'a- 
néantissement des  sectaires. 

J  5h*  ^=rf  i|rf  jf%\  Ufl  fyè  C'est-à-dire  que  l'homme 
éprouve  le  besoin  de  s'appuyer  sur  une  espérance ,  sur  des  principes 
arrêtés,  dès  qu'il  a  le  sentiment  de  sa  faiblesse  et  de  la  brièveté  de 
la  vie.  Tout  ce  passage  serait  fort  beau,  si  l'on  voyait  sur  la  scène, 
au  lieu  de  singes,  des  hommes  sérieux  livrés  à  la  méditation. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉ0U-TCH1N-TSUEN.  381 

jourd'hui ,  parmi  les  cinq  espèces  d'êtres  qui  se  meuvent  sur 
la  terre  ou  dans  les  eaux  ,  il  y  en  a  trois  seulement,  célèbres 
par  leur  pureté,  qui  ne  sont  point  soumises  aux  lois  du  vieux 
roi  des  enfers  :  ce  sont  Fô  (Bouddha),  les  Immortels  et  les 
Génies.  Ces  trois  espèces  de  saints  personnages  peuvent  se 
soustraire  au  mouvement  de  la  Roue;  ils  évitent  de  naîlre  et 
de  mourir  avec  le  ciel  et  la  terre,  vivant  dans  une  parfaite 
félicité.  » 

«  Où  donc  habitent  ces  trois  classes  de  personnanges ,  de- 
manda le  roi?  »  —  Le  singe  répliqua  :  «  Entre  les  limites  du 
monde  des  ténèbres  flottantes,  au  milieu  de  la  montagne 
immortelle,  aux  cavernes  antiques.»  —  Rempli  de  joie  à 
cette  réponse,  le  roi  répondit:  «Dès  demain,  après  avoir 
pris  congé  de  vous,  je  descendrai  de  la  montagne,  et  voya- 
geant comme  une  vapeur  légère  jusqu'aux  confins  de  l'Océan, 
jusqu'aux  lointaines  frontières  du  ciel,  j'irai ,  pour  acquérir 
ces  deux  choses  qui  ne  sont  qu'une  même  science  :  l'art  de 
vivre  toujours  sans  vieillir,  et  d'échapper  aux  dures  lois  du 
roi  des  enfers  \  »  Et  il  murmura  cette  phrase  en  soupirant, 
la  tête  baissée  :  «  Apprendre  à  franchir  la  roue  qui  entraîne 
tous  les  êtres  et  arriver  à  la  perfection  des  grands  saints  du 
ciel  !  » 

Tous  les  singes  battaient  des  mains  et  félicitaient  leur  roi, 
en  criant  :  <<  Oh  !  que  c'est  bien ,  oh  !  que  c'est  bien  !  »  De- 
main nous  gravirons  le  sommet  de  la  montagne ,  et  nous 
irons  chercher  des  fruits  afin  de  préparer  un  banquet  solen- 
nel pour  faire  nos  adieux  à  notre  grand  roi.  »  Tous  les  singes, 
en  effet,  allèrent,  dès  le  lendemain,  cueillir  la  pêche  divine, 
détacher  des  arbres  les  fruits  rares ,  couper  les  simples  de 
la  montagne,  enlever  la  moelle  des  plantes  potagères,' puis, 
après  avoir  tout  disposé,  tout  préparé ,  ils  dressèrent  la  table 

1  C'est  à  peu  près  ce  que  cherchaient  aussi  les  Tao-ssé,  avec  cette 
différence  que  les  Bouddhistes  demandent  à  l'étude  de  la  vertu  ou 
de  la  Bodhi  ce  que  les  docteurs  célestes  prétendaient  trouver  dans 
des  breuvages  merveilleux. 


382  ANKIL-MAI   1857. 

de  pierre,  le  banc  de  pierre,  et  placèrent  le  vin  uniuoit- 
les  mets  divins.  Le  roi  s'assit  à  la  place  «I  honneur;  la  coupe 
et  les  plats  passèrent  à  la  ronde.  >U  m. un  m  main  :  le  repas 
dura  tout  le  jour. 

Le  lendemain .  le  beau  roi  des  singes  s'en  va ,  dès  l'au- 
rore, couper  des  pins  desséchés;  au  moyen  d'tUM  mrde,  il 
le*  lie  en  forme  de  radeau;  des  tiges  de  bambou  lui  servent 
de  rames,  et  s'étant  embarqué  seul ,  il  se  met  à  pousser  de 

tel  ses  forces.  Le  voilà  lancé  sur  l'immeoeité  des  vagues 
mouvantes.  Il  voyage  droit  devant  lui  sur  les  flots  de  l'Océan, 
et  poussé  par  le  vent  du  ciel ,  il  traverse  la  mer  jusqu'à 
I  île  du  sud  nommée  Djamboudvipu.  Dans  ce  voyage  som- 
mairement indiqué,  il  lui  arriva  d'autres  événements  jus- 
qu'au momentoù  il  tom  lit  une.  Etant  donc  mont- 
radeau,  pendant  plusieurs  jours,  le -vent  du  sud-est,  qui  le 
poussait,  le  conduisit  sur  la  rive  nord-ouest.  C'ét-'t  le  bord 
le  l'ilc  du  sud;  sautant  de  dessus  de  son  radeau,  il  s'élam  • 
à  terre,  et  sur  le  rivage  il  aperçoit  des  hommes  occupés  à 
pécher  du  poisson,  à  tuer  des  oiseaux  sauvages,  à  ouvrii 
hnttaea  et  à  laver  leurs  ustensiles.  Comme  il  s'approch  ut 
d'eux  en  taisant  naiBe  grimace*  al  eu  parlant  d'une  voix  me 
nacante,  il  les  frappa  d'épouvante.  Jetant  là  leurs  paniers  et 
accrochant  leurs  Blets,  ces  hommes  s Ynluiit  ni  «le  tOU|  côtés. 
Sans  se  troubler  de  les  voir  fuir  ainsi,  le  singe  saisit  l'un 
d'eux,  le  dépouille  de  ses  vêtements,  et  apprend  \ 
couvrir  à  la  manière  des  hommes,  et  marchant  avec  <ii 
-inte,  il  pénètre  dans  les  villes  et  habite  dans  leurs  •!< 
meures.  Il  est  bientôt  initie  aux  rites  et  à  la  parole  des 
hommes.  Au  matin,  il  [>i end  sa  nourriture,  le  soir.il  va 
dormir.  A  toute  force  il  veut  apprendre  d'eux  à  connaître 
Bouddha,  les  immortels,  les  génies;  il  les  questionne  sur  la 
doctrine  des  sages  ;  il  veut  apprendre  le  double  secret  de 
vivre  longtemps  et  de  ne  pas  vieillir.  Mais  il  vil  les  boxnmes 
du  siècle  tout  occupés  de  gloire  et  d'intérêt,  H  il  n'y  en  avait 
pas  un  <|ui  s  intéressât  à  la  vie  future  ,  car  : 

■  Les  disputes  pour  la  gloire  et  les  luttes  d'intérêt,  quand 


ETUDE  SUR  LE  SY-YE0U-TCH1N  TSUEN.  383 

cesseront-elles  ?  —  On  se  lève  matin ,  on  se  couche  tard ,  et 
pourquoi  ?  —  Celui  qui  chevauche  sur  un  âne  ou  sur  un 
mulet  convoite  un  beau  et  rapide  cheval.  —  Les  ministres 
qui  vivent  au  palais  attendent  avec  impatience  les  ordres  de 
l'empereur;  —  ils  ne  convoitent  qu'une  chose,  les  riches 
habits  et  les  appointements ,  et  sont  tout  prêts  à  endurer  de 
nouvelles  fatigues.  —  Comment  se  préoccuperaient-ils  du 
sort  que  leur  réserve  le  roi  des  enfers  ?  —  Pour  leurs  fils  et 
leurs  petits-fils,  il  font  des  projets  de  fortune  et  d'avance- 
ment; —  il  n'y  en  a  pas  un  seul  qui  revienne  sincèrement  à 
des  sentiments  meilleurs.  » 

Cette  tirade,  qui  ne  manque  ni  de  grâce  dans 
l'expression,  ni  de  vérité  dans  la  pensée,  ramène  le 
lecteur  aux  réalités  de  la  vie.  L'auteur,  qui  avait 
pris  pour  point  de  départ  l'origine  des  choses  ,  qui 
commençait  par  l'œuf  de  pierre,  ab  ovo,  nous  con- 
duit en  quelques  pages  au  milieu  de  la  société  hu- 
maine toute  constituée,  dans  le  palais  des  empe- 
reurs, où  les  cœurs  sont  agités  par  l'ambition  et  le 
désir  des  richesses.  De  la  cosmogonie  savamment 
expliquée  ,  on  passe  sans  transition  au  conte  moral. 
L'esprit  pratique  des  Chinois  se  manifeste  ici  dans 
toute  sa  naïveté  et  aussi  dans  son  originalité.  Ce  ro- 
man, on  le  reconnaît  sans  peine,  a  été  écrit  pour 
le  peuple,  et  non  pour  des  savants;  il  s'adresse  à  un 
public  nombreux  de  lecteurs  qui  aime  à  entendre 
parler  des  choses  de  ce  monde  et  applaudit  au  blâme 
que  déverse  l'écrivain  sur  les  courtisans  avides  d'hon- 
neurs et  d'emplois.  Comme  contraste  à  cette  pein- 
ture des  intérêts  matériels  à  la  poursuite  desquels 
les  hommes  se  laissent  entraîner ,  nous  verrons  tout 


384  AVRIL-MAI    1857. 

à  l'heure  une  idylle  charmante  chani<  »  par  un  lui 
cheron  au  milieu  de  la  forêt.  Le  singe  n'a  trouvé 
personne  qui  lui  enseignât  à  connaître  Bouddha. 
Après  huit  ou  neuf  ans  de  séjour  dans  l'île  du  Sud  . 
il  fait  route  sur  son  radeau  vers  l'occident,  et  aborde 
dans  l'île  Sy-nieou-hy-tchéou.  11  aperçoit  une  mon- 
tagne couverte  d'une  végétation  luxuriante,  une 
épaisse  forêt  pleine  d'ombre  et  de  mystère.  Suis 
craindre  la  rencontre  des  bêtes  féroces ,  il  marche 
en  avant  et  gravit  la  montagne.  Au  milieu  des  bois, 
une  voix  humaine  frappe  son  oreille,  et  voici  ce 
qu'elle  chantait  : 

«  Voyez,  la  hache  solide  frappe  vigoureusement  le  Ironc  de 
l'arbre  à  coups  redoublés.  —  La  broutad  s'amasse  à  IVninr 
«lu  vallon,  et  voici  qu'à  pas  lents  on  va  vendre  mon  bois.  — 
On  achète  le  vin  qui  pousse  à  la  gaieté  ;  l'émotion  d'une  douce 
joie  se  répand  partout,  en  avançant  vers  l'automne  elle  s'ac- 
crotl  encore.  —  A  la  clarté  de  la  lune  on  appuie  sa  tête  sur 
le  tronc  d'un  pin.  Tout  à  coup,  le  oiel  s'illumine  et  dévoile 
la  forêt  luxuriante.  —  Gravissant  la  montagne,  on  lra\ 
les  cimes,  on  a  saisi  la  hache  pour  couper  les  lianes  sécbées 
par  l'été.  —  On  recueille  la  charge  qui  est  complète,  et  on 
la  porte  au  marché  en  chantant.  —  On  l'échange  contp 
trois  mesures  de  riz,  sans  se  disputer  avec  personne.  — 
Toujours  le  prix  est  équitable,  on  ne  connaît  chez  nous  ni 
les  fraudes  ni  les  calculs  trompeurs.  —  Sans  gloire,  mais 
sans  honte  aussi ,  tranquilles  et  contents  de  peu ,  nous  pas- 
sons doucement  notre  vie.  —  Nous  avons  trouvé  dans  la  re- 
traite, sinon  les  immortels,  du  moins  les  paisibles  docteurs 
de  la  loi  qui  méditent  et  discutent  sur  les  galeries  impé- 
riales1. » 


Littéralement  .  les  galeries  jaunes ,  ~0\    JÇ£  ,  ou  mieux  le  pu 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  385 

Le  beau  roi  des  singes  ayant  entendu  ces  paroles ,  sentit 
son  cœur  inondé  de  joie,  et  dit:  «Assurément,  il  y  a  des  gé- 
nies et  des  immortels  cachés  ici.  »  —  S' avançant  d'un  pas 
rapide ,  il  pénètre  dans  le  bois ,  et  tandis  qu'il  regarde,  voici 
que.se  présente  à  ses  yeux  un  bûcheron  qui  levait  sa  hache 
pour  couper  du  bois.  Il  s'approche  de  lui  :  «  Vénérable  im- 
mortel, lui  dit-il,  votre  jeune  frère  a  trouvé  ce  qu'il  cher- 
chait. »  —  Le  bûcheron ,  surpris  et  troublé ,  laisse  tomber  sa 
hache;  il  se  retourne  et  répond  en  le  saluant  avec  politesse: 
«Vous  êtes  dans  l'erreur,  vous  êtes  dans  l'erreur.  Je  ne  suis 
qu'un  pauvre  homme  qui  ai  bien  de  la  peine  à  gagner  ma 
vie.  Comment  oserais-je  prendre  pour  moi  le  nom  de  génie, 
d'immortel?  —  Si  vous  n'êtes  ni  un  génie,  ni  un  immortel, 
comment  avez-vous  prononcé  des  paroles  dignes  de  ces  êtres 
surnaturels  ?  —  Et  quelles  paroles  dignes  d'un  génie  ou 
d'un  immortel  ai-je  donc  prononcées ,  demanda  le  bûche- 
ron? —  Mais  je  viens  de  vous  entendre  dire  ceci:  Nous 
avons  trouvé  dans  la  retraite,  sinon  les  immortels,  du  moins 
les  paisibles  docteurs  qui  méditent  et  discutent  sur  le  palais 
impérial;  le  palais  impérial,  ce  sont  les  paroles  véritables  de 
la  vertu  parfaite.  Si  vous  n'êtes  pas  un  immortel,  qu'êtes- 
vous  donc?» 

«  Ecoulez,  reprit  en  souriant  le  bûcheron,  je  vais  vous  parler 
franchement.  Ces  chants  que  l'on  nomme  un  Moan-ting-fang  \ 
c'est  un  immortel  qui  me  les  a  appris.  Cet  immortel  et  moi 
nous  sommes  voisins;  il  m'a  enseigné  ces  paroles,  et  quand 
par  hasard  la  tristesse  s'empare  de  moi,  je  les  répète:  alors 
mon  cœur  se  dilate ,  mes  angoisses  se  dissipent.  Comme  je 
me  trouvais  tout  à  l'heure  dans  une  situation  difficile,  je  me 
suis  mis  à  les  chanter  sans  me  douter  que  vous  m'écoutiez. 

lais  impérial.  D'après  ce  qui  suit,  cette  expression  désigne  la  haute 
intelligence,  la  Bodhi? 

1   Littéralement  :  parfum  qui  remplit  la  salle   7gsf    ]$£     "iif  ■ 

Peut-être  est-ce  le  nom  d'un  recueil  de  chants,  ou  simplement  les 
premiers  mots  d'un  de  ces  chants? 


m  AVRIL-MAI    1857. 

«Mais,  reprit  le  singe,  puisque  cet  immortel  est  \olre 
voisin ,  pourquoi  ne  pas  aller  vous  instruire  à  son  école  dans 
la  pratique  des  vertus,  et  appr«ndre  le  secret  de  ne  pas 
vieillir? — Ma  vie  est  pleine  de  mi-ere,  i «partit  le  bûche- 
ron; de  bonne  heure  j'ai  perdu  mon  père;  il  me  reste  une 
vieille  mère  affaiblie  par  les  années  et  qui  n'a  que  moi  pour 
la  soutenir.  Quand  j'ai  pu  couper  deux  fagots  de  bois  à  brû- 
ler, je  les  porte  au  marche  et  je  les  échange  contre  quelques 
pièces  de  monnaie  qui  me  servent  a  acheter  du  ri/ 
il  me  faut  subvenir  aux  besoins  de  ma  vieiHe  mère,  je  ne  puis 
me  livrer  à  l'étude  de  la  loi 

Le  beau  roi  des  singes  répondit  :  «  D'après  ce  que  vous 

venez  de  me  dire,  vous  éles  un  sage  qui  pratiquez  la  piété 

filiale,  et  vous  avez  quel. in.  I  *  vertu  d'un  immortel. 

Veuillez  <  i  la  demeure  du  divin  sage  (dont  vous 

m'avez  parlé);  je  serais  charmé  d'aller  lui  rendre  mes  de- 

s.  —  Ça  n'i  -i  f  M  l'in  .  ça  n'est  pas  loin,  dit  le  bûcheron; 

vous  voyez  <  elle  innniagne  que  l'on  nomme   Limj-tay-fang- 

isun-chan  \  d t)  trouve  une  caverne  dit. 

mg-long*,  c'est  là  qu'habite  l'immortel  nommé 

Sm-Yn-UoU'Ssé-fHni  '>  .   le  docteur  prêt  à  atteindre  l'état  dt 

•Ihiuilvu.  Il  a  formé  un  grand  nombre  de  disciples;  mainte 

mu  ou  quarante  personnes  se  livrent  sous  sa 

clion  à  l'étude  de  la  loi.  Vous  n'avez  qu'à  suivre  le  petit 

le  min  que  voici  et  qui  va  vers  le  sud;  après  y  itOW  marche 

la  dislance  de  sept  à  huit  lys,  vous  serez  chez  le  docteur.  » 

Le  roi  des  singes  m  rcr  à  lui  avec  sa  patte  et  à  re- 

tenir le  bûcheron  :  «Vénérable  frère  aîné,  si  vous  veniez 

1    ¥fih    ïp.  ~T*    ~~sy   [  [j  .  Littéralement  :  •  la  montagne  du 

cœar  de  la  tour  des  esprits,  ou  de  la  tour  divine.  »  Paul  Mm  te  Ri- 

■  hiijuin  on   Détuguiri,  la  cinquième  des  dix  montagnes  fabuleuses 

des  Bon. Uli 

"'  7Î*n    J^î    ~~ *    >5=   ïfpl  "  ^*  caverne  ^e  'a  'unc  (lu'  ua'>M; 
à  l'horizon  et  des  trois  étoiles  favorables,  t 


ETUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN  TSUEN.  387 

avec  moi?  Peut-être  vais-je  acquérir  la  connaissance  d'un 
secret  précieux ,  et  je  n'oublierai  certainement  pas  la  faveur 
que  vous  m'avez  faite  de  me  mettre  sur  la  voie.  —  Vrai- 
ment, dit  le  bûcheron,  vous  êtes  un  personnage  incapable 
de  comprendre  les  choses!  Je  viens  de  vous  donner  à  Tins 
tant  l'explication  de  mes  motifs.  Si  je  vous  accompagne,  ce. 
n'est  pas  que  je  compromette  grandement  mes  intérêts,  mais 
ma  vieille  mère,  de  qui  recevra-t-elle  sa  nourriture?  Lais- 
sez-moi donc  couper  mon  bois,  et  vous,  allez,  allez!  » 

Voilà  donc  le  singe  obligé  de  se  mettre  seul  en 
route.  Il  ne  tarda  pas  à  arriver  devant  une  gracieuse 
habitation  dont  les  portes  étaient  fermées,  et  il  lut, 
tracé  sur  un  écriteau  de  pierre,  le  nom  de  la  caverne 
qu'il  cherchait. 

Grande  fut  la  joie  du  beau  roi  des  singes.  Il  resta  long- 
temps à  regarder,  saris  oser  frapper  à  cette  porte;  puis 
il  grimpa  à  l'extrémité  d'un  pin  qu'il  se  mit  à  balancer  en 
poussant  des  cris  inarticulés.  Peu  d'instants  après,  il  entend 
une  exclamation  de  surprise,  les  portes  de  la  caverne 
s'ouvrent  et  il  en  sort  un  jeune  immortel  qui  demande  à 
haute  voix  :  «  Quel  est  donc  celui  qui  se  tourmente  de  la 
sorte?» — Lesinge,  tout  transi,  saute  à  bas  de  son  arbre,  et 
s'inclinant  avec  respect  :  «C'est  moi,  votre  frère  cadet,  ré- 
pondit-il, qui  suis  venu  ici  pour  étudier  la  doctrine  de  la 
Boc//u;  mais  je  n'osais  entrer  et  je  restais  dehors  à  me  tourmen- 
ter.—  Vous  voulez  donc  étudier  la  doctrine,  demanda  le 
jeune  immortel? —  Oui.  — Eh  bien!  le  maître  de  notre 
secte  habite  précisément  ici;  il  est  monté  sur  son  siège  et 
explique  sa  loi.  Il  n'en  était  encore  qu'à  développer  l'origine 
des  choses,  quand  il  m'a  envoyé  ouvrir  les  portes,  en  di- 
sant :  «Il  y  a  dehors  quelqu'un  qui  est  venu  pour  étudier  la 
«  pratique  des  vertus ,  il  faut  l'aller  chercher,  »  C'est  bien  vous , 


388  AVRIL-MAI  1857. 

n'est-ce  pas  ?  —  C'est  bien  moi ,  oui ,  c'est  bien  moi  !  —  En 
ce  cas,  répliqua  le  jeune  immortel,  suivez-moi,  et  entrons.  ■ 

Le  singe,  suivant  son  jeune  guide,  pénètre  res- 
pectueusement dans  la  caverne.  Partout  il  aperçoit 
des  cours  spacieuses,  des  galeries  resplendissantes. 
Une  tranquillité  extraordinaire,  un  silence  profond 
régnent  «lins  cette  demeure.  Arrivé  au  pied  d'une 
tour  faite  de  pierres  précieuses ,  le  singe  regarde  et 
voit,  assis  au  sommet,  lerespei stable  Bodhisattva  *, 
qu'entourent  trente  jeunes  immortels 

«Doué  d'une  intelligence  supérieure,  l'immortel,  pur 
comme  l'or,  a  une  majesté  que  ne  ternissent  pas  les  souil- 
lures du  siècle;  —  c'est  l'excellent  llodhiuilhn  ;  il  pféfMfl  •' 
la  région  de  l'ouest;  il  n'est  point  soumis  à  la  bécetriié  de 
vivre  et  de  mourir,  (il  est  affranchi  )  trois  fois  des  troll  voies 
de  l'existence.  —  Dans  tout  son  être,  dans  tout  son  esprit 
abonde  la  bienveillance  pour  tout  ce  qui  existe.  —  Dans  la 
solitude  et  le  silence,  3  6*1  irrité  de  lui-même  à  se  modi- 
fier jusqu'à  la  perfection  «  —  cl  c'est  en  se  rectifiant  confor- 
iu< •nient  a  la  n  iture  primordiale  qu'il  est  parvenu  ù  ce  point. 
—  Destiné  à  vivre  autant  que  le  ciel,  11  conserve  la  gravité 
(  de  l'âge  mûr),  et  la  douce  gaieté  file  la  jeunesse  I  '•  siècle 
en  siècle,  il  a  éclairé  son  cœur,  le  docteur  de  ,1a  grande 
loi*.. 

'  îc=r"  til  Poa'ly> «kréviation  dc  -jS-  tJï.  jfji  îS?  Pou' 
ty-ta-to. 

1  Voici  le  texte  de  ces  vers  : 

k  %  £  iïH  &  *fe  £.  5^  *  « 
M  W tjl  % êL  A-  %.  EElf.l; 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN-TSUEN.  380 

Dès  qu'il  l'a  aperçu ,  le  singe  se  prosterne  ;  il  frappe  la 
lerre  de  son  front  bien  des  fois  et  profère  ces  paroles  :  «  Oh 
maître!  oh  maître!  votre  jeune  frère  désirait  ardemment 
vous  offrir  ses  respectueux  hommages!  — De  quel  pays  êtes- 
vous-,  demanda  le  Pou-sa?  Faites-moi  connaître  vos  précieux 
noms.  »  Saluant  de  nouveau ,  le  singe  répondit  en  indiquant 
le  nom  de  la  montagne  d'où  il  venait,  et  le  pays  de  Ngao-lay, 
situé  dans  l'île  orientale.  «Je  suis  un  habitant  delà  caverne 
où  les  eaux  voilent  le  ciel,  ajouta-t-il.  »  —  A  ces  mots,  le 
saint  docteur  le  repoussa  d'un  ton  colère  :  «  Ce  n'est,  au  fond, 
qu'un  misérable  qui  répand  des  mensonges  et  débite  des 
non-sens;  et  il  voudrait  apprendre  à  pratiquer  la  vertu!  »  — 
Le  singe,  tout  troublé,  recommence  à  frapper  la  terre  de  son 
front  nombre  de  fois  :  «  Les  paroles  de  votre  frère  cadet  sont 
la  vérité  même  et  non  de  vains  mensonges.  —  Quoi,  reprit 
le  saint  docteur ,  vous  prétendez  dire  la  vérité?  Mais  l'île 
orientale  d'où  vous  dites  être  venu,  deux  grands  océans  la 
séparent  de  nous,  et  tout  l'intervalle  de  l'île  du  midi;  com- 
ment donc  êtes-vous  arrivé  jusqu'ici?  » —  A  genoux  et  la  tête 
inclinée ,  le  singe  répliqua  :  «  Votre  frère  cadet  a  navigué  sur 
les  flots;  poussé  par  le  vent,  il  a  traversé  les  mers,  abordé 
les  rivages  et  voyagé  durant  dix  années  ;  à  force  de  recherches, 
il  vient  enfin  d'arriver  près  de  vous!  —  C'est  là  un  long 

voyage Et  quels  sont  vos  noms  ?  —  Je  n'appartiens  pas 

à  la  nature  humaine-.  Si  l'on  m'injurie,  je  ne  me  mets  pas  en 


m  Mm  m.  m.  m  m  ù  a  &  u. 

Le  mot  V~T*  est  ici  synonyme  du  sanscrit  rrfàr:  «  voie.  »  La  répé- 
tition du  mot  — -  me  semble  indiquer  non  pas  ia  multiplication 
selon  la  règle  ordinaire  de  la  grammaire  chinoise,  mais  l'idée  de 
distribution ,  et  signifier  :  Les  trois  voies  des  trois  espèces  d'êtres. 


390  AVRIL-MAI  1857. 

colère;  si  l'on  me  frappe,  je  ne  mords  point;  j'obéis  aux  riles 
et  voila  tout.  Dans  toute  ma  vie  je  n'ai  pas  eu  de  MlttllMHl 
naturels  (de  caractère  propre).  —  Il  ne  s'agit  pas  de  savoir 
si  vous  avez  des  penchants  naturels.  Quels  sont  vos  parent* 
d'où  tirex-vous  votre  origine,  quels  sont  vos  noms?  —  M<>i , 
je  n'ai  ni  père  ni  mère!  —  Comment  donc,  reprit  l'immor- 
tel, selon  toute  apparence  vous  êtes  né  de  la  tige  d'un  arbre? 
—  Non  pas;  mais  j'ai  grandi  dans  un  œuf  de  pierre.  Tout 
ce  que  je  sais,  c'est  que  sur  le  mont  Hoa-ko-chan  il  y  a  eu 
une  pierre  immortelle  qui,  après  des  années,  s'entrouvrit, 
et  je  vins  au  monde.  • 

Ces  mots  calmèrent  l'irritation  du  saint  docteur  :  ■  D'après 
ce  que  vous  dites,  reprit  il,  vous  avez  été  forme  par  les 
deux  principes)  du  ciel  et  de  la  terre.  Levez-vous ,  marche/, 
marchez,  que  je  vous  regarde.  »  Le  singe  se  tint  debout,  poil 
avança  en  marchant  à  droite  et  à  gauche.  —  •  Quoique  i 
corps  soit  petit  et  grêle,  reprit  l'immortel  en  souriant,  ce- 
pendant vous  avez  tout  l'air  d'appartenir  à  l'espèce  de  singe 
qui  se  nourrit  de  la  graine  du  pin.  D'après  votre  corps  et 
votre  apparence,  je  vais  vous  donner  un  nom.  Toute  réflexion 

faite,  je  vous  impose  le  nom  de  //ou  fâH  ;  dans  ce  caractère , 
il  y  a  la  clef  des  êtres  vivants;  et  aussi  le  caractère  kou  "jTT  , 
qui  veut  dire  ancien,  arec  le  caractère  youé  J-j  ,  qui  veut 
dire  la  lune,  ou  plutôt  le  principe  femelle  ou  inférieur  yn 
y  K  joints  ensemble;  ce  qui  est  vieux  et  le  principe  femelle 
ne  peuvent  rien  produire.  Pour  nom  de  famille  je  vous  im- 
pose le  caractère  ton  Afin,  qui  vous  sied  parfaitement.  11  ren- 
ferme la  clef  des  animaux ,  puis  le  caractère  tteu  ^Z»  «  fils ,  • 
et  enfin  le  caractère  my  SA  ■  soie  filée,  »  lequel ,  joint  au 
précédent,  signifie  un  jeune  fils • 

Le  singe ,  transporté  de  joie ,  frappait  la  terre  de 
son  front,   en  criant  :  «  Très-bien  !  très-bien  !  ti 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  391 

bien  !  »  Mais  il  voulait  avoir  aussi  un  petit  nom ,  et 
comme  il  le  réclamait  à  grands  cris,  l'immortel  lui 
répondit  : 

«  Au-dessus  de  la  porte  il  y  a  douze  caractères  inscrits;  sé- 
parez-les et  tirez-en  un  petit  nom.  Ces  caractères  sont  : 

«Par  une  intelligence  d'une  vaste  étendue,  on  découvre 
les  principes  cachés  de  la  nature;  si  l'on  est  doué  d'une  ca- 
pacité capable  de  tout  embrasser,  on  arrive  à  les  comprendre 
dans  leur  ensemble. 

«  Ces  douze  caractères  rangés  dans  leur  ordre  vous  con- 
viennent parfaitement.  On  vous  nommera  Sun-ou-konq1  «le 
petit-fils  qui  veut  connaître  la  parfaite  quiétude.  »  N'est-ce 
pas  bien? —  Très-bien!  très-bien!  très-bien!  répliqua  le  roi 
des  singes.  »  A  partir  de  ce  moment  nous  lui  donnerons  ces 
deux  noms. 

«  En  effet ,  né  au  temps  des  ténèbres  épaisses,  à  l'origine 
du  monde,  il  n'avait  pas  de  nom  de  famille,  mais  après 
avoir  brisé  son  enveloppe  grossière  et  rude,  il  chercha  à 
connaître  la  parfaite  quiétude.  » 

Ici  se  termine  le  premier  chapitre  de  ce  long  ou- 
vrage, qui  n'en  renferme  pas  moins  de  cent.  Je 
l'ai  traduit  littéralement ,  presque  en  entier ,  pour 
donner  une  idée  du  style  de  ces  étranges  récits  et 
de  la  manière  dont  ils  sont  exposés.  Le  singe ,  sorti 
d'un  œuf  de  pierre,  a  fini  par  dépasser  les,  limites  de 
l'instinct.  L'âme  s'est  révélée  à  lui  par  le  sentiment 
de  la  mélancolie,  par  la  crainte  de  la  mort.  Il  veut 

1  jp.5  utt  ^j"V  .  Je  prends  ici  le  mot  kona  clans  le  sens  d'abs- 
traction, de  repos  et  de  détachement  absolus. 


NI  AVRIL-MAI    1857. 

s'instruire  flâna  ta  loi  bouddhique,  qui  lui  apprendra 
i  -  citer  la  roue,  à  se  soustraire  aux  nécessités dfl  re- 
naître pour  mourir  encore.  Le  voilà  classe  parmi 
les  êtres  raisonnables,  capables  de  mériter  et  de  m 
sanctifier.  Il  lui  reste  à  s'instruire  dans  la  doctrine, 
et  c'est  ce  qu'il  va  entreprendre.  Dana  an  prochain 
travail,  j'essayerai  de  le  suivre  depuis  les  bancs  d<- 
l'école  où  il  va  s'asseoir  en  disciple  fervent,  jusqu'au 
moment  où  il  se  met  au  service  du  bonze  San-thsang , 
charge*  |>;>r  l'empereur  d'aller  à  Ceylan  chercher  les 
livres  bouddhiques. 


NOTICES  BIOGRAPHIQUES 

I  I    QUELQUES  MÉDECINS, 

TIRRES  D'UN  OUVRAGE   ARABE    O'ASSAFADY. 
TRADUCTION    FRANÇAISE,    ACCOMPAGNES    DE    NOTES, 

PAR  M.  LE  IX  B.  R.  SANGUINETTJ. 


AVERTISSEMENT. 

Le  savant  Salàh  eddîn  Khalil  ibn  Ibcc  Assafady,  ou  ori- 
ginaire de  la  ville  de  Safad ,  en  Syrie,  mort  dans  l'année  764 
<!o  l'hégire  (i363  de  J.  C),  est  l'auteur  d'un  dictionnaire  bio- 
_'r.i[)hique  fort  étendu,  d'une  sorte  de  biographie  universelle. 
Il  çst  intitulé  :  c^lJyJlj  jfjJl,  Alouâfi  bilouafaiât,  t  le  livre 
complet  des  nécrologies,  ou  le  parfait  nécrologe  t,  et  l'on 
en  peut  lire  des  détails  dans  le  Dictionnaire  bibliographique 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.         393 

et  encyclopédique  de  Hâdji  Khalfah  (édition  de  M.  G.  Flue- 
gel,  t.  VI,  p.  Ai 7  à  4i8,  n°  i4,t55)-  La  Bibliothèque  im- 
périale ne  possède  qu'une  petite  partie  de  cet  intéressant 
ouvrage ,  notamment  deux  volumes  dépareillés ,  qui  ensemble 
comprennent  la  lettre  £•  (khâ)  et  les  lettres  suivantes,  jus- 
qu'au commencement  du  ^  [sâd).  Ces  deux  volumes  ont 
appartenu  à  deux  exemplaires  différents;  le  premier,  inscrit 
dans  le  supplément  arabe,  mis  en  ordre  par  M.  Reinaud, 
sous  le  n°  706 ,  formait  le  tome  huitième  d'un  exemplaire , 
jj-oUll  j.y=il .  Il  commence  avec  la  lettre  ~.,  et  se  termine 

avant  la  fin  de  la  lettre  ,♦*  (sin).  Le  second,  porté  également 
dans  le  supplément  arabe  sous  le  n°  706 ,  et  auquel  je  don- 
nerai ici  le  n°  706  bis,  était  le  tome  quinzième  d'un  autre 
exemplaire,  j~£x  (j**^  'V*-  H  commence  au  milieu  de  la 
lettre  .«,  et  finit  avec  les  premières  pages  de  la  lettre  -o  : 
de  sorte  que  plus  de  la  moitié  du  contenu  de  ce  volume  XVe 
se  trouve  aussi  dans  le  volume  précédent. 

J'ai  pensé  que  cet  ouvrage  d'Assafady  méritait  d'être  connu 
des  lecteurs  du  Journal  asiatique,  et  je  me  suis  par  consé- 
quent décidé  à  en  traduire  un  certain  nombre  de  biographies. 
Cette  fois  je  donne  celles  des  médecins,  et  plus  tard  j'espère 
faire  connaître  les  notices  de  quelques  autres  personnages. 
Parmi  les  médecins  dont  il  est  question  dans  le  présent  tra- 
vail, plusieurs  n'étaient  pas  connus  d'Ibn  Aby  Ossaïbi'ah, 
puisqu'ils  ont  vécu  après  l'époque  de  ce  célèbre  historien  des 
médecins.  D'autres  ne  sont  pas  mentionnés  dans  le  manus- 
crit de  l'ouvrage  d'Ibn  Aby  Ossaïbi'ah  que  la  Bibliothèque 
impériale  possède,  je  veux  dire  le  manuscrit  n°  678  du  sup- 
plément arabe.  Pourtant,  il  paraît  certain  qu'Ibn  Aby  Ossaï- 
bi'ah leur  a  consacré  quelques  lignes;  car  ils  se  trouvent 
presque  tous  portés  sur  une  des  listes  des  notices  contenues 
dans  son  ouvrage,  dressée  d'après  d'autres  manuscrits.  On 
sait,  en  effet,  que  Reiske ,  Nicoll,  et  d'après  eux  Wùstenfeld, 
ont  publié  les  noms  des  personnages  dont  on  trouve  la  bio- 
graphie dans  Ibn  Aby  Ossaïbi'ah  ;  mais  ces  listes  diffèrent 
ix.  26 


MM  AVRIL  MAI   1857 

beaucoup  l'uue  de  l'autre,  probablement  p me  quel'aui 
Ibn  Aby  Ossaibi'ah  ,  aura  complété  plus  tard  son  premier  tr  - 
vaii,  et  encore,  par  Mile  de  lacunes  dans  les  manuscrits 
Ainsi  Reiske  donne  une  cinquantaine  de  noms  qui  manquent 
daus  Nicoll,  et  celui-ci,  une  soixantaine  qu'on  ne  rctroim 
pas  dans  la  liste  de  Reiske. 

Toutes  les  biographies  des  médecins  que  j'ai  lues  dans  les 
deux  volumes  d'Assafadv  indiqués  ci-dessus,  et  qui  étaient 
soit  résumées  d'Ibn  Aby  Ossaibi'ah,  ou  bien   analogue*  à 
«  Iles  fournies  par  ce  dernier  auteur;  toutes  ces  biograpli 
là,  je  les  ai  rejetées  du  présent  mémoire,  jugeant  que  eel 
historien  spécial  des  médecins  méritait  en  tout  cas  la  prèle 
rence  sur  les  autres  biographes.  Je  n'ai  fait  d'exception  qu< 
pour  deux  ou  trois  notices,  à  cause  des  différences  dans  l< 
r. .  ils,  et  des  imperfections  de  notre  manuscrit  n"  67.^  d'Ibn 
Aby  Ossaibi'ah. 

La  Bibliothèque  impériale  possède  un  ;uitre  ouvrage  d'As- 
safady,  inscrit  au  supplément  arabe  sous  len"6o,H,  et  intitule 
«.f^fj  ^LJf  ^  ftljUI  <jUl  ci^-.  c'est-à-dire  «Le 
livre  des  mélodies  CM  eetn  qtn  composent  des  discours  rhyth 
iniques,  ou  des  rimeurs \  entre  celui  qui  commence,  qui 
prend,  l'initiative ,  et  celui  qui  répond ,  qui  réplique.  >  C'est 
un  rétame  renfermant  les  lettres  et  les  poésies  que  l'auteur 
a  écrites  et  reçues,  ou  ses  correspondances  en  prose  ri  niée 
et  en  vers  avec  les  personnages  les  plus  marquants,  avec  les 
savants  les  plus  notables  de  son  siècle,  qu'il  a  nommés  sui 
vant  l'ordre  alphabétique*.  Cet  ouvrage  est  cité  par  Iïâdji 

1  Ou  si  l'on  aime  mieux  1  «  Le  livre  des  mélodies  des  colombe» 
qui  roucoulent,  etc.»  M.  G.  Fluegel  a  traduit  :  Modulationes  turtu 
rum  gementium ,  etc. 

•  Tm'i  parlé  ici  de  cet  ouvrage,  car  j'aurai  peut-être  l'occasion 
une  autre  fois  d'y  faire  des  emprunts.  Il  sera  alors  connu  de  mes 
lecteurs,  et  je  n'aurai  plus  à  revenir  sur  ce  sujet.  C'est  ainsi  que  je 
n'ai  rien  dit  dans  le  présent  travail  d'un  ou  deux  personnages  qui  y 
sont  nommés ,  et  dont  j'avais  déjà  dit  quelques  mots  dans  mes  Ex 
traits  d'Ibn  Aby  Ossaibi'ah,  publiés  dans  ce  recueil. 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.         395 

Khalfah  (édition  de  M.  G.  Fiuegel,  t.  I,  p.  4oi,  n°  1  i3i,  et 
manuscrits  de  la  Bibliothèque  impériale)  ;  mais  ce  célèbre 
bibliographe  se  trompe  en  fixant,  dans  cet  endroit,  la  date  de 
la  mort  d'Assafady  à  l'année  7^9  de  l'hégire.  Il  aurait  pu  lire 
dans  ledit  ouvrage  des  correspondances  portant  la  date  de 
l'année  756  de  l'hégire,  et  d'un  temps  postérieur.  Du  reste, 
le  même  Hâdji  Khalfah ,  en  parlant  de  l'ouvrage  d'Assafady 
intitulé  :  o^*y  ^  <j  [y  f ,  et  dont  il  est  question  tout  au  com- 
mencement de  cet  avant-propos,  donne  l'année  764  de  l'hé- 
gire comme  celle  de  la  mort  de  ce  savant  biographe  et  lit- 
térateur. Il  dit  encore  la  même  chose  en  citant  un  troisième 
écrit  d'Assafady,  qui  porte  pour  titre  :  ^U^fj  s^alf  (jUcf 
v*a-JÎ ,  ou  «  les  notables  du  siècle  et  les  auxiliaires  de  la  vic- 
toire. »  (Edition  de  M.  G.  Fiuegel,  t.  I,p.  365,  n°  973.)  Or, 
cette  date  de  l'an  764  de  l'hégire  est  saris  doute  la  véri- 
table. 

Enfin,  je  ne  dois  pas  négliger  de  mentionner  que ,  dans  le 
Dictionnaire  biographique  d'Abou  1  Méhâcin ,  intitulé  :Almen- 
kal  Assâfi, ou  «l'abreuvoir  limpide,  etc.1  »  (ms.  arabe  de  la 
Bibliothèque  impériale,  t. III) ,  il  existe  une  notice  sur  Assa- 
fady.  L'an  696  de  l'hégire  (1297  de  J.C.)  y  est  donné  comme 
la  date  de  sa  naissance,  et  l'an  764  de  la  même  hégire(i363 
de  .1.  C),  comme  celle  de  sa  mort2. 

1  Le  titre  entier  de  Pouvrage  est  :  o^Jtj  (J  aX-^lL  (j  LaJÎ  (IgÀif 
(J Lit,  et  le  nom  complet  de  son  auteur,  Djamâl  eddîn  Aboul 
Méhâcin  Yoûçuf  ibn  Taghri  Berdi,  ou  Tangri  Virdi.  C'est  le  cé- 
lèbre historien  de  l'Egypte,  mort  dans  l'année  874  de  l'hégire 
(  1469  de  J.  C).  (Cf.  Hâdji  Khalfah,  édition  citée,  t.  Vr,  p.  224, 
n°i33o2.) 

*  Voyez  manuscrit  de  la  Bibliothèque  impériale,  ancien  fonds 
arabe,  n°  749 ,  fol.  54  et  suivants. 


26. 


396  AVRIL-MAI   1857. 

1°    ALKHASSÎB  (<-*AAOal). 

C'était  un  chrétien,  un  médecin  de  mérite,  rési- 
dant à  Basrah  ;  il  était  très-habile  dans  son  art  et 
taisait  des  cures  admirables.  Voici  ce  que  dit  Moham- 
med, fils  de  Salàm  AldjoumaliN  '  :  u  Le  poète  de 
Basrah,  Hacam,  fils  de  Mohammed,  fils  de  Kon- 
bour  Almàziny ,  ou  de  la  tribu  de  Màzin  *,  étant 
tombé  malade,  on  lui  amena  le  médecin  Khassih 
pour  qu'il  le  traitât.  Ce  fut  à  cette  occasion  que  Ha- 
cam composa  les  vers  suivants  :  i 

■  (3) 

c.^    |     *    ]nu->    j  ^*X>J        >.«.»■  mi»    *Wl^  y»     »  l 

TRADUCTION. 

J'ai  dit  à  ma  famille,  lorsqu'elle  a  conduit  Khussib  auprès 
de  moi  : 

«Par  Dieu!  Khassib  n'est  pas  le  médecin  qu'il  faut  pour 
ce  que  j'éprouve. 

*  Ma  maladie  ne  peut  être  connue  que  par  celui  dont  In 
situation  est  analogue  à  la  mienne.  > 

1  Le  nom  indique  que  ce  personnage  descendait  des  Bénoû  Djou- 
mah .  brandir  de  la  tribu  de  Koraîch.  Il  a  écrit  une  histoire  des 

poètes,  divisés  par  clastes,  et  intitulée:  ,Ljui)|  ^UJe,  ou  ilrs 

Classes  des  poètes.  ■ 

1  C'était  un  des  poètes  attachés  aux  Abbacides.  Il  est  mort  l'an 
ao8  de  l'hégire  (  8a3  de  J.  C.  ). 

'  Ces  distiques  sont  du  mètre  Jjty 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  397 
Aldjoumahy  raconte  encore  les  faits  ci-dessous  rap- 
portés :  «  Khassîb,  le  médecin,  fit  prendre  une  bois- 
son médicamenteuse  à  Mohammed,  fils  du  calife 
Aboû'l  'Abbâs,  Assaffâb,  et  qui  se  trouvait  alors  à 
Basrah.  Aussitôt  après ,  Mohammed  fut  sérieusement 
malade  dans  cette  ville.  Il  fut  transporté  à  Bagdad, 
où  il  mourut.  C'était  dans  les  commencements  de 
l'année  i5o  de  l'hégire  (février  767  de  J.  C).  L'on 
conçut  des  soupçons  sur  la  conduite  de  Khassîb,  qui 
fut  mis  en  prison  et  y  fut  gardé  jusqu'à  sa  mort.  Lors- 
qu'il devint  malade ,  il  examina  son  urine ,  et  dit  : 
«  Galien  déclare  que  quiconque,  étant  affecté  de  cette 
«  maladie ,  rend  une  pareille  urine ,  ne  peut  vivre.  » 
On  lui  fit  observer  que  Galien  s'est  souvent  trompé; 
à  quoi  Khassîb  répondit  :  «  Je  n'ai  jamais  eu  plus 
«  besoin  qu'à  présent  que  Galien  se  soit  trompé.  »  I! 
mourut  en  effet  de  sa  maladie.  » 

2°  KHALÎFAH,  FILS  DE  YOÙNOS,  OU  JONAS  (tf   A-ùXi* 

Il  était  le  petit-fils  d'Aboul  Kâcim,  fils  de  Khali- 
fah.  C'était  le  savant  Sadîd  eddîn  Aboû'l  Kâcim 
Alansâry  Alkhazradjy  Assa'dy  Al'ibâdy  Alcahhâl, 
ou  l'Oculiste,  plus  connu  sous  le  nom  d'Ibn  Aby 
Ossaïbi'ah.  Ce  personnage  était  le  père  de  l'historien 
célèbre  des  médecins,  de  Mouafhk  eddîn.  Il  est  né 
au  Caire ,  et  a  exercé  d'abord  sa  profession  dans  cette 
ville,  de  même  que  son  frère,  le  médecin  Rachîd 
eddîd.  Sadîd  eddîn  s'est  beaucoup  distingué  dans  la 


v.»>  AVRIL-MAI    1857. 

connaissance  des  maladies  de  l'œil,  et  il  s'est  acquit 
à  ce  sujet  une  grande  réputation.  Il  a  été  occupé 
plus  tard  dans  l'hôpital  appelé  Noûry  (ou  fondé  à 
I  )  unas  par  Noûr  eddin  .  lils  de  Zengui);  il  a  été  em- 
ployé aussi  dans  le  château  de  Damas.  Sadîd  eddin 
mourut  Tannée  64  g  de  l'hégire  (  i  a 5  i  de  J.  ( 

3°  DÀNlÀL,  OU  DANIEL   LE  MEDECIN  (w— aaUI    JUili). 

'Obaîd  Allah ,  fils  &  Djabrîl,  od  Gabriel,  dit' 
•i  Daniel  était  d'une  constitution  faible,  sesmeimSiiw 
étaient  courts  et  difformes.  Mo*ïzz  addaoulah 2  Tayaut 
attaché  à  son  service,  entra  un  jour  auprès  de  ce  mé- 
decin et  lui  dit:  «ô  Daniel!  <st-ce  que  vous  lutrea 
«  médecins  ne  prétendez  pas  que  les  coings  consti- 
upent,  lorsqu'on  les  mange  avant  le  repas,  etquil> 
«  relâchent,  lorsqu'on  les  mange  après  le  repas?  »  Da 
niel  répondit  :  «  Oui ,  certes.  »  Molzz  addaoulah  re- 
prit :  «  Pour  ma  part,  quand  je  les  mange  après  le 
«repas,  ils  me  resserrent.»  Daniel  lit  :  «Cela  n'est 
«  pas  dans  la  nature  de  l'homme.  »  Alors  Molzz  ad- 
daoulah le  frappa  sur  la  poitrine  avec  son  poing,  en 
disant  :  «  Lève-toi.  apprends  les  manières  qu'il  faut 

•  Aboû  Sa'id 'Obaîd  All.ili ,  liUdc  Djabril ,  est  auteur  de  pluM<iii« 
livres  qui  traitent  de  médecine,  et  aussi  d'un  ouvrage  sur  la  bio- 
gr.ijilin  tiea  médecin*.  Il  mourut  l'an  \bo  de  l'hégire  (io5*  <1< 
J.  C).  On  peut  voir  sa  notice  dans  le  chapitre  huitième  d'Ibn  Aby 
Ossaïbi'ah  (ms.  n*  673,  fol.  85  r).  (Cf.  Wûstenfeld,  Geschichte  der 
nrabischen  Aerzte  und  Naturforscker,  p.  18.) 

*  Il  s'agit  ici  d'Ahmed,  fils  de  Boûieh ,  le  puissant  prince  Bouide, 
mort  l'an  356  de  l'hégire  (967  de  J.  C.  ). 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  399 

«  observer  lorsqu'on  sert  les  rois ,  et  reviens  plus 
«  tard.  »  Daniel  sortit  de  chez  Mo'ïzz  addaoulah ,  il 
eracha  le  sang,  de  sorte  qu'il  en  mourut1.  » 

'Obaïd  Allah  ajoute  :  «  C'est  encore  ici  une  erreur 
des  savants  ;  car  l'effet  relâchant  qu'ils  attribuent  aux 
coings ,  pris  après  les  aliments  ,  n'a  lieu  que  chez  les 
hommes  dont  l'estomac  est  débile.  Ce  viscère  ne  pou- 
vant point  dans  ce  cas  repousser  les  matières  qu'il 
renferme,  il  arrive  que  le  coing  le  fortifie  et  l'aide 
à  s'en  débarrasser.  Par  conséquent,  le  ventre  se  re- 
lâche et  s'ouvre.  J'ai  même  connu  une  personne  qui, 
lorsqu'elle  voulait  vomir,  buvait  de  préférence  à  toute 
autre  chose ,  soit  du  sirop ,  soit  de  l'oxymel  de  coings. 
Elle  vomissait  ainsi  toutes  les  fois  que  cela  lui  con- 
venait. » 

â°  DAOUD ,  OU  DAVID,  FILS  DE  DAILEM  (&-i$  (#>  ^i>)- 

C'était  un  des  médecins  les  plus  distingués  de 
Bagdad ,  et  les  plus  renommés  pour  leurs  belles  cures. 
Il  était  employé  chez  le  calife  Almo'tadhid  Billâh , 
et  le  servait.  On'  voyait  en  ce  temps-là  les  rescrits , 
ou  édits  de  Mo'tadhid  sortir  avec  l'écriture  de  Dâoud , 
fds  de  Daïlem,tant  était  élevée  la  place  qu'il  occu- 
pait auprès  de  ce  souverain.  Dâoud  allait  et  venait 
souvent  dans  les  palais  impériaux;  il  recevait  d'AI- 
mo'tadhid  Billâh  de  grands  bienfaits  et  des  grâces 
nombreuses.  Il  mourut  l'an  329  de  l'hégire  (961 
de  J.  C.) 

1  Ceci  se  passait  également  dans  l'année  356  de  l'hégire  (967 
deJ.  C). 


400  AVRIL-MAI    1857. 

Ô°  DÀOLD,  P1LS  D'ALY  (  Jl*  ^   *jl*)« 

Il  était  le  petit-fils  de  Dâoud,  fils  d'Almobàrec; 
c'était  le  savant  illustre,  le  cheikh  Sadîd  eddin  Aboù 
Mansoùr,  lils  ducheïkSadid  eddîn.On  prétend  aussi 
que  son  nom  était  'Abd  Allah.  Dàoud  a  étudié  la  mé- 
decine sous  son  père  et  sous  Aboû  Nasr  'Adnân , 
tils  d'Alain  Zarby  l.  Il  a  suivi  à  Alexandrie  les  leçons 
(1  Aboù  Thàhir  Ismà'il,  fils  d'Aouf;  il  est  devenu  I 
chef  des  médecins  au  Caire ,  dont  il  a  servi  les  rois. 
Dâoud  a  amassé  des  richesses  énormes,  il  a  eu  de 
nombreux  disciples,  et  on  lui  a  généralement  appli- 
qué le  surnom,  ou  titre  honorifique  de  son  père, 
qui  était  Sadîd  eddîn,  ou  «  le  bien  dirigé  en  religion.  » 
Le  sien  propre  était  celui  de  Cheref  eddîn ,  ou  a  la 
noblesse  de  la  religion  »,  Il  a  été  le  médecin  d'Al- 
'àdhid2  et  de  quelques-uns  de  ses  prédécesseurs;  il 
a  possédé  une  haute  dignité  et  une  grande  influence. 
Nafis  eddîn,  fils  de  Zobaïr,  cheikh  des  médecins9, 

•  Le  manuscrit  porte  ^Sj*. ,  'Adlàn ,  et  V  :  ^^ ,  Ain  Zarby, 
sans  l'article.  Ce  personnage,  originaire  d'Anazarbe,  enCilicie, 
comme  son  nom  l'indique,  était  en  même  temps  médecin,  philo- 
sophe, astronome  et  poète.  11  a  écrit  sur  la  médecine,  et  il  mourut 
l'an  548  de  l'hégire  (î  1 53  de  J.  G).  On  le  trouve  mentionné  dans 
le  chapitre  quatorzième  d'Ihn  Aby  Ossaîbi'ab  (ms.  0*673.  fol.  2  19  v). 
(Cf.  Wùstenfeld,  ouvrage  cité,  p.  g5.) 

1  11  est  ici  question  d'Al'àdbid  Li.Jinill.il. ,  dernier  calife  de  la 
race  des  Fàtbimites  en  Egypte ,  mort  dans  l'année  567  de  l'hégire 
(.i7ideJ.C). 

3  On  trouve  quelques  détails  sur  ce  personnage  dans  le  chapitre 
quatorzième  d'ibn  Aby  Ossaibi'ah  (ms.n°  673,  fol.  aaa  v.).  Il  était 
né  l'an  555  ou  556  de  l'hégire  (1160  ou  1161  de  J.C.);  il  était 
médecin  habile,  chirurgien,  et  surtout  oculiste. 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  401 
a  étudié  sous  sa  direction.  Dâoud  a  reçu  de  la  cour, 
en  une  seule  journée ,  la  somme  de  trente  mille  du- 
cats. H  a  pratiqué  la  circoncision  sur  les  deux  fils 
d'Alhâfizh  Lidînillâh1,  et  dans  cette  circonstance,  il 
a  été  gratifié  d'environ  cinquante  mille  ducats,  en 
or.  Salâh  eddîn,  ou  Saladin,  l'honora  beaucoup,  et 
il  eut  toute  confiance  en  lui  pour  ce  qui  concernait 
la  médecine.  Dâoud  mourut  l'année  5gi  de  l'hégire 
(  i  195  de  J.  C). 

6°  DÂODD,  FILS  D'ABOÛ'L  MOUNA  (&M   jl   ^j  Ô3I0). 

Son  surnom  était  Aboû  Soleïmân  ;  il  était  chré- 
tien de  religion ,  et  demeurait  au  Caire  du  temps  des 
califes  Fâthimites.  C'était  un  médecin  qui  jouissait 
d'une  grande  faveur  auprès  de  ces  souverains,  et  il 
était  originaire  de  Jérusalem.  Dâoud  avait  aussi  des 
connaissances  en  astronomie  (ou  plutôt  en  astrolo- 
gie), et  il  possédait  cinq  fils.  Lorsque  le  roi  Mari, 
ou  Amauri  2,  arriva  en  Egypte ,  il  demanda  au  calife 
ce  médecin ,  et  l'emmena  à  Jérusalem ,  ainsi  que  ses 
enfants.  Le  roi  Amauri  eut  un  fils  atteint  de  l'élé- 
phantiasis ,  ou  de  la  lèpre.  Dâoud  composa  pour  lui 
la  thériaque,  appelée  fâroûk ,  qui  en  est  une  excel- 

1  A»[  (^oJ  iisUI  \Ju\  vgl»j.  Le  verbe J&>  dont  la  signifi- 
cation est  de  «purifier,  sanctifier,  etc.»,  a  ici,  sans  doute,  le  sens 
de  «circoncire». 

2  C'est  ici  Amauri  Ier,  qui,  étant  âgé  de  vingt-sept  ans,  succéda 
dans  l'année  1162a  son  frère  Baudouin  III,  roi  de  Jérusalem.  On 
sait  qu'il  était  un  prince  courageux,  mais  cruel  et  avare.  Il  mourut 
l'an  1 173  de  J.  C. 


ioi'  AVRIL  MAI  1857. 

lenli    sspél  8    poil  M  voua  entièrement  au  cnli. 
Dieu,  et  se  lit  moine  chrétien.  11  laisse  son  (ils  aim- 
nommé  Almouhaddhab   Aboù    Sa'îd,   comme  mim 
Miccesseur,  ou  vicaire,  sur  sa  maison  et  sur  ses  autres 
lil>,  les  frères  d* Almouhaddhab. 

Il  arriva  que  le  roi  des  Francs,  ou  des  Latins  lii 
nrisonnii t  le  jurisconsulte  Iça,  qui  ensuite  tomba 
nilade.  Le  roi  le  fit  visiter  par  Mouhaddhab,  qui, 
le  voyant  dans  une  basse-fosse  et  chargé  de  ch  mu  i 
retourna  vers  le  roi,  et  lui  dit  :  «Ce  captif  est  un 
homme  riche,  habitué  à  bien  vivre,  et  quand  même 
je  lui  ferais  boire  l'eau  de  la  vie,  ou  de  la  fontaine 
de  Jouvence1,  tandis  qu'il  se  trouve  dans  l'état  où 
il  est,  cela  ne  lui  servirait  a  rien.  »  Le  roi  répondit  : 
«Que  faire?»  Mouhaddhab  reprit  :  «Laisse-le  sortii 
de  cette  basse-fosse,  brise  ses  chaînes  et  honore  l« 
il  n'a  besoin  d'aucun  autre  traitement.»  —  «Non- 
craignons  qu'il  ne  prenne  la  fuite,  et  sa  rançon  doit 
être  importante.  »  —  «  Confie-le-moi,  et  je  m'en 
déclare  responsable.») —  «Fais  le  donc  quitter  son 
cachot,  et  lorsqu'il  déboursera  sa  rançon,  tu  auras 
pour  ta  part  mille  ducats.  »  Mouhaddhab  se  rendit 
auprès  du  légiste  'Iça  et  le  fit  sortir  de  la  basse-fosse, 
[ça  demeura  dans  la  maison  de  Mouhaddhab,  à  ses 
ordres ,  et  en  quelque  sorte  à  son  service.  Quand  le 
prix  pour  sa  délivrance  fut  parvenu  à  Jérusalem,  le 
roi  fit  donner  à  Mouhaddhab  Aboû  Sa'îd  mille  du 
eats.  et  ce  dernier  fit  eadeiu  de  cette  somme  au  ju 

1  «LJl  »L*  *X>JLm  J)  • 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  403 
risconsulte  'Iça ,  qui  la  prit  et  se  dirigea  vers  le  roi 
Nâcir  1. 

Or,  le  savant  Dâoud  Aboû  Soleïmân  avait  connu , 
au  moyen  de  la  science  astrologique,  que  Saladin 
s'emparerait  de  Jérusalem,  telle  année,  tel  jour,  et 
qu'il  y  entrerait  par  la  porte  dite  de  la  Miséricorde. 
Aboû  Soleïmân  appela  son  fils,  nommé  Alfâris 
Abou  1  Khaïr  ibn  Soleïmân ,  et  lui  dit  :  «  Va  trouver 
Saladin,  annonce-lui  cette  nouvelle,  et  félicite-le  sur 
cela».  Aboul  Khaïr  avait  été  élevé  avec  le  fils  du 
roi ,  celui-là  même  qui  était  affecté  de  l'éléphantia- 
sis  2,  et  il  portait  un  costume  militaire.  Il  se  rendit 
auprès  du  roi  Nâcir,  recevant  partout  les  congratu- 
lations du  public;  c'était  dans  l'année  58o  de  l'hé- 
gire (1 1 84  de  J.  C).  Alfâris  alla  d'abord  trouver  le 
jurisconsulte  'Iça,  qui  se  réjouit  beaucoup  de  son 
arrivée  et  qui  l'accompagna  chez  le  sultan.  Lorsque 
Saladin  fut  informé  de  la  bonne  nouvelle  que  lui 
faisait  annoncer  le  père  d' Alfâris,  il  devint  tout  j  oyeux, 
et  fit  à  celui-ci  un  présent  considérable ,  en  lui  disant  : 
«  Quand  Dieu  permettra  que  s'accomplisse  ce  que  tu 
me  prédis,  mets  ce  drapeau  jaune  et  cette  flèche 
au-dessus  de  ta  maison  ;  toute  la  rue  qui  la  renferme 
sera  épargnée  et  mise  sous  la  protection  de  ta  de- 
meure. » 

1  ^>uJ|  OSLUI,  ou  «le  roi  défenseur».  Te]  est  le  titre  du  fa- 
meux sultan  Saladin. 

2  Ce  fils  d'Amauri  Ier  naquit  l'an  1160,  et  il  devint  à  son  tour 
roi  de  Jérusalem  dans  l'année  1 173,  après  la  mort  de  son  père.  Il 
s'appelait  Baudouiu  IV,  dit  le  Lépreux. 


404  AVRIL-MAI    1857. 

Le  moment  étant  arrivé  ',  tout  ce  que  Dàotui 
Aboû  Soleïmân  avait  pronostiqué  se  vérifia.  Le  le 
giste  'Iça  entra  dans  la  maison  qui  appartenait  à  ce 
savant  médecin ,  il  y  resta ,  afin  de  la  garantir  de 
toute  attaque  et  de  toute  violence,  ainsi  que  la  rue 
entière.  De  tous  les  habitants  de  Jérusalem,  il  ne  se 
sauva  personne ,  soit  de  la  mort,  soit  de  la  captivité . 
soit  du  rachat,  si  ce  n'est  la  famille  du  docteur  ci- 
dessus  mentionné.  Le  sultan  Saladin  donna  aux  fils  de 
Dàoud  Aboû  Soleïmân  le  double  de  ce  qu'ils  rece- 
vaient des  Latins.  Il  écrivit  des  lettres  dans  ses  dif 
férentes  provinces,  continentales  et  maritimes,  pour 
que  les  fils  de  Dàoud  fussent  exemptés  de  tous  les 
droits  et  de  toutes  les  charges  imposés  aux  chrétien  ^ 
en  ellet,  ils  en  furent  dispensés.  Saladin  fit  venir  00 
sa  présence  le  savant  Aboû  Soleïmân ,  il  se  leva  à  son 
approche,  alla  à  sa  rencontre,  et  lui  dit  :  «Tu  es 
un  cheikh  béni,  nous  avons  reçu  ta  prédiction  et 
tout  ce  que  tu  as  annoncé  est  arrivé.  Or,  dis-moi  ce 
que  tu  désires.  »  Aboû  Soleïmân  répondit  :  «  Protège 
mes  enfants.»  En  conséquence,  Saladin  se  chargea 
des  fils  de  ce  médecin,  et  il  en  eut  un  très-grand 
soin.  Plus  tard,  il  les  confia  à  'Adil2,  en  lui  recom 
mandant  de  les  distinguer  et  de  les  honorer. 

7°  DAÏLEM   ABOÛ  DAOUD  (^^  y*\   &•**)■ 

Nous  avons  déjà  fait  mention  de  son  fils9.  Daï 

1  Ce  fut  dans  l'année  583  de  l'hégire  (  1 187  de  i.  C). 

*  C'est  le  frère  de  Saladin.  Son  titre  était  eu  eflet  celui  de  (/LUI 
,  J^ljJî  Almalic  Al'àdil,  c'est-à-dire  «le  roi  juste  et  équitable». 

*  Voir  plus  haut,  4',  p.  399. 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  405 
îem  était  un  des  médecins  renommés  de  Bagdad.  Il 
allait  et  venait  souvent,  ou  avait  ses  entrées  chez 
Hacam  ibn  Mohalled,  ministre  de  Mo'tamid1,  qu'il 
servait.  Le  calife  désira  d'être  saigné ,  et  dit  à  Ha- 
cam ibn  Mohalled  :  «  Ecris  les  noms  de  tous  les 
médecins  qui  sont  attachés  à  notre  personne,  afin 
que  nous  ordonnions  qu'ils  soient  gratifiés  d'une 
somme  d'argent,  chacun  d'eux  suivant  son  mérite.  » 
Le  ministre  en  dressa  la  liste,  en  y  introduisant  le 
nom  de  notre  Daïlem  Aboû  Dâoud.  Mo'tamid  écri- 
vit au-dessous  de  cette  liste  les  dons  qu'il  faisait  à 
chacun  des  personnages  qui  y  étaient  désignés. 

Daïlem  dit  :  «  J'étais  assis  dans  ma  demeure ,  lors- 
qu'un messager  de  la  trésorerie  entra ,  portant  une 
bourse  qui  contenait  mille  ducats.  Il  me  la  remit  et 
s'en  retourna.  Je  ne  savais  pas  à  quelle  occasion  je 
recevais  cette  somme  d'argent.  Par  conséquent,  je 
m'empressai  de  monter  à  cheval  pour  me  rendre 
chez  Ibn  Mohalled ,  que  j'informai  de  ce  fait.  »  Le 
ministre  raconta  à  Daïlem  ce  qui  s'était  passé  entre 
le  sultan  et  lui,  puis  ajouta  :  «Or,  j'ai  introduit  ton 
nom  parmi  les  autres  noms,  et  ta  part  a  été  de  la 
somme  de  mille  ducats.  » 

8°  ARRACHÎD    ABOC  SA'ID  (ùkajum  yj\  Jyç«£jJi). 

C'est  Ibn  AlmouafFak  Ya'koûb  ,  médecin  chrétien 
de  Jérusalem,  un  des  docteurs  les  plus  notables  et 

1  C'est  le  calife  Abbâcide  Alnwtamid  'Ala  Allah,  ou  «celui  qui 
se  confie  à  Dieu».  H  mourut  l'an  279  de  l'hégire  (892  de  J.  C). 


uni  v\  Kll.   \l  U    I8û 

un  des  inocl* •<  in>  >avants  les  plus  célèbres.  11  étudia 
la  grammaire  sous  Taky  eddin  kha/.'al ,  et  la  méde- 
cine sous  le  savant  Rachid  eddîn  'Aly,  fils  de  Khalî- 
fah,  lils  d'Aboù  Ossaïbi'ah ,  qui  était  l'oncle  de  l'his 
torien  des  médecins.  Il  fut  occupé  près  d'Almou- 
haddhab  l,  et  servit  Alcâmil2  au  Caire.  Plus  tard  ,  il 
lut  aussi  attaché  au  fils  de  ce  dernier,  Assàlih  Ayyoùl>\ 
Lorsque  Sàlih  fut  atteint  d'une  plaie  gangrrn» m 
la  cuisse,  tandis  qu'il  se  trouvait  à  Damas,  il  lut 
traité  par  Rarlud  \bou  khalilah.  La  maladie  ayant 
traîné  en  longueur.  Sàlih  fit  venir  Raclud  il>n  Al- 
mouaflak,  auquel  il  se  plaignit  de  son  état,  et  fit 
connaître  ses  souffrances.  Il  existait  entre  ce  méde- 
cin et  Aboù  khalifah  un  sentiment  cl»-  rivalité  el 
d'envie,  de  sorte  qu'lbn  Almouaft'ak  dit  qu'Aboû 
Khalifah  s'était  trompe  dans  le  traitement,  AJorj  le 
sultan  regarda  Aboù  Khalifah  d'un  œil  courrouo 

1  Ceat  probablement  le  personnage  dont  il  a  été  parié  ci-dessus , 
p.  Aoa,  et  qui  a  été  un  médecin  de  beaucoup  de  mérite.  Tbn  Aby  Os 
saîbi'ah  le  mentionne  vers  la  fin  du  chapitre  quatorzième  de  son  M 

vrage  (ms.673.fol.  sji  v,etaa3r#.).  H  l'appelle:  t_>i>_^_*  •£  ■'-  Il 

J>Iiil  «Lo  fj  .  H  ajoute  que  ce  médecin  a  été  attaché  nu  ser- 
vice de  Saladin,  puis  à  celui  d'Almalic  Al'àdil;  qu'il  se  rendit  de 
Damas  en  Egypte,  et  y  resta  jusqu'à  sa  mort,  qui  eut  lieu  dans  l'an- 
née 6i3  de  l'hégire  (>ai6  de  J.  C). 

*  Il  s'agit  de  J^UCJî  cUll ,  ou  •  le  roi  parfait  » ,  mort  l'an  635 
de  l'hégire  (ia38  de  J.  C).  Ce  roi  d'Egypte  était  le  fils  d'Almalic 
Al'àdil  Aboû  Becr. 

'  Son  titre  était  i.L<J!  tilUf,  c'est-à-dire  «le  roi  pieux  et  ver- 
tueux». Il  mourut  l'an  6^7  de  l'hégire  (  1  ?4q  de  J.  C). 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  407 
celui-ci  se  leva  et  sortit.  Dans  celte  même  séance , 
Ibn  Almouaffak  fut  frappé  d'une  attaque  d'hémiplé- 
gie, il  tomba  à  la  renverse  devant  le  souverain,  qui 
ordonna  de  le  transporter  dans  sa  maison.  Il  resta 
malade  pendant  quatre  jours,  puis  il  mourut.  C'était 
dans  l'année  6 k 5  de  l'hégire  (12A7  de  J.  C). 

Rachîd  Aboû  Sa'îd  est  l'auteur  des  deux  ouvrages 
suivants  :   i°  Le  Livre  des  sources  de  la  médecine.  Il 
renferme  des  traitements  choisis,  exposés  d'une  ma 
nière  succincte,  et  c'est  un  des  meilleurs  ouvrages; 
20  Des  Scolies,  ou  Notes  sur  le  contenant \  en  médecine. 

L'on  prétend  aussi  que  Rachîd  Aboû  Sa'îd  mou 
rut  dans  l'année  6àk  de  l'hégire  (  1  2^6  de  J.  G.),  et 
cette  opinion  est  fondée. 

9°  RIDHOUÂN,  FILS  DE  MOHAMMED  (<X^   yJ   (jV*j)- 

Il  était  le  petit-fils  d'Aly,  fils  de  Roustem,  le  Kho 
râçânien;  son  titre  était  Fakhr  eddîn,  ou  «la  gloire 
de  la  religion  »  ;  il  était  aussi  nommé  Ibn  Assaâty,  ou 
«  le  fils  de  l'horloger  ».  Le  lieu  de  sa  naissance,  comme 
celui  de  son  éducation ,  était  Damas.  Son  père ,  Mo- 
hammed ,  était  du  Khorâçân  ;  mais  il  émigra  en  Syrie, 
et  demeura  à  Damas  jusqu'au  moment  de  sa  mort. 
Le  père  de  Fakhr  eddîn  était  sans  pareil  dans  l'art 
de  l'horlogerie  et  dans  les  connaissances  astrologiques. 
C'est  lui  qui  a  fabriqué  les  horloges  qui  se  trouvent 
à  la  porte  de  la  mosquée   cathédrale  des  Bénoû 

1   (_Sy»>  alhâoui,  ou  «ce  qui   comprend,   qui  coudent,  etc.» 
Tel  est  le  titre  d'un  des  ouvrages  de  Rhases. 


lO.s  AVRIL-MAI    1857. 

Omayyah,  à  Damas1.  Il  les  plaça  sous  le  règne  du 
juste  Noûreddin  Mahmoud  *,  duquel  il  reçut  de  nom 
breux  bienfaits,  ainsi  que  des  appointements  régu- 
liers pour  l'entretien  de  ces  horloges.  Quand  Mo- 
hammed mourut,  il  laissa  deux  enfants,  dont  l'un 
était  Béhà  eddin  Aboù'l  Haçan  'Aly,  fds  d'Assà'àty, 
le  poète,  que  nous  mentionnerons,  s'il  plaît  au  Dieu 
Très  Haut,  dans  la  lettre  'Aïn*;  l'autre  était  Fakhr 
eddin  Ridhouân,  dont  nous  traitons  ici. 

Fakhr  eddîn  était  un  médecin  accompli;  il  excel- 
lait dans  la  médecine  et  dans  la  littérature.  Il  étudia 
les  sciences  médicales  sous  Kadhy  eddîn  Arrabby  \ 
à  qui  il  resta  attaché  pendant  un  certain  temps.  It 
était  plein  d'intelligence  et  d'esprit  ;  il  faisait  bien  tout 
ce  qu'il  entreprenait,  et  avait  un  grand  zèle  pour  1 1 
science.  Ridhouân  étudia  aussi  sous  Fakhr  eddîn 
Almâridîny 5,  lorsque  ce  savant  arriva  à  Damas    (  i 

1  Mort  dans  Tannée  S69  de  l'hégire  (  1 1 74  de  J.  C.  ) . 

Initiale  du  nom  propre  'Aly,  indiquée  en  français,  aiiiM  am 
dans  toutes  les  autres  langues  européennes,  par  une  apostrophe,  à 
défaut  du  son  ou  de  l'articulation  correspondant)'. 

4  Ce  médecin  célèbre,  originaire  de  la  ville  de  Rahbali,  ou  Rah 
bat  Mdlic  ibn  Thaouk,  en  Mésopotamie,  et  établi  à  Damas,  mourut 
dans  le  commencement  de  l'année  63 1  de  l'hégire  (octobre  ia33 
de  J.  C).  Il  laissa  trois  fils,  dont  deux  ont  aussi  exercé  la  méde- 
cine. Ibn  Aby  Ossaïbi'ah  parle  de  ce  personnage  dans  le  chapitre 
quinzième  (ms.  n°  673,  fol.  a44  r.  à  a45  r.).  (Cf.  Wûstenfeld,  ou- 
vrage cité,  p.  127  a  138.) 

1  C'était  un  médecin  d'un  grand  mérite;  il  mourut  à  la  lin  de 
l'an  5g4  de  l'hégire  (1 198  de  J.  C).  Ibn  Aby  Ossaïbi'ah  donne  sa 
notice  biographique  dans  le  chapitre  dixième  de  son  ouvrage  (ms. 
n°  673,  fol.  1 54  v.à  i55r.).  (Cf.  Wûstenfeld,  ouvrage  cité,  p.  iofl.) 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  409 
fils  de  l'horloger,  Fakhr  eddîn  ,  était  un  calligraphe 
distingué,  et  il  écrivait  le  mansoâb  l.  Il  était  ins- 
truit dans  la  logique ,  aussi  bien  que  dans  les  belles- 
lettres.  Ridhouân  étudia  celles-ci  à  Damas,  sous 
Tâdj  eddîn  Alkindy2.  Il  servit  Almalic  Alfâïz  3,  fils 
d'Almalic  Al  adil  Aboû  Becr,  et  fut  aussi  son  vizir, 
ou  ministre.  Il  servit  également  Almalic  Almoazz- 
ham 4,  fils  d'Almalic  Al'âdil ,  comme  médecin  et  mi- 
nistre; il  fut  de  plus  son  commensal.  Ce  docte  mé- 
decin savait  jouer  du  luth;  il  aimait  passionnément 
les  doctrines  médicales  et  les  écrits  du  cheïkh  Ibn 
Sîna ,  ou  Avicenne ,  et  il  mourut  à  Damas  de  la  ma- 
ladie appelée  ictère,  ou  jaunisse. 


cjauujdf.  Par  almansoûb,  ou  alkhatth  almansoûb,  mots  dont  le  sens 
littéral  est  «l'écriture  attribuée,  etc.»,  je  pense  que  l'on  doit  en- 
tendre, en  cet  endroit,  les  firmans,  ou  lettres  patentes  du  souve- 
rain. 

2  C'est  le  célèbre  littérateur,  grammairien ,  lecteur  du  Korân ,  ou 
professeur  de  lecture  korânique,  né  à  Bagdad  l'année  5 20  de  l'hé- 
gire (  1 1  2  6  de  J.  C.  ) ,  et  mort  à  Damas  l'an  6 1  3  de  l'hégire  (  i  2 1 7  de 
J.  C).  Notre  auteur,  Assafady,  donne  plus  loin  une  intéressante  no- 
tice sur  ce  personnage,  sous  le  nom  de  Zaïd,  fils  d'Alhacam,  etc. 
L'on  peut,  du  reste,  lire  la  biographie  de  Tâdj  eddîn  Alkindy,  dans 
l'ouvrage  d'Ibn  Khallicân,  édition  de  M.  de  Slane,  p.  279a  281  du 
texte  arabe,  et  t.  I,  p.  546  et  suivantes  de  la  traduction  anglaise. 

3  jjljjf  cilUL  ou  «le  roi  qui  réussit,  le  roi  victorieux».  Son 
nom  propre  était  Ya'koûb,  ou  Jacob.  (Cf.  Aboû'l  Faradj,  Historia 
Dynastiarum,  édition  Pococke,  p.  44o  du  texte  arabe,  et  p.  288  de 
la  traduction  latine;  Ibn  Alathîr,  Chronicon,  texte  arabe,  publié  par 
M.  C.  J.  Tornberg,  t.  XII ,  p.  2 3 1.) 

e  h»  tf  csUUf,  ou  «le  roi  vénéré»;  il  régna  à  Damas,  où  il 
mourut  l'an  024  de  l'hégire  (1227  de  J.  C). 

IX.  37 


410  AVRIL-MAI    1857. 

Ibn  Assà'àty  a  laissé  les  ouvrages  suivants  :  i°  Le 
complément  du  Livre  sur  la  colique,  ou  les  douleurs 
d'entrailles,  du  raïs,  ou  chef1;  a°  les  notes  mar- 
ginales sur  la  kànoùn-;  3°un  choix  de  poésies,  «>(<• 

Voici  deux  de  ses  distiques  : 

'  »  (Si 

TRADUCTION. 

Mes  concitoyens  éprouvent  un  sentiment  d'envie  pour 
moi,  à  cause  de  ma  profession;  car  je  suis  un  lion  parmi 
eux. 

J'ai  veillé  les  nuits,  tandis  qu'ils  se  sont  livrés  au  som 
meil.  Il  n'y  a  pas  en  effet  d'égalité  entre  celui  qui  dort  <t 
lui  qui  étudie. 

I  O*  ASSADIT)  ADD1MIÂTHY,  OD  SAD1D  DE  DAMIETTK 

C'était  un  médecin  israélite,  que  j'ai  vu  beaucoup 
..u  Caire,  et  aux  cures  duquel  j'ai  souvent  assisté.  Il 
était  rempli  de  mérite,  il  avait  des  connaissances  en 
géométrie ,  en  arithmétique ,  en  physique ,  etc.  ;  il  se 
rappelait  bien  les  opinions  et  les  écrits  des  méde- 
cins. La  thérapeutique  de  Sadîd  réussissait  à  mer- 

1  C'est  ainsi  que  l'on  désignait  souvent  Avicenne.  Le  titre  arabe 
de  l'ouvrage  est  :  -j-^oJU  j**-U*^  CjU^J^k^Xj '• 

*  Canon,  ou  règle;  personne  n'ignore  que  c'est  là  le  titre  do 
principal  ouvrage  du  célèbre  Avicenne. 

s  Ces  ver»  sont  du  mètre  ff.y~- 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  411 
veille  ;  il  était  en  cela  très-heureux ,  et  personne  dans 
son  siècle  ne  l'égalait  sous  ce  rapport.  Tl  a  étudie 
sous  le  cheikh  ' Alâ  eddîn ,  fils  d'Annafis  ] ,  il  a  été 
présent  à  ses  discussions  avec  le  juge  Djamâl  eddîn 
ibn  Ouâcil  2,  et  m'a  raconté  des  choses  qu'il  avait 
évidemment  apprises  dans  ces  occasions ,  du  cheikh 
'Alâ  eddîn.  Sadîd  a  été  un  des  médecins  du  sultan 
Almalic  Annâcir  Mohammed  3;  il  était  rare  que  le 
raïs,  ou  chef,  Djamâl  eddîn  Ibrahim,  entrât  dans  les 
palais  de  ce  sultan,  sans  que  Sadîd  fût  avec  lui.  Ce 
médecin,  Sadîd ,  portait  le  cou  incliné;  il  vécut  très- 
vieux  et  mourut,  à  ce  que  je  crois,  dans  l'année  7^3 
de  l'hégire  (1  342  de  J.  C). 

1  1°  SA'ÎD,  FILS  D'ABOU'L    HAÇAN    (  (j** JL   ^1  ^  <Xax**  ). 

Ce  médecin  était  le  petit-fils  d'Iça;  son  surnom 
était  Aboû  Nasr,  et  il  comptait  parmi  les  docteurs 

1  Médecin  très-célèbre  et  auteur  de  plusieurs  livres  estimés.  Il 
mourut  dans  l'année  696  de  l'hégire  (1297  de  J. C),  ou  peut-être 
quelques  années  auparavant.  (Cf.  Wûstenfeld,  ouvrage  cité,  p.  i46 

à  !47.) 

2  C'est  l'auteur  de  plusieurs  ouvrages  historiques  et  autres ,  fort 
estimés.  Il  est  cité  assez  souvent  par  Aboû'l  Fédâ ,  qui  en  fait  beau- 
coup d'éloges.  Ils  ont  eu  des  rapports  ensemble  à  Hamâh ,  et  Aboû'l 
Fédâ  confesse  d'avoir  appris  de  lui  bien  des  choses.  Son  nom  en- 
tier était  Mohammed,  fils  de  Sâlim,  ibn  Ouâcil  Djamâl  eddîn,  et 
il  mourut  l'an  697  de  l'hégire  (  1298  de  J.  C).  (Cf.  Aboû'l  Fédâ, 
Annales  muslemici,  édition  de  Reiske  et  Adler,  passim,  et  notam- 
ment, tom.  I,  p.  44 1  à  45g;  tom.  IV,  p.  555  à  557,  ettom.  V,p.  i44 
à  *5i.) 

3  C'est  le  fils  de  Kalâoûn  ;  ce  sultan  mamloûc  d'Egypte  mourut 
vers  la  fin  de  l'an  741  de  l'hégire  (  i34i  de  J.  C). 


412  AVRIL-MAI   1857. 

les  plus  distingués.  L'imam  Nàcir  '  tomba  gravement 
malade  de  la  pierre  dans  la  vessie,  l'année  5g8  de 
l'hégire  ( iao2  de  J.C.). Son  médecin,  Aboû'l  Khaïr3, 
ayant  conseillé  l'opération,  l'on  fit  venir  le  chirur- 
gien pour  faire  la  section  dans  le  pénis  (ou  plutôt 
l'urètre  )  du  malade  3.  L'opérateur  dit  :  i  II  n'y  a  pas 
dans  tout  le  pays  le  pareil  de  mon  maître  Aboû  Nasr, 
le  chrétien.  »  Par  conséquent,  on  le  fit  venir  aussi , 
et  il  déclara  qu'il  n'y  avait  nul  besoin  d'opérer.  Il  se 
mit  à  amollir  les  parties  avec  des  onctions  et  un  trai- 
tement doux ,  de  sorte  que  le  troisième  jour  le  calcul 
urinaire  sortit.  On  prétend  qu'il  pesait  cinq  mithkâl*, 
et  qu'il  était  plus  volumineux  qu'un  noyau  d'olive. 
Lorsque  Nàcir  se  rendit  au  bain,  il  commanda 
qu'Aboû  Nasr  entrât  avec  lui  à  l'hôtel  de  la  mon- 
naie, et  qu'il  emportât  tout  l'or  dont  il  pourrait  se 
charger.  En  outre  de  cela ,  les  deux  fils  du  calife  lui 
donnèrent  deux  mille  ducats.  Nadjâh,  l'échanson; 
Nàcir  eddin  ibn  Mahdy,  le  ministre,  et  la  mère  du 
calife  lui  firent  ensemble  un  présent  de  trois  mille 
ducats.  Les  commandants  et  le  public  firent  aussi  à 
Aboû  Nasr,  dans  cette  circonstance,  de  riches  ca- 
deaux. Le  calife  Nàcir  le  gratifia  d'un  don  magni- 

1  II  s'agit  ici  du  calife  de  Bagdad,  Annàcir  Lidinillàh,  mort 
dans  l'année  6a a  de  l'hégire  (  i  aa5  de  J.  C). 

1  Mort  dans  l'année  608  de  l'hégire  (  1 9 1 1  de  J.  C.  ).  Il  était  un 
médecin  célèbre  de  Bagdad.  (Cf.  Aboû'l  Faradj,  Historia  Dynastia- 
rum,  édition  citée,  p.  453  du  texte  arabe,  et  p.  ao6  de  la  version 
latine;  Wùstenfeld,  ouvrage  cité,  p.  117.) 

*  Environ  sept  drachmes,  ou  gros  (  26  grammes). 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  413 
fique,  et  lui  assigna  un  traitement  annuel  considé- 
rable. Ce  médecin  soigna  Nâcir  plusieurs  autres  fois, 
et  il  le  guérit.  Chaque  fois  il  recevait  beaucoup  d'or 
et  des  robes  d'honneur. 

Aboû  Nasr  a  composé  un  ouvrage  médical,  inti- 
tulé :  Livre  de  l'impromptu,  ou  improvisé ,  sous  forme 
de  demandes  et  de  réponses1. 

11°  SA'ÎD,   FILS  D'ABD  ARRAHMAN    (<****  tf  *>****»' 

C'était  le  petit-fils  d'Ahmed ,  fils  de  Mohammed , 
Ibn  'Abd  Rabbihi,  ou  «le  fris  du  serviteur  de  son 
maître.  »  Il  était  par  conséquent  de  la  famille  du 
célèbre  littérateur  Ibn  'Abd  Rabbihi 2  ;  celui-ci  fut 
son  oncle  paternel.  Sa'îd  était  un  médecin  de  mé- 
rite, ainsi  qu'un  excellent  poëte.  En  médecine,  il 
était  fort  instruit  sur  les  doctrines  et  sur  les  méthodes 
des  anciens.  Son  système  à  lui,  dans  le  traitement 
des  fièvres,  consistait  à  employer  un  mélange  de 
substances  froides  ou  réfrigérantes.  Il  agissait  en  cela 
d'une  manière  admirable,  et  avec  beaucoup  de  succès. 
Cependant,  il  n'a  servi  aucun  roi  en  qualité  de  mé- 
decin. Sa'îd  brillait  dans  le  pronostic  médical,  dans 
la  connaissance  des  changements  atmosphériques, 

8  Cet  illustre  personnage  était  de  Cordoue;  il  naquit  Tan  2  46  de 
l'hégire  (86o  de  J.  C),  et  il  mourut  l'année  328  de  l'hégire  (a4o 
de  J.  C).  (Cf.  Ibn  Khallicân ,  édition  citée,  p.  46  à  47  du  texte  arabe, 
et  t.  I ,  p.  92  et  suivantes  de  la  version  anglaise.) 


414  AVRIL-MAI  1857. 

du  souille  des  vents,  des  mouvements  des  étoiles  et 
des  astres. 

Ibn  Djoldjol  '  dit  :  «  Voici  ce  que  m'a  appris,  sur 
le  médecin  Sa'îd,  le  jurisconsulte  Soleïmân,  fds 
d'Ayyoûb,  ou  Job,  qui  s'est  exprimé  en  ces  termes  : 
«<Je  tombai  malade  de  la  fièvre,  qui  me  dura  un 
«  temps  très-long  et  qui  me  conduisit  au  bord  du 
«tombeau.  Sur  ces  entrefaites,  Sa'id  rencontra  un 
((jour  mou  père,  pendant  que  celui-ci  se  rendait 
«chez  le  gouverneur  de  la  ville  (de  Cordoue),  Ah- 
u  med ,  fils  d'Iça.  Ce  médecin  s'approcha  de  mon 
u  père,  lui  fit  les  politesses  et  les  salutations  qu'il  lui 
«  devait ,  lui  demanda  des  nouvelles  de  ma  maladie , 
«  et  s'informa  du  traitement  que  l'on  suivait.  Il  dé- 
><  sapprouva  fort,  il  blâma  hautement  cette  muni 
u  de  traiter  ma  fièvre,  et  envoya  chez  mon  père  dix- 
Imit  de  ces  grains  arrondis,  ou  pilules,  en  lui  re- 
«  commandant  de  m'en  faire  prendre  une  tous  les 
«jours.  Or,  avant  qu'elles  fussent  finies,  la  fièvre 
«  me  quitta,  et  je  guéris  parfaitement.  » 

Sa'îd,  fils  d'Abd  Arrahmân,  est  l'auteur  des  ou- 
vrages qui  suivent:  i°Le  livre  des  antidotes;  a°des 
notes  sur  quelques  observations,  ou  expériences  mé- 
dicales; S0 un  poème  sur  la  médecine,  dans  le  mètre 

'  Célèbre  médecin  de  Cordoue,  qui  vivait  encore  l'année  373  de 
l'hégire  (983  de  J.  C),  date  d'un  de  ses  ouvrages.  Assafady,  notre 
auteur,  qui  donne  plus  loin  la  notice  d'Ibn  Djoldjol  sous  le  nom  de 
Soleimàn,  fils  de  Hassan,  dit  que  ce  personnage  mourut  sur  la  lin 
du  iv*  siècle  de  l'hégire  (vers  fan  1008  de  J.  C.)  :     1^,>  ^jf  (j  J>\ 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  415 
dit  radjez;  6°  d'autres  poésies ,  dont  voici  un  échan- 
tillon l  : 

L*jçL>9  Ka-»J^-*  cjw««>v-£  UJ 
Uw»  à  *JLj>-j    UoIjJLj  c*-*il> 

TRADUCTION. 

Lorsque  je  suis  privé  de  quelqu'un  qui  me  console  et  me 
tienne  compagnie,  je  deviens  le  commensal,  ou  l'associe 
d'Hippocrate  et  de  Galien. 

Je  me  sers  de  leurs  œuvres  comme  moyen  curatif  de  mon 
isolement.  Ces  deux  personnages,  en  effet,  savent  guérir 
toutes  les  blessures. 

Ces  deux  distiques  étant  parvenus  à  l'oncle  de 
leur  auteur,  Ahmed  ibn  'Abd  Rabbihi,  il  y  répondit 
par  des  vers,  dont  voici  quelques-uns  : 

v  -W.A-A— >     /•  1 \\ y-J%    (jjV.  .V    ■»  J    J* 

il  o^-«ui  ^^  «J>Uf  j 

2  Ces  vers  sont  du  mètre  JUo' ! 

3  Ces  vers  sont  sur  le  même  mètre  et  ont  la  même  rime  que  les 
précédents.  Ceux-ci  avaient  été  adressés  par  Sa'îd  à  son  oncle,  pour 
se  plaindre  que  ce  dernier  ne  fût  pas  allé  lui  rendre  visite,  lors 
d'une  indisposition  qu'il  eut. 


416  AVRIL-MAI    1857. 

TRADUCTION. 

Tu  as  trouvé  qu'Hippocrate  et  Galien  sont  une  bonne  so- 
ciété, et  qu'ils  sont  utiles  a  leur  compagnon. 

Or,  tu  les  as  affectionnés  à  l'exclusion  de  ta  parenté,  te 
contentant  de  les  avoir,  eux  deux,  pour  amis  et  pour  fami- 
liers. 

Je  pense  que  l'on  ne  verra  jamais  ton  avarice  te  quitter  ; 
de  sorte  que,  plus  tard  et  après  eux,  tu  seras  le  commensal 
du  diable. 

Voici  des  vers  composés  par  Sa'îd,  fils  d'Abd 
Arrahmân  sur  la  fin  de  ses  jours,  tandis  qu'il  se  te- 
nait à  l'écart  des  rois  : 

* 

£;Lj    JL^Lj    JJL^    91*4»    tf^*? 

1  Ces  ver»  sont  du  mètre  J>s!^*« 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.         417 

ï 

1-jJca-j    (JÀj^JUj    ^wÀ->    (■>,  35 1    <XJJj 
TRADUCTION. 

Est-ce  qu'après  m'être  profondément  plongé  dans  les 
sciences  des  vérités ,  et  m'être  arrêté  longtemps  sur  les  doc- 
trines de  mon  Créateur  ; 

Est-ce  au  moment  où  je  suis  près  de  me  rendre  dans  son 
royaume  éternel  (ou  dans  le  monde  des  esprits),  que  l'on 
me  verra  demander  mes  moyens  de  subsistance  à  tout  autre 
qu'à  mon  dispensateur  de  la  nourriture  journalière? 

La  durée  de  la  vie  de  l'homme,  ce  n'est,  à  vrai  dire,  que 
l'avantage  d'une  heure.  C'est  un  fantôme  qui  passe  \  à 
l'exemple  de  la  splendeur  de  l'éclair. 

Mon  âme  connaît  bien  déjà  que  sa  demeure  est  ruinée. 
Celui  qui  me  mène,  me  pousse  avec  beaucoup  de  hâte  vers 
le  trépas. 

Certes ,  quand  même  je  me  cacherais ,  ou  je  fuirais  la  mort , 
en  parcourant  les  différentes  régions  de  la  terre,  toujours  la 
mort  m'atteindrait.  ^ 

l3°  SOLEÏMÂN,  FILS  DE  DAOUD  (àjU  tf  yUX»»). 

Il  était  le  petit-fils  de  Soleïmân,  il  s'appelait 
Amîn  eddîn  ou  «le  gardien  fidèle  de  la  religion», 
Soleïmân,  chef  des  médecins  à  Damas,  et  était  ex- 
trêmement heureux  dans  les  cures  qu'il  entreprenait. 
Quand  le  juge  Djalâl  eddîn  Alkazouîny  se  rendit  au 

1  Littéralement  :  Elle  fait  vivre  un  fantôme,  etc. 


418  AVRIL-MAI    1857. 

Caire  et  y  exerça  les  fonctions  de  grand  juge  ',  il 
trouva  le  sultan2  rempli  de  sollicitude  pour  la  gué- 
rison  du  juge'Alâ  eddîn  ibn  Alathîr,  qui  était  affecté 
d'hémiplégie.  Djalàl  eddîn  dit  au  souverain  :  «ô 
maître!  Amîn  eddîn  Soleïmân,  médecin  à  Damas, 
a  soigné  mon  fils  'Abd  Allah ,  qui  était  affligé  de  cette 
même  maladie,  et  qui  en  est  guéri  parfaitement.  ■ 
Par  conséquent,  le  souverain  fit  venir  Amin  eddîn 
au  Caire.  Ce  médecin  traita  'Alà  eddîn  ibn  Alathîr. 
mais  sa  cure  ne  réussit  pas  très-bien ,  car  le  malade 
voulut  trop  agir  suivant  sa  propre  volonté  et  son 
caprice. 

Je  visitai  avec  Amîn  eddîn  Ie>  reliques  du  Pro- 
phète (Mahomet),  qui  se  trouvent  dans  le  couvrnt 
du  Sâhib,  ou  vizir,  Tàdj  eddîn  ibn  Hinnâ,  dans  le 
Machoûk*  et  aux  environs  du  Caire*.  Ensuite  ce 


1  Voyei,  sur  ce  Djalàl  eddin,  les  Voyages  et  Ibn  llatuùtah,  texte 
arabe  publié  et  traduit  par  C.  Defrémery  et  le  D*  B.  R.  Sanguinetti , 
r>aj<ùn,et  notamment  t.  I,  p.  aïo. 

1  C'était  Almalic  Anuicir,  Mohammed,  fils  de  kalàoùn. 

'  C'est-à-dire:  «l'amant,  ou  l'objet  aiméi;  ce  ne  peut  être  que 
le  nom  donné  à  quelque  loctlité,  près  du  Caire.  Il  existe  ailleurs 
d'autres  endroits  qui  sont  ainsi  appelés. 

I  oureut  dont  il  est  ici  question  était  situé  dans  le  In  •»  nonnm 
,-Ulf  ^}  Deir  attkin  ;  ce  qui  veut  dire  :  «le  monastère  de  la  terre 
sigillée,  ou  de  l'argile  t.  —  «C'est,  dit  Ibn  Batoûtah,  un  couvent 
considérable,  que  Tàdj  eddin  ibn  Hinnà  a  bâti  pour  y  déposer  de 
nobles  ornements  et  d'illustres  reliques,  à  savoir  :  un  fragment  de 
l'écuelle  du  Prophète,  l'aiguille  avec  laquelle  il  s'appliquait  le  col- 
lyre, l'alêne  qui  lui  servait  à  coudre  ses  sandales,  et  le  Korân  du 
prince  des  croyants,  'Aly,  Gis  d'Aboû  Thâlib,  écrit  par  lui-même. 
On  dit  que  le  vixir  acheta  les  illustres  reliques  du  Prophète  qu< 
nous  avons  indiquées,  pour  la  somme  de  cent  mille  drachmes  (en- 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.  419 
médecin  retourna  à  Damas,  et  c'était  dans  Tannée 
729  de  l'hégire  (  i32Q  de  J.  G.).  Il  passait  en  con- 
versation une  partie  de  la  nuit  chez  le  vizir  Ghams 
eddîn,  et,  en  sa  présence,  il  jouait  aux  échecs  toutes 
les  nuits.  Il  l'accompagnait  aussi  dans  ses  parties  de 
plaisir,  etc.  Amîn  eddîn  est  mort  dans  l'année  782 
de  l'hégire  (  1 332  de  J.  G.). 

lll°  CHABÎB,  FILS  DE  HAMDAN  (yÎJs^-  (jJ  *,**«*&). 

G 'était  le  petit-fils  de  Chabîb ,  fils  de  Hamdân ,  fils 
de  Chabîb ,  fils  de  Mahmoud  ;  c'était  l'excellent  lit- 
térateur, le  médecin  ,  l'oculiste ,  le  poëte ,  connu  sous 
le  nom  de  Taky  eddîn  Aboû'Abd  Arrahmân.  Il  de- 
meurait au  Caire,  et  il  était  le  frère  du  cheikh 
Nadjm  eddîn,  supérieur  des  Hanbalites  dans  cette 
ville.  Chabîb  naquit  peu  de  temps  après  l'an  620  de 
l'hégire,  et  il  mourut  dans  le  cours  de  l'année  695 
de  la  même  hégire  1.  Il  a  suivi  les  leçons  d'Ibn  Roûz- 
bah  ;  il  a  écrit  sous  sa  dictée  sur  les  anciens  et  sur  le 
Dimiâthy 2.  Il  était  d'une  grande  perspicacité  et  d'un 
caractère  très-énergique;  il  possédait  beaucoup  de 
connaissances  et  de  belles  qualités.  Chabîb  rivalisa, 

viron  soixante  et  quinze  mille  francs).  Il  a  bâti  le  couvent,  il  a  légué 
les  fonds  nécessaires  pour  y  servir  à  manger  à  tout  venant,  et  pour 
payer  un  traitement  aux  gardiens  de  ces  nobles  objets.  »  (  Voyages 
d'Ibn  l'atoûtahj  édition  citée,  t.  I,  p.  94  à  q5). 

1  L'an  620  de  l'hégire  commença  le  4  février  1223  après  J.  C. , 
et  l'année  696,  le  10  novembre  1295. 

2  Je  pense  qu'il  s'agit  ici  du  traditionnaire  célèbre  Aboû  Mo- 
hammed,'Abd  Almoûmin,  fils  de  Khalaf,  de  Damiette.  (Cf.  Ibn 
Batoûtab,  Voyages,  édition  citée,  t.  I,  p.  5g.) 


420  AVRIL-MAI  1857. 

marcha  de  pair  avec  Bânat  So'âd  *,  et  il  mourut  au 
Caire.  Voici  quelques-uns  de  ses  vers,  extraits  d'un 
poème  : 

J«-A-L«Ô   *LjkJ>-j    Ly->J-»>    &J-b 

•»  i  ,  '       .        •' 

« — ■  :>'. — »^JI  aMI  Oj~^j  j  h  « 
J  a  I1"  **-*-^  L*î^-3  ww^  ^ 

3(a1  c>JV  {j*)^)'  P"  ces  mots>  &*«<»<  So'dd,  ou  ■  (  la 
femme,  l'amante  appelée)  So'âd  «'est  éloignée»,  l'on  désigne  le  cé- 
lèbre poème  que  Ca'b,  fils  de  Zohair,  a  composé  à  la  louange  de 
Mahomet,  et  qui  commence  par  les  deux  mots  ci-dessus  mention- 
nés. On  le  nomme  aussi  o2yJ\  ëiVy>&9,  Kassidat  al  bordah,  ou 
•  le  poème  du  manteau  •  ;  car  Mahomet  donna  son  propre  manteau 
au  poète,  pour  lui  témoigner  sa  satisfaction.  J'en  transcris  ici  le 
premier  distique ,  et  Ton  verra  que  les  cinq  vers  de  Chabîb,  cités 
plus  bas,  sont  sur  le  même  mètre  que  ceux  de  Ca'b,  (ils  de  Zohair, 
et  qu'ils  ont  aussi  la  même  rime  : 

1  Ces  vers  sont  du  mètre  mtmJ  . 


BIOGRAPHIES  DE  QUELQUES  MÉDECINS.         421 

TRADUCTION. 

La  course  rapide,  l'amble  de  ma  chamelle  aux  longues 
joues,  robuste  et  agile,  eut  bientôt  avec  moi  parcouru  le  dé- 
sert1. De  la  sorte,  mes  yeux  furent  rafraîchis  pendant  le 
voyage,  et  ma  monture  aussi  fut  joyeuse. 

Je  me  dirigeai  vers  le  Prophète 2,  l'envoyé  de  Dieu  ;  celui 
qui  est  entouré  d'une  gloire  éminente,  que  nulle  largeur, 
nulle  longueur  ne  sauraient  mesurer. 

L'imagination  est  impuissante  à  en  saisir  l'immensité;  l'in- 
telligence des  créatures  est  trop  bornée,  pour  qu'il  lui  soit 
permis  de  la  concevoir. 

C'est  ici  le  saint  à  la  faveur  duquel  Dieu  ennoblit  ses  ser- 
viteurs. C'est  parce  que  les  anges  veulent  honorer  Mahomet 
que  Gabriel  est  à  leur  tête 3. 

Heureuse  Médine  !  heureux  même  tout  homme  à  qui  il  a  été 
donné  de  baiser  le  parfum  de  sa  terre  molle  et  légère  ! 

Voici  ce  que  dit  le  cheïkh  Athîr  eddîn  Aboû 
Hayyân  4  :  «  Chabîb  me  présenta  son  Dîouân,  ou 
recueil  de  poésies,  et  je  trouvai  admirables  toutes 
celles  que  je  lus  devant  lui  et  qu'il  m'expliqua.  De 
ce  nombre  est  une  kassîdah,  ou  poëme,  à  l'éloge  de 
Mahomet,  et  dont  je  vais  citer  quelques  vers  :  » 

1  Ou  bien  la  plaine  qui  se  trouve  entre  la  Mecque  et  Médine. 

1  C'est-à-dire,  le  tombeau  de  Mabomet,  situé  à  Médine. 

3  On  sait  dans  quels  ternies  le  Korân  parle  de  Gabriel  (chap.  n, 
versets  91  et  92;  chap.  lxvi,  verset  4).  On  sait  aussi  qu'il  est  re- 
gardé par  les  musulmans  comme  leur  ami  fidèle,  et  qu'il  est  placé 
par  eux  au-dessus  de  tous  les  autres  anges. 

*  C'est  probablement  le  célèbre  grammairien  espagnol  Athîr 
eddîn  Aboû  Hayyân  Mohammed,  fils  de  Yoûçuf,  de  Grenade,  mort 
l'année  745  de  l'hégire(i344  de  J.  C).  (Cf.  Hâdji  Khalfah ,  Diction- 
naire bibliographique  et  encyclopédique,  édition  de  M.  G.  Fluegel, 
1. 1, p.  aa4,  0*347;  *bn  Batoûtah,  Voyages ,  édit.  citée,  1. 1,  p.  91.) 


433  AVRIL-MAI    1857. 

J     - 

^Jû_ilj  iL_>l,X_^Jt  jfj-il  J^U*U 

J^â—lj  iyuJl  ^^-i-  Je  JU»lj 

M. 


,»  »      -    .»    '     7  "f       ■•* 

4^1  diiîl  Je  llfrji 

TRADUCTION. 

C'est  ici  la  place  où  se  tenait  Mahomet;  c'est  ici  l'endroit 
de  la  chaire.  Or,  rois  à  découvert  les  lumières  de  la  bonne 
direction ,  et  examine  attentivement. 

Baise  la  terre  de  ce  lieu ,  en  roulant  tes  joues  dans  la  pous- 
sière, dans  le  musc  de  son  sol;  ensuite,  glorifie  toi. 

Séjourne  près  du  sanctuaire  de  la  prophétie,  et  cherche 

1  Ces  distiques  sont  du  mètre  j^- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  423 

du  secours  dans  sa  protection ,  contre  la  tyrannie  de  ce  temps 
inique. 

Jouis  à  Médine  de  jours  vraiment  délicieux;  car  une  heure 
passée  dans  cette  ville  vaut  un  siècle  de  félicité.  Sois  donc 
reconnaissant,  et  remercie  Dieu. 

Ici  se  trouve  une  splendeur  divine  mystérieuse  (  Mahomet) , 
qui  a  rendu  la  vérité  claire  et  manifeste  pour  quiconque 
médite  bien. 

Elle  a  percé  l'obscurité,  elle  a  dissipé  les  ténèbres  de  l'er- 
reur; elle  a  éclairé  d'une  aurore  brillante  l'horizon  du  culte 
véritable. 

Cette  splendeur,  cette  lumière  divine  a  multiplié  ses  efforts  ; 
elle  s'est  élevée  immensément,  jusqu'à  ce  qu'elle  eût  ennobli, 
par  sa  présence ,  le  ciel  empyrée  et  principal  \ 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


SOCIÉTÉ   ASIATIQUE. 


PROCÈS-VERBAL  DE  LA  SÉANCE  DU  13  MARS  1857. 

Le  procès-verbal  de  la  dernière  séance  est  lu  ;  la  rédaction 
en  est  adoptée. 

M.  le  président  met  sur  la  table  un  exemplaire  du  Précis 
de  Jurisprudence  musulmane,  par  Sidi  Khalil,  publié  par  la 
Société  asiatique,  sur  la  demande  de  M.  le  Ministre  de  la 

1  Assafady  mentionne  encore,  d'après  le  cheïkh  Athîr  eddîn,  un 
grand  nombre  d'autres  vers  de  Chabîb  ;  mais  je  ne  crois  pas  devoir 
les  donner  ici.  Ceux  que  j'ai  cités  suffiront  à  mes  lecteurs  pour  se 
faire  une  idée  du  talent  poétique  de  ce  médecin. 


424  AVRIL. MAI   1857. 

guerre.  La  Société  avait  chargé  un  de  ses  membres,  M.  Ri- 
chebé,  du  travail  de  publication ,  et  avait  prié  M.  Reinaud  de 
surveiller  l'exécution  de  l'édition.  M.  Reinaud  donne  quelques 
détails  sur  les  précautions  qui  ont  été  prises  pour  rendre  celte 
édition  aussi  correcte  que  possible.  Si  des  fautes  étaient  néan- 
moins signalées,  on  en  tiendrait  compte  dans  les  tirages  qui 
seront  faits  plus  tard. 

Le  secrétaire  propose  au  Conseil  de  fixer  le  prix  de  cet 
ouvrage  à  6  fr.  pour  le  public,  et  à  4  fr.  pour  les  membres. 
Cette  proposition  est  adoptée. 

Sont  présentés  et  nommés  membres  de  la  Société  : 

MM.  le  Thaleb  Mostafa  ben  Sadbt; 

Rodet,  attaché  à  la  manufacture  impériale  des  tabacs 
de  Paris. 

M.  Mohl ,  au  nom  de  la  Commission  des  fonds,  donne  lec- 
ture des  comptes  de  l'année  i856  et  du  budget  de  1857. 
Renvoyé  à  la  Commission  des  censeurs. 

M.  Lancereau  remet  quelques  pièces  imprimées  qu'il  a 
trouvées  au  milieu  des  papiers  de  M.  Ariel.  Ces  imprimés 
seront  réunis  à  la  bibliothèque.  M.  Lancereau  donne  ensuite 
des  détails  sur  le  classement  des  papiers  de  M.  Ariel,  dont 
il  a  bien  voulu  se  charger,  et  qu'il  espère  terminer  prochai- 
nement. 

OUVRAGES  OFFERTS  A  LA  SOCIÉTÉ. 

Éléments  de  la  Grammaire  turque,  par  M.  Louis  Ddbecx. 
Paris,  i856,in-8*. 

Conseils  de  Nabi  Effendi  à  son  fils  Aboul  Khair,  publiés  en 
turc ,  avec  la  traduction  française  et  des  notes ,  par  M.  Pavet 
de  Coorteille.  Paris,  Imprimerie  impériale,  1867,  in-8*. 

Indische  Alterthumskunde ,  von  Chr.  Lassen.  3*  volume , 
première  moitié.  Leipzig,  1857. 

Mémoire  sur  la  vie  d'Eugène  Jacquet ,  de  Bruxelles ,  et  sur 
ses  travaux  relatifs  à  l'histoire  et  aux  langues  de  l'Orient, 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  425 

suivis  de  quelques  fragments  inédits ,  par  M.  Félix  Nève. 
Bruxelles,  in-/i°,  i856. 

Précis  de  Jurisprudence  musulmane  suivant  le  rite  malékite, 
par  Sidi  Rhalil,  publié  par  la  Société  asiatique.  Paris,  Im- 
primerie impériale,  i855,  in-8°. 

Address  at  the  anniversary  meeting  qfthe  Royal  geographical 
Society,  by  Rear-Admiral  W.  Beechey.  London,  in -8°. 

Proceedings  of  the  Royal  geographical  Society  of  London. 
Mai-juin  i856,  in-8°. 

Zeitschrift  der  deutschen  Morgenlàndischen  Gesellschaft. 
(  10e  volume,  4e  livraison).  Leipzig,  i856,  in-8°. 

Joannes  Bischqf  von  Ephesos ,  der  erste  syrische  Kirchen- 
historiker;  einleitende  Sludien,von  J. P.  N.  Land  Levden, 
i856,  in-8°. 

Rapport  à  l'Académie  des  sciences  de  Saint-Pétersbourg, 
sur  la  langue  kurde,  par  M.  Peter  Lerch.  In-8°.  (En  alle- 
mand. ) 


SUR  LA  VRAIE  PRONONCIATION  DU? 


CHEZ  LES  ARABES. 


LETTRE  A  M.  GARCIN  DE  TASSY. 


Mon  cher  ami , 

Sur  le  terrain  des  langues  asiatiques ,  comme  dans  tout 
autre  domaine  de  l'esprit  humain,  il  n'y  a  rien  d'étonnant  à 
voir  avancer  et  soutenir  des  opinions  tant  soit  peu  étranges; 
cela  même  a  son  bon  côté,  car  le  vrai  savoir,  en  définitive, 
profite  de  tous  ces  débats.  Aussi,  dussent  les  innovations  se 
ix.  28 


>ab  AVRIL- MAI   1857 

présenter  POUI  mit-  apparence  asseï  paradoxale,  laissons-les 
i<>pper  à  l'aise,  tant  qu'elles  ne  prétendent  pas  régner 
seules.  Accordons  à  leurs  avocate  libre  et  large  place  an  soleil, 
pourvu  qu'ils  ne  la  refusent  pas  à  I  homme  dont  louis  plai- 
doyers n'auront  point  opéré  la  conver>i 

Qu'ainsi,  par  exemple,  introduisant  dans  la  transcription 
des  mots  orientaux  une  certain  •  particularité  Irès-inaeoutu 
mée .  pinaieara  arabisante  se  soient  mis  à  transformer  le  g  eu 
r;  on  s'abstiendrait  de  dire  le  moindre  mot  pour  K 
rier  dans  l'emploi  de  celte  méthode  iusolile,  s'il  n'y  avait  lieu 
de  craindre,  —  et  cela  d'après  plusieurs  indices, — que  le  pu- 
blic, faute  d'avoir  réclamé,  ne  fût  peu  à  peu  obligé  de  la  traiter 
avec  respect ,  comme  une  sorte  de  loi,  et  peut-être  (qui  sait?) 
ne  se  trouvât  plus  tard  condamné  à  la  pratiquer  lui  même. 
Mais  dès  que  se  manifeste  le  moins  du  monde  une  telle  pos- 
sibilité future,  il  n'y  a  plus  moyen  de  continuer  à  se  t.> 
Pnncipiis  obsta. 

Avant  donc  de  laisser  grandir  des  exigences  dont  le  triom- 
phe ne  serait  pas  sans  inconvénients,  force  nous  est  de  rap- 
l>eler  quelques  faits,  peuttCtrc  trop  perdus  de  vue.  Pris  parmi 
d'autres,  qui  forment  une  masse  immense,  ils  suffiront,  re 
•  mble,  pour  montrer  «pi  au  DMHJM  le  nouveau  système  n'est 
pas  fondé  à  s'imposer  comme  le  seul  bon. 


Il 


Chez  les  différents  peuples,  on  le  sait,  certaines  articula- 
tions, quoique  réputées  semblables,  ne  se  correspondent  pas 
d'une  manière  absolue.  Bien  des  consonnes  qui  passent  pour 
équivalente  et  cela  dans  les  idiomes  homogènes,  à  plus 
forte  raison  dans  les  langues  hétérophyles)  n'expriment  pas 
précisément  le  raêmejeu  des  lèvres  et  du  gosier.  Mais  comme 
il  faudrait,  si  l'on  voulait  tenir  compte  de  ces  nombreuses 
variétés ,  créer  un  alphabet  immense  ,  on  les  néglige  dans  le 
répertoire  graphique,  et  avec  grande  raison.  Un  signe,  et 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  427 

non  plusieurs,  —  un  signe  aussi  ancien  et  aussi  généralement 
connu  que  faire  se  peut,  —  voilà  ce  qui  d'ordinaire  est  adopté 
pour  représenter  ce  que  chaque  articulation  a  de  principal, 
d'essentiel,  de  dominant.  C'est  à  l'usage,  ensuite,  qu'on  s'en 
remet,  du  soin  d'enseigner  les  délicatesses  accessoires;  ne 
jugeant  pas  que  toute  chose  ait  absolument  besoin  d'être 
marquée  par  l'écriture. 

Ainsi,  par  exemple,  quoique  l'espagnol  ropa,  le  français 
parole  et  l'anglais  harvest,  nous  offrent  trois  nuances  bien 
graduées  du  ?■  (  lequel  est  fort  dans  le  premier  mot ,  moyen 
dans  le  second,  et  singulièrement  faible  dans  le  dernier) ,  on 
ne  s'en  va  pas  ,  pour  les  peindre,  créer  trois  lettres  diverses  : 
une  seule  consonne  y  suffit,  l'articulation  dont  il  s'agit 
n'étant  pas  tellement  modifiée,  que  l'qp  n'en  reconnaisse 
très-bien,  dans  les  trois  langues,  le  caractère  fondamental. 
D'autres  exemples  pourraient  être  fournis,  où  l'altération 
va  plus  loin  encore,  et  où  l'on  n'a  pourtant  pas  jugé  néces- 
saire de  changer  la  lettre  primitive,  ni  cru  devoir  défigu» 
rer  l'orthographe  que  réclamaient  la  logique  et  les  antécé- 
dents1. 

Or  le  g  dur  des  Arabes  ne  coïncide  pas  entièrement  avec 
le  nôtre;  il  est  à  la  fois  plus  guttural  et  plus  gras.  On  a  su 
cela  de  tout  temps,  mais  on  n'y  avait  jamais  attaché  d'im- 
portance; et  en  effet  la  chose  ne  mérite  pas  qu'on  y  en 
mette  \ 

1  Malgré  l'adoucisf  ement  extrême  qu'impriment  a  leur  lettre  delta  les  mo- 
dernes Hellènes ,  et  qui  la  rond  un  peu  cousine  du  th  anglais  de  their  ou  de 
those,  est-ce  qu'on  a  jamais  cessé  de  regarder  le  S  grec  comme  un  d? 

5  Si  l'on  voulait  épier  ainsi  les  nuances  de  grasseyement ,  et  les  marquer 
toutes  par  des  r,  le  fc  ne  serait  fias  la  seule  lettre  dont  la  transcription  en 
exigeât  ;  il  faudrait ,  par  exemple  ,  introduire  un  r  dans  les  métagraphismes 
du  ^- ,  consonne  qui  racle  si  fort  le  gosier.  Aussi  s'est-il  trouvé  des  gens 
pour  le  faire.  Quand  le  savant  M.  Worms ,  dans  son  travail  sur  la  législa- 
tion musulmane,  cite  un  jurisconsulte  nommé  Krèlil,  on  cherche  en  vain 
*e  cJ^x  ^ont  l'auteur  Peut  avoir  voulu  parler.  C'est  qu'il  s'agit  tout  bon- 
nement de  Khalil  (  J^y^*  )• 

28. 


428  AVRIL  MAI   1857. 

D'ordinaire .  nos  anciens  écrivains  (  les  historiens ,  pat 
exemple)  faisaient  abstraction  complète  de  cette  nuance;  ils 
se  serraient  tout  bonnement  du  g.  Depuis  qu'on  raffine  da- 
vantage, les  savants  qui  ont  tenu  à  la  peindre  ont  employé 
pour  levain  lesdeux  lettres gh, —  que  remplacerait  plus  com 
modément  un  g  accentué  (G').  —  Un  petit  nombre  de  gens, 
tout  à  fait  préoccupés  du  grasseyement  en  question,  avaient 
bien  imaginé  d'aller  plus  loin  encore,  et  de  vouloir  figurer 
la  chose  par  gr,  combinaison  déjà  beaucoup  trop  forte  et  qui 
dépasse  la  représentation  du  vrai  ;  mais  l'idée  n'était  venue  à 
personne  d'oser  faire  entièrement  disparaître,  de  la  transcrip 
lion  du  >,  son  élément  fondamental ,  le  g  ;  ce  g  universel ,  im- 
mémorial, ronstiti  *f,  sans  lequel  la  consonne  gain  ne  peut 
pas  même  être  conçue. 


III 


C'est  depuis  la  conquête  d'Alger,  mon  cher  ami ,  qu'on  a 
osé ,  rompant  avec  toutes  les  traditions ,  risquer  un  si  étrange 
tour  de  force.  L'initiative  en  appartient  à  nos  officiers,  les- 
quels, arrivant  là  tout  neufs,  absorbés  par  le  souci  militaire. 
et  peu  occupés  de  se  mettre  d'accord  avec  la  généralité  des 
temps  et  des  lieux,  ne  virent  que  le  moment  présent,  que  In 
contrée  particulière,  et  se  laissèrent  dominer  par  cette  in- 
fluence rétrécie. 

Dans  le  fait,  sur  la  portion  de  la  côte  africaine  où  nous 
venions  de  débarquer  en  i83o,  le  dialecte  local  (et  c'est  là 
un  terme  bien  poli,  car  nous  devrions  dire  le  patois  barba 
resque)  exagère  la  nuance  grasseyante  dont  il  s'agit  ici;  tel- 
lement que  les  Maures  actuels  d'Algérie,  lorsqu'ils  tiennent  à 
indiquer  l'articulation  pure  du  gamma  grec ,  sont  obligés  de  se 
servir  du  -/.<//.  ',  quelquefois  même  du  kej  S.  C'est  la  re- 

1  Lettre  qu'ils  écrivent,  comme  on  sait,  par  on  seul  point.  Dan»  l'alpha 
bet  mograbin ,  c'est  le  fa  qui  sert  de  cka. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  429 

marque  de  Silvestre  de  Sacy,  quand  il  montre  que  les  Akrikis 
d'Ibn  Khaldoun  sont  tout  bonnement  les  Grecs.  Selon  lui,  si 
l'auteur  s'est  servi  d'un  ^  ou  d'un  S ,  c'est  parce  qu'il  était 
Maure ,  et  que  les  Africains  donnent  à  ces  deux  gutturales  la 
valeur  d'un  g  ;  mais  un  habitant  de  Syrie  ou  d'Egypte,  c'est-à 
dire  un  Arabe  véritable ,  s'il  avait  eu  à  rendre  le  mot  Grœcus, 
aurait  pris  pour  initiale  un  fc  \ 

Cela  ne  saurait,  en  effet,  donner  lieu  au  moindre  doute 
Il  y  a  tout  au  plus  vingt  ans  qu'en  Egypte  Ahmed  er-Rachid 
et  le  scheïkh  Réfa'a  ont  publié  chacun  une  *&  [012». ,  et  vers 
la  même  époque  on  réimprimait,  à  Boulak,  le  traité  des 
c^I^kU)  2  d'un  anonyme,  traité  édité  à  Gonstantinople.  Or, 
ces  trois  Orientaux,  qui  connaissent  probablement  leur  langue 
aussi  bien  que  peuvent  la  savoir  nos  capitaines  novateurs , 
avaient-ils  dessein  (le  croit-on?)  d'enseigner  à  leurs  compa 
triotes  arabes  la  géorraphie  et  les  lorarithmes? 

Voilà  pour  le  présent;  car  ceci  date  de  i835  et  1837. Que 
s'il  s'agissait  du  passé,  la  chose  ne  serait  pas  moins  claire. 

Lorsqu'un  voyageur  musulman  du  xne  siècle ,  Ebn  Djobaïr, 
écrivait  *Ulê  (Guliâm)  le  nom  du  monarque  normand  de 
la  Sicile,  il  ne  prétendait  à  coup  sûr  point  faire  de  ce  prince 
le  roi  Ruillaume. 

Lorsqu'on  parlait,  soit  d'un  Bulgare  ( -\*Ju ) ,  soit  d'un  Ouï 
gour  ( sj.su J),  au  temps  de  la  puissance  de  ces  peuples,  on 
ne  s'attendait  pas  à  les  voir  un  jour  travestis  en  Bulrares  et 
en  Ouïrours  3. 

1  Voyez ,  d'ailleurs ,  dans  Ibn  Abi  Ossaibi'ab ,  les  mois  Jkj  -j=.ûff  c >  U^=J  f , 

El-kitâb  el-Agrîki  (par  un  gain)  «le  livre  grec»  ou  «le  livre  du  Grec». 

2  Ou  *-CU  AsJ  au  singulier,  en  prenant  ce  mot  pour  le  nom  d'une  science  ■ 
la  logarithmique. 

s  A  la  vérité ,  on  veut  bien  coiffer  d'un  accent  ce  prétendu  r  ;  on  en  fait 
un  r  prime  (style  d'algèbre);  on  daignera  écrire  Bulgare,  ouir'our,  et  sans 
doute  aussi  R'uillaume,  géor'aphie  ou  lor'arithmes.  Certes,  nous  ne  pouvons 
qu'être  touchés  de  cette  condescendance.  Cependant,  puisque  l'on  faisait 
tant  que  d'introduire  uu  accent ,  pourquoi  ne  l'avoir  pas  attaché  à  ce  g 


430  AVRIL  MAI   1857. 

Lorstm'lbn  Abi  Ossaibi  ab  voulut  transcrire  lu  mot  grec 
agathodtemàn ,  il  en  rendit  les  premières  lettres  (etyctO)  par 
ol*î.etcela  s&ns  scrupule.  De  son  Bettapt,  on  n'avait  point 
encore  imaginé  que  le  t  fût  une  sorte  d'r,  ni  que  personne 
lut  «  vposé  au  ridicule  danger  de  lire  là  arathodémon. 

Quand  le  prince  Djem  .  frère  de  Bajazet,  faisant  la  relation 
M>n  séjour  en  France,  eut  à  exprimer  les  Qomi  propres 
Grenoble ,  Grosse Tour\  écrivit-il  J^-y*»  ç*)y°  iT^ 
le  prétendent  nécessaire  nos  chaleureux  cl  |>as-ioni 
lisants?  Pas  le  moins  du  monde;  mais  tout  simplement 
Jj^j'yt  et  »  -t»  /\îjè. ,  quoiqu'il  n'eût  à  coup  sûr  aucune  envie 
de  faire  prononcer  [iernoble  et  Rerosse  Tour 

Quand  le  voyageur  Ibn  Batoutah  traverse  la  ville  de^^^UÀ* 
(Mayvtjtria) ,  cité  dont  le  nom  ne  ligure  pas  seulement  dans 
l'histoire  proprement  dite,  mais  tient  une  place  dans  les  an- 
nales des  sciences ,  il  se  croyait  naïvement  à  Magnésie,  t  m 
l'aurait  fort  étonné  en  lui  apprenant  qu'il  se  trouvait  a  Mi- 
ne su- 

Et  quand  le  publiciste  Ibn  Klialduun  désignait,  sous  le 
vocable  <Lcv»u,  le  fameux  rabbin  qui  fut  vizir  à  Grenade,  il 
n'avait  certes  pas  l'intention  (tout  Africain  qu'il  était  repen- 
dant) de  faire  appeler  Nardilah,  ce  célèbre  Nagdilah  si  connu. 
dont  il  se  figurait  tout  bonnement  transcrire  lettre  par  lettre 
le  nom  hébreu  n^l^i. 


et  immémorial,  qui  tait  le  fond  de  la  lettre?  Cela  eût 
simple  qve  de  »'eu  aller  l'accrocher  à  un  r  paradoxal ,  signe  d'an  raclement  de 
gosier,  qui  u'rst  que  l'accessoire  de  la  consonne  ;  —  qui  même  n'en  est  pas 
l'accessoire  universel  ;  car  il  y  a  bien  des  contrées  où  ce  grasseyement .  ajouta 
au  gain ,  est  très-tàible,  voire  tout  à  fait  nul.  —  Modification  pour  modifi- 
cation ,  a'  eût  certes  mieux  valu  que  r" . 

'  Ou  plutôt  Gaernohle  et  Guerosse  Tour,  puisque  les  langues  musulmanes 
ne  sauraient  supporter  au  commencement  des  mots  deux  consonnes,  et  qu'elle* 
y  intercalent  toujours  une  voyelle. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  4SI 

IV. 

Car  les  Maures  eux-mêmes  n'onl  pas  été  tellement  dominés 
par  l'amour  de  leur  jargon  local,  qu'ils  aient  tenu  à  le  con- 
sacrer. Leur  prononciation  particulière  du  gain ,  —  cette  pro- 
nonciation incorrecte  et  grossière,  dont  il  a  si  drôlement  pris 
fantaisie  à  notre  armée  d'Afrique  de  s'amouracher,  —  ils  ne 
l'observent  pas  toujours,  voire  chez  eux.  Encore  moins  l'ont 
ils  portée  ailleurs,  fût-ce  quand  ils  ont  dominé  au  dehors. 

Ils  ne  l'observent  pas  toujours  chez  eux,  dîs-je;  et  pour 
n'en  citer  qu'une  preuve,  mon  cher  ami,  il  suffit  de  ce  mol 
*jyà ,  usité  encore  à  Fez  pour  designer  une  chambre  de  l'é- 
tage supérieur,  terme  qui  se  prononce  çfhorfa  et  non  rorfa,  e! 
qui  pourtant  s'écrit  par  un   e-  \ 

Un  autre  exemple,  c'est  le  nom  d'El-Aghouât,  ^Lc^ff. 
Dans  la  bouche  des  gens  du  pays ,  il  ressemble  si  peu  à  El- 
Arouât,  que  tout  au  contraire,  de  l'aveu  d'un  savant  profes- 
seur (lequel  a  la  bonté  de  s'en  choquer),  il  sonnerait  plutôt 
El-Akouât.  Or  il  n'y  a  pas  là  de  quoi  se  scandaliser;  car,  au 
fond,  qu'esf-ce  que  le  A:? C'est  l'épuration ,  c'est  l'exagération 
du  g ,  —  par  conséquent  sa  garantie  contre  la  dégénérescenle, 
qui  voudrait  le  transformer  en  r.  Eh  bien  !  puisqu'il  est  cons- 
taté que  le  vrai  nom  de  la  ville  en  question,  que  son  articu- 
lation locale ,  traditionnelle ,  bérébère ,  est  El-Agouât  et  pres- 
que El-Akouât,  cela  montre  que  les  Maures  eux-mêmes,  qui 
ont  jadis  copié  ce  motpar^LéJÎ  ,ne  regardaient  pas  du  tout 
comme  essentielle  à  leur  t  cette  nuance  du  r  que  l'on  veut  si 
ardemment  y  faire  dominer  aujourd'hui. 

D'ailleurs,  c'était  bien  un  Barbaresque  par  excellence,  on 
en  conviendra,  que  le  belliqueux  1>«Ï  )y«*S?  »  roideTlemcen  ; 
or,  comment  articulait-il  le  gain  de  son  nom  ? 

Nous  l'apprenons  (indirectement  il  est  vrai ,  mais  avec  cer- 
titude) par  la  race  européenne  voisine,  qui  fut  sa  contem- 
poraine. Quand  les  chroniqueurs  castillans  font  mention  de 

1  Lettre  de  M.  Delaporte ,  consul  de  France  à  Tanger. 


432  AVRIL-MAI    1857. 

lui,  1  appellent-ils Romarazan? Cela  eût  lait  partie, cependant, 
du  phonétisme  espagnol,  et  n'aurait  pas  été  plus  diilicile  à  dire 
(\ueRoméro,  Roman  ou  Ramirez.  — Point  du  tout, mais  Gomar 
Azan.  Or,  voilà  bienles  six  consonnes  radicales  de  t>»î  )WV!  ' 

Ils  n'ont  pas  non  plus,  disons-nous,  transporté  au  dehors, 
même  dans  leur  temps  de  victoires,  cette  prononciation  vi- 
cieuse. Ils  la  laissaient  au  logis,  damera  eus,  comme  OB 
laisse  chez  soi  ses  guenilles;  et  rien  ne  donne  mieux  ù  OM 
naître  combien  eux-mêmes  la  sentaient  mauvaise. 

C'est  par  l'Afrique  qu'avaient  passé  les  conquérants  arabes 
de  l'Espagne;  c'est  d'Africains  arabisés  que  se  composaient 
en  grande  partie  les  bandes  de  Tarif  et  de  Mouça;  et  c'est  là 
que,  pendant  des  siècles,  mon  cher  ami,  trouvèrent  a  se 
cruter  d'auxiliaires  les  armées  de  ses  successeurs.  Eli  bien' 
voyons,  en  étudiant  la  Péninsule  espagnole,  quelles  traces 
les  Maures  y  ont  laissées  de  leur  manière  de  parler 

Si  c'est  dans  l'Est,  nous  trouvons  que  les  Catalans  du  uicmn 
âge  disaient  pour  vA«  Il ,  non  point  Al-Morùver,  mais  Al- 
Afogàver;  et  pour  «.s.»*! l ,  non  pas  al-marsie,  niais  tdmaxie, 
c'est-à-dire  al-magsié  ou  al-magchié*. 

Si  c'est  dans  l'Ouest,  nous  rencontrons,  pour  raprétantëi 
«_>yyl,  quoi?  La  province  d'Algarbe  ou  Algarve,  et  nulle- 
ment iïAlrarbe. 

Et  si  nous  restons  au  Midi ,  dans  la  région  voisine  des  lieux 
où  se  lit  le  débarquement  des  Maures  et  où  leur  domination 

subsista  le  plus  tard ,  nous  voyons  que  l'ancien  ^li.  des  mon- 
tagnes de  Grenade  a  produit  le  moderne  Gor,  etwtùfîyLb-  a 
laissé  après  lui  Trafalgar.  Ainsi ,  toujours  le  g ,  et  jamais  le  r. 

'  Cbes  le*  Espagnols ,  le  *  n'a  pas  la  douceur  de  i  ou  du  \  arabe.  11  n'est 
qu'une  sibilation,  très-sembUble  au  . -,  ou  a  notre  c  cédille. 

1  A  la  différence  des  Castillans ,  lesquels  ont  fait  de  l'x  un  équivalent  dt 
leur  jota ,  c'est-u-dire  un  «»  ,  les  Catalans  lui  avaient  laissé  d'abord  sa  va- 
leur originelle  latine  ks ,  qui  est  devenue  ensuite  chez  eux  ktch ,  comme  eu 
sanscrit ,  puis  qui  n'est  plus  aujourd'hui  |x>ur  eux  qu'un  ch ,  comme  chei  les 
Portugais  et  cbes  les  anciens  Lorrains. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  433 

V. 

Que  s'il  en  était  jadis  ainsi  à  l'occident  de  l'empire  des 
Arabes,  qu'est-ce  donc  dans  ses  régions  orientales?  Là  on 
n'a,  pour  ainsi  dire,  pas  même  connaissance  de  l'altération, 
toute  mauresque ,  toute  barbaresque ,  qui  fait  du  g  arabe  un 
r  provençal. 

A  quel  drograan  des  ambassades  du  Levant  a-l-il  pris  la 
fantaisie,  je  suppose,  de  dire  que,  pour  arriver  àConstanti- 
nople,  il  ait  eu  à  franchir  un  bor'az  {y&jî)  ? 

Ou  qu'il  soit  allé  se  promener  au  faubourg  de  R'alata 
(*JaJU)? 

Ou  bien  que  le  sultan ,  au  sérail ,  soit  servi  par  des  ichor- 
lans  (y^Uf  f\)  ? 

Certes  on  se  ferait  moquer  de  soi  en  parlant,  même  aux 
Turcs ,  du  rôle  que  joua ,  il  y  a  cinquante  ans ,  Paswan  Orlou 
(  JUî) ,  ou  bien  de  la  différence  qui  existe  entre  un  colonel 
de  la  garde  d'Abdou'l  Medjid  et  un  ancien  ara  (Lcl )  des  ja- 
nissaires. 

La  même  chose  fût  arrivée  à  tout  voyageur  en  Syrie,  s'il 
eût  voulu,  par  exemple,  à  propos  de  la  Palestine,  mention- 
ner, sous  le  nom  de  Raza,  celte  ville  de  Gaza  (ojé),  connue 

depuis  le  siècle  de  Samson,  et  plus  tard  illustrée  encore  par 
l'héroïque  fidélité  dont  fut  martyr  son  gouverneur,  mort  te- 
naillé sous  les  instruments  de  torture,  pour  en  avoir  défendu 
les  remparts  pour  son  légitime  souverain ,  contre  le  royal  bri- 
gand Alexandre;  — ville  rendue  fameuse,  d'ailleurs,  par  une 
antique  invention  industrielle,  bien  digne  du  luxe  de  Tyr  et 
de  Sidon  :  par  l'invention  de  cette  toile  ou  de  celte  «  ombre 
de  toile  » ,  transparente  comme  du  verre ,  disaient  les  anciens, 
à  laquelle  est  restée  le  nom  de  gaze  \ 

1  A  la  vérité  Gaza  fut  primitivement  écrit  par  un  'aïn  (  î?  )  ;  mais  cette 
lettre  (  c.  arabe),  qui  justement  ne  diffère  du  c.  que  par  l'emploi  d'un 
point,  ne  fixe  que  mieux  ici  l'orthograplie;  car  elle  proscrit  l'emploi  d'un 


434  AVRIL-MAI   1857 

Pareillement  on  aurait  ri  de  l'homme  i|in  eut  voulu  cfal 
ger  les  Afghans  en  Afr'uns.  Aujourd'hui  même,  l'invention, 
toute  prônée,  toute  chauffée  qu'elle  est,  n'a  pas  tellement 
pris  partout,  qu'on  ne  trouvât  encore  très  ridicule  un  tourisfa 
qui,  revenant  de  l'Inde,  raconterait  avoir  traversé  les  vallées 
de  YAfranistan. 

VI 

Et  c'est  à  bon  droit,  mon  .lier  ami,  que  la   chose  .serait 
jugée  grotesque;  car  la  prêt  tiiicatioo  qu'on  se  pro 

pose  de  consacrer  ne  s'appuie  ni  sur  les  autei  èdenta  dop 
par  l'histoire,  ni  sur  les  Dotions  que  fournit  une  sain-   phi 
lologie. 

Ni  sur  les  antécédents  historiques,  d'abord  :   non»   I 
fait  voir,  et  nous  serions  maîtres  de  le  développer  plus  au 
long.  Certes  on  n'a  jamais  nommé  Rouride~  les  princes  delà 
dynastie  aet,  eoi    ; •  n •  t  le  général  Court  signale  le 

berceau  dans  le  pays  de  Gour  (}•*),  très  connu,  où  roule 
une  rivière  que  l'étude  des  marches  militaires  d'Alexandre 
lui  prouve  avoir  bien  été  l'ancien  fleuve  Gurœus.  Assurément 
le  terrible  conquérant  de  l'Inde,  sorii  de  la  ville  que  toul  le 
monde  appelle  encore  Gaxnàl,e\  non  Razna,  ne  se  doutait 
guère  qu'après  avoi:  étésil  ingtemps  M.dimoudleGazne'i 
il  fût  destine  ;i  «lev  mr  il.    n  ,  par  la  grâce 

de  quelques  oITiciers  francs i>  malheureusemenl  I  >eonnés  au 
baragouin  de  l'Algérie.  Pareille  annonce  aurait  bien  étonné 
aussi  ce  célèbre  sultan  Mohammed  6Aa*i,  qui,  -innommé 
Éntei  pour  ses  brillantes  ghazias,  ou  expédition-  victorieuses, 
ne  prévoyait  pas  qu'un  jour,  en  les  imitant  ou  les  surpas*  mt 
(au  point  de  vue  de  la  destruction  surtout) ,  on  les  appellerait 

ji  on  d'an  <Jj.  Elle  ne  fait  que  montrer  mieux  ,  quand  on  soupe  an  Td{a 
de»  Grecs  et  an  Gaza  de  Quinte-Curce ,  combien  le  fond  du  gain  peut  fidè- 
lement être  rendu  dans  notre  langue  par  un  <j. 

1  Gaina.  C'est  de  cette  façon  ,  mon  cher  ami,  qu'orthographie  M.  Bland  . 
dan»  une  lettre  que  précisément  il  vous  adresse. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       435 

des  razias1,  et  que  lui-même,  bizarrement  affublé  du  nom 
de  Razi  ou  Rhazi,  il  serait  confondu  avec  le  fameux  docteur 
Rhazi  ou  Razi  (en  grec  Pàlr/s) ,  le  médecin  des  califes ,  le  fon- 
dateur de  la  clinique  à  Ragdad. 

Ni  sur  les  notions  philologiques,  avons-nous  dit,  car  toutes, 
au  contraire,  tendent  à  repousser  la  néophonie  dont  il  s'agit. 
Dans  cette  hypothèse,  par  exemple,  comment  nos  apôtres 
novateurs  se  rendent-ils  compte  de  mots  tels  que  <_>K*  , 
Jlôyi,  etc.?  Tant  que  l'on  a  le  modeste  bon  sens  de  voir, 
comme  jadis ,  un  g  dans  le  é-,  nulle  difficulté  et  tout  va  bien  ; 
car  le  g  n'est  qu'un  adoucissement  du  k,  il  n'en  diffère  point 
par  essence  2;  et  si  quelque  étranger  nous  parlait  d'un  gor- 

1  Une  fois  cet  abus  phonétique  introduit ,  il  a  lait  naître  parmi  les  soldats 
une  sorte  de  jeu  de  mots,  triste  et  singulier  résultat  de  leur  ignorance.  Ceux 
d'entre  eux  qui,  nés  tapageurs,  aimaient,  n'en  eussent-ils  pas  reçu  l'ordre,  à 
tout  briser  et  tout  détruire ,  donnaient  pour  raison  de  leur  vandalisme ,  que 
la  guerre  s'appelle  en  arabe  razia ,  et  qu'il  fallait  bien ,  par  conséquent ,  ne 
rien  laisser  debout ,  —  toute  chose  devant  tomber  abattue ,  et  le  sol  devant 
être  rasé  cjmme  avec  un  rasoir. 

3  Ka  et  ga  sont  tellement  voisins  (  pourvu  que  l'on  ne  gâte  pas  ce  dernier 
par  un  mélange  de  r),  que  souvent,  de  l'un  à  l'autre,  la  distance  s'efface  et 
disparaît.  D'aqua,  les  Espagnols  ont  fait  agua ,  et  A'al-coton,  algodon.  En 
Italie,  Caïeta  est  devenue  Gaeta,  et  castigare,  gastigare.  Nos  dictionnaires 
permettent  de  dire  canif  ou  ganif.  De  crassus ,  nous  avons  fait  gras  ;  et  ce 
n'est  même  là  que  l'un  des. cas  d'une  règle  autrefois  générale  ;  car  en  fran- 
çais, le  c,  suivi  d'une  liquide,  pouvait  toujours  se  prononcer  g.  Ainsi,  l'on 
articule  église,  quoique  l'on  écrivît  éclise  (du  grec  semi-moderne  ecclisia); 
et  pour  Claude ,  il  était  non-seulement  permis ,  mais  prescrit ,  de  prononcer 
Glaude:  méthode  conservée  dans  le  mot  reine-claude ,  où  il  est  resté  d'usage 
chez  les  gens  bien  élevés,  de  faire  entendre  reine-glaude.  Quelques  archaïstes 
n  ont  d'ailleurs  pas  entièrement  cessé,  pour  secrétaire  ,  de  prononcer  segré- 
taire  ou  ségretaire,  et  le  peuple  va  même  jusqu'à  dire  encore  égrevisse.  A  plus 
forte  raison  la  chose  avait-elle  lieu  quand  le  c  se  trouvait  entre  deux  voyelles  ; 
alors  on  l'adoucissait  toujours ,  et  il  devenait  régulièrement  un  g,  comme  Fi 
devient  un  z  en  pareil  cas. —  Cicogne  (orthographié  encore  dans  La  Fontaine 
par  deux  c)  sonnait  comme  s'il  eût  été  écrit  cigogne.  11  n'y  a  que  quarante 
ans  qu'on  a  commencé  à  ne  plus  dire  gui  dans  faculté  et  difficulté.  Et  comme 
vestige  de  ce  principe,  nous  avons  toujours  le  mot  second  (prononcez  se- 
cond) ,  lequel  ne  prend  encore  nulle  part  l'articulation  cassante  et  barbare 


HI  AVRIL-MAI    1857. 

beau  vu  d'un  grtble,  non-  |  -.nous  pas  dans  rembarras  ni 
y  reconnaître  un  corbeau  et  un  crible.  Mais  que  reste  t-il  des 
-.nulitudes  primitives,  au  contraire,  quand  on  se  jette  dans 
des  prononciations  baroques,  qui  conduisent  à  dire  un  ror 
beau  et  un  rrible?  —  La  belle  chose,  mon  cher  ami,  que  la 
mania  d'innover1! 

VU. 

Nous  avons,  du  reste,  un  moyen  de  passer  à  la  pierre  de 
touche  les  deux  affirmations  diverses,  et  de  vérifier  laemeUi 
est  la  bonne. 

Point  de  règle  plus  certaine,  dans  la  science  des  dériva 
tions  lexiques,  que  la  permutation  continuelle  du  v  et  du  g, 
ces  deux  lettres,  si  différentes  pour  l'oreille,  ne  font  qu'un 
en  étymologie.  Personne  n'ignore,    par  exemple,  «il   de 

vulpes  on  a  fait  en  italien  golpe ,  et  chez  nous  goupil ,  i m 

de  vulpilio,  goupillon;  que  Vasco,  vetpu ,  MteÙM  ,  sont  devenu- 
en  français  Gascon,  guêpe,  gaine;  que  levis  a  produit  léger  cl 
liège;  que  neige  est  venu  a  nive;  que  le  latin  servions  I  donné 
naissance  à  nuire  -ul>-lantil srnj.nt,  et  l'italien  savio ,  a  notn 
adjectif  sage  ;  que  des  mots  anglais  William ,  Wales ,  war, 
warrant,  warden,  wages,  toise,  wafer,  nous  avons  fait  G  ml 
laume,  Gttlles,  guerre,  garantie ,  gardien,  gages,  guise ,  '/<*«/"  ; 
que  le  guerm  des  Persans  répond  au  warm  germanique 
comme  le  Vischlaspu  des  inscriptions  de  Darius  au  Guschtasp 

et  Pïfdonej .  qn*eo  arminien,  on  a  nomme  Houlav  (| 

nkond,  nnon  peut-être  dan»  la  bouche  de  quelques  pédants  d'écol* 
maire ,  prétentieux  docteurs  de  village ,  étrangers  à  la  langue  des  salous  et 
aux  us  de  la  bonne  compagnie. 

1  Que  le  fc,  quand  il  s'altère,  puisse  permuter  avec  le  .jj  et  eoa  pa 
avec  le  \ ,  —  chose  toute  naturelle  d'après  la  ressemblance  des  articulai  m  m 
kartga,  —  c'est  une  vérité  que  continueraient  des  faits  innombrables.  Le 
mot,  par  exemple,  qui  signifie  chez  les  Mongols  «enceinte  réservée,  lieu 
prohibé ,»  a  été  rendu  en  lettres  arabes,  d'après  l'oreille  ,  tantôt  par  ,•»*£  . 
tantôt  par  1*4*9  ,  et  même  par  £.» y9 .  Croit-on  qu'il  eut  jamais  pu  l'être 
par  ij')\>  ?  Allon*  donc  ! 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  437 

Houlag)  le  conquérant  mongol  Houlagou;  et  qu'enfin,  dût  le 
linguiste  aller  jusqu'aux  extrémités  de  l'Asie ,  il  trouverait 
encore  en  Chine  un  certain  mot  qui  se  prononce  indifférem- 
ment wei-wei  ou  goei-goei.  On  ne  saurait  même  regarder  un 
principe  si  notoire  comme  l'un  des  théorèmes  de  la  science 
étymologique;  c'en  est  plutôt  un  des  lemmes,  sinon  presque 
l'un  des  axiomes  ,  tant  on  a  coutume  de  s'en  servir  sans  avoir 
besoin  de  discuter.  Employons-le  donc  comme  épreuve.  Si  le 
i-  est  une  sorte  de  r,  il  ne  pourra  se  transformer  en  v.  Au 
contraire,  il  le  pourra,  s'il  faut  le  ranger  parmi  les  g,  et  si 
c'est  l'articulation  d'un  gamma  qui  constitue  son  essence. 

Eh  bien  !  nous  voyons  que  le  substantif  turc ,  qui  signifie 
montagne,  savoir  thâg  (  é-U?  à  Constantinople ,  t\ï  à  Magjar, 
£.Lï  dans  l'Asie  septentrionale) ,  s'articule  indifféremment  en 
turc  sibérien ,  tâg  et  tâv  (  é-L»  et  «Li'  )  ;  que  guerre  peut  se 

dire  ou  yâg  (  é-L,  ou  yâv  {X>),  et  guerrier,  soit  yagtchi 
(  ^^v!  ) ,  soit  yavtchi  ( ^«u  ).  Pareillement,  les  Tchouvaches 
ont  coutume  de  changer  Yogoul  ottoman  en  ovoal  ou  euveul, 
et  ils  disent  très-bien  dowân  ou  towân  (<jL3  ou  o|y  ),  au 
lieu  de  doghân  (^Cc3).  —  En  voilà  assez;  la  vérification  est 
faite  ;  et  quand  il  n'y  aurait  pas ,  à  l'appui  de  la  chose ,  tant  de 
preuves  d'un  autre  ordre,  celles-ci  suffiraient  pour  établir 
que  le  è-  est  un  véritable  g. 

VIII. 

D'ailleurs,  il  n'y  a  pas  jusqu'à  certaines  erreurs,  aujour- 
d'hui abandonnées ,  mais  ayant  eu  cours  autrefois ,  qui  ne 
soient  significatives  aussi,  et  qui  ne  concourent  à  montrer 
combien  le  système  nouvellement  mis  en  vogue  s'éloigne  des 
réalités;  combien  il  fausse  les  traditions  de  la  langue  arabe. 

On  a  cru,  par  exemple,  que  l'espèce  de  vampire  fabuleux , 
nommé  dans  le  Levant  Jj*  [goul),  tirait  son  nom  du  latin 
gula,  et  que  cette  larve  sanguinaire   s'appelait  une  goule. 


438  AVRIL   MAI   185 

parce  qu'elle  était  goulue  (gulosa).  L'étymologie  était  ab- 
surde, .sans  contredit;  mais  personne  ne  l'aurait  ima^ 
si  les  Orientaux  avaient  prononcé  roui  Bien  mieux  :  pendant 

longtemps,  comme  chacun  sait,  le  terme  jjLÎ  (  log a  ou  logat) 
•  langue»,  a  passé  pour  n'être  que  la  transcription  aralx 
X&yos,  el  il  y  avait ,  en  effet,  certains  motifs  de  se  le  figurer. 
La  ressemblance,  néanmoins, était  fortuite,  el  l'on  a  renoncé 
à  l'idée  d'une  étyiuologie  qui  ne  résistait  pas  à  l'examen; 
mais  pour  que  l'opinion  dont  il  s'agit  ait  pu  s'établir:  et  ré- 
gner, il  avait  fallu  que  les  Arabes  articulassent  loga ,  et  non 
point  lora. 

A  ces  erreurs  anciennes,  joignons-en  une  récente,  qui  n'a 
pas  moins  de  force  comme  preuve.  Les  fashionables  du  Le- 
vant, quand  ils  ont  voulu  imiter  le  langage  de  lu  mode  pa- 
risienne, ont  forgé  s^liLa,  afin  ■!•  repn ^(  nier  maqastn.  Leur 
soin,  à  la  vérité,  était  bien  inutile;  rien  ne  les  <>l 
créer  un  mot,  puisqu'ils  possédaient  le  terme  arabe  jyi  , 
qui  est  l'origine  du  nôtre;  mais  du  moins  leur  fantaiaie 
amène  un  résultat  précieux,  car  elle  nous  mon  tu  que  pour 
produire  magazrh,  la  vraie  manière,  en  Orient,  est  encore 
aujourd'hui  d'employer  un  i~. 

N'importe I  on  oublie  tout  cela,  on  foule  aux  pieds  les 
antécédents,  on  couvre  ,1  un  égal  dédain  et  les  raisons  et  les 
exemples.  Et  pour  décider  avec  tant  d'aisance  (d'autres  que 
nous  emploieraient  un  terme  plus  fort),  sur  quoi  s'appuie- 
t-on? 

Sur  les  usages  vicieux  d'une  province  semi- marocaine, 
dont  la  prononciation  est  aussi  corrompue  que  la  grammaire, 
et  de  qui  le  jargon  ne  mérite  pas  plus  de  faire  autorité  en 
arabe,  que  le  patois  picard  ou  gascon  d'éti  mine  loi 

en  français  ' 

'  Ici  an  rapprochement  se  prétente.  Les  habitant»  du  Var  ou  des  Bou- 
ehes-du-hhone  ont  coutume  d'articuler  1er  d'une  façon  si  grasse,  tjueTon  se 
ûgure  entendre  un  orné  (le  w  anglais).  C'est  là  un  genre  d'altération  parti- 
culier à  la  Poaovemce.  Eb  bien  !  des  Orientaux  qui  ne  connaîtraient  la  France 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  .439 

IX. 

Eh  bien  !  allez-vous  me  répondre ,  il  n'y  a  pas  à  s'inquiéter 
d'une  telle  erreur.  Pour  modérer  le  zèle  ardent  des  réforma- 
teurs, moustachus  ï,  il  suffit,  quelle  que  soit  leur  force,  de  leur 
opposer  celle  des  témoignages  classiques,  dont  la  réunion 
forme  un  poids  immense. — IS  on  pas,  non  pas,  mon  cher  ami, 
vous  en  prenez  bien  à  votre  aise.  Les  insurgés  dont  vous 
parlez,  devenus  maîtres  du  terrain  en  Afrique,  n'ont  fait,  à 
Paris ,  j'y  consens ,  qu'une  seule  recrue  sérieuse  ;  mais  ils  l'ont 
faite  bonrte,  et  vous  savez  ce  que  Racine,  dans  Iphigénie,  dit 

de  la  puissance  d'Achille ,  d'Achille,  quoique  seul,  contre 

une  armée  entière.  Aux  yeux  de  la  plupart  des  gens,  tant 
vaut  l'apôtre,  tant  vaut  la  doctrine;  or,  à  cette  mesure,  la  vé- 
rité risquerait  fort  de  passer  pour  l'erreur;  car  ici  l'apôtre 
vaut  beaucoup. 

Pourquoi,  se  demande-t-on ,  un  si  bon  esprit,  —  hardi; 
sans  doute,  mais  ordinairement  hardi  sans  paradoxe,  — 
a-t-il  pu,  cette  fois-ci,  choisir  une  route  si  singulière  et  si 
ultra-nouvelle,  qui  ne  mène  à  aucune  issue  (satisfaisante  du 
moins)  ? 

Par  esprit  de  corps ,  probablement ,  et  par  vivacité  cheva- 
leresque. Il  se  sera  cru  devant  l'ennemi  ;  il  n'aura  pas  voulu 
abandonner  ses  camarades.  Moi ,  je  conçois  son  aventureuse 
tentative,  et  j'y  applaudis,  malgré  les  fâcheux  résultats  qu'elle 
aura.  Je  fais  comme  ces  officiers  anglais  qui  jadis,  en  voyant 
un  bateau  brûlot,  dirigé  par  un  seul  homme,  venir,  à  travers 
les  balles\  mettre  le  feu  à  leur  frégate ,  battirent  des  mains 

que  par  un  séjour  fait  dans  nos  ports  du  Midi  (le  cheikh  Réfa'a  et  ses  com- 
pagnons ,  par  exemple  ,  s'ils  ne  fussent  pas  allés  plus  loin  que  Maouseille  ) , 
auraient  pu  être  tentés  d'écrire  à  leurs  amis  du  Caire ,  que  la  lettre  r,  dans 
la  langue  française,  est  une  sorte  de  ».  Nous  ririons  d'une  erreur  si  forte; 
et  cependant  elle  serait  le  parfait  équivalent  de  celle  que  commettent  nos 
officiers ,  quand  ,  trompés  par  les  habitudes  spéciales  de  l'Algérie ,  ils  nous 
disent  sérieusement  que  le    i.  arabe  est  une  sorte  de  r. 

'   Epithète  néologique ,  forgée  par  Victor  Hugo, 


Ml  AVRIL-MAI   1857. 

à  l'aspect  du  talent  et  du  courage  du  Français  qui  le  ma- 
nœuvrait. 

Quoi  qu'il  en  soit,  se  faisant  le  champion  de  la  méthode 
néo-algérienne,  notre  cher  adversaire  s'est  mis  à  transformer 
•  n  Hhorsafiyeh  le  nom  deGaursafiyeh,  âgâ»»  j«c .  Libre  à  lui . 
car  il  a  de  grands  droits,  et,  en  sa  qualité  de  vrai  savant,  il 
est  a  peu  près  à  l'abri  des  critiques ,  quelque  chose  qu'il  lui 
prenne  envie  de  dire  ou  de  faire.  Mais  cette  orthographe ,  il 
ne  se  borne  pas  à  la  choisir,  il  l'impose;  voilà  le  seul  mal. 
Non  content  d'écrire  rhor,  il  gourmande  ceux  qui  ont  écrit 
différemment,  c'est-à-dire  qui  ont  mis  ou  gaur,  ou  ghaur. 
bonnes  gens,  néanmoins,  dont  l'unique  tort  est  d'avoir  .su 
sans  finesse  la  marche  uimn-'llr 

Non- seulement,  en  effet,  ils  n'ont  fait,  en  agissant  ainsi, 
que  se  régler  sur  la  valeur  générale  du  gain,  résultant  te 
innombrables  faits  dont  nous  venons  de  rappeler  une  partie  ; 

mais  ils  avaient  pour  eux ,  quant  au  mot  *  lt  en  particulier, 

l'autorité  expresse  de  deux  dictionnaires  classiques  :  celui  de 
Freylag,  qui  transcrit  formellement  ^  par  gaur,  et  celui  de 
Wilmet,  qui  en  exprime  le  diminutif  *j1*  par  gowaïr l.  Ils 
savaient  que  l'ancien  ^  espagnol,  que  l'on  rencontre  sur  la 
route  de  Grenade  à  Murcie,  est  encore  aujourd'hui  nomm> 
Gor  sans  aucune  altération1.  Ils  voyaient,  de  plus,  Irbv  tt 
Mangles  appeler  tout  bonnement  Gurneyi,  et  non  point  Hhu 
ivnrnâ,  les  Arabes  du  Gaur  ou  Gor  de  Judée.  Cela  eût  mérité, 
ce  semble,  aux  infortunés  pécheurs,  quelque  indulgence  >l< 
la  part  de  notre  formidable  ami. 

D'ailleurs,  faute  d'autre  argument  pour  excuser  leur  ma- 
nière de  comprendre  le  gain,  ils  étaient  maîtres  d'allégm •■ 

1  Une  chose  étrange,  c'est  que  Willmet  et  Freytag,  qni  n'ont  coutume, 
m  l'un,  ni  l'antre,  de  donner  en  lettres  latines  la  prononciation  des  mots, 
l'aient .  dans  ce  cas-ci ,  graphiquement  exprimée  tons  les  deux.  On  dirait 
que  par  instinct  ils  ont  prévu  le  danger,  et  qu'ils  ont  voulu  d'avance  pro- 
tester contre  l'aberration  qu'on  vent  à  présent  mettre  à  la  mode. 

1  Voir  les  cartes  d'Espagne. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  441 
au  moins  un  exemple  non  discutable,  un  exemple  impos- 
sible à  récuser  par  le  juge  même  qui  les  malmenait.  Cet  exem- 
ple, c'était ,  c'était  le  sien  propre  ! 

Comment  ? 

Ah!  la  chose  est  certaine.  Perdant  de  vue  quelquefois  sa 
thèse,  le  maître  lui-même,  par  intervalle ,  a  suivi,  lui  aussi, 
o  nefandum  !  a  suivi  la  roule  commune.  En  faisant  mention 
du  (jJ  nasLo ,  n'a-t-il  pas  écrit  saghir  noun ?  Hélas  oui ,  vrai- 
ment. Saghir  avec  un  g,  comme  le  reste  des  humains!  Il  a 
oublié  de  mettre  sar'ir. 

Plus  que  cela.  Faut-il  le  dire?  Ses  condescendances  ont 
été  bien  plus  loin.  Il  est  allé  jusqu'à  représenter  q^c  J  et 

q!;U par  quoi,  bon  Dieu!  par  Argoun  et  Gazan!  — 

non-seulement  au  moyen  du  g,  mais  d'un  g  tout  vulgaire, 
sans  le  plus  petit  accent,  le  plus  petit  point,  le  plus  petit  h 
du  monde. 

N'importe.  Ne  tolérer  désormais  que  Rhor  au  lieu  de 
Ghaur  ou  Ghor,  voilà  ce  qu'on  exige  de  nous. 

Il  y  aurait  ici  beaucoup  à  dire,  si  l'on  voulait  se  livrer  à 
une  discussion  approfondie;  mais  l'entreprenne  qui  voudra: 
je  me  sens,  moi,  peu  disposé  à  lutter  contre  un  combattant 
de  pareille  taille.  Deux  circonstances  me  donneraient  trop  de 
désavantage  et  me  désarmeraient  tout  de  suite  :  d'abord,  ma 
faiblesse,  qui  est  grande,  et  puis  ma  sympathie,  qui  ne  l'est 
pas  moins.  Au  lieu  de  répéter  jusqu'au  bout,  selon  mon  de- 
voir :  Amicus  Plato,  magis  arnica  veritas,  qui  sait  si  je  ne 
finirais  pas  par  m'écrier  :  Valeat  veritas!  magis  amicus  Plato! 

X. 

Ainsi  donc,  mon  cher  ami,  bien  que  le  verdict  universel 
ait  proclamé,  depuis  des  centaines  d'années,  que  le  £  (écri- 
vons g')  est  un  g  prononcé  du  gosier  :  G  in  gutture  pronun- 
lialum,  comme  dit  le  vieux  Erpénius; 

Quoique  les  Pococke ,  les  Niébuhr,  les  Reiske,  aient  adhéré 
ix.  29 


mJ  AVRIL-MAI   1857. 

tout  simplement  à  cette  vérité,  comme  Freytag  y  adhère 
encore  ; 

Quoique  le  célèbre  Albert Schultens  ait  transcrit  sans  scru- 
pule JjàJf  »j|  par  Abu'l  Goul; 

Quoique  les  Mille  et  une  Nuits  nous  aient  fait  lire,  dès 
notre  enfance,  les  aventures  de  Ganem,  et  non  de  Ranem; 

Quoique  le  bon  Galland,  et  après  lui  Cardonne  et  tous  les 
auteurs,  appellent  tantôt  Mogrébins  et  tantôt  Mograbis,  mais 
jamais  Morrébiru,  ni  Morrabis,  les  habitants  de  l'Occident 
barbaresque,  —  déjà  nommés  au  reste,  il  y  a  dix-huit  cents 
ans,  par  Pline  l'ancien,  Machrebi,  et  non  point  Marrebi,  pas 
même  Marrhebi1; 

Quoique  le  nom  de  ce  pays  (<_>>»>)  soit  très-bien  copié 
sous  la  forme  Maghreb,  par  M.  Munk,  M.  Barges,  etc.,  ou 
plus  hardiment  encore  sous  la  forme  Magreb,  par  M.  Reinaud 
et  M.  Ernest  Renan ,  qui  ne  se  croient  pas  même  obligés  de 
modifier  le  g  par  un  k  supplémentaire1; 

Quoique  M.  Noël  Desvergers ,  quand  il  parle  des  princes 
africains  de  la  dynastie  d'Aglab ,  les  orthographie  non-seule- 
ment par  un  g  quelconque,  mais  par  le  9  franc,  sans  acces- 
soires; 

Quoique  M.  Reinhart  Dozy ,  faisant  de  même,  écrive  Gomura 

pour  ojL^ ,  Télag  pour  &JL> ,  et  Gazait  pour  J,\i*  ; 

Quoique  M.  Fresnel,  cet  arabisant  d'Arabie,  pour  ainsi 
parler,  qui  à  Djedda  semblait  dans  son  chez-lui,  transcrivît 

1  Et  cependant  Marrhebi ,  si  conforme  aux  habitudes  gréco-romaines ,  au- 
rait parfaitement  exprime  l'articulation  patoise  que  l'on  veut  faire  prévaloir. 
Eh  bien,  non!  —  Notes  que  dans  le  Machrebi  de  l'linc,  1er  n'a  rien  de  commun 
avec  le  t  ;  il  n'est  (pie  la  représentation  du  y  Quant  au  t,  il  y  est  figuré 
par  le  ch ,  gutturale  qui  chez  les  Latins  n'était  presque  plus  qu'un  k  (ils 
écrivaient  indifféremment  chants  et  carat ,  sepulchrum  et  stpalcrum);  mais 
qui ,  fût-elle  restée  grasse  comme  le  X  K1*0  •  ne  portait  du  moins  en  elle- 
même  aucune  nuance  de  r. 

'  M.  Cberbonneau  lui-même ,  qui  a  si  souvent  la  bonté  de  condescendre 
aux  exigences  de  l'école  africaine ,  n'écrit  pas  non  plus  Morreb  ,  mais  Mogreb. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  443 

ainsi  «JîCt  par  Gazâleh,  et  que  l'adoption  d'une  telle  ortho- 
graphe fût  de  sa  part  une  chose  raisonnée,  puisqu'il  consi- 
dérait les  Gasandes  de  Diodore  et  les  Cassanites  de  Plolémée 
comme  la  tribu  des  G'assanides  qL*c  Jf  ; 

Quoique  M.  Bianchi,  dans  son  catalogue,  ne  mette  ni 
Rhafour,  ni  Rhaled,  mais  Ghafour  et  Ghaled,  voire  tout  bonne- 
ment Galed; 

Quoique  M.  de  Sicé,  témoin  de  la  prononciation  laissée 
dans  l'Inde  par  les  introducteurs  du  Coran ,  appelle  fort  bien 
goçal,  et  non  roçal,  l'ablution  rituelle  A^s-  ; 

Quoique  M.  Barbier  de  Meynard  écrive  sans  hésitation, 
et  par  un  g  simple ,  Bourgouschi,  pour  rendre  /J0**}f1 

Quoique  M.  Bland  ne  mette  point  d'/i  (à  plus  forte  raison 
point  d'r)  à  Gazna  \  et  que,  pareillement,  ni  M.  Stahl,  ni 
M.  Julien  Dumont ,  n'introduisent  l'une  ou  l'autre  lettre  dans 
Gaznévide; 

Quoique  M.  de  Hammer,  en  parlant  de  l'idole  %  des 
Boghdadiens,  la  nomme  Bogh,  et  non  pas  Bor'; 

Quoiqu'il  ne  défigure  point  en  rhalib  ou  r'alib ,  ce  mot 
galib  ou  galeb  (o-Ji.  ou  uJU) ,  si  connu ,  d'où  viennent  en 
provençal  galaubia  «  vaillance  » ,  galaubier  «  homme  vigoureux 
et  vainqueur  »,  etc.  ; 

Quoique  M.  Quatremère,  à  propos  de  la  différence  entre 
^à»  et  ja&  ,  ait  positivement  donné  pour  équivalent  graphique 
de  y*x.  les  lettres  françaises  gaïr; 

Quoiqu'il  n'ait  pas  songé  une  seule  fois  à  travestir  le  Kitâb 
el-aghani  en  Kitâb  el-ar'ani; 

Quoique  M.  Jules  Mohl  ait  copié  de  la  même  manière  le 
titre  de  ce  recueil  de  chansons;  c'est-à-dire  en  y  laissant  au 
gain  ou  ghaïn  sa  valeur  gutturale  ordinaire; 

Quoique  M.  de  Slane  rende  Ujf  pour  kougha  (non  point 
kourha  ou  kour'a) ,  et  le  nom  primitif  d'Alger,  c'est  à  savoir 

1  Voir  ci-devant  la  note  de  la  p.  Mit. 

29. 


444  AVRIL-MAI    1857. 

llcy.  0u  yj  ly>  par  Djeiair  béni  Mezgkannu  (  non  point  liez- 
rannâ;  —  quoiqu'il  fasse  plus,  et  qu'il  n'aspire  même  pat 
son  g  dans  le  nom  de  la  rivière  Sagded,  IjjJL  (j3Ϋ; 

Quoique  M.  Caussin  de  Perce  val  nous  donne  Gauth  pour 
l'équivalent  européen  de  o**  ; 

Quoique  M.  Belin  agisse  de  même,  quand  il  mentionne 
ElGkonri  (  t^yul) ,  dont  il  n'a  garde  de  faire  El-lihouri; 

Quoique  tout  le  monde,  et  notamment  M.  Sédillot,  quand 
il  est  question  de  ^oJI  O^**,  appelle  Gayath  «Un  un 
prince,  qu'il  n'est  venu  dans  la  tête  de  personne  de  dénom- 
mer Hhavutli  eddin  ; 

Quoique  cet  orientaliste  n'introduise  pas  même  un  h,  soit 
dans  le  nom  de  Gaza  (©>«.),  dont  nous  avons  parlé,  soit 
dans  celui  du  Gaur;  de  ce  fameux  gaur  des  Moabites,  au 
sujet  duquel  on  a  tant  bataillé  ; 

Quoique  M.  Defrémery,  dans  sa  traduction  récente  d'Ibn 
Batoutah,  suive  encore,  pour  les  noms  propres  dont  son  livre 
fourmille,  les  mêmes  errements  que  les  nombreux  auteurs 
ci-dessus  ; 

Quoique  M.  Silvestre  de  Sacy,  qui  savait  peut  être  l'arabe , 
ait  confirmé  de  telles  règles  par  la  pratique  de  toute  sa  vie  ; 

Quoiqu'il  ait  regardé  comme  tout  à  fait  accessoire  une 
nuance  grasseyante,  à  lui  bien  connue,  par  lui  signalée  dans 
sa  Grammaire,  mais  dont  il  ne  se  préoccupait  en  aucune 
façon,  la  jugeant  dénuée  d'importance; 

Quoiqu'il  soit  allé  jusqu'à  dire,  —  chose  qui  exprime  certes 
bien  sa  conviction  tout  entière,  et  chose  aussi  dans  laquelle 
éclate  sa  science  presque  divinatoire,  puisqu'il  ignorait  alors 
l'existence  du  mot  Jfj>cl  découverte  depuis  lors  dans  Ibn 
Abi  Oçaïbi'ah;  —  quoiqu'il  soit  allé  jusqu'à  dire  que,  pour 
transcrire  en  arabe  le  root  grœcus ,  il  faut  y  rendre  le  g  par 

un  t 

Malgré  tout  cela,  mon  cher  ami,  je  ne  serais  pas  surpris 
qu'à  la  longue ,  voyez-vous,  la  vigueur  et  la  persévérance  des 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  445 

assiégeants  ne  l'emportassent  sur  la  raison,  voire  sur  le 
nombre.  Aussi  me  vient-il  des  envies  d'abandonner  la  bonne 
cause. 

XI. 

Si  donc  la  même  idée  vous  germe  dans  la  tête ,  et  si  vous 
êtes  prêt  aussi  à  déserter  avec  armes  et  bagages ,  il  y  aurait 
peut-être  quelque  parti  à  prendre. 

Pour  bien  rompre  avec  tous  les  classiques  orientaux  du 
djâhilet  et  de  Y  islam;  pour  faire  acte  de  ce  zèle  éclatant  qui 
sied  à  de  nouveaux  convertis  ;  passons  la  mer,  mon  cher  Rar- 
cin1.  La  boussole  est  une  belle  chose!  Sous  la  conduite  de 
quelque  vieux  marin,  habitué  à  bien  comprendre  les  indi- 
cations de  l'aiguille  marnètique2,  embarquons-nous  pour  le 
pays  où  régnèrent  les  Arlabites 3.  Sans  nous  arrêter  aux  Ba- 
léares, car  elles  ne  parlent  plus  qu'espagnol,  depuis  qu'elles 
ont  été  reprises  sur  les  Sarrasins  par  les  rois  à'Araron^,  al- 
lons tout  droit  à  la  côte  d'Afrique.  Dans  quel  but?  Pour  y 
chercher  les  souvenirs  de  la  Fiancée  du  roi  de  Rarbe  5  ?  Nul- 
lement. Pour  y  serrer  la  main  aux  champions  de  l'école  ar- 
ticulatoire  qui  s'est  formée  dans  le  Marreb  \ 

Nous  ne  pourrons  pas ,  il  est  vrai ,  quoique  arrivés  là ,  pour- 
suivre du  même  pied  que  ces  messieurs  le  lion  ou  la  razelle1  \ 
mais,   partageant  leur  repas  de  chasseurs,  sous  quelques 

1      w^wyC. .  Voir  la  page  de  titre  du  livre  Les  Oiseaux  et  les  Fleurs. 

*  On  sait  que  magnes ,  magneticus ,  etc.  sont  dérivés  du  nom  de  la  ville 
de  Magnesia ,  en  arabe  hj^ujJJl^  ,  sur  le  territoire  de  laquelle  fut  d'abord 
découverte  la  pierre  d'aimant. 


J^ 


446  AVRIL-MAI  1857. 

arbres  où  nous  serons  ravis  d'entendre  les  oiseaux  ruzouiller1, 
nous  mangerons  comme  eux,  avec  toute  la  simplicité  nnli 
taire,  un  pilau,  bien  assaisonné  de  clous  de  rérojle*.  En  façon 
de  dessert,  nous  aurons  d'excellentes  rernades*,  qui  rempla- 
ceront fort  bien  les  groseilles,  ou  des  orange*  de  Mo$taranemk, 
non  moins  bonnes  que  celles  du  Portural  '.  Pour  boisson,  il 
nous  suffira  des  jets  d'une  source  fraîche,  où  nous  aurons  eu 
soin  de  nous  laver  les  pieds ,  les  mains  et  la  ligure  ,  sans  ou- 
blier de  nous  rarranser  la  bouche  '.  Celte  eau  pure ,  nous  la 
sablerons  comme  du  Champagne,  en  façon  de  toast,  aux 
prompts  succès  de  la  nouvelle  prononciation  du  raïn\  Et  de 
retour  dans  no»  foyers,  nous  garderons  un  doux  souvenir  de 
ce  banquet,  plus  agréable  que  ne  furent  jadis  les  splendides 
festins  du  Gnnd-Morol \  Encore  moins  regretterons  nous  l<- 
ebétif  luxe  culinaire  d'AJ-Mamoun  ou  de  Hurouu  er-Hachid 
malheureux  princes  arriérés,  qui,  n'ayant  pas  vu  luire  le 
siècle  où  Us  auraient  pu  recevoir  des  leçons  de  néophoné- 
tisme,  ignorèrent  toute  leur  vie,  les  pauvres  gens!  qu *il» 
étaient  califes  de  Bardad*. 

P.  G.-D. 

*  Les  Arabes  appellent  ce  fruit  qL»\  •  mais  l'adjectif  formé  de  grenadV 

aU.  p.)  est  ghernâti  (  ^Jo^jyê.),  par  conséquent  rtrnâti  dans  le  nouveau 
système. 

'  ^Iojij.  Voir  la  note  qui  lient  lieu  de  post-script  uni 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  447 

NOTE  SUR  LE  NOM  DE  BAGDAD. 

Quelques  personnes  font  venir  ce  mot  du  nom  d'une 
divinité  adorée  des  Bogdadiens  l,  c'est-à-dire  d'une  certaine 
idole  Bog'  (  *j  )  ;  mais  il  vient  bien  plutôt  de  celui  d'un  an- 
cien village  ou  temple  perse,  qui  occupait  le  même  lieu, 
et  qui  avait  tout  simplement  porté  le  nom  âryan  de  Baga- 
datta,  Baga-data,  ou  Bag-data,  c'est-à-dire  «donné  par  les 
dieux  (Dieudonné)  ».  Cette  hypothèse,  beaucoup  plus  natu- 
relle, paraît  tout  à  fait  confirmée  par  la  manière  dont  Bagdad 
se  trouve  graphiquement  exprimé  en  hébreu.  Le  rabbin  Pe- 
tachia,  au  xne  siècle,  l'écrit  "n;Q  (Bagdad,  avec  un  g  simple 

et  deux  a  brefs),  et  même  il  fait  observer  qu'anciennement 
on  disait  (  par  un  t  et  non  par  un  d)  Bagdatâ  ou  Bagdetah , 
nxm32.  La  chose  est  d'autant  plus  sûre  que  le  rabbin  Khar- 
ma,dontilest  fait  mention  dans  leTalmud,  portait  le  surnom 
de  Bagdethâ,  dès  la  fin  du  me  siècle  de  notre  ère,  c'est-à-dire 
en  un  temps  où  Bagdat,  modeste  village  à  côté  du  florissant 
Gtésiphon  et  des  grandes  ruines  encore  subsistantes  de  Baby- 
lone,  ne  laissait  guère  deviner  ce  qu'il  deviendrait  cinq  cents 
ans  plus  tard,  sous  les  Abbasides  2. 

1  Secte  syrienne  restée  empreinte  de  paganisme. 

3  Par  parenthèse,  cette  orthographe,  qui  se  trouve  être  révélée  parte 
témoignage  des  rabbins ,  explique  pourquoi  nos  anciens  voyageurs  écrivaient 
toujours  par  un  t  le  nom  de  la  ville  califale  Bagdat  ou  Bagdet,  et  pourquoi 
la  prononciation  courante  des  Français  est  restée  à  peu  près  cela.  Quand  fut 
joué  le  fameux  opéra  comique  de  Boïeldieu,  l'affiche  portait  bien  Le  calife 
de  Bagdad,  mais  tout  le  public  articulait  Bagdatt,  donnant  ainsi  au  d  final  la 
valeur  forte  et  brève  qu'il  a  dans  pied-à-terre  (piétaterre).  Et  aujourd'hui 
même ,  il  est  encore  d'usage  de  ne  pas  articuler  différemment  le  nom  dont 
nous  parlons. 


AVRIL-MAI    1857. 
NOTE 

se  a 

I  U   l'ROGRÈS  RÉCENTS  DE  LA  CIVILISATION  EN  II  Ml 


Depuis  une  vingtaine  d'années,  la  Perse  a  commencé  à 
montrer  plus  de  dispositions  à  se  soumettre  à  l'influence  de 
la  civilisation  européenne  que  dans  les  temps  antérieurs. 
Avant  d'arriver  à  cet  état,  elle  devait  s'éveiller  du  long  en- 
gourdissement dans  lequel  l'avaient  plongée  les  dissensions 
tant  politiques  que  religieuses  qui  ont  déchiré  ce  pays  depuis 
tant  de  siècles.  Le  règne  prolongé  de  Fath  Ali  Schah  favorisa 
ce  réveil.  Dès  le  commencement  de  son  règne,  on  voit  re- 
naître le  goût  des  belles-lettres;  aussi,  depuis  ce  moment, 
voyons-nous  apparaître  des  poètes  de  tous  genres,  des  histo- 
riens, des  biographes,  des  voyageurs  et  même  des  Indue 
leurs  d'ouvrages  européens.  Les  nomsdeSchakaki',  deSàii1, 
de  Sihàb',  de  Modjmar*.  de  Saboùri',  de  Sabâ\  de  Wisâl', 
des  deux  Nischâti  ',  de  Nawàyi*,  de  Kaâni  ,0,  de  Yagh- 

'   <J  ULft  (Aj  fj  O-Q*  Mehdi  IVg ,  poète  d'un  grand  talent ,  mort  l'an 
i  a  i  A  de  l'hégire. 

'  ymab  I  \ y»  Mina  Dja'Jar,  mort  en  1219. 

1  |>^£  j*y*.  \\y*  Mina  Sayid  Mohammed,  mort  en  1232. 
'   ijAmA.  iVw~  Sayid  llousain ,  mort  en  1225. 

*  0^1  \\ja  Mina  Ahmed,  mort  en  1228. 

•  Le  célèbre  /jlik  /Jx.  ^j  Fat'h  Ali  Khan,  le  ttelic  utch  Schoara  (  le 

roi  des  poètes)  de  Fat'h  Ali  .Schah,  mort  en  1262. 

1    JU»  *>*&•£  Kv*  Mirza  Scbcfi'  Wisâl,  mort  en  1263. 

'  Le  premier,  <_>Uâ  Jî  J^vc   \\y»  Mirza'Abdul  VVahbAb  ,  mort  en  1  j/j/i  ; 

le  second,     j*Ut    I  jw»  Mina  'Abbas,  mort  en  1 262. 

'   3^yJ     £j    û*^  \\y»  Mina  Mohammed  Taki,  qui  jouait  un  grand 
rôle  |K-ii(lant  le  règne  de  Mohammed  Schah. 

14  Le  célèbre  Jt.llji  o-a**  fjy»    Mina  Habib,  mort  l'année  dernière. 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  449 

ma',  de  Mouflik  2  el  de  Serousch  \  sont  les  plus  distingués 
parmi  les  quatre-vingt-dix  poêles  et  écrivains  modernes  que 
l'on  trouve  dans  le  nouveau  Tezkiré 4. 

La  première  impulsion  de  ce  pays  vers  la  civilisation  eu- 
ropéenne peut  être  attribuée  aux  efforts  de  feu  AbbasMirza, 
grand-père  du  scliah  actuel.  C'est  de  ce  temps  que  date  l'in- 
troduction de  l'imprimerie,  des  beaux-arts  et  de  la  discipline 
militaire;  ce  fut  alors  que  parurent  quelques  ouvrages  sur 
l'histoire  et  la  géographie.  Son  lils,  Mohammed Schah,  aurait 
certainement  marché  sur  les  traces  de  son  père,  si  le  mau- 
vais état  de  sa  santé  et  sa  faiblesse  envers  son  premier  mi- 
nistre Hadji  Mirza  Aghassi  n'eussent  entravé  la  réalisation 
de  plans  si  bien  conçus.  Au  commencement  de  son  règne, 
le  schah  actuel,  Nasirud-din,  tâcha  non-seulement  de  réali- 
ser les  plans  de  son  grand-père,  mais  d'en  élargir  encore  le 
cercle.  Mirza  Taki  Khan ,  homme  d'un  grand  mérite  admi- 
nistratif, débuta  dans  son  emploi  de  premier  ministre  (sa- 
dâreti  'ozma)  par  des  mesures  très-utiles  à  la  civilisation  du 
pays. 

En  observant  l'état  de  la  Perse,  depuis  la  mort  de  Fath 

1  Le  célèbre  l^J   A^^  Hakim  Yaghma ,  mort  il  y  a  deux  ans. 

1  (jx.  tV«^  Uv*  Mirza  Mohammed  'Ali,  appelé  t^a^Jl  \0-^>  «le  prési- 
dent des  poètes.»  .     . 

1  /Ac  cX-*^  <\y°  Mirza  Mohammed  'Ali,  appelé  ,  w*y»  Serousch,  vit 
encore. 

*  Le  Tezkiré  (biographie  des  hommes  de  lettres,  ou  plutôt  des  poètes) , 
que  je  possède  en  manuscrit,  m'a  été  apporté  de  Téhéran  l'année  i85i; 
c'est  un  des  cinq  nouveaux  ouvrages  de  ce  genre  qui  ont  paru  pendant  ces 
vingt-cinq  dernières  années.  11  faut  remarquer  qu'après  ÏAtéschkédé  d'Azéri, 
le  plus  grand  et  le  plus  digne  d'être  nommé,  c'est  le  Tezkiré  de  Navayi 
Kaschani.  Le  nom  de  l'auteur  est  ^yyuj^ ,  ùij » ,  3  Dervisch  Housaïn ,  mort 
il  y  a  à  peu  près  vingt  ans.  Cet  ouvrage  n'a  pas  été  publié  ;  mais  plusieurs 
personnes  en  Perse  en  ont  des  copies.  Le  manuscrit  original  se  trouve  dans  la 
bibliothèque  de  Housaïn  Kouli  Khan  de  Khamsa  *m£-  q  L^  (^3  ^/>.wa  . 
Mon  Tezkiré  est  tout  nouveau  ,  et  doit  avoir  été  écrit  sous  le  règne  de  Nasir 
ud-Din  Schah. 


450  AVRIL-MAI  1857. 

Ali  Schah,  un  trouve  quelques  résultats  importants  <le  I  in 
lluence  exercée  depuis  une  vingtaine  d'années  dans  ce  pays 
par  la  civilisation  européenne,  dont  les  principaux  sont,  i  la 
création  du  Divani  'adâlet,  ou  tribunal  de  la  justice,  qui  fut 
établi  au  commencement  du  règne  de  Mohammed  Schah; 
a"  l'établissement  du  Dâr  ul  ï'ounoun,  académie  ou  école  des 
sciences,  créée  au  commencement  du  règne  du  schah  actuel; 
et  3"  le  goût  naissant  des  Persans  pour  les  tradiu  lions  d'ou- 
vrages historiques  et  géographiques ,  et  eu  général  pour  toutes 
les  productions  de  la  littérature  européenne.  Nous  allons  dire 
quelques  mots  sur  chacun  de  ces  points. 

I. 

Le  Divan  ou  tribunal  de  la  justice,  fut  fondé  par  le  célèbre 
fiuïm  inafsiun  Mirza  Aboul  Kasim.  L'histoire  de  la  création 
de  ce  divan  donne  une  idée  claire  de  F  esprit  téméraire  de 
cet  homme  de  génie,  qui  fut  premier  ministre  de  Perse  pen- 
dant les  dernières  années  du  règne  de  Fath  Ali  Schah  et  Ul 
premières  de  celui  de  Mohammed  Schah.  L'établi  m  nu  ni 
d'un  tribunal  tel  qu'il  est  à  présent  était  regardé  comme 
une  entreprise  aussi  audacieuse  qu'avantageuse  pour  le  pays- 
Audacieuse,  en  ce  que  les  ouléma  faisaient  tous  leurs  efforts 
pour  conserver  entre  leurs  mains  l'administration  de  la  jus- 
tice en  Perse,  et  que  l'influence  morale  qu'ils  exerçaient 
sur  les  esprits  devait  rendre  la  lutte  très-difficile;  avant.) 
geuse,  en  ce  quelle  limitait  le  pouvoir  des  juges,  condition 
nécessaire  pour  prévenir  les  injustices  individuelles,  surtout 
dans  un  pays  où  les  organes  de  l'administration  peuvent  com- 
menter la  loi  d'après  leurs  préventions  personnelles.  11  est  de 
fait  que  la  nature  même  des  lois  musulmanes,  surtout  chez 
les  schiiles,  donne  à  chaque  kudi  (juge)  le  moyen  d'expli- 
quer les  questions  juridiques  selon  son  bon  plaisir,  surtout 
quand  elles  sont  plus  ou  moins  obscures  ou  difficiles  a  ré- 
soudre. Sur  un  point  d'interprétation  de  la  loi,  il  peut  exis- 
ter différentes  opinions  de  Mouschtehid ,  par  conséquent  dif- 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       451 

férentes  manières  déjuger,  qui  paraissent  toutes  également 
légales.  Cet  état  de  choses  offrait  de  grands  dangers  pour 
ceux  qui  avaient  recours  à  la  justice,  et  le  gouvernement  at- 
tendait, pour  ainsi  dire,  un  moment  favorable  pour  le  mo- 
difier. 

Après  la  mort  de  Fath  Ali  Schah ,  le  trône  de  Perse  était 
regardé  comme  une  proie  sur  laquelle  se  précipitaient  de 
tous  les  côtés  ses  nombreux  enfants  et  petits- enfants.  Mo- 
hammed Mirza,  à  peine  alors  âgé  de  vingt-six  ans,  fils  aîné 
d'Abbas  Mirza ,  qui  était  le  vali  'ahd  (  successeur  ou  héritier 
du  trône) ,  était  regardé  comme  le  véritable  héritier  de  la 
couronne.  Mirza  Aboul  Kasim,  le  kaïm  makam  \  faisait  tout 
son  possible  pour  consolider  légalement  le  droit  de  ce  prince , 
et  l'influence  des  cabinets  européens  l'aidait  à  atteindre  son 
grand  but,  l'avènement  au  trône  de  l'héritier  légitime, Mo- 
hammed Mirza.  Mais  le  droit  de  succession  au  trône  avait  été 
trop  souvent  contesté  en  Perse  ;  chacun  des  prétendants  pou- 
vait aisément  se  former  un  parti  pour  appuyer  ses  préten- 
tions. L'esprit  du  peuple  était  donc  dans  une  agitation  conti- 
nuelle, et  le  gouvernement  devait  prendre  des  précautions 
sérieuses. 

Au  milieu  de  ces  difficultés ,  le  kaïm  makam  cherchait 
quelque  moyen  de  pacifier  l'esprit  général.  On  sait  que  les 
Persans  aiment  à  fixer  le  souvenir  d'événements  remarquables 
par  des  mots  qui  expriment  la  date  de  l'événement  par  la 
valeur  numérique  des  lettres  qui  les  composent.  Or,  pour 
marquer  l'année  de  l'avènement  au  trône  de  Mohammed 
Schah,  on  avait  trouvé  les  mots  :  .dl  5~gk  zuhour  uhhakk, 
qui  signifient  a  la  manifestation  de  la  justice,  »  et  dont  la  va- 


1  La  jeunesse  d'Abbas  Mirza  et  ses  fréquentes  absences  de  son  gouverne- 
ment en  Aderbidjan  avaient  donné  lieu  à  l'établissement  de  la  fonction  de 
kaïm  makam,  c'est-à-dire  lieutenant.  Mirza  Aboul  Kasim  avait  rempli  ces 
fonctions  à  deux  reprises ,  pendant  plusieurs  années ,  sous  Abbas  Mirza  et 
sous  son  lils  Mohammed  Mirza.  A  la  mort  de  Fath  Ali  Schah ,  il  était  donc 
le  premier  personnage  de  l'Etat. 


Ml  AVRIL-MAI   1857. 

leur  numérale  est  ia5ol,  ce  qui  était  précisément  l'époque 
de  la  mort  de  Fath  AH  Schah  et  de  l'avènement  au  trône  de 
son  petit-fils  Mohammed.  MirzaAboul  Kasim  résolut  de  tirer 
parti  de  ce  jeu  de  mots.  Pendant  que  les  compétiteurs  au 
trône  agitaient  clandestinement  les  esprits,  le  premier  mi- 
nistn-  lit  paraître  la  proclamation  suivante  :  «  Entre  tous  les 
princes  de  la  maison  royale  des  kadjars,  Mohammed  Schah 
est  celui  que  la  Providence  a  désigné  pour  gouverner  le  beau 
pays  de  Perse.  Outre  les  preuves  nombreuses  qui  attestent 
l'incontestabilité  de  ses  droits,  le  ciel  a  bien  voulu  le  dési- 
gner plus  clairement  aux  musulmans  par  le  rapport  mysté- 
rieux qui  existe  entre  ces  mots  arabes  :  zuhour  ul-hukk,  qui 
signifient  «la  manifestation  de  la  justice,  •  dont  la  valeur 
ia5o  indique  précisément  l'année  de  l'avènement  de  ce 
prince  au  trône  de  ses  ancêtre*.  » 

Ce  ne  fut  pas  sans  étonnement  que  le  kaïm  makam  vit  tous 
les  esprits  en  mouvement.  La  nouvelle  de  l'apparition  de  la 
justice,  que  le  peuple  désirait  depuis  longtemps  avec  ardeur, 
avait  parcouru  tout  l'empire.  11  faut  remarquer  i«  i  que  l'at- 
tenle  d'un  sauveur,  d'un  envoyé  du  ciel,  qui  doit  apporter 
la  justice  sur  la  terre,  est  une  idée  généralement  répandue 
chez  tous  les  peuples  de  l'Asie.  Les  musulmans,  surtout  les 
schiites,  attendent  leur  Mehdi,  comme  les  Hébreux  attendent 
leur  Messie.  Cette  idée  a,  de  tout  temps,  servi  de  prétexte 
aux  imposteurs  qui,  à  différentes  époques,  ont  paru  dans  plu 
sieurs  contrées  musulmanes,  et  se  sont  frayé  un  chemin 
sanglant  pour  atteindre  le  but  de  leur  ambition.  Le  dernier 
d'entre  eux  avaitété  Bnb,  qui  avait  jeté  le  trouble  dans  presque 
toute  la  Perse  pendant  les  premières  ann<  es  du  règne  du 
schah  actuel.  Cette  annonce  de  la  manifestation  prochaine 
de  cette  justice  si  longtemps  attendue,  devait  donc  gagner 
ni  nouveau  roi  la  faveur  du  peuple. 

Le  kaïm  makam  déclara  que,  |K>ur  rendre  la  justice  éga- 

'  jO  —  900;  0  —  S;  4  =6;  )==  »"<>;  '  —  H  (J  =  3o;  *>  r=S  ; 
(W  =  100  rr  u5o. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       453 

lemenl  accessible  à  tout  Je  monde,  le  gouvernement  allait 
procéder  à  l'établissement  d'un  tribunal,  auquel  tous  auraient 
droit  de  demander  la  satisfaction  qui  leur  serait  due.  La  pro- 
messe eut  un  plein  succès  :  le  peuple,  fatigué  d'incessantes 
oppressions,  s'occupa  plus  de  la  justice  promise  que  des  ins- 
tigations de  ses  guides  spirituels.  Les  tentatives  des  princes, 
les  murmures  des  ouléma,  restèrent  sans  résultat,  et  le  Gou- 
vernement commença  à  exécuter  son  plan. 

Afin  de  montrer  au  peuple  que  le  tribunal  de  la  justice 
serait  aussi  puissant  que  le  schah  lui-même ,  le  grand  vizir 
obtint  du  roi  que  celui-ci  accordât  au  représentant  de  ce  tri- 
bunal des  honneurs  royaux.  La  première  apparition  de  Va- 
miri-divan  (grand  maréchal  du  tribunal)  dans  les  rues  de 
Téhéran  frappa  tous  les  habitants  de  la  capitale.  «  Le  schah  ! 
le  schah!»  criaient  les  uns.  «Non!  non!  c'est  Mirza  Hibi 
Khan,»  disaient  les  autres.  «Comment  est-il  donc  entouré 
du  même  cortège  que  le  padischah?»  Le  commissaire  du 
gouvernement  répondit  aux  curieux  que  c'était  le  grand  re- 
présentant du  divani  adalet,  le  grand  maréchal  du  tribunal 
de  la  justice ,  et  comme  la  justice  administrée  par  le  divan 
dérivait  de  l'ombre  de  Dieu ,  c'est-à-dire  du  schah ,  le  grand 
représentant  de  la  justice  était  jugé  digne  de  recevoir  les 
honneurs  spécialement  affectés  à  la  personne  du  roi.  Cette 
explication  vola  de  bouche  en  bouche  par  toute  la  Perse,  et 
le  peuple  se  soumit  avec  joie  à  une  innovation  qui  lui  faisait 
espérer  un  meilleur  sort. 

Le  nouveau  tribunal  fit  effectivement  beaucoup  de  bien 
pendant  les  premières  quatre  ou  cinq  années  de  son  exis- 
tence; ce  n'était  que  là  que  l'on  pouvait  trouver  justice.  Mais 
malheureusement,  sous  l'administration  mystique  de  Khodja 
Mirza  Agassi,  son  influence  diminua  graduellement.  Actuel- 
lement ce  tribunal  est  considéré  comme  la  seconde  instance 
après  le  divan  spécial  du  schah  (divani  schah);  mais  ses  ju- 
gements sont  sans  appel,  hors  le  cas  où  le  roi  donne  son 
consentement  à  la  révision  d'un  procès  par  ce  même  divan, 
ou  par  un  comité  spécial,  dont  les  jugements  sont  sujets  à 


i.»  AVRIL-MAI   1857. 

la  sanction  royale.  Dans  les  premières  années  de  son  institu- 
tion ,  ce  tribunal  se  composait  des  membres  suivants  :  i  '  Amiri 
divan,  ou  le  maréchal  président  cl n  divan;  a"  Sadri  divan, 
ou  président  du  tribunal  de  la  part  des  ouléma,  premier 
personnage  après  le  maréchal;  3*  Amini  divan,  le  confident 
du  divan  (eunuque  choisi  pour  les  affaires  des  femmes)  ; 
h'  Amiri  noudjebd,  émir  choisi  comme  représentant  de  la 
noblesse  (des  kadjars);  5'  Amiri  léschker,  général,  député  des 
militaires;  6*  Moastaicfyi  divan,  contrôleur  des  affaires  des 
maliat  (domaines)  ;  7*  Nuzim  ul-adalet,  procureur  général  du 
tribunal;  8°  Mounschi  baschi,  grand  secrétaire  du  divan. 

La  procédure  des  affaires  était  confiée  aux  soins  des  moun- 
chis  et  moaharrirs  (secrétaires  et  copistes).  La  partie  execu- 
tive était  entre  les  mains  de  deux  fonctionnaires  :  1  °  Ndib- 
Ferrasch,  chef  des  officiers  chargés  de  l'exécution  des  arrê- 
tés du  conseil  du  tribunal  dans  la  ville;  et  z'Ndib-Ghoulam, 
chargé  d'exécuter  les  ordonnances  du  tribunal  dans  les  pro- 
vinces. Chacun  d'eux  avait  sous  ses  ordres  un  nombre suflivmi 
deferrasch  et  de  ghoulam.  Il  y  avait  en  outre  un  ferrasch  khal- 
v$t,  qui  remplissait  auprès  du  tribunal  deux  fonctions;  il 
devait  communiquer  au  roi  les  rapports  du  divan,  en  cas 
que  Sa  Majesté  se  retirât  dans  le  khalvet,  retraite  dans  la- 
quelle ni  ses  visirs,  ni  aucun  de  ses  sujets  ne  pouvaient  péné- 
trer jusqu'à  lui  (ce  droit  étant  toujours  réservée  ses  ferrasch 
khalvet  et  ghoulam  khalvet,  qui  sont  une  sorte  de  pages  spé- 
ciaux); et  a\  il  devait  mettre  au  net  le  procès- verbal  du 
divan. 

Vers  la  tin  du  règne  de  Mohammed  Schah ,  cet  établisse- 
ment ,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  fait  remarquer,  était  tombé  dans 
une  sorte  de  décadence.  Du  temps  de  Mina  Taki  Khan ,  il 
fut  réorganisé  et  constamment  soutenu  par  ce  grand  homme. 
De  nos  jours,  il  est  basé  sur  les  mêmes  principes;  mais  mal- 
heureusement, dans  la  position  actuelle  de  la  Perse,  on  s'oc- 
cupe fort  peu  de  l'amélioration  des  établissements  intérieurs 
du  pays. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  455 

II. 

Le  Dur  ul-Founoun  (maison  des  sciences).  Cette  acadé 
mie  ou  plutôt  cette  école  fut  fondée  par  les  soins  de  Mirza 
Taki  Khan,  dont  le  sort  est  déploré  jusqu'à  ce  moment  dans 
son  pays.  Cet  homme  de  génie  avait  passé  la  plus  grande 
partie  de  sa  jeunesse  à  voyager.  A  l'âge  de  vingt-cinq  ans,  il 
avait  été  attaché  à  la  mission  du  prince  Khosrou  Mirza  à 
Saint-Pétersbourg,  en  i83a;  il  était  alors  secrétaire  d'Amir 
Nizam  Mohammed  Khan,  qui  accompagnait  le  jeune  prince 
pendant  son  voyage  en  Russie.  En  visitant  avec  lui  tous  les 
établissements  de  Saint-Pétersbourg,  tant  militaires  que  ci- 
vils, Mirza  Taki  (il  n'était  pas  encore  nommé  khan  à  cette 
époque)  enregistrait  dans  son  journal  de  voyage  tout  ce  qui 
provoquait  sa  curiosité.  Quelques  années  après  son  retour,  il 
fut  promu  au  titre  de  khan ,  et  sous  Mohammed  Schah ,  il  fut 
envoyé  en  Turquie,  à  deux  reprises,  en  qualité  de  chargé 
d'affaires.  Ce  fut  là  que  Mirza  Taki  Khan  conçut  les  projets 
de  réforme  qu'il  mit  à  exécution  en  i848.  En  dépit  des 
préjugés  des  musulmans  fanatiques ,  qui  disaient  que  le  gou- 
vernement de  Mahmoud  introduisait  dans  l'islamisme  des 
innovations  diaboliques ,  Mirza  Taki  Khan  voyait  avec  envie 
les  progrès  des  Ottomans;  mais  les  circonstances  n'étaient 
pas  encore  favorables  à  ses  projets.  Après  son  retour  de  la 
Turquie,  il  fut  promu  au  titre  du  veziri  nizam,  et  resta  jus- 
qu'en i848  auprès  du  jeune  Velïahd  (le  schah  actuel), 
dans  l'Aderbidjan.  La  mort  de  Mohammed  Schah  et  l'avéne- 
ment  au  trône  de  son  successeur  ouvrirent  une  large  carrière 
à  l'activité  de  Mirza  Taki  Khan.  La  faveur  dont  il  jouissait 
auprès  du  jeune  prince  lui  procura  deux  grands  titres  :  celui 
d'amir-nizam  et  de  sadri  aazam l.  Les  affaires  du  gouverne- 
ment prirent  alors  une  direction  nouvelle.  Il  est  difficile  de 

1  Le  fameux  Amir  Nizam  Mohammed  Khan  avait  attaché  à  son  service 
deux  jeunes  gens  qu'il  affectionnait  beaucoup  :  t'un  était  Housaïn  Beg ,  qui 
avait  été  autrefois  envoyé  en  Angleterre  ,  et  l'autre,  Mirza  Taki.  Grâce  à  la 


'456  AVRIL-MAI   1857. 

dire  combien  d'améliorations  furent  laites  en  peu  de  temps 
par  ce  ministre  dans  toutes  les  branches  de  l'administration. 
L'abolition  du  touioul  (impôt  que  les  khans  et  leurs  employés 
prélevaient  sur  les  villes,  les  districts  et  même  les  gouver- 
nements entiers,  au  lieu  de  salaires),  qui  fut  toujours  une 
des  causes  de  la  ruine  du  pays;  la  diminution  du  pouvoir 
accordé  aux  employés  civils  et  militaires,  surtout  de  ceux 
d'Aderbidjan,  qui,  du  temps  de  Hadji  Mirza  Agassi,  avaient 
fait  le  malheur  du  pays;  la  réforme  des  ministères,  surtout 
de  celui  des  affaires  étrangères;  l'introduction  de  la  Gazette , 
des  passe-ports,  l'organisation  de  la  poste-,  les  encourage- 
ments donnés  aux  fabricants  et  aux  ouvriers  de  toute  espèce; 
les  avances  faites  aux  savants  et  aux  étrangers  versés  dans 
la  connaissance  des  affaires,  pour  venir  introduire  en  Perse 
les  éléments  de  la  civilisation  européenne:  tout  cela  fut  coin 

protection  de  l'amir  nium ,  tous  deux  avaient  reçu  le  titre  de  khan  j  et  oc- 
cupaient deux  grand*  poste*.  Le  premier  était  adjutant  beuchi  «chef  de  tout 
le* aides  de  camp»,  et  le  second,  vttiri  n'uam  «chef  de  l'état-major.  •  Tous 
deux  servaient  d'aide*  à  l'amir  nisam ,  qui  remplissait  les  fonctions  de  mi- 
nistre de  la  guerre.  Apre*  la  mort  de  ce  ministre,  sa  place  était  restée  va- 
cante, vu  que  personne  n'était  jugé  digne  de  remplir  le*  fonctions  d'un 
homme  aussi  important  que  l'était  Mohammed  Khan.  Pendant  les  dernières 
années  de  l'administration  du  grand  vizir  Hadji  Mirxa  Agassi,  Mirza  Taki 
Khan  et  Housain  Beg  furent  tous  deux  absents  de  Téhéran  ;  l'un ,  en  qualité 
de  vérin  nium ,  devait  résider  à  Tauris  ;  l'autre  avait  été  envoyé  comme 
gouverneur  à  Yexd.  Durant  quelques  années,  Taki  Khan  se  trouva  donc  en 
relation  quotidienne  avec  l'héritier  du  troue  ,  et  jouit  de  la  plus  grande  fa- 
veur. Mais  la  mort  du  roi  Mohammed  Schah  le  jeta  dans  de  grandes  «lilli- 
cultes.  Le  trône  resta  vacant  pendant  quelques  jours,  et  l'absence  de  l'hi'ri- 
lier  donna  lieu  à  la  création  d'un  gouvernement  provisoire  à  Téhéran.  Le 
grand  vixir  Hadji  Mina  Agassi  avait  pris  la  fuite  ;  la  mère  du  shah ,  entourée 
des  principaux  dignitaires  de  l'Etat ,  remplissait  les  fonctions ,  pour  ainsi 
dire,  de  présidente  de  ce  gouvernement.  On  parlait  de  djoum/iouri  «répu- 
blique» dans  tout  Téhéran.  Plusieurs  personnes  jouèrent  un  grand  rôle  dans 
ce  gouvernement  provisoire ,  entre  autres  Mirza  Nasr  llllah  ,  l'un  des  quatre 
membres  de  la  confrérie  des  Dervisch ,  Mirza  Mohammed  Ali,  fils  de  Hadji 
Moulla  Riza,  et  Mirza  Mouslim.  Au  milieu  de  ces  désordres,  Nasr  uù-Din  Mirza 
quitta  Tauris  pour  se  rendre  à  Téhéran  ,  comme  héritier  légitime  du  trône 
de  son  père.  H  avait  avec  lui  deux  hommes  distingués  :  Mirza  Fazl  L'Hah  , 
son  vizir,  et  Mirza  Taki  Khan.  Le  premier  avait  toujours  été  un  homme 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       457 

mencé  el  exécuté  au  bout  de  trois  années,  pendant  le  minis- 
tère de  cet  homme  de  génie.  Le  dernier  service  qu'il  rendit 
au  gouvernement  fut  l'engagement  de  professeurs  étran- 
gers de  toutes  les  sciences  dans  le  Dar  ul-Founoun ,  ou  maison 
des  sciences,  qui  fut  fondée  par  lui  et  qui  existe,  encore  à 
Téhéran. 

Le  Dar  ul-Fonnoun  fut  créé  quelque  temps  avant  YAndjou- 
méni  Danisch,  ou  assemblée  de  savants  à  Constantinople. 
C'est  une  seconde  et  plus  petite  édition  de  l'Ecole  polytech- 
nique de  Constantinople,  par  laquelle  le  gouvernement 
persan  voulait  établir  la  première  pépinière  de  civilisation 
dans  le  centre  du  pays.  Elle  était,  partagée  en  cinq  sections  : 
i°  celle  de  la  philologie,  ou  plutôt  des  langues  latine  et 
française;  2°  des  mathématiques;  3°  de  la  minéralogie;  4°  de 
la  pharmacie,  de  la  chimie  et  de  la  médecine;  et  5°  des 
sciences  militaires,  comprenant  l'art  de  la  théorie  de  la  for- 
tification, de  l'artillerie,  de  l'infanterie  et  de  la  discipline. 

sans  ambition,  aussi  le  second  avait-il  trouvé  le  moyen  de  s'emparer  de 
toute  !a  faveur  de  son  maître  ;  mais  sachant  bien  que ,  malgré  cette  faveur, 
il  n'aurait  pas  pu  soutenir  une  lutte  ouverte  avec  le  sadrul  mamalik  (Mirza 
Nasr  Ullali)  et  les  autres  grands  dignitaires  du  règne  de  Mohammed  Schah, 
il  supplia  son  maître ,  qui  avait  l'intention  de  le  nommer  grand  vizir,  de 
ne  le  faire  qu'après  son  arrivée  dans  la  capitale  et  son  avènement  au  trône  ; 
car  le  bruit  s'était  répandu  que ,  si  Nasir  ud-Din  Mirza  refusait  de  former 
son  ministère  d'après  les  vues  du  gouvernement  provisoire,  le  gouverne- 
ment provisoire  placerait  sur  le  trône  son  frère  cadet  Abbas  Mirza.  Pour 
calmer  tous  les  prétendants  au  titre  de  premier  ministre ,  Mirza  Taki  Khan 
engagea  donc  le  jeune  schah  de  lui  donner  seulement  le  titre  d'amir  nizam, 
attendu  que ,  l'amir  nizam  devant  toujours  résider  à  Tauris ,  les  prétendants 
au  titre  de  sadri  aazam  garderaient  leurs  espérances.  En  effet ,  la  nouvelle 
de  la  nomination  de  Mirza  Taki  Khan  au  titre  d'amir  nizam  mit  fin  aux 
hésitations  des  courtisans  de  Téhéran  ;  ils  attendirent  avec  joie  l'arrivée  du 
jeune  schah.  Cependant  toutes  les  affaires  du  nouveau  gouvernement  pas- 
saient par  les  mains  de  Mirza  Taki  Khan;  nul  ne  le  savait.  Mirza Fazl  Ullah 
gouvernait  en  qualité  de  premier  ministre  ;  ainsi  toutes  les  ambitions  furent 
apaisées  ;  d'abord ,  parce  que  le  nouvel  amir  nizam  devait  bientôt  se  rendre 
à  Tauris ,  et  puis  parce  que  l'on  ne  craignait  pas  les  prétentions  de  Mirza 
Fazl  Ullah.  Cela  dura  ainsi  quelque  temps;  mais  aussitôt  que  le  jeune  schah 
fut  établi  sur  le  trône ,  Mirza  Taki  Khan  reparut  tout  à  coup  en  qualité  de 
sadri  aazam ,  et  tous  ses  ennemis  furent  exilés. 

IX.  3o 


458  AVRIL-MAI  1857. 

Tous  les  professeurs  sont  des  étrangers  et  surtout  des  Alle- 
mands; pour  le  moment,  il  y  a  quelques  précepteurs  armé- 
niens et  persans,  qui  ont  eux  mêmes  achevé  leur  éducation 
dans  l'École  polytechnique  de  Constantinople,  ou  dans  cet 
établissement  de  Téhéran.  Le  nombre  des  élèves  est  d'à  peu 
près  cent  soixante,  dont  cent  dix  sont  élevés  aux  frais  du 
gouvernement,  et  le  reste,  à  leurs  propres  frais.  Les  élèves 
des  derniers  cours  doivent  composer  des  dissertations  sur  des 
sujets  donnés.  Nous  ne  saunons  dire  au  juste  jusqu'à  quel 
degré  d'avancement  ils  sont  parvenus  dans  leurs  études; 
mais  nous  savons  que  le  gouvernement  encourage  ces  jeunes 
gens  dans  leurs  entreprises .  et  leur  accorde  toutes  les  faci- 
lités possibles,  chose  jusqu'alors  toutàfait  inconnue  en  Perse. 
La  Gazette  de  Téhéran  du  a5  schaaban  de  l'année  passée, 
annonce  que  les  professeurs  et  élèves  du  Dar  ul-Founoun , 
sont  dispensés  du  jeûne  du  ramadhan ,  puis  elle  continue  : 
•  Quant  à  ceux  des  étudiants  qui  cherchent  à  faire  des  pro 
grès  dans  les  sciences,  il  est  hors  de  doute  qu'ils  ne  resteront 
pas  sans  travail.  Ils  continueront  à  se  perfectionner  dans  l'é- 
tude et  les  sciences ,  et  s'ils  peuvent  développer  quelque  sujet, 
résoudre  un  problème  scientifique,  ou  écrire  des  disserta- 
tions qui  soient  approuvées  par  leurs  professeurs  on  par 
d'autres  savants,  on  publiera  leurs  uoms  dans  les  journaux, 
■fin  qu'ils  soient  connus  et  honorés.  ■ 

m. 

Le  goût  des  Persans  pour  les  traductions  d'ouvrages  eu- 
ropéens se  manifesta  d'abord  au  temps  d'Abbas  Mirza.  Les 
Persans  doivent,  à  cet  égard,  de  la  reconnaissance  à  leurs 
hôtes  étrangers,  qui,  pendant  leur  séjour  dans  le  pays,  ap- 
prirent la  langue  indigène  et  traduisirent  des  ouvrages  sur 
l'histoire  et  la  géographie.  Parmisles  ouvrages  qui  datent  de 
cette  époque,  nous  connaissons  :  i°  Terdjoumehi  tarikhi  Is- 
cander,  c'est-à-dire  traduction  de  l'Histoire  d'Alexandre  le 
Grand,  achevée  à  Tauris  par  James  Campbell  en  1228  = 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       459 

181 3,  par  l'ordre  d'Abbas  Mirza  ;  2°  Tarikhi  Peteri  kabir, 
Histoire  de  Pierre  le  Grand ,  par  Voltaire,  achevée  par  M.Ga- 
briel; et  3°  Terdjoumehi  larikhi CharlXII ,  traduction  de  l'His- 
toire de  Charles  XII  (de  Voltaire) ,  par  l'historien  Mirza  Riza 
Kouli.  Tous  ces  ouvrages  furent  lithographies  en  un  volume, 
à  Tauris,  en  1262  3t  i8Z15.  Je  n'ai  pas  de  liste  exacte  et 
complète  de  tous  les  ouvrages  européens  traduits  et  publiés 
en  Perse;  mais  nous  connaissons  des  manuscrits  et  des  bro- 
chures écrits  en  persan  sur  diverses  branches  des  sciences , 
sur  la  géographie ,  l'astronomie ,  la  physique ,  l'architecture 
et  l'artillerie;  il  y  a  des  biographies  et  même  des  romans. 
Plusieurs  hommes  de  haute  naissance  et  de  grands  moyens 
ont  voué  leur  vie  à  l'étude  des  sciences  puisées  aux  sources 
européennes;  nous  connaissons  plusieurs  princes  du  sang 
royal ,  plusieurs  khans  et  d'autres  personnages  éminents  qui , 
durant  ces  dernières  quinze  années ,  ont  aidé  au  progrès  de 
la  civilisation  dans  leur  pays.  Les  noms  de  Bahram  Mirza , 
Ali  Khan,  Mahmoud  Khan  le  Kara  guzlou,  Mirza  Habib 
(Kaani),  Scheikh  Mouhsin  (le  traducteur  de  Télémaque) , 
Neriman  Khan  (tous  les  deux  sont  maintenant  à  Paris)  et 
de  plusieurs  autres,  sont  déjà  connus  sous  ce  rapport. 

De  nos  jours  on  peut  lire  en  persan,  outre  les  ouvrages 
que  je  viens  de  mentionner,  l'Histoire  de  l'impératrice  Ca- 
therine ,  celle  de  Napoléon  I"  ;  les  Aventures  de  Télémaque , 
des  voyages  dans  différentes  parties  du  monde ,  et  plusieurs 
autres  ouvrages  tirés  des  littératures  européennes.  J'ai  en  ce 
moment  sous  les  yeux  un  manuscrit  contenant  un  traité 
complet  sur  l'art  militaire,  surtout  sur  les  fortifications  mo- 
dernes; il  est  écrit  par  un  certain  Mohammed  Hassan,  de 
Schiraz,  sous  la  dictée  d'un  général  français ,  M.  Simono,  qui 
fut  pendant  longtemps  au  service  du  gouvernement  persan, 
au  temps  d'Abbas  Mirza  et  de  Mohammed  Schah.  Ce  traité  est 
partagé  en  trois  sections  :  la  première  traite  des  fortifications 
en  général  en  temps  de  guerre  :  elle  renferme  vingt-trois  cha- 
pitres; la  seconde  traite  principalement  de  l'architecture, 
en  huit  chapitres;  la  troisième  parle  des  sièges  des  forte- 


460  AVRIL  MAI  1857. 

restes,  de  la  manière  de  les  fortifier  après  les  avoir  prises, 
et  du  passage  des  rivières  :  elle  est  divisée  en  dix  chapitres. 
Comme  l'auteur  (le  général  Simono)  dit,  dans  la  préface, 
que  tous  les  articles  de  l'ouvrage  en  question  ont  été  tirés  des 
leçons  privées  données  par  lui  à  Ali  Khan  le  kadjar,  par 
ordre  spécial  de  feu  Mohammed  Schah,  il  parait  que  toutes 
ces  leçons  ont  été  données  à  Ali  Khan  en  français,  et  Mo- 
hammed Hassan,  qui  a  achevé  la  traduction  et  la  rédaction 
de  cet  ouvrage,  dit  que  la  plupart  des  leçons  ont  été  traduites 
du  français.  L'ouvrage  est  accompagné  de  quatorze  plancha 
contenant  quatre-vingt-dix-sept  dessins. 

Le  srhah  actuel  s'occupe  des  progrès  de  la  civilisation 
plus  que  ses  prédécesseurs,  et  lui-même  a  beaucoup  de  goût 
pour  les  langues  européennes,  et  surtout  pour  le  français, 
qu'il  connait  le  mieux.  Différentes  circonstances  qui  soutien- 
nent la  cause  des  ignorants  le  gênent  dans  la  réalisation  de 
ses  grands  projets  d'avenir  ;  mais  la  force  des  choses  rendra 
bientôt  la  Perse  plus  familière  avec  la  civilisation  européenne. 
Le  premier  ministre  actuel  fait  tout  ce  qui  se  peut  pour  la 
prospérité  de  son  pays,  et  le  schah,  de  son  côté,  fait  de 
grands  efforts  pour  améliorer  l'instruction  publique.  Nous 
achèverons  cet  article  par  l'annonce  d'une  nouvelle  littéraire 
que  nous  venons  de  recevoir  de  Perse,  concernant  un  ou- 
vrage historique  très-intéressant,  composé  par  ordre  du  roi. 
C'est  le  Rauzat  us-safti  i-nasiri,  en  trois  grands  volumes  in- 
folio. La  Gazette  deTéhéran  avait  fait  l'annonce  suivante  dans 
un  article  daté  du  a5  scha'ban  de  l'année  passée  (c'est  à  peu 
près  la  fin  du  mois  de  mars  i856).  •  La  volonté  sacrée  de 
S.  M.  le  roi  des  rois,  que  Dieu  prolonge  son  règne  indéfi- 
niment! est  parfaitement  favorable  aux  progrès  de  toute  es- 
pèce de  sciences.  Son  auguste  volonté  a  donc  ordonné  au- 
jourd'hui que  l'histoire  des  trois  cent  soixante  et  douze  ans 
écoulés  depuis  l'avènement  des  Séfévides  jusqu'à  nos  jours 
(autrement  dit  l'histoire  particulière  de  Perse)  soit  rédigée 
et  ajoutée  à  l'histoire  connue  sous  le  nom  de  Rauzat  ut-tafâ 
\  cet  effet,  son  excellence  Riza  Kouli  Khan,  le  curateur  du 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       461 

Dar  ul-Founoun  de  Téhéran,  qui  a  une  grande  connaissance 
de  l'histoire  des  temps  passés,  est  chargé  de  faire  un  sup- 
plément de  trois  volumes  (sur  l'Histoire  de  la  Perse  durant 
ces  trois  cent  soixante  et  douze  ans)  aux  sept  volumes  de  Mir- 
khond.  De  plus,  il  fera  un  index  (pour  tous  ces  dix  volumes) 
dans  lequel  on  puisse  trouver  arrangées,  d'après  l'ordre 
chronologique,  toutes  les  générations  des  prophètes  et  des 
rois ,  et  les  dates  de  leurs  règnes.  En  deux  ans ,  le  curateur 
a  achevé  les  trois  volumes ,  contenant  l'histoire  des  Séfévides , 
des  Afchârs,  et  de  l'illustre  maison  des  Kadjars,  jusqu'à  l'an- 
née 1272  =  i856. 

«Ce  grand  ouvrage,  qui  renferme  un  magnifique  travail 
d'analyse  critique ,  faisant  la  continuation  de  l'ouvrage  de 
Mirkhond,  porte  collectivement  le  nom  de  Rauzat  us-sqfâ  i- 
Nasiri,  et  forme  la  meilleure  histoire  de  la  Perse,  par  la  ri- 
chesse des  faits  et  la  simplicité  du  style  (ce  que  le  schah 
apprécie  beaucoup).  Il  jouit  déjà  d'une  grande  estime  parmi 
les  hommes  de  lettres.  D'après  l'ordre  de  Sa  Majesté,  on  a 
commencé  à  lithographier  les  deux  ouvrages  ensemble,  et  à 
les  tirer  à  mille  exemplaires.  Cette  édition  sera  beaucoup  plus 
belle  que  celle  du  Rauzat  us-sofa  de  Mirkhond,  publiée  à 
Bombay.  Quand  la  publication  en  sera  terminée,  nous  nous 
empresserons  de  l'annoncer,  avec  le  prix,  dans  une  note  de 
notre  Gazette.  » 

Nous  n'avons  encore  rien  vu  de  cette  édition  ;  mais  proba- 
blement elle  paraîtra  vers  la  fin  de  l'année. 

Une  Histoire  complète  de  la  Perse  moderne  n'existait  pas 
encore.  On  avait  de  gros  volumes  sur  l'histoire  des  Séfé- 
vides, des  Afschars  et  des  Kadjars;  mais  ce  ne  sont,  pour  la 
plupart,  que  des  compositions  faites  particulièrement  pour 
le  règne  du  souverain  sous  lequel  elles  ont  été  écrites.  Le 
monde  savant  a  le  droit  d'attendre  tout  autre  chose  d'un 
ouvrage  historique  qui  est  écrit  d'après  les  annales  du  pays 
par  un  homme  civilisé  comme  Riza  Kouli  Khan. 

L'un  des  plus  grands  mérites  attribués  par  la  Gazette  de 
Téhéran  à  cet  ouvrage  est  celui  d'être  écrit  d'un  style  simple 


HI  AVRIL-MAI  1857. 

et  non  pompeux,  ce  que  le  schali  apprécie  beaucoup.  Il  est 
à  remarquer  que  déjà  avant  la  simplilkation  du  style  turc, 
introduite  par  le  sultan  Mahmoud,  plusieurs  hommes  de 
lettre»  en  Perse  essayaient  de  simplifier  leur  style  ;  mais  cette 
tâche  était  trop  diflicile,  car  il  fallait  abandonner  la  forme 
pompeuse,  qui  était  regardée,  depuis  tant  de  siècles ,  comme 
l'ornement  naturel  du  langage.  C'est  le  kaîm  makam  Mir/a 
Aboul  Kasim ,  qui  connaissait  mieux  la  langue  persane  que 
tous  ses  prédécesseurs,  qui  donna  la  première  impulsion  à 
cette  tendance  utile.  Depuis  cette  époque,  les  écrivains  m<> 
dernes  tâchent  de  simplifier  autant  que  possible  leur  style,  et 
de  rendre  leurs  pensées  avec  plus  de  clarté.  Jusqu'ici  U 
diplomatique  a  gagné  plus  que  le  style  littéraire.  En  com- 
parant les  ouvrages  anciens  avec  les  nouveaux,  nous  y  re- 
marquons une  énorme  différence;  cependant,  ni  les  Tin 
ni  les  Persans,  ne  parviendront  à  simplifier  leur  style  en- 
tièrement, à  moins  d'introduire  la  ponctuation  d.ms  leur 
écriture.  Malgré  cela,  le  premier  pas  est  fait,  et  nous  devons 
1  attribuer  à  l'influence  de  la  civilisation  européenne  dans 
ces  contrées. 

M.  A.  Kazem-Beg. 


Glimpsks  or  Urs  and  mannkrs  in  Pmrsia,  by  Lady  Sheil. 
Londres,  1857,  in-8*  (40a  pages). 

Lady  Sheil  accompagna  son  mari,  le  colonel  Sheil,  pen 
daul  son  ambassade  en  Perse,  et  passa  trois  ans  et  demi  dans 
ce  pays ,  surtout  à  Téhéran  ;  elle  fit  une  fois  le  voyage  à 
Ispahan  et  passa  un  été  dans  les  montagnes  du  Mazenderan. 
C'est  une  personne  intelligente  et  cultivée ,  qui  s'est  donné  la 
peine  d'apprendre  à  parler  persan  et  qui  nous  communiqué, 
d'une  manière  agréable  et  sans  prétention ,  ses  observations 
sur  les  manières  et  les  mœurs  du  pays ,  et  sur  tout  ce  qu'elle 
était  en  position  de  bien  voir.  Le  colonel  a  ajouté  au  journal 
de  sa  femme  une  série  de  notes  détaillées  et  très-instructives 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  463 

sur  les  ruines  d'Ani,  sur  les  Kurdes,  les  Turcomans ,  les 
Nestoriens;  sur  Khiva,  sur  l'Afghanistan ,  sur  les  manufac- 
tures de  soie  en  Perse,  sur  l'armée  persane,  sur  le  revenu 
de  l'État  et  sur  les  tribus  nomades ,  dont  il  donne  l'énuméra- 
lion  et  le  dénombrement.  Ces  notes  ont  une  valeur  réelle, 
car  M.  Sheil  connaît  bien  la  Perse  ;  il  y  a  demeuré  pendant 
vingt  et  un  ans ,  comme  instructeur  militaire ,  comme  colo- 
nel d'un  régiment,  et  à  la  fin,  comme  ambassadeur.  Il  est  à 
regretter  qu'il  n'ait  pas  donné  plus  d'étendue  à  ces  notes , 
surtout  à  celles  qui  traitent  des  tribus  nomades,  sur  lesquelles 
nous  sommes  encore  très-imparfaitement  instruits,  et  dont 
l'étude  offre  plusieurs  côtés  extrêmement  intéressants. 

J.  M. 


M.  Boudard,  de  Béziers,  annonce,  chez  Rollin,  rue  Vi- 
vienne,  n°  ]  2  ,  la  publication  de  sa  Numismatique  ibérienne  \ 
précédée  de  recherches  sur  l'alphabet  et  la  langue  des  Ibères. 
Ses  Etudes  ibériennes,  publiées  en  i852,  ont  déjà  initié  les 
savants  au  résultat  capital  de  M.  Boudard,  que  les  légendes 
des  médailles  ibériennes  se  laissent  expliquer  par  le  basque , 
à  l'exclusion  des  autres  langues  dont  l'antiquité  nous  a  laissé 
des  vestiges.  Ce  résultat,  fort  beau  en  lui-même ,  nous  amè- 
nera ,  sans  doute ,  plus,  tard ,  au  déchiffrement  de  la  seule  ins- 
cription ibère  un  peu  étendue,  et  qu'on  a  découverte  sur  une 
plaque  de  plomb.  En  attendant,  il  sera  intéressant  de  voir 
réunir  en  un  ensemble  méthodique  des  planches  de  monnaies 
ibériennes ,  des  tableaux  de  légendes ,  des  listes  de  peuplades 

1  L'ouvrage  est  divisé  en  deux  parties.  La  première  comprend 
l'explication  de  l'alphabet  ibérien,  les  preuves  de  l'identité  des 
langues  ibérienne  et  basque,  la  liste  des  noms  de  peuplades  et  de 
lieux  de  l'Hispanie.  La  deuxième  partie  est  consacrée  à  la  numis- 
matique, et  terminée  par  un  essai  sur  l'origine  de  quelques  villes 
anciennes,  ibériennes  ou  celtiques.  On  peut  souscrire  à  Paris,  chez 
M.  Rollin,  12 ,  rue  Vivienne. 


IN  AVRIL-MAI   1857. 

et  de  lieux  antiques,  et  des  cartes  où  l'auteur  tâchera  de  re- 
constituer l'ancienne  Ibérie.  La  position  de  l'auteur  ne  lui 
permet  pas  de  faire  un  tirage  considérable,  et  il  ne  publie  r.i 
son  ouvrage,  au  prix  de  Aa  francs  pour  quarante  feuilles  de 
texte  in-A*  et  quarante  planches,  que  lorsqu'il  aura  pu  ajou- 
ter une  trentaine  de  souscripteurs  à  ceux  qui ,  en  France  et 
-il  Kspagne,  ont  déjà  promis  d'encourager  ce  curieux  tra- 

I  iil 

Antoine  d'Abbadii. 


Fivms  ymars  in  Damascvs,  including  an  account  of  the  history, 
topography  and  antiquities  of  tbat  city,  witli  travels  and  researches 
in  Palmyra,  Lehanon  and  liic  Ilauran,  by  Rcv.  J.  L.  Porter.  2  vol. 
in-8*;  Londres  i855  (avec  de*  cartes  et  des  gravures). 

Le  premier  volume  contient  la  description  détaillée  de 
h. mm-  un  VOyagé  i  iVilmvr.-.  I.i  <l.-i  rij>ti«n  (l<- I.t  vallt-f  tin 
Barada,  du  mont  Hermon ,  des  bords  orientaux  de  l'Antili- 
banon  et  des  lacs  de  Damas;  le  second,  un  voyage  dans  le 
Ilauran ,  à  Bosra ,  Sowcidah  et  Redjran ,  la  description  de 
l'ancienne  province  de  Baschan ,  de  Balbeck  et  de  Homs. 
C'est  un  livre  fait  avec  beaucoup  de  soin ,  de  sens  et  de  mo- 
destie, qui  ajoute  considérablement  a  nos  connaissances  an- 
térieures ,  et  qui  fournit  des  preuves  innombrables  de  la 
quantité  de  découvertes  qu'il  y  a  encore  à  faire  dans  ces 
pays  si  anciennement  cultivés,  et  où  tant  de  dominations  di- 
verses ont  laissé  leurs  traces.  Damas  est  une  des  villes  où 
l'une  ou  l'autre  des  grandes  puissances  devrait  toujours  en 
tretenir  un  représentant  du  savoir  européen ,  pour  qu'il  puisse 
saisir  les  occasions  de  faire  des  explorations  et  des  fouilles 
dans  les  provinces  environnantes,  et  pour  acheter  ou  faire 
copier  des  manuscrits  qui  manquent  à  nos  bibliothèques. 

J.  M. 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

JUIN  1857. 

DE  L'ÉTAT  DE  LA  LITTÉRATURE 

CHEZ  LES  POPULATIONS  CHRÉTIENNES  ARABES 

DE  LA   SYRIE, 
PAR  M.  REINAUD. 

LU  À  LA  SÉANCE  GENERALE  DE  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE , 
LE  2.4  JG1N  1857. 


Les  populations  chrétiennes  de  la  Syrie,  notam- 
ment celles  du  mont  Liban,  ont  depuis  longtemps 
adopté  l'usage  de  la  langue  arabe,  qui  est  celle  de 
leurs  vainqueurs.  L'arabe  appartient  à  la  même 
souche  que  le  syriaque,  le  chaldéen  et  l'hébreu;  et 
les  chrétiens  de  Syrie,  qui  ont  conservé  la  liturgie 
syriaque,  se  contentent  d'écrire  l'arabe  dans  l'écri- 
ture nationale.  En  général,  les  chrétiens  de  Syrie 
professent  le  rite  grec;  or  le  rite  grec  se  divise  en 
rite  melkile,  qui  est  celui  des  Grecs  catholiques,  des 
Maronites  en  particulier,  et  en  rite  grec  schisma- 
tique  :  mais  presque  partout  l'arabe  domine,  et  c'est 
larabe  qui  sert  dans  les  habitudes  de  la  vie,  parti- 
culièrement dans  les  actes  de  la  vie  civile. 

Les  populations  chrétiennes  de  la  Syrie,  comme 
ix.  3i 


celles  des  Butres  provinces  de  l'Empire  Ottoman 
vivaient  autrefois  dans  l'immobilité  et  dans  I  isole- 
ment. Quant  à  leurs  rapporta  avè<  les  nations  <|r 
l'Europe,  qui,  de  tout  temps,  ont  été  attirées  en 
Orient ,  non-seulemenl  par  les  intérêts  du  COmmeiee, 
mais  encore  par  les  souvenirs  de  la  Bible  <'t  par  les 
es  qu'accomplit  Illumine-Dieu,  ils  étaient  plus 

ou  moins  fréquents,  plus  ou  moins  intimes,  suivant 
le  plus  ou  moins  d'analogie  des  eroyances,  le  plus  ou 
moins  d'aecord  dans  les  intérêts.  Peu  à  peu,  le  mou- 
vement qui  agite  l'Europe  depuis  près  de  soixante 
et  di\  ;nh  l'eal  < omnumicpir  i  I  \ûe  occidentale,  et, 

maintenant,  les  chrétiens   de   Syrie  semblent  vou- 
loir s'animer  de  notre  esprit  et  l'inspirer  de  nos  cou 
lûmes. 

I.     goût  de  l'étude   est   devenu    généra]   chez  les 
chrétiens  orientaux.  D'une  part,  ils  ont  senti  le  be- 
soin de  s'initier  aux  langues  européennes,  afin  de 
profiter  des  lumières  de  cet  Occident,  qui.  pendant 
si  longtemps,  lut  le  tributaire  de  leur  patrie,  aussi 
il  n'est  pas  rare  de  rencontrer  parmi  eux  des  par 
lûnnes  qui,  outre  l'arabe,  leur  langue  maternelle, 
parlent  à  la  fois  l'italien,  le  français  et  l'anglais,  et 
qui  ont  acquis  des  notions  plus  ou  moins  profondes 
dans  la  littérature  représentée   par  chacune  de  ces 
langues.  IX un  autre  côté,  par  zèle  pour  un  idiome 
qui  est  devenu  le  langage  national,  ils  se  sont  pion 
gés.dans  l'étude  de  l'arabe  savant,,  de  l'arabe  qui  était 
parlé  en  Arabie  dès  avant  Mahomet,  et  qui   a 
consacré  par  le  Coran.  Ils  n        sont  pa  «  la 


DE  LA  LITTÉRATURE  ARABE  EN  SYRIE.  467 

.signification  courante  des  mots;  ils  ont  voulu  re- 
monter aux  origines  des  choses;  ils  ont  recherché 
les  proverbes  les  plus  anciens,  ceux  qui  étaient 
presque  aussi  anciens  que  la  nation  elle-même;  ils 
ont  recueilli  les  anecdotes  qui  se  rattachent  à  cer- 
taines dénominations  encore  usitées;  ils  ont  suivi  le 
développement  de  la  langue ,  jusqu'au  moment  où  la 
décadence  s'est  fait  sentir,  et  où  la  littérature  n'a  plus 
rien  produit  qui  fut  propre  à  satisfaire  une  curiosité 
exigeante. 

Des  collèges  et  des  séminaires  ont  été  fondés  dans 
le  mont  Liban  et  ailleurs,  et  là,  à  l'enseignement  des 
choses  usuelles  et  à  l'instruction  cléricale,  onajoint 
l'étudedes monuments  del'ancienne  littérature  arabe. 
De  jeunes  Syriens  s'exercent  à  parler  la  langue  de 
leur  adoption  d'une  manière  correcte  et  élégante, 
tant  en  vers  qu'en  prose,  et,  plus  tard,  quand  l'âge 
des  idées  positives  est  arrivé,  il  en  est  plusieurs, 
parmi  eux,  qui  savent  allier  l'esprit  des  lettres  à  ce- 
lui des  affaires.  Dans  une  telle  situation ,  l'usage  de 
faire  circuler  le  produit  de  ses  veilles  à  l'aide  de  co- 
pistes n'a  plus  suffi;  une,  et  même  plusieurs  impri- 
meries arabes  ont  été  fondées  à  Beyrout,  ville  deve- 
nue le  centre  du  commerce  maritime  de  la  Syrie, 
et  maintenant  il  est  facile  à  tout  écrivain  de  faire 
gémir  La  presse.  Quand  un  auteur  n'a  pas  les  moyens 
de  payer  les  frais  d'impression ,  il  trouve  quelqu'un , 
par  exemple  un  négociant,  qui  supporte  la  dépense. 
Les  caractères  d'imprimerie  dont  on  fait  usage  à 
Beyrout  sont  d'une  élégance  remarquable. 


468  JUIN    1857 

De  là  à  l'idée  de  fonder  une  espèce  d'académie, 
UN  vraie  Société  asiatique,  il  n\  avait  qu'un  pas. 
Dans  ces  dernières  années,  quelques  jeunes  gens  de 
Beyrout,  pénétrés  de  la  pensée  que  l'union  fait  la 
force,  résolurent  de  combiner  leurs  efforts  pour  se 
livrer  avec  plus  de  fruit  à  leurs  études.  Cette  asso- 
ciation ne  tarda  pas  à  devenir  un  centre,  auquel  se 
rallièrent ,  non-seulement  diverses  personnes  lettrées 
du  pays,  mais  encore  des  Européens  et  des  Améri- 
cains établie  dans  la  contrée.  Parmi  les  derniers  se 
faisaient  remarquer  les  missionnaires  protestants  des 
Etats-Unis,  à  la  tète  desquels  était  le  révérend  Eli 
Smith,  qui  a  exécuté,  de  concert  avec  M.  Edouard 
Robinson,  un  voyage  d'exploration  dans  les  paya  bi- 
bliques, voyage  dont  la  relation  a  été  publiée  à  New- 
York  et  à  Londres,  et  qui  a  eu  beaucoup  de  succès'. 
En  j  85  a  ,  la  Société  de  Beyrout  a  lait  paraître  la  pre- 
mière partie  de  ses  Mémoires,  sous  le  titre  d'Actes 
de  la  Société  de  Syrie'1.  Le  recueil  est  rédigé  tout  en- 
tier en  arabe. 

En  ce  moment,  les  chrétiens  de  Syrie  comptent 
dans  leur  sein  plus  d'un  littérateur  dont  le  nom  est 
devenu  chez  eux  populaire.  Voici  le  nom  de  ceux 
dont  la  réputation  s'est  étendue  jusqu'en  France  : 
i"  Un  chrétien  du  rite  grec  catholique,  appelé  Faris 
et  appartenant  à  la  famille  Schidiac3.  Faris  a  suc- 

'  Le  titre  de  cette  relation  est  :  Biblical  researches  in  Palestina, 
mount  Sinai  and  Arabia  Petreea,  plusieurs  volumes  in-8*. 

1  '  \-,  .  ■ ■•'  isu*+Jl  jLft.  Voyez  le  Journal  asiatique  du  mois 
d'août  i853,  p.  i  ifi  (Rapport  de  M.  Mohl). 


DE  LA  LITTÉRATURE  ARABE  EN  SYRIE.  469 

cessivement  séjourné  à  Malte,  à  Londres  et  à  Paris, 
et  les  publications  qu'il  a  faites  dans  chacun  de  ces 
pays  attestent  une  profonde  connaissance  de  la  langue 
et  de  la  littérature  arabes.  2°Un  autre  indigène,  du 
rite  grec  catholique,  appelé  Nasifi,  et  appartenant  à 
la  famille  des  lazigi  *.  Celui-ci,  qui  paraît  n'avoir 
jamais  quitté  le  mont  Liban,  sa  patrie,  et  qui  prend 
le  titre  de  scheïkh,  s'est  voué  d'une  manière  spé- 
ciale à  l'ancienne  littérature  arabe;  il  connaît,  dans 
les  plus  menus  détails,  le  genre  de  vie  qu'on  mène 
dans  le  désert;  il  peut  dire,  en  général,  ce  qu'un 
Bédouin  pense  et  fait  dans  telle  et  telle  circonstance. 
Il  fera,  s'il  le  veut,  parler  le  Bédouin  de  nos  jours 
comme  parlaient  les  Bédouins  dès  avant  Mahomet. 
Nous  reviendrons  sur  ce  personnage.  3°  Un  autre 
chrétien  du  mont  Liban,  Nassif,  de  la  famille  Mal- 
louf 2,  lequel  est  depuis  quelque  temps  professeur  de 
langues  orientales  au  collège  catholique  de  Smyrne. 
A  la  connaissance  de  l'arabe,  du  persan  et  du  turk, 
M.  Mallouf  joint  celle  du  français,  et  il  a  publié  di- 
vers ouvrages  dans  lesquels  le  français  marche  paral- 
lèlement avec  les  langues  de  l'Orient.  Ces  ouvrages 
roulent  sur  la  grammaire  et  la  lexicologie;  quelques- 
uns  ont  eu  plusieurs  éditions.  6°  Un  autre,  chrétien 
catholique,  le  scheïkh  Rochaïd,  de  la  famille  des 
Dahdah3.  Celui-ci ,  qui  dirige  en  ce  moment  une  mai- 
son de  commerce  à  Marseille  et  à  Londres,  a  fait 


y 


470  JUIN   1857 

imprimer,  il  y  a  quelques  années.  ,i  Marseille',  avec 
des  corrections  et  des  additions,  un  dictionnaire 
n.ibe  composé,  il  y  a  un  peu  plus  d'un  siècle,  paf 
un  évêque  d'Alep,  nomme  l-'arluit.  qui  a  conserve* 
une  grande  réputation  dans  le  pays.  M.  Dalidah  est 
également  éditeur  du  Divan  d'Omar- llm-Faredh. 
recueil  de  poésies  mysticMes  qui,  cncoiv  .1  prêtent, 
est  recherché  des  derviches  et  des  solis  dé  la  Syrie 

•  •t  de  l'Egypte.  5°  Un  chrétien,  de  la  famille  dés 
Schidiae .  appelé  Thnmwus  '  .  qui  vient  de  publier 
à  Beyrout  un  volume  qui  n'est  pis  encore  parvenu 

•  l'aris,  mais  qu'on  dit  faire  sensation  dans  le  pays. 
C'est  une  biographie  des  personnages  les  plus  con- 
sidérables du  mont  Liban,  tant  anciens  que  mo- 
dernes, et  pour  plusieurs  desquels  les  familles 
subsistent  encore.  6°  Un  chrétien,  du  rite  grée 
schisinatique.  qui  est  employ  è  dans  une  maison  de 
commerce  à  Beyrout,  et  qui  vient  de  faire  impri 

nier  un   recueil  de  poésieS.   Il    se    nomme    khalil    et 

appartient  à  la  famille  des  khouri-.  A  cause  de  sa 
grandejeunesse.il  a  intitulé  son  recueil  :  Les  Fleurs 
des  collines  sous  forme  de  poésies  de  la  jeunesse*.  Nous 
y  reviendrons. 

On  pourrait  encore  citer  :    i°  le  patriarche  dès 
Maronites,  M.  Paul,  de  la  famille  des  Masad\  qui 

^Jl  .jjJil  J~U 
1  cvj^m  (j-Jy- 


DE  LA  LlTTÉftiTURB  ARABE  EN  SYRIE.  471 

a  lait  successivement  ses  études  au  séminaire  de 
Ayn-Ouarkah  ' ,  dans  ie  Liban,  et  au  collège  de  la 
Propagande,  a  Rome.  Ce  prélat  est  auteur  de  plu- 
sieurs ouvrages,  notamment  d'une  Histoire  des  Ma 
ronites,  dont  on  dit  beaucoup  de  bien,  mais  qui, 
jusqu'ici,  n'a  circulé  qu'en  manuscrit.  2°  Un  membre 
de  la  famille  des  Dabdah,  lequel  a  été  élevé  aussi  au 
séminaire  de  Ayn-Ouarkah  et  au  collège  de  la  Pro- 
pagande, et  qui  s'appelle  Nimet-Allah,  ou  «la  grâce 
de  Dieu».  Nimet-Allah  remplit  les  fonctions  de  se 
crétaire  du  patriarche,  et  dirige  les  cinq  principaux 
collèges  de  la  nation  maronite  dans  le  Liban.  On 
dit  qu'il  parle  et  écrit  correctement  dix  langues. 

Il  est  juste  de  dire  aussi  quelques  mots  de  la  fa 
mille  catholique  des  Modawar,  qui  est  établie  à  Bey 
rout,  où  elle  fait  le  commerce,  et  qui  professe  le 
goût  le  plus  vif  pour  la  littérature.  M.  Michel  Mo 
dawar2a  été  élevé  dans  le  pays,  au  collège  d'Anthoura, 
et  |  tout  en  possédant  parfaitement  l'arabe ,  il  parle 
et  écrit  le  français  comme  un  Français.  Pendant 
quelque  temps  il  a  rempli  les  fonctions  gratuites  de 
drogman-adjoint  au  consulat  de  France  à  Beyrout3. 
Voulant  donner  une  idée  de  l'état  actuel  de  la  lit- 
térature dans  le  pays,  je  vais  prendre  pour  texte  deux 
ouvrages  récemment  publiés  à  Beyrout,  et  qui,  à 
eux  deux,  représentent  les  deux  genres  maintenant 

3   Voyage  autour  de  la  mer  Morte  et  dans  les  terres  bibliques,  par 
\1.  Fr.  de  Saulcy,  Paris,  1 853, 1. 1,  p.  io. 


472  JUIN   1857. 

les  plus  cultivés  :  l'un,  qui  a  pour  auteur  Nasif-ai- 
Iazigi,  est  conforme  au  vieux  système  arabe; l'autre, 
qui  est  dans  le  goût  moderne,  est  le  recueil  de  poé- 
sies de  khalil-al-khouri.  On  a  dit  que  la  littérature 
d'un  pays  était  l'expression  de  sa  société;  ces  paroles 
sont  applicables  aux  populations  chrétienne!  de  la 
Syrie,  comme  elles  l'ont  été  à  celles  d'autres  con- 
trées. 

Le  système  arabe,  dont  Hariri,  écrivain  des  der- 
nières années  du  xie  siècle  de  notre  ère  et  des  pre- 
mières années  du  xn\  est  encore  à  présent  le  plus 
brillant  représentant,  est  un  mélange  de  vers  et  de 
prose ,  mais  où  la  prose  se  découpe  en  membres  de 
pbrases  qui  se  terminent  par  les  mômes  lettres  et 
riment  ensemble1;  on  devine  tout  de  suite  à  quel 
point  un  auteur  est  gêné  par  ces  assonances  perpé- 
tuelles, et  la  nécessité  où  il  se  trouve  d'appeler  à  son 
secours  des  expressions  d'un  sens  relevé  et.  des  formes 
qui  ont  toujours  été  d'une  bible  circulation.  A  ce  sys- 
tème, déjà  compliqué  en  Un-même ,  se  joignent  quel- 
quefois la  manie  des  jeux  de  mots  et  toutes  les  fan- 
taisies dont  est  capable  un  esprit  raffiné.  Tel  est  le 
goût  qui  domine  en  Orient,  et  dont  n'a  pas  été  entiè- 
rement préservé  l'ouvrage  de  Hariri,  appelé  du  nom 
de  Macamat2  ou  Séances,  ouvrage  qui  est  resté  po- 

1  Le  Journal  asiatique  du  mois  de  décembre  i83i  renferme  deux 
chapitres  de  Hariri ,  traduits  en  français  par  M.  Munk,  et  où  ce  sys- 
tème de  coupure  est  reproduit  dans  la  traduction  avec  des  assonances 
analogues  à  celles  de  l'original. 

•  oUàV 


DE  LA  LITTÉRATURE  ARABE  EN  SYRIE.  473 

pulaire  dans  tous  les  pays  où  Ton  cultive  la  langue 
arabe,  c'est-à-dire  depuis  le  golfe  du  Bengale  jusqu'à 
l'océan  Atlantique ,  depuis  les  rives  du  Volga  jusqu'à 
celles  du  Niger.  Ce  qui  distingue  les  Séances  de  Ha- 
riri , .  et  qui  en  justifie  le  succès,  c'est,  outre  l'élé- 
gance du  style  et  le  bon  sens  pratique  des  pensées , 
l'intérêt  d'un  récit  qui  commence  avec  l'ouvrage  et 
ne  finit  qu'avec  lui.  L'auteur,  dans  des  espèces  de 
drames,  au  nombre  de  cinquante,  a  mis  constam- 
ment le  même  personnage  en  scène,  et  l'a  fait  passer 
successivement  par  les  diverses  situations  de  la  vie. 
Le  lecteur  y  voit  tour  à  tour  apparaître  les  expres- 
sions les  plus  élégantes  de  la  langue  arabe,  les  tour- 
nures les  plus  recherchées ,  les  locutions  proverbiales 
les  plus  usitées.  On  peut  dire  que  cet  ouvrage  est 
un  inventaire  de  la  langue  de  Mahomet.  Les  Arabes 
eux-mêmes  le  regardent  comme  le  meilleur  sujet 
d'étude  pour  bien  se  pénétrer  du  génie  de  leur  langue. 
Ce  livre  leur  tient  lieu  de  dictionnaire  des  syno- 
nymes, de  traité  des  tropes,  etc.  De  plus,  en  bien 
des  endroits,  il  est  de  la  lecture  la  plus  attachante. 
Mais  le  style  habituel  de  Hariiï  et  ses  jeux  de  mots 
ont  rendu  la  lecture  du  livre  très-pénible  ;  les  Arabes 
eux-mêmes  ont  besoin  d'un  commentaire  pour  le 
comprendre  entièrement,  et  c'est  au  moyen  des  nom- 
breux commentaires  rédigés  par  les  philologues  in- 
digènes, que  l'illustre  Silvestre  de  Sacy  a  composé 
le  sien,  qui  parut  avec  le  texte,  à  Paris,  en  1821. 
Quant  à  ce  qui,  dans  ce  genre  de  compositions, 
choque  le  plus  notre  goût  actuel ,  ce  goût  qui  ani- 


VH  JUIN   1857. 

;'  el  Virgile,  et  qui  a  été  proclamé  chei 

nous  avec  tant  de  bonheur  par  Boileau  el  lîaeine 
D'est  pas  nu  pur  elle!  de  l'imagination  des  Arabes. 
Une  chose  remarquable,  c'est  qu'on  n'en  voit  fêâ 
de  traces  dans  les  poésies  primitif  esdei  arabes, dana 
lei  poéaiet  qui  ont  été  composées  entre  l«*s  iv"  et 
i\'  sj,  ,  |,n  de  notre  ère,  ■fini  que  la  littérature  et 
lis  sciences  grecques  lussent  lait  invasion  (lie/,  les  dis 
ciplesde  Mahomet.  (  >t  surtout  du  a  l'inllu.  m  M 

des  écrivains  grece  de  la  décadence.  Il  nous  reste  en 
i  uitillon  de  ce  que  les  6recs  l  lisaient  en  ce  génie 

dans  un  poème  qui  lut  compose  a    \le\andne  .  Miih 
le  règne  de  Ptolémée   Philadelpbe,  par  un  pente 
noiniie'  Lycophron.  bycophron  n'était  pas  un  '-en 
\ain  vulgaire;  il  composa  un  grand  nombre  de  ira 
iM-dirs.  ci  mérita  de  prendre  place  dans  la  pléi 

des  principaux  poêles   de    l'époque,    en    compagnie 
d' Aiatus  et  de  Theocrite.  Mais  ,(  fart  de  la  belle  lii 

ItUre,  LyOOphron  joignait  le  gOÙt  des  jeu\  dé 
mots,  des  anagrammes,  dis  expressions  rares  ou 
surannées.  Le  poëme  qui  nous  reste  de  lui,  el  qui, 
à  en  juger  par  le  nombre  des  exemplaires  manus 
crits  (pion  trouve  dans  nos  bibliotbèques,  a  été  for» 
répandu,  est  connu  sous  le  nom  iY  Alr.ru  mlru ,  ou 
plutôt  de  (TffffUnaVs.  du  nom  de  la  personne  qui  \ 
joue  le  principal  rôle.  Il  s'agit  de  Cassandre,  fille  de 
Priam.  Le  poète  suppose  qu'au  moment  où  Paris 
fils  de  Priam ,  met  à  la  voile  de  Troie  pour  se  rendre 
au  Péloponnèse,  où  il  devait  enlever  la  belle  Hélène, 
Cassandre  se  trouvait   a  une  fenêtre  du  palais  et  vit 


DE  LA  LITTÉRATURE  ARABE  EN  SYRIE.  475 

partir  son  frère.  Aussitôt  cette  infortunée  princesse, 
qui  était  douée  du  don  de  prévoir  l'avenir,  eut  présent 
à  l'esprit  le  déluge  de  maux  qui  s'apprêtait  à  fondre 
sur  sa  patrie,  et  en  fit  le  récit.  Le  sujet  est  beau,  si 
beau,  qu'encore  à  présent,  à  trois  mille  ans  de  dis- 
tance ,  nous  ne  pouvons  pas  nous  y  arrêter  sans  émo- 
tion. Le  poëte  n'avait  qu'à  exposer  simplement  et 
naturellement  les  incidents  qu'amenait  la  situation; 
c'est  l'exemple  que  lui  avaient  déjà  donné  les  maîtres, 
Homère  en  tête.  Au  lieu  de  cela ,  il  se  livre  aux  aper- 
çus les  plus  bizarres,  il  a  recours  aux  expressions 
les  plus  singulières;  entre  ses  mains,  ce  magnifique 
sujet  n'est  plus  qu'un  cadre  pour  étaler  une  érudi- 
tion mal  digérée,  une  suite  d'allusions  à  des  tradi- 
tions mythologiques  effacées,  une  réunion  de  détails 
géographiques  dont  le  public  n'avait  que  faire.  Il  va 
sans  dire  que  la  marche  du  poëme  est  embarrassée 
et  que  le  style  en  est  obscur  :  c'est  ce  qui  lui  a  fait  don- 
ner par  Suidas  lepithète  de  poëme  ténébreux.  Mais,  à 
travers  ces  obscurités ,  on  rencontre  des  formes  élé- 
gantes, des  expressions  dont  un  homme  à  la  mode 
pouvait  faire  son  profit  pour  la  conversation.  Aussi 
le  poëme  ne  cessa-t-il  pas  d'être  recherché;  on  le  fai- 
sait apprendre  par  cœur  aux  élèves,  dans  les  écoles, 
et  il  leur  servait  d'exercices;  seulement,  comme  les 
maîtres  eux-mêmes  n'auraient  pas  été  toujours  sûrs 
de  le  comprendre,  on  l'accompagna  de  scolies  et 
de  commentaires1. 

1   H  existe  plusieurs  éditions  du  poëme  de  Lycophron.  M.  Dehèquc 
en  a  publié  récemment  une,  texte  grec,  traduction  française,  tra 


iT<>  JUIN   1857. 

Nasifi-al-huigi  parait  avoir  été  préoccupé  toute  sa 
vie  de  ia  gloire  que  s'était  acquise  Hariri,  et  n'avoir 
•  il  qu'une  ambition,  celle  de  l'imiter.  On  a  vu  que 
Hariri  était  un  écrivain  de  la  lin  du  x*  siècle;  il  ha 
bitait  près  de  l'embouchure  du  Tigre  et  de  l'Eu- 
phrate,  dans  la  ville  de  Basson.  A  l'exemple  de  la 
plupart  de  ses  contemporains,  il  montra  de  bonne 
heure  un  goût  très-vif  pour  la  littérature  de  son 
pays.  Grammaire,  poésie,  prose  riinee,  tout  ce  qui 
était  recherché  de  ses  contemporains  l'occupa  tour 
à  tour.  Parmi  tes  écrits,  on  remarque  un  traité  de 
grammaire  en  vers,  intitulé  Molhat-al-irab ,  ou  les 
Amusements  de  l'analyse  grammaticale1.  C'est  un 
poème  où  la  mesure  est  employée  uniquement 
comme  moyen  de  mnémonique,  et  que  les  élèves 
sont  obligés  d'apprendre  par  cœur.  On  sait  que  nos 
pères  recoururent  jadis  tu  même  procédé  pour  l 'en 
seignement  du  latin,  du  grec,  et  de  bien  d'autre 
choses.  Seulement,  ici,  le  style  est  si  obscur,  que 
l'auteur  toi-même  l'accompagna  d'un  commentait-''. 

Nasili  débuts  dans  la  république  des  lettres  par 
une  revue  critique  de  l'édition  des  Séances  de  Ha- 
riri, par  M.  Silvestre  de  Sacy,  et  du  commentaire 
qui  y  est  annexé.  Cette  Revue  a  été  imprimée  à 
Leipzig,  en  i848,avec  une  version  latine2;  consi- 

duction  latine  littérale  et  notes,  Paris,  1 853 ,  grand  in-8°.  C'est  t< 
résumé  de  ce  qui  a  été  fait  de  mieux  sur  ce  poème. 

1   t_jLc%.3(!  *jL«.  On   trouvera  un  extrait  de  cet  ouvrage  dans 
Y  Anthologie  grammaticale  de  M.  Silvestre  de  Sacy. 

'   Epittola  critiva  Masifi-al-Iasigi  bery tennis ,  cersione  latina  et  atlno 
inlionibiis  illustrai  it  A.  F.  Mebren. 


DE  LA  LITTÉRATURE  ARABE  EN  SYRIE.  477 

dérée  au  point  de  vue  adopté  maintenant  en  Eu- 
rope, elle  pourrait  paraître  quelquefois  minutieuse. 
Quand  les  Séances  de  Hariri ,  de  môme  que  les  autres 
chefs-d'œuvre  de  la  littérature  arabe ,  furent  mises  par 
écrit,  l'usage  de  l'imprimerie  n'était  pas  établi  en 
Orient,  non  plus  que  dans  l'Occident.  Faute  d'un 
moyen  de  publication  général  et  unique,  les  formes 
de  l'orthographe  variaient  suivant  les  contrées,  et, 
même,  pour  certains  cas,  suivant  les  individus.  Ces 
divergences  étaient  d'autant  plus  naturelles,  que  l'a- 
rabe se  parlait  et  s'écrivait  sur  une  plus  vaste  étendue 
de  pays.  Quelque  chose  de  semblable  a  eu  lieu  en 
France,  au  moyen  âge.  Qu'on  lise,  en  manuscrit, 
quelqu'un  des  livres  français  composés  avant  la  dé- 
couverte de  l'imprimerie  ;  on  verra  que  l'orthographe 
diffère  suivant  la  province  où  la  copie  a  été  exécu- 
tée. C'est  ainsi  que,  maintenant,  l'on  distingue  les 
copies  picardes,  bourguignonnes,  etc.  Aussi,  Nasifî 
me  paraît  avoir  attaché  trop  d'importance  aux  ques- 
tions de  ce  genre;  mais,  pour  le  fond  des  doctrines, 
on  voit  qu'il  est  armé  de  toutes  pièces ,  et  on  est  tou- 
ché de  voir  un  chrétien  de  nos  jours,  un  vaincu, 
apporter  à  l'étude  de  la  littérature  des  vainqueurs  au- 
tant de  zèle  et  d'intelligence  que  les  plus  zélés  et  les 
plus  intelligents  d'entre  les  vainqueurs  eux-mêmes. 
A  l'exemple  de  Hariri,  Nasifî  composa  ensuite  un 
traité  de  grammaire  en  vers.  Le  nombre  des  vers 
est  de  onze  cents,  et  aucune  question  importante  n'y 
est  passée  sous  silence  ;  mais  cette  grammaire  n'a  pas 
été  imprimée,  et  je  ne  la  connais  que  par  ouï-dire. 


478  JUIN    ks;>7. 

Enfin,  .Nasili  .1  essayé  (le  prendre  llariri  cotfl 
corps,  et  de  lutter  avec  lui  de  savoir  et  d'él<  gance. 
L'année  dernière  il  a  paru  de  lui,  à  Bevrout .  un  \  o 
hune  in-8",  intitule  La  IU  union  des  iU-ii.i  imrs1.  C 
une  imitation  d  BS  de  llariri.    V  l'exemple  de 

Main  i„  Nasifi  a  mis  ei  scène  un  personnage  qui  p 
par  un  grand  nombre  de  situations  différentes,  et ,  a 

chaque  aventure,  un  second  personnage  apparaît  ;i 
point  nomme  pom-  \  « -ir  ce  qui  M  lait  et  entendre 
ce  qui  se  dit,  alin  d'en  donner  le  récit.  Le  nombre 
des  séances  du  recueil  de  llariri  était  de  cinquante, 
ici.  le  nombre  est  de  soixante.  Du  reste,  chaque 
chapitre  renferme  une  a\  enture  dill'eivnte  ;  le  Vi 
e-t  également  partie  en  fera,  partie  en  prose  rimée: 
partout  régnent  la  même  recheiche  et  la  même  élé- 
gance. Seulement .  N.isili  .   pie\o\.ml    qu'il   ne   serait 

pas  toujours  compris  Aa  Lecteur,  pas  même  chez 

GOmpau  ioti  s,  n'a  pas  \  onlu   lais  utrui  le  soin 

d'éclaireir  les  termes  dillieiles,  les  pgaaftgej  hImhis 
au   bas  de  chaque  page,  il  y  a    une   suite   de   n 
dans    lesquelles    chaque    expression    peu    usitée   est 
remplacée   par  l'expression  cornante:  les  allusion-  ,i 
des  proverbes  peu  connus  ou  à  des  traditions  obli 
térées  sont  expliquées  avec  des  déreJoppetneBti  pie 
ou  moins  considérables.  Ces  notes  fournissent  quel 
quelois  des  mots  ou  des  acceptions  de  mots  qui  ap 
partiennent    a    la    bonne    langue,  et   qui    manquent 
dans  les  dictionnaires  mis  en  usage  en  Europe;  peut 

1   QjjjiJI  ^6-^-  H  en  existe  des  exemplaires  chez  M.  Benjamin 
Dnprat,  libraire  <\o  ta  SmsM  asi;Uiqur. 


DE  LA  LITTÉRATURE  ARABE  EN  SYRIE.  479 

être  aussi  il  y  a  des  explications  qui  ont  besoin  d'être 
contrôlées.  C'est  ainsi  qu'à  la  page  278,  Nasifi  a  pris 
le  chien  des  Sept  Dormants  pour  un  ange  du  ciel1. 

Le  but  que  s'est  proposé  Nasifi  a  été,  comme 
l'avait  été  celui  de  Hariri,  de  recueillir  des  pro- 
verbes souvent  cités  et  d'une  origine  peu  connue. 
A  cette  occasion,  il  fait  apparaître  divers  épisodes 
célèbres  de  l'histoire  des  anciens  Arabes,  avec  les 
noms  des  personnages  qui  y  ont  pris  part,  et  le  ta- 
bleau des  mœurs  de  l'époque.  Certaines  séances  rou- 
lent sur  des  questions  de  grammaire,  de  jurispru- 
dence ou  d'hygiène.  En  pareil  cas,  l'auteur  tâche  de 
condenser  dans  un  petit  nombre  de  vers  la  matière 
qu'il  veut  voir  confier  à  la  mémoire  du  lecteur. 

Voici  un  sommaire  de  quelques-unes  des  Séances 
de  Nasifi  :  le  n°  IV  roule  sur  les  principales  subs- 
tances qui  entrent  dans  la  pharmacie.  Le  n°  VI  pré- 
sente les  divers  mots  par  lesquels  les  anciens  Arabes 
désignaient  leurs  repas,  les  différentes  heures  de  la 
journée  et  les  vents.  Le  n°XI  est  consacré  aux  règles 
de  la  métrique  arabe.  Le  n°  XIII  offre  un  choix  de  pro- 
verbes qui  ont  eu  jadis  une  grande  circulation  chez 
les  Arabes,  une  liste  des  noms  des  chevaux  qui  bril- 
lèrent le  plus  clans  les  courses ,  la  liste  des  mets  les 
plus  recherchés  et  les  noms  des  plats  dans  lesquels 
on  les  servait.  Le  n°  XV  offre,  tour  à  tour,  des  vers 
où  les  mots  n'ont  pas  un  seul  point  diacritique ,  des 

1  Sur  les  Sept  Dormants  et  leur  chien  Kitbmir,  voyez  mon  ou- 
vrage sur  les  Monuments  arabes ,  persans  et  lur!;s  du  cabinet  de  M.  le  dur 
de  Blacas ,  t.  f ,  p.  18/1;  I.  II,  p.  60  etsuiv. 


480  JUIN   1857. 

vers  où  il  n'est  pas  une  seule  lettre  qui  ne  soit  mar- 
qu«  |  de  points,  des  vers  dont  le  premier  hémistiche 
n'a  pas  de  points,  et  dont  le  dernier  a  des  point  à 
chaque  lettre;  des  vers  <»u  les  mots  sont  alternative 
ment  pondu,  s  et  non  ponctués,  OtC,  Le  n°  XX  000 
tient  des  vers  qu'on  peut  également  lira  de  droite  à 
gauche  et  de  gauche  a  droite;  des  vers  qui ,  loi  dans 
un  sens,  expriment  une  idée  d'éloge , et  qui  lus  dans 

le  sens  contraire ,  deviennent  on  blâme.  On  trovtot 
dans  le  n°X\I  un  poème  de  vingt -huit  para,  nombre 
des  lettres  de  l'alphabet  arabe,  qui  offre  le  résume' 
de  toute  la  grammaire.  Le  n*  XXVIII  renferme 
noms  des  sept  planètes,  des  dou/r  signes  du 
diaque  et  des  vingt  huit  mansions  lunaires1.  Enfin, 
comme  (l.uis  le  recueil  de  II. uni.  le  n  l.\  et  der 
nier  nous  représente  le  Mérea  du  Irtn  pai 

l'âge,  revenu   d'  illusions  de  Ce  moud-' 

et  aherchant  un  refuj  ein  de  l'Eternel. 

On  voit  que  le  genre  de  finesse,  auquel  Martial 

donnait  le  non  de  difficiles  nàam  tient   une  grand»- 
place  dans  le  nouveau  iveueil  de  Macamas.  L'aul 

.  inte  d'être ,  à  cet  égard  .  allé*  plus  loin  que  sea  pre 
décesseurs.  En  somme,  at  tans  diminuer  le  talent 
dont  il  a  fait  preuve.  Nasifi  me  paraît  avoir  laissé 
•  eliapper  une  belle  occasion.  Ce  qui  l'avait  frappe 
le  plus,  c'est  la  place  hors  de  ligne  que  Hariri 
cupe  dans  toutes  les  contrées  où  a  pénétré  le  Coran. 
Cette  place  est  justifiée  par  l'utilité  toujours  actuelle 

1   Sur  cette  classe  de  constellations,  voyez  mon  introduction  à  la 
Géoyraphir  J Abouljédii  ,  p.  GLSUI1    <  t     un 


DE  LÀ  LITTERATURE  A  RARE  EN  SYRIE.  481 

du  recueil  des  Macamas  de  Hariri,  en  ce  qui  con- 
cerne l'étude  du  beau  langage.  Mais  cet  honneur, 
précisément  parce  qu'il  est  mérité ,  n'est  pas  suscep- 
tible de  passer  d'un  nom  à  un  autre.  Puisque  Nasifi 
avait  l'ambition  de  se  créer  un  rang  à  part,  il  devait 
faire  autrement  que  son  célèbre  prédécesseur;  il  de- 
vait se  ménager  le  mérite  de  l'originalité.  Je  recom- 
mande à  son  attention  ces  vers  du  poëme  d'André 
Chénier  sur  l'Invention ,  relatifs  aux  chefs-d'œuvre 
que  nous  a  légués  l'antiquité  classique  : 

Puis ,  ivres  des  transports  qui  nous  viennent  surprendre , 
Parmi  nous ,  dans  nos  vers ,  revenons  les  répandre  ; 
Changeons  en  notre  miel  leurs  plus  antiques  fleurs , 
Pour  peindre  notre  idée  empruntons  leurs  couleurs; 
Allumons  nos  flambeaux  à  leurs  feux  poétiques; 
Sur  des  pensers  nouveaux  faisons  des  vers  antiques. 

André  Chénier  a  joint  l'exemple  au  précepte ,  et  il 
sera  facile  à  Nasifi ,  s'il  veut  s'en  donner  la  peine ,  de 
faire  comme  lui.  Il  peut,  tout  en  imitant  l'élégance 
du  langage  de  Hariri,  et  en  conservant  même  son 
cadre ,  nous  transporter  dans  une  autre  sphère ,  au 
milieu  de  scènes  nouvelles.  Pour  cela,  sans  choquer 
les  idées  musulmanes ,  qui  dominent  dans  le  pays ,  et 
sans  entrer  dans  les  questions  de  controverse  qui  di- 
divisent  malheureusement  les  communions  chré- 
tiennes, il  dépend  de  lui  d'arborer  l'étendard  de  la 
croix,  et  de  montrer  sur  le  premier  plan  certains 
personnages  de  l'époque  biblique  et  des  premiers  siè- 
cles de  l'Eglise;  il  peut  encore  rappeler  quelques  épi- 
sodes des  guerres  des  croisades,  ou  chanter  les  per- 

tx.  3a 


IH  H  IN  1857. 

sonnagr.-  qui  < » 1 1 1  I»*  plus  marqué  dans  la  chaîna  du 
Liban  (v)u«'  ne  \  isite  i  il  à  cette  intention  Jérusalem 
Htbron,  le  Uc deTihériade ,  Damas,  \ntioch< 

ut.  il  doit  se  garder  de  recueil  que  n'a  pas  M 

éviter  Hariri.  Au  lieu  de  m  confiner  dam  les  lifui 
communs  e|  de  l'en  tenir  à  un  certain  langaj 

ntion,  il  se  lajefnri  toucher  pat  les  souvenirs 
que  la  vue  des  lieux  aura  réveillés  dans  ion  Ame 
<t  :l  ■  1er  dam  ><  i  descriptions  les  émotion* 

qu'a  suscitées  m  lui  ce  magnifique  spectacle.  Il  peu] 
même,  évoduanl  le  génie  de  l'Occident,  exposeï 
aux  y  n\  de  iea  compatriotes  étonm  s  les  principales 
décoin 'H-  de  I  Europe  moderne.  Il  t  pu 

avoir  jamais  quitté  son  pays,  mais  du  moins  il  i  pu 
contempler  à  Beyrout,  ou  même .  sans  descendre  d< 
sa  montagne,  il  a   pu  voir  voguer  au  loin  les 

v  à  trois  ponts  érigés  en  forteresses  llottantes,  et 
les  gigantesques  l>ateau\  .1  \  .ip«ur  se  mom.mi 
main  débile,  coinrnr  un  joint  déniant. 
Un  mérite  dont  il  faut  encore  sa\oir  gré  à  Na-ili 
c'est  que,  fide!"    •    l^pnt  chrétien,  al   voulant  que 
son  livre  pût  aller  dans  toutes  les  mains,  il  s'est  in 
terdit  toute  expression  contraire  à  la  pudeur.  Hariri 
ne  s'est  guère  piqué  de  retenue  à  cet  égard,  et,  en 
général,  les  écrivains  musulmans  ne  | 
se  douter  de  ce  sage  avis  de  Boileau  : 

l.'Arabe,  clans  les  mots,  brave  l'honnêteté, 
Mais  le  lecteur  chrétien  veut  être  respi 
Du  moindre  sens  impur  la  liberté  l'outrage, 
Si  la  pudeur  des  mots  n'en  adou<  il  I  image. 


DE  LA  LITTÉRATURE  ARARE  EN  SYRIE.  483 

Le  volume  se  termine  par  un  certain  nombre  de 
pièces  de  vers ,  que  les  hommes  lettrés  du  pays  ont 
adressés  à  l'auteur  en  forme  de  compliments.  Il  est 
dit  à  la  lin  que  les  frais  d'impression  ont  été  sup- 
portés par  M.  Michel  Modawar  1. 

Si  des  Macamas  de  Nasifi  nous  passons  aux  poésies 
de  Khalil  al-Khouri,  nous  passons  du  vieux  monde 
dans  le  nouveau ,  et  peu  s'en  faut  que  nous  ne  nous 
croyions  transportés  au  cœur  de  l'Europe  de  nos  jours. 
J'ai  dit  que  Al-Khouri  était.employé  dans  une  maison 
de  commerce  de  Beyrout  ;  de  plus,  il  prend  le  titre  d'é- 
fendi,  ce  qui  annonce  une  personne  familiarisée  avec 
la  vie  turke.  Aussi  ses  pièces  de  vers  sont  adressées 
indifféremment  aux  fonctionnaires  ottomans  dû  pays, 
aux  hommes  notables  d'entre  ses  compatriotes  qui 
sont  établis  à  Beyrout,  à  Alep,  à  Damas,  à  Seyde  et 
à  Alexandrie;  il  y  en  a  aussi  pour  les  personnages 
considérables  de  l'Europe  et  de  l'Amérique  qui  sont 
allés  boire  de  l'eau  du  Jourdain  et  se  courber  devant 
la  crèche  de  Bethléem.  A  celui-ci ,  il  envoie  des  com- 
pliments de  félicitation  sur  le  mariage  d'un  frère ,  ou 
sur  la  naissance  d'un  fils;  à  celui-là,  il  adresse  des 
compliments  de  condoléance  sur  la  mort  d'un  des 
siens;  à  un  troisième,  il  témoigne  sa  joie  de  ce  que 
le  sultan  de  Gonstantinople,  ou  l'empereur  de  Russie, 
dignes   appréciateurs  du   mérite,  l'avaient  gratifié 

1  Le  nom  de  M.  Modawar  est  accompagné  du  prénom  *Jd£ ,  qui 
paraît  être  une  forme  altérée  de  JujU^^>  ou  Michel.  On  lui  donne, 
de  plus,  le  titre  de  «v^L^  hhodja,  mot  qui,  en  Orient,  se  dit  ordi- 
nairement des  négociants  et  des  marchands.  Ce  titre  a  été  donné 
;iussi  à  M.  rie  Lamartine. 

32. 


JUIN  ir:»7 

d'une  décoration.  Parmi  les  hommei  <ln  pays,  Natifi 

a  obtenu  deux  pièces  de  vers  où  son  talcn!  est  di 
mi  i  util  t  qualifie,  et  M.  Modawar.  une.  pour  la  li- 
béralité dont  il  a  fait  preuve  en  se  chargeant  des  trais 
d'impression  du  nouveau  recueil  des  Macamas.  Une 
élégie  particulière  roule  sur  la  mort  récente  d'un 
Américain ,  M.  Eli  Smith ,  président  de  la  Si  >< dëJ i 
tique  de  Beyrout.  Quant  à  ceux  de  nos  compatriotes 
qui  ont  trouvé  place  dans  cette  espèce  de  galerie,  je 
citeraiM.  If  comic Edmond  de  Bertou  etM.  Alphonse 
de  Lamartine.  M.  de  Bertou  a  plusieurs  fois  visité  la 
Syrie,  et  il  a  le  mérite,  dans  quelques  publications  par 
tielles,  de  nous  avoir  fait  connaître  le  cours  du  Jour- 
dain et  quelques  autres  localités  mieux  que  nous  ne  les 
connaissions  précédemment.  Il  est  occupé  en  ce  mo- 
ment à  recueillir  l'ensemble  des  observations  qu'il  a 
étéàmêmede  faire  dans  lecoursdescs  pérégrinations. 
A  l'égard  de  M.  de  Lamartine,  Al-kliouri  est  tropjeune 
pour  s'être  trouvé  sous  les  pas  du  grand  écrivain. 
quand  celui  ci  a  été  chercher  de  nouvelles  inspira 
tions  auprès  du  sépul<  re  du  Sauveur  du  monde,  sur 
les  bords  du  Jourdain  et  a  l'ombre  des  cèdres  du 
Liban.  La  pièce  de  vers  qu'il  a  adressée  à  M.  de 
Lamartine  est  une  lettre  d'hommage,  dans  laquelle  il 
se  met  au  nombre  de  ses  lecteurs  les  plus  empressés, 
déclarant  que  c'est  à  la  douce  chaleur  de  sa  muse 
que  la  sienne  s'est  sentie  venir  à  la  vie.  Les  vers 
qui  suivent  donneront  une  idée  de  la  poésie  de  Al- 
Khouri  '. 

1   Le  mètre  est  le  J^f 


DE  LA   LITTÉRATURE  ARABE  EN  SYRIE.  485 

£—»j\  J-2À*-?  LaJ«xJ)  os-Éblï  «X.S 

^jijJII  ^*J«->  civJÎ^  :>Lvx)l  e^Ji* 

Lk-^wI^  À-i^X^Ji  ^j!«Xjs-^  t-^s»*N'' 

cuû,«  ijUa.cS    wwaxii  ItKffc  il^«  <Xi 
X_vj   iLàoJ  c»,»lo,C  «Xi  ùy»*^   à 

*j\ la     i»t  i  *)j i-Jl  J,bî 


4*6  JUIN   1857. 

»j — «  jli  vi)l    .il  j  iLji—*  y-»rj-> 
£+&  w^is>  ai  1.X-V-».  \> 

s 

Le  monde ,  à  ta  brillante  apparition ,  s'est  illuminé  d'un 
éclat  extraordinaire; 

Aussitôt,  Lamartine,  tu  t'es  fait  uneplace  à  part,  et,  de 
par  le  génie,  on  t'a  mis  au-dessus  de  tous  tes  devanciers. 

Montre-toi,  et  jette  un  regard  sur  l'univers; tu  verras  tous 
les  humains,  saisis  d'admiration ,  diriger  leur  doigt  vers  toi. 


DE  LA  LITTÉRATURE  ARABE  EN  SYRIE.  487 

C'est  ton  enchanteresse  poésie  qui  m'a  entraîné  à  l'art  des 
vers;  j'ai  vu  qu'il  me  faisait  signe ,  et  je  n'ai  pu  résister  à  son 
appel. 

Tu  as  ouvert  à  l'éloquence  un  nouveau  champ ,  où  les  plus 
habiles  restent  en  arrière  de  toi. 

Les  mortels  viennent  se  retremper  à  les  vers,  comme  les 
hommes  altérés  de  soif  courent  à  une  source  d'eau  fraîche. 

Grâces  à  loi  et  au  rang  où  tu  t'es  élevé,  1  âge  présent  sur 
passe  tous  les  âges  antérieurs. 

0  étoile  dé  l'Occident,  ô  astre  radieux  qui  ne  s'était  pas 
encore  montré  sur  la  terre , 

L'Orient,  illuminé  de  l'éclat  qui  brille  en  ta  personne,  a 
entendu  les  cris  d'enthousiasme  qui  retentissaient  sur  ton 
passage. 

Mais  les  souvenirs  ravissants  qui  restent  de  toi  dans  le 
pays  ont  enflammé  ses  enfants  d'un  désir  irrésistible; 

Ils  voudraient  te  contempler  une  seconde  fois.  Oh  !  quelle 
heureuse  rencontre,  si  elle  se  réalisait! 

A  ta  vue  mes  yeux  seraient  enchantés  d'aise ,  eux  qui  sont 
jaloux  du  bonheur  de  mes  oreilles  d'entendre  parler  sur  tes 
qualités  sublimes. 

Tu  reverrais  ces  jardins  charmants ,  ces  sites  admirables. 

Les  amis  que  tu  y  as  conservés  soupirent  après  ta  présence  ; 
daigne  condescendre  à  leur  vœu  par  la  plus  gracieuse  des  fa- 
veurs. 

En  ramenant  dans,  ton  cœur  les  joies  d'un  autre  âge ,  tu 
n'auras  plus  à  gémir  sur  le  sort  de  (ta  fille)  Julia. 

Elle  a  fini  ici  ;  elle  a  fini ,  parce  que  le  monde  n'était  plus 
digne  de  la  posséder,  et  que  le  paradis  seul  pouvait  la  satis- 
faire. 

Elle  vit  ce  sol  jadis  foulé  par  le  peuple  de  Dieu  ,  et  qui  ne 
pouvait  plus  être  témoin  des  mêmes  merveilles. 

Elle  prit  son  vol  vers  les  cieux ,  et  tes  yeux  suivirent  la 
nuée  qui  l'emporta,  en  versant  des  torrents  de  larmes. 

Les  deux  derniers  vers  sont  d'un  style  embarrassé , 


Il  IN   1857. 

et  je  ne  suis  pub  sur  d'en  avoir  rendu  le  sens  précis. 
Dans  l'ensemble,  on  croit  s'apercevoir  que  l'auteur, 
qui  est  plein  d'ardeur  et  de  talent,  n'a  pas  encore 
atteint  la  maturité  que  l'âge  seul  peut  donner;  mais 
il  est  heureusement  doué,  et  s'il  tient  beaucoup,  il 
promet  encore  plus. 

Du  reste,  il  était  bien  difficile  que  ce  volume  ne 
se  ressentit  pas,  en  quelque  point,  du  goût  qui  do- 
mine en  Orient,  et  qui  en  (ail  comme  le  cachet.  En 
arabe,  comme  en  hébreu  et  en  grec,  les  lettres  de 
l'alphabet  ont  une  valeur  numérale,  et  on  peut  les 
employer  comme  chiffres.  Cet  usage  remonte  au 
temps  même  des  Phéniciens,  époque  où  l'on  ne 
connaissait  pas  l'usige  des  chiffres  proprement  dits. 
En  combinant  les  lettres  d'une  certaine  manière,  on 
petit  produire  le  nombre  qu'on  cherche;  en  même 
temps  le  mol  qui  résulte  de  cet  assemblage  de  lettn M 
a  une  valeur  significative.  C«t  usage  a  été  aussi  connu 
en  Occident  au  moyen  âge,  et  le  résultat  de  la  com- 
binaison dont  il  s'agit  reçut  le  nom  particulier  de 
chronogramme  '. 

Le  recueil  de  poésies  de  Al-Khoury  se  termine 
par  un  certain  nombre  de  chronogrammes,  tous  en 
vers.  Voici  un  distique,  composé  en  1 855  pour  une 
maison  que  s'était  fait  bâtir  un  habitant  de  Beyrout 
nommé  Khalil2. 

1   Monuments  arabes,  persans  et  tares  du  cabinet  de  M.  le  duc  de  blu- 
eas,  t  I,  p.  88  et  suiv. 

*  Le  mètre  est  te  même  que  Je  précédent. 


DE  LA  LITTÉRATURE  ARABE  EN  SYRIE.  430 

\j\ï    &ï\ fc-«*  Jî  ^A—2?   A-JLjlj 

j  . 

A_ j l    a   >  a»  j».ji  V— JL  c»  a  a., .v.  ,» 

r,bî  Jc-aJlA  J.\_jl_^  i  j^_* 

Voilà  un  édifice  magnifique,  et  sur  l'horizon  duquel  luil 
une  étoile  de  bonheur. 

Comme  il  s'agissait  d'en  marquer  la  date,  j'ai  écrit  sur  sa 
porte  :  Voilà  une  demeure  qui  s'est  illuminée  de  l'éclat  de  Khalil. 

Les  mots  arabes ,  qui  répondent  aux  mots  français 
soulignés ,  rendus  d'après  la  valeur  numérale  des 
lettres  dont  ils  sont  composés,  produisent  la  somme 
1 855 ,  année  de  la  construction  de  la  maison. 

Les  Arabes  ont  de  tout  temps  aimé  à  marquer  les 
dates  par  un  ou  plusieurs  mots  qui,  pris  dans  leur 
valeur  significative,  avaient  trait  à  la  circonstance. 
Par  exemple,  le  fameux  Tamerlan  ayant  mis  à  feu 
et  à  sang  la  ville  de  Damas,  l'an  8o3  de  l'hégire,  la 
date  de  ce  malheureux  événement  fut  marquée  par 
le  mot  arabe  kherab  l,  qui  signifie  destruction,  et  qui 
en  même  temps  répond,  par  la  valeur  numérale  de 
ses  lettres,  au  nombre  de  8o3.  En  Syrie,  plusieurs 
édifices  publics,  de  fondation  moderne,  portent  leur 
date  ainsi  marquée,  et  les  personnes  qui  ne  sont 
pas  au  courant  de  cette  bizarre  coutume,  ont  de  la 
peine  à  se  rendre  compte  du  sens  des  paroles.  Plus 
d'une  fois  j'ai  été  consulté  sur  quelque  point  de  ce 
genre. 


490  JUIN    II 


ÉTUDES  ASSYRIENNES. 


INSCRIPTION   DE   BORS1PPA, 

RELATIVE  À   LA   RKSTAURATION  UK  LA  TOUR  Dl 
PAR    NABI  <  MODOXOSOR. 

(Suite.) 


Jusqu'ici  Nabucbodonosor  a  parlé  en  tenues ge 
néraux  de  la  pyramide  et  de  la  tour;  il  revient, dans 
le  même  ordre,  sur  les  deux  monuments  l<  s  plm 
mtiques  de  Babylone.  Ce  parallélisme  de  la  rédar 
tion  est  parfaitement  conforme  au  génie  de  l'expo 
sition  sémitique,  et  se  retrouve  surtout  dans  les  ins 
criptions  du  destructeur  de  Jérusalem.  Le  lecteur 
se  rappellera  que  le  roi  a  d'abord  parlé  de  Méro- 
dacb,  puis  de  Nebo;  il  a  désigné  ensuite  la  pyramide 
consacrée  au  repos  de  la  première  divinité,  puis  il  a 
passé  à  la  tour  placée  sous  la  protcction*de  Nebo;  il 
parle  de  nouveau  de  la  pyramide  en  ces  termes: 


IV. 


lu. 

timm. 

Irflt. 

ka      -        ro               al 

Dotnuin 

bâtit 

Urne, 

ultimn.  mrmorir  n  nmiueifluni 

INSCRIPTION  DE  BORS1PPA.  491 

ï»t  fcf:  ï±\  4^  ;d  :sj  r^i- 

Ba  6i  -  (u  X.  i  pu  m. 

Babylonis  ,  refeci , 

t#  ^T:T  :rCT  £  -H-  &  ^e  ^TT- 


li  il.  va.  i     -  na. 

finïvi  :  in 


if  ^ïï  -iw-  ^t  ff  v-  53  twi  ::n^ 


1 

-    #ur        -        ri. 

sipra, 

latere  coctili , 

cuprc 

-i 

*.     *77TT 

Mr«k 

V^  t\\\\   a 

É=TT 

>7         -  ii 

elevan- 


tiv  u        -  a(  la    a.  ri  !       -       ta  a     -     sa 

do  elevavi  caput  ejus. 

Le  sens  de  cette  phrase,  dans  son  ensemble,  ne 
peut  pas  soulever  de  difficultés.  Ce  qui  en  est  le 
moins  clair,  c'est  le  commencement;  mais  heureu- 
sement un  petit  fragment  de  syllabaire  explique  ^T 
ti  par  ^<*T  ^~  ►"-!!  >~Y  ti  mi  in-nu.  Ce  terme  se 
trouve  souvent  dans  les  inscriptions,  et  l'examen 
des  nombreux  passages  qui  le  contiennent  nous  dé- 
montre qu'il  doit  avoir  le  sens  de  soubassement,  ou 
plutôt  celui  de  pierre  angulaire.  Nous  avons  déjà  vu 
que  les  fondations  étaient  désignées  par  le  mot  sé- 
mitique »tfK  :  le  terme  timinnu,  écritégalement  >~^> 
■$*^_  3^^>  tim-mi  in,  est  souvent  régi  par  le  verbe 
poser.  Ainsi  l'inscription  des  taureaux  nomme  le  dieu 
Sandan  • 


IM  JUIN    1857. 


m  i*.  H      -      mi  in.  Ir.  u.  lit 

postât  l*pid«m  angnl*rcm  urbit       il      ilorau». 


Nous  pouvons  rattacher  fimt'n  à  la  racine  JDK ,  dont 
beaucoup  de  dérivés  ont  un  sens  architectonique ,  et 
nous  le  transcrivons  fDKP.  On  le  pourrait  aussi  rtp 
procher  de  l'arabe  ^  î  être  debout  »  ;  mais  ce  radical 
se  trouvant  seulement  en  irilx.  il  n<>  nous  a  pas  sem- 
blé mériter  la  préférence.  Nous  reviendrons  du  reste 
mu  ce  mot  intéressant 

La  pyramide  était  le  grand  temple  consacre  aux 
assises  de  la  Terre,  ou  plutôt  de  la  déesse  terrestre 

Cette  divinité  est   nommée  ►►— J    X^X   '*'"■  "■'' 

Nous  croyons  qu'elle  était  identique  avec  la  Zûfpa 
ml  et  Drh'phat  des  1  >.i  1  »\ Ioniens,  la  puissance  créa- 
trice terrestre.  Les  deux  racines  sémitiques  *pr  et  a/n, 
li-tdlare,  sont  parfaitement  identiques;  l'une  est  la 
l'orme  araméisée  de  l'autre. 

Une  exposition  de  la  mythologie  babylonienne 
doit  rester  étrangère  à  ce  travail  ;  la  richesse  immense 
et  embarrassante  des  nouveaux  points  de  vue  nous 
impose  naturellement  une  très-grande  réserve,  el 
nous  devons  nous  borner  ici ,  le  plus  strictement 
possible,  à  l'interprétation  du  texte.  Néanmoins  nous 
osons  déjà  formuler  les  opinions  suivantes  : 

La  déesse  n»nî  «relie  qui  fait  dégoutter»,  celle 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  493 

qui  préside  à  la  fécondation  et  végétale  et  animale, 
est  l'épouse  du  dieu  Mérodach. 

Elle  est  nommée  t6n  nVio ,  «la  souveraine  des 
dieux»,  et  est  invoquée  comme  présidant  aux  en- 
fantements. 

C'est  également  elle  qui  est  désignée  par  Héro- 
dote sous  le  nom  de  AÇpoSiTy  ovpavttj,  et  à  laquelle 
était  consacrée  la  tente  des  filles  babyloniennes.  Elle 
est  nommée  tout  court  arhsi  «  la  souveraine  » ,  et  son 
attribution  de  Lucine  l'a  fait  identifier  avec  Hpa,  par 
Diodore  et  ses  auteurs. 

Elle  n'est  pas  la  mère  des  dieux,  ninn  TdavO ,  l'a- 
bîme, l'épouse  de  Bel-Dagon,  identifiée  avec  Rhéa 
et  Hécate,  comme  déesse  des  entrailles  de  la  terre , 
tandis  que  Zarpanit  est  l'emblème  de  la  terre  fécon- 
dée, et  de  la  fécondation  en  général. 

Elle  est  également  distincte  de  Nana,  la  lune  dans 
ses  trois  décades,  et  de  Istar,  qui  désigne  probable- 
ment la  lune  nouvelle. 

La  troisième  colonne  de  l'inscription  de  Londres 
démontre  que  ce  temple  des  assises  de  la  terre  n'é- 
tait qu'une  autre  désignation  pour  la  pyramide, 
comme  la  tour  était  nommée  le  temple  des  sept  lu- 
mières de  la  tour.  Ainsi  chaque  sanctuaire  a  son  sur- 
nom spécial  dans  le  document  cité;  le  temple  du 
soleil  est  appelé  la  maison  de  l'arbitre  des  mondes,  et 
celui  de  Nebo,  la  maison  de  celui  qui  transmet  le 
sceptre. 

Nous  expliquons  le  terme  de  zikurat,  n"Oî ,  par 
u  la  chose  à  laquelle  se  rattache  la  mémoire  ».  Le  sens 


494  JUIN  I8Q 

se  développe  de  la  racine  131  use  souvenir»,  bien 
connue  dans  les  langues  sémitiques;  les  inscriptions 
assyriennes  nous  en  fournissent  plusieurs  faflB6fl 
dont  voici  les  pins  usit»-»», 

Kal  ....     -)3tx  »"  pers.  sing.  de  l'aor.  «je  mentionnais  ». 

"Or  3*  pers.  masc.  sing.  ibid. 

î"Or  3"  |>ers.  DM9C.  |)lur.  l'Ai//. 

«)3|  Inlimtil 

-:•  /<£ 

Pttél.  .         -izTX  >'*  pers.  aor.  •  j'inscrivis*. 

121  «la  romnifinoration.  » 

Nomina.         -)3f  «celui  qui  M  souvient  .  serviteur». 

^2;  «  relui  auquel  la  mt'iuoir»*  ». 

mrtn  «mémoire» 

Le  reste  de  II  phrase  est  assez  clair.  Le  mot  agurri 

est  l'arabe  jJr^     Inique    .  et  les  deux  formes  se  res- 
semblent jusqu'aux  voyelles.  L'usage  assyrien  coin 
prend  sous  agurri  les  briques  cuites. 

La  lettre    *~1T  change  dans  ce  mot  comme  ail- 
leurs,   et  dans  les  syllabaires,   constamment  ai 
T^>— -  T      J  gu  ur;  elle  signifie  donc  gur. 

Le  terme  suivant  est  expliqué  par  les  tablettes  <|. 
Londres  :  nous  lisons  sur  une  d'elles  : 

TAK.  fA.     KM.  <r      -        rv  ». 

*  t'est  par  suite  d'une  erreur  que  j'ai  cent  en  haut  \upra. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  495 

Le  mot  sipraivx  rappelle  exactement  l'arabeyu» 
«  cuivre  ».  Ce  rapprochement  est  confirmé  par  la  dé- 
couverte faite  à  Khorsabad  de  cinq  tablettes  dont 
une  est  en  cuivre.  Le  groupe  à  gauche  se  trouve 
dans  l'énumération  des  cinq  matières  différentes. 

Laissons  pour  le  moment  le  mot  assez  obscur 
iillitiv,  pour  nous  occuper  de  la  formule  fréquente 
de  uulld  risasa  XVtfitl  N^N  «  i'ai  élevé  son   faîte  » , 

T       T  •  T      S      S  •* 

littéralement  «  sa  tête  ».  Le  mot  N ?3?x  est  l'aoriste  du 

T    \    \ 

paël ,  la  voyelle  a  est  employée  à  cause  du  l,  qui  aime 
assez  à  être  précédé  de  cette  voyelle  peu  sonore. 

Mais  iillitiv  Nn^J?  est  plus  difficile  à  expliquer.  U 
paraît  naturel  d'y  voir  un  infinitif  servant  de  renfor- 
cement, comparable  à  l'hébreu  jimon  niD;  le  sens 
serait  donc  «j'ai  élevé  son  faîte  extrêment  haut  en 
briques  et  en  cuivre  ». 

Cette  explication  est  très-plausible  et  conforme 
au  génie  des  langues  sémitiques.  Le  redoublement 
du  / nous  y  peut  faire  voir  un  infinitif  du  paël,  mais 
il  y  a  une  objection  :  pourquoi  l'état  emphatique? 
C'était  peut-être  une  construction  pour  indiquer  le 
superlatif,  précisément  comme  le  français  le  forme, 
en  préposant  l'article  au  comparatif. 

On  pourrait  penser  aussi  à  nbv  «  feuille  » ,  et  tra- 
duire «du  cuivre  en  plaques»;  mais  j'aime  mieux 
prendre  ce  qui  est  plus  simple. 

Ce  mot  Nn'v'V  n'est  pas  à  confondre  avec  Km1?!* 
«  les  hauteurs  » ,  ni  avec  NnVy  «  les  appartements  . 
niches  supérieures.  » 

L'interprétation  que  nous  avons  donnée  du  mot 


496  Jl  IN    1857. 

ttrhx  est  encore  confirmée  par  des  passages  analô 
gués.  Ain>i  l'inscription  de  Londres  (col.  g,  I.  27), 
m  parlant  des  murs  de  l'acropole  de  Babvlone,  dit  : 

Kuiki  sitdir  uullâ  nsnsu. 

S    ut        mouler     elevavi     caput  ojus. 

t  V   \ 

Le  sens  de  noire  phrase  se  résume  donc  par  fat 
Ntriion  de  Yibuchodonosor,  qu'il  a  recouvert  le  som- 
met de  l.i  pyramide  d'un  revêtement  de  cuivre.  On 
comprend  parfaitement  l'utilité  d'une  opération  qui 

devait  mettre  l'édifice  a  1  abri  du  soleil  et  de  la  pluie  , 
>i  un  us. i^o  quo  noib  employons  encore  pour  les 

<  lochers. 

Après  cette  explication  preli  m  inaire,  le  roi  entame 

If  sujet  spécial  de  l'inscription,  la  Tour  des  langues 


Ni      -      «n      -      m'  m.  lit.  kamami.  ~ 

nu  id  :  Doaiuni     luiainuni  VU  ïtrir. 

•~sïit  Kzit=^.H^cfc=ciT\r> 

la      -       ra  at.  Bmi 

•  Uni:»  nirinnria-   ■moamrntara  tioriip; 

i         -     pi!  0|.  M 

u.c..  rt\  ItlUIM  1  f«cit  , 


INSCRIPTION  DE  BORSI-PPA.  497 

42  amari.  vu     |       za  ak  ki     -        ru,  u. 

(XLII  jetâtes  computant) 

va.  la.  yu        -  ni  -  la  a.  ri  } 

no»  elevavit  caput 

ekt  ïï  èéct.  ct:  ::&  ^t  «=ej- 

sa  a  «a.  ui  -  tu.  Jun*. 

ejus  :  inde  a  die 

-TU  53  ^1  fcT-  33>  ^TT  ^  *#• 

ri  !         -     fcu  nt.  in  -  na  -  mu  u. 

dilnvii  dereliquerunt  (eam), 

É5  -p-  m  yi  M  pu  -y  'tm 

va.  la.  su        -        ti  su  ru.  mu      -  si 

sine  ordine  proferen- 

î         -        mi.  kilam. 

tes  verbum. 

Personne  ne  contestera  le  grand  intérêt  qui  se  rat- 
tache à  cette  phrase,  et  qui  fait  de  ce  monument  un 
des  plus  remarquables,  sinon  le  plus  important  de 
tous  les  documents  trouvés  jusqu'ici.  Elle  nous  en- 
seigne que  la  ruine  aujourd'hui  nommée  Birs-Nim- 
roud  est  le  reste  d'un  édifice  érigé  par  Nabuchodo- 
nosor  en  l'honneur  des  sept  planètes,  et  reconstruit 
jx.  33 


498  Jl  I1H   1857. 

sur  l'emplacement  d'une  autre  ruine  qui ,  déjà  à  Té 
poque  du  destructeur  de  Jérusalem,  passait  pour  le 
lin  Être  de  la  confusion  des  langues. 

On  ne  trouve  pas  au  Birs-Nimroud  de  briques 
antérieures  à  Nabuchodonosor  qui  placent  l;i  cous 
truetion  de  la  tour  de  Babel  à  trois  mille  ans  avant 
lui.  Il  ne  reste  de  cet  édifice  plus  antique  rien  que 
les  fondations,  et  les  pierres  qu'on  rapporte  du  Birs- 
Nimroud  sont  d'une  époque  relativement  moderne 

Le  premier  mot  minimisas?  transcrit  ic'Dx::  *  nous 
disons  cela».  Cette  formule  indique  toujours  que  la 
partie  principale  de  1  inscription  va  suivre. 

Dans  le  groupe  «  la  maison  des  sept  lumières  de 
la  terre  »,  il  ne  reste  à  expliquer  que  le  signe  T^  V 
dont  nous  avons  fort  heureusement  une  explication 
directe,  fournie  par  les  syllabaires;  car  la  compa 
raison  des  inscriptions  seule  serait  insuffisante.  Voici 
ee  que  dit  K,    i  i  o  : 


T  2=1-     W±      faS^ 


T  Ifcl 


mv 


c»lff«r»r« 


DDn 


^zî::^^^t 


gigntr*. 


du 

17K 


S, 


La  forme  archaïque  du  signe  T  T  J  dM 
Il  signifie  «lumière»,  et  ensuite  «  réchauffer  et  en 
gendrer  ».  Toutes  ces  valeurs-là  sont  idéographiques, 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  499 

et  jusqu'ici  nous  n'avons  rencontré  le  caractère  en 
question  que  comme  monogramme;  ii  est  d'ailleurs 
très-rare ,  et  ne  se  trouve  guère  que  dans  la  phrase 
qui  nous  occupe  maintenant.  Nous  pouvons  encore 
citer  une  autre  donnée  du  syllabaire  K,  197  : 


matériel   plancier 


ma  ga  ru 

spliaera    (fortnna).  "Î^ID 


L'examen  de  ces  deux  notices  nous  prouve  qu'il 
ne  s'agit  pas  dans  notre  passage  des  sept  sphères  pla- 
nétaires, mais  des  étoiles  elles-mêmes.  Notre  opinion 
est  encore  corroborée  par  le  passage  parallèle  de 
l'inscription  de  Londres  (col.  3, 1.  67),  où  le  mono- 
gramme est  suivi  de  Y — mi.  Cette  annexe,  qui  man- 
que dans  notre  inscription,  est  très-précieuse  pour 
nous,  parce  que,  comme  complément  phonétique, 
elle  indique  le  mot  qui  doit  se  lire  ici  :  la  dernière 
lettre  en  doit  être  un  m. 

TJJ\  est  donc  à  transcrire  par  DDn  «  lumière, 
planète»,  précisément  comme  le  chaldaïque  nDn  si- 
gnifie la  même  idée.  Cette  racine  n'est  pas  étrangère 
au  terme  hébraïque  nEn  «  soleil  »,  ni  au  mot,  si  connu 
et  si  obscur  pn ,  qui  veut  dire  une  idole  planétaire. 

Quelquefois  on  ne  cite  que  quatre  lumières,  celles 
des  étoiles  qui  président  aux  quatre  régions  du  soleil  : 
c'est  à  ces  quatre  hammam  qu'est  consacré  Arbèles, 

33. 


500  JUIN   1857. 

taraUTOV]  «  la  maison  des  quatre  dieux  ».  (  )n  lit  sou 

vent  dans  les  inscriptions  de  Saigon  : 


h 


a*      -        «< 

i     -      *i. 

M. 

ar           -           ta 

NfhMI 

■M 

quatuor, 

Il    S3 

»-TTYT 

j<V  TTT  « 

HTJ  tft  î^T 

ifa 
propalil 

prottr»  tioutm    (  lepra  ) . 

trans  iv  wiNtf  ^DDn 

Le  nom  de  Borsippa  est  écrit  en  caractères  idéo- 
graphiques £JR~  EJ — J»-TT  X^X*  ^ous  somn"  s 
■An  de  la  valeur  de  ce  groupe  par  la  comparaison 
de  l'Inscription  de  Londres  avec  la  copie  qui  en  est 
faite  sur  le  cylindre  de  Ker-Porter.  Là  où  ce  dernier 
donne  le  groupe  idéographique,  la  pierre  du  mu- 
sée de  la  Compagnie  des  Indes  a  écrit  le  mot  pho- 
nétiquement *-^- —  *""TT« 


llxr      -         :.      - 


D'autres  formes  syllabiques  sont  : 


-h  ht::  <hïï  ^ 


i.,   . 


-M- 

Bar  tip 


INSCRIPTION  DE  BOKSIPPA.  501 

La  confrontation  des  textes  babyloniens  et  nini- 

vites  montre  à  chaque  pas  la  permutation  de  ces 

groupes  ;  les  inscriptions  de  Ninive  ont  surtout  adopté 

le  complexe  idéographique. 

Le  sens  des  trois  lettres  HP"  ET  I*"~TT  ^^ 
est  encore  fort  obscur.  Le  signe  moderne  fc~|»n- 
dérive  du  caractère  archaïque  très-compliqué.  Il  est 
expliqué  dans  un  syllabaire  ainsi  : 


Un  autre  donne 


*m=  M  i 


vovere  ?  nTï  (d'où  min) 

ha     -     da       -        mu 
balbutira  '    Q*72 


TETCT 


eft- 


pa     -     rak.  .  .  . 
dispergcre. 


Il  paraît  que  le  sens  concret  de  ce  signe  est  «  autel», 
d'où  proviendrait,  dans  ce  cas,  la  notion  de  consa- 
crer. L'Inscription  de  Londres  nous  fournit  le  pas- 
sage suivant  (col.  3,1.  i  sqq.)  : 

1  Cette  racine  Q"n  semble  parente  de  l'arabe  -ojj  «balbutier», 
et  de  l'hébreu  ri12  «parler  sans  raison  »,  XED  «  prononcer,  murmu- 
rer». On  comprend  les  rapports  qui  existent  entre  les  idées  d'autel 
et  de  murmurer. 


502  JUIN   1857. 

E&-.  M  •  Hr^-  33S=J  fll  -4 

m<ulaA  (?)  «a  a.  mofiaA  (?)  iar  .      ra      -      U 

Allarr  i»tttd ,  alUrc  rayai , 

bPt-  -mi  tm  *P  -t* 


ir»  iiap«rii 


B*  fl-  pW*  -H  flfî--  -Hf  CfcT- 

M,  naiiaa.  ifai.  ra»«.  Marduk. 

taptaaii  daomm  domiai  Mtrudtchi , 

mu  *$>■■&  <*— •  hu 

«a.  iarra.  ma  a  A  .  n. 

ajaod  rrt  aalarior     (jim  primas) 

fe-H.  €«r-  taHh  »  h  ►+  4*  » 

i      -         «j  Aaipa.  i»      -         ri      -      la.  »i     -     (i  lA      -      tu 

ii  argcolo  fioul  QDgendo, 

4?  -TU  H»  -TU  H-  -H*  j>f- 

Aamia.  au  ri.  Il  iA  -  BB*. 

iui<i  para  poodrrit 

■ni      -      la*      -      ni.  a  <a  al  Ai  «*. 
Tattiri. 


•i-no  13-1  "•hVk  NiDie-  n,7?3  nsie  xnnc  naio  knl*  mie 
KD7D  «31.  toc:  «sin  •?#  pna  pris11  kddd  ïk  nno  "iDtf 

:  #37tfK 

Quant  à  g|     Jt^TT.  sa  valeur  syllabique  de  sap 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  503 

est  bien  connue-,  c'est  même  un  des  caractères  dé- 
chiffrés les  premiers.  Le  syllabaire  K ,  1  1  o ,  a  donné 
raison  à  cette  lecture,  en  fournissant  les  détails  sui- 
vants : 


T     ïï 


efc=fcïï 

B*=fcïï 


lap  -  pu 

vociferari  (P1{<^  en  hébreu?  ) 


«a     -        ra 


Donc  le  monogramme  complexe  pourrait  signi- 
fier «  lieu  de  la  dispersion  des  voix  »  ou  «  lieu  du  bal- 
butiement ».  Le  talmud  babylonien  dit  que  le  nom 
de  Borsippa  est  dérivé  de  v^D^ia,  parce  que  les  lan- 
gues y  ont  été  confondues;  selon  la  traduction  juive, 
l'air  y  a  la  propriété  de  faire  perdre  la  mémoire.  Nous 
ne  nous  sommes  pas  aperçu  de  cette  qualité,  et 
nous  faisons  venir  le  nom  de  *]D  y")3  «tour  des  lan- 
gues »  Le  mot  y"D  est  un  ancien  mot  sémitique ,  qui 
a  du  rapport  avec  123  «  fortifier  » ,  et  avec  le  mot 
arabe  çj*>,  qui ,  à  son  tour,  est  parent  du  grec  zrvpyos , 
apparemment  d'origine  non  indo-germanique. 

Nous  aurons  encore  une  remarque  à  faire  au  sujet 

de  la  valeur  bara,  attribuée  au  signe  fczY^JL  par  le 

syllabaire.  Il  se  trouve,  par  hasard,  que  le  second 
caractère  du  groupe  idéographique  est  sap,  ce  qui 
est  assez  rapproché  de  sip,  dernier  élément  du  nom 
de  Borsippa.  Sardanapale  a  donc  donné  au  premier 


504  JUIN   1857. 

signe  la  valeur  de  bura  ou  bar,  que  oe  ligne  n<*  ja- 
unis. Nous  avons  déjà  pu  signaler  d'autres  laits  et 
ce  genre,  et  nous  serons  à  môme  d'en  reconnaître 
plusieurs  autres.  La  série  des  homosympliones  est 
complète  :  ce  sont  ►— | —  bar,  ^t^ —  bir,  ^Ty 
bar. 

La  phrase  >m\ante  se  lit  et  M  traduit  ainsi  : 

su.       iarru.     mahri        ipus. 
<| i i.mi      rex      , intérim     iv<  il 

•  tfajr  nnp  moBf 

Parmi  les  dillërentes  acceptions  que  nous  trouvons 
à  la  racine  -ino,  il  y  a  celle  d (intérieur.  Elle  veut  dire 
également  «mesurer»,  comme  en  syriaque;  elle  a 
la  valeur  de  «  imposer  un  tribut»,  de  «  prendre  »,  et 
comme  préposition,  elle  représente  l'idée  de  l'an- 
tériorité. Ainsi  nous  trouvons  le  terme  mahriya 
■nno  permutant  avec  \)B  \n  "Si  «marchant  m -<!<• 
vant  de  moi,  avant  moi  »,  souvent  épithète  de  ton 
«  mes  pères  ».  Nabuchodonosor  dit  des  murs  de  Ba 
bylone  qu'il  avait  construits  (Inscription  de  Londres, 
col.  6,  1.  ah)  ■ 

IËW-  ET  ^TT  &  *=<£•  -SI  -TH- 


fa. 

■a  -            «a              ma.                  iar.                                  -           fC 

qiKM 

ullu,                                         rc<                             anlarior 

Hp.jEafsa. 

non                    perfecirat. 

•tfaar»  «S  nnc  ne  kd:d&' 

INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  505 

Le  sens  est  quelquefois  «  ie  premier  »  ;  c'est  celui 
que  j'ai  choisi  dans  ce  passage  ;  car  c'est  évidemment 
du  premier  roi  que  veut  parler  Nabuchodonosor  en 
remontant  tout  à  l'heure  jusqu'à  trois  mille  ans  avant 
lui ,  et  jusqu'au  temps  du  déluge.  Voici  l'époque  qu'il 
fixe  pour  ce  roi  antique  : 

b2.  -  amari        yuzakkiru, 
XL1I.  aetates    commémorant. 

nip  no»  3D 

Le  chiffre  k  i  est  confirmé  par  les  deux  exem- 
plaires de  l'inscription  qui,  tous  les  deux,  nous  don- 
nent 33TT.  Le  signe  frTTTT    a  beaucoup  de  valeurs 

idéographiques  :  un  fragment  de  Londres  lui  en  donne 
dix,  parmi  lesquelles  il  y  a  celui  de  "inD  «mesure 
agraire  » ,  et  de  iDif ,  écrite  Tl  Ë^-T  ►►^TTT»  amaru. 
Nous  identifions  ce  terme  avec  l'arabe  j$  «  âge 
d'homme,  vie  humaine.  » 

Nous  avons  établi  ailleurs  que  la  vie  humaine 
équivalait,  dans  la  pensée  des  Chaldéens,  à  deux 
générations  de  trente-cinq  ans  chacune.  Cette  géné- 
ration ,  le  dâr  t^NT  A  f  Y,  était  considérée  comme  sept 
heures  cosmiques,  de  cinq  ans  chacune.  Il  est  connu 
que  le  cycle  de  sept  heures  solaires  a  donné  les  noms 
à  nos  jours  de  la  semaine.  Nous  devons  nous  abs- 
tenir, dans  ce  travail ,  d'une  démonstration  apparte- 
nant à  un  ordre  d'idées  autres  que  philologiques. 

Nous  remarquons  seulement  ici  que  la  durée  de 
la  vie  humaine  dans  l'antiquité  est  toujours  évaluée 


506  JUIN   1857. 

à  soixante  et  dix  ans.  ÎSous  rappelons  au  lecteur  le 
magnifique  psaume  de  Moïse ,  et  la  belle  épigramme 
de  Solon  sur  les  différentes  époques  de  lage. 

Ce  chiIVre  de  62  âges  d'homme  est  mis  pour  ex- 
primer plus  brièvement  le  grand  chiffre  de  2960  an- 
nées solaires,  qui  sont  leur  équivalent.  Du  reste,  il  me 
semble  que  Nabuchodonosor  ne  donne  pas  sans  une 
pensée  superstitieuse  ce  chiIVre  de  4a ,  qui  se  com- 
pose de  6  et  de  7.  Le  roi  a  pu  se  croire  appelé  à  la  re- 
construction de  la  tour,  puisqu'il  vivait  juste  au 
milieu  de  la  période  de  7  semaines  cosmiques, 
comptées  à  partir  du  déluge  et  égales  à  588o  années 
solaires. 

Nous  savons  comment  ces  idées  chaldéennes  ont 
influé  sur  Daniel  et  sur  tous  ses  sectateurs  juifs  et 
chrétiens,  et  nous  n'ignorons  pas  combien  de  tetes 
«Iles  ont  tournées  jusqu'à  notre  époque.  Les  malheu- 
reux computs  des  uns,  qui  prouvent  que  le  Messie 
est  venu,  et  des  autres,  qui  démontrent,  avec  autant 
de  justesse,  qu'il  n'a  pu  venir  encore,  ne  donnent 
des  armes  ni  pour  ni  contre  une  religion  quel- 
conque; mais  il  nous  semble  qu'ils  excusent  Nabu- 
chodonosor. 

Nous  ne  disons  rien  du  mot  yuzakkiru ,  qui  est  la 
3*  personne  du  pari  de  "Oï;  il  se  transcrit  nDï1»,  et  se 
traduit  par  «ils  comptent». 

La  phrase  suivante,  la  yuulld  risâsa,  ne  peut  pas 
soulever  de  difficultés;  mais  la  seconde  exige  plus 
d'explications  : 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  507 

ultu.       yum.     rikut.     innamû. 
inde  a       die     diluvii    derelinquerunt  eam. 

Le  mot  ultu,  ainsi  que  istu,  est  une  préposition  as- 
syrienne qui  traduit  le  perse  hacâ  «  à  partir  (Je  »;  elle 
remplace  le  min  des  autres  langues  sémitiques,  qui 
ne  se  trouve  pas,  du  moins  sans  suffixe,  en  assy- 
rien. La  particule  n#'>  ne  manque  pas  de  termes 
alliés  dans  les  idiomes  congénères;  l'éthiopien  con- 
naît la  préposition  0ft*/"-  «  dans  » ,  et  hP°;  Q^h^i  a 
exactement  le  sens  de  istu. 

Nous  avons  eu  déjà  occasion  de  faire  remarquer 
le  changement  en  l  d'un  5  radical  devant  t  ou  d,  et 
même  devant  d'autres  consonnes.  Ainsi,  souvent 
Fistaphal  devient  un  iltaphal,  et  le  nom  des  Ghal- 
déens  lui-même  n'est  qu'une  application  de  cette  loi 
phonétique  babylonienne;  car  1D3  fut  changé  en  T?o, 
et  les  Grecs  n'ont  connu  que  cette  dernière  forme. 

Souvent  ce  changement  a  rendu  très-peu  recon- 
naissables  les  racines.  Le  terme  n^N  «je  fis  traîner 
un  colosse»  est  écrit  par  Sennachérib  usaldad,  et 
on  lit  dans  les  annales  de  Tiglatpileser  Ier  llûhn  pour 
")tD#x  «j'écrivis». 

J'ai  cru  pendant  longtemps  que  rikut  était  parent 
de  la  racine  pm  «  éloigné  » ,  et,  en  vérité ,  cette  même 
expression  se  lit  souvent  avec  le  mot  jour;  mais 
comme  le  vrai  peut  n'être  pas  vraisemblable,  ainsi 
le  vraisemblable  peut  n'être  pas  vrai.  Ce  mot  éloigné 
s'écrit  toujours  avec  un  k,  p ,  non  par  un  k  simple  3 , 
toujours  rukut  et  jamais  rikut;  donc,  il  est  permis  de 
conclure  à  la  non  identité  de  ces  termes. 


508  JUIN   1857. 

Le  mot  nl,ut  nous  rappelle  une  ancienne  racine 
babylonienne  "p*i ,  parente  de  l 'lu-bi  eu  pn  «  inonder  ». 
Le*  lexiques  arabes  nous  disent  quetfjy  était  un  terme 
de  la  Mésopotamie  signifiant  «  onde  »  (iùàl^Xjb  £§*)< 
Nous  voyons  dans  rikut,  que  nous  transcrivons  n«n, 
le  terme  par  lequel  les  Babyloniens  désignaient  le 
déluge. 

•  Le  verbe  encore  inexpliqué  de  cette  phrase  est 
innamu.  Je  le  transi n  ,,;1i:\  et  j'y  reconnais  Pao 
riste  d'une  racine  on:  «abandonner» ,  parente  du 
syriaque  nvn,  comme  p:  as  trouve  à  côté  de  n:i, 
;ro  avec  n:r ,  on:  avec  ncn ,  un  avec  nm ,  et  d'autres. 
Le  redoublement  du  n .  eu  assyrien,  se  montre  éga- 
lement ailleurs  pour  compense!  L  perte  <1  un  h.  Ainsi, 
au  lieu  de  in::,  on  éerit  -)M. 

On  pourrait  penaer  i  transcrire  tik:\  en  rappro- 
chant  le  mot  assyrien  de  l'arabe  ^U  «abandonner»; 
mais  nous  allons  renoncera  cette  laumilation  ,  parce 
que  le  redoublement  du  n  serait  alors  plus  difficile 
i  expliquer. 

La  phrase  suivante  est  très-difficile,  à  cause  des 
monogrammes  qu'elle  contient;  on  trouve  généra- 
lement que  les  Babyloniens  écrivent  d'une  manière 
plus  archaïque  les  passages  auxquels  ils  donnent  plus 
«I  importance,  et  cette  habitude  n'en  rend  pas  l'ex- 
plication plus  aisée  pour  nous.  Nous  répétons  la 
phrase  : 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  509 

-Ë=J.  M  ^T  M  *%**  s^ïï  W  C^ 

/a.  i«  (i     -     lu  /u.  mu  -        |t        -    ?  -        mi. 

sine  ordino  proférantes 

jiaiû.         pilnu. 
verhnm   cogitationis. 

Les  deux  premiers  mots  sont  très-clairs  :  sutisur 
est  l'infinitif  régulier  de  l'istaphal  de  iwx,  ou  icn  , 
et  signifie  «  diriger,  présider  à  ». 

Le  mot  n'est  pas  obscur,  et  s'emploie  toujours 
dans  cette  acception.  Souvent  la  phrase  :  «Nebo  a 
chargé  ma  main  du  sceptre  de  la  justice  »  est  accom- 
pagnée de$.  mots  : 

a      -         na.  tu      -      ti      -      tu  ur.  ni  si 

ad  regendos  domines 

Sargon  nomme  Nisroch  (Inscript,  des  Taureaux, 
1-99): 

-^  ^î  ^  T  H>— ^  ~ 

mu  u#        -  ti      -        tir.  nak        -        ii. 

dirigens  nuptias. 

Le  même  roi  demande  à  Ninip-Sandan  : 


510  JUIN  M 

4  EN-  ^  tJ  <ÊL  M  W  <H  ECJÏ- 

rami.  m  u      -      ki.  ta  (i      -      i:        .        r«. 

I«  tion»m  («ralomn  JinK^ 

Nabuchodonosor  prie  Mylitta  : 

m  ^t  ih  -tu-  ^t  ::ot  ewt  £*• 

fttniim  pjrtuhu. 

L'emploi  du  négatif  ItS  devant  un  infinitif  ou  un 
substantifqii'l»  cri(j  ne,  avec  la  signignilicii  lion  iaj 
n'étonnera  pas  les  personnes  un  peu  familiarisées 
avec  le  génie  des  langues  sémitiques.  Nous  pourrons 
donc  traduire  la  tntisnr  "itf\"itf  NV,par:  «  sans  ordre  . 
en  désordre,  confusément». 

Le  mot  musiimi  est  déjà  plus  difficile  à  analyser. 
La  transcription  exacte  serait  ••Dyso,  et  un  paël  ré 
gu  lier  de  Di%X;  mais,  à  part  un  mot  éthiopien  dérivé, 
rette  racine  manque  a  toutes  les  autres  langues  de 
Sem,  et  nous  devons  chercher  dans  leurs  diction- 
naires si  l'on  n'y  trouve  pas  la  même  racine  sous  une 
forme  un  peu  modifiée.  Nous  Connaissons  l'étroite 
affinité  du  ï  et  du  2  ,  qui  permutent  en  assyrien 
même.  Or,  le  mot  dvt  répond  exactement  à  l'idée  que 
semble  exiger  l'ensemble  de  la  phrase.  En  arabe. 
0-£j  signifie  «  opiner,  dire  r  ;  ensuite  :  «  parler  avec 
hésitation ,  balbutier,  parler  comme  on  fait  quand 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  Ml 

on  est  en  colère  »  ;  d'où  l'hébreu  adopte  le  sens  de 
«  être  indigné  » . 

Que  l'on  rapproche  l'assyrien  dvîi  de  l'arabe  *jt) 

«  parler  » ,  ou  de  +èj  (à  la  9e  forme  *i^i  «balbutier»), 
le  sens  reste  essentiellement  le  même. 

Nous  traduirons  donc  ^Di^D  par  proferentes,  bal 
butientes. 

Les  deux  dernières  lettres  de  cette  phrase  sont 
*  T  jf  ^rT4!.'/.  SA  présente  un  groupe  composé  de 
deux  monogrammes,  dont  les  syllabaires  nous  four- 
nissent l'explication.  Le  syllabaire  K ,  1  1 0 ,  si  souvent 
cité,  porte  : 


î       Ï3ï 


ïï 

(«) 


ZH 


:=ïï 


ka         a  -  in. 
fornix ,    3p 


ha      -      1m 
loqui ,   sermo. 


np 


La  voyelle  *  Ti  l  a  donc  les  valeurs  idéographie 
ques  de  voûte  et  de  langage.  L'une  n'est  dérivée 
de  l'autre  que  par  la  similitude  des  mots  assyriens  ; 
il  est  possible  que  ^Tf  ait  Ie  son  phonétique  de  kip 

1  On  se  rappellera  que  le  groupe  ►»-T  ~Tt  traduit  le  perse 
açman  «  ciel  » ,  et  se  prononce ,  en  assyrien ,  1J3E7  «  ciel  ».  Nous  avons 
dit  que  ^>-T  signifie  Dieu ,  et  |T  voûte  ,  et  que  le  sens  du  groupe 
est  «dieu  de  la  voûte»,  ou  «dieu -voûte».  C  est  ce  même  passage 
qui  nous  a  fourni  le  sens  donné  plus  haut. 


312  JUIN   1857. 

ou  kup  (kap  étant  déjà  représenté),  quoique  nous 

n'ayons  pas  <le  preuves  pour  cette  assertion. 

Le  même  syllabaire  nous  fournit  la  râleur  de  ^V 
en  babylonien ,  qui  s'écrit  ^=TJ  et  ^=f[  en  assyrien  ; 
nous  lisons  : 


T    ^Tïï 


mm  « 


T      vif 


$•       » 


m 

m 


fl  t  -        KM 

eopitatio.  ÎOr 


Le  syllabaire  K,  b\> .  i  l'indication  suivante  : 


vT* 


rTT 


t£  HW-  *T-  [&4T  -^ 


fojiUtio 


|Bl  •-;- 


Un  autre  syllabaire,  encore  du  Musée  britan 
nique,  explique  le  caractère  ^JJ  p*f  pàno;  donc  il 
n'y  a  pas  de  doute  sur  l'exactitude  de  notre  intei 
prétation.  Nous  rapprochons  |OD  de  l'arabe  {Ji^i  «in 
telligere,  cogitare  »,  et  cette  assimilation  est  justifiée 
par  le  synonyme  Wl  «  meditari»,  que  fournit  K,  62. 
Quant  à  la  signification  de  «  parler  »,  attribuée  à  12p. 
elle  résulte  des  inscriptions  trilingues,  où  È^1 
|  "  *■"  •  ikabbi,  ^3p\  traduit  le  perse  thâtiy  «il 
dit  ».  Gaubatiy  «  il  se  nomme  »  est  encore  interprété 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  513 

par  *-J««y^  **>—  tTTTÎ  ikbù  I3j?\  et  le  passif  athahya 
«  il  fut  dit  »  se  trouve  dans  l'assyrien  exprimé  par  le 
niphal  ï3g\ 

Nous  avons  expliqué  les  deux  caractères  *~Z~} 
^=T*Y  séparément  par  «  expression  de  la  pensée  »  ; 
mais  il  est  évident  que  ces  deux  signes  ensemble 
forment  un  groupe  idéographique  dont  le  sens  est 
«langage,  parole».  Nous  ne  savons  pas  au  juste 
quel  son  représentait,  en  assyrien,  cette  combinai- 
son; mais  nous  pourrons  toujours  la  transcrire  Jty5?, 
dVd  ou  "131,  sans  nous  exposer  à  une  erreur  bien 
grande.  La  preuve  de  l'emploi  de  ce  groupe,  comme 
expression  idéographique ,  se  trouve^dans  une  inscrip- 
tion deSardanapaleV,  actuellement  auLouvre.  Le  roi 
d'Assyrie  est  représenté  tenant  unlion  parles  oreilles, 
et  au-dessus  de  ce  bas-relief  se  trouve  une  inscrip 
tion  où  ce  même  fait  est  expliqué.  Ce  texte  nomme 
la  lance  du  roi 

kilam.        .  ka       -     ti       -        va. 

verbam  marins  meœ. 

Cette  dénomination  paraîtra  étrange  de  prime 
abord;  mais  elle  est  caractéristique,  et  même  expli- 
quée par  les  autres  langues.  En  hébreu,  la  première 
signification  de  *m  est  «  percer,  tuer  » ,  et  c'est  de 
cette  acception  que  vient  131  «  la  peste,  la  mort  su- 
bite »,  occasionnée  par  la  lance  meurtrière  de  l'ange 
de  la  mort;  comme  l'arabe  y^Uo  «  la  peste»  vient 
ix.  34 


514  JUIN   1857. 

de  (j*!»  «  percer  i).  La  même  rann«>  nih  a  éaéuita  bj 
signification  de  u  proférer  un  son,  parler»,  d'où  le 
mot  si  commun  "on  «  la  parole  ». 

En  arabe,  le  verbe  /Jtf,  d'où  viennent  -^  et  l'as 
syrien  cV:  «  la  parole  »,  veut  dire  •  blesser  »  -,  en  latin, 
le  mot  verbum  ressemble  beaucoup  à  verberarc. 

Le  roi  d'Assyrie,  qui  appelle  sa  lance  la  parole 
de  sa  main,  reflète  dans  son  expression  le  génie  àfit 
Arabes ,  qui  se  servent  d'images  analogues  pour  dé- 
signer leur  arme;  et  il  nous  a  donné  une  preuve 
de  plus  pour  traduire  la  phrase  de  Nabuchodonosor 
ainsi  qu'il  suit  :  i  confusément  proférant  leurs  pa 
rôles  ». 

L'inscription  continue  ainsi 

VI 

^  Mf  <XT-  <VB  EETT  Tf  E^ 

/■  ■«         •         *«•.  «a.  ra  a      -         lia 

- 
Mot»»    tm»  g  lonitrn 

n  -  «a  ai        -        «n  ■  •  '•        -        «i  M 

dUpemnat  «rg.lUn. 

::m  mi-  r*  <y-î  ^=tt  — ttj- 

ht         -  «a.  •       -         9*  ■»■  -  rl     • 

na*  :  Ittercaqae  coctile* 

-4 


aA  -  /a  B&      -      ti  -  M.  Bf>    - 

l«.<nmtnlnruni  pjui 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  515 

ta  at  -  ti  ir.  va.  H      -         bi  it 

(liffiderant  :  irfçill.i 

•fi  H  *H  g:  m-  %\  m  %  p- 

ti.  tu  in      -      mi      -      M.  is      -      s«      -  pi  ik. 

roolis  interiori»  ••  tl'us.t  <>rat 

^  -H  ^  ^T- 


/o         -         M 
in   colles     separato.». 


Le  sens  de  cette  phrase  intéressante  est  très-simple, 
et  explique  parfaitement  pourquoi  la  tour  des  langues 
a  été  détruite  si  peu  de  temps  après  sa  restauration  ; 
il  guidera  ceux  qui  entreprendront,  sur  l'emplace- 
ment même,  des  recherches  ultérieures.  L'antique 
édifice  était  bâti  comme  presque  tous  les  temples  et 
les  murs  de  Babylone  du  temps  de  Nabuchodonosor  : 
le  massif  et  les  fondations  étaient  en  briques  crues, 
et  les  revêtements  en  briques  cuites.  Ce  genre  de 
construction  a  été  la  cause  de  la  destruction  de  la  plus 
grande  partie  des  murs  de  Babylone.  On  arracha  les 
revêtements  afin  de  les  utiliser  pour  des  construc- 
tions nouvelles ,  et  la  terre ,  n'ayant  plus  alors  de  con- 
sistance, retomba  de  chaque  côté  dans  les  deux  fossés 
dont  elle  avait  été  extraite. 

Le  mot  zunnuv  vient  d'une  racine  ]zt ,  qu'il  ne  faut: 
pas  confondre  avec  cette  autre  qui  se  compose  des 
mêmes  lettres,  et  qui  signifie  «reconstruire»;  celle 

3/,. 


516  JUIN   1857. 

qui  nous  occupe  est  identique  à  S^t,  connue  dans 
les  autres  idiomes  sémitiques  comme  désignant  la 
notion  d'ébranler,  d'où  l'arabe  *i>3;  «  tremblement 
de  terre  ».  Quoique  le  changement  de  n  et  /  ne  soit 
pas  des  plus  fréquents  dans  les  langues  sémitiques, 
on  en  peut  prouver  l'existence  d'une  manière  incon- 
testable; les  exemples  les  plus  frappants  sont  les  rap- 
ports de  l'arabe  ^»o  avec  l'hébreu  et  l'araméen  D7S , 
de  |y7,  avec  l'arabe  vulgaire  Jjù;  nous  citerons  aussi 
ap:  (en  assyrien  «  nommer») ,  et  <-«oi),  mvi  et  mvb , 
rru  et  ©n*?,  etc. 

La  parfaite  ressemblance  des  deux  racines  assy- 
riennes ne  nous  étonnera  pas  plus  que  l'identité  ap- 
parente des  deux  mots  français  buer;  nous  savons . 
du  reste,  que  beaucoup  de  racines  sémitiques,  di!l< 
rentes  dans  l'origine  .  montrent  surtout  en  hébreu  le 
même  phénomène  de  fausse  identité.  Quelquefois 
nous  nous  trouvons  aux  prises  avec  des  difficultés 
d'interprétation  ;  par  exemple ,  le  même  mot  se  trouve 
dans  la  phrase  suivante  de  l'Inscription  de  Londres 
(col.  (i,\.  57): 

if  ^n  ht  >*■•  ^y  btc^be 

A       -        «a.                              Ha.                                         ma      •           ta                    at- 
D«»  As 


33> 


ai  ta. 


bit     - 

du. 

i     -        m 

domum 

suam 

in 

1 

as 

EC 

mi 
iortiter 

INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  517 

ht  Mff  <hï.  ^  <*►**-  jef.  &  ^n 

20          un      -        nuv.  un  uh  -  «i.  i  net. 
vaticinationis                                in 

mol     -     jra. 
terra       mea , 

Bar     -  xi     -        pa 

Borsippis 


r.  ah     -     nav. 

aedificavi. 

tfosy  ndd-13  mc  iDn^n  ■•no  w  Ktfn:  n:ï  îjt^d  kîii  în 

Ici  on  ne  voit  pas  clairement  si  le  roi  veut  dire  : 

«J'ai  bâti  à  Borsippa  une  demeure  au  dieu  Ao, 
qui  a  fait  rétablir  sa  prophétie  dans  mon  pays  » ,  ou 
bien  si  le  sens  de  la  phrase  est  : 

«J'ai  bâti  à  Borsippa  une  demeure  au  dieu  Ao, 
qui  suscite  le  tremblement  de  terre  de  la  prophétie 
dans  mon  pays». 

Les  deux  interprétations  vont  également  bien, 
puisqu'il  s'agit  d'un  temple  d'El-Ao  (Rronos.).  Le 
dieu  Ao  est  le  gardien  du  ciel  et  de  la  terre  ;  il  pré- 
side aux  inondations,  aux  tremblements  de  terre,  et 
à  tous  les  cataclysmes  possibles;  en  même  temps, 
il  est  dieu  du  wm ,  de  la  vaticinatio,  de  l'auguration , 


518  JUIN  1857. 

et  dans  cette  qualité,  il  parait  aussi  dans  le  nom  de 
Belochus ,  Hu-lihhus,  &nh~Nir\ ,  «  Ao  bene  auguretur  >\ 
le  prototype  du  nom  parthe  Vologèses. 

Nous  citerons  tout  à  l'heure  un  passage  d'une  ins- 
cription de  Sargon,  où  le  mot  zunnu  a  également  le 
sens  de  u  tremblement  de  terre  ». 

Le  mot  ràdu,  au  contraire,  ne  soulève  aucune  dif- 
ficulté; l'hébreu  ~--  s'emploie  pour  tremblement  de 
terre,  l'arabe  «Xxj  pour  tonnerre.  L'inscription  dé 
Sargon  dont  nous  venons  de  parler  nous  démon- 
trera qu'il  faut  opter  pour  la  signification  donnée  au 
mot  par  les  Arabes. 

Le  verbe  j'tma&à  se  transcrit  îcr  ,  et  est  paël  régu- 
lier d'un  verbe  noa  «disperser»,  parent  de  l'arabe 
Jy->,  qui  a  cette  signification,  et  de  l'hébreu  x&: 
m  élever,  enlever,  soulever  ».  Probablement  cette  ra- 
cine est  également  alliée  à  l'hébreu  du  «  fuir  » ,  de 
sorte  que  le  mot  implique  la  nuance  de  faire  fuir. 

L'idée  de  tenter,  que  ne:  a  en  hébreu,  est  aussi 
commune  à  l'assyrien;  mais  eYst  un  verbe  dill'iivui 
dont  nous  connaissons  le  participe  du  paël  nuiniiii 
"*DJD,  par  les  inscriptions  de  Sargon;  le  monarque  se 
nomme  tentateur  de  ses  ennemis. 

H  est  évident,  d'après  la  loi  générale  des  transfor- 
mations, que  l'arabe  (£j  supposerait  la  forme  assy- 
rienne nui  ;  mais  n'oublions  pas  que,  pour  cettemême 
combinaison  de  lettres,  il  se  présente  une  irrégula- 
rité; le  verbe  porter  se  dit  sûrement  HUZ  en  hébreu, 
et  KÛ2  dans  la  langue  de  Babylone. 

Le  mot  libittu  est  formé  de  libintu,  comme  man- 


INSCRIPTION  DE  BORS1PPA.  510 

datta  est  une  déliguration  de  mandanta  «tribut»,  et 
comme  l'inscription  de  Nakcb-i-Roustam  (1.  27)  a 
tumaéissunut  «  tu  les  reconnaîtras  » ,  pour  tumaêinsu- 
nut;  les  racines  sont  ph ,  pJ ,  |DD.  Le  mot  ph  est  com- 
mun à  tous  les  idiomes  de  Sem ,  et  indique  l'argile 
non  cuite;  encore  aujourdhui  les  Arabes  nomment 
(;jvJ  la  matière  dont  sont  bâtis  les  soubassements  du 
Birs-Nimroud.  La  langue  assyrienne  connaît  beau- 
coup de  dérivés  de  cette  racine,  nous  citons  : 

Kal.  1327^   "  ils  moulèrent  des  briques  ». 

ph  «mouleur». 
Shaphel.   p*?#x  «je  fis  mouler  ».  (Inscript,  des  taur.  1.  65  : 
Nfi27  pbttfN  «jefismoulerdes briques».) 
nJ27  «brique». 

p7  Idem. 
13373  "  œuvres  en  briques  ». 

Le  monogramme  pour  libitti  «  brique  crue  »  est 
ySfr-fc — ,  et  il  sert  en  même  temps  à  exprimer  et  le 

verbe  pb  ,  et  une  autre  racine  assyrienne  nir?  «  dis- 
poser les  briques,  mesurer1».    Ainsi  ce  signe  est 

1  On  comprend  cet  enchaînement  d'idées ,  quand  on  se  rappelle 
que  la  brique  babylonienne  représente  la  surface  d'un  pied  carré. 
Ainsi ,  Diodore  de  Sicile  parle,  dans  sa  description  de  Babylone,  de 
trois  cents  briques  comme  d'une  mesure  de  longueur.  Le  mot  ,"137  se 
retrouve  dans  le  mot  37D  «relèvement,  quadrature».  Il  paraît  que 

cette  racine  n'est  pas  étrangère  à  l'hébreu  37  «  mesure  de  capacité  » . 
ni  à  l'arabe  J.»  «  entrer  »,  d'où  -^v^Lm  «insertion»,  et  J.&  «place 
carrée». 


520  JUIN   1857. 

expliqué  par   malgu  u'jd,  dans   le    syllabaire    coté 
K,i97. 

Qu'il  me  soit  permis  de  faire  ici  une  digression 
qui,  à  la  vérité,  s'éloigne  de  notre  sujet,  mais  qui  se 
rattache  à  ce  monogramme;  elle  a  de  l'iutt  rct,  parce 
que  le  caractère  que  nous  discutons  peut  seul  nous 
servir  à  fixer  le  commencement  de  l'année  babylo- 
nienne; il  nous  apprend  à  assimiler  les  mois  chal- 
déens  à  notre  comput  des  temps,  et  à  comprendre 
ainsi  les  noms  de  mois  perses  contenus  dans  lins 
cription  de  Bisoutoun 

Je  m'explique. 

Les  dates  des  textes  perses  y  sont  traduites  par  les 
mois  babyloniens  exprimés  par  des  groupes  idéo- 
graphiques; le  premier  élément  en  est  invariable 
ment  la  lettre  ^f ,  dont  les  formes  néo-assyrienne 
et  scythique  sont  *~f  et  ►-*  4^4f-  ^e  caractère 
babylonien  lui-même  provient  de  llii-ro^Iyphe  O 
«soleil,  jour»,  dont  la  forme  archaïque  est  \\,  et 
dans  laquelle  on  a  inscrit  le  chiflre  3o. 

Les  tablettes  de  Sardanapale  donnent  1rs  exfpfi* 
sions  pour  les  douze  mois  dans  leur  suite.  Nous  ap- 
prenons ainsi  que  le  perse  Viyakhna  correspondait 
au  douzième  mois  des  Chaldécns ,  Anâmaka  au 
dixième ,  Athriyâdiya  au  neuvième ,  etc.  Malheureuse- 
ment, nous  n'avons  de  pareilles  données  qu'au  sujet 
de  cinq  mois,  parce  que  la  traduction  assyrienne  du 
texte  de  Bisoutoun  est  dans  un  état  très-incomplet . 
quoiqu'elle  suffise  pour  fixer,  à  peu  près ,  la  suite  des 
neuf  noms  de  mois  conservés  par  l'original  perse. 


INSCRIPTION  DE  BOKSIPPA.  521 

La  première  question  est  :  quelle  époque  de  notre 
année  correspond  au  commencement  de  l'année  ba- 
bylonienne? Nous  avons  un  nom  perse ,  celui  de  Gar- 
mapada  «  temps  de  la  chaleur  » ,  dont  l'équivalence 
chaldéenne  aurait  pu  résoudre  ce  problème.  Mais 
c'est  précisément  dans  les  deux  passages  où  le  texte 
perse  cite  ce  mois,  que  la  traduction  assyrienne  nous 
fait  défaut;  et  ainsi,  il  n'y  a  que  le  monogramme 
figurant  en  haut  qui  puisse  nous  prouver  que  l'année 
babylonienne ,  comme  l'année  civile  des  Juifs  et  des 
Persans,  commençait  avec  l'équinoxe  du  printemps. 

Le  troisième  mois  est  exprimé  par  i  *y  Yy^fc 

«  mois  de  la  brique  »,  et  nous  en  trouvons  l'expli- 
cation dans  le  cylindre  de  Sargon.  Ce  passage  est 
d'autant  plus  curieux ,  qu'il  est  unique ,  si  nous  en- 
visageons le  but  qu'il  se  propose;  l'inscription  veut 
indiquer  pourquoi  le  troisième  mois  s'écrit  par  les 
signes  «  mois  »  et  «  brique  »  :  c'est  donc  une  leçon  de 
déchiffrement  qu'il  donne.  Nous  supprimons  seule 
ment  les  épithètes  de  Sin  (1.  lij  et  48)  : 

«     -     na.  arah.  si  i    -     ran.        arah.       H  in 

In  mense  siran  ,  meiisc  elevationig...  . .  . 


Sin.  sa.  i         -  na.  si     -     mat. 

Luni ,  quem  mensem  in  obedientia 

M  Tf  OA-  Hïï  ETT-  <HHT-  -HT  XM  ïï  ■ 

A  -  nuv.  BU.  au.  *  NU  -  ruk. 

(Jauni*  Beli-Dagonis  rt  Nitrochi 


Hi  JUIN   1857. 


-  -  -  -  -  a     «        11  la     -  ia  «» 

t>«?  fo  a?  ÊfK  HClf-  <HIT[-  ^M- 

lUitti.  i        -        *U.  îr.  au.  fci'l. 

Uterum  id  ron»tru«n<lim  urbtui  el  Juiuum  . 

•  -  ■  «a  -      bu   .  a.  $mm      -         «a 

MlBSS»   LAT1R0N  BOUtoavcrunt  (  homme»  nomen  •]•! 


ce  ^TT-  4tMtt=l 


;«m.  >U>.  4P. 

Jic  (?f) 


tJT^  o-  q  ^tt-  .»■  ^Tî  t5f  »wïï- 

h        -        <a/      -      61       -        «a.  /«i      -  «a  u         -        Va. 

Sugi  juMi  IkUrai  fjiii. 

w     îhoil  Vsa  m  nyDtf  încS  pd  -p  m»  p^x  mx  jn 

w>  îNOtfotf  la:  k:3?  ma  rrai  nv  #av  ^a?  p"? 

\    ■        i  \     •  

:  lonp1?  pVtf  n 

En  français  : 

a  Dans  le  mois  de  siran ,  de  l'élévation  du  dieu 
Sin,  lequel  mois,  d'après  l'instruction  des  di<u\ 
Oannes,  Bélus  et  Nisroch  est  désigné  par  le  nom  du 
mois  de  la  brique,  parce  qu'on  y  moule  des  briques 
pour  la  construction  de  la  ville  et  de  |a  maison;  If- 
jour je  fis  mouler  des  briques.  » 

Le  troisième  mois  du  calendrier  syriaque  et  arabe 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  523 

chrétien  se  nomme  ^j-jj-»-  ,  peut  être  identique  à 
l'assyrien  jTîrmK;  c'est  le  même  mois  que  les  Juifs 
nomment  ]"PD ,  nom  qu'on  pourrait  rapprocher  de  pD 
«argile  ».  Il  correspond  donc  à  mai  et  à  juin,  et  ces 
deux  mois  sont  justement  ceux  où  les  eaux  de  l'Eu- 
phrate  et  du  Tigre ,  accrues  pendant  mars  et  avril , 
commencent  à  baisser.  L'état  de  la  terre,  abandonnée 
par  le  fleuve ,  permet  alors  de  mouler  des  briques 
que  l'on  fait  ensuite  sécher  par  le  soleil  déjà  ardent. 
Cette  époque  de  l'année  réunit  les  deux  avantages 
signalés,  et  il  n'y  fait  pas  encore  assez  chaud  pour 
que  la  brique  crue  se  fendille,  ce  qui  arriverait  si 
on  la  faisait  sécher  en  juillet  ou  en  août. 

C'est  aussi  vers  le  solstice  d'été  que  le  zodiaque 
monte  pour  se  rapprocher  du  zénith.  Ainsi  nous 
avons  la  preuve  que  le  troisième  mois  correspond  à 
mai  et  juin;  donc  l'année  chaldéenne  commence 
avec  l'équinoxe  du  printemps,  et  nous  pouvons  enfin 
comprendre  le  calendrier  des  anciens  Perses. 

Après  cette  digression,  retournons  à  notre  texte. 

L'intérieur  du  bâtiment  primitif  était  en  briques 
crues,  les  revêtements  étaient  en  briques  cuites;  cette 
matière  est  exprimée  par  le  mot  agurri^m.  En  effet, 

l'arabe  j=rK  vocalisé  comme  le  mot  assyrien,  in- 
dique la  même  notion ,  comme  nous  l'avons  vu  déjà. 
Nous  lisons  à  chaque  instant,  dans  l'Inscription  de 
Londres,  la  phrase  in  kupri  a  agurri,  ce  qui  veut  dire 
«  en  bitume  et  en  briques  ».  Le  mot  agurri  se  trouve 
aussi  écrit  par  un  groupe  de  monogrammes  que  nous 
voudrions  expliquer  de  la  manière  suivante  : 


524 


JDIN    1857. 


UBNAT.            AL.  GVSVR.        RA. 

argiila                jimilU  ■'  trtbi             complimmtur 
agnrr 

Nous  lisons  aussi  dans  un  syllabaire  : 


^«=►14 


TU. 

uitut  > 


TfMT- 

Uter  coctili» 


t>«=  Hl ;  ïï  v-  *œ  trm  ~t- 


Tl/V 


idt      qai 


ta  -  lit        -        I 

npwi»  coocimerati 


4-r îtv-^^ï::^i::^ï 


8         liit 


«a.  «a 


id.       qui 


poimentorum  ? 


Le  terme  suivant  est  tahlubti,  d'une  racine  37n,  qui. 
en  assyrien  seul,  a  la  signification  que  nous  croyons 
devoir  lui  attribuer.  L'acception  première  semble  être 
celle  de  «  laminer  » ,  ensuite  celle  de  «  plaquer  »  ;  c'est 
dans  ce  sens  que  nous  retrouvons  ce  radical  dans  le 
mot  grec  xa'^^  (<  acier  ».  La  copie  de  l'Inscription  de 
Londres  qui  se  trouve  sur  un  fragment  de  baril  de 
terre  cuite  (voy .  Ker  Porter,  t.  II) ,  remplace  le  mot 
usa  in  ]v»t<  «je  plaquai»,  par  le  terme  nhallib  3?nN: 
c'est  la  donnée  la  plus  instructive  que  nous  possé- 
dions sur  le  sens  de  cette  racine. 

Le  mot  tahlubti  TaVnri  se  trouve  dans  des  passages 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  525 

où  il  ne  peut  avoir  que  le  sens  de  «revêtement». 
Ainsi  nous  le  lisons  dans  les  inscriptions  de  Nabucho- 
donosor,  qui  exposent  la  structure  des  portes  de  la 
ville  et  du  palais  de  Babylone;  il  y  est  question  des 
tahlubti  zabar  «  garnitures  de  fer  » ,  des  portes  cons- 
truites en  bois  de  cèdre. 

Les  inscriptions  assyriennes  ont  une  expression 
très-commune  pour  exprimer  l'achèvement  complet 
d'un  édifice  ;  c'est  celle  que  voici  : 

CiT*  S  à  &  I-  ïï  JS£ 

ni       -  tu.  ut  ti  -  ta.       a     -  di. 

inde   a  t'undamentis  ejus  usque  ad 

tak  -     lu    -     bi  -  sa. 
tegumenta  ejos. 

itfnVnn  ni?  }$?£*  rhx 

C'est  cette  phrase ,  très-fréquemment  répétée ,  qui 
m'a  engagé  à  admettre  l'existence  d'une  racine  aVn , 
tandis  que  j'étais  d'abord  porté  à  grouper  autour  de 
ï^n ,  v-iX*. ,  les  termes  dont  nous  nous  occupons  ; 
mais  l'hébreu  lui-même  n'est  pas  aussi  étranger  à 
cette  racine  qu'on  le  croirait  de  prime  abord.  Le  mot 
aVn  «  graisse  »  n'indique ,  selon  nous ,  que  la  couver- 
ture, l'enveloppe  du  corps,  ou  du  moins  il  est  pa- 
rent de  ce  verbe ,  qui  veut  dire  «  revêtir  ».  L'idée  de 
«lait»,  dont  l'expression  sémitique  dérive  de  cette 
même  racine ,  n'est  qu'une  notion  secondaire ,  et  dé- 
veloppée de  celle  de  graisse. 


3Jft  II  IN    1857. 

Le  mot  suivant  ne  nous  fera  pas  de  dilliculté.  Up~ 
tattir  "Hanc  est  la  '$'  personne  de  l'iphtaal  de  "ibd  , 
en  hébreu  «  fendre,  rompre  ».  -itSD  veut  dire  «  la  iU 
sure  »;  de  là  la  primogéniture  s'appelle  |B3  ">bd,  fissin 
uteri.  Et  puisque  le  déjeuner  romp  le  jeûne ,  la  même 
racinejJa»  veut  dire,  en  arabe,  «déjeuner».  Voilà 
un  exemple  bien  clair  et  incontestable  dune  modifi- 
cation ,  en  apparence  capitale ,  dans  l'acception  d'une 
même  racine. 

En  assyrien ,  le  verbe  ")DD  désigne ,  comme  en  hé 
breu,  la  «fissure  matérielle  »;  cette  notion  est  expri- 
mée par  le  signe  >-£iiTTT  gir,  ou  par  le  monogramme 
complexe  >-T«Y^<4È:^.  Il  sera  maintenant  oppor- 
tun de  citer  toute  une  pnraâa  de  l'inscription  de 
Sargon ,  trouvée  à  Nimroud,  dans  laquelle  ce  roi  rend 
compte  de  la  restauration  d'un  bâtiment  fondé  par 
Sardanapalelll.  (  Là  tard,  pi.  XXXIII,  1.  i3sqq.) 

/     -  a«.  /■   -      mi  <■  kekal. 

li  »o   Inaprirr  n..!.itiinii 

ti  «an  b=ïï  s£  ëh  -nr  mtï  fh 

dup  ra  ai.  «a.  h  il      -         ia. 

eapr'winum  quoi))  ut  lui  CiUcli  , 

BH- h  w  ECT  Bn5^  HfTÏÏ-  ff  m 

M.  ■         i.l.l. nn*        -        palla.  ntf..  a      -      to. 

qaod  Sardinapalua  .|o»iii   . 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  527 

«=  ^  ter- 1^  ^n-  «^  ^r  • 

pa        -        ni        -  ya.  i        -  na.  pa        -  na. 

■Mili'      me  antiquiore  tempore 

^f  y-  m-  ê=h-  :rm-  ^i  Tf  :M; 

i*     -      6n  su.  sa.  lit.  su      -       a     -        tu. 

fecerat,  cujusque  domus  (ejusdem) 

us        -        su   -    su.  ul.  dun      -  nu  nu.  u     -        va. 

fiiiiilainciitiiiit  sine  fortitudine  ( erat  )  ,  alqne 

^=tf •  ^ïï  Mïï  fe-  im  M  -TW- 

i7i.  îu  un        -  ni.  a/r      -        (ta        -  ri. 

propter  motus  terraî 

ti  -  sir.  sadi.  ul.  sur     m       su     -       da. 

qui  tollunt  montes,  sine  profunditate  (erant) 

:3T EH ïï L t£E .-M- Oïï  Jfjfe 

i.<      -  da  a  -  sa.  i        -  na.  ra  a  di. 

lapides  angulares  :  in  tonitru 

ti  tf.  sami.  an     -        Au  ta. 

ex  inedio  cœli  ,  superbia 

/a        -        (i  ru  -  (a.  i/  -  /i*.  va 

anterior  «bierat, 


528  JUIN   1857. 

^  tfflT  £TT-  fcïï  tf=  ^ïïf  •  EJ 

ii        -        lit        -     im.  ip        -        pa  (ir  v«. 

tr»b»  «)«'  Ii««j  tral. 

'»  "fol   tt")  ï6D-K3T"1DKtf  •rftatf  '31D1  ^îl  N1#  KDS  7K 

Kipy  ^t  ^y  ut  («Mai  h*  itftfx  xnxû  rvstf  •  #3ir  N3D  în 
NtrnnjK  ^Dtf  in  nhjt  ïk  office  Kitf-itf  Vk  ^iff  isd 

I  1-  •-  '•  T   I      -         '  •  ri-  T\:\  \ 

OBD*  IDODtf  ♦l^   Nm3i^ 

...  .    .      .  !..  t      N.      .    . 

«  Dans  ces  temps  (j'ai  restauré)  le  palais  de  cyprès 
dans  la  ville  de  Calah ,  que  Sardanapale ,  le  seigneur 
marchant  au-devant  de  moi,  avait  construit  avant 
ce  temps;  mais  dont  les  fondations  étaient  sans  so 
lidité,  et  dont  les  soubassements  étaient  sans  profon 
deur,  à  cause  des  tremblements  de  terre  qui  soulèvent 
les  montagnes;  par  le  tonnerre  du  ciel,  l'ancienne 
magnificence  s'était  éloignée,  la  poutre  avait  été 
fendue.  » 

Le  mot  ippalir'ïW'  est  le  niphal  du  même  verbe 
">BD  que  nous  trouvons  à  l'ipbtaa]  (avec  la  seconde 
radicale  redoublée)  dans  l'inscription  de  Borsippa. 
Ici,  comme  souvent  en  assyrien  et  en  arabe  vulgaire, 
le  masculin  de  la  3e  personne  est  mis  où  une  rédac- 
tion plus  sévère  aurait  employé  le  féminin. 

La  suite  naturelle  des  phénomènes  signalés  était 
l'éboulement  de  la  terre  qui  formait  le  massif  des 

1  J3T  est  l'infinitif  1)11  paël  de  ?J"J,  comme  Tttf")^  est  l'infiiuti! 
du  shaphel  de  "H?*l  «creuser  profondément,  affermir». 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  529 

tours  de  l'édifice  superposées  les  unes  aux  autres.  L'é- 
tage constitué  par  cette  tour  est  nommé  kummu ,  qui 
vient  de  la  racine  commune  à  toutes  les  langues  sé- 
mitiques DDp ,  mp  «  être  debout  »  ;  il  existe  donc  entre 
le  verbe  et  le  dérivé  assyriens  la  même  connexion 
que  celle  que  nous  apercevons  dans  les  mots  fran- 
çais étage  et  latin  stare. 

Mais  comme  cet  étage  est  principalement  formé 
par  un  massif,  kumma  est  opposé  au  revêtement,  et 
acquiert  dans  ce  cas  la  signification  de  massif;  c'est 
ce  que  le  père  de  l'histoire  désigne  sous  le  nom  de 
zsvpyos  alepsos,  dans  sa  description  de  la  tour  de 
Babylone. 

L'idée  de  l'élévation,  qui  est  inhérente  à  la  racine 
mp  ,rend  très-naturelle  la  dérivation  de  la  notion  de 
tour  massive;  aussi  la  langue  de  la  Bible  prend-elle  le 
verbe  bl3  «  être  grand  » ,  pour  en  former  le  mot  VlJD , 
désignant  l'idée  de  tour.  Nous  retrouvons  le  même 
mot  plusieurs  fois  dans  les  inscriptions;  elles  disent 
que  Nabuchodonosor  bâtit  sur  les  murs  mêmes  de 
Babylone  une  tour  pour  y  demeurer.  (Inscription 
de  Londres,  col.  8, 1.  5li.) 

m  ^n  -3H  sj  <h  m-  m  «7  r^- 

I     -        na.  ri  î     -       si     -        »u.  ku  um     -     mu. 

In  fastigio  ejus  turrem  compactai»   (molem) 

ra         -        ba  a.  a  na.  $n     -      ba  at. 

magnai»  ad  sedera 

ix.  35 


50                                      JUIN    1857. 

imr     -       rm      -      U      -        >«.                      -        ««. 
maJMUtit   mtm                                       in 

Zita           uj> 

bitumin* 

•a.                «      -     J«r           -        ri. 
•1                             lalrribn. 

«a       -            mi 

fum  opuUnli» 

i'     -        /m  «J.  M. 

tfptf  naKi  kidd  tk  w>d  mtf  fK  mi  «Dp  îtf  0m  |n 

Les  Ninivites,  plus  exacts  que  les  Babyloniens, 
auraient  écrit  le  mot  *  *  *  "  cêJTT  ^î^  kumma; 
mais  nous  savons  déjà  que  les  Chaldéens  anciens, 
comme  ceux  de  nos  jours,  adoucissent  autant  que 
possible  la  prononciation  si  dure  du  p. 

Il  ne  nous  reste  à  expliquer  que  les  deux  mots 
vtsapik  tilanis  tfjVn  JHh.  Le  premier  terme  est  le 
nipbal  "joc?  «  eflundere ,  verser  » ,  qui  est  commun  a 
toutes  les  autres  langues  sémitiques.  Nous  connais- 
sons encore  d'autres  formes  de  ce  verbe,  entre  autres  : 

Kal.  "^DtfK  «je  versai». 

Iphteal.  ^DDtfK  H- 

Iphtaal.  ^DntfN  «je  Us  verser». 

Nomb.  "îcef  «locus  in  quem  effunditur». 

Le  mot  tilanis  est  un  adverbe  en  anis  de  til  «  col- 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  531 

line  » ,  l'arabe  Jo ,  l'hébreu  *?n  «  colline  »  ;  il  signifie 
«en  formant  des  collines».  Nous  citons  delà  même 
formation  les  adverbes  suivants  : 

0  J1DD  «  avec  dextérité  ?  » 
#J"I#  «  avec  force  ». 
2?3D1D  «sur  des  tuiles?» 

De  toutes  les  parties  du  discours,  les  adverbes 
sont  les  plus  difficiles  à  traduire ,  parce  qu'ils  expri- 
ment rarement  une  idée  complètement  indispensable 
à  l'interprétation  du  sens  en  général;  cet  obstacle  se 
présente  pour  les  trois  termes  que  nous  venons  de 
citer,  tandis  que  l'adverbe  de  notre  texte  est  facile  à 
expliquer. 

Continuons  : 

VII. 

ïï  34:  £3  :=:  <t-  S*  —  ^ 

A      -      na.  i  bi  si        -        su.  bil. 

Ail  perliciendam  eaia  «lomiuus 

eect  can  4-  £±L  — t  cm 

rahâ.  Marduk. 

magnus  Merodachus 

yu     -  sa  of      -        ia  an     -     ni.  fi  il     -      ba. 

incitavit  mihi  cor  : 

i?  mx  <wu  8b-  -m-  éfï  &  0' 

«      -      sa  or  «a.  /a.  î        -        ni.  va. 

locum  «jus  non  amovi, 

35. 


532  JUIN   1857. 


oA 
violivi 


*i  c  -n  ^w- 

ti  —     mi         ■'■     -     la. 
lapidam  anguUram  ejui. 

Dans  la  première  partie ,  il  n'y  a  rien  qui  puisse 
nous  embarrasser;  c'est  le  mot  yusatkanni  qui  seul 
présente  des  difficultés.  Je  le  fais  venir  de  nsn ,  qui 
se  trouve  une  fois  dans  la  Bible.  La  phrase  yb^b  idd 
(Deut.  xxxni, 3)  est  ordinairement  interprétée  par: 
i  ils  se  prosternent  à  tes  pieds.  »  Il  paraît  que  la  ra- 
cine nsn  signifie  d'abord  «s'adresser  à  quelqu'un, 
inspecter  » ,  ensuite  dans  le  paël ,  «  diriger  quel- 
qu'un», au  shaphel  «engager». 

Le  kal  se  trouve  dans  la  phrase  souvent  répétée  : 


Huit  (>). 

mmmoiuya. 

al     -          Ai'                  i. 

•ir.lin.'t 

•larcittu  mai 

inipaxi. 

:  *3iw  ^dn  nmc 

•     1     -        t  •  -     \              T     1    • 

Nabuchodonosordit  des  dieux  (Inscr.  de  Londres, 
col.  i ,  1.  6i  )  : 

«*=  tjH  A  3T-  #  ^  ►Mt  SU  JU- 

fa  a/     -     Ai  it.  yn     -        'a        -        t*     -        An      -     »o. 

lu    pi«tjit  lirnerunt  eam. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  533 

Le  même  roi  s'exprime  ainsi  dans  l'inscription  du 
baril  de  Bellino  : 

A     -     na.  Mavduk.  i     -     lu.  ha     -      ni     -     ya. 

Versus  Merodacham  dcum  genitorem   meum  , 

**= tm  A 531,  *P £J ►Ifcfc^- 

pu  al       -        Ai  i«.  u       -  ta  ai  -  tu. 

in  pietate  direxi   (populam  meura). 

11  y  a  dans  ce  dernier  passage  un  p ,  au  lieu  du  3 
qui  se  trouve  même  à  Ninive;  c'est  pourquoi  nous 
avons  considéré  le  3  comme  la  véritable  lettre  du 
radical. 

La  forme  ^Dn^'1  est  le  shaphel ,  avec  le  suffixe  du 
régime  de  la  ire  personne  «il  m'a  engagé». 

Le  mot  asar  itfx  «  lieu  »  est  un  de  ceux  dont  la 
signification  est  le  mieux  établie.  D'abord ,  il  se  trouve 
à  Bisoutoun  et  y  interprète  le  perse  gâthu,  ce  qui  est 
le  persan  «u  «  place  »  ;  mais  ensuite  nous  connaissons 
le  chaldaïque  "inK  et  l'arabe^Sl,  qui  ont  le  même 
sens.  L'hébreu  ")2;n  n'y  correspond  pas  exactement , 
et  se  confond  en  assyrien  avec  la  racine  W\  Il  y  a 
la  signification  de  «  lieu  et  direction  » ,  qui  s'est  dé- 
veloppée de  la  notion  de  lieu  véritable  «justesse», 
précisément  comme  du  mot  directas,  qui  a  une  signi- 
fication générale ,  se  sont  formés  dritto  et  droit. 

Le  nom  de  l'Assyrie  n'est  pas  venu  du  mot  qui 
nous  occupe;  il  appartient  à  la  racine  hébraïque  ~)W, 


534  JUIN  1857. 

qui  se  retrouve  dans  l'arabe^-*^.  H  veut  dire  le  pays 
de  la  gauche,  comme  Iémen  signifie  pays  de  la  droite; 
la  Phénicie  est  nommée ,  dans  la  langue  de  Ninive , 
Aharri  u  la  terre  du  derrière  » ,  et  neged  { Nedjd)  «  celle 
qui  est  devant»,  c'estl'Orient.  On  voit,  par  cette  simple 
explication  philologique ,  que  le  siège  originaire  des 
Sémites  a  été  dans  l'Arabie. 

Le  mot  ^jTf  *  ^  ini  se  transcrit  vjn,  et  je  le 
fais  dériver  de  snj  «  mouvoir  »  ;  la  phrase  constate 
simplement  le  fait  que  le  roi  ne  changea  pas  l'em- 
placement de  l'édifice,  mais  qu'il  continua  sur  les 
mêmes  fondations.  L'usage  de  construire  sur  les  ruines 
d'anciens  édifices  s'est  perpétué  en  Mésopotamie;  il 
ne  s'y  trouve  guère  une  kubbet  ou  coupole  de  saint 
qui  ne  soit  pas  bâtie  sur  un  tumulus  antique. 

La  fin  du  paragraphe  nous  explique  encore  plus 
clairement  cette  idée;  Nabuchodonosor n'attaqua  pas 
les  soubassements  de  l'ancien  édifice.  C'est  cette  ac- 
ception de  «  base  » ,  de  «  pierre  angulaire  » ,  que  j'at- 
tribue au  mot  timin.  Je  rattache  ce  mot,  en  le  trans- 
crivant jDNn  et  pn ,  à  la  racine  }DK ,  qui  veut  dire 
«  soutenir  »  (  dans  tous  les  sens  du  mot  français  ) 
«  fonder  » ,  ensuite  «  être  vrai  ».  Ainsi ,  de  cette  même 
racine  sont  venus  les  termes  qui,  dans  toutes  les 
langues  sémitiques,  désignent  la  vérité  et  la  foi. 
Cette  même  connexion  d'idées  se  trouve  aussi  dans 
les  langues  indo-germaniques  :  le  sanscrit  g^,  le  grec 
I1Y@  «  savoir  » ,  sont  identiques  au  latin  FUD ,  qui 
signifie  «  fonder  »,  et  cette  même  racine  est  alliée  au 
grec  IUO,  d'où  le  grec  tslaïn^des  «la  foi». 


INSCRIPTION  1>E  BORSIPPA.  535 

Le  mot  assyrien,  du  reste,  n'est  pas  la  seule  ex- 
pression architectonique  venant  de  pN  ;  l'artiste  lui- 
même  se  dit  en  hébreu  fiDN  et  \ûH,  et  rUÇft  y  si- 
gnifie «la  colonne»..  Notre  terme  timin  ou  timmin 
n'est  pas  la  base  en  général ,  mais  semble  être  spé- 
cialement la  pierre  angulaire,  et  surtout  celle  sur 
laquelle  le  fondateur  de  l'édifice  faisait  graver  son 
nom.  Des  centaines  de  passages  où  nous  lisons  ce  mot. 
aucun  ne  s'oppose  à  cette  explication  ;  mais  elle  nous 
serait  à  peu  près  inconnue  sans  plusieurs  endroits  du 
cylindre  (prisme)  de  Tiglatpileser  I,  où  ce  roi  met 
sur  la  même  ligne  le  timin  et  les  tablettes.  Le  mo 
narque  parle  de  ses  exploits ,  consignés  dans  les  ins 
criptions  (col.  8,  1.  43)  : 

ce  Kfi*  zzs  -*TT  e  l  fm  fc& 

i        -        na.  dippi.  au. 

In  tabulii  »t 

4  £  h  ^  Si  t=bj  m  îm. 

tint     -     mi     -     m       -.        ya.  al       -       lu  ur. 

lapùlibua  angularibus  meii  acripfi. 

Et  ensuite  (coi.  8,  1.  63  ,  64  )  . 

Sa.  dippiya.  an 

Qni  tibuUn  ro*»»  tt 


536  JUIN  1857. 


bat  -     mi     -    ai       -       ya.  ■       -       Au»  -     ta  ■. 

lapide*  anguUre»  ineoa  abacoodut 


►  TTT 

l'a        -        pu 
obliUnntYt. 


«=^- 


:  udd*  I3iv  '•jd™  ^Dltf 


Les  manières  d'écrire  ce  mot  timin  sont  assez 
nombreuses  ;  on  trouve ,  abstraction  faite  de  la  con- 
fusion presque  constante  de  -£*  "  mi,  et  !►-  mi . 

W  C  33>  <*  ^T  c  -n 

li     -     mi  l'a  ti     -     mi  im 

W  A  *fl-  C  33>  ^  ^>  c  33> 

»'  ""  -  ait  l'a  liai     -     mi  m. 

Nous  avons  déjà  remarqué  que  le  monogramme 
exprimant  cette  idée  est  J^T. 

Le  verbe  unakkir  id:k  est  le  paël  de  idj  «  infester, 
se  révolter»;  il  exprime,  à  Bisoutoun,  le  perse  ha- 
miihriya  «rebelle».  La  racine  est  très-fréquente  en 
assyrien  ;  en  voici  quelques  formes  : 

Kal-  Kisn  «  elle»  se  révoltèrent  »  (3*pers.  féminin). 

133  «  l'ennemi ,  le  rebelle  ». 
pluriel  i-o:  et  nn3J 
Iphteal.       -)3jv  «il  se  révolta»  (pour  "ori^  )• 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  537 

Paël.  -)3 jk  «j'attaquai». 

13JD  «attaquant». 
-  -  \ 

Iphtaal.       -)3pi^  «il  poussa  à  la  rébellion»  (pour  isfiji). 

Je  veux  citer,  comme  passage  parallèle,  celui-ci 
de  Sargon  : 

*fi  -Ôft  Bff*  fcïï  *ffl&  M  Hh  tHf  • 

mu       -        nak       -  har.  ip     -        $it.  ha     -       ti       -       ja. 

Infestai)»  opéra  manus  mes. 

t  •    -          •    :  •         -  -  \ 

Le  roi  commence  maintenant  le  récit  de  la  re- 
construction de  l'édifice,  où  il  débuta,  comme  tous 
les  rois  assyriens,  par  le  choix  d'un  jour  heureux. 

VIII. 

m  ^ri  \m  mu  *m  ^  &  £rr- 

J       -        na.  arah.  sa  al  -        mu.  i        -        na. 

In  mense  pacis  ,  in 


ynm. 
die 

ma<jar.                        li          -           ti                 it 
fausto ,                                              argiilam 

Au          oui     -        mi     -        sa.                   au.                        a     -       qur 

raolis  interioris  ejus                             et                                Iateres  coctiles 

I^T  A. 

■w-  fa:T  ^«-.t*  ^rr.  »Hr  *-rrn 

la  ah       -lu  ub  -    ti     -       ta.  ah     -     ta  a     -     ti. 

tegumentorum  cju»  porticubas 


m  JUIN  1857. 


i  ik     •  li  ir.  va.  m       •        il  id      m 

p*rforavi  i  clivu» 

C^T  BS*  »8fr  ^T  HT::  23  ET- 

(a  -  M.  ■  -  M  -  «i  •'*.  «a. 

•JU  renotiiri  ; 

<hQ  ^-  J} C  EST-  Be  £fô 

«i     ■        »i  ir.  M     «     mi       -         y«.  i         •  «a. 

•criptarim  uomiuu  oui  in 

4^  :rn  — tt-t-  n  ^t  ïï  ~t*  ëp 

il  -  lir  -  n.  a*        »        la  a        -      Il  <«. 

«ophori»  porticaam 

«i      -      t«  u«. 

poMI. 

Personne  ne  s'étonnera  de  l'extrême  difficulté  que 
nous  offre  ce  passage ,  non  pas  à  cause  des  formes , 
car  il  n'y  a  presque  pas  d'obscurité  philologique; 
mais  le  grand  obstacle  réside  tout  entier  dans  la  ma 
tière  elle-même.  N'oublions  pas  quelles  controverses 
ont  été  soulevées  au  sujet  des  descriptions  des  temples 
de  Moïse  et  de  Salomon ,  souvenons-nous  que  par- 
fois les  termes  hébraïques  ne  sont  pas  encore  ex 
pliqués;  et  cependant  nous  connaissons  infiniment 
mieux  l'idiome  de  la  Palestine  que  celui  de  l'Assyrie. 

Il  s'agit,  dans  ce  paragraphe  ,  de  l'achèvement  de 
l'édifice  à  l'extérieur  ;  le  roi  parle  des  rampes  qu'il  fit 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  539 

restaurer,  et  des  galeries  qui  décoraient  les  façades 
des  étages.  Ensuite ,  il  mentionne  les  inscriptions  de 
la  frise,  qui  devaient  faire  connaître  son  nom  à  la 
postérité. 

Le  commencement  est  assez  clair.  Le  mot  salmu 
KDVtf  n'est  pas  le  nom  d'un  mois,  mais  seulement  le 
terme  chv  «  paix ,  bonheur  » ,  ainsi  que  yum  magar 
veut  dire  dies  faastus.  Nous  avons  la  preuve  certaine 
de  notre  lecture  par  le  syllabaire  K,  197,  qui  donne 
"*  deux  valeurs  : 


pour  £  ^ 


si 


^Mïï^ 


t^m 


ma      -  ga  ruv 

fortunare.    "JJQ. 

ïï 

id. 

ïï 

id. 

ïï 


Sur  l'autre  face  de  la  même  tablette ,  on  lit 


il      -        mu 


auditio.    J?E$- 


Nous  avons  déjà  parlé  du  signe  idéographique  si- 
gnifiant mois,  et  qui,  en  assyrien,  se  prononçait 
mx,  l'hébreu  mv 


540  JUIN  1857. 

Il  ne  sera  pas  superflu  de  publier  à  cette  occasion 
les  monogrammes  des  mois  tels  qu'ils  se  trouvent 
dans  les  calendriers  l  :  les  voici  dans  leur  suite  : 


MONOGRAMMES.        CORRESPONDANTS 
PERSES. 


».  ^**4|  Sri     Bâgayâdis.        Mars-Avril. 

Menti»  initii. 

a.  ^+**J  »*-[        "  Thuravâhara.    Avril-Mai. 


Menait  U»n. 


3.  *55rtf  0*^5  Mai-Juin. 

MensU  laterie. 

b    »«Hf  »ÊÏ  Juin-Juillet. 

M  «nus  auu. 

5-  t^jïj  ^•^^■T  Garmapada.      Juillel-Août. 

Meaai»  igni». 

"•  »T**V  ►^11  Août-Septembre. 

Menais  irci». 

7-  ^Bf  ^TE=Y|     Adukanna.        Septembre-Octobre. 

Maoris  aggeri». 

8.  ^**<J  ►  g»~|  *  Thaîgarcis.       Octobre-Novembre. 

M— îl  fnndalioni». 

9-  ^***|  «^^E    *  Athriyâdiya.     Novembre-Décembre. 

Menai»  nabi». 

1  Voyei ,  par  exemple .  K ,  3  a  ,  dans  la  collection  photographique , 
n*  JO. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  541 


MONOGRAMMES.        CORRESPONDANTS 
PERSES. 


io.  *<*<Y  »  »     |  *Anâmaka.         Décembre-Janvier. 

Mensis  imbris. 

1 1 •  j*4*]  p~~| —    Varkazana.       Janvier-Février. 

Mensis  agrimensionis. 

12.  ^***J   M<        *  Viyakhna.         Février-Mars. 

Mensis  finis. 

Les  cinq  mois  désignés  par  un  astérisque  sont  les 
seuls  dont  nous  sachions  les  correspondants  baby- 
loniens par  le  texte  de  Bisoutoun. 

Quel  était  le  mois  heureux  dont  parlent  si  sou- 
vent les  inscriptions?  C'est  difficile  à  savoir;  il  y  a 
pourtant  des  raisons  assez  plausibles  pour  admettre 
que  c'était  le  dernier.  Le  mot  ahu  indique  aussi  la 
lin ,  et  justement  la  coïncidence  des  deux  notions  qui 
lui  sont  attribuées  pourrait  donner  un  poids  à  cette 
opinion  que,  du  reste,  je  n'ai  pas  la  prétention  de 
croire  irrévocable. 

La  difficulté  réelle  de  ce  paragraphe  réside  dans 
les  mots  aptâti,  iksir  et  hitirri.  D'où  faire  venir  ce 
premier  mot?  Comment  le  transcrire? 

Nous  avons  bien  un  mot  talmudique  KnDN,  qui  in- 
dique une  construction  plaquée  vers  une  autre,  et  je 
serais  enclin  à  le  rapprocher  du  terme  assyrien.  Mal- 
heureusement on  n'est  pas  toujours  sûr  de  l'origine 
sémitique  des  termes  techniques  employés  dans  le 


54Î  JUIN  1857. 

langage  du  Talmud ,  et  il  faut  prendre  garde  de  re- 
garder comme  appartenant  aux  idiomes  de  Sem  ce 
qui  n'est  qu'un  mot  grec  défiguré.  Quelquefois  cepen- 
dant, et  cela  pourrait  être  le  cas  ici,  des  mots  d'un 
autre  dialecte  sémitique  ont  été  adoptés  par  cetidiome 
moderne,  où  ils  se  trouvent  alors  sous  une  forme 
presque  méconnaissable.  Nous  croyons  en  effet  à  l'i- 
dentité  du  mot  nddn  et  de  aptati,  seulement  le  mot 
assyrien  se  rapporte,  selon  nous,  aux  racines  aay  et 
roy.  En  hébreu ,  nous  lisons  un  mot  architectonique 
très-obscur  :  ay,  que  quelques  exégètes  interprètent 
par  toit  de  portique;  d'autres  par  les  degrés  qui  mè- 
nent à  une  telle  construction  ;  d'autres  encore  le  tra- 
duisent par  poutre.  Cest  asseï  dire  que  le  sens  n'en 
est  pas  extrêmement  clair. 

Je  transcris  le  mot  assyrien  rtnay,  et  j'y  reconnais 
des  arcades,  soutenues  par  des  colonnes  en  bois  ou 
en  briques,  comme  on  en  voit  encore  à  Bagdad. 
Ces  arcades  n'étaient  pas  en  saillie  sur  le  massif  des 
tours1,  elles  rentraient,  comme  celles  des  cons- 
tructions italiennes.  Elles  entamaient  ainsi  le  re- 
vêtement et  le  massif,  ce  qui  est  exprimé  pittores- 
quement  par  le  mot  ihsir  ->tf  dk  «je  rompis, je  perçai  ». 
La  langue  allemande  rendrait  cette  idée,  beaucoup 
mieux  que  ne  le  pourrait  le  français,  par  le  verbe 
darchbrechen  : 

1   Une  rampe  tout  à  fait  extérieure  et  circulaire,  comme  on  se 
l'est  figurée  ordinairement  autour  de  la  tour  de  Babel,  est  inadmis 
sible.  On  oublie  que ,  dans  ce  cas ,  chacun  des  huit  étages  aurait  né- 
cessairement dû  se  composer  d'un  cône  ou  d'une  pyramide  tronquée, 
ce  qui  n'a  pu  avoir  lieu. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  543 

Die  Rohziegel  der  Massive  und  die  Brennzieqel  der 
Bekleidung  darchbrach  ich  mit  Arkaden. 

Ces  arcades  étaient,  selon  nous,  horizontales  sur 
le  côté  du  nord-est;  elles  montaient  en  rampe  sous 
un  angle  d'à  peu  près  19  degrés,  c'est-à-dire  une 
élévation  de  om,33  par  mètre,  au  côté  sud-est,  au- 
tant au  côté  sud-ouest ,  et  enfin ,  après  une  montée 
égale  au  côté  nord-ouest,  l'arcade  atteignait  la  plate- 
forme sur  laquelle  s'élevait  la  tour  supérieure. 

Cette  rampe  se  nomme  mikidti  Kmp^D ,  de  npy 
torqaere;  le  mot  dérivé  signifie  littéralement  via  tor- 
tilis.  Cette  idée  de  tordre,  être  tordu,  est  commune 
à  beaucoup  de  racines  commençant  par  pif;  nous 
citons  *?py,  œpy,  *]py,  oui*. 

Cette  même  idée  est  exprimée,  selon  nous,  par 
le  mot  zahal  hm ,  que  nous  avons  traduit  plus  haut 
dans  le  passage  cité  de  l'Inscription  de  Londres 
(col.  3,  1.  59).  La  racine  bm  veut  dire  «marcher 
craintivement,  lentement,  ramper»,  d'où  les  mots 
dérivés  bm  «serpent»,  et  J±s-j  «la  planète  de  Sa- 
turne » ,  ensuite  l'assyrien  hm ,  parfaitement  analogue 
au  français  rampe. 

Parmi  les  verbes  très -difficiles  à  classer,  sous  le 
point  de  vue  de  leur  valeur  grammaticale ,  est  le  mot 
usziz,  uszizu,  uusziz.  Il  n'y  a  rien  qui  répugne  plus 
à  l'oreille  des  Sémites  que  cette  suite  immédiate 
d'un  V  et  d'un  T.  Dans  ce  cas  spécial  pourtant,  il  n'y 
a  pas  à  hésiter*  parce  que ,  dans  des  passages  paral- 
lèles, nous  trouvons  le  mot  **  ^^TT  jETT  *^«T"« 
sizuzutia  renouvellement,  renforcement  ».  Il  se  pour- 


544  JUIN  1857. 

rait  que  la  forme  asziz,  ne  fût  qu'une  altération 
de  usiziz  ïtyçJN,  le  shaphel  de  m>  «fortifier»;  et 
quelque  anomale  que  soit  cette  élision  du  y,  elle 
est  cependant  rendue  vraisemblable  par  la  forme. 

MH^  ^  *""TT^  ^4  U5'zlz»  T.T??*f«  (lui  se  trouve 
souvent  dans  les  inscriptions  archéologiques  de  Ni- 
nive.  (Cf.  Inscription  modèle  de  Sardanapale  III, 
1.  59.)  On  trouve  aussi  l'infinitif  du  shaphel  ^T 
5^yj  ►~-JJ^<i  suzazi,  m&  (Layard,pl.  XL,  1.  i5). 

Nous  sommes  assez  heureux  pour  n'avoir  pas  de 
doutes  sur  la  signification  de  ce  mot;  car  nous  avons . 
à  ce  sujet,  une  indication  directe  dans  la  traduction 
assyrienne  deBisoutoun.  Deux  fois  nous  lisons  (1.  a  5, 
76)  les  mots  ultakan  ziz,  pour  exprimer  «  j'ai  réta- 
bli ».  Voici  le  passage  de  la  ligne  26,  qui  traduit  le 
perse  adam  kâram  gâthavâ  avâçtâyam  «j'ai  remis  l'état 
à  sa  place  »  : 

ï  &  s#  ~  ~- -•  EE -TM I- <4* 

Allai».  ■  -  kum.  in.  <u        -      ri     -      lu.  a/      - 

Ego  popalam  m  loto  tuo  col- 

ta         m  ko».  Il  il. 

locavi  danao. 

La  racine  dont  nous  parlons  est  étrangère  à  un 
mot  assyrien  d'une  singulière  composition  m  ,  dont 
la  signification  semble  être  «terrifier»,  et,  parmi 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  545 

d'autres,  nous  citons  i'iphtaal  izzazzuzu  =inr  (caillou 
de  Michaux,  col.  2,  1.  9). 

Notre  texte  paraît  avoir,  dans  les  deux  exemplaires, 
iszis;  mais  le  dernier  ^«YY  is  serait  sûrement  une  faute 
pour  ^T  iz ,  que  donne  aussi  l'Inscription  de  Londres. 

La  phrase  suivante  parle  de  la  légende  que  Na- 
buchodonosor  lit  mettre  dans  les  frises  des  arcades. 
C'est  ainsi  que  je  comprends  le  sens  du  passage;  car 
je  ne  crois  pas  que  le  monarque  ait  voulu  parler  ici 
des  bariis  eux-mêmes,  quoique  le  fait  de  faire  parler 
l'inscription  d'elle-même  ne  soit  pas  sans  exemple. 
Mais  cela  se  voit  surtout  dans  les  pièces  mises  dans 
les  fondations ,  telles  que  les  tablettes  en  métaux  di- 
vers trouvés  à  Khorsabad. 

L'argument  principal  pour  mon  opinion  réside 
dans  le  mot  kitirri,  dans  lequel  je  reconnais  la  ra- 
cine "im  «  ceindre,  couronner».  On  sait  que  le  mot 
mm  s'emploie  dans  la  description  du  temple  salo- 
monien  pour  désigner  les  chapiteaux  des  colonnes. 
La  forme  ^nD  n'est  pas  le  même  mot  et  n'a  pas  le 
même  sens;  elle  indique  bien  ce  qui  couronne  la 
colonne,  mais  elle  y  joint  la  signification  de  ceinture; 
c'est  la  frise,  le  seul  endroit  où  l'on  puisse  mettre 
une  inscription. 

C'est  au-dessus  des  arcades  que  se  trouvait  la  lé- 
gende qui,  certainement,  était  exécutée  en  briques 
vernissées.  Nous  avons  trouvé  au  Rasr  une  assez 
grande  quantité  de  fragments  de  caractères  cunéi- 
formes, mais  rarement  une  lettre  entièrement  con- 
servée; ils  étaient  d'une  grande  dimension,  ordinai- 
ix.  36 


546  JUIN    1857. 

renient  dey  centimètres  de  hauteur.  Les  lettres  que 
nous  avons  découvertes  étaient  toutes  en  émail  blanc 
sur  fond  bleu;  apparemment  elles  étaient  destine»  1 
i  être  vues  d'assez  loin. 

Le  mot  sitir  ")Btf  vient  du  verbe  noe;  «  écrire  »;  la 
racine  se  trouve  en  arabe  et  en  hébreu,  et,  au  sur- 
plus, elle  traduit  à  Van  et  à  Bisoutoun  le  perse  ni- 
pistanaiy,  qui  est  le  persan  (jS-£y  «  écrire  ».  Ce  mot 
sitir  ne  semble  pas  être  l'infinitif  du  verbe  que  nous 
connaissons  par  les  deux  inscriptions  citées  tout  a 
l'heure,  et  qui  est  sutar  "EC4;  mais,  selon  nous,  il 
rend  phonétiquement  le  JJ,,()UP''^**îf  ►—/""!  *^y~Tf 
TAK.  NA.  AK.  A.  qui  traduit  le  perse  dipi  «  table, 
inscription».  Ce  même  sitir,  du  reste,  se  trouve  sur 
un  syllabaire,  comme  une  des  quatre  transcriptions 
phonétiques  que  ce  document  fournit  de  ce  groupe. 

Au  lieu  de  ce  dernier,  on  trouve  à  Van  ^J*-T;  s'il 
est  permis  d'attribuer  à  Y,  ordinairement  su,  la  va- 
leur de  tir,  le  mot  assyrien  de  Vart  se  prononcera 
aussi  sitir.  Nous  avons,  il  est  vrai,  déjà  la  lettre 

*£z|yyt,  qui  permute  avec  /jz=\  ^~^7~  di  ir,  et  dont 

la  valeur  est  dir;  elle  remplace  aussi  ces  deux  ca- 
ractères pour  exprimer  ti  ir,  tir,  parce  que  la  lettre 

/&-\  exprime  les  deux  sons  rapprochés  de  di  et  U. 

Mais  alors  il  se  pourrait  que  le  signe  T  rendît  spé- 
cialement le  son  tir. 

Nous  comparons,  parmi  beaucoup  de  passages, 
le  suivant,  qui  est  pris  dans  le  baril  de  Sennachérib. 
dit  de  Bellino  (Layard,  pi.  LXTII    1.  27)  : 


INSCRIPTION  DE  BOHSIPPA.  547 

«i/ir.  u  si  4i«.  va. 

Tabulant  faciendam  curavi  ; 

►rfe&j  fcfci  âà  <Ê  §K  "HP-  £Ttt- 

fi  i  -  cuv,  &i     -     jid       -  ((.  katï. 

magnitudinem  prxdse  raannum 

HT;  -KrtrT  I  fcfl?  •  B=  ts^=  «^U  ^ 

ta.  'li     -  «u  ni.  os      -  foi  -  ta        -        nti. 

ipiiim  supra  cos  fect , 

si         -  ni  w     -     >»•  «        -        *<i  <H     -      tir.  M» 

in   eam  scribondam  curavi  : 

lai         Air       -       ii.  Ir.  al     -         m. 

in  modio  nrbis  ereiti  (eam). 

La  version  de  samiya  par  «  mon  nom  »  est  on  ne 
peut  plus  prouvée  ;  d'abord  uti  veut  dire  nom  en  cîial- 
daïque;  il  est  identique  avec  l'hébreu  □*#,  avec  l'arabe 
fwî  ;  ensuite  le  mot  assyrien  traduit  le  perse  nâma 
«  nom  ».  L'idée  de  «  nom  »  est  représentée  par  le  mo- 
nogramme >~^S  dont  la  valeur  syilabique  est  mu. 
Cette  même  lettre  exprime  aussi  les  verbes  p:  «  don- 
ner» et  "Oï  «commémorer,  se  souvenir»,  et  par  un 

56. 


548  JUIN    1857. 

enchaînement  d'idées  parfaitement  naturel,  ta  do 
tion  de  l'armée. 

Les  mots  sitir,  jusqu'à  askan,  manquent  dans  l'un 
des  exemplaires  que  j'ai  eus  sous  les  yeux. 

(La  iuitc  à  un  prochain  numéro.) 


NOTE 

SUR  LES  KUBÂ'IYÂT  DE    OMAR  KHAÏYÀM. 
PAR  M.  GARCIN  DE  TASSY. 


Hakîm  'Omar,  surnommé  Khaïyâm,  est  un  des 
poètes  persans  les  plus  célèbres,  et  en  même  temps 
un  astronome  et  un  mathématicien  très-distingué1. 
Il  naquit  à  Nischapur,  et  y  mourut  en  5 1  7  de  l'hé- 
gire (  1  ia3  de  J.  C).  Il  était,  dans  l'origine,  fabri- 
cant de  tentes,  comme  son  takhallas  le  témoigne.  Il 
reçut  cependant  de  l'éducation  ;  car  il  eut  pour  con- 
disciple le  fameux  Haçan  Sabbâh ,  le  fondateur  de 
la  secte  et  de  l'empire  des  Ismaéliens,  connus  sous 
le  nom  d'Assassins ,  ou  plutôt  de  Haschischîn  (man- 
geurs de  chanvre).  Un  autre  de  ses  compagnons 
d'étude  devint  ministre  du  sultan  seljoukide  Malik 
Schah2,  sous  le  nom  de  Nizam  ul-Mulk.  Tûcî.  Ce 

1  M.  F.  Woepcke  a  public  en  arabe  et  en  français  son  traité 
d'algèbre,  intitulé  :  Mémoire  sur  les  démonstrations  des  problèmes  de 
l'algèbre  iJLliUj  yM  O**^  à   *H*v  Paris.  l85l>  in"8°- 

*  H  y  a  eu  tmi*  .sultans  scljoukides  de  ce  nom.  H  s'agit  ici  du 
second,  qui  régna  de   i  io'i  à  1  io5. 


RUBA'IYAT  DE    OMAR  KHA1YAM.  549 

dernier  invita  notre  poëte  à  la  cour  de  son  patron; 
mais  'Omar  refusa,  et  se  borna  à  accepter  une  pen- 
sion ,  qui  lui  permit  de  vivre  dans  l'aisance  à  Nischa- 
pur,.sa  ville  natale.  Ce  fut  alors  qu'il  charma  ses  loi- 
sirs par  la  culture  de  la.  poésie ,  et  qu'il  fit  les  quatrains 
ou  rubaïyât,  au  nombre  d'environ  cinq  cents ,  qui  ont 
fait  beaucoup  de  bruit  dans  le  monde  musulman, 
surtout  dans  le  xue  siècle ,  époque  où  ils  virent  le 
jour.  Il  y  a,  en  effet,  de  belles  et  de  remarquables 
choses  dans  ces  quatrains.  Le  style  en  est  pur  et  mâle , 
et  généralement  exempt  de  cette  recherche  d'idées 
et  d'expressions  qui  gâte  souvent  les  compositions 
persanes  plus  modernes.  Malheureusement  les  vers 
de  'Omar  sont  empreints ,  non-seulement  de  ces  idées 
spiritualistes  qui  dédaignent  la  religion  positive,  et 
qui,  sans  s'occuper  du  culte  extérieur,  se  rapportent 
uniquement  à  Dieu,  que  le  poëte  voit  en  tout  et 
partout,  ce  qui  le  fait  tomber  dans  un  panthéisme 
involontaire  ;  mais ,  en  prenant  à  la  lettre  quelques- 
uns  de  ces  Rubaïyât,  on  croirait  même  que  l'auteur  est 
athée  et  matérialiste;  et,  en  effet,  quoique  quelques- 
uns  de  ses  coreligionnaires  l'aient  considéré  comme 
un  saint,  d'autres  l'ont  regardé  comme  un  auteur 
impie  et  mécréant.  Partant  de  ce  point  de  vue ,  de 
Hammer  1  le  nomme  le  Voltaire  de  la  poésie  per- 
sane; mais  il  se  hâte  d'ajouter,  cependant,  pour  ex- 
cuser les  vers  quelquefois  mal  sonnants  de  notre 
auteur,  qu'il  ne  faut  pas  toujours  les  condamner  abso- 
lument; car  ce  qu'il  attaque,  c'est  la  religion  telle 

1  Geschichte  der  schoenen  Redekûnste  Persiens,  art.  Omar  Chiam. 


350  JUIN  1857. 

que  l'entendent  ies  uléma  et  la  morale  des  casuile> 
musulmans,  plutôt  que  la  religion  et  la  loi  naturelle. 
Quoi  qu'il  en  soit,  des  exemples  feront  juger  mieux 
que  tout  ce  que  je  pourrais  dire  du  genre  d'esprit  de 
'Omar  et  de  son  talent  poétique.  Voici  donc  quel- 
ques-uns de  ses  quatrains,  qui  n'ont  jamais  été  pu- 
bliés ni  traduits.  Je  les  donne  d'après  une  copie  d<> 
Ruba'ïyât,  faite  sur  un  manuscrit  qui  se  trouve  à  la 
bibliothèque  Bodléyenne  d'Oxford,  et  qui  provient 
de  la  collection  de  feu  sirW.Ouseley.Ce  manuscrit 
Di  contient  malheureusement  que  cent  cinquante- 
huitquatrains  ;  toutefois,  il  est  excellent  et  fort  ancien , 
ayant  été  écrit  à  Schiraz  en  866  (  i  46o-i  661  ).  De 
plus,  j'ai  pu  avoir  d'utiles  variantes,  d'après  un  ma- 
nuscrit des  Ruba'ïyât,  qui  se  trouve  à  la  bibliothèque 
de  la  Société  asiatique  de  Calcutta ,  manuscrit  mo- 
derne, il  est  vrai,  mais  qui  contient  cinq  cent  seize 
quatrains,  quoiqu'il  paraisse  incomplet,  tandis  que 
le  manuscrit  que  M.  de  Ilammer  a  eu  à  sa  disposi- 
tion ne  contenait  que  trois  eents  quatrains.  Au  sur- 
plus, les  manuscrits  des  ruba'ïyât  de  'Omar  sont  fort 
rares;  il  n'y  a  à  Paris  que  celui  que  je  possède,  et  je 
crois  que  ce  qui  motive  la  rareté  de  ces  manuscrits, 
et  le  plus  ou  moins  de  quatrains  qu'on-a  admis  dans 
ceux  qui  existent,  c'est  probablement  la  hardiesse 
des  expressions  de  l'auteur  que  les  copistes,  bons 
musulmans,  n'ont  pas  voulu  reproduire.  En  voici, 
au  surplus,  le  spécimen  que  j'ai  annoncé  : 


HUBA'IYAT  Dli  "OMAH  KHA1YAM.  564 

\j-m*5>   i<yJi*XA  (jSo^à-    £^±—   \J*JiS y* 


&) 


<X_<.,fl 


£-*k  U5i-5^  c^cwljj^ 


-S\,U* 


Tant  que  tu  le  peux  n'afflige  personne ,  ne  fais  subir  à  per- 
sonne le  feu  de  ta  colère.  Si  tu  veux  jouir  du  bonheur  éter- 
nel, sache  souffrir  patiemment,  et  ne  fais  souffrir  personne. 

<"*,>*  VmWi  <    j    /£l«*  A,  A    iji  » taJhi    (4^*    .%■■■>  y-&    5  i> 

La  joie  règne  dans  le  monde  ;  mais  le  spiritualisle  se  relire 
dans  le  désert.  Là,  chaque  branche  fleurie  lui  représente  la 
blanche  main  '  de  Moïse,  et  chaque  souffle  de  vent  l'haleine 
vivifiante  du  Messie. 

(.'A,    m*   A   „**■»     /o»-i't«    (J— r!>    A.  X    i   y,  fy    >j    «»u-A.i»- 


a>%    a    j  yL__i_^  ^j.,  .\-.>  a—à-S  a — j  Sj. — j) 

1  Allusion  au  miracle  mentionne  dans  l'Kxude  .  IV,  (i,  et  ï;i|>|>«')< 
dans  le  Coran ,  VII ,  2o5,  et  XXVI  ,   i:» 


558  JUIN   1857. 

Khayàni ,  pourquoi  ce  deuil  pour  les  fautes ,  et  quel  avan- 
tage trouves-tu  à  dévorer  ton  chagrin  ?  Celui  qui  n'a  pas  péché 
n'a  pas  été  non  plus  l'objet  de  l'absolution  divine.  Le  pardon 
est  pour  les  fautes,  pourquoi  donc  te  livrer  à  la  douleur  '  ? 


^  Jà  y5;^l;i  f->  (^HO 


Dans  l'oratoire  du  cloître,  dans  la  mosquéi-,  dans  la  pa- 
gode, dans  l'église,  on  éprouve  la  crainte  de  l'enfer  et  on 
recherche  le  paradis.  Mais  celui  qui  connaît  les  secrets  de 
Dieu  n'a  jamais  jeté  dans  son  cœur  une  telle  semence. 

Voici  la  saison  des  roses  et  du  repos  au  bord  du  ruisseau 
et  sur  la  lisière  de  la  prairie,  avec  deux  ou  trois  amis  et  une 
belle  de  nature  angélique.  Qu'on  apporte  aussi  des  coupe.* 
de  vin ,  et  ne  nous  mettons  en  peine ,  ni  de  la  mosquée ,  ni 
de  l'église. 

»>^-i:  *x_jl*  ^  «2)1  $  &s  »j  j«x«3l 


1  On  lit  nnc  pensée  analogue  dans  le  Mande  uttair,  ver*  1799. 
et  dans  saint  Paul,  Épitrr  nur  Hoètém*,  V,  70. 


RUBA'IYAT  DE    OMAR  KHAIYAM.  553 

Suivons  le  chemin  du  pur  amour  avant  d'être  saisis  par  les 
étreintes  de  la  mort.  Charmant  échanson,  ne  reste  pas  inactif, 
donne-moi  de  l'eau  à  boire  en  attendant  que  je  devienne  de 
la  terre. 

C'est  parce  que  ton  amour  a  attiré  dans  ses  filets  ma  tête 
chauve,  que  je  tiens  dans  ma  main  la  coupe  de  vin.  Tu  as 
anéanti  le  repentir  que  ma  raison  m'avait  inspiré,  et  le  temps 
a  déchiré  le  vêtement  que  la  patience  avait  cousu. 

*>-*-*  i^?b-**j  jlH"-j  jLh*^  p b* 

Un  amour  superficiel  n'est  pas  honorable;  il  est  pareil  au 
feu  à  demi  éteint,  qui  est  sans  force.  L'amant  véritable  doit 
n'avoir  de  repos  et  de  tranquillité  ni  dans  l'année,  ni  dans 
le  mois,  ni  la  nuit,  ni  le  jour. 


Jl  IN    1857. 

Ne  laisse  pas  la  colère  s'emparer  de  toi,  ni  une  douleur 
insensée  se  saisir  de  ton  existence.  Reste  avec  les  livres  et 
Ion  ami  au  milieu  des  champs  verdoyants,  avant  que  la  terre 
t'enserre. 

r\_ >|^>-  j»Xj   U    aj    jXX»  ■>->-=»-  ^wi 

,.\_jli     Jl A «    }j\    Jl     A   ,-^     tj*lj->l* 

Nous  devons  considérer  connue  une  lanterne  magique  ci 
monde  mobile  où  nous  vivons  dans  l'étourdissement.  Le  so- 
leil, en  est  la  lampe,  et  le  monde  la  lanterne  où  nuu.s  passons 
comme  les  figures  qu'on  y  montre. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 


SOCIÉTÉ   ASIATIQUE. 


PROCES-VERBAL  DE  LA  SEANCE  DD   8  MAI  1  *.r>7. 

Le  procès- vrri  il  I  li  séancs  de  mars  est  lu  (la  séance 
d'avril  n'avant  pas  eu  lieu  à  ranx-  «lu  vendredi  saint);  la 
rédaction  en  est  adoptée. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  55ù 

M.  le  général  Daumas  annonce  à  la  Société  que  treize 
exemplaires  du  IIIe  volume  d'Ibn  Batoutah,  que  M.  le  mi- 
nistre de  la  guerre  destinait  à  des  bibliothèques  de  la  pro- 
vince deConstantine,  ont  péri  dans  un  naufrage;  il  demande 
si  la*  Société  pourrait  fournir  un  nombre  égal  d'exemplaires 
de  ce  volume. 

M.  le  docteur  Namur,  à  Luxembourg,  écrit  pour  deman- 
der s'il  y  dans  la  Société,  et  surtout  dans  les  papiers  Ariel, 
des  détails  sur  la  vie  du  rajah  Sumrou,  papiers  dont  il  ré- 
clamerait la  communication  dans  l'intérêt  de  la  famille  Rei- 
nart  ou  Reioliard,  dans  le  Luxembourg. 

M.  de  Paravey  écrit  à  M.  le  président  pour  lui  annoncer 
l'envoi  de  quelques-uns  de  ses  travaux,  sur  lesquels  il  donne 
quelques  détails,  en  se  plaignant  que  la  Société  ait,  jusqu'à 
présent,  fait  si  peu  d'attention  à  ses  découvertes. 

Sir  James  Melvil,  secrétaire  de  la  Cour  des  directeurs  de 
la  Compagnie  des  Indes,  annonce  l'envoi  de  la  première 
partie  des  photographies  d'anciens  édifices  à  Bijapour,  dans 
le  Deccan. 

M.  Munnich,  directeur-bibliothécaire  de  la  Société  des 
arts  et  sciences  de  Batavia ,  envoie  la  liste  des  volumes  et 
des  cahiers  du  Journal  de  la  Société  asiatique  que  possède 
la  Sociélé  de  Balavia,  et  demande  s'il  serait  possible  d'en 
compléter  la  collection.  Renvoyé  à  la  commission  des  fonds, 
pour  qu'elle  réponde,  autant  que  possible,  au  désir  de  la 
Société  de  Batavia. 

La  famille  de  feu  le  baron  Hammer  de  Purgstall  annonce 
l'envoi  du  VII*  volume  de  Y  Histoire  de  la  littérature  arabe. 

M.  Veth  annonce  l'envoi  du  IIe  volume  de  sa  Description 
de  Bornéo,  et  demande  qu'il  soit  rendu  compte  de  son  ou- 
vrage. M.  Dulaurier  propose  qu'on  envoie  les  volumes  à 
M.  Rodet,  pour  en  rendre  compte. 

M.  N.  Trùbner,  de  Londres,  écrit  pour  annoncer  à  la  So- 
ciété la  publication  prochaine  d'un  ouvrage  bibliographique 
su  r  la  lin  uistique. 

M.  Mobl  demande  la  parole  sur  la  lettre  de  M.  le  général 


m  JUIN   1857. 

Dnumas,  et  propose  au  Conseil  de  remplacer,  au  ministère 
de  la  guerre,  les  treize  exemplaires  du  III'  vol.  à'Ibn  Butoutah 
perdus,  et  de  les  lui  offrir  en  cadeau,  le  ministère  de  la 
guerre  avant  toujours  eu  les  meilleurs  procédés  pour  la 
Société,  de  sorte  que  celle-ci  doit  être  heureuse  de  donner 
cette  marque  de  sa  reconnaissance.  Celle  proposition  est 
adoptée. 

M.  Lancereau  répond  à  la  lettre  de  M.  le  docteur  Namur 
qu'il  ne  se  trouve  dans  les  papiers  d'Ariel  rien  sur  le  rajah 
Sumrou,  et  qu'on  n'a  de  chance  de  trouver  quelque  chose 
sur  les  commencements  de  sa  carrière  que  dans  les  archives 
du  ministère  de  la  marine  et  dans  celles  de  la  Compagnie 
des  Indes. 

M.  de  Rosny  obtient  la  parole  pour  la  présentation  d'un 
nouvel  écrit  de  M.  Prwa  où  I.<  normant. 

Sont  présentés  et  nommés  membres  de  la  Société  : 

MM.  Baissac  (Jules),  interprèle  arabe  au  ministère  de  la 

guerre  ; 
Dumas; 

Lefèvre  (André),  licencié  es  lettres; 
Bréai.  (Michel),  licencié  es  lettres; 
le  R.  P.  Pins  Zingeri.é,  de  l'ordre  de  Saint-Beuoil, 

à  Meran ,  comté  du  Tyrol  ; 
Duclere  (Charles). 

OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIÉTÉ. 

Par  la  famille  de  l'auteur.  Lileratur-Geschichte  der  Araber, 
von  llammer-Purgstall.  Vil*  vol.  (1857),  in-8°. 

Par  l'auteur.  Spécimen  du  Bgyu-tcher-rol-pu  (  Lalita  Vislara) , 
partie  du  chapitre  vu,  contenant  la  naissance  de  Çak\a 
mouni.  Texte  tibétain,  traduit  en  français  et  accompagné  de 
notes,  par  M.  Ph.  Ed.  Foucaux.  Paris,  18A1.  in-8°,  pi. 

Par  l'auteur.  Borneo's  wester-ajdceling ,  door  P.  J.  Veth. 
i856,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Grammaire  arabe,  écrite  en  hébreu,  à  l'usage 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  557 

des  Hébreux  de  l'Orient,  par  Goldenthal.  Vienne,  1867, 
in-8°. 

Par  l'auteur.  Kairata  parva  (épisode  du  Montagnard)  , 
fragment  du  Makabharata,  traduit,  pour  la  première  fois , 
du  sanscrit  en  français,  par  M.  Ph.  Ed.  Fougadx.  Paris, 
1857,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Documents  hiéroglyphiques  emportés  d'Assyrie, 
et  conservés  en  Chine  et  en  Amérique,  sur  le  déluge  de  Noé,  par 
M.  le  chevalier  de  Paravey.  Paris,  i838,  in-8°,  pi. 

Par  l'auteur.  Mémoire  sur  l'origine  japonaise ,  arabe  et 
turque  de  la  civilisation  des  peuples  du  plateau  de  Bogota,  par 
M.  le  chevalier  de  Paravey.  Paris,  i835,  in-8°,  pi. 

Par  l'auteur.  Notes  sur  la  Bible,  par  M.  le  chevalier  de 
Paravey.  In-8°. 

Par  l'auteur.  Essai  sur  l'origine  unique  et  hiéroglyphique  des 
chiffres  et  des  lettres  de  tous  les  peuples,  par  M.  le  chevalier 
de  Paravey.  Paris,  1826,  in-8°. 

Par  la  Société.  Journal  qfthe  royal  geographical  Society. 
i856,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Quellen  fur  serbische  Geschichte,  aus  tûrki- 
schen  Urkunden,  in  das  Deutsche  ûbertragen  von  Dr  Waller 
A.  A.  Behrnauer.  In  das  Serbische  ùbers.  und  herausg.  von 
A.  T.  Berlig.  Ire  livraison. 

Par  l'auteur.  Traduction  nouvelle  de  l' Ecclésiaste  d'après 
l'hébreu,  par  M.  Ae  Janin.  Genève,  1867,  in-12. 

Par  l'auteur.  Les  Syriens  catholiques ,  par  M.  l'abbé  Jean 
Mamarbaschi.  Paris,  i855,  in-12. 

Parl'auteur.  Melodo  leœiologico  y  hermeneutico  para  aprender 
la  lenguafrancesa,  par  D.  Vicente  Alcober  y  Largo.  Madrid , 
1857,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Note  spéciale  relative  au  mythe  des  quatre  fils 
Aymon,  guerriers  célèbres,  par  M.  le  chevalier  de  Paravey, 
in-8°. 

Parl'auteur.  Annuaire  des  établissements  français  dans  l'Inde, 
pour  i856,  in-8°. 

Par  l'auteur.   Description  des  médailles  et  antiquités  compo- 


55*  JUIN   1857. 

sont  le  cabinet  de  M.  le  baron  liehr,  par  M.  François  Lenou- 

mant.  Pari»,  1857,  in-8*.  avec  grav. 

Par  l'auteur.    Nouvelle   lyre  arménienne  (en   arménien  ). 
Moscou,  i856,  in- la. 

Par  l'auteur.  Histoire  des  rois  de  Cilicie,  par  le  connétable 
Sempad  (en  arménien).  Moscou,  i856,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Manuel-alphabet  de  la  langue  arménienne  (en 
arménien).  Moscou,  i856,  in-ia. 

Par  l'auteur.  Panégyrique  de  Sainte-Croix  (en  arménien). 
Moscou,  i853,  in-ia. 

Par  l'auteur.  Poésies  de  Khalil-el-khoun  (en  arabe)    Bi  J 
routh,  1857. 

Par  l'auteur.    Grammaire  persane  (en   russe).   Moscou, 
i856,  in-8*. 

Par  la  Société.  Journal  of  the  american  oriental  Sonet) , 
vol.  V.  n*  a.  Roslon,  i856,  in-8°. 


GRAMMAIRE  MANDARINE, 

00    H  ffl  \KRAOX  DE  I.A   I.ANGOR  CHINOISE  PAlW.F.r.  , 

l'Ai;  M.  A.  RAZIN, 

PAOPEMEC1I  À  L'KCOLK  DES  LAHODP.S  oniF.STALF.S,  ETC.1. 


La  langue  chinoise  n'a  jamais  été  fort  en  honneur  auprès 
îles  savants  qui  consacrent  leurs  veilles  à  l'étude  de  la  philo- 
logie. On  dirait  qu'ils  se  sont  détournés,  avec  un  certain 
mépris,  avec  effroi  peut-être,  de  cet  idiome  étrange  qu'au- 
cun lien  apparent  ne  rattache  aux  autres  langues  de  l'Orient. 
On  voit  même  des  esprits  sérieux  abandonner  l'élude  de  la 
langue  chinoise  avec  dépit,  comme  on  renonce  à  un  travail 
ingrat  et  stérile.  Il  y  a  deux  causes  à  cela  :  la  première,  c'est 

1  Un  volume  in-8*.  Paris,  Imprimerie  impériale,  1 856. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       Wé 

que  la  langue  du  Céleste  Empire  ne  se  prête  guère  à  ces  rap- 
prochements curieux,  et  fort  importants  à  coup  sûr,  dont  on 
a  le  tort,  à  mon  avis,  de  pousser  trop  loin  les  conséquences; 
la  seconde ,  c'est  qu'on  ne  peut  l'apprendre  sans  maître.  Le 
premier  de  ces  inconvénients  ne  peut  être  évité;  il  est  inhé- 
rent à  la  nature  même  de  la  langue  chinoise.  Quant  au  se- 
cond, il  est  possible  d'y  remédier  dans  une  certaine  mesure, 
et  nous  en  avons  une  preuve  dans  l'excellente  Grammaire 
mandarine  que  vient  de  publier  M.  Bazin.  Sous  la  forme 
d'un  livre  élémentaire,  cet  habile  professeur  nous  a  donné 
un  ouvrage  savant,  mais  écrit  avec  clarté,  composé  avec 
méthode,  étranger  à  tout  esprit  de  système,  et  qui  se  fera 
comprendre  de  quiconque  prendra  la  peine  de  le  lire. 

Arrêtons-nous  d'abord  à  l'introduction,  que  l'on  pourrait 
appeler  un  mémoire  sur  les  rapports  et  les  différences  qui 
existent  entre  la  langue  parlée  et  la  langue  écrite.  Etablir 
que  la  langue  ancienne  figurée  au  moyen  de  signes  idéogra- 
phiques (altérés  par  une  série  de  transformations  et  anté- 
rieurs à  ceux  actuellement  en  usage)  n'a  jamais  été  la  repro- 
duction fidèle  de  la  langue  parlée;  démontrer  que  l'idiome 
concis,  parfois  énigmalique  des  livres  classiques  chinois  ne 
pouvait  être  entendu  que  des  lettrés,  et  que  le  peuple  en 
employait  un  autre  plus  clair,  plus  développé,  mieux  fixé, 
c'était  simplifier  beaucoup  la  question.  C'était  aussi  réfuter 
cette  assertion  gratuite,  que  le  peuple  chinois  avait  inventé 
successivement,  pour  les  besoins  du  discours,  les  particules, 
les  signes  de  cas,  de  temps,  etc.  qui  manquaient  à  sa  langue 
ancienne.  Les  preuves  fournies  par  M.  Bazin  à  l'appui  de 
cette  vérité  sont  empruntées  à  des  auteurs  chinois,  à  des 
lettrés  qui  n'ont  pas  cru  manquer  au  respect  dû  à  l'anti- 
quité, en  admettant  ces  raisonnables  conclusions.  La  langue 
parlée  est  évidemment  antérieure  à  la  langue  écrite.  Le  ca- 
ractère monosyllabique  de  la  première  doit  être  considéré 
même  comme  la  cause  du  genre  d'écriture  adopté  par  les 
Chinois.  11  existe  entre  la  parole  et  l'écriture  un  rapport  in- 
contestable, nécessaire.  Plus  le  système  phonétique  est  déve- 


JUIN   1857. 

ioppë,  plus  l'écriture  sera  perfectionnée.  Dans  le  sanscrit , 
par  exemple,  où  le  radical,  formé  d'une  seule  syllabe,  se 
prête  à  des  évolutions  multipliées  et  s'allonge  à  l'infini ,  l'al- 
phabet comprend  plus  de  deux  cents  lettres  simples  et  dou- 
bles. Le  chinois  procède  d'une  façon  tout  opposée.  Le  mol 
(je  veux  dire  le  mot  parlé,  yen,  par  opposition  au  mot  écrit 
ou  caractère,  tseu),  toujours  d'une  seule  syllabe,  s'exprime 
par  un  caractère  parfois  très-compliqué,  mais  qui  se  com- 
pose toujours  de  deux  éléments  :  la  clef  et  le  groupe  joint  à 
cette  clef.  Le  groupe  donne  le  son  ;  la  clef  indique  le  sens.  Le 
son  demeure  donc  subordonné  à  la  clef,  ou ,  si  l'on  veut ,  à 
la  pensée,  qu'il  traduit  pour  l'oreille.  Le  caractère  demeure 
invariable;  aucune  flexion  ne  peut  s'y  ajouter.  S'agit-il  d'ex- 
primer l'idée  de  dépendance,  de  mouvement,  d'action  pré- 
sente ou  future,  on  aura  recours  à  un  second  caractère.  La 
pensée  sera  rendue,  sans  nul  doute;  mais  le  signe  tracé  par 
le  pinceau  n'est  pas  l'expression  directe  de  la  pensée  à  la- 
quelle le  mot  parlé  a  donné  une  forme.  L'écriture  ne  jaillit 
pas  de  la  parole,  qui  jaillit  elle-même  de  L'Ame,  de  l'esprit 
cl  du  cœur. 

Si,  dans  la  langue  chinoise,  l'écriture  n'est  pas  l'image 
exacte  du  mot  prononcé,  reproduit  aux  yeux  par  des  lettres  , 
et  susceptible  d'être  épelé,  on  peut  en  trouver  la  caiisr  dans 
le  monosyllabisme  du  langage,  qui  appelait,  en  quelque  sorte, 
cette  forme  invariable  et  inhVxihl»'  de  l'écriture.  On  conçoit 
aussi  que  la  langue  parlée  pouvait  être  complète  et  répondre 
a  tous  les  besoins  de  la  pensée,  tandis  que  la  langue  écrite 
se  contentait  de  reproduire  les  principales  parties  du  dis- 
cours, et  comme  la  charpente  de  la  phrase.  Dans  le  kou-teen 
(langue  écrite  des  anciens) ,  il  existe  une  syntaxe,  pour  ainsi 
dire,  latente;  car  l'intelligence  du  texte  dépend  de  la  préci- 
sion avec  laquelle  on  aura  saisi  le  rôle  assigné,  par  sa  posi- 
tion, à  chaque  caractère;  mais,  le  plus  souvent,  rien  n'in- 
dique le  rapport  de  ces  caractères  entre  eux.  Pouvait-il  en 
être  ainsi  dans  la  langue  parlée?  Non,  certainement,  car  il 
eût  été  impossible  de  s'entendre.  Ce  qui  existait  déjà  dans 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  561 

le  discours,  ce  qui  lui  donnait  sa  clarté,  finit  par  s'intro- 
duire dans  la  langue  écrite.  Les  particules ,  les  signes  de  cas , 
tous  les  rapports  qui  s'expriment,  dans  les  idiomes  anciens, 
au  moyen  de  flexions ,  d'affixes  et  de  suffixes ,  passèrent  du 
langage  dans  l'écriture.  Dès  lors  fut  formée  la  langue  man- 
darine, dite  aussi  langue  vulgaire,  par  opposition  à  celle  des 
livres  classiques  ou  canoniques. 

Les  monuments  de  la  langue  vulgaire  ou  parlée  du  temps 
de  Confucius  ayant  péri ,  on  ne  peut  apprécier  désormais  les 
modifications  qu'elle  a  subies  depuis  tant  de  siècles.  Je  ne 
puis  croire  cependant,  et  M.  Bazin  sera  de  mon  avis,  qu'au 
temps  des  Tchéou  la  langue  parlée  fût  aussi  chargée  qu'au- 
jourd'hui de  particules  et  de  mots  auxiliaires ,  une  langue 
étant  toujours  plus  concise  aux  époques  primitives,  où  l'on 
a  moins  besoin  de  parler.  D'ailleurs,  dans  l'antiquité,  il  y 
avait  en  Chine  autant  de  dialectes  que  de  royaumes  distincts. 
L'unité  de  l'empire,  qui  résulta  de  l'extinction  des  petil? 
royaumes  feudataires,  amena  l'unité  de  langage.  Mais,  de 
l'aveu  même  des  académiciens  de  Péking,  qui  ont  rédigé  le 
Dictionnaire  célèbre  publié  sous  le  règne  de  l'empereur 
Khang-hi,  les  lettrés  de  la  Chine  ont  ignoré,  jusqu'à  la  dy- 
nastie des  Han  (202  avant  J.  C.  ) ,  Y  écriture  alphabétique ,  c'est- 
à-dire  le  système  des  sons  initiaux  (consonnes)  et  des  sons  fi- 
naux (voyelles  ou  diphthongues  1).  La  connaissance  de  l'al- 
phabet, dont  on  ne  se  doutait  pas  en  Chine,  où  l'on  écrivait 
tant  et  depuis  si  longtemps ,  étant  postérieure  à  l'introduc- 
tion du  Bouddhisme  dans  le  Céleste  Empire,  M.  Bazin  sup- 
pose, avec  toute  raison  ,  qu'elle  est  due  à  l'étude  de  la  langue 
sanscrite  par  les  sectaires  chinois.  Pour  apprendre  l'idiome 
de  l'Inde,  essentiellement  phonétique,  les  voyageurs ,  comme 
Hiouen-thsang  et  les  traducteurs  des  ouvrages  canoniques  de 
la  secte  de  Çakya-Mouni ,  durent  commencer  par  les  gram- 
maires savantes,  où  la  théorie  des  sons  tient  une  si  grande 
place.  Ces  mêmes  sons,  représentés  ailleurs  par  des  lettres, 

'    Introduction  ,  p.  VI. 

IX.  37 


Jl  IN   1857. 

ils  cherchèrent  à  les  exprimer  par  leurs  caractères,  afin  de 
reproduire  les  noms  propres  et  les  objets  qui  n'avaiiMil  pai 
'lt  nom  chez  eux.  Ce  travail  conduisit  les  bonzes  lettrés  à  in- 
troduire dans  leur  pays  l'alphabet  sanscrit,  «et  alors,  dit  la 
pu  l'ace  du  Dictionnaire  de  Khang-hi,  citée  par  M.  Bazin,  on 
adopta  trente-six  caractères  qui  furent  regardés  comme  les 
mères  des  autres,  c'est-à-dire  trente-six  caractères  reprcsrn 
tarifs  des  consonnes  de  cet  alphabet,  et  on  les  divisa  en  té 
ries.  »  Enfin,  sous  le  règne  de  Wou-ti,  fondateur  de  la  dy- 
nastie des  Léang,  vers  l'an  5o5  de  notre  ère,  on  apprit 
l'usage  du  mode  d'épellaliou  nommé,  par  les  Chinois,  Furi 
de  séparer  les  caractères  « ,  c'est  à-dire  de  figurer  un  mot  étran 
<n  empruntant  une  ou  deux  lettres  à  chacun  des  carac- 
tères qui  concourent  à  la  représentation  de  ce  mot1.  Phu 
d'un  siècle  et  demi  après  cette  adoption  d'un  mode  d'épellu 
lion,  sous  les  Thang  (676  à  679  de  notre  ère),  rat  publié  le 
Thung-yun,  dictionnaire  dans  lequel  les  caractères  sont  ran 
gés  d'après  l'ordre  Ionique.  Dans  le  système  des  clefs,  il  fal- 
lait, pour  trouver  un  mot  dans  les  lexiques,  connaître  le  ca- 
ractère par  lequel  il  était  exprimé:  il  fallait  voirie  caractère 
•  <nt  D.ins  le  système  tonique,  il  suffit  d'avoir  entendu  le 
mot  et  d'en  connaître  le  son. 

On  comprend  que  l'adoption  du  système  tonique  servit  à 
fixer  la  langue  parlée.  La  prononciation  fut  arrêtée  définiti- 
vement; il  y  eut  un  véritable  dictionnaire  de  l'Académie 
pour  l'idiome  usuel,  pour  la  langue  mandarine  ou  koaan 
hou.  Et  ce  progrès  était  dû  aux  relations  avec  l'Inde,  qui  ne 
s'en  doutait  pas  et  qui  ne  s'en  souciait  guère.  Ainsi,  le  gé- 
nie expansif  des  Ariens,  qui  ravonnait  si  vivement  en  Asie, 
ne  modifia  pM  Miilement  les  croyances  du  vieux  peuple  chi- 
oois;  il  lui  donna  des  leçons  de  grammaire  et  l'initia  a  la 
connaissance  des  sons,  véritable  base  de  tout  idiome,  indé 
pendamment  du  mode  d'écriture  qu'il  a  plu  à  une  nation 

'  Ainsi,  pour  écrire  le  mot  France,  les  Chinois  traceront  trois  earactèro 
cjui  se  prononcent  :  Folan-Uy,  et  ils  ajouteront  le  caractère  tsiti;  divisez  et 
lisez  :  France.  VI  représente  IV<|ui  nuque  aux  Cannois. 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  563 

d'adopler  et  de  conserver.  L'influence  de  la  Chine ,  toute 
politique,  ne  pouvait  s'étendre  au-delà  de  ses  frontières; 
l'influence  arienne,  toute  morale,  toute  philosophique  et  re- 
ligieuse, se  répandait  au  delà  du  monde  de  l'Inde,  jusque 
chez  les  populations  les  plus  infatuées  de  leur  antiquité  et  de 
leurs  propres  doctrines. 

Le  kouan-hoa  est  donc  «  la  prononciation  exacte  des  carac- 
tères »,  ou  bien  encore  «  la  langue  que  l'on  parle  avec  une 
prononciation  correcte1.  »  Les  sons  ont  pris  plus  d'importance 
que  par  le  passé  ;  la  langue  parlée  recherche  la  correction , 
elle  a  sa  coquetterie,  ses  prétentions.  C'est  que  cette  langue 
est  écrite  aussi,  écrite  telle  qu'on  la  parle  avec  tous  les  détails 
de  grammaire  que  l'antique  idiome  négligeait  d'exprimer  par 
des  caractères  particuliers.  La  littérature  populaire ,  acces- 
sible à  quiconque  a  reçu  un  peu  d'éducation ,  sans  pourtant 
avoir  subi  les  examens ,  devient  aussitôt  l'expression  de  cet 
idiome,  fixé  et  arrêté  dans  ses  formes.  Peu  à  peu  le  Kouan- 
hoa  s'étend  par  tout  l'empire;  il  se  substitue  aux  dialectes 
provinciaux,  se  modifie,  se  complète,  s'enrichit  avec  le  temps. 
Il  existe  bien  quelques  différences  de  prononciations  particu- 
lières aux  provinces,  et  même  aussi  quelques  nuances  dans 
la  manière  d'érire  et  de  parler.  Ainsi ,  dans  le  Nord ,  à  Pé- 
king,  le  kouan-hoa  est  plus  naturel,  plus  exempt  de  re- 
cherches ;  dans  le  sud ,  à  Nan-king ,  il  est  plus  châtié  et  même 
un  peu  affecté  :  de  là ,  la  division  en  deux  dialectes ,  assez 
semblables  entre  eux ,  malgré  tout,  pour  que  la  connaissance 
de  l'un  suffise  à  qui  veut  entendre  les  deux. 

Maintenant  disons  quelques  mots  de  l'allure  générale  du 
kouan-hoa.  En  chinois,  le  mot  (yen)  est  toujours  un  mono- 
syllabe; le  mot,  pris  en  lui-même,  peut  avoir  une  foule  de 
sens  qui  résultent  de  sa  position  :  par  exemple  tchîn ,  man- 
darin, sujet,  peut  signifier  simplement,  au  commencement 
de  la  phrase,  le  sujet;  il  peut  être  verbal  et  signifier  :  se  con- 
duire comme  un  sujet;  ainsi  :  tchîn-kun,  littéral,  sujet ,  prince , 

1  Introduction,  p.  vu. 

37. 


564  JUIN   1857. 

voudra  dire  se  conduire  comme  un  sujet  à  iéyard  de  son  pritnf. 
Voilà  pour  le  style  ancien ,  pour  la  langue  écrite  au  temps  du 
Kong- fou -tseu,  de  Meng-tseu ,  et  qui  ne  se  parla  jamais 
Dans  le  kouan-hoa,  au  contraire,  on  joindra  au  mot  ou  terme 
simple  un  second  mot  dont  le  rôle  sera  de  fixer  le  prafcM  i  1 
l'état  de  substantif:  par  exemple,  tseu  (li  Itérai.  Jils)  comme 
dans  niu-tseu*\a  femme •;  théou  (littéral,  tête)  comme  dans 
tchi  théou  «  le  doigt  >,  etc.  Ces  seconds  mois,  ou  mots  aux i- 
liaires,  peuvent  être  considères  comme  de  véritables  1er 
minaisons,  et  ils  ont  leurs  analogues  dans  plusieurs  lan- 
gues d'Europe.  Ainsi,  les  substantifs  anglais  et  allemands 
tels  que  husbaudman  et  ackerman  ,  etc. ,  repondent  aux  subs- 
tantifs chinois  déterminés  par  l'adjonction  du  caractère  jin 
■  homme».  Pour  les  noms  d'arbres,  le  caractère  chou  in- 
diffère en  rien  de  tree  et  bautn,  dans  les  mots  anglais  et 
allemands ^fy-free  et  jeigenbuum ,  dont  les  désinences  servmi 
à  distinguer  l'arbre  de  son  fruit.  Ce  sont  là  les  caractères  <pn 
le  dictionnaire  de  Baziie  de  Glemona  désigne  par  le  nom 
de  numérales,  et  qui  se  trouvent  rangés  à  part  ù  la  fui  du 
volume ,  sans  que  leur  rôle  soit  nettement  défini  ;  et  cela  se 
conçoit,  puisque  ce  volumineux  lexique  n'a  gin  i»  <  i.  com- 
pilé qu'en  vue  du  style  ancien,  où  ces  caractères  si  essentiels 
au  kouan-hoa  ne  se  rencontrent  guère  que  dans  les  comnim 
taires. 

Une  fois  que  l'on  a  compris  le  rôle  de  ces  seconds  termes 
dans  le  kouan-hoa ,  on  en  a  saisi  tous  le  mécanisme.  Le  mo- 
nosyllabe chinois  s'agrège  à  un  autre  monosyllabe  dont  il 
fixe  l'état;  le  second  terme  fait  du  premier  ce  qui  convient  ■ 
la  phrase,  un  substantif,  un  verbe,  un  sujet,  un  régime;  il 
remplace  les  flexions  absentes,  il  donne  la  vie  à  ce  qui  n'était 
guère  qu'un  radical  inerte'.  A  l'aide  de  ces  auxiliaires,  dnni 
le  nombre  est  assez  restreint,  on  peut  décliner,  conjuguer, 
en  un  mot  faire  manœuvrer  la  langue  mandarine  cwiiuim   U 

'  Il  y  a  aussi ,  dans  le  kouan-hoa  ,  des  caractères  qui  sont  toujours  des 
substantifs,  des  verbes,  des  adverbes.  Il  y  en  a  d'autres  qui  sont  toujours 
doublés  d'un  second  carj>  I 


NOUVELLES   ET  MELANGES.  56f> 

langue  latine.  Le  lien  entre  les  caractères ,  qui  manquait  au 
vieil  idiome  des  Tchéou ,  le  kouan-hoa  a  soin  de  l'indiquer 
avec  précision.  Le  monosyllabisme  subsiste ,  car  deux  et  trois 
monosyllabes,  mis  à  la  suite  l'un  de  l'autre,  ne  forment  pas 
un  polysyllabe;  mais  il  a  perdu  son  principal  inconvénient, 
qui  serait  de  présenter  à  l'oreille  des  mots  isolés,  décousus, 
qui ,  pour  être  réunis  et  groupés  en  phrases ,  exigeraient  un 
grand  effort  de  la  pensée  et  un  long  travail  de  l'esprit. 

L'étude  du  kouan-hoa  ,  tel  qu'il  est  présenté  dans  l'excel- 
lente grammaire  de  M.  Bazin,  conduira  les  plus  sévères,  les 
plus  prévenus  contre  la  langue  chinoise  à  considérer  de  plus 
près  ce  qu'ils  ont  pu  nommer  une  langue  informe  ou  incom- 
plète. Peut-on  reprocher  sérieusement  à  une  langue  d'être 
trop  difficile,  trop  différente  des  autres?  Autant  vaudrait 
reprocher  aux  écritures  sémitiques  leur  marche  de  droite  à 
gauche  et  l'absence  des  voyelles  brèves  ;  autant  vaudrait 
reprocher  au  sanscrit  la  multiplicité  de  ses  lettres  doubles  et 
ses  règles  euphoniques  si  compliquées  et  si  naturelles  pour- 
tant !  N'est-ce  pas  plutôt  d'après  la  richesse  des  monuments 
qu'elle  a  produits  qu'on  doit  apprécier  une  langue  ;  et  serait- 
il  raisonnable  d'admettre  qu'un  idiome  capable  de  tout  ex- 
primer est  impuissant  et  radicalement  défectueux  ?  On  s'est 
trop  habitué  à  ne  voir  dans  les  livres  anciens ,  les  ouvrages  ca- 
noniques, le  Livre  des  Vers,  et  même  dans  les  vieilles  chro- 
niques de  la  Chine,  rien  de  plus  qu'une  série  d'énigmes 
dont  l'intelligence  due  au  hasard,  souvent  douteuse,  défie 
toute  logique.  Pour  être  concis  comme  celui  de  l' épi  graphie , 
le  style  des  vieux  auteurs  chinois  n'en  est  pas  moins  soumis 
à  une  syntaxe  rigoureuse  :  l'obscurité  qui  s'y  rencontre  tient 
presque  toujours  à  l'emploi  d'un  ou  de  plusieurs  caractères 
surannés  ou  mal  transcris  par  les  copistes  et  respectés  par  la 
tradition,  qui  a  soin  de  les  commenter1.  Or,  la  syntaxe  suffit 
à  une  langue  qui  s'écrit  au  moyen  de  signes  idéographiques, 

1  H  y  a  aussi  dans  la  tangue  ancienne  des  locutions  consacrées  qui  seraient 
tout  à  fait  inintelligibles  sans  le  secours  des  commentaires.  Par  exemple  : 
monter  le  solide  et  fouetter  le  gras  signifie  être  monté  sur  un  char  solide  et  se 


oôô  JUIN   1857. 

à  une  langue  qui  s'adresse  aux  veux  plus  qu'à  l'oreille.  Pa- 
rallèlement à  celte  langue,  qui  exprimait  la  pensée  par  la 
peinture  abrégée  des  images,  se  développait  l'idiome  parlé, 
lequel  avait  sa  grammaire  comme  ceux  des  autres  nations. 
Peu  à  peu,  les  signes  idéographiques  se  simplifièrent;  la 
forme  primitive  en  s'altérant  finit  par  n'être  plus  composée 
que  de  signes  de  convention  ;  il  y  eut  une  écriture  propre- 
ment dite  et  même  une  écriture  cursive  dont  les  préfaces, 
et  les  lettres  manuscrites  offrent  des  exemples.  L'idée  que 
chaque  image  offrait  à  l'œil  se  révéla  à  l'esprit  par  le  seul 
effet  du  son  adapté  au  signe  qui  avait  cessé  d'être  la  représen- 
tation des  objets,  une  espèce  de  peinture.  L'écriture,  empri- 
sonnée dans  ses  formes  inflexibles,  ne  put  s'assouplir;  mais 
elle  s'enrichit  de  tous  les  appendices ,  de  tous  les  mots  auxi- 
liaires appartenant  à  la  grammaire  de  la  langue  parlée.  Par 
un  lent  travail,  la  parole,  qu'il  faut  saisir  au  vol,  qui  vont 
arriver  vile  et  droit  comme  la  flèche,  communiqua  à  l'< '•< i  i- 
ture  quelque  chose  de  sa  légèreté;  et  cela  en  lui  faisant 
adopter  les  seconds  mots,  les  seconds  termes  (yen) ,  qui  don- 
nent la  vie  à  la  phrase. 

Ce  travail  singulier  n'est-il  pas  l'un  des  plus  curieux 
phénomènes  de  linguistique  que  la  philologie  puisse  éttnl  ■ 
Chex  tous  les  peuples  anciens,  on  aperçoit, à  l'aurore  <!e  leur 
civilisation  ,  une  langue  solennelle ,  concise ,  en  quelque 
sorte  monumentale ,  consacrée  à  l'expression  des  idées  reli- 
gieuses ,  et  servant  aussi  à  conserver  le  souvenir  des  faits  qui 
intéressent  la  nation.  Le  vulgaire  ne  l'entend  pas;  elle  n'est 
comprise  que  des  savants,  des  initiés,  qui  lui  attribuent  pres- 
que toujours  une  origine  surnaturelle.  Avec  le  temps,  à 
mesure  que  les  peuples  grandissent  et  que  les  rapports  de  la 
famille,  du  commerce,  de  l'industrie  deviennent  plus  éten- 
dus; à  mesure  aussi  que  la  fantaisie  et  le  sentiment  poétique 
se  font  jour  dans  les  esprits  plus  excités  et  plus  actifs,  la 
parole  acquiert  une  plus  grande  importance.  La  littérature. 

faire  traîner  par  de»  cheraus  en  bon  état . '<u  tout   «.implement  K  promener 
»n  bel  érpnpapr 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  567 

bien  qu'elle  tienne  encore  aux  idées  religieuses  et  aux  tra- 
ditions historiques,  devient  l'expression  de  la  pensée  popu- 
laire partout  vivante  et  qui  bourdonne  dans  l'air  comme  les 
insectes  durant  les  nuits  tropicales.  La  langue  qui  parle  au 
nom  de  tous,  qui  formule  la  pensée  universelle,  se  substitue 
à  l'autre,  laquelle  devient  en  dernier  ressort  ce  que  nous 
nommons  une  langue  morte.  Appelons  donc  ainsi  la  vieille 
langue  écrite  de  la  Chine ,  avec  d'autant  plus  de  raison  qu'elle 
n'eut  jamais  qu'une  existence  factice,  ce  qui  ne  l'empêche 
pas  d'être  rationnelle,  logique  et  intelligible  avec  l'aide  des 
commentaires.  On  a  cessé  de  l'écrire  depuis  bien  des  siècles 
(  si  ce  n'est  pour  les  lettrés  et  dans  des  cas  particuliers)  ; 
elle  a  fait  place  à  celle  qui  exprime  plus  exactement  la  pa- 
role, et  le  peuple  chinois  a  eu  lui  aussi  sa  langue  écrite,  sa 
littérature  de  fantaisie. 

C'est  là  l'histoire  de  toutes  les  langues;  en  ce  qui  touche  à  la 
parole  et  à  l'écriture,  les  choses  se  sont  passées  en  Chine  comme 
dans  les  autres  pays  de  l'Orient.  Les  mêmes  causes  ont  pro- 
duit les  mêmes  effets.  Le  kouan-hoa,  qu'on  peut  appeler  la 
langue  vivante  et  à  proprement  parler  littéraire  du  Céleste 
Empire,  demandait  à  être  envisagé  à  part,  à  être  distingué 
de  la  langue  ancienne  ou  kou-wen.  En  exposant  les  principes 
généraux  du  kouan-hoa,  M.  Bazin  en  a  rendu  l'étude  plus 
facile,  plus  attrayante  surtout,  et  a  comblé  en  partie  l'abîme 
qui  séparait  le  chinois  des  autres  idiomes.  Le  seul  mot  de 
grammaire  implique  la  notion  des  diverses  parties  du  dis- 
cours et  celle  du  rapport  des  mots  entre  eux.  Lorsqu'il  y  a 
grammaire ,  il  y  a  une  langue  qui  procède  logiquement.  Sous 
un  titre  modeste ,  l'auteur  de  la  Grammaire  mandarine  nous 
a  donné  un  livre  rempli  d'aperçus  nouveaux,  et  dans  lequel 
il  a  su  combiner  avec  discernement  les  observations  qui  sont 
le  résultat  de  ses  longues  et  persévérantes  études ,  et  les  notes 
précieuses  que,  dans  les  savantes  leçons  de  M.  le  professeur 
Stanislas  Julien,  peut  recueillir  en  abondance  tout  auditeur 
attentif  et  assidu. 

Th.  Pavie. 


;>68  JUIN   1857. 

Introdvctwn  à  vétudb  dm  la  la.vgve  japonaise,  parM.L.Léon 
de  Rosny.  Paris,  »857,  in-4*  (96  pages). 

La  plus  ancienne  des  grammaires  japonaises  est  celle  que 
le  P.  Jean  Rodrigue/.,  de  la  compagnie  de  Jésus,  composa  en 
portugais  et  qui  fut  imprimée  l'an  i6o4  à  Nagasaki.  Nous 
apprenons  de  M.  Abel-Rémusat  que  Rodriguez,  après  avoir 
reconnu,  selon  toute  apparence,  les  principaux  défauts  de  sa 
grammaire,  en  rédigea  lui-même  un  extrait,  où  il  chercha 
surtout  à  disposer  les  matières  dans  un  meilleur  ordre  \ 
C'est  le  manuscrit  de  cet  extrait  que  M.  Landresse,  dans  la 
vue  d'être  utile,  prit  la  peine  de  traduire  du  portugais  en 
français.  Sa  traduction  est  le  premier  ouvrage  que  publia ,  en 
i8a5,  la  Société  asiatique  de  Paris. 

Aujourd'hui  M.  Léon  de  Rosny  débute ,  par  une  Introduc- 
tion à  l'étude  de  la  langue  japonaise ,  dans  la  belle,  mais  in- 
grate carrière  qu'il  se  promet  de  continuer.  Son  introduction 
est  précédée  d'une  préface.  L'auteur  parle  d'abord  dans  celte 
préface  de  l'ouvrage  du  P.  Rodriguez,  et  tout  en  applaudis- 
sant aux  intentions  généreuses  de  In  Société ,  il  dit  beaucoup 
de  mal  de  ce  livre.  Il  oublie  que  ce  missionnaire  célèbre ,  mû 
s'était  mis  en  état  de  prêcher  publiquement  le  christianisme 
dans  la  langue  du  pays,  remplit  plusieurs  fois  les  fonctions 
d'interprète  auprès  de  Taikosama  et  jouissait  de  l'estime  gé- 
nérale au  Japon,  puisque,  d'après  la  notice  de  M.  Abel-Ré- 
musat, le  P.  Rodriguez  fut  excepté  formellement  de  la  pros- 
cription générale  prononcée  contre  les  missionnaires  en  1 597. 
*  L'auteur  explique  ensuite  comment  il  s'est  servi  du  Syo-gen- 
ztho,  dictionnaire  japonais  chinois  publié  par  Siebold;  com- 
ment il  s'est  aidé  des  ouvrages  laissés  par  les  anciens  mis- 
sionnaires au  Japon  ;  puis ,  indiquant  d'autres  sources  dans 
lesquelles  il  lui  a  été  permis  de  puiser,  il  cite  avec  éloge  les 
publications  de  M.  J.  Hoffmann,  de  Leyde,  et  de  M.  Aug. 
Pfizmaier,  de  Vienne.  M.  L.  de  Rosny  a  donc  entrepris  rai 

'  Abel-Rémusat,  Nouveaux  mélanges  asiatiques ,  I.  II,  p.  aa/i. 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  509 

le  japonais  un  travail  analogue  à  celui  que  M.  Conon  de  la 
Gabelentz  a  exécuté  sur  le  mandchou.  C'est  avec  le  puissant 
secours  du  chinois  qu'il  a  étudié  la  langue  japonaise. 

Mais  il  n'en  est  pas  de  cette  langue  comme  du  mandchou, 
et  nous  devons  convenir  que  l'Introduction  à  l'étude  de  la 
langue  japonaise  exigeait  un  travail  préparatoire  extrême- 
ment pénible.  M.  L.  de  Rosny  ne  s'en  est  pas  effrayé.  Son 
premier  chapitre,  sur  l'origine  des  Japonais,  n'a  pas  beau- 
coup de  rapports  avec  la  grammaire;  mais  le  deuxième, 
consacré  à  l'usage  des  caractères  chinois ,  et  surtout  le  troi- 
sième, où  il  traite  de  l'écriture,  valent  mieux  que  le  premier. 
L'auteur  expose  le  système  compliqué  de  l'écriture  japonaise, 
syslème  que  le  P.  Oyanguren  qualifiait  autrefois  d'artifice  du 
démon,  ayant  pour  objet  d'augmenter  les  peines  des  mi- 
nistres du  saint  Evangile.  Il  se  compose  principalement  du 
kata-kana  et  du  fira-kana,  c'est-à-dire  de  deux  syllabaires 
que  les  Japonais  ont  construits  avec  quarante-sept  caractères 
chinois,  lesquels  formaient  originairement  une  chanson.  Le 
kata-kana  est  fondé  sur  des  caractères  corrects;  le  fira-kana , 
le  yamato-kana ,  Yirofa  de  Zyak-seô,  etc.,  ont  pour  base  des 
caractères  cursifs.  Il  y  a  aussi  un  man-yo-kana  correct  et  un 
man-yo-kana  cursif.  Au  troisième  chapitre ,  dans  lequel  on 
trouve  quatre  planches  d'une  fort  belle  exécution,  nous  pou- 
vons rattacher  tout  de  suite  les  chapitres  vi ,  vu  et  vin ,  qui 
contiennent  des  renseignements  sur  la  forme  et  la  division 
des  livres  japonais ,  un  très-joli  fac-similé  des  exercices  de 
lecture ,  une  table  des  principales  clefs  chinoises ,  suivant  la 
forme  ihsao  ou  cursive,  une  autre  table  des  2i4  clefs,  avec 
la  transcription  de  chacune  d'elles  en  caractères  kata-kana, 
sa  prononciation  japonaise ,  sa  signification  et  le  mot  qui 
répond  au  signe  chinois  dans  la  langue  vulgaire.  Du  reste, 
la  transcription  japonaise  que  l'on  trouve  partout  dans  l'ou- 
vrage prouve  que  l'auteur,  déjà  exercé  à  la  lecture  du  chinois, 
s'est  familiarisé  avec  les  écritures  du  Japon. 

La  grammaire  proprement  dite  est  l'objet  du  quatrième 
chapitre,   qui  occupe  l\o  pages  in-4°.  Ce  chapitre  forme  la 


570  JUIN   1857. 

partie  principale  du  travail.  L'auteur  t'est  très -sagement 
borné  aux  parties  du  discours.  Il  a  étudié,  la  plume  à  In 
main,  comparé  tous  les  textes  japonais  qui  étaient  à  sa  por- 
tée ;  mais  ne  s'est-il  pas  quelquefois  trompé  en  décomposant 
les  phrases  de  ses  textes?  Je  l'ignore.  Étranger  moi-même  « 
la  connaissance  du  japonais,  je  ne  saurais  décider  si  M.  L. 
de  Rosny  est  arrivé  par  sa  méthode  à  une  interprétation 
exacte  des  valeurs  qu'il  assigne  aux  terminaisons  et  aux  par- 
ticules. L'ouvrage  est  terminé  par  un  index  des  caractères 
chinois  contenus  dans  l'Introduction. 

Que  l'auteur  n'oublie  pas  que  c'est  en  se  procurant  des 
textes  et  en  les  traduisant  qu'il  pourra  perfectionner  l'élude 
de  la  langue  japonaise.  Dans  l'Introduction  qu'il  vient  de 
publier,  il  a  exposé  les  éléments  de  la  langue,  analyse  les 
parties  du  discours,  fourni  un  assez  grand  nombre  d'exem- 
ples, choisis  presque  tous  dans  les  auteurs  originaux,  assigné 
a  chaque  mot  sa  signification,  à  chaque  particule  une  valeur. 
Il  a  enfin  débrouillé  le  système  de  l'écrit  me  japonaise.  C'est 
déjà  un  assez  beau  result.it      on  doit  lui  en  tenir  compte. 

A.  Bazin. 


ERRATA   POUR  L'ARTICLE  DE  M.  GUERRIER  DE  DUMAST, 
SDR  LA  PRONONCIATION  DU    t. 

Page  /»3i ,  ligne  i8,  lisez  :  dégénérescence,  au  lieu  de  dégéné 
irscente. 

Page  M6,  note  3,  lisez  :  Grenade,  au  lieu  de  grenade. 


TABLE  DES  MATIERES.  57ï 


TABLE  DES  MATIÈRES 


CONTENUES    DANS    LE    TOME   IX. 


MEMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

Page» . 

Recherches  sur  la  Géographie  ancienne  de  Ceylan,  dans  son 
rapport  avec  l'Histoire  de  cette  île.  (M.  Eugène  Burnouf.).       5 

Etudes  assyriennes.  —  Inscription  de  Borsippa,  relative  à  la 
restauration  de  la  Tour  des  langues ,  par  Nabuchodonosor. 
(M.  J.  Oppert.) 125 

Etudes  assyriennes.  —  Inscription  de  Borsippa,  etc.  (Suite.) 
( M.  J.  Oppert.) 490 

Etudes  sur  la  Grammaire  védique.  Chapitre  sixième.  (M.  Ré- 
gnier.)  210 

Notice  des  manuscrits  zends  de  Londres  et  d'Oxford.  (M.  Eug. 
Burnodf.  ) 248 

Études  philologiques  sur  la  langue  kurde  (dialecte  de  Soléi- 
manié).  (M.  A.  Chodzko.) 297 

Étude  sur  le  Sy-yéou-lchin-tsuen ,  roman  bouddhique  chinois. 
(M.  Théodore  Pavie.)  Premier  article 357 

Notices  biographiques  de  quelques  médecins ,  tirées  d'un  ou- 
vrage arabe  d'Assafady.  Traduction  française ,  accompagnée 
de  notes.  (M.  le  Dr  B.  R.  Sangcinetti.) 392 

De  l'état  de  la  littérature  chez  les  populations  chrétiennes 
arabes  de  la  Syrie.  (M.  Reinaod.) 465 

Note  sur  les  Rubâ'yât  de  'Omar  Khaïyâm.  (  M.  Gabcin  de 
Tassy.) 548 

NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 

Lettre  de  M.  Saverio  Cavallari,  de  Palerme ,  professeur  d'archi- 
tecture à  l'Académie  rlu  Mexique ,  adressée  à  M.   Reiuaud. 


572  TABLE  DE>    MAT! 

—  titrait  d'une  lettre  adressée  j  M.  Hciiiaud  par  Madame  II 
baronne  de  Trenck  de  Tonder,  née  de  llamnur  l'nrgstall,  à 
l'occasion  de  la  mort  «le  mhi  para.  —  Me  l  rreligion  oder  das 
entdeckte  Uralphabet,  von  J.  L.  Sturdach.  Stockholm,  in-8*. 
Premier  cahier  (J.  M.).  —  leber  die  Poésie  und  Poetik  der 
Araber,  von  D*  W.  Ahlwardt.  Gotha,  i856,  in-4*.  —  A 
Grammar  of  the  Pukhto ,  Piuhto ,  or  the  language  of  the  Al 
yhans,  par  !*•  lieutenant  Raverty.  Calcutta,  1 856,  in-8*  (J.  M.  ). 

Procès-verbal  de  la  séance  du  9  janvier  1857 

Procès-verbal  de  la  séance  du  i3  février  1857 2V- 

Salman  and  Absal ,  an  aUtgory,  translatai  Iroui  the  persian  of 
Jami.  London,  1 856 ,  in-8*.  (M.  Garcih  de  Tassy. )  —  Das 
slavische  Eigtnthum  seit  drtitausend  Jahren ,  oder  iiir/il  Zrmla 
testa ,  aber  Zendaschta ,  das  heisst  das  Ubenbringentlc  Iiuch  des 
Zoroaster,  von  Ignauus  Pietraszcwski.  Berlin,  1867,  in- 4*.  Ca- 
hier I.  (J.  M.) —  Heise  un  die  Erde  nach  Japon  ,  par  Ci.  Heine. 
I.cip/ig.  i856  ,  in-8*,  2  vol.  (J.  M.)  —  Vergleickende  Gram- 
matik  des  Sanskrit ,  Send ,  Griechischen ,  Lateinischen ,  Allsla 
v'uehen,  Gothisehen  and  Deutschen ,  von  F.  Bnpp.  Berlin, 
i856,  in-8*.  vol.  I,  part.  1.  (  J.  M.).  —  Notification  pour  la 
fondation  d'un  prix.  (E.  Nouai*.  ) 

Procès-verbal  de  la  séance  du  1  3  mars  1857 42.'} 

Smr  la  vraie  prononciation  du  t,  cktt  Us  Arabes.  Lettre  a  M .  Gar- 
cin  de  Tassy.  (M.  P.  Gctaana  de  Domast.)  —  Note  sur  les 
progrès  récents  de  la  civilisation  en  Perte.  (M.  A.  Kazem- 
Bbc.  )  —  GHmpses  of  life  and  manners  in  Persia ,  by  Lady  Sbeil. 
Londres,  1867,  in-8  .  (J.  M.) —  Numismatique  ibe'rieme ,  prè- 
eedit  de  reeherekes  *mr  l'alphabet  et  la  langue  des  Ibères ,  par 
M.  Bouchard,  de  Béliers.  (II.  A.  d'Abbadie.)  —  Fneyears  in 
Damascus  ,  including  an  aoutint  <>l  lin  liiotory,  topogrnpli» 
and  antimoines  of tbat  city,  with  travcls  and  researclus  in  l'al- 
utyra  ,  Libanon  and  the  Hauran  ,  by  IVev.  I.  I.  Porter.  2  vol. 
in-8*.  Londres,  i855.  (  J.  M.) 

Procès-verbal  de  la  séance  du  8  mai  1857 

Grammaire  mandarine  ,  on  Principes  généraux  de  la  langue  chi- 
noise parlée,  par  M.  A.  Bazin.  (M.  Théodore  Pavie.)  —  In- 
troduction a  l'étude  de  la  langue  japonaise ,  par  M.  L-  Léou  de 
Bosny.  Paris,  18^7,  in-4*.  (  A.  Bazin,  j 

FIN  DE  LA  TABLE. 


JOURNAL  ASIATIQUE 


CINQUIÈME  SÉRIE 
TOME  X 


JOURNAL  ASIATIQUE 


on 


RECUEIL   DE   MÉMOIRES 

D'EXTRAITS  ET  DE  NOTICES 

RELATIFS  A  L'HISTOIRE,  A  LA  PHILOSOPHIE,  AUX  LANGUES 
ET  A  LA  LITTÉRATURE  DES  PEUPLES  ORIENTAUX 

RÉDIGÉ 

PAR  MM.  BAZIN,  BIANCHI,  BOTTA,  CAUSSIN  DE  PERCEVAL,  CHERBONNEAU,  D'ECKSTEIN 

C.  DEFRÉMERY,  L.   DUBEUX,  DULAUR1ER 

GARCIN    DE    TASSY,  GRANGERET   DE   LAGRANGE ,    STAN.  JULIEN 

MIRZA  A.  KASEM-BEG,  J.    MOHL,     S.    MUNK,  REINAUD 

L.   AM.    SÉDILLOT,    DE    SLANE  ,    ET    AUTRES    SAVANTS    FRANÇAIS 

ET   ÉTRANGERS 

ET  PUBLIÉ  PAR  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE 


CINQUIEME    SÉRIE 
TOME   X 


PARIS 

IMPRIMÉ  PAR  AUTORISATION   DU  GOUVERNEMENT 

A   L'IMPRIMERIE    IMPÉRIALE 

M  DCCC  LVII 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

JUILLET  1857. 


PROCÈS-VERBAL 

DE  LA  SÉANCE  ANNUELLE   DE  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE 

TENUE  LE  24  JUIN  1857. 


J^a  séance  est  ouverte  par  M.  Reinaud,  président. 

H  est  donné  lecture  du  procès-verbal  de  la  séance 
de  l'année  dernière;  la  rédaction  en  est  approuvée. 

Est  présenté  et  nommé  membre  de  la  Société  : 

M.  le  Dr  Walter  Behrnaoer  ,  attaché  à  la  Biblio- 
thèque impériale  de  Vienne. 

Les  ouvrages  suivants  sont  présentés. 

OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIÉTÉ. 

Par  l'auteur.  The  Jamma  musjeed  at  Beejapore. 
Photographied  from  the  original  drawings ,  by  Con- 
dall  and  Howlett.  In-fol.  Londres,  i85y. 

Par  l'auteur.  Codices  orientales  Bibliothecœ  regiœ 
Hafniensis.  Part.  3;  Copenhague,  1857,  in-Zi°. 

Parl'auteur.  V Opuntia  ou  Cactus  raquette  d'Algérie, 
par  M.  L.  Léon  de  Rosny.  Paris,  1 887,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Traces  de  buddhisme  en  Norvège  avant 
l'introduction  du  christianisme,  par  Holmboë.  Paris, 
i857.  in-8°. 


6  JUILLET  1857. 

Par  l'auteur.  Lettre  à  M.  Léon  de  Rosny,  sur  l'Ar- 
chipel japonais  et  la  Tartarie  orientale,  par  ie  1\  i  • 
Furet,  missionnaire  apostolique  au  Japon.  Paris, 
1857,  in-8°,  avec  carte. 

Par  l'auteur.  Principes  de  grammaire  générale,  par 
Saint-Hubert  Théroulde.  Paris,  1857,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Grammaiica  sanscrita  di  Giovanni 
Flechia.  Turin,  i856,  in-8°. 

Par  l'auteur.  La  silhouette  du  jour.  Abus ,  vices , 
travers,  ou  les  souhaits  d'un  bonhomme  a  ses  con- 
citoyens, par  Dvitiya  Dumanas,  vaisiya  de  Benarès. 
Paris,  1857,  in-8°. 

Par  l'auteur.  R.  Jehuda  ben  Koreisch ,  Tikaretensis 
Africani,  ad  synagogam  judieorum  civitatis  Fez  Epistola 
de  studii  Targnm  utilitate  et  de  linguœ  chaldaiar,  mis- 
nicœ,  talrmidiac,  arabicas ,  vocabulorum  item  nonnul- 
lorum  berbaricorum  convenientia  cuni  hebrœa.  Texttun 
arabienm  litteris  hebraicis  exaratum....  Nunc  primum 
ediderunt  J.  J.  L.  Barges  et  D.  B.  Goldberg.  Paris. 
i857,  in-8°. 

Par  les  éditeurs.  La  colombe  du  Massis.  Janvier  à 
mars  1857,  in-/j°. 

Par  un  anonyme.  Revue  de  l'Orient.  Avril  et  mai 
i857,  in-8°. 

Par  M.  Garcin  de  Tassy.  La  spoliation  d'Oudh,  tra- 
duit de  l'anglais  du  major  R.  W.  Bird.  Londres, 
i857,in-8°. 

Par  la  Société.  Bulletin  de  la  Société  de  géographie. 
Avril  et  mai  i857,in-8°. 

Par  la  Société.  Denkschriften  der  Kaiserlichen  Aka- 


OUVRAGES  PRÉSENTÉS.  7 

demie  der  PVissenschaften.  Philosophisch-historisch. 
Classe.  Vol.  VIL  i856,in-4°. 

Par  la  Société.  Journal  of  the  asiatic  Society  of Ben- 
gal.N°\I,  i85y,  in-8°. 

Par  la  Société.  Index  to  volâmes  i-xxm  of  the  Asia- 
tic Journal.  Calcutta,  i856,  in-8°. 

Par  l'Académie.  Sitzungsberichte  der  K.  Akademic 
der  fVissenschaften.  Tom.  XX  et  XXI.  Notizenblatt , 
i856,  in-8°.  " 

Par  l'auteur.  Constantine  et  ses  antiquités,  par  M.  A. 
Cherbonneau.  In-8°. 

M.  Mohl,  secrétaire  de  la  Société,  donne  lecture 
de  son  rapport  annuel. 

M.  Guigniaut  donne  lecture  du  rapport  des  cen- 
seurs sur  les  comptes  de  i856.  La  commission  pro- 
pose l'adoption  de  ces  comptes,  et  des  remercîments 
à  adresser  à  la  commission  des  fonds  et  à  M.  Charles 
Malo,  agent  de  la  Société.  Ces  propositions  sont  adop- 
tées. 

M.  Reinaud  lit  un  mémoire  sur  l'état  actuel  de  la 
littérature  arabe  en  Syrie. 

On  procède  à  l'examen  des  votes;  il  y  a  vingt-six 
bulletins  de  vote;  le  résultat  du  scrutin  est  : 

Président  :  M.  Reinaud. 

Vice-présidents  :  MM.  Caussin  de  Perceval  ,  le  duc 

DE  LuYNES. 

Secrétaire  :  M.  Mohl. 
Secrétaire  adjoint  :  M.  Bazin. 


8  JUILLET  1857. 

Trésorier  :  M.  Lajard. 

Commission  des  fonds  :  MM.  Garcin  de  Tassv, 
Mohl,  Landresse. 

Membres  du  Conseil  :  Dubeix,  Sédillot,  Pavie, 
Pavet  de  Courteille,  l'abbé  Barges,  Defrémery, 
Régnier,  Noël  Desvergers. 

Bibliothécaire  :  M.  Kazîmirski  de  Biberstein. 

Bibliothécaire  adjoint  :  M.  Léon  de  Rosny. 

Censeurs  :  MM.  Bianciii,  Gcigniaut. 


TABLEAU 

DU  CONSEIL  D'ADMINISTRATION 

COHroaMiMtNT    AIX    NOmMATIOM    fAITIS    DAtt»    L'AStEMBLKt    uÉNhlULI 
DO     ih    JUIN    |857. 

PRÉSIDENT. 

M.  Rbinacd. 

I  h.K   l'UKSIDENTS. 

MM.  Caussin  de  Perceval,  le  duc  de  Luynes. 

SECRÉTAIRE. 

M.  Mohl. 

ItÉTAlHE  ADJOINT. 

M.  Bazin. 

TRÉSORIER. 

M.  Lajard. 


TABLEAU  DU  CONSEIL  DADMINISTRATIOiN. 

COMMISSION  DES  FONDS. 

MM.  Garcin  de  Tassy,  Mohl,  Landresse. 


MM.  Dureux. 

SÉD1LLOT. 

Pavie. 

PavetdeCourteille 

L'abbé  Barges. 

Defrémery. 

Régnier. 

Noël  Desvergebs. 

DuLAURIER. 

De  Saulcy. 
Troyer. 
De  Slane. 
Lenormant. 


MEMBRES  DU  CONSEIL. 

MM.  Ampère. 

Grangeret  de  La- 
grange. 
Lanceread. 
De  Longpérier. 
Renan.         *. 
Stanislas  Julien. 
Hase. 
Perron. 
Derenrourg. 
Foucaux. 
Sanguinetti. 


BIBLIOTHECAIRE. 

M.  Kazimirski  de  Birerstein. 

BIBLIOTHÉCAIRE  ADJOINT. 

M.  Léon  de  Rosny. 

CENSEURS 
MM.    BlANCUl,   Gl'HiNIÂUT. 


10  JUILLET  1857. 


RAPPOKT 

SUR 

LES  TRAVAUX  DU  CONSEIL  DE  LA  SOCIÉTÉ  ASIATIQUE, 

PENDANT   L'ANNÉE  1856-1857, 
FAIT  À  LA  SÉANCE  ANNUELLE  DE   I   i      <  >    l  m  i 

le  a£  juin  1857, 
PAR  M.  JULES  MOHL. 


Messieurs , 

La  Société  a  poursuivi  pondant  l'année  dernière 
le  cours  de  ses  travaux  sans  interruption,  quoique 
un  peu  plus  lentement  qu'elle  n'avait  espéré.  Votre 
Journal  a  continué  à  publier  des  mémoires  sur  les 
sujets  orientaux  les  plus  variés.  M.  Pavie  y  a  com- 
mencé à  vous  donner  l'analyse  détaillée  d'un  de  ces 
romans  mythologiques  des  bouddhistes  chinois,  qui 
forment  un  côté  si  singulier  de  la  littérature  chi- 
noise. M.  Bazin  continue  à  vous  communiquer  la 
suite  de  ses  études  sur  les  parties  les  plus  curieuses 
de  l'organisation  de  l'empire  chinois,  dans  lequel, 
au  milieu  de  différences  si  profondes  qui  le  séparent 
du  reste  de  l'humanité,  les  besoins  d'une  grande  so- 
ciété civile  ont  fait  naître  des  établissements  sem- 
blables aux  nôtres,  différents  dans  la  forme,  mais 


RAPPORT  ANNUEL.  11 

identiques  dans  ie  but.  La  grande  difficulté  que  l'on 
rencontre,  quand  on  veut  intéresser  i'Europe  à  la 
Chine,  gît  dans  l'étrangeté des  formes  extérieures  et 
dans  le  son  inaccoutumé  des  noms  d'hommes  et  de 
choses;  mais,  quand  on  pénètre  au-dessous  de  cette 
surface  qui  nous  étonne ,  on  trouve  une  civilisation 
qui  ressemble  bien  plus  à  la  nôtre  que  celle-ci  ne 
ressemble  à  la  civilisation  des  Hindous ,  des  Grecs  et 
des  Sémites,  quoique  nous  soyons  descendants  des 
Hindous ,  que  nous  ayons  emprunté  notre  civilisation 
aux  Grecs,  et  que  nous  ayons  adopté  les  idées  mo- 
rales et  religieuses  des  Sémites.  Il  n'y  a  pas  de  meil- 
leure méthode ,  pour  créer  en  Europe  un  intérêt  pour 
la  Chine,  que  d'exposer  les  côtés  humains,  ou,  pour 
mieux  dire,  européens  de  son  développement  moral 
et  social  :  c'est  ce  que  tente  M.  Bazin ,  en  faisant  passer 
successivement  devant  nos  yeux  l'histoire  des  grands 
établissements  chinois.  Ceux  dont  il  a  traité  cette 
année  dans  votre  Journal  sont  :  les  Ordres  religieux  en 
Chine,  le  Collège  médical  de  Pékin  et  l'Académie  de 
Pékin,  dont  il  doit-  vous  entretenir  dans  cette  séance 
même. 

M.  Sanguinetti  nous  a  donné  la  fin  de  ses  extraits 
de  V Histoire  des  médecins  arabes  par  Ibn  Abi  Osei- 
biali,  qu'il  a  fait  suivre  de  biographies  semblables 
tirées  de  l'ouvrage  d'Assafady.  M.  Cherbonneau  a 
traité  de  l'Histoire  de  la  conquête  de  l'Espagne  par  les 
Arabes,  d'après  Ibn  al-Kouthya,  et  M.  Defrémery 
de  YHistoire  de  la  secte  des  Assassins.  M.  Régnier  a 
continué  son  beau  travail  sur  la  Grammaire  du  Rig- 


13  JUILLET  1857. 

rcda,  et  la  famille  de  M.  Biirnouf  nous  ;i  permis 
d'enrichir  le  Journal  de  quelques  travaux  de  ce  grand 
vivant,  sur  la  Géographie  de  l'île  de  Ceylan,  et  sur  les 
Manuscrits  zends  des  bibliothèques  publiques  de  l'Angle- 
terre. 

M.  de  Uougé  nous  donne  l'interprétation  et  le 
commentaire  détaillé  de  la  grande  stèle  égyptienne 
qui  avait  servi  à  l'Imprimerie  impériale  de  tpécmieii 
de  ses  caractères  hiéroglyphiques  a  l'Exposition  uni- 
verselle. M.  Opperta  commence  la  publication  d'un 
travail  considérable  sur  l'Inscription  de  ISabuchodo- 
nosor  à  Ihrsippa  :  c'est  la  première  fois  que  parait  la 
traduction  complète  et  l'analyse,  accompagnée  de 
preuves,  d'un  monument  assyrien;  enfin,  M.  Chodzko 
nous  a  offert,  sur  le  dialecte  curieux  et  encore  tffftl 
imparfaitement  connu  des  Kurdes,  les  matérânil 
que  ses  voyages  et  des  études  postérieures  lui  oui 
permis  de  rassembler. 

La  Société  a  publié  le  Précis  de  législation  musul- 
mane par  S'nli  filais,  que  M.  le  Ministre  de  la  guerre 
nous  a  demandé.  Nous  espérons  que  les  soins  de 
l'éditeur,  M.  Richebé,  la  surveillance  du  Président 
de  la  Société,  et  la  révision  des  épreuves  par  les 
juges  arabes  des  tribunaux  d'Algérie  auront  assure 
la  pureté  du  texte  et  la  correction  de  l'impression; 
si  plus  tard  on  trouvait  quelques  imperfections ,  noih 
serions  en  mesure  d'y  remédier  dans  les  tirages  sui 
vante.  On  a  employé  dans  cette  édition  les  caractères 
magrebins,  pour  se  conformer  aux  usages  et  aux 


RAPPORT  ANNUEL.  13 

préférences  des  Arabes  d'Alger;  je  ne  sais  s'il  n'est 
pas  à  regret  1er  qu'on  perpétue,  par  leur  emploi  ty- 
pographique, cette  forme  de  lettres  peu  gracieuse, 
qui  tend  à  séparer  les  Arabes  africains  de  la  litté- 
rature du  reste  de  leur  race.  La  différence  entre 
l'écriture  africaine  et  le  neskbi  est  en  apparence  peu 
considérable;  mais,  en  pareille  matière,  même  un 
petit  obstacle  devient  important;  on  peut  s'en  assu- 
rer en  observant  combien  de  difficultés  les  hommes 
des  nations  latines  trouvent  à  s'accoutumer  à  la  lec- 
ture de  livres  imprimés  en  caractères  gothiques, 
malgré  le  peu  de  différence  entre  ces  lettres  et  les 
lettres  latines.  Dans  tous  les  cas,  vous  avez  rendu 
un  véritable  service  à  la  littérature  orientale  et  à 
l'administration  de  l'Algérie,  en  publiant  le  texte 
de  ce  célèbre  traité  de  législation. 

Votre  Collection  d'ouvrages  orientaux  n'a  pas  fait  au- 
tant de  progrès  que  nous  l'aurions  tous  désiré;  mais 
le  quatrième  et  dernier  volume  d'ïbn  Batoutah  est 
sous  presse.  MM.  Defrémery  et  Sanguinetti  ont  livré 
la  copie  entière  du  texte  et  de  la  traduction ,  et  l'im- 
pression sera,  sans  aucun  doute,  terminée  dans 
l'année,  car  il  y  a  aujourd'hui  un  tiers  du  volume 
en  composition. 

Le  premier  volume  de  Masoudi  n'a  pas  encore 
pu  être  achevé,  M.  Derenbourg  ayant,  à  son  grand 
regret,  été  occupé  à  d'autres  travaux;  nous  avons 
tout  espoir  que  cette  publication  importante  pourra 
dorénavant  marcher  plus  rapidement.  Le  Conseil  a 
songé  en  même  temps  à  remplir  la  place  que  l'achè- 


14  JUILLET   1857 

rement  prochain  d'Ibn  Batoutah  laissera  libre  dans 
la  série  de  vos  publications;  il  a  pense  que  la  So- 
ciété ne  pouvait  trouver  un  ouvrage  plus  utile,  dans 
l'état  actuel  de  nos  études,  que  le  Fihrht  d'Ishak  al- 
Nedini ,  ouvrage  du  iv*  siècle  de  l'hégire  et  très-riche 
en  renseignements  sur  les  premiers  siècles  de  U  lit- 
lÉfature  arabe  et  sur  l'histoire  des  Bectes  pendant 
les  premiers  temps  de  l'islam.  Le  petit  nombre 
manuscrits  de  ce  livre  qui  se  trouvent  en  Europe, 
et  leur  médiocre  qualité,  eu  rendent  la  publication 
particulier,  ment  difficile  et  laborieuse;  néanmoins 
votre  Conseil  a  pensé  que  la  profonde  connaissance 
de  la  langue  et  de  l'histoire  littéraire  des  Arabesque 
possède  M.  deSlane  le  mettrait  en  étal  de  vaincre  ces 
obstacles,  et  il  l'a  prié  de  se  charger  de  cette  publiée 
tion.M.deSlaneavait  bien  voulu  accepter  cette  pro 
position,  mais  il  apprit,  bientôt  après,  que  M.  Flûgel 
l  prépare  depuis  longtemp-  une  édition  du  lulirisl 
et  pensai!  I  la  publier;  M.  deSlane  jligei  Wfëë  raison 
qu'il  devait  suspendre  son   travail,   pour  ne  le   n 
prendre  que  dans  le  cas  où  M.  Flûgel  abandonnerait 
son  plan.  Il  est  évident  que  l'intention  de  la  Société 
ne  peut  jamais  être  de  se  mettre  en  concurrence 
avec  les  entreprises  libres  des  savants,  et  que  notre 
but  doit  être  uniquement  de  faciliter  les  publications 
qui  ne  pourraient  pas  paraître  sans  l'aide  d'une  asso- 
ciation. C'est  ainsi  que  nous  avons  renoncé  à  la  pu 
biication  du  texte  de  Mawerdi,  lorsque  nous  avons 
appris  que  M.  Enger  s'en  occupait;  et  c'est  ainsi  en- 
core que  l'impression  de  la  Vie  de  Mohammed  par 


RAPPORT  ANNUEL.  15 

Lbn  Hischam,  qui  devait  entrer  dans  la  Collection 
de  la  Société,  a  été  suspendue,  parce  qu'un  savant 
allemand ,  très-honorablement  connu  par  ses  publi- 
cations d'ouvrages  arabes,  nous  a  fait  part  de  son 
intention  de  publier  le  texte  de  cet  ouvrage.  La 
même  courtoisie  que  nous  exerçons  envers  d'autres 
a  été  exercée  envers  nous-mêmes  par  M.  Lees,  qui, 
non-seulement  a  renoncé  à  une  édition  de  Masoudi, 
qu'il  projetait  quand  il  a  appris  l'intention  de  la  So- 
ciété d'en  publier  une,  mais  qui  nous  a  encore  pro- 
curé le  manuscrit  qui  devait  faire  la  base  de  la  sienne. 
Ainsi,  sur  cinq  ouvrages  dont  la  Société  se  proposait 
la  publication,  il  y  a  eu  quatre  cas  de  concurrence, 
ce  qui  pourrait  étonner,  quand  on  pense  à  tout  ce 
que  la  littérature  orientale  offre  de  travaux,  et  au 
nombre  limité  des  savants  qui  s'en  occupent.  Mais 
on  peut  se  convaincre  aisément  que  c'est  dans  la  na- 
ture des  choses  et  le  résultat  de  la  même  loi  selon 
laquelle  presque  toutes  les  découvertes  se  font  simul- 
tanément par  deux  ou  trois  personnes.  Quand  le 
progrès  naturel  d'une  science  a  rendu  possible  ou 
plus  facile  une  découverte,  ou  quand  il  a  rendu  dé- 
sirable la  possession  de  certains  matériaux,  il  faut 
s'attendre  à  ce  que  le  même  besoin  frappe  divers  es- 
prits. Ainsi,  dans  notre  cas,  des  publications  qui,  il 
y  a  vingt  ans,  auraient  paru  mutiles  ou  impossibles, 
deviennent  nécessaires,  et  il  est  naturel  qu'on  s'en 
occupe  de  plusieurs  côtés  :  ce  n'est  qu'une  preuve  que 
leur  temps  est  venu.  Seulement,  dans  une  science 
comme  la  nôtre, où  les  formes  et  les  moyens  dispo- 


M  JUILLET  1857. 

nibles  100I  toujours  infiniment  au-dessous  du  besoin 
et  de  la  grandeur  du  but  qu'il  faut  atteindre,  cette 
eonvergence  des  travaux  sur  un  même  point  est  une 
chose  regrettable;  nous  avons  trop  à  faire,  et  nous  ne 
pouvons  rien  faire  sans  trop  de  sacrifices,  pour  que 
nous  ne  devions  regretter  toute  déperdition  de  travail 
et  qu'il  ne  soit  de  notre  devoir  de  chercher  de*  moyens 
pour  l'éviter.  La  Société,  par  ses  habitudes  de  pu- 
blicité, a  pu,  dans  les  cas  qui  se  sont  présentés, 
échapper  à  tout  conflit  et  presque  à  toute  perte  de 
temps.  Cet  exemple  serait,  je  crois,  bon  à  suivre 
en  général.  Si  chaque  orientaliste  qui  a  l'intention 
de  publier  un  texte  ou  une  traduction  annonçait 
son  plan  dans  un  des  journaux  des  sociétés  a>i;i 
tiques,  et  s'il  ajoutait  l'énumération  des  matériaux 
qu'il  a  à  sa  disposition,  il  y  trouverait  deux  avan- 
tages :  il  avertirait  ceux  qui  avaient  pensé  au  même 
ouvrage,  et  il  est  probable  qu'il  recevrait  des  indi- 
cations de  matériaux  qui ,  sans  cela ,  peuvent  lui  res- 
ter inconnus. 

Il  serait  bien  entendu  qu'une  pareille  annonce  ne 
créerait  à  personne  un  droit  de  monopole  sur  un  au- 
teur; mais  elle  suffirait  pour  prévenir  les  inconvé- 
nients d'une  concurrence  involontaire,  et,  si  l'on 
voulait  s'en  servir  dans  un  esprit  d'accaparement 
indiscret,  la  publicité  même  de  ces  prétentions  les 
ferait  échouer.  Il  est  peut-être  inutile  do  dire  (m'en 
faisant  cette  proposition  je  n'entends  parler  que 
d'éditions  et  de  traductions ,  et  non  pas  de  travaux 
d'esprit  sur  des  sujets  orientaux;  car,  pour  ceux-ci , 


RAPPORT  ANNUEL.  17 

toute  concurrence  est  bonne,  et  ne  peut  que  servir 
à  éclaircir  une  question  sous  tous  ses  côtés ,  et  la 
science  n'avance  jamais  plus  rapidement  que  par 
l'influence  d'un  conflit  de  ce  genre.  Avec  ces  restric- 
tions, je  ne  doute  pas  que  tous  les  journaux  asia- 
tiques ne  prêtent  avec  plaisir  l'aide  de  leur  publicité 
à  ces  annonces  et  aux  correspondances  auxquelles 
elles  pourront  donner  lieu. 

La  Société  a  fait,  pendant  l'année  dernière,  des 
pertes  très-sensibles  par  la  mort  de  quelques-uns  de 
ses  membres  ;  mais  la  plus  regrettable  de  toutes  est 
celle  de  M.  le  baron  de  Hammer  Purgstall,  mort  le 
2  3  novembre  de  l'année  dernière,  à  l'âge  de  quatre- 
vingt-deux  ans.  C'était  le  doyen  de  la  littérature  orien- 
tale, le  premier  associé  étranger  que  la  Société  ait 
tenu  à  honneur  d'inscrire  sur  sa  liste,  et  le  plus  zélé, 
le  plus  fertile  et  le  plus  célèbre  des  hommes  qui  se 
sont  voués,  de  notre  temps,  à  la  culture  des  lettres 
orientales.  Permettez-moi  de  dire  quelques  mots  sur 
la  carrière  littéraire  d'un  savant  dont  la  mort  a  laissé 
une  aussi  grande  lacune  dans  la  science.  Je  ne  par- 
lerai pas  de  sa  vie ,  je  n'aurais  pas  l'espace  nécessaire, 
même  pour  les  matériaux  fragmentaires  que  je  pos- 
sède, et  elle  va  être  écrite  en  détail,  d'après  ses  pro- 
pres papiers,  par  un  de  ses  amis  à  Vienne.  Il  suffit 
de  dire  que  M.  de  Hammer  était  né  à  Gratz ,  en 
Styrie,  en  17 7/1,  qu'il  entra  de  bonne  heure  dans 
la  carrière  diplomatique,  et  qu'il  passa  sa  jeunesse 
et  une  partie  de  son  âge  mûr  dans  le  Levant,  et  le 


18  JUILLET  1857. 

reste  à  Vienne,  comme  interprète  de  l'empereur,  <i 
plus  tard,  comme  premier  président  de  l'Académie 
de  Vienne,  qui  lui  devait  en  grande  partie  sa  fon- 
dation. C'était  un  homme  généreux,  franc  jusqu'à 
1  imprudence,  hardi,  bouillonnant  d'esprit,  aimable 
jusqu'à  la  coquetterie,  doué  d'une  faculté  de  tra- 
vail rare,  ambitieux  dans  les  grandes  et  les  petites 
choses,  et  d'une  vivacité  inconcevable,  vivacité  qui 
fut  la  source  de  sa  bonne  et  de  sa  mauvaise  for- 
tune, qui  ne  la  jamais  quitte  jusqu'au  moment  de 
sa  mort,  et  l'a  entraîné  dans  des  discussions  inter- 
minables, qui  ont  bien  souvent  troublé  sa  vie  et 
entravé  ses  plans  les  plus  chéris,  mais  qui  n'ont 
certainement  pas  laissé  dans  l'esprit  de  ses  adver- 
saires un  sentiment  durable  d'amertume. 

Il  entra  très-jeune  dans  l'Académie  orientale, 
que  le  gouvernement  autrichien  venait  de  fonder  à 
Vienne,  et  commença  sa  carrière  littéraire  à  vingt 
deux  ans,  par  la  traduction  d'un  poëmc  turc  sur  la 
(in  du  monde.  Après  ce  début ,  il  passa  huit  ans  en 
Orient,  sans  rien  faire  paraître,  mais  livré  à  des 
études  très-sérieuses,  dont  le  premier  fruit  fut  une 
Encyclopédie  des  sciences  des  musulmans,  qu'il  pu- 
blia, en  i8o4  ,  avec  une  certaine  timidité  et  sous  le 
voile  de  l'anonyme.  A  partir  de  ce  moment,  il  suivit 
résolument  la  voie  qu'il  s'était  ouverte ,  et  continua , 
pendant  plus  de  cinquante  ans,  à  instruire  et  à  éton- 
ner l'Europe  savante  par  une  succession  incessante 
d'ouvrages  sur  les  sujets  les  plus  divers,  et  composés 
dans  presque  toutes  les  langues  de  l'Europe.  Tout  ce 


RAPPORT  ANNUEL.  19 

qui  touche  à  l'histoire ,  à  la  littérature  et  à  la  science 
des  peuples  musulmans  était  de  son  domaine;  il  fit 
paraître,  en  1 80 5 ,  en  anglais,  un  ouvrage  sur  les  an- 
ciens, alphabets  orientaux;  en  1 806 ,  un  Mémoire  sur 
l'influence  de  l'islam ,  et  commença,  en  1 809 ,  la  pu- 
blication des  Mines  de  l'Orient,  dont  il  publia  successi- 
vement six  volumes  in-folio.  Ces  premiers  essais  furent 
suivis,  à  de  courts  intervalles,  par  un  ouvrage  en 
deux  volumes  surl'Organisationde  l'empire  turc,  par 
l'Histoire  des  Assassins ,  par  un  Mémoire  sur  les  Tem- 
pliers, par  l'Histoire  de  l'Empire  Ottoman ,  en  dix  vo- 
lumes ,  tirée  en  grande  partie  de  sources  originales 
inconnues  auparavant;  par  la  Galerie  biographique 
des  grands  hommes  de  l'islam ,  en  six  volumes  ;  par  la 
Description  de  l'administration  du  khalifat ,  par  la  tra- 
duction des  voyages  d'Evlia  Effendi ,  par  l'Histoire  de 
la  Horde-d'Or  et  celle  des  Mongols  de  Perse;  enfin  , 
par  l'édition  et  la  traduction  de  l'Histoire  des  Mon- 
gols, par  Wassaf,  ouvrage  de  prédilection  de  M.  de 
Hammer,  qui  était  également  charmé  des  bonnes  et 
des  mauvaises  qualités  de  cet  auteur.  La  mort  l'a  em- 
pêché de  terminer  cette  publication ,  et  ce  serait  un 
acte  de  gracieuse  reconnaissance  de  la  part  de  l'Aca- 
démie de  Vienne  de  continuer  cet  ouvrage,  dont  le 
manuscrit,  si  je  ne  me  trompe  pas,  est  achevé  de- 
puis vingt  ans.  Je  ne  mentionne  pas  un  grand  nombre 
de  travaux  historiques  de  M.  de  Hammer  qui  ont 
paru  dans  les  Mines  de  l'Orient ,  dans  les  Annales  de 
Vienne,  dans  les  Annales  de  Heidelberg,  dans  notre 
Journal  asiatique ,  dans  les  Mémoires  de  l'Académie 


20  JUILLET  1857. 

de  Vienne,  et  dans  d'autres  recueils  académiques  on 
littéraires.  Ces  ouvrages  historiques  paraissaient  m 
devoir  lui  laisser  aucun  temps  pour  d'autres  travaux  . 
mais  ils  ne  formaient  qu'un  coté  de  son  activité  lit 
téraire,  et  ses  publications  sur  les  lettres  orientales. 
et  surtout  sur  la  poésie  ,  sont  tout  aussi  nombrci 
et  presque  aussi  volumineuses  que  ses  ouvrages  lus 
toriques.  Il  a  publié  des  traductions  en  vers  de  Hafiz, 
de  Motenebbi,  de  Baki,  du  Gulschcnraz  et  d'Ibn  al 
Faridh;  l'Histoire  de  la  poésie  persane,  celle  de  la 
poésie  turque,  en  quatre  volumes;  enfin,  cet  ouvrage 
monumental  sur  l'Histoire  de  la  littérature  arabe. 
dont  il  a  paru  sept  volumes  in-4°,  et  que  la  mort  de 
l'auteur  a  interrompu.  Pour  ne  pas  trop  allonger 
cette  liste  de  titres,  j'omets  nombre  de  travaux  sur 
les  sujets  les  plus  divers,  qui,  par  eux-mêmes,  eus 
sent  suffi  à  l'activité  et  à  la  renommée  d'un  homme 
de  lettres,  et  je  ne  dirai  quelques  mots  que  de  l'His- 
toire de  la  littérature  arabe,  parce  que  c'est  un  livre 
entrepris  et  continué  dans  des  circonstances  sans 
exemple  dans  l'histoire   littéraire.  M.  de  Hammer 
avait  toujours  eu  le  dessein  de  terminer  sa  carrière 
par  une  nouvelle  édition  de  l'ouvrage  par  lequel  il 
l'avait  commencée  réellement  :  l'Encyclopédie  des 
sciences  des  musulmans.  Mais  il  voulait  la  faire  pré 
céder  d'une  histoire  des  lettres  arabes,  pour  débar- 
rasser son  sujet  de  tous  les  détails  biographiques  et 
bibliographiques  qui  auraient  interrompu  sans  cesse 
l'exposé  des  faits  scientifiques.  Il  se  détermina,  à  l'âge 
de  soixante  et  seize  ans,  à  commencer  une  Histoire 


RAPPORT  ANNUEL.  21 

littéraire  des  Arabes,  qui  devait  comprendre  douze 
volumes  in-k0,  et  contenir  la  biographie  des  auteurs 
arabes ,  les  titres  de  leurs  ouvrages  et  l'indication  de  ce 
qu'ils  contiennent,  d'après  les  manuscrits  eux-mêmes, 
ou,  à  leur  défaut,  d'après  les  ouvrages  biographiques, 
bibliographiques  et  encyclopédiques  des  Arabes;  en- 
fin, une  traduction  en  vers  allemands  de  spécimens 
de  tous  les  poètes  mentionnés  dans  l'ouvrage.  Cet 
immense  livre ,  qui  pouvait  effrayer  l'homme  le  plus 
jeune  et  le  plus  ardent,  ne  devait  donc  former  que 
l'introduction  et  les  préliminaires  de  l'encyclopédie 
des  sciences  des  musulmans.  Je  ne  sais  si  l'auteur 
avait  lui-même  l'espoir  sérieux  d'aller  jusqu'au  bout 
de  cette  entreprise,  mais  il  se  croyait  sûr  d'achever 
l'histoire  littéraire,  et  quand  on  voyait  la  régularité 
avec  laquelle  il  publiait,  année  par  année,  un  de  ces 
gros  et  laborieux  volumes ,  on  était  entraîné  à  par- 
tager sa  confiance  dans  sa  force  et  sa  vie.  Il  était  na- 
turel qu'on  crût  qu'il  se  faisait  aider  par  des  secré- 
taires ,  qui  auraient  préparé  le  travail  et  fourni  des 
notes;  mais  j'ai  eu  le  plaisir  de  passer,  en  i852, 
quelques  semaines  chez  lui ,  en  Styrie ,  et  j'ai  vu  avec 
admiration  qu'il  faisait  son  travail  tout  seul ,  n'ayant 
auprès  de  lui  aucun  homme  de  lettres,  et  que  toute 
l'aide  qu'il  réclamait  consistait  dans  le  service  d'un 
valet  de  chambre ,  à  qui  il  dictait  quand ,  vers  sept 
heures  du  matin ,  sa  main  était  fatiguée  de  tenir  la 
plume. 

Une  production  si  rapide  et  si  incessante  avait  né- 
cessairement ses  inconvénients;  elle  ne  laissait  pas 


22  JUILLET  1857. 

toujours  à  M.  de  Ilammer  le  temps  de  tout  vérifia 
et  de  tout  revoir,  ni  d'effacer  les  inexactitudes  qu'un 
premier  jet  amène  toujours  avec  lui.  On  a  usé  et 
abusé  contre  lui  du  droit  de  critiquer  ce  moque  de 
soins,  et,  dans  les  nombreuses  attaques  littéraires 
auxquelles  il  s'est  trouvé  exposé,  on  lui  a  reproché 
ces  inexactitudes  plus  qu'elles  ne  le  méritaient;  car  il 
n'avait  pas  toujours  tort,  et  je  le  trouve  plus  généra- 
lement exact  qu'on  n'a  l'habitude  de  le  dire.  Ses  ou- 
vrages avaient  d'autres  défauts;  il  avait  fait  une  partie 
de  son  éducation  en  Orient,  et  avait  pris  goût  au 
style  coloré  des  auteurs  musulmans,  même  de  ceux 
de  la  décadence,  et  il  aimait  a  reproduire  leurs  com- 
paraisons, leurs  jeux  de  mots  et  de  nombres,  leurs 
allitérations  et  tous  leurs  artifices  de  langage,  plus 
que  ne  le  comportent  les  habitudes  européennes.  Ce 
défaut  n'était  pas  sans  compensation,  car  un  pareil 
tour  d'esprit  lui  facilitait  l'intelligence  de  ces  mêmes 
raffinements  chez  les  auteurs  orientaux,  et  ce  n'est 
pas  un  petit  avantage  pour  le  traducteur  de  tant  de 
poètes  musulmans  et  de  prosateurs  comme  Wassaf. 
Mais  cette  habitude  de  penser  comme  les  Orientaux 
a  exercé  sur  l'esprit  de  M.  de  Hammer  une  influence 
qui  va  plus  loin  que  le  style ,  et  a  produit  chez  lui  des 
défauts  de  méthode  tels  qu'on  en  trouve  souvent 
chez  les  auteurs  musulmans.  Quiconque  s'est  servi , 
par  exemple ,  de  son  Histoire  de  la  poésie  persane 
ou  de  son  Histoire  de  la  littérature  arabe,  saura  ce 
que  je  veux  dire,  sans  que  j'aie  besoin  d'entrer  dans 
plus  de  détail 


RAPPORT  ANNUEL.  23 

Mais  ce  n'est  pas  par  ses  côtés  faibles  que  nous 
devons  juger  un  homme  dont  le  savoir  immense  et 
l'originalité  d'esprit  auraient  fait  pardonner  des  dé- 
fauts plus  grands.  Au  temps  de  sa  jeunesse,  l'étude 
des  lettres  orientales  dans  toute  l'Europe  n'était  en- 
core qu'un  auxiliaire  de  la  théologie ,  et  l'on  n'y  atta- 
chait d'autre  importance  que  celle  qui  dépendait  de 
l'usage  qu'on  pouvait  en  faire  pour  l'interprétation 
de  la  Bible.  M.  de  Hammer  fut  le  premier  à  faire, 
en  Allemagne ,  ce  que  Sir  W.  Jones  avait  fait ,  avant 
lui ,  en  Angleterre ,  c'est-à-dire ,  à  traiter  les  littéra- 
tures orientales  comme  un  objet  d'étude  pour  elles- 
mêmes  ,  comme  ayant  leur  valeur  à  elles,  et  tout  à  fait 
indépendante  de  toute  application  à  la  théologie.  Il 
n'a  jamais  dévié  de  cette  route,  et,  par  un  travail 
incessant,  il  a  répandu  par  ses  ouvrages  plus  de  faits 
sur  l'histoire  et  les  idées  des  trois  principaux  peuples 
musulmans  que  personne  avant  lui.  Il  n'y  a  pas  une 
partie  de  l'histoire  morale  ou  politique  des  Arabes, 
des  Persans  ou  des  Turcs  dont  on  puisse  s'occuper 
aujourd'hui  sans  avoir  recours  à  ses  ouvrages  ;  on  peut 
avoir  besoin  de  vérifier  l'exactitude  de  ses  traduc- 
tions, on  peut  critiquer  sa  méthode,  on  peut  trou- 
ver trop  orientale  la  forme  de  ses  livres;  mais  per- 
sonne ne  peut  se  dispenser  de  s'en  servir. 

Les  autres  sociétés  qui  s'occupent  de  l'Orient  ont 
eu  envers  nous,  pendant  l'année  dernière,  les  bons 
procédés  auxquels  elles  nous  ont  habitués,  et  nous 
ont  communiqué  les  travaux  qu'elles  font  paraître. 


34  JUILLET   1857. 

La  Société  asiatique  de  Londres,  la  Société  oriental» 
allemande,  les  Sociétés  géographiques  de  Paris  M 
de  Londres,  la  Société  orientale  américaine,  la  So- 
ciété des  sciences  de  Batavia ,  nous  ont  envoyé  la 
continuation  de  leurs  publications.  La  Société  de 
Calcutta  a  achevé  le  volume  XXIV  de  son  Journal , 
a  public  un  index  des  vingt  premier!  volumes,  ri 
nous  a  envoyé  quelques  cahiers,  récemment  publiés, 
de  sa  Bibliotheca  indica.  Malheureusement  cette 
belle  collection  va  subir  un  temps  d'arrêt.  La  So- 
ciété, dans  son  excès  de  zèle,  avait  dépassé  le  crédit 
alloué  pour  cette  publication,  ce  qui  a  fourni  au 
gouvernement  l'occasion  de  s'occuper  de  la  manière 
dont  elle  a  été  conduite  jusqu'ici.  La  Compagnie  des 
Indes  a  trouvé  que  l'on  avait  donné  une  place  trop 
grande  aux  ouvrages  arabes,  qu'elle  juge  d'un  in- 
t  médiocre  pour  l'Inde,  et  elle  exprime  le  défit 
que,  lorsque  l'état  des  fonds  permettra  la  repris 
des  impressions,  on  ne  les  emploie  plus  que  pour 
entreprendre  des  publications  en  sanscrit.  Cette  èé 
eision  paraîtra  regrettable  à  beaucoup  de  personnes; 
car,  si  importante  que  soit  la  littérature  sanscrite, 
tant  pour  les  écoles  indiennes  que  pour  la  science 
européenne,  et  si  nécessaire  qu'il  soit  qu'on  la  rende 
accessible  à  l'aide  de  l'imprimerie,  il  n'en  est  pas 
moins  évident  que  les  ouvrages  arabes  sont  la  véri- 
table source  du  savoir  pour  toute  la  population  mu- 
sulmane de  l'Inde,  et  qu'il  faut  pourvoir  ses  écoles 
de  livres  arabes,  si  l'on  veut  maintenir  une  éducation 
littéraire  chez  elle,  si  l'on  vput  avoir  des  juges  mu- 


RAPPORT  ANNUEL.  25 

sulmans  instruits,  et  surtout  si  l'on  veut  améliorer 
les  méthodes  d'enseignement  et  donner  ainsi  à  la 
jeunesse  les  moyens  de  dépasser  les  connaissances 
traditionnelles  de  ses  pères.  Aussi  longtemps  que 
les  écoles  d'un  peuple  sont  réduites  à  l'usage  des 
manuscrits,  on  peut  être  sûr  qu'elles  consumeront 
les  meilleures  années  de  la  vie  des  étudiants  à  leur 
faire  apprendre  laborieusement  les  rudiments  des 
sciences,  et  qu'elles  les  tiendront  assez  longtemps 
sur  leurs  bancs  pour  que  toute  idée  de  sortir  de  l'or- 
nière se  soit  évanouie  -,  mais  quand  l'usage  des  livres 
imprimés,  plus  corrects,  plus  faciles  à  trouver,  et  in- 
finiment meilleur  marché  que  les  manuscrits ,  permet 
aux  élèves  de  faire  des  progrès,  même  indépendam- 
ment du  maître  et  de  ses  leçons  orales,  il  leur  reste 
du  temps  et  de  l'ardeur  pour  aller  au  delà  de  la  rou- 
tine et  de  cet  enseignement  banal  qui  ne  produit 
aujourd'hui,  dans  toutes  les  écoles  de  l'Orient,  que 
du  pédantisme  grammatical  et  scolastique,  et  des 
puérilités  de  versification.  Si  les  gouvernements  eu- 
ropéens veulent  accélérer  la  marche  de  l'instruction 
chez  leurs  sujets  musulmans,  il  faut  rendre  le  savoir 
arabe  plus  facile  à  acquérir,  et  ensuite  greffer  sur 
ce  tronc  indigène  les  sciences  européennes.  Il  est 
impossible  d'ôter  aux  nations  musulmanes  leur  res- 
pect ,  presque  superstitieux ,  pour  la  littérature  arabe, 
et  ce  n'est  pas  en  la  négligeant  officiellement  qu'on 
la  leur  fera  oublier.  C'est  un  obstacle  immense  qui 
s'oppose  à  leurs  progrès  ;  mais  il  faut  l'aborder  de  front, 
et  c'est  en  la  faisant  connaître  plus  facilement  qu'on 


M  JUILLET  1857. 

pourra  en  démontrer  l'insuilisance.  Si  doue  les  fonds 
que  la  Compagnie  des  Indes  alloue  aujourd'hui  pour 
l'impression  d'ouvrages  orientaux  ne  suffisent  pas 
pour  y  comprendre  des  ouvrages  arabes,  elle  devrait 
augmenter  la  somme;  et  comme  c'est  un  gouverne- 
ment très-libéral,  il  le  fera  aussitôt  que  cette  con- 
viction aura  pénétré  dans  les  esprits.  Déjà  aujour- 
d'hui elle  a  assigné  des  fonds  pour  l'impression  de  la 
Collection  d'historiens  persans  de  l'Inde,  dont  M.  El- 
liot  avait  «fait  le  plan,  et  M.  Bayley  est  chargé  de 
commencer  par  une  édition  du  Tabakati  Nasri. 

Je  devrais  maintenant  vous  soumettre  la  liste  des- 
criptive des  différents  ouvrages  orientaux  qui  ont 
paru  depuis  notre  dernière  séance,  mais  l'état  de 
ma  santé  ne  m'a  pas  permis  de  consacrer  à  cette 
tàehe  le  temps  qu'elle  exige ,  même  pour  être  rem- 
plie de  la  manière  incomplète  que  votre  indulgence 
a  bien  voulu  tolérer  jusqu'à  présent.  Je  le  regrette 
très-sincèrement ,  car  il  a  paru  un  nombre  d'ouvrages 
importants,  sur  lesquels  j'aurais  été  heureux  d'at- 
tirer votre  attention.  J'espère  y  revenir  l'année  pro- 
chaine; pour  aujourd'hui,  permettez-moi  de  ter- 
miner par  quelques  réflexions  sur  l'état,  les  besoins 
et  le  rôle  de  la  littérature  orientale,  que  la  vue  de 
tant  d'ouvrages,  tirés  de  tant  de  langues,  et  produits 
dans  une  seule  année,  a  fait  naître. 

La  littérature  orientale  a  conquis  aujourd'hui 
toute  l'indépendance  dont  elle  a  besoin;  elle  a  pris 
possession  dans  toute  son  étendue  du  champ  que 


RAPPORT  ANNUEL.  27 

la  nature  des  choses  lui  assigne;  et,  quoiqu'elle  soit 
très-loin  d'avoir  atteint  tout  son  développement  inté- 
rieur, et  qu'elle  n'ait  encore  dit  son  dernier  mot  sur 
aucun  sujet,  elle  est  devenue  l'auxiliaire  nécessaire 
de  toutes  les  sciences  historiques  dans  le  sens  le  plus 
étendu  du  mot.  Je  n'ai  pas  besoin  de  parler  de  son 
influence  sur  la  théologie ,  qu'elle  touche  et  enserre 
de  tous  côtés.  Toute  religion  vient  de  l'Orient,  et  la 
théologie  dépend  des  études  orientales  par  deux  de 
ses  côtés  les  plus  importants ,  par  l'interprétation  de 
la  Bible  et  par  l'histoire  des  idées  religieuses ,  histoire 
qui  ne  peut  naître  que  des  études  orientales  et  qui, 
aujourd'hui  même,  ne  fait  que  poindre  et  commen- 
cer. L'étude  de  l'antiquité  doit  à  la  littérature  orien- 
tale une  réforme  très-considérable;  elle  a  compris 
la  vérité  du  sentiment  de  Platon,  que  les  Grecs  étaient 
des  enfants;  elle  a  dû  chercher  en  Orient  l'origine 
des  symboles,  des  idées,  des  langues  et  des  sciences 
des  anciens;  elle  a  reçu  de  la  grammaire  sanscrite 
l'explication  des  formes  des  langues  classiques  et  les 
raisons  de  leurs  règles,  et  la  philologie  classique  a 
appris  que  les  lois  qu'elle  supposait  être  celles  du 
langage  humain  n'étaient  point  universelles,  et  sa 
vaine  grammaire  générale  a  été  remplacée  par  la 
grammaire  comparée.  L'histoire  universelle  ne  com- 
mence à  mériter  ce  nom  que  depuis  que  la  littérature 
orientale  a  élargi  sa  base ,  en  lui  fournissant  les  moyens 
de  comprendre  dans  son  cadre  tous  les  peuples  qui 
ont  exercé  de  l'influence  sur  les  destinées  de  l'hu- 
manité et  chez  lesquels  s'est  développée  une  civili- 


28  JUILLET  1857. 

nation  quelconque;  son  point  de  vue  s'est  agrandi; 
son  jugement  est  devenu  plus  sur  par  le  nombre  et 
le  contraste  des  faits  dont  elle  peut  tenir  compte,  et 
elle  tend  de  plus  en  plus  à  devenir  l'histoire  de  l'hu- 
manité plutôt  que  celle  de  quelques  conqiu  raotl  1 4 
de  leurs  batailles.  Tous  les  jours,  l'étude  des  laits  de 
civilisation  et  celle  des  institutions,  du  caractère  et 
du  développement  des  races  occupent  une  place  plus 
ji  inde  dans  l'histoire,  et  les  peuples  qui  n'ont  pas 
influé  directement  sur  le  sort  de  l'Europe  repren 
dront  leur  place  légitime  dans  l'histoire. Ou  lei  ;»N.<ii 
H  lus  parce  qu'on  ne  les  connaissait  pas,  parce 
qu'ils  ne  nous  ressemblent  pas,  et  qu'ils  s'étaient 
formés  en  dehors  de  notre  influence;  niais  on  sera 
obligé  de  les  étudier  avec  d'autant  plus  d'intrn  t 
que  leur  organisation  sociale  ressemble  moins  à  la 
notre.  Il  y  a  longtemps  (pie  la  poésie  orientale  il 
tire  l'attention  de  l'Europe;  l'Ancien  Testament  lui 
lit  donné  droit  de  cité  chez  nous  et  n'a\ait  pas 
permis  de  la  négliger.  Il  en  sera  de  même  de  tontes 
les  branches  de  l'activité  de  l'esprit.  Qui  pourrai!, 
aujourd'hui,  écrire  une  histoire  du  droit  et  faire 
abstraction  de  la  législation  indienne,  chinoise  <  l 
arabe?  Qui  pourrait  s'occuper  des  municipes  ro- 
mains ou  du  moyen  âge  et  ne  pas  étudier  ceux  <lr 
l'Inde?  Qui  \oudrait  traiter  de  l'histoire  de  l'ait 
grec  et  refuser  de  s'éclairer  par  ce  que  les  Babylo- 
niens, les  Égyptiens  et  les  Assyriens  ont  fait  avant 
les  Grecs?  Qui  pourrait  entreprendre  l'histoire  des 
mathématiques  sans  connaître  les  progrès  que  les 


RAPPORT  ANNUEL.  39 

Chinois,  les  Indiens  et  les  Arabes  ont  faits  dans  les 
sciences? 

L'industrie  elle-même  commence  à  nous  inter- 
roger sur  les  procédés  des  Orientaux  et  à  en  faire 
son  profit;  et  l'économie  politique,  quand  elle  se 
sera  mise  d'accord  sur  les  faits  qui  se  passent  sous 
ses  yeux,  ne  tardera  pas  à  nous  demander  compte 
des  expériences  que  les  peuples  de  l'Asie  ont  faites 
en  matière  d'économie  publique.  Malheureusement, 
nous  ne  sommes  pas  encore  en  état  de  répondre  à 
toutes  les  questions  qu'on  nous  adresse.  Nous  sommes 
tous  occupés  à  nous  débattre  au  milieu  d'une  masse 
de  matériaux  difficiles  à  réunir,  incomplets,  exigeant 
un  examen  critique  et  de  longues  études,  et  très- 
coûteux  à  publier.  Nous  ne  sommes  pas  nombreux, 
et  les  recherches  que  nous  avons  devant  nous  sont 
infinies;  les  gouvernements  et  le  public  font  partout 
quelque  chose  pour  la  littérature  orientale,  mais 
nulle  part  assez.  Autrefois ,  le  public  l'encourageait 
davantage;  il  y  a  cinquante  ans,  il  a  fallu  cinq  édi- 
tions et  deux  traductions  des  Recherches  de  la  So- 
ciété asiatique  du  Bengale,  pour  satisfaire  la  curiosité 
des  lecteurs  européens;  aujourd'hui  il  n'y  a  rien  de 
pareil  à  cet  empressement.  On  dirait  que  le  nombre 
des  hommes  assez  instruits  et  assez  civilisés  pour 
prendre  goût  a  des  études  qui  ne  portent  fruit  que 
pour  l'esprit  a  diminué.  C'est  possible;  mais  il  est 
possible  aussi  que  la  phase  dans  laquelle  se  trouvent 
les  études  asiatiques  ait  découragé  les  lecteurs  non 
savants  ;  ils  demandent  des  résultats  et  des  assertions  ; 


30  JUILLET   1857. 

nous  leur  donnons  des  matériaux  et  de  la  critique, 
et  nous  ne  pouvons  encore  faire  autrement.  Il  est  na- 
turel aussi  que  l'extension  même  de  nos  études  ait 
découragé  ceux  qui  ne  peuvent  leur  donner  tout  leur 
temps  et  les  ait  fait  désespérer  de  se  reconnaître  dans 
ces  travaux  multiples  et  préliminaires,  et  de  s'y  in- 
téresser. Mais,  quelle  que  soit  la  cause,  il  est  certain 
qu'aujourd'hui  le  progrès  des  lettres  orientales  nes'ac- 
complit  qu'à  force  de  sacrifices,  ce  qui,  nécessaire- 
ment, restreint  le  nombre  des  travailleurs  et  ralentit 
la  marche  de  la  science. 

On  pourrait  nous  répondre  par  le  nombre  et  l'im- 
portance des  travaux  qui  s'achèvent,  malgré  toutes 
ces  difficultés;  on  pourrait  dire  que  la  science  i 
besoin  de  temps  pour  se  former,  et  qu'il  serait  inutil»1 
de  vouloir  en  hâter  la  marche  plus  que  ne  paraît  le 
réclamer  le  besoin  des  esprits.  Mais  il  existe  une  grave 
et  puissante  raison  pour  qu'on  agisse  et  qu'on  ne  se 
fie  pas  à  ces  progrès  lents  dont  se  contenterait  l'in- 
différence littéraire  du  public;  car  je  n'ai  parlé  jus- 
qu'ici que  du  côté  purement  scientifique  de  la  ques- 
tion, pendant  qu'elle  en  a  un  autre  très-pratique  et 
très-pressant,  et  dont  l'importance  s'accroît  de  jour 
en  jour.  Il  n'y  a  personne  qui  ne  sache  que  les  gou- 
vernements orientaux  s'affaissent  sous  le  contact  des 
Européens,  et  que  ni  l'imitation  de  nos  procédés, 
qu'ont  essayée  quelques-uns  d'entre  eux,  ni  la  ferme- 
ture de  leurs  frontières,  que  d'autres  ont  pratiquée, 
ne  les  préservent.  Les  nations  occidentales  sont  deve- 
nues si  puissantes  par  l'exercice  des  libertés  publiques 


RAPPORT  ANNUEL.  31 

et  par  les  richesses  que  le  progrès  des  sciences  natu- 
relles et  mathématiques  a  créées,  que  les  plus  grands 
empires  d'Orient  sont  hors  d'état  de  leur  résister.  La 
Turquie  doit  son  existence  à  la  volonté  de  l'Europe; 
la  Perse  vient  de  succomber  à  une  très-petite  guerre; 
l'Inde  est  entièrement  dominée  ;  la  Chine  compren- 
dra bientôt  son  impuissance,  et  le  Japon  même  se 
voit  entraîné  à  des  concessions  et  à  un  contact  qui 
mettent  en  danger  son  indépendance.  Il  est  certain 
que ,  dans  un  temps  donné ,  toute  l'Asie  et  tout  le  nord 
de  l'Afrique  seront  gouvernés  directement  ou  indirec- 
tement par  des  Européens.  Un  pareil  pouvoir  impose 
une  grande  responsabilité  et  de  grands  devoirs.  Pour 
bien  conseiller  ou  pour  bien  gouverner,  il  faut  bien 
connaître  ;  il  ne  suffît  pas  des  meilleures  intentions 
pour  qu'un  maître  étranger  puisse  être  juste;  il  ne 
suffit  pas  des  théories  les  plus  éclairées  pour  qu'un 
gouvernement  de  conquête  puisse  se  rendre  tolérable  ; 
il  faut  respecter  le  pays  qu'on  veut  dominer;  et, 
pour  cela,  il  faut  connaître  sa  langue,  ses  croyances, 
son  passé ,  ses  idées  et  ses  lois.  L'expérience  a  été  faite 
souvent  et  en  grand,  et  le  résultat  a  toujours  prouvé 
surabondamment  que  la  réussite  dépend  des  con- 
naissances du  vainqueur  autant  que  de  ses  intentions. 
Je  vais  citer  un  seul  exemple.  Vers  la  fin  du  dernier 
siècle,  quelque  temps  après  la  conquête  du  Bengale 
par  la  Compagnie  des  Indes,  on  envoya  lord  Corn- 
wallis  comme  gouverneur  général.  Il  avait  à  régler 
la  question  immense  de  la  propriété  territoriale  dans 
un  pays  de  trente  millions  d'hommes,  où  cette  pro- 


32  JUILLET  1857. 

priété  était  tombée  dans  on  grand  désordn-,  ptr 
suite  de  la  mauvaise  administration  des  Mogols  et 
de  la  variété  des  systèmes  et  des  expédients  que 
l'administration  anglaise  avait  appliqués.  Cotait  un 
homme  d'une  rectitude  parfaite ,  qui  se  mit  à  l'œuvre 
avec  la  ferme  intention  de  garantir  tous  les  droits 
et  de  respecter  tous  les  intérêts  des  indigènes.  J'ai 
entre  les  mains  une  des  preuves  de  la  peine  qu'il  se 
donna  pour  découvrir  l'état  légal  des  propriétaires 
et  cultivateurs  :  c'est  un  volume  in-folio  rempli  d'ei 
traits  faits  pour  lui,  et  devant  contenir  tous  les  pas- 
sages des  historiens  et  des  jurisconsultes  du  pays 
qui  avaient  trait  à  cette  question.  Lord  Cornu  al  lis 
devait  se  croire  bien  informé;  mais,  par  malheur, 
on  n'avait  consulté  que  des  auteurs  musulmans,  et 
l'on  ne  se  rendait  pas  bien  compte  de  la  contradiction 
qui  existe  entre  le  droit  hindou  et  le  droit  musul- 
man, dont  l'application  n'avait  jamais  «te  Mans  l'Inde 
qu'une  fiction  légale  ou  une  usurpation.  Le  résultai 
fut  que  lord  Cornwallis,  se  croyant  bien  dans  son 
droit,  et  séduit  par  ses  idées  anglaises,  reconnut 
d'un  trait  de  plume  comme  propriétaires  les  rece- 
veurs du  gouvernement  déchu  des  Mogols ,  convertit 
des  millions  de  propriétaires  en  fermiers  de  ce  qui 
avait  été  leur  patrimoine ,  et  détruisit  la  belle  orga- 
nisation municipale  des  Hindous  dans  toute  la  pré- 
sidence du  Bengale.  Comparez  aux  maux  irréparables 
produits  alors  par  l'ignorance  des  hommes  d'état  de 
l'Inde  ce  que  cinquante  ans  plus  tard ,  dans  des  cir- 
constances toutes  semblables,  une  nouvelle  école 


RAPPORT  ANNUEL.  33 

administrative  a  pu  faire  dans  les  provinces  de  la 
haute  Inde  et  du  Pendjab.  Eclairée  par  l'étude  des 
lois  indiennes,  de  l'histoire  et  des  institutions  an- 
ciennes du  pays,  elle  est  parvenue  à  rétablir  dans 
ces  provinces  les  droits  des  propriétaires  qui  avaient 
souffert  sous  les  Mogols ,  à  rendre  la  vie  aux  muni- 
cipalités, à  assurer  la  sécurité  par  la  police  locale, 
et  à  faire  renaître  la  prospérité  de  pays  ruinés  par 
les  guerres  et  les  conquêtes.  Cette  administration 
ne  peut  pas  être  plus  honnête,  ni  remplie  de  meil- 
leures intentions  que  n'était  celle  de  lord  Cornwallis; 
mais  elle  avait  pu  profiter  des  travaux  de  sir  W.  Jones, 
de  Colebrooke,  de  Macnaghten,  de  Wilks,  de  Mal- 
colm,  d'Elphinstone,  de  Tod,  de  Prinsep,  de  Wil- 
son,  de  Briggs,  d'Elliot,  et  de  tant  d'autres  savants. 
Il  serait  facile  de  tirer  de  l'histoire  des  conquêtes 
des  exemples  des  maux  sans  nombre  que  l'ignorance 
des  maîtres  a  accumulés  sur  les  sujets  et  sur  eux- 
mêmes,  s'il  était  nécessaire  de  prouver  que,  pour 
bien  gouverner  un  pays,  il  faut  l'avoir  bien  étudié. 
Mais  si  l'Europe  étend  son  influence  ou  sa  domi- 
nation sur  l'Orient,  elle  se  charge  d'autres  devoirs 
encore  que  de  bien  gouverner.  L'Orient  périt  au- 
jourd'hui faute  de  science;  il  en  a  eu  autrefois:  une 
science  imparfaite,  mais  réelle;  elle  a  succombé  sous 
le  despotisme  et  le  fanatisme ,  et  il  s'agit  pour  l'Eu- 
rope de  réveiller  cette  ancienne  culture,  pour  que  sa 
domination  trouve  une  excuse  et  ne  soit  pas  sim- 
plement un  abus  de  pouvoir  et  un  crime  de  lèse- 
humanité,  comme  l'a  été  la  conquête  de  rAmérique. 
x.  3 


34  JUILLET  18 

L'Angleterre  a  essayé  de  donner  de  l'éducation  à 
riiidt'.niaissans  beaucoup  de  fruit  jusqu'ici;  la  France 
commence  à  l'essayer  en  Algérie.  C'est  une  tâche  des 
plus  grandes  et  des  plus  difficiles,  et  qui  ne  peut 
être  entreprise  qu'avec  une  connaissance  parl'.iilr 
de  ce  que  l'Orient  a  autrefois  possédé  de  science, 
pour  qu'on  puisse  lui  rendre  de  la  vie  et  s'y  appuyer 
afin  d'y  introduite  les  sciences  de  l'Europe.  Il  faut 
commencer  par  l'étude  approfondie  du  passé  du 
pays;  ce  n'est  que  par  elle  qu'on  peut  apprendre 
à  en  respertrr  les  mœurs,  à  conserver  ce  qui  est 
hou,  à  ménager  les  préjugés,  et  à  faire  accepter  ce 
qu'on  apporte  de  nouveau  et  de  meilleur. 

Il  faut  que  l'Europe  se  prépare  à  cela;  car,  si  elle 
tarde,  le  moment  viendra  où  la  force  brutale  ré- 
glera tout,  détruira  ce  qui  reste  de  bon  dans  les 
institutions  des  pays,  et  fera,  par  ignorance  et  sans 
le  savoir,  un  mal  irrémédiable.  Je  doute  que  les 
gouvernements  européens  se  préoccupent  beaucoup 
des  exigences  d'un  avenir  pourtant  si  prochain;  je 
doute  même  qu'il  y  ait  une  opinion  publique  assez 
éclairée  pour  exercer  son  influence;  mais  vous,  au 
moins,  aurez  la  consolation  de  sentir  que  vous  rem- 
plissez un  devoir,  non-seulement  envers  la  science, 
mais  envers  l'humanité,  en  poursuivant  vos  travaux 
ardus  et  trop  souvent  ingrats. 


LISTE   DES   MEMBRES.  35 


SOCIÉTÉ  ASIATIQUE. 

LISTE  DES  MEMBRES  SOUSCRIPTEURS, 

PAR  ORDRE  ALPHABÉTIQUE. 

L'Académie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres. 

MM.  Abbadie  (Antoine  d'),  correspondant  de  l'Ins- 
titut. 

Abd-el-Kader  (S.  A.  l'émir),  à  Damas. 

Aivazovski  (L.  P.  Gabriel),  directeur  de  l'Ins- 
titution orientale  polyglotte ,  à  Paris. 

Alcober  (Vincent),  employé  au  Ministère  de 
l'intérieur,  à  Madrid. 

Alekan  (Alphonse),  à  Tunis. 

Ampère,  membre  de  l'Institut,  professeur  de 
littérature  française  au  Collège  de  France. 

Amyot,  avocat  à  la  cour  impériale. 

Acer  (Alois),  directeur  de  l'Imprimerie  impé- 
riale et  royale ,  à  Vienne. 

Aumer  (Joseph),  Ph.  D. 

Ayrton,  secrétaire  du  Divan,  au  Caire. 

Bibliothèque  ambrosienne,  à  Milan. 
Bibliothèque  de  l'Université,  à  Erlangen. 

3. 


30  JUILLET  1857. 

MM.  Badiche  (L'abbé),  trésorier  de  la  métropole. 

Baïssac  (Jules),  interprète  au  ministère  de  la 
guerre,  à  Paris. 

Barbier  de  Meynard,  attaché  au  Ministère  dei 
affaires  étrangères. 

Bardelli  ,  professeur,  à  l'Université  de  Pise. 

Barges  (L'abbé),  professeur  d'hébreu  à  la  fa- 
culté de  théologie  de  Paris. 

Barthélémy  Saint-Hilaire,  membre  de  l'Ins- 
titut. 

Bazin  (Antoine), professeur  de  chinois  moderne 
à  l'Ecole  spéciale  des  langues  orientales  vi- 
vantes. 

Beauté"  fils,  à  Alexandrie. 

Beaovois  (Eugène),  élève  de  l'Ecole  des  lan- 
gues orientales. 

Belin,  secrétaire  interprète  de  l'ambassade  de 
France  à  Constantinoplc. 

Benzon  (L'abbé),  professeur  d'hébreu,  à  Nice. 

Berezine,  professeur  de  langues  orientales,  à 
Casan. 

Bergstedt,  agrégé,  à  Upsal. 

Bertrand  (L'abbé),  chanoine  de  la  cathédrale 
de  Versailles. 

Bi an(. m  (X.),  ancien  secrétaire  interprète  pour 
les  langues  orientales. 

Bland,  membre  de  la  Société  royale  asiatique 
de  Londres. 

Bodin  (L'abbé) ,  curé  de  Saint-Symphorien  ,  à 
Tours. 


LISTE  DES  MEMBRES.  37 

MM.  Boilly  (Jules),  peintre,  à  Paris. 

Boissonnet  de  la  Todche  (Estève),  iieutenant- 

colonel  d'artillerie. 
Bonnetty,  directeur   des  Annales  de  philoso- 
phie chrétienne. 
Botta  (Paul-Emile),  consul  général  de  France 

à  Tripoli   de  Barbarie,  correspondant  de 

l'Institut. 
Bourgade  (L'abbé),  aumônier  de  la  chapelle 

Saint-Louis ,  à  Carthage. 
Bréat,  licencié  ès-lettres,  à  Paris. 
Bresnier,  professeur  d'arabe,  à  Alger. 
Brown  (John),  interprète  des  États-Unis,  à 

Constantinople. 
Brugsch  (Le  Dr  Ph.  D.),  attaché  au  musée  de 

Berlin. 
Bullad  ,  drogman ,  à  Damas. 
Burgraff,  professeur  d'arabe,  à  Liège. 
Burnouf  (Emile),  professeur  à  la  faculté  des 

lettres  de  Nancy. 

Caspari,  professeur,  à  Leipzig. 

Cassel,  docteur  en  philosophie,  à  Paderborn. 

Catafago,  chancelier  du  consulat  général  de 

Prusse,  à  Beyrouth. 
Caussin  de  Perceval,  membre   de  l'Institut, 

professeur   d'arabe   à   l'École    des   langues 

orientales  vivantes  et  au  Collège  de  France. 
Chadli  (Sidi Mohammed),  directeur  de  l'École 

d'instruction  supérieure  arabe,  à  Constantine- 


38  JUILLET  1857. 

MM.  Chaillet,  adjoint  au  payeur  d'Alger. 

Charancey  (De). 

Charmoy,  ancien  professeur  de  langues  orien- 
tales à  l'Université  de  Saint-Pétersbourg. 

Cherbonneau,  professeur  d'arabe  à  la  ebaire  de 
Constantine. 

Chinaci  Efendi.  employé  supérieur  du  Gou- 
vernement ottoman. 

Clément-Mollet  (Jean-Jacques),  membre  de 
la  Société  géologique  de  France. 

Clermont-Tonnerre  (Le  marquis  de),  colonel 
d'état-major,  à  Amiens. 

Cohn (Albert),  docteur  en  pbilosophie,  à  Pres- 
bourg. 

Combarel,  professeur  d'arabe,  à  Oran. 

Cureton  (William) ,  chanoine  de  Westminster. 

Daninos,  interprète  au  tribunal  civil  d'Alger. 

Dekrémehy  (Charles),  ancien  élève  de  l'Lcole 
spéciale  des  langues  orientales  vivantes. 

Delaporte  (Philippe),  second  drogman  de  la 
Porte  à  Constantinople. 

Delessert  (François),  membre  de  l'Institut, 
président  de  la  caisse  d'épargne. 

Delitzch  ,  professeur,  à  Leipzig. 

Delsol  (J.  J.  Laf.yrgue  de),  à  Verteillac  (Dor- 
dogne). 

Derenbourg  (Joseph). 

Desmaisons,  conseiller  d 'état  à  Saint-Péters- 
bourg. 


LISTE   DES   MEMBRES.  39 

MM.  Desvergers  (Adolphe-Noël),  correspondant  de 
l'Institut. 

Dieterici  (Ant.),  professeur  à  Berlin. 

Ditandy  (Auguste). 

Dittel,  professeur  à  l'Université  de  Saint-Pé- 
tersbourg. 

Drach  (P.  L.  B.).  ancien  bibliothécaire  de  la 
Propagande. 

Dubeux  (J.  L.),  professeur  de  turc  à  l'Ecole 
spéciale  des  langues  orientales  vivantes. 

Duchatellier,  à  Versailles. 

Duclerc  (Charles). 

Dugat  (Gustave),  ancien  élève  de  l'École  spé- 
ciale des  langues  orientales  vivantes. 

Ddlaurier  (Edouard),  professeur  de  malay  et 
de  javanais  à  l'Ecole  spéciale  des  langues 
orientales  vivantes. 

Dumas  (Louis). 

DziALYNSKA(Mlle  la  comtesse  Edwig),  à  Posen. 

♦       Eastwick,  professeur  au  collège  de  Hailesbury. 
Eckstein  (Le  baron  d),  à  Paris. 
Eichthal  (Gustave  d'),  secrétaire  de  la  Société 

ethnologique. 
Emin    (Jean-Baptiste),  professeur  à    l'Institut 

Lazare  (F,  à  Moscou. 
Enis  Efendi,  membre  de  l'Académie,  à  Cons- 

tantinople. 
Escayrac  de  LALxui\E(Le  comte  d),  membre 

de  la  Société  de  géographie. 


40  JUILLET  1857. 

M\l.  Esfina,  agent  consulaire  à  Sfax. 

Faye,  membre  de  l'Institut,  recteur  de  l'Aca- 
démie de  Nancy. 

Feer  (Léon). 

Finlay  (Edouard) ,  à  la  Havane. 

Finn,  consul  d'Angleterre  à  Jérusalem. 

Fleisciier,  professeur  à  l'Université  de  Leipzig. 

Flottes,  professeur  de  philosophie,  à  Mont- 
pellier. 

Fllgel,  professeur,  à  Dresde. 

Foocaux  (Ph.  Edouard),  professeur  de  tibétain 
à  l'École  spéciale  des  langues  orientales. 

Frankel  (Le  docteur),  directeur  du  séminaire, 
à  Breslau. 

Freund  (Siegfried),  docteur  en  philosophie,  à 
Breslau. 

Fruhstuck  de  la  Fruston  (Michel). 

Flrst  (Le  docteur  Jules),  professeur,  à  Leipzig. 

Garelentz  (H.  Gonon  de  la),  conseiller  d'état 
à  Altenbourg. 

Garcin  de  Tassy,  membre  de  l'Institut,  pro- 
fesseur d'hindoustani  à  l'École  spéciale  des 
langues  orientales  vivantes. 

Gayangos,  professeur  d'arabe,  à  Madrid. 

Gerson-LeVy,  membre  de  l'Académie  impé- 
riale, à  Met/. 

Geisler  (Charles). 

Gervy  (L'abbé),  à  Saulzet. 


LISTE    DES  MEMBRES.  41 

MM.  Gildemeisïer  ,  docteur  en  philosophie,  à  Mar- 
hurg. 

Gobineau  (Le  comte  Arthur  de),  premier  se- 
crétaire de  la  légation  française  en  Perse. 

Goldenthal  ,  docteur  en  philosophie ,  à  Vienne. 

Goldstucker,  docteur  en  philosophie,  à  Lon- 
dres. 

Gollmann  (Le  Dr  Wilhelm),  à  Vienne. 

Gorguos,  professeur  d'arabe  au  lycée  d'Alger. 

Graf,  professeur  a  l'Ecole  royale  de  Meissen. 

Grangeret  de  Lag  range,  l'un  des  conservateurs 
de  la  bibliothèque  de  l'Arsenal. 

Guerrier  de  Dumast  (Le  baron),  de  l'Académie 
de  Stanislas,  à  Nancy. 

Guigniaut,  membre  de  l'Institut. 

Guillemin,  recteur  d'Académie,  à  Rennes. 

Guys  (Henry),  ancien  consul  de  France  en  Syrie. 

Haight,  à  New-York. 

Hase,  membre  de  l'Institut,  professeur  de  grec 
moderne  à  l'Ecole  spéciale  des  langues  orien- 
tales vivantes,  etc. 

Hassler  (Conrad-Thierry),  professeur,  à  Ulm. 

Hauvette  Besnault,  bibliothécaire  à  l'Ecole 
normale. 

Hayes  (Fletcher),  maître  es  arts,  d'Oxford. 

Hermite,  membre  de  l'Institut. 

Hervey-Saint-Denys  (Le  baron  Léon  d'),  an- 
cien élève  de  l'Ecole  spéciale  des  langues 
orientales. 


4J  JUILLET  18f>7. 

MM.  Hoffmann"  (J.),  interprète  pour  le  japonais  .m 
Ministère  des  affaires  étrangères  des  Pays- 
Bas,  à  Leyde. 
Hoffmann,  conseiller  ecclésiastique  à  Jéna. 

Moi  mi. Di  .  conservateur  de  la  bibliothèque  de 
Christiania. 

Janin  (André),  professeur  de  langues  sémi- 
tiques, à  Genève. 

Jebb  (Rev.  John),  recteur  à  Peterslow,  Ross 
(Hertfordshire). 

Joly  ,  ancien  employé  au  Ministère  de  l'inté- 
rieur. 

Jomard,  membre  de  l'Institut,  conservateur 
du  département  des  cartes  géographiques 
de  la  Bibliothèque  impériale. 

Jost  (Simon),  docteur  en  philosophie,  pro- 
fesseur de  langues  étrangères. 

Judas,  secrétaire  du  conseil  de  santé  des  ai- 
mées au  ministère  de  la  guerre. 

.It lien  (Stanislas),  membre  de  l'Institut,  pro 
fesseur  de  chinois  et  administrateur  du  Col- 
lège de  France. 

Kasem-Beg  (Mirza  A.),  professeur  de  mongol 
à  l'université  de  Saint-Pétersbourg,  conseil- 
ler d'état  actuel. 

Kaulen  (Fr.),  recteur,  à  Putzchen. 

Kazimirski  de  BiiiERSTKiN,  bibliothécaire  de  la 
Société  asiatique. 


LISTE  DES  MEMBRES.  43 

MM.  Kemal  Efendi  (Son  Exe),  inspecteur  général 
des  écoles  ottomanes,  à  Gonstantinople. 
Kerr  (Mme  Alexandre). 
Khalil  el  Kouri,  à  Beyrouth. 
Kbehl,  docteur  en  philosophie,  à  Dresde. 
Kremer  (De),  chancelier  du  consulat  d'Autriche, 

à  Alexandrie. 
Kuhlke  (J.),  à  Passy. 

Laferté-Senecterre  (Le  marquis  de),  à  Tours. 

Lajard  (F.),  membre  de  l'Institut. 

Lancereau  (Edouard),  licencié  es  lettres. 

Landresse  ,  bibliothécaire  de  l'Institut. 

Langlois  (Victor),  ancien  élève  de  l'Ecole  spé- 
ciale des  langues  orientales  vivantes. 

Laroche  (Le  marquis  de),  à  Saint-Amand- 
Mont-Rond. 

Latodche  (Emmanuel),  secrétaire  adjoint  de 
l'Ecole  spéciale  des  langues  orientales  vi- 
vantes. 

Lazareff  (S..E.  le  comte  Christophe  de),  con- 
seiller d'état  actuel,  chambellan  de  S.  M. 
l'empereur  de  Russie. 

Lazareff  (S.  E.  le  comte  Jean  de,  chambellan 
de  S.  M.  l'Empereur  de  Russie. 

Ledidart  (Antoine  de),  à  l'Académie  orientale 
de  Vienne. 

Lecomte  (L'abbé),  à  Vitteaux. 

Lefèvre  (André),  licencié  es  lettres,  à  Paris. 

Lenormant  (Charles),   membre  de  l'Institut, 


44  JUILLET  1857. 

conservateur  du  cabinet  des  antiques  de  la 

Bibliothèque  impériale,  etc. 
MM.  Lequeux,  chancelier-drogman  au  consulat  de 

Jérusalem. 
Lettkris  ,  directeur  de  l'Imprimerie  impériale 

orientale ,  à  Prague. 
Levander  (H.  C),  de  l'université  d'Oxford. 
Loewe   (Louis),   docteur  en    philosophie,    <i 

Londres. 
LoNGPéRiER  (Adrien  de)  ,  membre  de  l'Institut, 

conservateur  des  ;mti(juités  au  Louvre. 
Lt minet,  interprète  de  première  classe ,  à  Mos- 

taganem. 
Llynes  (Le  duc  de),  membre  de  l'In^itut. 
Lynch  (Blosse),  capitaine  de  vaisseau  au  ser- 
vice de  la  compagnie  des  Indes,  à  Bombay. 

Mac  Douall,  professeur,  à  Belfast. 

Madden  (J.  P.  A.),  agrégé  de  l'université,  à 
Versailles. 

Madinikr  (Paul). 

Mahmoud  Efendi  ,  astronome  égyptien. 

Malloup  (Nassif) ,  professeur  de  langues  orien- 
tales au  Collège  de  la  Propagande,  à  Smyrne. 

Martin  (L'abbé),  curé  de  Saint-Jacques,  à  la 
Nouvelle-Orléans. 

Martin,  interprète  principal,  À  Gonstantine. 

Maury  (A.),  sous-bibliothécaire  de  l'Institut. 

Mazoiller  (Joseph),  vice-consul  de  France  à 
Tarsous. 


LISTE  DES   MEMBRES.  45 

MM.  Meckel,  docteur  en  théologie,  à  Cologne. 

Medawar  (Michel),  secrétaire  interprète  du 
consulat  général  de  France,  à  Beyrouth. 

Meritens  ( Eugène-Herman  de),  élève  consul. 

Merlin  (R.),  sous-bibliothécaire  au  ministère 
d'État. 

Méthivier  (Joseph),  chanoine  d'Orléans,  doyen 
de  Bellegarde. 

Metz-Noblat  (Alexandre  de),  membre  de  l'A- 
cadémie de  Stanislas,  à  Nancy. 

Milliès,  docteur  et  professeur  de  théologie,  à 
Amsterdam. 

Milon,  sénateur,  à  Nice. 

Miniscalchi-Erizzo,  chambellan  de  S.  M.  l'em- 
pereur d'Autriche. 

Mohl  (Jules),  membre  de  l'Institut,  professeur 
de  persan  au  Collège  de  France,  rédacteur 
du  Journal  asiatique. 

Mohn  (Christian),  ancien  élève  de  l'Ecole  spé- 
ciale des  langues  orientales  vivantes. 

Mondain,  capitaine  du  génie,  à  Belgrade. 

Monrad  (D.  G.),  à  Copenhague. 

Morley,  trésorier  du  comité  pour  la  publica- 
tion des  textes  orientaux,  à  Londres. 

Mostafa  ben  Sadet  (Thaleb),  à  Constantine, 
Algérie. 

Mourier,  attaché  au  cabinet  du  Ministre  de 
l'Instruction  publique. 

Mûller  (Joseph),  secrétaire  de  l'Académie  de 
Munich. 


46  JUILLET  1857. 

MM.  Muller  (Maximilien),  docteur  on  pliilosopliie , 

à  Oxford. 
Munk  (S.),  ancien  employé  aux   manuscrit! 

orientaux  de  la  Bibliothèque  impériale. 
Munzinger,  de  Soleure. 

Nève,  professeur  à  l'Université  de  Louvaii». 

Obeilly  (D'),  professeur,  à  Castro». 

Ocampo  (Melchior). 

Oppert,  docteur  on  philosophie. 

Overbeck  (Le  docteur),  professeur,  à  Bonn. 

Pasquier  (Le  duc),   membre   de   l'Académie 

française. 
Pavet  de  Courteille  (Abel),  chargé  du  cours 

de  turc  au  Collège  de  France. 
Pavie  (Théodore) ,  chargé  du  cours  de  sans- 
crit au  Collège  de  France. 
Per^tié,   chancelier  du  consulat  général   de 

Beyrouth. 
Perron  (Le  docteur),  directeur   du  Collège 

impérial  arabe-franeais,  à  Alger. 
Pertazzi,  attaché  à  l'internonciature,  à  Cons- 

tantinople. 
Pertsch  (W.),  docteur,  à  Cobourg. 
Piqlerk.  professeur  à  l'Académie  orientale,  à 

Vienne. 
Place,  consul  de  France,  à  Jassy. 
Platt  (William),  à  Londres. 


LISTE   DES   MEMBRES.  47 

MM.  Portal,  maître  des  requêtes. 

Portalis  (Le  comte),  membre  de  l'Institut. 
Poujade,  consul  de  France,  à  Jassy. 
Pbatt  (G.  W.) ,  à  New-York. 
Preston  (Th.),  Trinity-College ,  à  Cambridge. 
Pynappel,  docteur  et  lecteur  à  l'Académie  de 
Delft. 

Rauzan  (Le  duc  de). 

Regnault  (Le  baron),  chef  d'escadron  d'état- 
major,  à  la  irc  division  militaire. 

Régnier  (Adolphe),  membre  de  l'Institut. 

Reinadd,  membre  de  l'Institut,  professeur  d'a- 
rabe à  l'Ecole  spéciale  des  langues  orien- 
tales, etc. 

Renan  (Ernest) ,  membre  de  l'Institut ,  docleur 
es  lettres ,  attaché  au  département  des  ma- 
nuscrits de  la  Bibliothèque  impériale. 

Renouard  (Le  rév.  Cecil.),  à  Swanscombe. 

Reuss,  docteur  en  théologie,  à  Strasbourg. 

Ricketts  (Môrdaunt),  à  Londres. 

Ried  (Charles),  employé  au  British  Muséum. 

Ritter  (Charles),  professeur,  à  Berlin. 

Rodet,  attaché  à  la  Manufacture  des  tabacs  de 
Paris. 

Rondot,  délégué  du  commerce  en  Chine. 

Rosin  (De),  chef  d'institution  à  Nyons,  canton 
de  Vaud. 

Rosny  (L.  Léon  de),  bibliothécaire  adjoint  de 
la  Société  asiatique. 


48  JUILLET  1857. 

MM.  Kost  (Reinhold),  au  Collège  Saint -Augustin, 

à  Cantorbéry. 
Rothschild  (Le  baron  Gustave  de)  ,  à  Paris. 
Rougé  (Le  vicomte  Emmanuel  de),  membre 

de   l'Institut,   conservateur   honoraire  des 

monuments  égyptiens  du  Louvre. 
Rodsseau  (Adolphe),  premier  interprète   du 

consulat  général  de  France ,  à  Tunis. 
Rousseau  (Antoine),  interprète  principal  de 

l'armée  d'Afrique. 
Koizé  (Edouard  de),  capitaine,  attaché  a  la 

direction  des  affaires  arabes  à  Alger. 
Royer  ,  à  Versailles. 

Salles  (Le  comte  Eusèbe  de),  professeur  d'a- 
rabe à  l'Ecole  des  langues  orientales  suc- 
cursale de  Marseille. 

Sanguinetti  (le  docteur  B.  R.). 

Saulcy  (F.  de),  membre  de  l'Institut,  conser- 
vateur du  Must '•('  d'artillerie. 

Sawelieff  (Paul),  attaché  au  cabinet  impérial , 
à  Saint-Pétersbourg. 

Schack  (le  baron  de). 

Schefer  (Charles),  interprète  de  l'Empereur 
aux  affaires  étrangères. 

Schlechta  Wssehrd  (Ottokar-Maria  de),  drog- 
man  de  l'ambassade  d'Autriche,  à  Constan- 
tinople. 

Schwarzlose ,  docteur  en  philosophie,  à  Berlin. 

Scott  (Le  docteur  W.  IL),  a  Londres. 


LISTE  DES  MEMBRES.  49 

MM.  Sédillot  (L.  Am.)f  professeur  d'histoire  au 
collège  Saint-Louis,  secrétaire  de  l'Ecole 
spéciale  des  langues  orientales  vivantes. 

Seligmann  (Le Dr  Romeo),  professeur,  à  Vienne. 

Seroka,  chef  de  bureau  arabe,  à  Biskara. 

Slane  (MacGucKiN  de),  premier  interprète  du 
Gouvernement,  à  Alger. 

Soleyman  al  Harayry,  secrétaire  arabe  du  con- 
sul général,  à  Tunis. 

Soret  (Frédéric),  orientaliste,  à  Genève. 

Stvehelin  (J.  J.),  docteur  et  professeur  en  théo- 
logie, à  Baie. 

Stecher  (Jean),  professeur  à  l'Université  de 
Gand. 

Steiner  (Louis),  à  Genève. 

Somner  (Georges),  à  Boston. 

Sutherland  (H.  C.),  à  Oxford. 

Taillefer,  docteur  en  droit,  ancien  élève  de 
l'Ecole  spéciale  des  langues  orientales. 

Tchihatcheff  (Le  prince  de),  à  Nice. 

Theroulde. 

Thomas  (Edward),  du  service  civil  de  la  Com- 
pagnie des  Indes. 

Thomson  (Cockburn),  membre  de  la  Société 
des  antiquaires  de  Normandie. 

Thonnelier  (Jules) ,  membre  de  la  Société 
d'histoire  de  France. 

Tolstoï  (Le  colonel  Jacques). 

Tornberg,  professeur  à  l'Université  de  Lund. 


50  JUILLET  1857. 

MM.  Torrecilla  (L'abbé  de). 

I ï.itYER  (Le  major),  membre  delà  Société  asia- 
tique de  Calcutta. 
Trubner  (Nicolas),  membre  de  la  Société  eth- 
nologique américaine. 

Umbreit,  docteur  et  conseiller  ecclésiastique, 
i  II»  idelberg. 

Van  der  Maelen,  directeur  de  rétablissement 

géographique,  à  Bruxelles. 
Vandrival  (L'abbé),  professeur  au  séminaire 

d'Arras. 
Vignard,  gérant  du  consulat  (l«"  France,  >  Zan 

zibar. 
\  ili.emain,  secrétaire  perpétuel  de  l'Académie 

française. 
Vincent,  orientaliste. 
Vlangali  (  Le  prince  ) . 
Vogué"  (Le  comte  Melchior  de). 
Weil,  bibliothécaire  uV  Il  niversité  <le  Ileidel- 

berg. 
Wessely,  docteur  en  philosophie,  à  Prague. 
Wetztein  ,  docteur  en  philosophie ,  à  Leipzig. 

WlLHELM  DE  WURTEMBERG  (Le  COmte),  à  Stutt- 

gard. 
Woepcke,  docteur  en  philosophie. 
Worms,   docteur  en  médecine,  à  l'Ecole  de 

Saint-Cyr. 


LISTE  DES  MEMBRES  ASSOCIÉS.  51 

MM.  WORMS  DE  ROMILLY. 

Wustenfeld,  professeur  à  Gôttingen. 

.  Zinguerlé  (Le  Père  Pius),  bénédictin  à  Meran, 
Tyrol. 

IL 

LISTÉ  DES  MEMBRES  ASSOCIÉS  ÉTRANGERS 

SUIVANT  L'ORDRE  DES  NOMINATIONS. 

MM.  MACBRiDE(Le  docteur),  professeur,  à  Oxford. 

Wilson  (H.  H.) ,  professeur  de  langue  sanscrite , 
à  Oxford. 

Peyron  (Amédée),  professeur  de  langues  orien- 
tales à  Turin,  associé  étranger  de  l'Institut. 

Freytag,  professeur  de  langues  orientales  à 
l'Université  de  Bonn. 

Kosegarten  (  Jean-Godefroi-Louis) ,  professeur 
à  l'Université  de  Greifswalde. 

Bopp  (F.),  membre  de  l'Académie  de  Berlin. 

Wyndham  Knatchbull  ,  à  Oxford. 

Sharespear  ,  professeur  d'hindoustani ,  à  Lon- 
dres. 

Lipovzoff,  interprète  pour  les  langues  tar tares , 
à  Saint-Pétersbourg. 

Briggs  (Le  général). 

Grant-Duff,  ancien  résident  à  la  cour  de  Sa- 
tara. 


M  JUILLET  1857. 

MM.  Hodgson  (H.  B.),  ancien  résident  à  la  cour  de 

Népal. 
Radhacant  Deb  (Radja),  à  Calcutta. 
Kali-Ki\ichna  Bahadour  (Radja),  à  Calcutta. 
Manakji-Cursetji,  membre  de  la  Société  asia 

tique  de  Londres,  à  Bombay. 
Court  (Le  général),  à  Lahore. 
Vbntura  (Le  général),  à  Lahore. 
Lassen  (Ch.),  professeur  de  sanscrit,  à  Bonn. 
Rawlinson  (H.  C),  consul  général  d'Angle- 
terre, à  Bagdad. 
Vullers,  professeur  de  langues  orientales,  à 

(jiessen. 
Kowalewski  (Joseph-Etienne),  professeur  de 

langues  tartares,  à  kasan. 
Flûgel,  professeur,  à  Dresde. 
Dozy  (  Reinhart) ,  professeur,  à  Leyde. 
Brosset,  membre  de  l'Aeadémie  impériale  de 

\iint  IVtnsbourg. 
Fleischer,  professeur  à  l'Université  de  Leipzig. 
Dorn,   membre  de   l'Académie  impériale  <!<• 

Saint-Pétersbourg. 
Weber  (Docteur  Albrecht),  à  Berlin. 
Salisbury  (E.),  à  Boston,  Etats-Unis. 
Weil  (GustaVe),  professeur  à  rUmvenitâ  de 

lleidelberg. 


LISTE  DES  OUVRAGES  PUBLIES.  53 

III. 

LISTE  DES  OUVRAGES 

PUBLIÉS  PAR  LA  SOCIETE  ASIATIQUE. 

Journal  asiatique,  seconde  série,  année  1828-1835,  16  vol. 
in-8°,  complet;  \[\U  fr. 

Chaque  volume  séparé  (à  l'exception  des  vol.  I  et  II,  qui  ne  se 
vendent  pas  séparément)  coûte  9  fr. 

Le  même  journal,  troisième  série,  années  i836-i842, 

i4  vol.  in-8°;  126  fr. 
Quatrième  série,  années   i843-i852,  20   vol.  in-8°; 

180  fr. 
Cinquième  série,   années    i853-i856,   8   vol.    in-8°; 

100  fr. 

Choix  de  fables  arméniennes  du  docteur  Vartan,  en  armé- 
nien et  en  français ,  par  J.  Saint-Martin  et  Zohrab.  1825. 
In-8°  ;  3  fr. 

Eléments  de  la  grammaire  japonaise,  par  le  P.  Rodriguez, 
traduits  du  portugais  par  M.  C.  Landresse;  précédés  d'une 
explication  des  syllabaires  japonais ,  et  de  deux  planches 
contenant  les  signes  de  ces  syllabaires ,  par  M.  Abel- 
Rémusat,  Paris,  182 5,  in-8°.  =z  Supplément  à  la  Gram- 
maire japonaise,  ou  remarques  additionnelles  sur  quelques 
points  du  système  grammatical  des  Japonais,  tirées  de  la 
.  grammaire  composée  en  espagnol  par  le  P.  Oyanguren  et 
traduites  par  C.  Landresse  ;  précédées  d'une  notice  com- 
parative des  grammaires  japonaises  des  PP.  Rodriguez 
et  Oyanguren ,  par  M.  le  baron  Guillaume  de  Humboldi. 
Paris,  1826.  In-8;  7  fr.  5o  c. 


54  JUILLET  1857. 

m  sur  le  Pâli  ,  ou  langue  sacrée  de  la  presqu'île  au  delà  du 
Gange,  avec  6  planches  lithograplùées  et  la  notice  des  ma- 
nuscrits palis  de  la  Bibliothèque  du  Roi,  par  MM.  E.  Bur- 
nouf  et  Lassen.  Paris,  1826.  In-8°;  9  fr. 

Meng-tseu  vel  Mencium  ,  inter  sinenscs  philosophos  inge- 
nio,  doctrina,  nominisque  claritate  Confucio  proxinium, 
sinice  edidit ,  et  latina  interpretatione  ad  interpretationein 
tartaricam  utramque  recensita  ïtutroxit,  et  perpétua  com- 
mentario  e  Sinicis  deprompto  illustravit  Stanislas  Julien 
Lutetiœ  Parisiorum,  18a  4,  a  vol.  in-8;  a  4  IV. 

Yadjnadattabhadua,  ou  la  Mort  d'Yadjnadatta,  épisode 
extrait  du  Ràmàyana,  poêuic  épique  sanscrit,  donné  avec 
le  texte  gravé,  une  analyse  grammaticale  très -détaillée, 
une  traduction  française  et  des  notes,  par  A.  L.  Chézy;  et 
suivi  d'une  traduction  laline  littérale  par  J.  L.  Burnouf. 
Paris,  1826.  In-4°,  avec  i5  planches;  9  fr. 

Vocabulaire  de  la  langue  géorgienne,  par  M.  Klaprolh. 
Paris,  1837.  In-8*;  7  fr.  5o  c 

Élégie  sur  la  Prise  d'Édesse  par  les  Musulmans,  par  Ner- 
sès  Klaielsi,  patriarche  d'Arménie,  publiée  pour  la  pre- 
mière fois  en  arménien ,  revue  par  le  docteur  Zohrab. 
Paris,  i8a8.  In-8*;  A  fr.  5o  c. 

La  Reconnaissance  de  Sacountala,  drame  sanscrit  et  pracrit 
de  Câlidàsa,  publié  pour  la  première  fois  sur  un  manu» 
crit  unique  de  la  Bibliothèque  du  Roi,  accompagné  d'une 
traduction  française,  de  notes  philologiques,  critiques 
et  littéraires,  et  suivi  d'un  appendice  par  A.  L.  Cbéx) 
Paris,  i83o.  ln-/i°,  avec  une  planche;  a4  fr- 

Chronique  géorgienne,  traduite  par  M.  Brosset.  Pans ,  [m 
primeric  royale,  i83o.  Grand  in-8°:  <)  fr. 
La  traduction  seule,  sans  teitc,  <>  fr. 


OUVRAGES  ENCOURAGÉS.  55 

Chrestomatiiie  chinoise  (publiée  par  Klaprotb).  Paris, 
i833.  In-8;gfr. 

Éléments  de  la  langue  géorgienne,  par  M.  Brosset.  Paris, 
Imprimerie  royale,  1887.  In-8°;  9  fr. 

Géographie  d'Aboul'féda,  texte  arabe,  publié  par  MM.  Rei- 
naudetle  baron  de  Slane.  Paris,  Imprimerie  royale,  18A0. 
In-A°;  £5  fr. 

Radjatarangini,  ou  Histoire  des  rois  dc  Kachmîr,  publiée 
en  sanscrit  et  traduite  en  français ,  par  M.  Troyer.  Paris , 
Imprimerie  royale  et  nationale,  3  vol.  in-8;  36  fr. 

Le  troisième  volume  seul  :  6  fr. 

Précis  de  législation  musulmane,  suivant  le  rite  malékile, 
par  Sidi  Khalil ,  publié  sous  les  auspices  du  ministre  de  la 
guerre.  Paris,  Imprimerie  impériale,  1 855.  In-8;  6  fr. 

COLLECTION  D'AUTEURS  ORIENTAUX. 

Ibn  Batoutah,  texte  et  traduction  par  C.  Defrémery  et  le 
docteur  B.  R.  Sanguinetti.  Paris,  Imprimerie  impériale. 
In-8°.Vol.  I,  II  et  III;  22  fr.  5o  c. 

Chaque  volume  de  la  collection  se  vend  séparément  7  fr.  5o  c. 

Nota.  Les  membres  de  la  Société  qui  s'adresseront  directement 
au  bureau  de  la  Société,  quai  Malaquais,  n°  3,  ont  droit  à  une  re- 
mise de  33  p.  0/0  sur  les  prix  ci-dessus. 

OUVRAGES  ENCOURAGÉS 
dont  il  reste  des  exemplaires. 

Taraf^;  Moallaca,  cum  Zuzenii  scholiis;  edid.  .1.  Vullers. 
1  vol.  in-A°;  A  fr.  pour  les  membres  de  la  Société. 

Lois  de  Manou,  publiées  en  sanscrit,  avec  une  traduction 


M  JUILLET  1857. 

fram  .tu»  M  îles  notes,  par  M.  Auguste  Loiseleur  Deslon- 
charaps.  2  vol.  in-8°;  ai  fr.  pour  les  membres  de  la  So- 
ciété. 

Vendidad-Sadé  ,  l'un  des  livres  de  Zoroastre ,  publié  d'après 
le  manuscrit  zend  de  la  Bibliothèque  impériale,  par 
M.  E.  Burnouf,  en  10  livraisons  in-fol.;  100  fr.  pour  les 
membres  de  la  Société. 

Y-king,  ex  latina  intcrpretatione  P.  Régis,  edidit  1.  Molil. 
2  vol.  in-8*;  \U  fr.  pour  les  membres  de  la  Soci<  i. 

Contes  arabes  do  cheikh  El-Moiidy,  traduits  par  .!.  I. 
Marcel.  3  vol   in-8°,  avec  vignettes;  12  fr. 

Mémoires  relatifs  a  t. a  Géorgie,  par  M.  Brosscl.  1  vol. 
in -8",  lithographie;  8  fr. 

Dictionnaire  français-tamoul  et  ta  mou  i  -français,  par 
M.  A.  Blin.  1  vol.  oblong;  6  fr. 

Vocabulaire  français-arabe,  par  J.  J.  Marcel.  1  vol.  in-8'. 


JOURNAL  ASIATIQUE, 

AOUT-SEPTEMBRE  1857. 


ETUDES 
SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE. 


PRATIÇAKHYA  DU  RIG-VEDA. 

CHAPITRES  VII,  VIII  ET  IX. 

Ces  trois  chapitres,  qui  sont  les  trois  premiers  de  la  se- 
conde lecture ,  traitent  de  la  pluti,  c'est-à-dire  de  l'allongement 
des  voyelles.  Comme  ils  ne  renferment  guère  que  des  listes 
de  mots  ou  d'alliances  de  mots  dans  lesquels  des  voyelles , 
soit  finales,  soit  intérieures ,  sont  sujettes  à  allongement,  j'ai 
pensé  qu'au  lieu  de  les  traduire  vers  pour  vers,  comme  j'ai 
fait  pour  les  chapitres  précédents,  et  comme  je  ferai  pour 
les  suivants,  il  valait  mieux,  pour  la  commodité  des  re- 
cherches, ranger  les  mots  et  les  formes  qui  font  l'objet  des 
sulras  par  listes  alphabétiques.  En  dehors  de  ces  mots  et  de 
ces  formes,  cette  première  moitié  de  la  seconde  lecture  ne 
nous  offre  qu'une  seule  règle  importante  :  celle  qui  con- 
cerne l'allongement  par  position  métrique.  J'en  ai  donné  la 
traduction  à  la  suite  du  texte  sanscrit.  Les  autres  sâtras  se 
trouvent  aussi  traduits  réellement  dans  les  listes  mêmes,  où 
j'ai  eu  soin  d'indiquer  exactement,  avec  des  renvois,  toutes 
les  restrictions,  toutes  les  conditions  prescrites  pour  l'allon- 
gement. J'ai  seulement  substitué  un  ordre  méthodique  aux 
accumulations  confuses  du  Prâtiçâkliya.  Aucun  passage  ne 
m'a  laissé  de  doute,  sans  quoi  j'aurais  appelé  l'attention,  soit 
x.  5 


58  AOUT  SEPTEMBRE  1857. 

.Lins  des  notes,  soit  dans  cette  introduction  ,  sur  les  dillirul 
tés  que  je  n'aurais  pu  résoudre. 

La  disposition  que  j'ai  adoptée  aura  un  autre  avantage 
elle  empêchera  cette  partie  de  mon  travail  de  faire  double 
emploi  avec  l'excellente  édition  et  le  savant  commentaire  de 
M.Max  Mûller,  qui,  sans  aucun  doute,  seront  continués  pro 
< hainement,  et  où  je  pense  que  ses  sûtras  seront  traduits  lit- 
téralement et  dans  leur  ordre.  Pour  les  autres  parties  de  cette 
grammaire  védique,  M.  Max  Mûller  et,  avec  lui ,  d'autres  in- 
dianiste» ont  bien  voulu  reconnaître  qu'il  n'était  pas  inutile, 
vu  la  nouveauté  et  à  certains  égards  la  difficulté  de  l'ouvrage  , 
qu'il  en  parût  à  la  fois  deux  éditions  entièrement  indépen- 
dantes l'une  de  l'autre  et  accompagnées  toutes  deux  d'une  tra- 
duction et  d'un  commentaire.  Cette  considération,  londée 
sur  la  comparaison  de  notre  double  travail ,  diminue  le  regret 
bien  naturel ,  que  j'éprouvais  d'abord ,  d'être  entré ,  sans  le  sa- 
voir, dans  liafl  nu  nu  voie  qu'un  maître  aussi  habile  elau.-M 
exercé. 

CHAI  I  !  RI   VII.  (Lecture- H.  chap.  t.) 

Plvti  ou  allongement  des  voyelles.  —  Règle  générait  relative  à 
makshu.  —  Mots  tlont  la  finale  est  sujette  à  ullongcmeut,  suit  par- 
tout, soit  en  tête  d'un  pdda  généralement,  soit  devant  tel  ou  tel 
mot. 

[éfa:  I 
JJcTT  A||<^ré4HI  s^J  MiM-^ld  fcV$_  Il  ^  Il 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  19 

3$lrlïvJ^<W  Hl£l(d  oAÛMimf:  Il  \  II 

f^r  fîTwmqTfvR^r  mm  ^MiH^ifi^^  i 

=rf^  îT^rfvr  ^ifar  ^rèflrfà  ^uâ(d  ^  i 
g^r  sft^r  fa^tfrr  ^tfà  fèfe  "Pr  f^r  i 

g  g  $<i|d^  TT^rfrT  <fT7?Fr  ^dl£|fd  ^T I 

g  (HrAM4rç<4i^i(:  ^d^i^i^tir  ^rirr  u  3 11 

H^^dMMI^idl  S  STftT  WRPffftjij  II  D  II 

[lltfll 

gr^Rr  ^-  ir^o^Hri^^  g;  H°^^d^  ^nfo  i  1 

[f^Hf^Hlo  II 
[  ?^qi 


5, 


60  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

f  II  11  II 

3P*T  HtjÀIIWUI  *Cî  FRT  ^T:  m^  ^TSZT:  Il  1^  Il 
STOïT  m^  ^HT  4<^H|^:  5THT  îftj^fl  i%i4il 

[cTHTI 

^nrr  =t^ïwtt  ht  ^raT  *t^t  ifcrr*n  353T  f^  fjitt 

[  é|H^  Il  13  II 

mt  çsn  "jfw^i  %wi  mtn  ^jm  stt^t  h^t:  i 

l  ^  Il  Vè  II 

f^T  îPpr  ^«T  3^*T  îvTTïT  ipiPl  TOcT  *ÏÏ^T 

[  Il  1M  II 
HT  $  THT  f3T^  ^T^TTtJ  ^  *Tïï  ^  S5J^T  HTO  ffc* I 
cHTÇH  *JS?  W§  HlÇRIfll  5T^  RîTRT  faZTC  ?TO 

[  îfm  IMB  II 
STTÇfa  5TTIÇT  sffT  ZT^  *^  ffR  JT^cT  fT^  m^BTI 

[  Il  13  II 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  61 

^WfeW  SPPT  f^R^Rcf  rH^cf  II  \t  II 

HTfïTsrTfsfa:  ^:  m^  &t&ÏWi  l 
%fcrêf  7f  ^qtTT  $%  x||mQh  Hft"  Il  Itf  H 

^  çh  ^r  q:  è1^  jhf^  ^ttft  qfi;  *r  s  sr 

[^FTÊTI 

[  n  ^>  11 

[g^sj^r  1 
^  ïpzft^T  ût^t  ttç  fspm"  Sr  çt  fasr  ^  ^ 

[  fKÏÏ  11  *t  II 

^  spTFTTO  snpr  q^  ^rt?r  =r  11  ^  11 

[  Il  *fc  II 


62  AOUT-SEPTEMBKE  1857. 

[  5  *^T  II  ^M  II 

^  cff  iTZffiT  fH^fi  :  âUÏi  ^T^T  FTR^T  *ïïft  ^TTffrf 

[  Il  ^  II 

w&\  ^Hf  h'phfîi  ^n^éfirg  =<^r«i  ïft  ^hi 

apr  f£f£  g  srfrTWT:  H^T:  «jfêl^i  f^fa  fRrÇ 

[  ttt^^î  II  "*9  II 

MHJi  ^<iQ,^  *rç:  q^nïïf  îtêt  ^  i 
h^&iG^  ^Rfà  rT%rf?r  ït  h^t  ^  me  II 

JTC^T  ftRT:  9JHHI  RT  ^TRT  ^  5pt  ^f  I 

TTTOT  fÈ3T  ^FTT  ?fà  ffrTrTT  ïFTHTCFT  I 

TT^T  ^t^  ^T  SF^ft  3T:  SprTT  îT^HriH  II  B1  II 

qmrTT  S[î?  ^RT  fç  ^nn  ^faTT  ^T  II  g*  Il 

mn  ^t  ^r^  wn  ^  h=tt  ^nf^m  ^  i 


ETUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  63 

wn  ^  ^<mi«ui  w^:  n^nr  ?r:  &&&  n  b&  ii 

CHAPITRE  VIII.  (Lecture  II,  chap.  n.) 
PlVTl  OU  ALLONGEMENT  DES  VOYELLES  (suite). Mots  floiît  la  finale 

s'allonge  dans  l'intérieur  d'un  pàda.  —  Règle  de  position  métrique. 
Exceptions. — Allongements  à  la  fin  d'un  pâda. 

m:  *rrç  fenç  mym  ^smj  ^sv®  g  w  ^rôrftr:  i 

l  n  i  u 

UÏH*jjd  ^fchtJH  ^ïï^m  ttHIHI  3JHFT  çf  ffîft  I 
ÎT  ^fïïT  et  HÎ^MH:  H  ^T^rT  ÎT  #T#  =ï:  ÇT^TT^- 

[  ^  in  n 

[  fïï  II  B  II 

srçtfrr  ?îsfr  *ftct:  «Mini  erô^t  îft:  e^r  rftj 

[  lU  II 
^frT  ijfë  Àt*T  ^MfujMI  ^fHHfrl  ^  H  iUcH$l:  I 

f  îf* Il  M  II 


64  AOUT-SEPTEMBKE   1857. 

JT^TTtf  ftnjcT  **^ï  2T1FT  ^MfH  ^^?  drUlfÙI 

[  Il  l  II 

fîFFT  1JW  xp^T  THT  JST  ^  f^T^R  3pïïcT  UWH 

[  Il  3  II 
^#,H|c£^  VpT  ^TT  fSTSftrT  ÇffïïT  TTÏÏrT  I 
Hitynft  H^TfriT  fërfr  %^Tsrçmtf  Il  G  II 

[to^ti 
[  ^5  5 11  é  11 

[  rHET  m©  u 

[  W^  I 
[^rft  U  11l| 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  05 

MtfHçtçdg  ïTT^^^Trftzt  z^r  h^[hUw  a  t*ii 

[^trTT: 
ïRïTTl^t  *pRT  rFjft^T  ^cTt  ^TH^T  *F*RT  ^ 

[  Il  ^  Il 
35T=jyfèlfH(JHI  4(y«=xMI^MI^TT|^Ndl^^l:l 

^Hl  H^NI  SSTqrfTT  f^TcT:  FTT  ^M^sfl^T  =jfeHri 

[  Il  W  II 
il^dl  mr!tg;^f^  ^T^TrTT  ^  ^FRT  fa^l  I 
^TT  iWrlWHl    H^rîTrTq   f^TOT   S^cft  ^TSiï  gît 

[lUi  II 

[  fw?rr  ftnt  i 
[  <t  t%tj  ^g  ii  w  n 


w  AOUT-SEPTEMBRE    1857. 

QPPU  1  rTO^TT  ^TT^t  ilM^I  ^  HS^TT  JTTfvT:  Il  U  II 

■i  »  3 

%TT  ^T  =3^iï  ïT^t  H^rTT  ^«<iiH«I  II  «ttf  II 
^T  ^R  VTrTT  ?jzf  {f^TT  FT  *HTT  vrf^l 
3pt  5T  3H^TT  ^  *TïïT  ^  *TOTT  =TO  II  ^o  || 
Ç=hlifyjilir^lHlrfy  MfcMH&H  I 
5S^Hf^HI=hlH  îT:5fif(3r  Jj(Mft|  im  II 

^ra¥  ^Tm  =<H=iH  ujftPti  ^htc*  Ew&w  i 

H,HNW  ^T^?  îîm  p  fw  ^JïïTfcfWTIPMII 
?ÎU  H<MIH  tr^  ^r^  iiifMf^HlH  ÇTTzrfH  STR  I 

[^  Il  tf  Il 

ïnm^  îtfî  f^irî  f^rm  ïststit  rrrarfR  *tra 

|  STrTHTI 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.  67 

[  ii  *g  ii 
otïïï  Tffsri%  ^rfè  ^r^fa  ^rfrr  frof^  fà  fèt\  fa 

[  Il  "tf  II 
^TôïT  V^frT  Ml^îdt  55RF^  *tât  f*  I 
H^TT  ^fïïT  Î5TT  *FTfa  2RÎ  H  >JW  ^T:  Il  3<>  II 

CHAPITRE  IX.  (Lecture  II,  chap.  ni.) 

PlUti  ou  allongement  des  voyelles  (suite).  —  Allongement  des 
voyelles  finales  des  termes  antécédents ,  dans  les  mots  composés. 
—  Allongements  intérieurs,  soit  dans  des  mots  simples,  soit  dans 
des  parties  de  mots. 

[mu 
h^trw  mfmmUpt*  m4^mim1(h  ^ff#  i 

^ftatf:  gsRHT  ^ftrTH:  M^HMI  SîtrT^W  3rR: 

[mu 


68  AOUT-SEPTEMBRE    1857. 

f^UjoHy^dl  ^ST^M^ynMH^SHHIIH^ 

[MB  II 
nT^THII^HI^rMHTT?Tîg  M tf ^  ÎTTïï  <T?2T  WT  I 
HWrîl^HlnUi^  ^f{  ^Hlà^Jy  i^HU^W  II  fc  Il 
2T^n\S?TfcT  ^îfe  F^g  ^f%  frtrT  ?TH  ^Hl^fd  iJTT  | 
=T  cTO  HHrf  ôTÈrfrT  T7W^«*MH|l6l3^r2T^iï(limi 
TjsjTTTftrçrJ  ïT?J  Tjm  FR  ^5  ^3J  H^HJcfifç  ^  1 
cjfiHl^^ftj  f*T  TOT  Hfe  ^*  ^HN  zrf%  5T^ 

[s?gu€ii 

[  SF%I 
Hfa  MNfH  ?tfR  c^^H'lf  'SrfTTT  %T  facT  f^  ÇT- 

[fëfaîftsni  3  | 
Hrfcn^Hl^fa^ti^Hl  3Fpq  UH^IHIsfiHHH  | 
M((=M  HlfH^l^cUjTTT^H^^^^IICII 

H^^H^^rfeflïïfr^H^T^W^T^II  tf  II 

yaii^  wnmfmfgritfi  $nrffFf?roit:  1 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  09 

[cR:l 

[lin 

^M^W  kMlUl^dtà  H^TTR^  Il  TC  Il 

fi  *pfta  sr^fat  ^  *rfcr  H$>jTrçf  u  \%  u 

[l  1M  II 
^M<MI^HI^lfoHUjf:  T^^R^JT  $fcT  rTT^RfFTïïT 

[mi  u 

STFR  27T^T  ^TT^T  2JFR  *FPT  JTTH^  ^RH  l 
5J^T  ÇTÇJ  ^Tf^  rTTrpr  HTH^  ÎT^T  II  \3  II 
^KT^n; ÎJrf  dNIHHfH^H»  Wutô  I 
ft^TTr^Sr^TRT5T:  ^rferT:  trç  Il  U  II 


70  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

^rrîTST  s^JSTTFTsrarnTrrsr  7F$fa:  | 

MlildS  TTÇJ:  HUHH^Nfà  rT  TJfR:  II  *ltf  II 
6lNIH$  ïïïTrn^^HH^HI-H^ilHHi  SfifrT  <T«T- 

[îT«T:l 
^MIHrHr4rl(^65^m?^^^lirsi^n  2?Sril?o|| 
mÇQjm:  HHlf^M  ST^JrTT  }W  fxT^T  TW  I 
ZT^TmHHMMllHIMfH  :5T=RTffTS/^T  ff  =TÏÏ^T||;fl  Il 
^=*4H  «H  il  H  Ml  HN4J  f^TF^  £TTTSTT  ÎNHIH  I 
ïî   HrJNMMÏ    STJPTT   ÎTTTffT     N>lf|N|j    m^f^^m 

[  Il  *  II 
tt^TT  5^ffT  ^T^PT  ^T  ^  =T  II  ^3  II 

m^jm  ^:  h^ihi^  hts^t  H?st  cttctr  i 

HMIM  ^TT:  *nERTT  ftàct  illHq'rîta  II  ^  Il 

etfrT  ÎT^T  cT^f  fllIMÏU  îTTf==r  iTêgffsMHdeJ  H\m*A 

[IPM  II 
m^FHT^T  ïT^frf  TJHT^  HtfîlMIH!  ^JHNIHHfii  I 

Mf(<iM:^^ïn^rfT  mpm  w^.mz^n  ip£u 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  71 

[  Il  ^9  II 

HTHT^^f^nïWR:y^My^r<N:^^:|Rl:ii 
^i^M^I^NI^H^Tïï^dl«^Ht<8()HiH((^NlHf^l 
M^ldl(:f^h<m^  y^Nr=ld  !Rrn"^r% «£©41 fa  JTFPT 

[  Il  *f  H 
=|NWH    U^ldT  UHlf^l  dl^MIUJI  m^fif  HT^- 

[*TFJST:l 
Hl^JHH^lfd  M^HifdTlI^lTT^t^^lHNmMlH^ 

[  Il  %°  Il 

Les  Irois  chapitres  qui  précèdent  traitent  du  san- 
dki  nommé  sâmavaça,  qui  consiste  dans  l'allongement 
d'une  brève  devant  une  consonne.  L'allongement, 
en  général,  se  nomme plati,  mot  générique  qui  em- 
brasse ,  outre  les  modifications  propres  au  sâmavaça- 
sandhi,  les  allongements  nasalisés,  tels  qu'evd?  agnim 
(II,  32,  sûtra  65),  et  l'allongement  d'une  voyelle 
initiale  après  une  consonne,  comme yonim  âraih  (II, 
ko  y  sutra  y  à). 

Les  allongements  du  sâmavaça  (voyez  le  sens  éty- 
mologique du  mot ,  au  chap.  I ,  i  5,  note  du  sûtra  6o ) 
peuvent  affecter  toutes  les  voyelles  brèves,  à  l'excep- 
tion du  r,  c'est-à-dire  a,  i,  a.  C'est  ce  que  nous  ap- 


72  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

prend  le  premier  çloka ,  qui  sert  d'introduction  à  ce» 
trois  chapitres,  et  dont  voici  la  traduction  littérale  : 
«Une  [voyelle]  brève,  autre  que  ri,  se  change  en 
longue  devant  une  consonne,  comme  il  va  être  dit. 
C'est  le  sandhi  nommé  sâmavaça.  —  Ce  [sandhi  se 
nomme  aussi]  platih  (allongement),  ainsi  que  celui 
qui  a  été  enseigné  dans  les  [sandhis  des]  voyelles 
(chap.  II,  3a),  et  [le  changement  en  longue]  de  l'i- 
nitiale du  second  mot  dans  yomm  âraik,  etc.  (ch.  II, 
4o).  » 

La  méthode  du  Prâtiçâkhya  dans  ces  trois  cha- 
pitres, comme  presque  partout  ailleurs,  est  tout  em- 
pirique. Il  se  contente  généralement  d'énumérer  les 
faits,  sans  en  chercher  la  raison,  et  le  petit  nombre 
de  règles  qu'il  établit  ne  sont  fondées,  à  fort  peu 
d'exceptions  près ,  que  sur  des  rencontres  et  des 
combinaisons  fortuites,  ou  sur  des  analogies  toutes 
mécaniques  qui  ne  s'expliquent,  en  général,  que  par 
l.i  liberté  que  cet  antique  idiome  laissait  au  poète, 
en  ce  qui  touche  à  la  quantité. 

Les  diverses  licences  énumérées  peuvent  se  divi- 
ser en  trois  sections  : 

i°  Allongements  des  finales  des  mots  placés  en 
tête  d'un  pâda  ; 

i°  Allongements  des  finales  dans  l'intérieur  d'un 
pâda; 

3°  Allongements  dans  l'intérieur  d'un  mot.  Cette 
troisième  section  se  subdivise  en  deux  parties  : 

a.  Allongement  de  la  finale  d'un  padya,  dans  un 
composé  ; 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  73 

b.  Allongement  dans  l'intérieur  d'un  mot  simple 
ou  d'un  padya. 

Le  chapitre  vu  traite  surtout  des  allongements  de 
la  première  section  ;  le  chapitre  vin ,  de  ceux  de  la 
seconde  ;  le  chapitre  ix ,  de  ceux  de  la  troisième. 

Je  vais  donner  d'abord  les  règles  et  les  analogies 
qu'établit  çà  et  là  le  Prâtiçâkhya;  puis ,  dans  des  listes 
alphabétiques ,  j'énumérerai  les  allongements  signa- 
lés, en  ayant  soin,  d'une  part,  d'indiquer  le  chapitre 
et  le  çloka  où  ils  sont  mentionnés,  et,  d'autre  part, 
de  renvoyer  au  passage  du  Véda  cité  par  le  seo- 
liaste. 


REGLES  ET  ANALOGIES. 


Un  certain  nombre  de  mots  allongent  leur  finale 
devant  des  monosyllabes  affectés  du  kshaiprasandhi , 
c'est-à-dire  ayant  un  i  ou  un  a  changé  en  semi-voyelle. 
(VII,  5-7.) 

Certaines  syllabes ,  dans  l'intérieur  des  mots ,  s'al- 
longent devant  v  (IX,  l\ ,  7,  \l\)\  d'autres,  devant 
y  (IX,  5,6,  conf.  16);  d'autres,  devant  m  (IX,  3, 
ili);  quelques-unes,  devant  des  nasales,  autres  que 
m  (IX,  3).  Un  petit  nombre  de  mots  exercent  une 
influence  constante  sur  la  quantité  de  ceux  qui  les 
précèdent.  Une  centaine  de  mots  allongent  leur  fi- 
nale en  tête  d'un  pâda,  devant  une  consonne,  mais 
non,  à  peu  d'exception  près,  devant  un  groupe  de 
consonnes  (VII,  8-19). 

Uvata  considère  la  défense  d'allonger  devant  un 
groupe  de  consonnes  comme  une  règle  générale 

x.  6 


74  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

(voy.  la  scolie  ûuçloka  19  du  chap.VII,  et,  dans  la 
première  liste  alphabétique,  le  monosyllabe  gha), 
qui  s'étend  à  toute  espèce  de  mots,  quelque  place 
qu'ils  occupent  dans  le  pâda,  et  ne  souiVre  d'autn-s 
exceptions  que  celles  qui  sont  mentionnées  expres- 
sément dans  le  Prâtiçâkhya.  Cette  défense  est  natu- 
relle; une  brève  devient  grave  devant  un  groupe  de 
consonnes,  et  il  n'est  pas  besoin  de  marquer  l'allon- 
gement par  l'orthographe. 

Quelques  mots  sont  sujets,  dans  certaines  ren- 
contres,  à  un  allongement  final,  qu'ils  ne  subissent 
pas  à  la  fin  d'un  pâda  (VII,  8-10).  D'autres,  au  con- 
traire, le  subissent  à  cette  place  (VIII,  3o).  — Com- 
parez, pour  les  allongements  à  l'intérieur  des  mots, 
IX,  2 ,  8,  19,  20. 

Les  finales  s'allongent  devant  une  syllabe  légère 
(voy.  I,  (x,  sûtras  20  et  2  1  ),  quand  elles  forment  la 
8*  ou  la  io*  syllabe,  dans  un  pâda  de  \  1  ou  de  1 2 
syllabes-,  ou  la  6',  dans  un  pâda  de  8  (VIII,  ai,  22). 

Kxcmples  :  i°  8*  syllabe,  dans  un  pâda  de  1  1  : 
nfQHI  57^  1  i=ft<*li  raf%^T ,  dans  le  pada  f^fvFT  ( Rig- 

Véda,  I,  xxxii,  4); 

20  8*  syllabe,  dans  un  pâda  de  1  2  .  3TO  H^T  *TT 
fjtJIHI  ^zf  fâ,  dans  le  pada  f*vMIH  (I,  xciv,   1  ); 

3°  1  o'  syllabe ,  dans  un  pâda  de  1  1  :  ^<<M  faW 
fJMHi  ÊtfS^T  *T.,  dans  leparfa  ^0,(^(111,  liv,  22); 

U°  io*  syllabe,  dans  un  pâda  de  1  2  :  W=*  ^JT 
dySIHT  ^*THT  ^*:,  dans  le  pJa  ^rR"  (II,  xxxiv,  9); 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  75 

5°  6e  syllabe,  dans  un  pâda  de  8  :  TOflfeN1! 
$ÊT,  dans  le  pada  ^f^f  (V,  xxxv,  7). 

Contre-exemples  montrant  que  l'allongement  n'a 

pas  lieu  :  1  °  dans  les  pâdas  d'autre  mesure  :  *T^  *U 
^rfy  ^ïïFJ  *T=+:  (X,  xx,  1); 

20  Devant  une  syllabe  naturellement  grave  :  ^TT 
WRR  ^IH^4  •TFT  farf  (V,  xxxm,  4)  :  pour  la  finale 
de  nâma,  voyez  les  exceptions  que  nous  donnons 
plus  loin; 

3°  Devant  une  syllabe  allongée  dans  le  samhitâ- 

pâtha  :  ^llQ^IH^)  ^T  ^  ^ff^: ,  dans  le  pada 
^T^:  (X,  lxxvii,  2). 

Nah,  même  quand  il  devient  grave,  n'empêche 
jamais  l'allongement  (VIII  ,20):  SjWf^ft  3Tf^TT  ^ 
•ÎT  33^,  dans  le  pada  CI  «TU  (X,  lix,  3). 

A  l'occasion  de  cet  allongement ,  déterminé  par  la 
place  de  la  syllabe  dans  le  pâda,  le  Prâtiçâkhya  fait 
une  remarque  générale  fort  intéressante  pour  la  mé- 
trique du  Véda  (VIII.  2  2)  :  vyuhaih  sampat  samîkshyone 
kshaipravarnaikabhâvinâm.  Uvata  explique  ainsi  ce 
sûtra:  une  pâde  kshaipravarnânâm  ca  sandhînâm  ekî- 
bhâvinâm  ca  vyuhaih  pâdasya  sampat  samîkshitavyâ. 
«Dans  un  pâda  inférieur  [au  nombre  voulu  de  syl- 
labes] ,  il  faut  pourvoir  au  complément  du  pâda  (c'est- 
à-dire,  parfaire  le  nombre  des  syllabes)  au  moyen 
des  dissolutions  des  kshaiprasandhis  et  des  contrac- 
tions (c'est-à-dire,  en  ramenant  à  leur  état  primitif 
les  voyelles  changées  en  semi-voyelles,  et  en  rempla- 


76  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

çant  par  deux  voyelles  les  longues  qui  sont  le  résultat 
d'une  contraction).  Cette  règle  est  éclaircie  par  des 
exemples:  udvatsvasmâ  akrinotanâ  trinam,  pour  udvat- 
su  asmai  akrinotanâ  trinam  (Rig-Véda,  I,  clxi,  i  1  ). 
Pour  parfaire  le  nombre  de  syllabes  de  ce  pâda,  qui 
n'en  a  que  i  i ,  au  lieu  de  1 1 ,  il  faut  dissoudre  le 
kshaiprasandhi  et  ramener  advatsvasmâh  udvatsu-asmâ. 
Par  suite  de  cette  dissolution  ,  la  finale  de  akrinotanâ 
se  trouve  être  la  io',  et  s'allonge,  conformément  à 
la  règle.  —  Pour  compléter  le  pâda  suivant,  qui,  au 
lieu  de  8  syllabes,  n'en  a  que  7  :  prêta  jayatd  narah, 
pour  pra  ita  jayata  narah  (X,  cm,  i3),  il  faut  dis- 
soudre la  contraction  et  ramener  prêta  à  pra-itâ,  et, 
de  cette  façon ,  la  finale  de  jayata  se  trouve  être  la 
6*  syllabe  et  s'allonge  régulièrement.  — Quelquefois 
même,  ajoute  Uvata,  il  faut  faire  une  dissolution  de 
lettre  dans  un  pâda  trop  court,  où  il  n'y  a  ni  con- 
traction ,  ni  voyelle  changée  par  le  sandhi  en  semi- 
voyelle,  et  c'est,  dit-il.  ce  que  le  titra  indique  par 
l'addition  devarna.  Ainsi,  dans  gor  na  parva  vi  radâ 
(pourrai)  tiraçcâ  (I,  lxi  ,  1  1),  il  y  a  10  syllabes  au 
lieu  de  1  1  :  pour  justifier  l'allongement  de  radâ,  il 
faut  couper  une  syllabe  en  deux  (sans  doute  la  se- 
conde de  parva),  de  manière  que  dâ  occupe  la  hui- 
tième place  dans  le  pâda. 

Les  mots  suivants  font  exception  à  la  règle  de  po- 
sition métrique,  et  n'allongent  pas  leur  finale  quand 
elle  forme  la  8e  ou  la  1  oe  syllabe  dans  un  pâda  de 
11  ou  de  12  syllabes ,  ou  la  6e  dans  un  pâda  de  8 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  77 

Amga,  VIII,  26  {Ritj-Véda,  VI,  lxxii,  51). 

Aiv  j        l    (  iVa/i,  vm,  24  (X,  cxlix,  4;  cf.  IX,  ci,  3). 
yl M»,  devant:  j       ' '.  V/vm  «     f  Ty         ai 

(  datah,  vin,  20(V11I,  xxin,20;  cl.lX,  ci,  3). 

Avadyâni,  VIII,  23  (VI,  lxvi,  4). 

Avri,  VIII,  2  5. 

Asanâma,  VIII,  29  (VIII,  xxv,  22). 

Asi,  VIII,  27  (V/ix,  4). 

;4sfr,  VIII,  24  (I,  xxxvi,  12). 

j4sja,  VIII,  2  5  (X,  cxxxn,  3). 

Ayushi,  VIII,  27  (IV,  iv,  7). 

/ndra,  VIII,  24. 

Invasi,  VIII,  26  (VIII,  xm,  33). 

Ishanyasij  VIII,  29  (X,  xcix,  1). 

(7,  suivi  de  vasantân,  VIII,  29  (X,  clxi,  4)- 

£fta,VIII,  2à{ll,xxvn,ià)' 

Upa,  VIII,  27  (VII.xciii,  6). 

Uçmasi,  VIII,  27  (I,  cliv,  6). 

HMaw,  VIII,  28  (VII,  m,5). 

Urnuhi,  VIII,  23  (IX.xci,  4). 

XfabtjVm,  27  (Vâl.  1,  4). 

Krinuhi,  précédé  d'un  dissyllabe ,  VIII ,  24  {vayah  krivuhi,  VI , 

xliv,  9;  cf.  vrishvyâni  krinuhî,  VI,  xxv,  3). 

Go-pîthyâya,  VIII,  29  (X,  xcv,  1 1). 

Gnâbhih,  suivi  de  iha,  VIII,  26  (VII,  xxxv,  6). 

Ghritam-iva ,  VIII,  28  (IV,  lvii,  2). 

Camattîr-it'a,  VIII,  25  (X,  xxv,  4). 

Caranti,  VIII,  26. 

G'&eta,VHI,2  7  (IX,  en,  4). 

Ceta<i",VIII,27  (IX,cvi,2). 

Châyâm-iva,  VIII,  29  (VI,  xvi,  38). 

Jâmishu,  VIII,  27  (X,  xxi,  8). 

1  Dans  cette  liste  et  dans  les  suivantes ,  un  seul  chiffre  romain ,  suivi  d'un 
ou  de  plusieurs  chiffres  arabes ,  renvoie  au  chapitre  et  au  çloka  du  Prâtiçâ- 
khya.  Deux  chiffres  romains ,  ou  Vâl.  et  un  chiffre  romain ,  suivis  d'un  chiffre 
arabe ,  renvoient  au  Rig-Vèda.  — L'abréviation  cf. ,  conf. ,  marque  des  contre - 
exemples. 


78  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Jâsu,  Mil,  27(VII,xlvi,  2). 

Ji3hâmsasi,\Ul,  a3  (VII,  lxxxvi.A). 

Tamasi,  VIII,  28  (VII,  ▼.,  à). 

Tirasi,  VIII,  28  (IV,  vi,  1). 

Dadâtu,  VIII,  25  (VDI,  lx,  i3). 

Dadhâtu,  VIII,  25  (VI,  li,  11). 

Dadhîmahi,  VIII,  26  (VII,  xl,  1). 

Didhisheya,  VIII,  25  (VII,  xxxn,  18). 

Divi,  VIII,  28. 

Dtdihi,  comme  huitième  syllabe,  VIII,  23  (VIII,  xux,  6; 
cf.  III,  liv,  22:  dans  ce  second  exemple,  hi  est  la  10*  syl- 
labe d'un  pâda  de  11). 

Deçà,  VIII,  26  (X,  xcm,  9). 

Dhâraya,  VIII,  25. 

Dhâva,  VIII,  26  (IX,  lxxxvi,  48). 

Nâma,  suivi  de  cil  (V,  xxxni,  &;  cf.  I,  cxxxiii,  &). 

m,vm,  28(x,lxxxiv,  7). 

Nu,  suivi  deviçah,  VIII,  28  (I,  clxxii,  3;  cf.  VI,  xv,  5). 

Pamca,  VIII,  26. 

Pavamâna,  VIII,  29  (IX,  lxxix,  3). 

Pâti,  VIII,  27  (X,i,3). 

fMAi,  VIH,  29  (III,  xxxi,  20). 

Pitari,  VIII,  28(X,lxi,  6). 

Puru-prajâlasya ,  VIII,  2$  (X,  lxi,  i3). 

/VifAiw.VIlI,  28  (V,  lxvi,  5). 

Pro,VHI,27. 

Pra-divi,  VIII,  28  (III,  xlvi,  4). 

Btara/itu,  VIII,  2*t  (V,  li,  12). 

Afaifta,  VIII,  28  (VIII,  xxvi,  20). 

Afama,  VIII,  28  (X.xxv,  2). 

Martasya1,  VIII,  23  (VIII,  xi,  à). 

1  Le  manuscrit  byb  de  Berlin  donne,  au  çloka  a3,  marUuya,  au  lieu  de 
vàtasya.  Uvata,  après  avoir  cité  un  exemple  de  vâUuya,  avertit  que  d'autres 
lisent  martasya  :  uMartasyeti  Uuya  ithâne  palhanti;  parce  que  l'exemple  cité 
au  sujet  de  vâUuya  est  plutôt  un  pâda  de  10  que  de  1 1  syllabe».  Puis  il  cite 
lui-même  un  exemple  pour  marUuya. 


ETUDES  SUR  LA  GHAMMA1KE  VEDIQUE.  79 

Mânushasya ,  VIII ,  29  (I,  cxxi,  l\). 

Mâsva,  VIII,  27  (IX.xcin,  5). 

Mûrdhani,  VIII,  27  (VII,  lxx,3). 

Raksha,  suivi  de  dhiyâ ,  VIII,  25  (X,  lui,  6;  pas  de  contre 
exemple). 

Rajasi,  VIII,  28  (X,  lxxxii,  4). 

fla/^vtm,  VIII,  26  (VIII,  xii,  18). 

Vuranta,  VIII,  27  (II,  xxiv,  5). 

Varuna,  VIII,  28  (I,  xxiv,  i£). 

FatTi'^ma,  VIII,  23  (VII,  xxvii,  5). 

Fasavana,  VIII,  25  (X,xxn,  i5). 

Vahasi,  Ylïi,  28  (VIII,  xlix,  i5). 

Vâtasya1,  VIII,  23. 

Vâvridhanta,  VIII,  23. 

tt/viII,28(IX,xcvn,38). 

FimaJasva,  VIII,  2  5. 

Vishtapi,  VIII,  27  (IX,  cvn,  i£). 

Fȣ  VIII,  28  (II,  xxvi,  2). 

Vocemahi,  VIII,  29  (I,  clxvii,  10). 

Çatusya,  VIII,  27  (I,xliii,  7). 

Çromatena,  VIII,  29  (VIII,  lv,  9). 

Sakhyâya,  VIII,  29  (I,  ci,  1,  etc.) 

Sadanâya,  VIII,  2/1  (X,  xcm ,  i5). 

Sadma,  VIII,  27  (I,clxxiii,  3). 

Sam-idhâna ,  après  tod,  VIII,  26  (X,  cl,  2;  pas  de  contre- 
exemple)  . 

Sarasvati,  VIII,  26  (VII,  xcv,  6). 

&wfu,  VIII,  29  (VII,  lv,  5). 

Sahasrâni,  VIII,  29  (VIII,  L,  8). 

Sâsahyâma,  VIII,  2  3  (I,  cxxxii,  1). 

Sa,  enlre  vufcfôi  et  na/i  (H,  xx,  1; cf.  X,  lix,  4). 

Su-makhâya,  VIII,  25  (IV,  m,  7). 

Suwfaya,  VIII,  26  (VI,  XL,  3). 

1  Voyez  la  note  relative  à  marlasya.  L'exemple  cité  pour  vâlasya  est  JC, 
uni,  fi. 


80  AOUT-SEPTEMBRE    1857. 

Srija,  VIII,  a5,  dans  un  pùda  de  12  syllabes  (III,  xvi,  6;  ci'. 

X,  cxx,  3). 
Soma,  VIII,  27  (IX,  ex,  a). 
Snuui,  VIII,  27  (VIII,  xvill,  19). 
Hanati.  VIII,  28  (VI,  xxix,  6). 
Hary-açva,  VIII,  24  (X,  cxxvm,  8). 
Hi,  VIII,  28  (V,  11,7). 

LISTES  ALPHABÉTIQUES  DES  MOTS  SUJETS 
A  ALLONGEMENTS. 


I.  VOYELLES  FINALES  DES  MOTS. 

LISTE  DBS  MOTS  DONT  LA  FINALE  EST  SUJETTE  À  ALLONGEMENT. 

N.  B.  Les  mots  marqués  d'un  astérisque  allongent  leur  finale 
quand  ils  sont  en  tête  d'un  pâda.  Lorsque  aucune  condition  ni  res- 
triction n'est  indiquée,  cet  allongement  a  lieu,  à  cette  place,  devant 
tout  mot  commençant  par  une  consonne  simple. 

Pour  les  mots  marqués  de  deux  astérisques,  l'allongement  a  lieu 
dans  l'intérieur  d'un  pdda,  devant  un  mot  quelconque  commençant 
par  une  consonne  simple. 

"Akutra,  VIII,  8  [Rig-Véda,  I,  cxx,  8). 
'Akhkhalîkritya,  VII,  18  et  19  (VII,  cm,  3). 
Accha,  VII,  2, quand  sa  finale  termine  un  mot,  l'allonge  par- 
tout (V,  LXXXIII,  1), 

..  .        .  (  Su/M  (IX,  cvi.i). 

excepté  devant 7    i!T .  ;_  '  , 

r  {    Yâhi  (I,  xxxii,  17). 

'Aja,  VII,  1 3  et  19  (1,  clxxiv,  3). 

Aja,  VII,  i3,  devant  nashta/h  (I,  xxm,  i3). 

'Atta,  VII,  17  et  19  (X,xv,  11). 

'Atra,  VII,  16  et  19  (I.clxiii,  7). 

Atra,  VIII,  6,  devant  svah  (VIII,  xv,  12). 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  81 

'Atka.VU,  17  et  19  (I,iv,  3). 
"Adya,  VII,  8  et  19  (X,lxiii,  8). 

Adya,  VII,  7,  devant  vi,  changé  en  vy  par  le  kshaiprasandki 
(I,  clxi,  i3). 

/  Karanam  (VI ,  xvin ,  1 3  ). 
iMya/ VII,  8  etl  ^a  (I,  xxv,  19). 
i9,  s'il  ne  ter-     ^  (VIII,  xv,6). 
mine   pas   un/  ^«^  (IV,  xliv,  3). 
pd^s'allongel   VTWrnahe  (V,lxxxii,  7). 

devant I  Bhavatam  (I,  xxxiv,  1). 

|   Krinotu  (  X ,  xxxv,  2  ) . 
\  Bhavata  (II,  xxix,  6). 

Adyâdya,  VII,  34,  devant  çvah-çvah  (VIII,  l,  17). 
'Adha,  VII,  i3  et  19  (I,  clvi,  i), 

Adhajihvâ,Vll,2i  (VI,  vi,  5). 

Adha  te  viçvam,  \ll,  20  (I,  lvii,  2;  ci*.  I, 

clvi,  1). 
Adha  dhârayâ,  VII, 20 (IX,  xcvn,  11). 
exceptions..  .  ^  Mka  ^  yil,  22  (VI,  x,  4). 

.4  égayai,  VII,  20  et  22  (X,  lxi,  23;  I,  clvii, 

2). 
Adha  yâmani ,  VII,  20  (IV,  xxvn,  4). 

Adha,\ll,  34,  devant  tvam  hi  (VIII,  lxxiii,  6;  cf.  X,  lxi, 

22). 
Adha,  VII,  i3,  devant  mahah  (V,  lu,  3). 

Adha,V\I,  7,  de-l  5b'  chanSé  en  sv  (VI1'  LVI<  vi- 
vant, i  ^"'  cnang^  en  nv  (VII,  lxxxviii,  2). 
(  flï,  changé  en  Ay  (IV,  x,  2). 

"Anaja,  VIII,  7  (V,  Liv,  1). 
^4naja<a,  VIII,  i5,  devant  viyantah. 
Anyalra,  VIII,  17,  devant  cif  (VIII,  xxiv,  1 1). 
Apa,  VII,  33,  devant vridhi (VII,  xxvn,  2). 
4ifà,  VII,  5,  devant  un  monosyllabe  affecté  du  hshaipra- 
sandhi  (X,  lix,  3). 


vant. 


8Î  AOUT-SEPTEMBRE    1857. 

Dvd  (X,  xlviii,  7). 

!  .4  (IV,  xxxi,  4). 
^T(!ivCXL,3)"^ 
Arsha  (IX,  xcvil,  01) 
(cf  IX.xcvm,.). 
Naram  (  IX ,  xcvil ,  49). 
Navante  (IX,  c,  1). 
Nu  (II,  xxx,  7). 
Sat  (II,  XLi,  10). 
Sutah  (VII,  xxxu,  a/i). 
Su  (IV,  xxxi,  3). 
"Aya,  VIII,  7  (IV,  xviii,  a). 
'Arca,  VII,  ia  et  19  (V,  xvi,  1), 

!Arca  gâya,  VII,  ao  (VI,  xvi,  aa). 
Arca  devâya,  chez   Bharadvâja,  VII,   aa 
(M,  lxviii,  9). 
Arca,  VII,  îa,  devant  marudbhyah  (V,  lu,  1). 
'Arsha,  VII,  16  et  19  (IX,  lxv,  19). 

Kiilpeshu  (IX,  ix,  7). 

!  Agne  (1,  lxxix,  7). 

I    Kam  (X,  L,  5). 

Nah  |  suivis  J  Pârye  (VIII,  txxxi.g). 
Ava,    VII,    39,1  iVu     (      de     j   Maghavun  (VI,  xv,  i5). 

devant j  /    Vâjayiun  (VIII,  lxix,6) 

l       (cf.  X.cv,  8). 

Ninam  (VI,  xlviii,  19). 

Pritsushu  (I.CXXIX,  &). 

Vâjeshu  (VI,  1x1,6). 
i4»a,  VIII,  1 3,  devant  puramdhyâ  (V,  xxxv,  8). 
<4»a/Aa,  VIII,  1 5,  devant  sah. 
'Avishtana,  VII,  18  et  19. 
'Ashtâ,  Vil,  16  et  19  (VIII,  11,  4i). 
Asnjata,  VIII,  16,  devant  mâtaraih  (I,  ex,  8). 
Âgata,  VIII,  16,  devant  tarvatâtaye  (l.cvi,  a;  X,xxxv,  11). 
Âvya,  VIII,  3o,  à  la  fin  d'un  pâda,  devant  une  consonne  (1. 

CLXVl,   l3). 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  83 

*Ita,  VII,  17  et  19  (VIII,  lxxii,  7). 

(  Jayatâ, \ll,  16  (X,  cm,  i3). 
//^devant.  .  .  .1  Dkiyarn,  VII,  17  (V,  xlv,  6). 

(  Ni,  VII,  17  (I,v,  1). 
'Iyarta,  VII,  18  et  19  (VIII,  vu,  i3). 
*Ishkarta,  VII,  18  et  19  (VIII,  1,12). 
Iha,  VIII,  1 4,  devant  vrinîshva  (IV,  xxxi,  11). 
Iraya,  VIII,  i5,  devant  vrishlimaniam  (X,  xcvm,  8). 
ïrayatha,  VIII,  16,  devant  marutah  (V,  lv,  5). 
*//ùÀ*.#,  VII,  18  et  19  (VIII,  xxni,  1). 

Nu,  changé  en  nv  (VIII,  lv,  9). 

U,  VIIT  7,  devant)  &'  chan&é  en  sv  (V'  LXXXV'  5) ; 

mais  non  devant  ces  mots  suivis  de 

arya  (X,  lxxxvi,  3). 

/  Gribhâya  (V,  lxxxiii  , 

10). 

Carkirâma[X,xi,,  1). 

Te  asti  (VIII,  lxx,8; 

cf.VIH,Lxx,5}. 

Temahimanah  (X,  liv, 

3-,cf.VIIi;Lii,5). 

Naksumanâh  (IV,  xx, 

4;cf.I,cxxxvm,4). 
,ig  I  Pra  vocaih  (cf. IX ,cx, 

de    \  n  >)• 

Pra  vocata   (X,  xl, 

il). 

Ratham  (VIII,  XXVI, 

Çrudhi  (I,  xxvi,  5). 

Stavânâ  (IV,  lv,  4). 
I  Stavâma  (IV,  xxxix, 

*  Ukshata,  VIII,  7  (I,  lxxxvii,  2). 
'Uccha,  VII,  1 3  et  19  (VI,  lxv,  6). 


V,  VIII, 


/'  Tu(X,  lxxxviii,  6),\ 
D/uS/i  (IV, vi,  11), 
Namobkih  (I,  lxxvii, 

2), 
Nu,  bref  (I ,  clxxix,  2; 

;;;*;;!  Cf.vi,ix,6), 

devant!  ^avi'ra"l(IX>XLV'4), 
MaWA  (VIII,  lv,  10), 
Kra/Wya(IV,Li,  2), 
Çucini  (II,  xxxv,  3) , 
Su  (I,  cxxxvin,  8), 
\  Sutasya  (X,  xciv,  8) , 


non 


84  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Uccha,  VII,  i3 ,  devant  duhitah  (V,  lxxix,  9). 
'Upâgatya,  VII,  18  et  19  (exemple,  ditUvata,  tiré  non  delà 
samhitd,  mais  de  hvritti  :  Upàgatyâ  somyâ  somyâsali). 

Ubhayaira ,  VIII ,  ao,  devant  te  (  III ,  lui  ,  5  :  dans  cet  exemple 
tni,  pour  tra,  forme  la  8*  syllabe  d'un  pâda  de  1 1;  mais, 
malgré  cela ,  il  ne  devrait  pas  s'allonger,  parce  que  te  est 
grave;  voy.  VIII,  ai). 

Uru,  VII,  3i,  devant  nu  (VI,  xlvu,  i£). 

•Uruskya,  VII,  18  et  19  (V,  xxiv,  3). 

FLitena,  Vil,  7,  devant  vi,  changé  en  vy  (X,  cxxxix,  h)- 

Hidhyûma,  VII,  33,  devant  fe,chezVâmadéva  (IV,  x,  1;  cf. II, 
xxviii,  5). 

Ena,  VIII,  19,  devant  sumatim  (IX,  xevi,  a). 

Eva,  en  tête  d'un  pâda,  VII,  12  et  19,  soit  devant  une  con- 
sonne simple,  soit  devant  un  groupe  (I,  vm,  9;  IV, 
xix,  1). 

Eva,  devant.  .  .  I   Cam'  VI1I«  ao  <VI«  XLVIM'  l7>- 
(   Yathd,  VII,  12  (IV.  xxx,  1). 

'Karta,  VII,  1  a  et  19  (I,  xc,  5). 

Karta,  VII,  ia,  devant  yat  (I,  lxxxvi,  10). 

Karlana,  VIII,  18,  devant  çrushlim  (II,  xiv,  9). 

Kâvyena,  VIII,  6,  devant  svah  (IX.i.xxxiv,  5). 

Kira,  VIII,  17,  devant  vasu  (IX,  lxxxi~3). 

'Kutra,  VII,  17  et  x 9  (V,  vu,  a). 

Krinuta,  VIII,  i5,  devant  suratnân(X,  lxxviii,  8). 

!  devant  un  monosyllabe,  affecté  du  kshai- 
prasandhi,  VII,  5  (VIII,xxvu,  18). 
devant suprattkam, VIII,  1 5  (VI,xxvm,  6). 

devant  un  monosyllabe  affecté  du  kshai- 
prasandhi,\ll,b  (IV,  III, 4). 

[  •J«"'r«î  (VIII,  lxxxvi,  8). 
devant,    VII,     D,uja,ri  (X,  xlu,  7). 
{  Nah{l,  xxxvi,  i4). 
Sahasrasâm  (I,  x,  11). 


kridhi 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.  85 

'Krishva,Vïl,  16  el  19  (VI,xvm,  l5). 
'Kshara,  VII,  16  et  19  (IX,  xxxv,  3). 
"Kshâma,  VII,  i5  et  19  (X,  cxxxvi,  1). 
"Ganta,  VII,  i3et  ig(V,  lxxxix,  9). 
Ganta,  VU,  i3,  devant  ma  (VIII,  xx,  1). 
Gâtuya,  VIII,  18,  devant  ca  (VIII,  xvi,  12). 
*Gâhata,  VII,  17  et  19  (I,  lxxxvi,  10). 
Gûrdhaya,  VIII,  6,  devant  svah  (VIII,  xix,  1). 
Gmanla,  VIII,  i5,  devant  nahuskah  (I,  cxxn,  11). 
"Gha,  VIII,  7  (IV,  xxvii,  2) ,  excepté  devant ,  VIII,  11  : 
sah  (X,  xxv, \ 

dans  Kutsa  etVimada  (cf.  VIII,  xlvi,  4). 


ioj, 
va    (I,   exil, 

»9). 


Nu,  changé  en  nv,  VII,  7  (II,  xv,  1). 
Gha,  devant1. .  )   Tvadrik,  Vffl.  i3  (X,  xliii,  a). 

J  57^^111,17  (VIII,  XLIV,  23). 

(  Syâïât,  VIII,  19  (I,  cix,  2). 
Ca,  VIII,  17,  devant  bodhati  (I,  lxxvii,  2). 
"Cakrima,  VII,  i3  et  19  (VII,  xxxi,  2). 

/  Jïhvayâ  (X,  xxxvii,  12). 
** Cakrima,  VIII,  1  Bhâri  dushkritum  (X,  c,  7;  cf.  VIII,  xlvi, 
8,  excepté  de-<       25). 
vant,VIII,io)   Vardhatâm  (III,  1,2). 

\    Vipravacasah  (VIII,  L,  8). 
Cakrima,  VII,  i3,  devant  brahmavâhah'1  (I,  ci,  9). 
Cakra,  VIII  ,19,  devant  jarasam. 

C«ra,VIII,5,de-(   Carshaniprâh  (VII ,  xxxi,  10). 

.  <   Pushtirh  (VIII,  xlviii,  6). 

vant J  •       v  '     ' 

(  Soman  (I,  xci,  19). 

1  Ces  allongements  sont  mentionnés  à  part ,  nonobstant  la  règle  générale 
du  chapitre  VIII,  7  et  8 ,  parce  qu'ils  ont  lieu  devant  des  groupes  de  con- 
sonnes. (Voyez  plus  haut,  p.  73  et  7/1.) 

2  Voyez  la  note  relative  à  gha. 


86  AOUT-.SEPTEMBRE  1857. 

'Jagribhma,  VII,  i5  (X.xlvii,  i). 
Jagrabhu,  VIII,  18,  devant  vâcaih  (X,  xvm,  i4). 
Janaya,  VIII,  i3,  devant  duivyam  (X,  lui.  G). 

/anima,  VIII^.I^fMVI,  xv,  ,3). 

devant &*  (IH.  «v,  8). 

(  //ann(III,xxxi,8). 

Janishva,  VII,  34,  devant  devavîtaye  (VI,  XV,  i8) 
'Jambkaya,  VII,  1 3  et  19  (I,  xxix,  7). 
Jambhaya,  VIII,  1 3,  devant  toTi  (II,  xxiii,  9). 
/ova,  VIII,  6,  devant  «aA  (VIII,  lxxviii,  4). 

IUn  monosyllabe  affecté  du  kshuiprasandlu, 
VII,  5  (VI,  1.1,  U). 
Cihitvah,\l\,  3a  (V,  111,7). 

'Jim»,  VII.  16  et  19  (VIII,  xlix,  ta). 

"Jahota,  VIII,  7  (V,  xxvm,6). 

Juhota,  VII,  6,  devant  ja1,  changé  en  tv  (III,  ix,8). 

Jnhota,  VII,  33,  devant  madhumattamain  (VII,  on,  3):  cette 

mention  particule  re  est  rendue  inutile,  ce  .semble.  Mr  h 

règle  générale  du  chap.  VIII,  7. 
'Josha,  VII,  16  et  19  (X.CLViu,  a). 

j  Naïf,  ViI,a3(VI,Lxxv,  17). 

Rathu,h{Vl,  lxxv,  8).       |MI.a8. 
(  Soo*a/i(VI,xvi,  17),  ) 

Taim.VHI,  7  (IV, vi,  6). 
Tapa, VU.  16  (VI,  v,  4). 
Tarpaya,  VIII,  18,  devant  kâmuih  (I,  i.iv,  9). 
Tira,  VIII,  i5,  devant  çactbhih. 
'Tishtha,  VII,  îa,  i4  et  19  (III,  xxxv,  1). 

Tun/Aa, devant..!  W.  VII.  ia  (I,  xk.  6). 

(   H irtinyayath  ,  VII ,  1/4  (VIII,  i.Vin,  16). 

1  Voyez  la  n»le  relative  ;.  gha. 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  87 

vin  a        i  i   ^e  dwnsah  (I,  xlix,  4;  cf.  IV,  xxn,  6). 
ia,VHI,8,apreS     Nahsava^^  (VIII,  xxi,  io;  cf.  IV,  xxxii, 
un    monosyi-l  , 

labe (VIII  vu, U^e(VI,xxix,5). 

il  ;  cont.  VI  ,<    v   '-"  a    \  -  /y  a\ 

.         .1    ïamiyanam  (A,  lxxxviii,  o). 

xxm, 7);  ma,s     p^^  (X,  x,  6). 

non     devant,!  r  t      JT  . , 

V1  [   Lakra  (1,  clxxvii,  4). 

™'  9 j  tf« :  (VIII,  xxxii,  24). 

Trimpa,  VII,  7,  devant  ci,  changé  en  vy  (VIII,  xlv,  22). 

/  No  adhi [\l\I,  xx,  25;  cf.  IX,  lxvi,  3o). 

Tenu,  VII,   23,1  Pavasva  (IX,  lxi,  19). 

devant j  Sahasyena  (VII,  lv,  7). 

'  Suçravasam  (I,  xlix,  2). 

Da<Z/uî<«,VII,24,(  Xe'a"1  (IX'  XXI'  6)' 

devant j  ^wam  (V,  xxn,  1). 

(    Venant  (IX,  xxi,  5). 

"Dadhima,  VIII,  7  (X,  xlii,  6). 

*Dadhishva,  VII,  i5  et  19  (III,  xl,  5). 

'Daçasya,  VII,  16  et  19  (VI,  xi,  6). 

Daçasyatha,  VIII,  17,  devant  krivim  (VIII,  xx,  2/1). 

'Didhrita,  VII,  17. 

Drâvaya,  VIII,  17,  devant  tvam  (VIII,  iv,  11). 

iPâyamdnah  (IX ,  xcvn,  3),  \ 
Rât  (VI,  xii,  5).  VIII,  a. 

Soma  (IX,  cvi,  4).  ) 

Svaslaye,  VIII,  6  (IX,  lxxv,  5). 

Dharma,  VIII,  3o,  devant  sam,  à  la  fin   d'un  pâda   (III, 

xvii,  1). 
D/iata,  3i,  devant  rayim  (III,  liv,  i3). 
Dhâma,  VII,  33,  devant  ha  (VI,  11,  9). 
'Dhâraya,  VII,  16  et  19  (X,  xxv,  4). 
Dhâvatâ,  VIII,  14,  devant  suhustYah  (IX,  xlvl  Kl 


H  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Dhâsatha,  VII,  6,  devant  su,  changé  en  sv  (I,  cxi,  a). 
Dkishva,  VII,  34,  devant  çavah  (II,  xi,  18). 
'Namasya,  VII,  16  et  19  (II,  xxxm,  8). 
Nayata,  VIII,  16,  devant  baddham  (X,  xxxiv,  A). 

devant  des  monosyllabes,  affectés  du  kshai- 
prasandhi,  VII ,  5  (IV,  xviu ,  4;  cf.  VI, 
Nahi {       xxvii,  3). 

devant  nu  vah,  VII,  3o  (I,  clxvii,  9;  cf. 
VI,  xxvii,  3). 

Nu,  en  tête  d'un  pâda,  VII,  10  et  19,  soit  devant  une  con- 
sonne simple,  soit  devant  un  groupe  (I ,  xcvi ,  7  ;  IV,  xvi , 
ai). 

Gth. 

Grinânah  (IV,  XV! ,  ai). 
Nu,  VII,   10  etï  Cit,  non  suivi  de  yafy   (VI,  xxx,  3;  cf. 
11,  s'il  ne  ter-]       VIII,  lx,  10). 
mine   pas  un/  Mahitvam  (I,  lix,  6). 
pâda, s'allonge)  '   Maria   (I,    LXiv,    i3;    V, 

devant f  l        xxxi,  i3), 

Te,  j     suivis  I  ou  de 
Sali,)       de     j  Adrivuh  (VIII ,  xxi ,  a  ;  cf. 
VI,  xxvii,  3  ;  VI,  xiv, 

»)• 

JVefAa.VIIl,  19,  devant  ca  (X,  cxxvi,  a). 

Neshathu,  VIII,  16,  devant  sugarii  (V,  liv,  6). 

'Pacata,  VII,  17  et  19. 

"Paptata,  VIII,  8  (I,  lxxxviii,  1). 

Parsha,  VIII,  6,  devant  svastaye  (I,  xcvn,  8). 

"Paçyata,  VIII,  7(1.  cm,  5). 

Pallia,  VII,  3i,  devant  rficaA  (I,  lxxxvi,  1). 

'Pâlhana,  VII,  17  et  19  (I,  clxvi,  8). 

Pâyaya, VIII,  18,  devant  ca  (III,  lvii,5). 

'Pâraya ,  VII ,  1  a  et  1 9. 

Pâraya,  VII,  ia,  devant  navyah  (I,  cxxxxix,  a). 

"Piprita,  VIII,  7  (I,  cxv,  6). 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  80 

Piprita,  VIII,  6,  devant  svasluye1  (X,  lxiii,  8). 
'Piba,  VII,  a  et  19  (VII,  xxii, (  Maàhvak  (X,  cxvi,  1). 
i).-Exceptédevant,VII,2.:    %«  (X,  cxvi,  1). 

(   Çuddham  (I,  glxiv,  4o). 

!  devant  <a,  changé  en  tv , 
VII,  6  (VIII,  i,26.) 
devant    madhunâm,   Vil , 
i4  (IV,  xlvi  ,  1). 

Pïbata,  VIII,  17,  devant  munijanejanam  (I,  clxi,  8). 
*Punâta,  VII,  1 5  et  19  (IX,  ctv,  3). 

Pura  dâcushe  (  IX ,  xx ,  9 ). 

Puni  va  (I,cxlii,  10). 

Para  vidvûn  (VIII,  lxxxi, 
*Puru,  VII,  9  et  19  (VI,  xxix,]       q\ 

6).— Exceptions, VII,  20-22:  j  pttr^iâç»à  (VII,  lxii,  1). 

Pura  viçvâni  (I,  cxci,  9). 

P«ru  paita  (IV,  xxxvii  ,  8). 

Pura  Ai  (VI,  lxiii,  8). 

G'*(X,x,i). 
Dhiyâyate  (IX,  xy,  2). 
Pwra,  VII,  9,  s'il  ne  termine  pasl  Nrishûtah  (VIII,  iv,  1). 
un  pâda,  s'allonge  devant.  . .  j  Purubhujâ  (V,  lxxiii,  i). 

/  Puruhâtah  (VIII,  11,  3a), 
\  Sahasrâni  (VIII,  l,  8). 

Pricha,  VIII,  i3,  devant  vipaçcitam  (I,  iv,  4). 

"Prichata,  VIII,  7  (I,  cxlv,  1). 

"Prinata,  VIII,  7  (II,  xiv,  io). 

Pra-pra,  VII,  33,  devant  vo  asme  (I,  cxxix,  8;  conf.  VIII, 

LV1II,   l). 

"Prusha,  VIII,  7  (X,  lxxii,  1). 
'Bibhaya,  VII,  18  et  19  (VIII,  xlv,  35). 
*Bo<tô«,  VII,  i3  et  19  (VII,  xxn,  3). 

1  Voyez  la  note  relative  à  g/i«. 


90  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

Bodhu ,  VII ,  i3,  devant  stotre  (X,  clvi,  5). 
Bodhaya,  VIII,  i£,  devant  puramdhim  (I,  cxxxiv,  3). 

(A  ri  nota  (  VIII,  xxxn,  17). 
Krinoti  (I,  cv,  i5). 
Ca  girah{ VI,  xxxvm,  3;  cf.  X.  iv. 

devanl \   Tâtot{\l,xx,b). 

I   Te  (VIII,  lxxix,3). 
I   iVoA(VII,  xxviii,  1). 

„.    .    .....         /    Tvam  (VII,  xxvii,  1). 

/  <  BAun  (I.  lxxxi,  6). 

devant )  /v  ' 

(   Raye  (X,  cxn,  10). 

•fî/umi.Vll.  net  19  (VUI,  II,  a3). 

(  Sa,  changé  en  sv,  VII.  6  (X,  r.xin,  1  >). 
Bhara  devant...  ?    _     .    _°    r  /1V  ., 

j  S»aA, VIII,  6  (IX,  cvi,  4). 

Tùtujânah  (I,  lxi,  12). 
YYum  (X,  lxxxiii,  3). 
B/wra,  Vil,  11,1  Daddki. 

s'il  ne  termine]  Nah  (I,  uni,  9). 
pas  un  pâdaj   Bhâri  (III,  liv,  i5). 
s'allonge    de-j  Bhojanâni  (V,  iv,  5). 

vant I  hfatibhih  (IX,  cm,  1). 

'    Yonim  (I.  cxl,  1). 
Stomurn . 

iJâlavedasam  (X,  clxxvi,  a). 
Mrilayadbhyâm  (I,  cxxxvi,  1). 
>«/(VIII.Ll.l). 
VuMuoirfaniafn  (  VI ,  xvi ,  /j  1  ). 
Somam  (II,  xiv,  6). 

'Bhava,  VII,  1 1  et  19  (I,  clvi,  i). 

IDyumni  (X,  lxix,  4). 
Me  (X,  lxxxiii,  7). 
Çata  (VII,  xv,  i&). 
x  Stotribhyah  (III,  X,  8). 


I 


gf    ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  91 

fihm^i,\\U,  19,  devant  mrilayantah.  (I,  cvn,  1). 
BJ  ,j4pl,  VIII,  i3,  devant  tanâbhih. 
"t,VII,  i4et  19  (V,  vu,  5). 


i^H 
^ 


f" 


!Kadâ  (I,  cv,  3) 
Cakratuh  (I,  clix,  2). 
Nishlyâ-iva  (VIII,  1,  i3). 
Varunasya. 
Sâryasya  (X,  xxxvn,  6). 
Harivah. 

^ia,  VIII,  3o,  à  la  fin  d'un  pcfcZa,  devant  une  consonne 
î,  clxxiii,  6). 
g0^na,\ll,  i4,  devant  tribandhurah  l  (VII,  lxix,  2). 
liérfhata,  VIII,  3o,  à  la  fin  d'un  pâda,  devant  rathah  (I, 
JP-xxxu,  1). 

iikshu,  VII,  2,  même  quand  il  est  premier  terme  d'un 
omposé;  voyez  la  2e  liste  alphabétique  (VIII,  xxxi,  i5; 
/<II,  xxxi,  20;  VII,  lxxiv,  4). —  Exception:  makshumga- 
nâbhih.VU,  4  (VIII,  xxii,  16). 
ida,  VIII,  6,  devant  svastaye  (X,  lxiii,  3). 
i    iadata,  VIII,  7  (I,  li,  1). 

adatha,  VII,  17  et  19  (VIII,  vu,  20). 
îanthata,  VII,  i5  et  19  (III,  xxix,  5). 
andaya,  VIII,  18,  devant  go5Ai$  (III,  xxx,  20;  III,  L,  /1). 
'andasva  de-i  S«,  VII,  3o  (VIII,  vi,  3g). 
.1  vant (  Hi,  changé  en  hy,  VII,  6  (III,  xli,  6). 

if&Iarmrijma,  VII,  18  et  19  (III,  xvm,  4)- 
lahaya,  VIII,  6,  devant  svah  (I,  lu,  1). 
Mimikshva ,  VII ,  i5  et  19  (I,  xlviii,  16). 
Mumca,  VIII,  i4,  devant  sushjivushah  (X,  xciv,  i4). 
Mumcata,  VII,  7,  devant  «1,  changé  en  vj  (IV,  xn,  6). 
"FMrila,  VII,  16  et  19  (I,  cxiv,  2). 
Mrilaya,  VIII,  20,  devant  na/i  (VIII,  xlviii,  8). 
'Moshatha,  VII,  17  et  19  (V,  liv,  6). 

1  Voyez  la  note  relative  à  c/ha. 


«»2  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

j  .  .  .asya,  précédé  d'une 
consonne,  VII,  3  (IV, 
SlII,  1  ;  I,  mu,  8;  cf. 

I.  CXL,   ÎO). 

Anu-driçya  (X,  cxxx,  7) 

Abhi-pudya  (X,  lui,  9) 
.ya,  Vil ,  3 ,  non  précédé  d'à,    Abht-inhu  (  \,  c.i.xxiv,  a) 
et  final   d'un   terme  de  deux     Abhi-vlar/ya    yatra     (1 
syllabes,  qui  termine  un  corn- 1       cxxxiii,  1;  cf.  I,  cxxm 
posé  et  commence  par  un  udâttai        a). 
(II,  xxxvii,  3;  cf.   I,  cv,  a;l  A-rabhya  (I,  lvii,  /j). 
X.lxxxv,  33;  II,  X,  5;  VIII, I  Ni-yûya  pishtaluinuyd  (cf. 
l,  4) — Exceptions  (VII,  4):  |       X.  lxx,  10). 

Nishadya vi (I ,  clxxvii, 4 ; 
cf.  I,  cvin,  3). 

Prâsya,    pour    pra-asya 
(I,  cxxi,  i3). 

Sam-gatya  (X ,  xevu ,  a  1  ). 

Sam-mtlya1  (I.  clxi,  1a). 


Yakshva,  VII,  34.  devant  mahe  (V.  xi.u,  11). 
')achu,  \  II.   16  et  19  (I,  XXII,  l5). 
'Yachata,  VII,  17  et  19  (II,  xxvn,  6). 
Yachata,  VIII,  6,  devant  svastaye  (X.  LXIÎI,  îa). 
Ta/a,  VII.  16  et  19  (l.i.xxv,  5). 

hnpîtaih  (X,  XXVIII,  8). 
CakÀh  (VII,  lxiii,  5). 
Te  (I,  clxiii,  4). 
Yalra.Xll,  a6  et  a8,  en  tête  d'uni  Dafajryan(X,cxuvin,  1). 
pâda,  devant.  .  .^  j)[ah  (I(  LXxxix,  9). 

AraraA  (Vil,  lxxxhi,  a) 
Niyudbhih  (X,  vin,  6). 
Bhayante  (VU,  lxxxhi ,  a). 


Dans  tous  ce»  composé*  en  ya ,  la  1  "  syllabe  du  second  terme  est  udâtta 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.  93 

/  Matili  (V,  xliv,  9). 
Madanli  (V,  lxi,  i/|). 
Rananti  (IX,  cxi,  3). 
Rathasya  (III,  lui,  5). 

IW,  VII,26et  28,  en  tête  d'uni  *<f  «™  (!«  m«  *)■ 

,.,      j  <    Va/i  (I,  CLXVI,  o). 

pada,  devant \        *,  v  '  % 

1    Vadete  (A,  lxxxviii,  17). 

Sapia-rishîn  (X,  lxxxii,  2). 

Samudrah  (X,  cxlix,  2). 

Supaniâk  (I,  clxiv,  21). 

\  Somasya  (VIII,  iv,  12). 

Yatra,  VIII,  17,  clans  l'intérieur  d'un  pacfa,  devant  vi  (VIII, 
xiii,  20). 

/  Mrityoh,  VII  ,21  (  X ,  clxi 

Tadi,  VII,  17  et  19  (III,  xxix,         a)' 

6),  excepté  devant I   ,',»'•  \  '         ' 

/       21). 

\  Fa,VII,22(X,cxxix,7). 

Kavînam  (X,  xxn,  10). 
Krithah. 
Yadi,  VIII,  4,  dans  l'intérieur]  Goh  (X,X1I,  3). 

d'un  pâda,  devant ,  .  J  Manasah  (IX,xevu,  22). 

Sabandhavah  (IX,  xiv,  2). 
Saramâ  (III,  xxxi,  6). 

"Yanta,  VII,  17  et  19. 

*Yâvaya,  VII,  17  et  19  (X,  cxxvn,  6). 

'Yukshva,  VII,  i3  et  19  (X,  iv,  6). 

r«W,,ade,a„tif'>VLn,.3(VI,xv,,43). 

(  Hi,  changé  en  hy,  VII,  6  (I,  xiv,  12). 

Yuyota,  VII,  32,  devant  cârum  (VIII,  xvm ,  11). 


Yem,  VII,  a  7  et 
a8,  devant 


94  AOUT  -SEPTEMBRE   1857. 

/  Danisishthu  (VIII,  xxiv.  a5) 
Daçugvam  (VIII,  xu,  a). 
.\ali  (I.  Util    a). 
Le  thème  navagva  (IX.  cviii,  4;  IV.  m 

à)- 

MÀ(Viu.ix,À). 

M»  (VIII,  xu,  4). 

/\ir«iA-«i  (I.  L.  6). 

PrithtVYiih  (II,  XVII,  6). 

YatibhYah  (VIII.  ni,  A). 

PcM  (VIII,  xvii,  io). 

Vo,am(Vl.xvi.  A8). 

Vnfrwrâ  m'A  (I,  LXXX.  a;  cf.  VIII.  ix.  A). 

Samatsu . 

Samudram  (VIII.  m.  io). 

Sahantah  (V,  lxxxvii,  5). 
\  Swr  na  (V,  Liv,  i5;  cf.  X,  cxxi,  5). 
Yoja,  VII,  7.  devant  «a,  changé  en  nv  (I,  lxxxii,  i,  etc.) 
Yodhaya,  VIII,  18,  devant  ca  (III.  xlvi,  a). 
•ftoAiAa.  VII.  1A  et  19(1.  xviii,  3). 
AoJbnii,  VII,  iA.  précédé  à'agne  et  suivi  de  nah  (VII.  xv. 

i3;cf.  XIV,  cxiv,  3). 
••/kfoAa/a,  Vni.  7  (I.  clxvi.  8). 
liakshatha,  VII.  3a.  devant  na  (VIII    \1.w1.  1) 
•/{«/.a,  VII,  16  et  19  (IX.  vu,  7). 
•flaJa,  VII,  16  et  19  (VI.  «1,  6). 

*«**.. vu..)  jW^-l?* 

r    /  {  Kam  (I,  cxxxii,  A). 

***"*--   \  ÇêMt \l.  U.$). 

'Rarabhma,  VII,  1 5  et  19  (VIII,  xlv,  ao). 

Rarima,  VII,  3a,  après  vanemâ  et  devant  vayath  (II.  v.  7) 

Rarima,  VIII,  ao,  devant /e  (III ,  xxxn,  a). 

DÀ       ,        ,      i   Ca,  VII,  3i  (I.cxiv,  6). 
flâna  devant.. .  I        ",    ....      *   ..  . 

|    Pitah, VII.  3o(I,cxiv,  9). 

'Ho/a.  VII,  16  et  19  (IX,  xci,  A  )•  —  Exception.  VII.   ao 

raja  yak  (IX.  mil  3) 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  95 

Ruhema,  VIII,  6,  devant  svaslaye  (X,  lxiii,  là). 

Roma,  VIII,  y  il,  devant  prithivyâh  (I,  lxv,  4). 

Vamsva,Vll,  2A,  devant  nah  (VIII,  xxm,  27). 

*ffafe,VII,  1 3  et  19  (I,  xxxvm,  i3). 

Vada,  VII,  i3,  devant  tanâ  (I,  xxxvm,  i3'). 

"Vadata,  VIII,  7  (I,  lxiv,  9). 

Vanuyâma,  VIII,  i3  ,  après  vîrân  et  devant  toofa/i  (I,  i.xxm, 

g;  cf.  V,  m,  6). 

T/  '  ,  (  Te,  VII,  3o( VIII, xix,  20). 

Vanema  devant {  .  K  ' 

\  Rarima, VII,  32  (II,  V,  7). 

'Vardha,Vll,  16  et  19  (VIII,  lxiv,  1 3).— Exception,  VII, 

20:  vardha  çubhre  (Vit,  xcv,  6). 

'Vardkaya,  VII,  10  et  19  (IX,  xcvn,  36). 

Vardhaya,  VII,  10,  s'il  ne  ter-{  Dyumnam  (I,cm,3). 

mine  pas  un  pâda,  s'allongej  Navyam  (I,  cxc,  1). 

devant (  Rudram  (VI,  xlix,  10). 

Vandhasva,  VII,  3o,  devant  su  (VIII,  xm,  2  5). 

"Vavanma,  VII,  i5  et  19  (VII,  xxxvn,  5). 

'Vavrâja,  VII,  18  et  19  (III,  1,  6). 

*Vasishva,  VII,  1 5  et  19  (I,  xxvi,  1). 

Kutsam,Vll,2i  (I,  clxxiv, 

5). 

Vâyo,  VIII,  21   (VII,  xc, 

Vaha,  VII,  10  et  19  (X,  xn,  2).  !       1). 

—  Excepté  devant \  Çushnâya,    VII ,    22     (I, 

clxxv,  9). 

Havyâni,  VII,  20  (X,  li, 

5). 

h  1      tttt  '-î  •     (  Tvam  (I,  xliv,  1). 

Vaha,  VII,  10,  s  il  ne  termine*  *    ...   *  '"  '    _, 

1 ',    . .,  n  j         .<  Du/u f a/i  (V,  lxxix,  o). 

pas  un  pada,  s  allonge  devant]  _   .      •  v    '  '. 

r  '  {  Daivyam  (I,  xxxi,  17). 

Fafetwua,  VII,  3o,  devant  su  (VIII,  xxvi,  23). 
Vâsaya,  VIII,  i3,  devant  manmanâ  (I,  cxl,  1). 
*ft<fo,  VII,  16  et  19  (V,  xli  ,  i3). 
Viddhi,  VII,  6,  devant  (u,  changé  en  tv  (VII,  xxxi,  4)- 

1  Pour  les  deux  règles  relatives  à  vada,  le  commentaire  cile  deux  lois  un 
même  exemple ,  qui  ne  s'applique  qu'au  çloka  1 3 ,  et  non  au  çhka  1 o. 


96  AOUT-SEPTEMBKE  1857. 

'Vidma,  VII,  i5  et  19  (X,  xlv,  a). —  Exception,  VII.  ao: 

vidma  dàlâram  (VIII,  xlvi,  a). 
Vidma,  VII,  6.  émmk  /".  shàng   1  ■  hy  (I IU.  11.  ai). 
*K«tt/a/a,  VII,  17  et  19  (I,  lxxxvi,  ij). 
Vtryena,  VII,  5,  devant  un  monosyllabe,  affecté  du  ksliuipnt 

sandhi  (IV,  xvm,  5). 
'Vriçea,  VII,  17  et  19  (III,  xxx,  17). 
Vettha,  VII,  3a,  devant  Ai l(VI,  xvi,  3). 

Ilïhnmaih  (VIII,  I..  ia). 
Me  (V.  xii,  3). 
Y...,  chex  Çunal.icepa  (I,  xw    -    «  f  VI 
U,  a). 
!    Viçvatya  (VI,  XLii,  3). 
Veda,  VIII .  1 4 ,  dan»  l'intérieur  d'un  pAda ,  devant  vasudhitun 
(IV,  vin,  a). 

Koca,devant...if'y,,^;(I^»ï'ï)- 

}  Sutesha,  VIII.  là  (VI,  lix.  1). 

Vocema,  VIII,  17,  devant  vidatheshu  (I.  xl.  6). 

Vyathaya,  VIII,  19,  devant  munyum. 

'Çanisa,  VII,  i3  et  19  (III,  xlix,  i). 

t'amsa,  VII.  i3,  devant  goshu  (I,  xxxvn,  5). 

Çaadhi,  VII,  3i.  devant  nah  (Mil.  ni.  11). 

Çatena,  VII,  3o,  devant  na  A  (IV,  xlvi,  a). 

'Çifcfei,  VU,  1 4  et  19  (VII,  xxxii.  aG). 

Çilcsha,  VII,  U,  devant  ttotnbhyah  (II,  xi.  ai). 

••Çiffto,VIII,8(VMl,M.,  10). 

Çfyffa,  VII,  6,  devant  su,  changé  en  sv  (VIII,  xl,  11). 

'Çrinuta,VU,  17  et  19  (II,  xli  .  i3). 

'Crinadhi,  VU,  17  et  19  (VIII,  xm,  6). 

•Çoca,  VU,  1  a,  i/i  et  19  (VIII,  xlix,  6). 

r         ,  (   Marudvridhah ,  VII .  1  b  (III ,  XIII ,  6  ). 

Çoca  devant J    _,     .  ,  :  ' 

^  (    Yavuhthya. 

'Çruvaya,  VII,  16  et  19  (VIU.lxxxv,  1a). 

Çrudhi,  en  tètej  Nah   ^    a4  (VI    XXVI     1} 

dunpo^.de-     ,,,„,„„,,  vn.3o  (II.  x,.  .). 
vant J  ' 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  97 

Çrudhi,  VIII ,  20,  dans  l'intérieur  d'un  pâda,  devant  nak  (I, 

cxxx,  6). 
Cradhi,  VIII,  3o,  à  la  fin  d'un  pâda,  devant  havam  (I,  xxv, 

,    *9). 

*Çrota,  VII,  1 5  et  19  (III,  lxxxvii,  9). 

*Sakshva,  VII,  1 5  et  19  (I,  xlii,  1). 

Sacasva,  VII,  34,  devant  nah  svastaye  (I,  1 ,  g  :  cf.  I,  cxxix,  9). 

Sada,\Illh,de-i  pîtaye  (VIII,  lxxxvi,8). 

vant (    Yonishu  (II,  xxxvi ,  4)- 

Sadma,  VIII,  3o,  à  la  fin  d'un  pâda,  devant  hotâ  (IV,  1,  8). 

*Sana,  VII,  12  et  19  (IX,  iv,  1). 

Sana,  VII,  33,  devant  jyotih.  (IX,  iv,  2). 

*Sura,  VII,  16  et  19  (IX,  xli,  6). 

"Sâdaya,  VII,  12  et  19  (I,xv,  4). 

Sâdaya,  VII,  1 2 ,  devant  sapta  (X ,  xxxv,  10). 

*Sima,  VII,  17  et  19  (VIII,  iv,  1). 

**Sirhcata,  VIII,  7  (II,xiv,  1). 

Cara  (VIII,  xxxn,  19). 
Tira. 

Dadhidhvain  (X,ci,  11). 
Nama  (I,  cxxix,  5). 
Namadhvam. 
Nayanta. 
Sa,  VIII,  3,  de-l  Mahe  (V,  xlii,  i3). 

vant \  Mamca  (X,  xciv,  i4). 

Mridhak  (II,  xxvm,  7). 

Agne  (I,  cxxxix,  7). 

Atra  (III,  lv,  2). 

Adhvaram  (III,  xxiv,  2). 

^,       ,      •  •     1  ./lyu/i  (VIII,  xviii,  22). 
le,    \  suivis    I     J    •  )  ' 

NahA     de     [if™ ^  I^lxxiii,i2). 

L//ja  (1,  cxxxix,  1);  mais 
non  de  upa  sâtaye ,  VIII , 
5  (I,  gxxxviii,  4)- 
Elu  (VIII,  xxvii,  3). 


H  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Sa,  VIII.  16,  devant  ratham  hâve  (Mil,  xxvi ,   i;  cf.  VIII. 

xlv,  9). 
'Su*ota.\\l,  i5  et  19  (VII,  xxxn,  8). 
'Supaptani,  VII,  i5  et  19  (I,  clxxxii,  5). 
'Srija,  VII,  1 3  et  19  (VII.  Lxxxvi,  5). 
Srija,  VII,  i3,  devant  vanaspate  (I,  xm,  1  1). 
Srijatu,  VII,  3i,(   Gayatàdhanaih  (IX,  Cl»,  a). 

devant I    Madhumattamuih  (  IX  ,  Mil ,  il). 

\S«tta,  VII,  16  et  19  (VI,  xliv,  9).  —  Exception,  VU.  ao 

tedha  ràjan  (X,  xxv,  7). 
'.Sofa,  VU,  ih  et  19  (VIII,  1,  17). 
Sota,    VII.    î/i.j   Pan  (IX.  cviii.  7). 

devant (    Varenyam  (VIII,  1,  19) 

\Waa,VII,  16  et  19. 
'5(om,  VII.  17  et  19  (II,  xi.  6). 
"Stava,  VIII,  7  (X,  lxxxix,  1). 
"Sfofa,VlII,8(Vni,xv!.  1). 

JfàVtyuidA  {Vâl.xi.  à). 
Jdtdh  (X,  lxiii,  a). 
Niikkfittk  (X,  xcvii,  9). 

hâh  (V,  lvii,  a). 
Havanaçrutah  (VIII,  i.yi  ,  5). 

"Sma,  VIII,  8  (IV,  xxxi,  8).— Excepté  : 
r  Après  prati,  VIII,  1 1. 

Tarn,  VIII,  ia  (I.xui.a). 
7rimAat,VIII,  1  a  (X,  en,  h). 

7*.  vin    1 1  (  Paruth,!yâ"1  ( v.  lu  ,  9  ). 

(cf.IV.xxxi,     VanasPa*  (I.  xxvm.  6). 
9)'.'.. 


Stha,   VIII.    7 

(V.LXI.l).— ! 

Excepté,  VIII,] 
10,  devant.. . 


a"  Devant. 


Vrajanaik  (VII,  III,  a). 
Çabhe[V,  lu,  8). 
Durgrïbhtyase.Vm,  ia  (V,  ix,  4). 
Durhanâyatah ,  VIII,  ia  (X,  cxxxiv,  a). 
Daaj',VIU,'ia  (V.  lvi,  7). 
Para,  VIII,  1 1 ,  chez  Vrishâkapi  (X ,  i.xxxvi, 
10;  cf.  I,  clxix,  5). 


ETUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  99 

Pushanam,  VIII,  12  (X,xxxm,  1). 

Afat.Vm,  12  (X,  xcv,  8). 

M<Î,VIII,  12  (X,  xcv,  5). 

Mâvate,  VIII,  12. 

Me,  VIII,  12  (X,xcv,  5). 

Yam,  VIII,  12  (V,  ix,  3). 
20  Devant. .  .  /   Yasmai,  VIII,  12  (V,  vu,  8). 
(Suite.)        I  Yasya,  VIII,  12  (V,ix,5). 

Râçiiîi,  VIII,  12  (IX,  lxxxvii,  9). 

W/esfca,  VIII,  12  (VIII,  xlix,  10). 

Vâiah,  VIII,  12  (X,  en,  2). 

Vritrahatyeshu ,  VIII,  12  (VII,  xxxil ,  l5) 

Sadma ,  VIII ,  12  (X,xcvi,  10). 
Sma,  VIII,  i5,  devant  cyavayan  '  (III,  xxx,  A). 
Sma,  VIII,  3o,  à  la  fin  d'un  pâda,  devant  sanemi  (IV,  x,  7). 
Svadma,  VIII,  1^,  devant  pitunâm  (I,  lxix,  2). 
Svâpaya,  VIII,  16,  devant  mithâdriçâ  (I,  xxix,  3). 
Svena,  VIII,  32 ,  devant  hi  (VII,  xxi,  6). 

Ha,  devant...  .j  Me™'  VI11'  l8  (lV>  XXXI>  5)" 
i   Vofcata^VIII,  i3  (V,  xli,  7). 

Hâta,  VII,  32  ,  devant  rn.ahh.am  (IX,  ci,  i3). 

"Hinava,  VIII,  7. 

"Hinota,  VII,  1 5  et  19  (X,  xxx,  11). 


II.  VOYELLES  FINALES  DES  TERMES  ANTECEDENTS, 
DANS  LES  MOTS  COMPOSÉS. 

LISTE  ALPHABÉTIQUE  DES   FORMES  DONT  LA   FINALE  EST  SUJETTE 
À  ALLONGEMENT  DANS  L'INTERIEUR  D'UN  COMPOSE. 

Akrishi,  IX,  4,  devant  v  (X,  cxlvi,  6). 

Aksha,  IX,  3,  devant  une  nasale,  autre  que  m  (X,  lui,  7). 

Aqha,  IX,  6,  devant  y  (VIII,  lx,  7). 

'  Voyei  la  noie  relative  à  gha. 


100  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Atïiku,  IX,  6,  devant  y  (VI,  xv,  17). 

Ajim,  IX,  6, devant  y. 

Adkvari,  IX,  6,  devant  y  (I,  xxiii,  16). 

Anapa,  IX,  10,  dans  anapâ-vrit  (VI,  XXXli,  5). 

Anna,  IX,  10,  dans  annd-vridham  (X,  l,  4). 

i4/ia,  IX,  2,  devant  la  racine  vrit,  aux  formes  où  elle  a  un 

n  (I,  uni,  1). 
Apari,  IX,  10,  dans  apari-vritah  (II,  X,  3). 
Api,  IX,  10,  dans  apî-juvâ  (II,  xxxi,  5). 
Api,  IX,  a,  devant  la  racine  vrit,  aux  formes  où  elle  a  un 

n  (X,  xxxii,  8). 
Abhi,  IX,  a,  devant  la  racine  rrit.l   Abhi-vàvrite ,    IX,   8    (X, 

aux  formes  où  elle  a  un  ri  (VI,  ]       r.t.xxiv,  1). 

lxx,4;  I.xxxv,  A).  —  Excepté)  Abhi-vrityu ,    W      8    (X  , 

dans (       clxxiv,  a). 

Abhi,  IX,  a,  dans  abhî-varta  (X,  clxxiv.  1  ;  X,  clxxiv,  3). 

Amuti,  IX  ,  7,  devant  v. 

Amitru,  IX,  11,  dans  amitrA-yndhah  (III.  xxix,  i5). 

j   *  j  IX,  5,  devant  y  (I,  xcix,  1). 
I  IX,  4.  devant  v  (IX,  cxiv.  A). 

4ra,  IX.  11,  dans  avA-yalt  (VIII,  lxxx,  1). 

1  devant  y,  non  initial  d'un/  Açva-yujah  (V,  liv,  a), 
monosyllabe,  IX,  5  (X,J  Açva-yûpâya  (I,  clxii  . 
clx,  5;  ci.  I.  1.1.  i/i). —  j  G). 
Excepté  dans,  IX,  9 . .  '  Açva-yogâh  (I,  clxxxvi,  7). 
devant  r,  1\  .  |  \  .  xcvm,[  ,4cva-vaf,  à  la  lin  d'un pâda 
7).  — Exccptédans,lX.J  (VIII,  xcvi,  5 ;  cf.  VIII , 
8 .  j       i.xxxm,  3). 

(  Açva-vil  (IX,  lxi,  3). 

Âhuti,  IX,  7,  devant  v  (IX,  lxvii,  39). 
Indra,  IX,  il,  dans  indrâ-vatah  (IV,  xxvn,  h). 
Ishu,  IX.  G,  devant  y  (I,  cxxviii,  b). 
Vktha,  IX,  3,  devant  m  (VII.  xxxm,  i£). 
Ctyra,  IX,  10,  dans  ugrâ-devam  (I,  xxxvi,  18). 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         101 
Uni,  IX,  3,  devant  une  nasale,  autre  que  m  (X,  xiv,  12). 
Riju,  IX,  6,  devant  y  (I,  cxxxvi,  5). 
Rina,  IX,  7.  devante  (X,  xxxiv,  10). 

/  devant  y,  non  initial  d'un  monosyllabe  IX ,  5  (  X , 
v,  3;  cf.  VIII,  lix,  10), 

1  TV  i  Ritayanta  (VIII,  m,  i4). 

I  exceptions,  IX,  9.  .1    •      J       .}  ! 

1  r  J     \  Rita-yuktim  (X,  lxi,  10). 

R.      !  allongement  excep-(  Ritâ-yan  (VII,   lxxxvii, 

tionnel  devant  uni        1). 

monosyllabe,  IX, j  Ritâ-yum. 

10 '  Ritâ-yoh(l,  glxix,  5). 

devant  v,  IX ,  4.  —  Exception ,  IX ,  8  :  rita-vâkena  (IX , 
cxiii,  2). 

/Ma,  IX,  12,  dans  ritâ-vne  l  (VIII,  xcn,  8). 
JJiii,  IX,  1 ,  devant  le  radical  sah  (VIII,  lxxvii,  1). 
Ritviya,lX,  7,  devant  v  (VIII,  xn,  10). 
Ridu,  IX,  3,  devant  tout  conséquent  (VIII,  lxvi,  \\). 
Rishi,  IX,  12,  dans  rishî-vah  (VIII,  II,  28). 
Eva,  IX,  12,  dans  evâ-vadasya  (V,  xliv,  10). 
Kava,  IX,  3,  devant  tout  conséquent. 
Kavi,  IX,  5,  devant  y  (I,  clxiv,  18). 
Kriçana,  IX,  7,  devant  v. 
Xrata,  IX,  6,  devant  y  (X,  lxiv,  2). 
Kshetra,  IX,  12,  dans  kshetrâ-sum  (IV,  xxxviii,  1). 
Ghrini,  IX,  7,  devant  v  (X,  clxxvi,  3). 
Ghrita,  IX,  11,  dans  ghritâ-vridhâ  (VI,  ÏAX,  4). 
Carshani,  IX,  3,  devant  tout  conséquent  (III,  li,  1  ;  VIII, 

l,  »). 
J«nt,  IX,  6,  devant  y  (VII,  xcvi,  k). 
Tugrya,  IX,  4,  devant  v  (VIII,  1,  i5). 
Tuvi,  IX,  î,  devant  le  thème  rava  (X,xcix,  6;  X,  lxïv,  4)- 
Tvishi,  IX,  3,  devant  m  (VI,  lxvi,  10). 
Dakshina,  IX,  10,  dans  dakshinâ-vân  (III,  xxxix,  6). 

1  Cet  allongement  est  mentionné  a  part ,  parce  qu'il  a  lieu  devant  un 
groupe  de  coasonnes.  (Voyez,  dans  la  première  liste  alphabétique,  la  note 
relative  à  gha.  ) 


102  AOl   I    M.i'TEMBRE  1857. 

Dama,  IX,  G,  devant  y  (VI,  xlvii,  16). 

Dtrgha,  IX,  n,  dans  dlrghd-dhiyah  (II,  xxvn.  4). 

Duchuna,  IX,  6,  devant  y  (VII,  lv,  3). 

Dtva,  IX,  î  a ,  dans  devd-vân,  suivi  de  divah  (cf.  X ,  i.xi  .  a6). 

Dyumna,  IX,  1,  devant  le  radical  sali  (I,  CXXI,  8). 

Dhânya,  IX,  3,  devant  tout  conséquent  (X,  xciv.  i3). 

Dhitu.lX,  7,  devant  v  (lll.xxvu,  a). 

Xitha.  1\,  7,  devante  (111,  mi,  5). 

Une  nasale,  autre  que  m,  IX,  3  (I.xxxm. 
8;  cf.  VIII.  ix,  3). 

p  j  n,  )  La  racine  vrit,  aux  formes  où  elle  a  un  n . 
I\  1  (X,  cxiii,  6)  —  Exception,  IX, 
8:  puri-vritaih  nu  (Vil.  XXVU.  a;  • 

•Mil.    2). 

l'un  a  ta.  IX,  7,  devant  »  (IX,  XLVI,  l). 

Pattya,  IX,  h,  devant  v  (IX,  xcvn.  18). 

l'itu.  IX,  5.  devant  y  (X,  cxlii,  a). 

Pitrya,  IX,  4,  devant  p  (IX,  xlvi,  j 

/'lia,  IX,  3,  devant  tout consequ- ;.      II  .   .;     U  .  \    \xii.lb). 

Putri,  IX,  6,  devant  v  (\1I    \..\i.  4). 

Paru,  IX,  a,  dans  purû-tama,  au  commencement  ou  à  la  lm 

d'un  hémistiche  (VI,  xlv,  39;  VIII.  xci.  7   <  I.  \  .  1  1 
Piuft/a,  IX,  7,  devant  d  (VIII,  xt.v,  iG). 
Priçana,  IX,  G,  devant  y  (I,  lxxxiv,  »  1). 
Pra,  IX,  1,  devant  le  radical  sali,  non  allongé  (X,  lxm\ 

6;  cf.  VI,  XVII,  h)-  —  Exception:  I\,  8,  prasahànuh  (\  . 

xcix,  a). 
Hhamgura,  IX,  4,  devant  v  (X.  lxxvi,  a). 
lihrshaja,  IX,  4.  devant  ». 
Makshu,  VIII.  a,  devant  tout  conséquent;  voy.  la  1"  et  la  3' 

liste  alphabétique  (UI,  xxxi,  ao). 
Madhu,  IX,  6,  devant  y  (V,  lxxiv,  9). 
Madhya,  IX,  6,  devant  y  (I,  clxxiii,  10). 
Màluna,  IX,  4,  devant  i>  (III,  lvi,  3). 
Mitra,  IX,  1  a,  dans  mitrâ-yuvah  (I,  clxxiii,  10). 
\fithu,  IX,  3,  devant  tout  conséquent  (I,  xxix,  Z). 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  103 

v  ..  {  devant  le  radical  sah,  IX,  1  (X,  xx,  7). 

lama )    ,  .„ .  Tv  /Tr  x  .    " 

J  \  dans  yajnâ-yale,  IX,  11  (V,  xli,  1). 

Yavi,  IX,  6,  devant  y  (X,  lxi,  9). 

Ratha,  IX,  1,  devant  îe  radical  sah  (VIII,  xxvi,  20). 

D  ,t      ,  (   Rathî-lama,  IX,  2  (I,  xi,  1  ; IX,  lxvi,  26). 

Rathi,  dans J  ■       '     v  '         -       *  fii  ' 

j  Rathî-tarah,  IX,  11  (1,  lxxxiv,  d). 

Aojrij,  IX,  5,  devant  j  (III,  lxii,  2). 

Vandhura,  IX,  6,  devant  y  (IV,  xliv,  1). 

Vayuna,  IX,  7,  devantu  (V,  lxxxi,  1). — Exception:  vayuna- 

vat  devant  cakâra  (VI,  xxi,  3;  cf.  IV,  Lï,  1). 
Valgu,  IX,  6,  devant  y. 

Vasu S  devant  j,  IX,6(I,li,  i&). 

j  dans  vusu-j uvam,  IX,  1 1  (VIII,  lxxxviii,  8). 

Vibhva,  IX,  1,  devant  le  radical  sah  (V,  x,  7). 

!dans  viçvâ-pusham .  IX,  11  (I,  glxii,  22). 
dans  viçvâ-bhuve,  IX,  11  (X,  l,  1). 
devant  le  radical  sah,  IX,  1  (III,  xlvii,  1). 

Viçvadevya,  IX,  /»,  devant  v  (X,  clxx,  h). 
Visha,lX,  7,  devant  v  (X,  xliii,  3). 
Vrika,lX,  6,  devant  y  (X,  cxxxm,  4). 
Vrijina,  IX,  6,  devant  y  (X,  cxxvn,  1). 

!  devant  y,  non  initial  d'un   monosyllabe , 
IX,  5  et  6  (I,  xxxii,  5;  III,  lu,  5;  cf. 
IX,  lxxvii,  5). 
dans  vrishâ-ravâya ,  IX,  10  (X,  cxi.vi,  2). 
Vrishnya,  IX,  7,  devant  v  (VI,  XXII i  1). 
Vaibhu,  IX,  7,  devant  v  (X,  xlvi,  3). 
Çakti,  IX,  7,  devant  v  (V,  xxxi,  6). 
Çata,  IX,  10,  dans  çatâ-van  (VI,  xlvii,  9). 

ratru  (  devant  j,  IX,  6  (X,  lxxxix,  i5). 

(  devant  le  radical  sah ,  IX ,  1  (VIII,  xux,  6). 

Çubhra,  IX,  7,  devant  v  (IX,  xv,  3). 


104  AOUTSEPTEMBRE  1857. 

Çrudhi,\X,  5,  devant  y  (VI.  lxvii,  3). 

Sakhi,  IX,  6,  devant  y  (I,  cxxvm,  î). 

Sadana,  IX,  19,  dans  sadanâsade  (IX,  xcvm,  io). 

Sapti,  IX,  7,  devant  v  (VII,  xciv,  10). 

Saha,  IX,  7,  devant  „  (I,(  f«J-~l^  (I.  xaii.  9).    j 

cxxv.    »).  -Excepté    S*ka-rasum  {l\,xin,*).     ,x   . 

dans  SaAa-ivîM(VH  .vAii.fi  |. 

\   Saha-vîram  (III,  1.1  v,  i3).' 
Sukratu,  IX,  5,  devant j  (I,  clx,  /*). 
Suta,  IX,  7.  devant»  (VIII.  liv,  6). 

Devant  y,  non  initial  d'un  monosvllalx  .  I\  .  5  (VI . 

li* 

exception:  sumna-yantâ,  IX,    8  et  9*  (VI, 

xlix,  1), 

Sumnâ  yan,  (lovant  il,  IV 
Sumna.{  allongement    ex-l        îa  (I,  cxiv.  3;  conf.  I, 

CXXXVIII,  1). 

Suintai  \uli ,    devant    /h/m  r 
(VI. '11. '3;  cf.  III    nui 

•)• 
,  Devant  v,  JX.4  (I.  cxm,  13). 

■Sa,    j  Sû-mayam,  IX,  10  (VIII,  lxvi,  m). 
dans.  .  |  Sû-yavasa,  IX.  a  (VI.  xxvm  .  7;  VII.  xvin.  4)- 

Soma,  IX,  11,  dans  somâ-vatuh  (X,  xcvn,  7). 
Stana,  IX,  a,  devant  tout  conséquent  (I,  cxx,  8). 
Stabha,  IX.  6,  devant  j  (III,  vu,  U). 
Svadhiti,  IX,  7,  devant  v  (I,  i.xxxvm,  a). 
Ilita,  IX.  7,  devant  »  (I,  clxxx,  7). 
Hridaya,  IX,  7,  devant  v  (I,  xxiv,  8). 
Ilrtiduni.  IX,  7,  devant  «  (V,  liv,  3). 

En  outre ,  on  allonge  la  finale  d'un  antécédent  quelconque 
1  '  Devant  magha ,  IX ,  1 ,  à  toutes  ses  formes ,  excepté  au 

1   Cette  exception  ie  trouve  répétée  dans  deux  ç loktu  .  et  le  comment  air* 
cite  deux  fois  Je  même  exemple.  , 


allongement  ex- 
ceptionnel de-' 
vant  un  mono- 
syllabe   


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.         105 

génitif  maghasya,  IX,  8  (VII,  lxxi,  i  ;  VIII,  lxx,  2;  I,  xlviii, 
10;  V,  xxxm,  6); 

20  Devant  vasu,  à  toutes  ses  formes,  IX,  1  (VII,  xxxn, 
2A;  X,  cxxxix,  k\  VIII,  xlvi,  1).  —  Exception:  vasu-vasu, 
IX,  8  (X,  lxxvi,  8). 

Parmi  les  allongements  mentionnés  dons  cette  liste,  le 
plus  grand  nombre  a  lieu  devant  les  semi- voyelles  y  et  v; 
deux,  devant  un  m  quelconque;  trois,  devant  toute  nasale 
autre  que  m;  huit,  devant  le  radical  sah;  six,  devant  le  ra- 
dical vrit,  aux  formes  où  il  a  un  ri. 

Dans  les  composés  comme  abhî-varta,  dont  nous  donnons 
le  thème,  et  non  un  cas  particulier,  l'allongement  a  lieu  à 
tous  les  cas.  Le  Prâtiçâkhya,  au  2e  çloka  du  chapitre  IX,  ap- 
pelle ces  mots  sahapravâdâh  :  la  règle  s'applique  au  mol  avec 
tout  son  thème,  c'est-à-dire  à  toutes  ses  formes. 


III.  ALLONGEMENTS  INTÉRIEURS,  SOIT  DANS  DES  MOTS 
SIMPLES,  SOIT  DANS  DES  PARTIES  DE  MOTS. 

N.  B.  Dans  la  liste  qui  suit,  la  voyelle  allongée  se  distingue 
par  sa  forme  de  majuscule. 

AdamÂyah,  IX,  28  (VI,  xvm,  3). 

AdhvÂnayat,  IX,  28  (VIII,  xvm,  10). 

AnÂnu. . .,  IX,  18  (II,  xxm,  1 1). 

Apvrusham,  IX,  29  (X,  clv,  3). 

Apvrusha-ghnah,  IX,  25  (I,  cxxxm,  6). 

Abhîvriteva  (dansle pada:  abhivritâ-iva),  IX,  2  5  (X,  lxxiii,  2). 

AçraihÂyah,  IX -,  28  (X,  cxn,  8). 

lyÂnti,  IX,  3o  (VI,  xxm,  l\). 

Uktha-çÂsa,  à  toutes  ses  formes,  IX,  19  (X,  lxxxii,  7;  X, 

cvn,  6). 
UshÂs.  .  . ,  à  diverses  formes  (voy.  UshÂsânaktâ  et  naktoshÂsa)  : 
x.  s 


100  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Ahran  (I,  xcii,  a). 
Asmai  (VIII,  i.xxxv,  i). 
Kati  (X,  lxxxviii,  18). 
i'  Après,  IX,  I  Tubkyafh  (1,  cxxxiv,  4). 

20 \  Dosham. 

Mahiyamânâm  (IV,  XXX,  9). 
Rdjatah  (I,  CLXXXViii,  6). 
Vanaspatim. 

IAgnim,  IX,  a6  (VII,  xcix,  4;  ctl  II    m  i\ 
l;VI,  XTII,  5) 
lmahe,  IX,  3o  (X.  xxxv.  a;  cf.  III.  xxxi. 
.5). 

3*  A  la  fin  d'un  pâdade  11  syllabes,  IX,  20  (I,  cxxiv  .,. 

cf.  I,  xliv,  1;  X,  1,  1). 
Ushitanoktâ  (voy.  ush.is.  .  .),  IX,  27  (X,  xxxvi,  1). 
Rijôyeva  (dans  le  pada.rtjayâ-iva),  IX,  27  (I,  clxxxiii,  5). 
RitÂyu-bluh,  IX.  39  (IX,  m,3). 
BitÂvartr-iva ,  IX,  39  (IV,  xvm,  6). 
Kiyltyâ,  IX,  39  (II,  xxx,  1  ;  cf.  X,  xxvn,  îa). 
GAtûyanttva  (dans  le  pada :  gâtuyantiiva) ,  IX,  a4(I,CLXix,  5)- 
Gimaya,  après  havydni,  IX.  39  (V,  v,  10;  cf.  X,  OUI,  h) 
Gllpayanli,  IX,  37  (I,  ci.xiv,  10). 
Ghrita-vJnti ,  IX,  37  (IX,  XCVi,  l3). 
.  .  .cyivay. .  .,  Dt,  17  (cyÂvayasi,  VIII,  lxxxi,  7). 
JÂgndhuh,  IX.  3o  (II,  XXIII,  16). 

./<«».  devant  pûrvyah,  IX,  a5  (VIII,  vu  ,  36;  cf.  I,  CXM,  1). 
JJrayanti,  après  tânrite,  IX,  a6  (I,  cxxiv,  10;  cf.  I,  xlviii,  5). 
J.ihrishânenâ,  IX,  39  (I ,  Cl,  a  ). 
TitAna,  après  laf/om,  IX,  a  A.  (I,  cv,  ia;  cf.  V,  1,  7). 
TAtripânA,  IX.  3o  (X,  xcv,  16). 
TÂtnpim ,  IX ,  3o. 

...f,Jfri*A...lX,i7/  Tatrishdnah,  après  iui,  IX,  a  a  (VI,   XV, 
{tltmhAnah.lA        5). 

xxxi,  7). — Ex-J  Tatrishânam,    devant  oshuti ,    IX,  ai    (I. 

ceplions I       cxxx,  8;  cf.  I,  rxxxiu,  1 1). 


ÉTUDES  SUB  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         107 

DÂdrishi,  IX,  19,  à  toutes  les  formes  où  le  thème  se  termine 

en  i  (II,  xvi,  7;  IV,  xvn,  8). 
.  .  .dÂdrih.  . .,  IX,  17  (dÂdrihânah ,1 ,  cxxx ,  4)- — Exception: 

adadrihanta,  IX,  ai  (X,  lxxxii,  1). 
Dâ-nÂça,  à  toutes  ses  formes ,  IX ,  1 9  (VI ,  xlv,  26  ;  VI,  xxvn , 

8).  —  Exception,  IX,  22  :  dûnaçâ,  devant  rocanâni  (III, 

lvi,  8). 
.  .  .  drivay .  .  . ,  IX ,  17  (drÂvayâ ,  VIII ,  iv,  1 1  ;  drÂvayitnavah , 

IX,  lxix,  6). — Exception:  dravayanta  (X,  cxlvih,  5). 

NaktoshÂsâ  (voy.  plus  haut  ushÂs.  .  .),  IX,  26  (I,  xm,  7). 

NÂnâma,  IX,  24  (H,  xxxiii,  12). 

ParirÂpah,  IX,  26  (II,  xxin,  i4). 

Pavîtârah,  IX,  29  (IX,  iv,  4). 

Pavîtdrarh,  IX,  3o  (IX,  lxxxiii,  2}. 

Paçu-mÂnli,  IX,  3o  (IX,  xciu  6). 

A  la  fin  d'un  hémistiche ,  IX ,  1 9  (  X ,  xc ,  3  ; 

X,  xcvii,  5;  cf.  X,  xc,  1). — Exception: 

n.      ,  »  ,.  1       purushînâm  (VII,  en,  2). 

*Purush.  .  .,adi-J  ■       v.   n„      ,      '        .     TV 

r  <  /  Fvruslia-qhnam,  IX,    28 

verses  formes]  ,T        J       . 

(1,  exiv,  10). 

Pvrushâdah,  IX,  28  (X, 
Dans..         ,.j       xxvii,  22). 

Pûrushatvatâ,  après  . .  .1, 
IX,  29  (IX,  liv,  3;  cf. 
V,  XLviii,  5). 
Prithu-jÂghane,  IX,  27  (X,  lxxxvi,  8). 
Pra-savîtâ,  IX,  3o  (VII,  lxiii,  2). 
Pra-sÂham,  après  jarhrishanta,  IX,  26  (VI,  xvn,  4;  conf.  I, 

cxxix,  4). 
PrÂvanebhih,  IX,  28  (III,  xxn,  4). 
MÂmrijîta,  IX,  i4  (VII,  xcv,  3). 
MÂmrijuh,  IX,  i4  (X,  lxvi,  9). 
MÂmrije,  IX,  1 4  (VII,  xxvi,  3). 
MÂmriçuh ,  IX ,  1 4  (  VIII ,  ix ,  3  ) . 

Makshv.  . .  (voy.  les  deux  listes  précédentes),  VII,  2  ,  partout 
(makshûyu-bhih,  VII,  lxxiv,  4). 

8. 


...ylvay... ,  IX ,  1 7  ( X ,  cxxv  1 1 . 


108  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

.  .  .mÀmah.  ...  IX,  17  (mÂmahantâm,  I,  xciv,  16;  mAmahe. 

I,  clxv,  i3). 
.  .  .ylmay.  . .,  IX,  17  (yÂmaya,  VIII,  m,  a).  —  Exception, 
IX,  aa:  yamayoh  (X,  cxvn,  9). 

I   Yavayâ ,  devant  vadham ,  IX  , 
a3  (X.clii,  5). 
Yavaya,  devant  stenaiîi,  IX, 
#  a3  (X,  cxxvii,  6). 
Yavayantu,   devant  indavah, 

6).  —  Exceptions |      IX,  aa  (VIII,  xlviii,  5). 

Yavayasi.lX,  ai  (VIII,  xxxvn, 

A). 
Votavu/i,lX,ai  (VIII,  lxvii, 

9)- 

Yôyudhir-iva,  IX,  a8  (X,  cxlix,  4). 
Yôyuvih.W,  a6(V,  l,3). 
Rathinâm,  IX,  39  (I,  XI,  l). 

Rathtyarrtiva  (dans  \epada:  rathiyantt-iva),  IX,  38  (I, clxvi,  5). 
RÂthyebhih,  IX,  37  (I.  CLVil,  6). 

iAramayah,  IX,  ai   (II.  KHI, 
Paramayâ,  IX,  a3  (VI,  xxxvui, 
Ramayâ,  devant  <7<r<î,  IX,  a  1 
(V,  lu,  i3). 

;  Raraksha,\X,  a3 (I.cxi.v il, 3). 

.  ,.rira(p). . .,  IX,  17  et  i8|  Rarate,  IX,  a3  (V,  lxxvii,  4). 

(r.iraptti,  VI,  111.  6;  r.<7«/i-(  Rarapçt,  IX,  aa  (IV,  xx,5). 

<fttj,xci,  1 3).  Exceptions.)  Rarabhmâ,  IX, ai  (VIII, xlv, 

(       ao)- 
A/rufcaA,  IX,  a8  (I,cxiv.  8). 
Rfrishat,  IX,  a8(III,  un,  ao). 
Rir'uhata,  IX,  27  (I,  lxxxix,  9). 
Rtrishûhta,  après  tanvaih,  IX,  a5  (cf.  VIII,  xviiî,  i3). 
Rfshatah,  non  suivi  de*/,  IX,  a5  (I,  xxxvi,  i5;  cf.  I,  xu,  5). 


ETUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.  109 

Rîshate,IX,  29  (I,  clxxxix,  5). 

Rîshantam,  IX,  24  (II,  xxx,  9). 

VÂvanah,lX,  i3  (IV,  xi,  2). 

VAvantha,  IX,  i3(VIII,lv,  5). 

VÂyandhi,  IX,  i4  (V,  xxxi,  i3). 

VÂvarta,  devant  yeshârii,  IX,  25  (X,  xcm,  i3;  cf.  I,cxxv,  2). 

. .  .vÂvas.  . .  [vÂvasânâ,  I,  xlvi,  i3;  vÂvase,  VIII,  IV,  8). 

VÂvâtâ,  ix,  13  (vin,  iv,  a). 

VÂvâtuh,IX,  i3(VIII,i,  16). 
VÂvâna,  IX,  i4  (X,  lxxiv,  6). 
VÂvrije,  IX,  1 4  (VII,  xxxix,  2). 
VÂvrituh,  IX,  1 3  (IV,  xxx,  2). 
VÂvrite,  IX,  i4  (X,  clxxiv,  1). 

.  .  .vÂvridh.  .  . ,  IX,   17  [vÂvridhânâ,  VIII,  5,  1 1  ;  vâvridhî- 
thâh,  I.cxxx,  10). — Exception:  vavridhantah,lX,  21  (IV, 

n,*7)- 
VÂvridhvâmsam1,  IX,  i3  (VIII,  i.xxxvn,  8). 
VÂvrishasva,  IX,  i3. 
VÂvrishânah,  IX,  i4  (IV,  xxix,  3). 
VrishÂya,lX,  27  (X,  xcvm,  1). 
VriskÂyasva,  IX,  3 o  (exemple  tiré  d'un  praisha). 
Çuçrvyâh,  IX,  24  (VIII,  xlv,  18). 
Çuçrôyâtam ,  IX,  26  (V,  lxxiv,  10). 
ÇrathÂya,  IX,  2  5  (II,  xxvm,  5). 

/   Çravayatam,  IX,  22  (VII, 

.  .  .çrAvay.  .  .,  IX,  17  [çrâvayâX        LXI1'  b\ 
VUI ,  lxxxv,  1 2  ; âçrAvayaniah,     Ç™ay™>™ -  ^3  (II , xin, 

I,cxxxix,3). —  Exceptions..)        12'' 

I   Çravayantah,  IX,   21  (I, 

\       ex,  3). 

1  11  semble  que  la  règle  relative  à  vÂvridh. . .  (IX,  17)  rende  inutile  la 
mention  à  part  de  vÂvridhvâmsam.  Le  commentaire  se  fait  à  lui-même  cette 
objection  dans  la  scolie  du  çloka  i3  ,  et  répond  qu'en  vertu  du  krama  (voy. 
ch.  VI ,  1  ,  sâtra  2  ) ,  le  dh  initial  du  groupe  doit  être  précédé  de  d:  vâvri- 
ddhvâmsaih,  et  que,  par  conséquent,  ce  mot  ne  se  trouve  pas  compris  dans 
la  règle  du  çloka  1 7. 


110  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Çréyâh,  IX,  aA  (H,  x,  a). 

Siiana,  IX,  19,  à  la  lin  d'un  pâda,  et  quand  il  fait  à  lui  seul 

un  mot  (I,  xliv,  U\  I,  cxxxvi,  a;  conf.  VII,  xxiv,  1  ;  V, 

vu,  a). 
SÂdana-spriçuh ,  IX ,  3o. 
S.idanâ,  IX,  a6,  devant  te  (X,  xvm,  i3). 
Sidanyam,  IX,  ik  (I,  xci,  ao). 
Slnti,  IX,  a5,j  Abhi(\l,xvim,  1;  VIII,  xxi,  6). 

devant j   Guhâ  (VIII,  vin,  a3). 

iSasÂhishc,  IX ,  a  1  et  3o 
(X.cxxxx,  1). 
SasAhe,  IX,  a3  et  a8 
(VW.lxxxv,  i5;X, 
civ,  10). 

SMha,lX,*8{\,  xxv,  6). 
SiA...; 

/  i46/bm<î/i  (III.  xxxvii,  3). 

i*  Suivi  de  y,  et  précédé  de,  IX,  \  JV7i(I,c,  5;  VI,  xlvi,8). 

16 |  Pritanâ  (III,  xxxvil,  1  ; 

'       cf.V,  xxiii,  a). 

-  Exception*  :  NruhahyeÀ  TJ;1^  ai  W  »*;*>• 

aprèg. ......  .J   W/«4/aB,  IX,aa(IX, 

"(      xcvn.19). 

a"  Comme  second  terme  d'un  composé ,  IX ,  1 5  '  : 

1/  Nri-shAham,    IX,'    a  5 
Un  monosyllabe^       (VIII ,  xvi ,  1  ). 
(VHI.XLVi.ao)./  SuthAhâ,  aprèa  karun, 
—Exceptions..]       i\,  27  (I,  clxxxvi, 
a;  cf.  IX,  xxix,  3). 
Carshani  (VIII,  I,  a). 
Dhanva  (I,  cxxvii,  3). 

Exception  :  vibhvâ-taham ,  IX ,  a  3  (  V,  x ,  7  )* 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         111 

De  8   syllabes    (VIII, 

LXXVII,  l;cf.  X,  CIV, 

7;  X,  xx,  7).  —  Ex- 
Quand  sah...  ne  termine  pas]       cePtion'  IX>  *à-  M 
un  pâda  ' \       satrâ-sÂham     (VIII, 

LXXXI,  7). 

De  12  syllabes  (II,  xxi, 
3  ;  cf.  VI ,  lxxv,  9  ;  II , 
xxi,  2). 

/  SÂhan,   IX,    26   (VI, 

LXXIII,  2). 

SAhâh,  IX,  26  (VIII, 

xx,  20). 
SÂhishîmahi ,    IX,     29 

3°  Dans  les  formes  suivantes. ./       (VW,  xl,  1). 

SÂhyâma,  IX,  3o  (X, 

lxxxiii,  1). 
SÂhvâmsak,  IX ,  24  (IX, 

xu,  2). 
SÂhvân,  IX,  27  (III,  xi, 
\      6). 

Svyavasât  (dans  lepada:  suyavasa-at) ,  IX,  27  (I,  clxiv,  ùo). 
1   A  moins  qu'il  ne  soit  précédé  à'abhimâti  (X,  xltii,  3). 


112  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

ÉTUDE 
SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE, 

APPARTENANT  À  LA  BIBLIOTHÈQUE  IMPERIALE, 

PAR  M.  LE  V  E.  DE  ROUGÉ. 

SD1TE  (VOIR  LE  CAHIER  DE  SEPTEMBRE-OCTOBRE  l856). 


Nous  avons  laissé  la  princesse  de  Bachtan  n 
moment  où,  ramenée  en  bgypte  par  son  royal  époux, 
elle  fut  élevée  à  la  dignité  suprême.  Ce  qui  précède 
n'a  été  qu'un  préambule,  une  sorte  d'exposition  du 
sujet;  le  récit  de  la  guérison,  véritable  motif  de  la 
stèle  que  nous  expliquons  ici,  commence  à  la  fin  de 
la  sixième  ligne,  et  dans  les  termes  suivants  : 


k  'fi  .. ;  #  a  \i  N  f* 

Ck*p*r       mp*  15  (Payai?)  km  M       alla         a*a-w     *«  fa*a-»«A(-Ac*l-«rp<i-ii 
Kictam  «M  *nno  i5*.  Payai  dia  11*,  mm  (aaaat)  rai  in  (Tbabaram  tamplo  qoodam?) 

#  -«>-  O  X  H  I  *"*"**       à  aMM*»  ^■a»»'  ■/  ««jfJBJ 

î  .  flPî^L  ta        M     S   J^L 

Aa        an  ktt-m       «a  In»       Aawa-ra  aav  ka-t  ta-ti  tm  Wi-w 

faeiaa*  hymnoa     patria  Amooi»-»o)i»  .domini  aolii  duplicia  muodi,   io  faato  ajaa 

aovre    m  Ai         rr»  aata-l  aat-w         al*  «<p       ap«  i-la  <r  fat-tn 

hono     Oph     aaatralii ,     aadia   eordii  ajaa,  (quod)  »ice  prima  vaacraat    ut   diearcal 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.   113 

\-^         1  J\  /^     *WNA  £Xj  Ç  <=>        iJ       III 

hen-iv  un  api  en  p-ter  en        Veckten        ta         ter  an-a 

régi  :         (est)  legatus  principis        Bachtan     venit     cum  donis 

1 1 1       +  -» 

acku         en  saten  hime-t      « 
pcrraultis  ad  regiam  uxorem.    • 

On  voit  qu'ii  n'est  pas  possible  de  couper  cet  en- 
semble de  groupes;  ils  ne  forment  qu'une  seule 
phrase.  C'est  déjà  une  chose  bien  opposée  aux  idées 
émises  par  Salvolini,  et  partagées  par  beaucoup  de 
savants,  lorsque  l'on  commença  à  pénétrer  le  sens 
des  hiéroglyphes,  que  de  trouver  des  phrases  de 
cette  longueur.  La  littérature  de  la  XIXe  dynastie 
m'a  offert  de  nombreux  exemples  de  périodes  assez 
longues  et  bien  coupées,  et  l'écriture  hiéroglyphique 
se  prêtait,  tout  aussi  bien  qu'une  autre,  à  tous  les  dé- 
veloppements du  style ,  quoi  qu'on  en  ait  pu  penser 
à  priori  et  à  une  époque  où  l'on  était  loin  de  soup- 
çonner toutes  les  ressources  de  la  langue  égyp- 
tienne. 

La  phrase  est  claire  dans  son  ensemble;  on  la 
trouve  presque  entièrement  traduite  dans  les  notes 
du  manuscrit  de  Champollion.  J'aurai  seulement  à 
discuter  plusieurs  détails  que  j'apprécie  autrement 
que  M.  Birch.  Remarquons  d'abord  l'emploi  du  terme 
$  cheper  «il  arriva»,  au  commencement  de  la 
phrase,  le  dérivé   copte  OJOTU  a  conservé  cette 


114  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

nuance  sans  altération  :  accidit,  contiait(voy.  Peyron, 

Lex.  copte t  verb.  cyoni,  &CUJOIU,  etc.). 

La  particule  \  y  ASKe  est  composée  de  as  «  ecce  » , 
et  de  ke,  qui  s'ajoute  en  composition  très-fréquem 
ment  comme  KE  «etiam»  en  copte;  la  force  de  la 
locution  est  «voici  que».  M.  Birch  sépare  en  deux 
le  groupe  que  je  prends  pour  un  nom  de  localité  : 
tama-necht-hent-erpa-u  ;  teLle  serait  sa  lecture ,  si  la  pro- 
nonciation suivait  chaque  élément ,  ce  qui  doit  rester 
pour  nous  un  point  douteux.  Champollion  Ta  laissé 
en  blanc  dans  sa  traduction;  je  ne  doute  pas  qu'il 
ne  s'agisse  de  quelque  sanctuaire  important  de  la  ville 
de  Thèbes.  M.  Birch  traduit  :  «  when  his  majesty 
u  was  in  the  Thebaid  commanding  the  cities  ».  Dans 
cette  manière  de  voir,  on  ne  sait  que  faire  du  pre- 
mier signe  après  fj,  à  savoir,  le  bras  armé  »  t, 
qui,  lorsqu'il  est  seul,  répond  ordinairement  au  mot 
necht  «  la  force ,  la  puissance  o. 

En  second  lieu ,  pour  que  le  groupe  w  a  pût  signi- 
fier commandant,  il  faudrait  un  signe  de  flexion  gram- 
maticale qui  le  rattachât  au  sujet  !  'm  «  sa  majesté  » , 

comme  l'est  le  verbe  suivant,  aii;  ha  ari  dans  l'ac- 
tion de  faire.  Je  pense,  quant  à  moi,  que  nous  avons 
affaire  ici  à  un  nom  de  lieu  complexe ,  où  le  groupe 
^q  a  une  primauté  d'honneur,  et  qu'il  s'agit  de 
quelqu'une  des  salles  hypostyles1  que  Thèbes  devait 
posséder  en  si  grand  nombre  au  temps  de  sa  splen- 

1  Ce  nom  de  localité  est  probablement  l'abrégé  du  nom  suivant , 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  115 
deur.  Dans  le  membre  de  phrase  suivant,  je  suis 
exactement  Champollion ,  qui  traduit  :  •  occupé  à 
«  faire  des  chants  pour  son  père  Amon-ra.  »  Je  con- 
viens, avec  M.  Birch,  que  le  terme  |  j  p  HeS,  au 
sens  propre  «  chant  »,  signifie  souvent  «  des  ordres  »: 
c'est  une  métaphore  que  l'on  conçoit  facilement; 
mais  puisque  ce  savant  admet  la  traduction  «chant, 
hymne,  louange  »,  comme  le  premier  sens  de  ce  mot , 
je  ne  doute  pas  que  ce  ne  soit  ici  le  cas  de  l'em- 
ployer, puisque  le  roi  était  précisément  occupé  à 
célébrer  une  fête  religieuse.  Je  ne  puis  donc  pas  me 
ranger  à  l'opinion  de  M.  Birch ,  qui  traduit  ces  mots 
par  «  to  exécute  the  command  of  his  father  Àmon  ra, 
«  in  his  good  festival  of  southernThebes  ».  Ce  savant 
ajoute  «from  the  very  depth  of  his  heart»,  pour 
rendre  les  mots  hese-t  het-w.  Je  ne  connais  pas  le 
groupe  J  *  dans  le  sens  de  «  profondeur  » ,  qu'in- 
diquerait cette  traduction.  Le  sens  bien  reconnu  et 
usuel  de  demeure  et  place  donne  une  idée  trop  na- 
turelle ici  pour  ne  pas  nous  suffire;  c'est  la  Thèbes 
méridionale  qui  est  ici  qualifiée  :  «  place  favorite  du 
cœur  du  dieu  Amon  » ,  auquel  se  rapporte ,  sans  dif- 
ficulté, le  pronom  suffixe  *v— ^-,  dans  het-w  «son 
cœur»,  comme  dans  hevi-w  «sa  panégyrie». 

Le  reste  de  la  phrase  ne  fait  pas  difficulté;  mais 

il  faut  étudier  le  terme  fax,  dont  notre  phrase  a  le 

qu'on  trouve  à  Karnak  dans  une  inscription  du  temps  de  Takeliotis, 

gravée  sur  l'édifice  de  Toutmès  III,  à  Karnak  (Prisse,  pi.  XXV)  : 

fa-  C££  -~-  fiW  ^  rai 


116  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

mérite  de  déterminer,  d'une  manière  précise,  et  le 
sens  et  la  prononciation.  M.  Birrli  fait  remarquer 
que  ce  mot  (ainsi  déterminé  par  les  jambes  en 
marche)  est  nécessairement  le  nom  du  messager, 
du  héraut  qui  a  fait  le  voyage,  et  il  en  rapproche 
avec  raison  le  titre  :  Suten  api  er  rat-w  «  royal  héraut 
à  ses  pieds».  Je  ne  crois  pas  qu'il  faille  le  confondre 
avec  Y»  déterminé  par  le  volume;  il  me  semble, 
néanmoins,  qu'ils  dérivent  l'un  et  l'autre  du  même 
radical,  qui  correspond  au  copte  MT  «juger,  esti- 
mer »,  et  que  le  vrai  sens  de  I  ■  x  est  le  mot  guide, 

qu'avait  choisi  Champollion.  Pourla  lecture,  M.Birch 
hésite  en  AP  et  TAP.  Cette  dernière  valeur  avait 
été  proposée  par  M.  Lepsius;  mais  je  ne  vois  pas 
que  rien  la  confirme; la  lettre  initiale  est  I  A,  toutes 
les  fois  qu'elle  est  écrite,  et  jamais  T1. 

M.  Birch  traduit,  avec  raison,  la  locution  -Q^, 
par  «apportant»;  le  mot  à  mot  est  avenant  avec». 
La  particule  ker,  qui  vient  probablement  de  ^_T_ 
ker  «  saisir,  tenir,  posséder,  avoir  » ,  a  très-souvent  la 
force  de  «avec»,  et  s'emploie  pour  «ayant,  possé- 
dant» (voy.  Mémoire  sur  tinscr.  ctAhmès,  p.  iq8)  : 
m  ker  revient  exactement  à  la  locution  arabe  v*W-. 

1  M.  Lepsius  a  remarqué  que  cet  a  initial  pouvait  être  l'a  qui  se 
prépose  souvent  au  radical;  pour  que  cette  explication  fût  admissible, 
il  faudrait  qu'on  pût  montrer  un  t  initial  dans  une  variante  du 

mot  AP.  Ainsi,  I         i  1  doit  se  lire  anet,  parce  que  l'on  trouve 

souvent  "v— n         net ,  mais  on  n'a  pas  rencontré  ;  la 

seule  variante  connue  est  I         AP. 
"  ■  x 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.      117 
La  particule  qui  marque  la  destination  des  pré- 
sents est  "ww  en,  elle  est  moins  fréquemment  em- 
ployée dans  cette  acception  que  <=>  er. 


Hane 

mase-w 

em-ta 

hon-w 

hna 

an-uw 

tat-w 

Cum 

adductus  est 

ante 

regem 

cum 

suis  donis , 

dixit 

MM  ^ 

em  se-uaschi  hon-w 

invocans  sanctitatem  ejus. 

Le  sens  est  clair,  et  nous  sommes  ici  complète- 
ment d'accord.  Le  verbe  mas  «  amener  »  se  trouve 

écrit  avec  la  voyelle  médiale  ~  MAS;  il  se  prend 
aussi  dans  le  sens  d'apporter  des  objets.  Par  exemple, 
dans  la  grande  scène  de  Medinet-habou ,  qui  repré- 
sente la  panégyrie  célébrée  au  1  "Pachons,  un  homme 
apporte  au  roi  une  gerbe  qu'il  doit  couper  avec  sa 

faucille  ;  l'inscription  dit  en  cet  endroit  :  fs^       ■  l  ■ 

1  A^  ^  "V^  www 

^  nj  mas  vet-u1  en  suten  «apporter  les  gerbes 

au  roi.  » 

Se-uasch  est  la  forme  composée  du  verbe  uasch, 
en  copte  tUOj  «invocare»;  ici,  comme  dans  beau- 
coup de  cas,  on  ne  voit  pas  que  Ys  initiale  ajoute 
rien  au  sens  primitif;  peut-être  était-elle  intensitive , 
ou  un  peu  emphatique.  La  lettre  "fi\,  dont  l'équi- 

1  En  copte,  fiO*^  «ofyra». 


118  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

valent  exact  est  ua,  se  trouve  plus  souvent  transcrite 

par  le  son  o;  c'est  elle  qu'on  a  presque  toujours 

choisie  pour  représenter  ce  son  dans  le  nom  des 

Ptolémées. 

Atm  m$k  r*t* (?)  mu-aa-McA         tlmtk 

dlom  liki,         toi  pop«Jocmml       liai  Mt  ti«m     apod  t«. 

M.  Birch  traduit  le  mot  auu  par  «  salut»;  je  crois 
que  la  traduction  de  Champollion,  par  le  copte 
EOO**  «  gloire  » ,  était  plus  exacte  :  c'est  ici  l'action 
que  l'on  nommait  ta  uuii  «  glorification  » ,  et  que  nous 
appelons  l'adoration,  car  c'est  l'acte  d'hommage  qu'on 
rendait  aux  dieux.  Le  groupe  des  neufs  arcs,  Z~ï", 
avait  été  comparé  par  Champollion  au  copte  ns- 
c^sï&T.nom  des  Libyens,  lequel  pouvait,  en  effet, 
sembler  une  sorte  de  pluriel  tiré  de  nETTE  «  arc  ». 
Nous  devons  à  M.  Lepsius  une  observation  fort 
juste  sur  le  sens  de  ce  groupe;  ce  savant  remuque 
que  <i~ï"  ne  figure  pas,  comme  nom  d'une  nation 
spéciale, dans  les  inscriptions  triomphales,  et  encore 
moins  dans  les  récits  de  combats;  il  semble  que  ce 
soit  une  sorte  de  terme  général,  désignant  neuf 
peuples  principaux,  suivant  M.  Lepsius.  Je  pense 
que  le  nombre  9  est  une  sorte  de  pluriel  d'excel- 
lence (3  fois  3)  et  qu'il  désigne  l'ensemble  des 
peuples  barbares ,  comme  le  nombre  9  appliqué  aux 
dieux  désigne  le  cycle  entier  adoré  dans  un  temple. 
En  effet,  quoique  les  personnages  divins  soient  in- 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.      119 
diqués  au  nombre  de  9  (par  le  groupe  ®"j  |"|, 

par  exemple  )  dans  les  dédicaces ,  on  n'en  trouve 
souvent,  dans  la  série  des  figures,  que  8,  ou  tout 
autre  nombre.  Le  pluriel  ordinaire  est  figuré  par 
trois  m-,  neuf  est  donc  à  mes  yeux  un  pluriel  de 
pluriel,  qui  peut  avoir  eu  une  expression  spéciale 
dans  la  langue  égyptienne  comme  dans  plusieurs 
autres.  La  traduction  «  peuples  barbares  »  convient 
d'ailleurs  bien  mieux  aux  exigences  du  sens,  ici  et 
partout  ailleurs ,  que  celle  de  «  Libyens  » ,  qui  n'est 
indiquée  par  aucun  monument.  On  ne  voit  pas 
pourquoi  les  peuples  de  la  Mésopotamie  auraient 
salué  le  Pharaon  du  titre  de  Soleil  des  Libyens;  ils 
expriment,  au  contraire,  leur  propre  soumission 
par  la  qualification  de  Soleil  de  tous  les  peuples. 

M.  Bircb  traduit  la  fin  de  la  phrase  par  «  our  life 
«  dépends  of  thee  ».  Je  crois  que  la  tournure  exacte 
est  «  donne-nous  de  vivre  en  ta  présence  ».  Ce  pre- 
mier salut  est  un  hommage  à  la  divinité  du  roi,  dont 
le  principal  attribut ,  aux  yeux  des  adulateurs  orien- 
taux, était  le  droit  absolu  de  vie  et  de  mort.  Les 
inscriptions  rappellent  fréquemment  ce  droit  divin 
des  Pharaons,  et  l'histoire  d'Esther  atteste  que  ces 
traditions  étaient  vivantes  à  la  cour  des  rois  perses 
(voy.  Esther,  iv,  1 1).  La  belle  juive  n'osait  aller  trou- 
ver son  époux,  pour  détourner  les  malheurs  qui 
menaçaient  sa  nation  ;  car  toute  personne  qui  se  se- 
rait présentée  ainsi ,  sans  l'ordre  du  roi ,  devait  être 
aussitôt  punie  de  mort,  si  le  souverain  n'étendait 
vers  elle  son  sceptre ,  en  signe  de  clémence. 


120  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Htm         (att-w  na-ta  im-ta        kcm-m        *«■»-»  ut 

Cua        diiiiMt   «dorttionem      enta        nfim ,     itt  ram      lornU»  Ml 

tktr  kea-m 

ad       MactiUUa  aju». 

Ma  traduction  suit  ici  M.  Birch ,  sauf  pour  le  mot 

compliment,  par  lequel  ce  savant  rend  les  signes  2m  ; 

sen-ta  signifie  littéralement  «  respirer  la  terre  »,  pour 
«se  prosterner».  L'acte  du  sen-ta  est  bien  expliqué 
dans  la  stèle  des  mineurs  d'or;  les  chefs  du  pays  d'A- 
kaiat  y  sont  représentés  venant  adorer  le  Pharaon  : 


9  H    SE  ♦— — t 

\    A     in    i  *■  i   v  i 


H*  Il  ■—  —  —  aa        *ta-4a  aa  cr-«-a  Aa     ca«  fn-U 

AdatiaUa  riaaaÏBai  — ■ ,    proaarati,  c«J»nt»§     iapri  îwlnra     uli(m). 

Cette  adoration ,  le  front  dans  la  poussière  et  le 
ventre  à  terre,  est  encore  le  cérémonial  officiel  des 
cours  de  l'Asie  orientale.  M.  Birch  traduit  ici  le  senta 
par  «  compliment  » ,  et  ailleurs  par  «  obéissance  ».  La 
phrase  précédente  nous  donne  une  des  formules  du 
sen-ta  prononcé;  «  adoration  »  me  paraît  la  traduction 
véritable,  il  répond  étymologiquement  au  tspoaxv- 
vttfxa  des  Grecs. 

Le  symbole  j,  la  jambe  de  taureau,  nécessite  une 
discussion;  il  signifie  «second,  une  seconde  fois», 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  121 
et,  comme  verbe,  «recommencer».  La  preuve  s'en 
trouve  à  Silsiiis,  dans  la  série  des  panégyries  célé- 
brées sous  Ramsès-Meïamoun  ;  elle  est  ainsi  chiffrée  : 

f ,  I,  'i',  "j* ,  etc.  c'est-à-dire  ire,  i\  3e,  4e  panégy- 
rie.  M.  Birch  nous  apprend  qu'il  doit  cette  remarque 
à  M.  Hincks;  elle  m'avait  aussi  frappé,  et  j'ai  tra- 
duit, dès  18/19,  le  titre  ^=1  par  «second  du  roi», 
ou  lieutenant  royal1; mais  personne  n'a,  que  je  sache, 
indiqué  la  vraie  lecture  du  mot.  M.  Birch  propose 
tam2,  et  M.  Brugsch,  uhem;  mais  ni  l'un  ni  l'autre 
n'ont  justifié  ces  conjectures.  Les  variantes  du  groupe 
ne  sont  pas  rares,  et  l'on  se  convaincra  tout  d'abord, 

en  étudiant  les  diverses  leçons  du  Rituel ,  que  1  » 

s'emploie  tout  à  fait  indifféremment  pour  le  même 
mot.  x  ne  joue  pas  ordinairement  un  rôle  phoné- 
tique; dans  l'ancien  style,  c'est  le  symbole  du  croi- 
sement, de  la  multiplication;  il  se  trouve  naturelle- 
ment à  sa  place  dans  les  mots  second,  recommencer. 
La  véritable  variante  phonétique  consiste  dans  l'ad- 

dition  de  Yn  initiale,    /w  .  Je  l'ai  trouvée,  pour  la 

première  fois,  dans  le  nom  d'un  des  juges  infernaux, 
tMW,  j^  \  \  ZV  TenemP;  les  Rituels  d'ancien  style,  et  en 
particulier  ceux  du  Louvre,  l'écrivent  ^J^M/V4- 

1  Voyez  Notice  des  monuments  du  Louvre,  stèle  d'Entew,  p.  49. 

2  Gam,  en  suivant  sa  méthode  de  transcription,  où  g  =  y. 

3  Voy.  Todt.  chap.  cxxv,  au  19e  juge. 

4  Comparez  aussi,  dans  les  listes  d'offrandes,  un  objet  nommé 

NeM  ;  Lepsius ,  Denkmâhr,  IV,  3,  sic  !  W . 


122  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Le  signe  I  avait  donc  la  valeur  nem  :  il  est  syllabique. 
car  on  le  trouve  indifféremment  écrit  avec  ou  sans 
ses  compléments  phonétiques  n  et  m.  Lm  trois  forints 
I,  \,  /,  s'écrivaient  également,  à  la  volonté  du  gra- 
veur; les  deux  dernières  indiquent  la  marche  des 
deux  jambes  de  devant  :  c'est  un  symbole  assez  na- 
turel des  idées  une  seconde  fois,  recommencer.  On 
peut  faire  un  rapprochement  assez  curieux  entre  ce 
symbole  et  le  mot  hébreu  O'Qyc.qui  signifie  «  gressus  » 
et  «  vices  »  ;  ces  analogies  doivent  être  remarquées 
en  présence  du  témoignage  de  Clément  d'Alexan- 
drie ,  qui  nous  avertit  de  la  ressemblance  qu'il  avait 
observée  entre  les  symboles  des  Hébreux  et  MOT 
des  Égyptiens.  I  s'employait  dune  manière  générale 
pour  dire  «  de  nouveau  »,  même  à  la  troisième  fois, 
à  chaque  fois  qu'une  action  était  répétée,  on  pou- 
vait s'en  servir.  Je  puis  citer,  comme  exemple,  l'ins- 
cription du  tombeau  d'Ahmès;  ce  personnage,  après 
chaque  action,  est  décoré  *=]  J^  em  nem  a  «  un< 
nouvelle  fois».  Le  nom  propre  déjuge  infernal,  Te- 
nemi,  s'explique  facilement  d'après  son  déterminatif 
/V,  les  jambes  marchant  en  sens  inverse;  nem,  aug- 
menté du  T  causatif,  signifiera  «  faire  retourner,  re- 
doubler»; celai  dont  l 'aspect  fait  reculer  est  un  nom 
qui  trouve  naturellement  sa  place  au  milieu  des  per- 
sonnages effrayants  qui  composent  la  série  des  asses- 
seurs d'Osiris. 

Nem  s'emploie,  soit  comme  adjectif,  soit  comme 
adverbe ,  soit  enfin  comme  une  sorte  de  verbe  auxi- 
liaire; c'est  alors  ce  mot  qui  prend  les  suffixes,  et 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  123 
le  thème  verbal  reste  invariable,  ce  qui  forme  une 
construction  tout  à  fait  analogue  à  la  conjugaison 
copte;  c'est  le  cas  qui  nous  occupe  ici  :  NeM-w-TaT 
«  iteravit  dicens  ».  A  la  ligne  i  3e,  le  sujet  est  un  subs- 
tantif, il  sépare  les  deux  mots  NeM  en  HeN-w. .  .  . 

eM  TaT  «iteravit  rex dicendo».  Plus  loin,  à 

la  même  ligne,  on  trouve  la  tournure  opposée,  avec 
nem  adverbe  :  eR  ARI-a  NeM  eM-Ta-K  «  ago  iterum 
ante  te  ».  Ces  diverses  locutions  montrent  la  flexibi- 
lité de  la  langue  égyptienne,  et  la  richesse  de  sa  syn- 
taxe1. 


Aï-a 

Ma 

AU 

nev-a  ha 

Vent-me  reschi-t 

Veni 

ad  te, 

Rex, 

domine  mi , 

pio 

Bînt-resctii-t. 

sen-t  keli-t  en  suten  htm»     Newern-ra 

sororcm  minorem   regiœ  sponsic  Neferu-ra. 

J'ai  peu  de  remarques  à  faire  sur  ce  commence- 

1  Je  ne  veux  pas  m'écarter  de  mon  sujet  pour  étudier  les  nom- 
breux emplois  du  terme  J  NeM;  je  ne  puis  néanmoins  laisser  passer 
l'occasion  de  rappeler  la  légende  d'Apis  :  <  Il  t^  +  |  ^g  4  Hapi 
anch  nem  en  Ptah,  et  la  traduction  que  j'en  ai  donnée  :  «Apis,  vie 
nouvelle  de  Ptah.»  Je  sais  que  ce  sens  a  été  contesté;  on  peut  ob- 
server, à  l'appui  de  mon  opinion,  i°  que  les  autres  taureaux  ont 
une  légende  analogue;  ainsi,  Mnévis,  dont  le  nom  ordinaire  est 

^t  ru  oër  meri,  est  appelé  anch  nem  en  lia  +  I  J«  vie  seconde 

ou  nouvelle  du  Soleil»,  ce  qui  s'accorde  parfaitement  avec  l'idée  de 

9- 


124  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

ment  de  la  9*  ligne.  Le  caractère  T  est  d'une  forme 
indécise;  mais,  entre  les  signes  voisins  et  1,1e 
sens  ne  permet  pas  d'hésiter  à  reconnaître  !  sen-t 
«sœur»;  il  y  a  d'ailleurs  un  s  n  complémentaire  qui 
ne  peut  convenir  à    I   =  sem.  Ces  formes  indécises 

ne  se  trouvent  que  bien  rarement,  sous  la  XVIII*  dy- 
nastie, dans  les  monuments  importants.  Le  mot  qui 
suit  est  ^*"*-  KeTi  «  petit»,  le  copte  KO**!Xl;  c'est 
un  des  exemples  du  passage  au  2£  du  T  antique. 

Le  nom  de  la  princesse  est  écrit  trois  fois  dans  le 
texte,  et  avec  quelques  différences.  La  première  forme, 

J  V  ï  |  SJt  VeNT  NTe  ReSchi-t,  contient  la  parti- 
cule nte  de  plus  que  les  deux  autres;  ce  qui  nous 
fait  voir  que  le  rédacteur  a  voulu  séparer  les  deux 

-,  >-  Jf  bent 
resch-ti,  montre  qu'il  a  assimilé  le  second  mot  à 
l'égyptien  ReSchi-t  «  la  joie  »  (en  copte  p&ojï)  ;  car 
il  lui  a  oonné  le  déterminatif  ordinaire  de  ce  mot, 

l'incarnation  de  la  divinité  dans  ces  animaux  sacrés;  2°  que  les  dieux 

x  V    0  "~~ 

naissants  reçoivent  la  qualification  de  1    «k   -*.  nem  anch  ■  re- 

commençant la  vie»  (voy.  Denkm.  IV,  61,  6a,  64,  et  la  scène  de 
l'accouchement  divin);  aussi,  le  lever  du  soleil  était-il  le  symbole  et 
la  matérialisation  de  cette  éternelle  renaissance  divine.  C'est  dans  le 
même  sens  que  les  défunts,  ayant  acquis  l'immortalité  à  la  suite  du 
jugement  d'Osiris,  reçoivent  souvent  le  titre  de  +  1  anch  nem  «re- 
commençant la  vie», comme  variante  du  titre  ordinaire  I  I  «  \r  jus- 
tifié». 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  125 
jfc"t  ie  nez  de  veau,  symbole  des  souffles,  de  la  fraî- 
cheur, et  ensuite  du  plaisir.  La  troisième  variante, 
^^  bent  resch,  montre  que  le  premier  mot 
se  prononçait  bent  (avec  le  t  final  de  la  forme  s=, 
qui  ne  se  confond  pas  avec  la  marque  souvent  ex- 
plétive  m).  On  doit  reconnaître  ici,  avec  M.  Birch, 
un  nom  sémitique,  car  le  mot  bent  est  indubitable- 
ment cxâj  «  fille  ».  M.  Birch  croit  trouver  dans  le  se- 
cond mot,  al-isch  «l'homme  »,  ce  qui  ne  me  satisfait 
pas;  j'ai  pensé  à  quelque  nom  propre  comme  Res- 
chid;  la  finale  ti  semble  indiquer  qu'on  prononçait 
Bint-reschit.  En  tout  cas  ,  quoique  le  rédacteur  égyp- 
tien ait  eu  certainement  en  vue  le  mot  reschi  «joie  », 
il  est  à  peu  près  certain  que  ce  n'était  de  sa  part 
qu'une  assimilation  arbitraire,  par  laquelle  il  a  voulu 
donner  à  ce  nom  le  sens  de  fille  de  la  joie;  et  c'est 
là  ce  qui  peut  nous  expliquer  pourquoi  il  a  une  fois 
inséré  la  particule  de  flexion  nte  entre  les  deux 
mots  bent  et  reschi. 

u  Jl  fût  |1  £  M 

il/en  avech  em  ha-us  ama  vlo  hon-ek 

Malum  invasit  artus  ejus  ;  faciat  ire  rax 

A.   F$  ^ 

rech  che-t  scha       er  miaa-s 

scientem    res  librorum   ut  videat  cam. 

Je  me  sépare  ici  de  mon  savant  devancier;  il  tra- 
duit le  premier  membre  de  phrase  par  «  who  cannot 


126  AOUT-SEPÏfc.MBHE   1857. 

»  niove  herseif  (?).  »  Il  considère  mai  connue  la  néga- 
tion, ce  qui  pourrait  être  admis;  mais  tout  drprnd 

du  sens  que  l'on  reconnaîtra  au  groupe  |  J  ^JS , 

que  M.  Birch  transcrit  HaVeCh,  et  qu'il  traduit  par 
«sauter,  s'élancer,  se  mouvoir»,  d'où  il  tire  sa  tri 
duction  littérale  :  «  il  n'y  a  plus  de  mouvement  dans 
ses  membres.  »?  J  @  ^f\  ne  me  paraît  pas  pouvoir  se 
lire  autrement  que  AVeCh;  le  signe  initia]  f  s'é- 
change partout,  et  même  dans  ce  mot,  avec  *mf  et 
f l,  dont  la  valeur  AV  n'est  pas  contestée;  je  ne  vois 
pas  pourquoi  on  substituerait  ici  l'aspiration;  ajou- 
tons, comme  dernier  renseignement,  une  variante 
de  l'époque  ptolémaïque,  où  ce  même  mot  est  écrit 
-4-"@,  avec  trois  lettres  simples2.  En  étudiant  lVn- 
semble  des  usages  du  thème  AVeCh,  j'arrive  ;i\<-c 
certitude  aux  idées  «  pénétrer,  absorber  ».  Le  sens 
qu'indique  M.  Birch,  le  mouvement,  aurait  eu  in 
failliblement  les  jambes  J\  pour  détenninatif  halii- 
tuel,  et  je  n'ai  pas  trouvé  une  fois  .A  avec  ce  groupe. 
Les  trois  détermina  (ifs  qui  accompagnent  le  thème 
AVeChsont:  i°x,  l'idée  de  croisement;  a0  V—J,  sym- 
bole très-général  pour  les  actions  fortes,  et  3°  jfi, 
qui  a  plusieurs  sens  :  outre  \ajoie  et  les  sentiments, 
l'action  de  manger,  avaler,  lui  est  attribuée,  et,  dans 
un  sens  figuré,  les  idées  de  pénétrer,  entrer;  c'est 

1  Voy.  7Wf.chap.XT,  j;  cf.Champol.  Monum.  pi.  XXXVIII,  I.  19, 
et  Lepsius,  Denkmâler,  IV,  46,  6. 

1  Lepsius,  Dtnkmâler,  IV.  18;  cf.  Todt.  xy,  9. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.      127 

ainsi  que  ie  verbe  +\k  *jS  AM  «  manger,  avaler  » , 

s'emploie ,  avec  le  même  déterminatif ,  pour  enchâsser 
une  pierre  précieuse.  Nos  trois  déterminatifs  con- 
viennent parfaitement  au  sens  de  pénétrer.  Parmi  les 
exemples  que  cite  M.  Birch,  je  lui  ferai  observer 
qu'il  est  peu  naturel  de  dire  des  obélisques  que  leurs 
pyramidions  sautent  dans  le  ciel1. 

Venvcn-sen  avcchu  em  hur-t 

Pyramis  eorum  penclrat  cwlum. 

Telle  paraît  être  la  traduction  naturelle  de  ce 
passage.  L'expression  avechu  em  haa,  que  ce  savant 
traduit  par  «  sautant  de  joie  » ,  sera  bien  mieux  ren- 
due par  «pénétrés  de  joie»,  car  elle  forme  paral- 
lélisme avec  «comblés  de  santé»,  dans  le  passage 
cité2.  Voici  d'ailleurs  une  expression  analogue,  où 
le  même  verbe  a  pour  régime  la  vie,  et  où  le  sens 
de  sauter  devient  impossible;  elle  est  tirée  du  dis- 
cours de  Ptah  à  Ramsès  II3  : 

v\  Tu  \t  a 

Ta-ti  avechu  em  anch      Lam. 

Regiones  duo     penclranlur  vita       liona. 

1  Voy.  Lepsius,  Denkmàler,  IIJ,  24,  base  du  grand  obélisque  de 
Kernak. 

5  Rosellini,  Mon.  R.  CXIII,  1.  8. 

1  Champollion ,  Monum.  pi.  XXXVIII  ,1.  1 9 ,  à  Ibsamboul. 


128  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

C'est  un  des  bons  effets  du  règne  de  Ramsès  qui 
est  ainsi  tracé. 

Nous  trouvons  donc  à  ce  verbe  deux  sens  bien 
liés;  au  figuré  «être  pénétré,  comblé  de. ...  »,  au 
sens  propre  i  s'absorber,  pénétrer  dans ...  ».  Lame 
justifiée,  admise  au  ciel,  arrive, dit  le  Rituel  au  cha- 
pitre xv,  dans  les  spbères  des  astres  : 


«snrr^tj 


G 


Mn*  em  uk-ti  «mcA-v  «m 

Appallit  10  Di»i .  pcnclrtt 

"  <==  ni      — .  MT  ni     _ * 

*ek<m-u  arrl-a  tm-fn 

•dylo»  qoiMfrntiatn  in  «aio. 

(dtorua) 

Ce  sens  s'établit  encore  très-bien  par  l'emploi 
métaphorique  de  AVeCh-tu ,  signifiant  «  combiné  »  ; 
le  schent  est  ainsi  défini  (voy.  Lepsius,  Denhmulcr, 
IV,  46,  6)  : 

An-a  *tk  kmftt  tmttk-mt  *r  •«(■'<  (  ?) 

AfT.ro  tibi        rorootm  ilb.m  iodaUm  coron*  rnbr*. 

C'est,  en  effet,  cette  combinaison  qui  produisait 
le  schent  W.  % 

Ayant  reconnu  dans  avech  l'idée  de  o  pénétrer  » , 
il  faudra  appliquer,  dans  notre  passage,  au  groupe 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  129 
MeN ,  déterminé  par  l'oiseau  funeste ,  la  signi- 
fication de  «  mal  ».  Le  mot  men  a  clairement  ce  sens 
dans  un  passage  de  la  confession  négative1. 

—  ^  mm  I    i  >^ 

A/*/WV\      ^^»»      A«WM        I  1 

--<3C^a     _^ML_        ^^"*"     WWWV        I 

An  ari-a  men  van 

Non  feci         mal  uni  fœdum. 

Sans  savoir  quel  est  le  péché  spécial  ainsi  indi- 
qué, on  voit  que  la  négation  se  trouve  en  tête  de 
la  phrase,  comme  dans  tous  les  autres  passages  du 
même  tableau. 

Les  mots  men  avech  em  ha-us  se  traduisent  de  la 
manière  la  plus  naturelle  :  «  Un  mal  a  pénétré  dans 
ses  membres  ». 

M.  Birch  ne  nous  donne  sa  traduction  des  mots 
suivants  que  comme  une  conjecture,  et  je  ne  puis 
m'y  rallier:  «  Would  your  majesty  proceed  to  know 
«the  circumstance  and  see  it  or  her  (?)  ».  Les  signes 
•  *  T^  désignent ,  à  la  ligne  1 1 e,  le  grammate  royal 
Toth-em-hevi ,  qui  va  visiter  la  princesse  par  ordre 
du  roi.  Cette  remarque,  qui  a  échappé  à  M.  Birch, 
est  la  clef  du  passage  qui  nous  occupe.  Les  premiers 
mots  ne  sont  pas  obscurs  :  ama  uo  hon-ek,  mot  à  mot 
«que  fasse  aller  ta  majesté...  »  Qui?  L'individu  qua- 
lifié rech  che-t  scha,  mot  à  mot  «quelqu'un  sachant 
la  chose  du  livre  »  ou  «  toute  science  » ,  car  le  groupe 
se  prend  aussi  quelquefois  pour  l'ensemble  d'une 


•  - 


1   Todt.  chap.  cxxv,  1.  26. 


130  AOUT-SEPTEMBRE  185*3 

chose1.  La  difficulté  provient  ici  de  ce  que  le  rédac 
teur  a  omis  toute  marque  de  flexion  au  verbe  ReCh 
u savoir,  connaître»;  mais  la  ligne  i  ic  ne  laisso  au- 
cun doute  sur  cette  traduction ,  comme  on  le  verra 
plus  tard.  L'ambassadeur  riu  prince  de  Bach  tan  de- 
mande donc  au  roi  d'envoyer  un  savant  pour  exa- 
miner la  princesse  malade.  Ce  point  établi,  nous 
suivons  le  même  sens,  qui  continue  À  nous  éloigner 
de  notre  devancier. 


m 

Ua  M>»         aaa-»  j«-a  (ai        »(«  pa-anci  (  ')     i«<-*4  a  an»»«i-l« 

Thé         Jml  m        «Aicmco         Krihai      doaiu*  mU- ,  doctoral  arrtaomn 


y\  ^}  £*  Ji^  ^  Frî     p 

•tribal      dora* 


»t«  cita-aa 

.  m tenon»    . 


Le  rédacteur  met  toujours  dans  la  bouche  du  roi 
un  langage  recherché  qui  rend  ces  phrases  Irès-diMi 
ciles  à  comprendre. 

M.  Birch  traduit  :  «deliver  to  inr  th#j  letter  oi 
«the  prince  to  the  interpreters  (?)  of  cabinet.  »  Ce 
qui  a  égaré  ici  notre  savant  confrère,  c'est  le  groupe 
=><^,  assez  rare  dans  les  inscriptions;  il  le  prend 
pour  une  lettre,  venant  du  prince  de  Baclitan,  lettre 
dont  il  n'a  nullement  été  question  dans  le  discours 

1  En  ce  sens, il  serait  possible  que  *  *^"S  ne  formâtqu'un  m<.i . 
ou  ^^  serait  déterminatif,  ReCh  Cbe-t  «sachant  toute  chose  »,  on 
«ait  que  ^"^  représente  les  livres,  Us  écriture*. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STELE  EGYPTIENNE.  131 
de  l'ambassadeur.  Mais  nous  n'en  sommes  pas  ré- 
duit, pour  ce  groupe,  à  des  conjectures;  c'est  l'ins- 
cription de  Rosette  qui  nous  en  donne  la  clef.  Les 
hiérogrammates  y  sont  désignés,  à  leur  place,  parmi 
les  prêtres,  par  les  signes  démotiques  qui  correspon- 
dent au  mot  ne-schaï  «  les  grammates  » ,  suivis  d'un 
groupe  qui  n'est  que  le  signe  abrégé  des  hiéroglyphes 
n^-tn  «la  double  demeure  de  vie».  On  sait  que 
les  lignes  hiéroglyphiques  correspondant  à  cet  en- 
droit du  texte  étaient  dans  la  partie  détruite  de  la 
pierre  de  Rosette  ;  mais  ce  passage  est  parfaitement 
conservé  dans  le  protocole  identique  des  deux  dé- 
crets de  Philae ,  et  le  nom  du  collège  des  hiérogram- 
mates, venant  après  les  stolistes,  s'y  lit  dans  les  deux 
monuments  ^  $  n  f  rn  TI-u  Pa-ti  ANCh  ;  ce  qui 
ne  diffère  du  groupe  de  notre  inscription  que  par 
la  variante  graphique  n  ♦  c"3  pour  £1*  »  et  par 
l'absence  de  la  particule  "%?  nte  «  de  ».  Le  mot  TI 
n'était  plus  usité  sous  les  Ptolémées,  puisque  le  dé- 
motique le  remplace  par  le  sigle  ordinaire  pour 
sechaï  «  scriba  »;  il  ne  faut  donc  pas  s'étonner  de  ne 
plus  le  trouver  dans  le  dictionnaire  copte.  L'ortho- 
graphe de  l'inscription  de  Philae  nous  montre,  par 
son  déterminatif  &,  qu'il  s'agit  des  hommes  de  la 
science,  et  non  pas  des  livres,  comme  je  l'avais  d'a- 
bord pensé.  Ce  déterminatif  manque  dans  notre  ins- 
cription, il  n'y  a  que  *■%  signe  des  écritures;  cela 
devait  bien  suffire  pour  un  mot  aussi  connu  des 
Egyptiens  que  le  nom  du  collège  des  hiérogram- 
mates. Je  ne  me  hasarderais  pas  à  vouloir  expliquer 


132  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

ce  qu'on  entendait  par  la  double  demeure  de  vie. 
Lorsqu'on  transcrit  ces  groupes  composés,  comme 
je  le  fais  ici,  par  les  deux  termes  dont  ils  sont  for- 
més, on  doit  bien  se  rendre  compte  que  cette  trans- 
cription est  douteuse,  la  prononciation  du  mot  ainsi 
représenté  pouvait  bien  être  toute  différente  de  celle 
de  ses  éléments  réunis. 

Il  en  est  ainsi  du  groupe  suivant,  dont  les  éléments 
donnent  bien ,  pour  le  sens ,  «  les  docteurs  des  choses 

mystérieuses»,  scvhaï-u  ameni-t-u.  fljf      CheN-nou 

(le  copte  m  m  n  phi  tique  £)0**n)  signifie  «  l'intérieur, 
le  dedans»;  je  n'oserais  affirmer  qu'il  s'agisse  des 
mystères  de  l'intérieur  du  corps  humain  :  c'est  ce  qui 
me  parait  le  plus  probable;  mais  il  est  possible  qu'il 
s'agisse  des  docteurs  de  l'intérieur  du  temple,  ou  atta- 
chés au  sanctuaire. 

M.  Birch  ne  paraît  pas  avoir  possédé  une  copie 

bien  exacte  pour  le  groupe  ^  ff;  il  est  gravé  sur 

■  •  1 1 1 
la  stèle  en  très-petits  caractères,  mais  parfaitement 

lisibles ,  et  on  ne  peut  lui  substituer  d'autres  signes , 

comme  l'a  fait  ce  savant.  Ils  forment  d'ailleurs  un 

second  membre  de  phrase  en  parfait  parallélisme 

avec  le  premier.  On  demandait  au  roi  un  habile 

docteur,  il  répond  en  mandant  ses  hiérogrammates 

et  ses  savants. 


Sta-I  m»  ka-a  fat  tn  Aon-w 


^V-l* 


(  lp§i»  )  d«doeti»     td  ton  illifo.  du  il  Ml. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.      133 
M.Birch  continue,  dans  la  supposition  d'une  lettre 
du  prince  de  Bachtan  :  «  He  passed  it  out  of  his  hand. 
«  Said  his  majesty.  » 

Le  groupe  ?  est  l'expression  usitée  pour  ame- 
ner des  personnes;  il  paraît,  au  sens  propre,  signifier 
«  traîner,  remorquer  une  barque  ».  La  locution  ♦  .—i 
ha-a  «sur  l'acte,  à  l'instant»,  a  été  déjà  expliquée 
(voy.p.  23 1,  232  du  tome  VIII  du  Journal  asiatique). 
L'ordre  du  roi  s'exécute  immédiatement. 


~Ji  ^-i  ™     A   Ç    mi    *j\   i  i  i 

Af a-t  er-(-a  <ucA-(u-nten  er  jem-ten 

Idcirco  feci  vocari  vos  ut  amliatis 

lïZL!Jït¥e  a  g 

tnt-et  na  cuke         an-a  uva-tu       em  het-w      [sécha?)  em  (ev-nu; 

(iictum  milii  ,  ecce  enim   arcosco       solertem  in  corde  suo,  magistrum  in  digitis  suis 


^    (= 


I     I     I 

tm  kev-ten 
e  eœtu  vestro. 


J'ai  longtemps  hésité  sur  cette  phrase  difficile ,  et 
je  ne  suis  pas  encore  bien  certain  d'avoir  trouvé  par- 
tout la  nuance  exacte. 

M.Birch  traduit,  toujours  en  supposant  une  lettre: 
«  When  ye  hâve  read  and  listened  to  the  word  which 
<<  is  brought  me ,  thought  in  his  heart,  written  by  his 
«  fingers,  tell  me,  to  the  best  of  your  knowledge (?)  ». 


134  AOUT-SEPTEMBKE  1857. 

Plusieurs  circonstances  du  récit  s'opposent  à  cette 

traduction  ;  d'abord  nous  avons  constaté  qu'il  n'avait 

pas  été  question  d'une  lettre,  le  groupe  ^  ayant  dû 
recevoir  un  sens  tout  différent.  En  second  lieu,  nous 
allons  voir  que  les  docteurs  ne  donnent  pas  au  roi 
la  réponse  que  nécessiteraient  ces  mots  ainsi  com- 
pris; ils  se  bornent  à  faire  venir  le  savant  Toth-em- 
hevi,  ce  qui  était  la  seule  réponse  convenable  à  ce 
que  le  roi  leur  demandait,  suivant  mon  opinion,  à 
savoir,  un  homme  habile  désigné  parmi  eux.  La  pre- 
mière partie  de  la  phrase  mo  parait  traduite  avec 
certitude.  Le  rôle  que  j'attribue  ici  au  terme  ma  ini 
tial  se  déduit  bien  de  la  signification  radicale  locus; 
le  copte  dit  également  Eq-**2>-2*E  «propterea 
«quod»,  en  donnant  à  jul&.  la  même  force  que  je 
suppose  au  mot  antique. 

Asch  devient  le  verbe  ulire»  dans  la  traduction 
anglaise;  le  copte  CUOJ  comporte  bien  cette  accep- 
tion, mais  comme  nous  n'avons  plus  affaire  à  au- 
cune lettre,  je  reviens  au  sens  ordinaire  du  mot  ASch 
=  CItcy  qui  est  appeler,  et  pour  lequel  le  détermi- 
natif  ^  est  le  plus  convenable.  Dans  les  mots  tnl- 
et  na ,  il  manque,  pour  le  sens  que  j'adopte,  la  marque 
finale  de  la  première  personne,  I  ou  ^;  elle  est 
souvent  omise  ou  oubliée  dans  les  textes  de  basse 
époque,  particulièrement  sous  les  Saïtes,  et  nous 
avons  déjà  constaté  que  notre  texte  était  assez  in- 
correct pour  admettre  ici  cette  négligence;  la  par 
ticule  n  étant  suivie  de  la  conjonction  aske,  qui  rc- 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  135 
commence  un  membre  de  phrase ,  il  faut  nécessai- 
rement supposer  un  suffixe  pour  son  complément. 

La  traduction  de  M.  Birch  suppose  la  même  ap- 
préciation des  mots  tut-en-na.  Le  caractère  principal 
du  mot  tut,  \~<jF ,  n'a  pas,  sur  la  pierre,  la  forme 
ronde  et  décidée  que  porte  le  type  J,  il  est  plus 
allongé  et  plus  effilé  du  bas-,  c'est  peut-être  le  signe 
1,  la  langue,  que  le  graveur  a  voulu  tracer.  C'est, 
en  effet,  celui-ci  que  l'on  trouve  ordinairement  avec 
le  complément  -^»«  T,  pour  écrire  le  mot  tut  «  par- 
ler ».  Le  caractère  I  n'a  le  plus  souvent  pour  com- 
plément que  la  voyelle  \  a,  et  M.  Birch  a  proposé 
de  lire  le  groupe  1  V  ^fj,  cheru;  nous  aurons  plus 
loin  l'occasion  d'examiner  cette  question  ;  ici  le  t  -*»• 
final  montre  qu'on  ne  peut  hésiter  à  lire  TuT. 

Je  donne  ici,  au  verbe  J  *Z£  AN-a,  la  même  ac- 
ception que  tout  à  l'heure:  «je  fais  venir»,  c'est-à- 
dire  «je  mande  auprès  de  moi.  » 

Le  groupe  #  m  paraît  rendu  par  thought  «  pensé  », 

dans  la  traduction  de  M.  Birch  ;  aucune  explication 

ne  justifie  cette  conjecture,  et  le  signe  principal  # 

attend  encore  son  étude.  Les  variantes  qu'il  prend , 
suivant  les  diverses  époques,  sont  innombrables; 
chaque  graveur  le  modifiait  à  sa  fantaisie,  et  cepen- 
danton  reconnaît  son  type  assez  facilement;  voici  quel- 
ques-unes de  ses  principales  formes  :  #  T  t  +  *  y 
[ttt|  f  T  »  et  chacune  reçoit  un  nombre  in- 
fini de  variétés  plus  ou  moins  éloignées.  Les  bas- 


136  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

reliefs  de  métier,  recueillis  par  Champollion  (Monu- 
ments, pi.  CLXVI),  nous  montrent  un  ouvrier  se 
servant  de  cet  instrument,  soit  pour  creuser,  soit 
pour  calibrer  ou  jauger  des  vases,  tous  de  forme 
ronde  ;  on  le  trouve  employé  de  même  dans  les  bas- 
reliefs  du  Voyage  de  Caillaud,  et  dans  Lepsius 
(Denkmûlcr,  II,  pi.  XIII);  c'était  peut-être  une  sorte 
de  trépan1.  La  main  droite  tenait  l'appendice  supé- 
rieur, et  la  gauche  dirigeait  la  tige  inférieure. 

Le  radical  écrit  avec  ce  type  d'instrument  avait 
un  domaine  très-étendu  dans  le  langage;  restrei- 
gnons-nous à  ce  qui  nous  est  ici  nécessaire,  et  tâ- 
chons d'abord  de  lire  le  mot.  Son  second  élément 
phonétique  est  constamment  écrit  J  ou  J  >>  va, 
par  orthographe  double;  souvent,  aussi,  on  trouve 
de  plus  la  voyelle  o  (sic)  f  m   1 2,  ou  ^  Ç  I  ;  cette 

circonstance  et  le  sens  du  mot,  qui  va  nous  rame- 
ner au  copte  0**&F.  ♦  m'avaient  décidé  pour  la  lec- 
ture UVA,  et  je  crois  avoir  trouvé  une  preuve  de  la 

vérité  de  cette  lecture  dans  le  groupe  |  jp  (va- 
riante j  ~  ).  C'est  la  forme  que  plusieurs  textes  pto- 
lémaïques  donnent  au  mot  bien  connu  TJVeN  «  lu- 
cere  » ,  écrit  ordinairement  \  J  ~T .  On  reconnaî- 
tra particulièrement  ce  mot  dans  la  formule  la  plus 

1  Suivant  M.  Lenormant,  on  devrait  y  reconnaître  une  sonde 
destinée  à  forer  des  puits  artésiens;  les  bas-reliefs  que  je  rite  parais- 
sent iui  donner  un  tout  autre  usage. 

'  Lepsius ,  DtnkmâUr,  IV,  a3,  et  sur  la  statue  d'Ounnowre,  au 
Louvre, et  passim. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  137 
usitée  pour  le  «  lever  et  le  coucher  du  soleil  »  nven- 
w .  .  .  hotep-w.  Je  la  trouve  ainsi  écrite  à  Ombos ,  et 
appliquée  à  Sévek-ra ,  ou  «  Soleil ,  seigneur  d'Ombos  », 

ji  s  J8  UVeN-w  HoTeP-w  qui  se  lève  et 

se  couche,  dans  l'enceinte  du  temple  que  le  roi  lui 
consacre1.  La  lecture  UVA  ainsi  confirmée2,  le  sens 

1  Voy.  Lepsius,  Denhmàler,  IV,  48  ;  cf.  Id.  ibid.  IV,  10. 

2  Je  dois  néanmoins  avertir  qu'à  côté  de  la  valeur  UVA,  diffé- 
rentes variantes  très-anciennes  semblent  annoncer  une  transcription 
AV,  AVA,  peu  différente  au  fond,  puisque  l'A0  était  vague,  et  ser- 
vait aux  sons  o ,  ô.  On  trouve  à  Beni-Hassan  [Denhmàler,  II,  124)  le 
groupe  I  .= — i  I  V  p  aav>  avec  deuxdéterminatifs,  dont  l'un,W,  est 
bien  connu  avec  la  valeur  av,  et  l'autre,  fr^peut  être  une  variante 

de  notre  signe  W.  De  plus,  la  forme  y  B,  que  prend  souvent  le 
même  hiéroglyphe,  ne  diffère  qu'à  peine  du  signe  X,  auquel  cor- 
respond la  prononciation  AVA ,  dans  les  manuscrits  de  style  antique 
du  Musée  du  Louvre  (aux  chapitres  lxix,  lig.  8,  et  lxxiii  ,  lig.  36, 
du  Rituel  funéraire,  comparés  à  l'exemplaire  de  Turin).  Ajoutons 

que  le  correspondant  du  copte  0*tfilE,dans  le  sens  de  adversus, 
contra,  ^Of  &E  *  adversari  » ,  s'écrivait  en  hiéroglyphes    I    V    «, 

dans  son  orthographe  complète,  avec  le  syllabique  W  av,  et  la  corne, 
la  pointe  en  avant,  ^k   .  Exemple  : 

An  ta        ki  em  ava  ki 

Non       fcci  allerum  esse  conlra  allerum. 


(Lepsius,  Denkmâler,  II,  125);  d'où  je  soupçonne  que  AVA  et  UVA 
ne  sont  que  deux  nuances  grammaticales  du  même  type. 


138  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

premier  et  général  du  radical   «rrit  w   I  ly±.  me 

paraît  être  celui  qu'a  conservé  en  copte  l.i  particule 
0"*&E.  seul  reste  de  ce  thème  autrefois  très-riche  en 
développements ,  à  savoir,  vers ,  contre.  U VA,  connut 
verbe ,  signifiait  «  tourner,  diriger  » ,  d'où  «  orienter  », 
et,  comme  particule  «  vers  ».  Le  chapitre  clxi  du  Ri- 
tuel funéraire  contient,  après  le  tableau  des  portes 
des  quatre  vents,  une  prescription  pour  l'orientation 
du  cercueil  et  de  sa  décoration.  Le  texte  dit  : 


imj^ijv.v:: 


Aa-mxa-la  ant  a»«  ta  «m  l« 

rontrrtnot  tim  iiKanu*  quatuor  (  parle) 


\lz 


r.  T. 


«a  pr-l  ««-«  #a  mt Ail 

«Ai,  «aa  korcim 


Le  texte  continue  en  énumérant  les  quatre  points 
cardinaux;  puis  il  ajoute  : 


i 


Vm  ait-  ■  n.arn  niir-o  nli 

I  l'ara  )  qoatqur  vciiDiium  voolo»         qai 


VtJV 


UlUD-ll 

rua  Ira  aa  aa. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  139 
Cet  exemple  réunit  heureusement  l'emploi  de 
notre  terme  uva  comme  verbe  et  comme  particule. 
On  comprend  facilement  comment  cet  instrument 
aura  été  pris  pour  symbole  de  l'idée  de  tourner;  on 
ne  pouvait  s'en  servir  qu'en  le  tournant  dans  le  vase. 
Une  des  acceptions  les  plus  usitées  du  type  UVA 
est,  comme  substantif,  artisan,  ouvrier  pris  dans  un 
sens  relevé,  et,  comme  verbe,  faire  un  ouvrage;  on 
l'employait  pour  désigner  des  arts  fort  divers.  On 
peut  le  rapprocher,  dans  cette  acception,  du  copte 
XE&,  ESETT,  etc.  qui  s'applique  à  diverses  sortes  d'ou- 
vrages et  d'ornements.  Dans  la  stèle  des  mineurs 
d'or,  traduite  par  M.  Birch,  à  la  ligne  1 3 ,  il  est  em- 
ployé sous  la  forme  I,  pour  la  construction  d'un  ré- 
servoir d'eau  destiné  à  abreuver  les  voyageurs  et 
leurs  ânes.  Le  papyrus  de  l'histoire  des  deux  frères 
nous  montre  la  reine  enrayée  par  l'apparition  su- 
bite des  deux  arbres  où  s'est  réfugiée  l'âme  de  son 
premier  époux;  elle  persuade  alors  au  roi  de  faire 
faire  des  meubles  avec  ces  arbres.  Le  texte  conti- 


nue ainsi 


^  !  !,J4A  Oti-,-rV  * 

Tin  an  hon-w  '  ha       ta  tcheme 

Fuit  rex  jubens  ire 

1  Je  ne  transcris  pas  les  signes  ■?•  I  H,  qui ,  dans  le  style  hiéra- 
tique, accompagnent  toutes  les  désignations  du  roi,  comme  une 
sorte  de  déterminatif  honorifique.  (Voy.  Mémoire  sur  l'inscription 
d'Ahmès,  p.  i85.) 


140  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

miiu'  rfcAi-B  nu-la  ia 

oprrario*  perito*  (*l)  «citi 


l^VUM 


Mat  Prrtf*. 


Ici,  les  uvau  sont  des  ébénistes;  en  sorte  qu'il  faut 
traduire  ce  mot  par  un  terme  très-g<>n<;ral ,  tel  que 
artiste.  On  voit,  en  effet,  qu'il  est  employé  pour  dé- 
signer divers  noms  de  charges  et  dignités  civiles  et 
sacerdotales,  dont  l'étude  nous  mènerait  trop  loin  de 
notre  sujet.  C'est  dans  ce  sens  qu'il  faut  entendre 
le  passage  de  la  grande  inscription  des  campagnes 
de  Toutmès  III,  où  l'on  énumère,  parmi  les  dé- 
pouilles, «  les  anneaux  d'or  trouvés  aux  bras  ou  aux 
mains  des  uvau  tués  ou  pris  dans  la  bataille2.  » 

Ces  détails  étaient  nécessaires  pour  comprendre 
l'emploi  du  groupe  en  question  dans  la  locution 
f  ^*  ♦  '  uva-tu  em  het-w.  L'envoyé  de  Bachtan  avait 
demandé  au  roi  un  savant  docteur  pour  examiner 

1  L'orthographe  |V  \  «*  est  assez  constante  dans  la  qualifi- 
cation des  personnes  pour  m'engagera  la  considérer  comme  un  mot 
un  peu  différent,  quoique  se  rattachant  au  même  radical.  Je  ne 
trouve  pas  cette  variante  quand  il  s'agit  du  verhe;  le  v  final  est,  au 
contraire,  souvent  écrit  dans  ce  dernier  cas,  comme  ♦  g  11  ou 
tj^|UVA. 

1  Voy.  Lepsius,  Denkmàler.  III,  3a,  I.  ao,;  cf.  Birch ,  Annals  of 
Thoutmfs  III,  loc.  cit. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  141 
la  princesse  ;  le  roi ,  ayant  fait  venir  ses  hiérogram- 
mates,  doit  nécessairement  leur  demander  de  lui 
indiquer  l'homme  convenable.  Cet  homme ,  il  le  ca- 
ractérise par  deux  expressions  parallèles,  et,  à  ce 
qu'il  semble,  assez  recherchées;  la  première  est  lit- 
téralement un  homme  qui  ait  l'art  dans  son  cœur;  mais 
j'hésite  beaucoup  sur  le  sens  de  la  seconde,  qui  doit 
la  compléter  par  le  parallélisme.  Je  la  laisse  un  ins- 
tant de  côté  pour  m'occuper  des  mots  suivants,  où 
je  trouve  le  groupe  ^  j  c=),  fort  mal  interprété 
jusqu'ici. 

M.  Chabas  a  proposé,  dans  le  mémoire  cité  ci- 
dessus,  de  traduire  KeV  par  «ornement,  éclat»;  je 
ne  puis  me  ranger  à  son  opinion ,  et  j'écarte  d'abord 

les  groupes^  I  jl  et  ^J£J£,qui  me  paraissent  clai- 
rement devoir  être  traduits  par  le  copte  K&E  «  refri- 
«  gerare  »  ;  le  signe  s=>  peut  s'y  trouver  accidentel- 
lement pour  sa  valeur  syllabique  KeV,  mais  les  dé- 
termina tifs  entraînent  ordinairement  un  sens  bien 
distinct.  A  J  KeV,  avec  le  signe  ^=>  ou  ;=♦ ,  et  sou- 
vent avec  le  volume  -»~-,  qui  s'ajoute  à  toutes  les 
idées  de  comptes  ou  de  calculs,  répond  très-exacte- 
ment au  copte  KE&&E  «plicatura,  duplicatio  » ,  d'où 
KCLT&  «  vices ,  multiplicare ,  etc.  ».  L'anneau  z==»  de 
métal  ployé  explique  le  mot  à  lui  seul.  Tel  est  le 

premier  sens  de  A   \  .Le  papyrus  des  deux 

frères  parle ,  à  son  début,  des  soins  heureux  que  re- 
cevaient leurs  troupeaux  : 


M2  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

ktv-KK  mut-un 

Maltiplirahant  partus  itiat 

•r  tktr     êktr  (bit) 

v»14«      Ytldc. 

C'est  ainsi  que  l'on  doit,  suivant  mon  opinion, 
interpréter  îa  locution  Ucv-w  hotep-u  nte  nuter-u,  citée 
par  M.  Chabas1  :  «le  roi  a  doublé  ou  multiplié  les 
dons  faits  aux  dieux  ». 

Mais  un  radical  tel  que  celui  que  nous  venons 
de  constater  se  prête  à  des  sens  métaphoriques  ex- 
trêmement nombreux.  J'avais  d'abord  choisi  l'accep- 
tion de  réponse,  que  j'abandonne  aujourd'hui,  parce 
queje  n'en  ai  pas  rencontré  d'autre  exemple.  M.  Birch 
traduit  par  «  connaissance  ».  Le  copte  présente,  dans 
cette  direction,  K&&,  dans  JU.ErTK&&  «calliditas» 
et  KE&Ï2*  «fraus»;  l'un  et  l'autre  répondent  donc  à 
notre  mot  duplicité,  et  ne  semblent  pris  qu'en  mau- 
vaise part;  je  ne  trouve  d'ailleurs  aucun  autre 
exemple  qui  justifie  cette  traduction.  On  rencontre 
souvent,  au  contraire,  l'expression  em-kcv,  signifiant 
clairement  «faire  partie  de,  être  du  nombre  ou  de 
l'assemblée  de  »;  em  kev  ten  sera  «  de  cœtu  vestro  » , 
ou  «  e  numéro  vestrum  ».  Voici  des  exemples  de  cette 
locution  : 

1  Cf.  Lepsius,  Denkmàler,  fil,  2  2  3. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.      143 
i°  Scha  en  sinsin,  section  iv,  mss.  du  Louvre,  al- 
locution à  l'âme  justifiée  : 

Rere-k  kur-t  em-kev  chawx-u  ' 

Circumdas  cxcelsa  in  cœtu  fulgcntium. 

1°  (Rituel funéraire,  chap.  h,  1.  a.)  Ah  Tmou  Tmou! 
«  dites  aux  lions  »  que  l'Osiris  un  tel  arrive  ;  em  kev- 
sen  «  dans  leur  cycle ,  au  milieu  d'eux  ».  Cette  locu- 
tion est  assez  fréquente;  je  suis  donc  autorisé  à  tra- 
duire la  fin  de  notre  phrase  par  «  de  cœtu  vestro  » , 
ou  «e  medio  vestrum».  Il  est  permis  de  penser  que 
le  roi  assimile  ici  le  savant  collège  à  un  des  cycles 
célestes. 

Il  nous  reste  les  mots  schaï  em  tevu-w  Hl  111 ,  qui 
doivent  fournir  un  sens  à  eux  seuls;  je  prends  fcft 
sécha  dans  la  nuance  du  copte  TU  C2>Jb  <(  magister  »; 
car  je  ne  crois  pas  qu'il  s'agisse  ici  d'un  talent  pour 
l'écriture,  qui  eût  été  peu  utile  à  la  malade,  et  je 
traduis  un  «  maître  dans  les  doigts  »,  c'est-à-dire  «  un 
opérateur  habile  ».  Ce  serait  là  l'expression  parallèle 
appelée  par  les  mots  ava-tu  em  het-w  «  peritum  in 
«  corde  suo  ».  Si  j'ai  réussi  à  saisir  cette  phrase  diffi- 
cile ,  le  roi  demandait  à  ses  hiérogrammates  de  choi- 
sir dans  leur  sein  un  docteur  instruit  et  un  opérateur 
adroit,  c'est-à-dire  un  parfait  médecin.  Il  est  à  remar- 

1  Chaves-u  «les  lampes  » ,  nom  de  certaines  constellations ,  proba- 
blement les  Décans;  ici  le  kev  est  leur  cycle. 


144  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

quer  que  l'auteur  met  toujours  dans  la  bouche  de 
ses  grands  personnages  des  phrases  recherchées  et 
construites  suivant  les  lois  littéraires  du  parallélisme. 
On  sait  que  la  coutume  des  embaumements  ;iv ait 
donné  aux  Egyptiens  les  premières  notions  de  l'ana- 
tomie,  et  qu'ils  passaient  pour  bons  opérateurs;  ce 
sens  me  paraît  donc  admissible,  mais  je  suis  loin 
de  le  donner  pour  certain.  Notre  récit  continue  par 
une  phrase  beaucoup  plus  claire  qui  nous  amène  à 
la  1  i*  ligne  : 

S  ù  îi!  +  JL  2ç  ri  X  m  11 

Al  pu  M  aa  tultm  Tot-4m-kt*t  tm-U        ktm-w        «o   m 

('«m  vcniiMt     trrib*  rtfim»  Tolcmliebi  roram        l*f»,       jatait 

^^   .*=  \-^  J  -.      ©     A —    7\ 

aoa-w  «*<■»»-«  «r  Vacalra  aaa  «pi  a«a 

in  iUr  (êceii  «•at        «1  Bachlan  cum        l'fato      itto. 

Cette  phrase  peut  reposer  notre  attention;  elle 
ne  présente  aucune  difficulté,  tous  les  mots  en  sont 
connus.  Remarquons  le  temps  composé  aï  pu ,  avec 
le  verbe  g\  =  TTE  «être»,  et  l'inversion  du  sujet; 
cette  tournure  met  le  premier  membre  de  phrase  au 
plus-que-parfait,  et  en  relation  de  temps  avec  le  se- 
cond. L'orthographe  ffl  4e  ^  '  Pour  *e  ^lre  du  Da" 
silico-grammate ,  montre  que,  dans  le  groupe  abrégé 
^  K| ,  le  signe  suten  X  obtient  une  primauté  d'hon- 
neur (comme  "1  «  dieu  ») ,  et  que  nous  avons  le  droit 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.      145 

de  transcrire  toujours,  en  mettant  l'adjectif  après  le 
substantif,  an  suten  «  scriba  regius  ». 

La  lecture  de  ce  titre ,  an  suten,  est  due  à  M.  Birch  ; 
beaucoup  de  bons  exemples  la  justifient;  mais  il  ne 
faut  pas  en  conclure  que  le  signe  |^|  se  prononçait 
an  dans  tous  les  cas;  cela  n'est  prouvé  jusqu'ici  que 
dans  le  nom  du  basilico-grammate ,  et  ce  pouvait  être 
le  nom  particulier  de  cette  charge. 

La  particule  han  «  avec  »  s'écrit  ordinairement 
"?•,  c'est-à-dire  la  voyelle  après  les  consonnes;  l'or- 
thographe l"**- ',  qui  suit  probablement  la  pronon- 
ciation ,  est  une  innovation  qu'il  faut  aussi  noter. 
Nous  sommes  déjà  loin  du  style  des  Toutmès  et  des 
Aménophis ,  sous  bien  des  rapports. 

VI. 

fTnmm!^z&~*  -  ^  r=l  BB  dT 

Sper      pu      ari  en         rech         cke-t        scha-n  er  Vechlen         keme-new 

Cum  accedisset  sciens         res         libroram     ad  Bachtan ,         reperit 

(  horao) 

•<=>     ^      xx      J\      |   <^.   I   |   I    <=>   xx  •     ni 

Vent-resch-ti  cm  sccneru  ker  chui 

Bint-reschit  rem  kabentem  cumdœmone. 

J'ai  déjà  fait  voir  que  le  premier  membre  de  cette 
phrase  importante  n'avait  pas  été  saisi  par  M.  Birch  ; 
ille traduit:  «The  object  of  thejourney  was  toknow 
«  the  state  of  the  affairs  in  Bachten.  »  Le  verbe  sper 


140  AOUT-SEPTEMBHE  1857. 

^«accedere»  est  connu  depuis  Champollion ,  et 
l'on  ne  peut  hésiter  a  le  reconnaître  ici ,  quoique  son 
déterminatif  J\  ait  été  omis  ;  l'inversion  et  le  verbe 
auxiliaire  pu  le  mettent  au  plus-que-parfait,  comme 
nous  l'avons  vu  tout  à  l'heure,  avec  une  relation 
que  nous  rendons  par  le  subjonctif.  Nous  avons 
constaté  également  que  les  mots  rech  che-t  schu-u 
étaient  la  qualification  de  l'homme  spécial  que  le 
prince  de  Bachtan  demandait  au  Pharaon;  elle  ca- 
ractérise ici  Tot-em-hcvi.  Le  roi  vient  de  lui  ordonner 
de  partir  pour  Bachtan  avec  l'ambassadeur.  Qui  peut 
maintenant  arriver  h  Bachtan,  si  ce  n'est  lui?  Il  est 
donc  incontestable  que  c'est  le  docteur  égyptien 

qui  est  ici  indiqué  par  les  mots  ^  ®  m  ^"^,  et, 
dès  lors,  notre  interprétation  est  certaine  aussi  I  la 
9*  ligne,  à  l'endroit  où  l'ambassadeur  demande  au 
roi  d'envoyer  un  @  ®  ~  ^^  pour  voir  la  prin- 
cesse; les  deux  groupes  ne  diflerent  d'ailleurs  que 
par  les  signes  idéographiques  du  pluriel  :  les  sciences 
ou  la  science,  ce  qui  ne  change  rien  à  la  traduction. 
La  seconde  partie  est  traduite  par  M.  Birch  :  <»  He 
<»  thought  Benteresch  was  under  the  influence  of 
«spirits  (?)»,  ce  qui  se  rapproche  extrêmement  du 
sens  que  je  propose;  nous  sommes  moins  d'accord 
sur  les  détails. 

Le  groupe     J"  I,  ou  l'oiseau  qui  suffit  ici  pour  le 

représenter,  ^Jtm,  est  transcrit  par  le  savant  anglais 
senem,  et  traduit  par  lui  «  penser»;  je  me  sépare  de 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  EGYPTIENNE.  147 
lui  sur  ces  deux  points.  Le  symbole  est  un  oiseau 
échassier  cherchant  sa  nourriture,  et  le  verbe  se  tra- 
duit partout  exactement  par  «  trouver  ».  Le  papyrus 
des  deux  frères  m'en  a  offert  une  foule  d'exemples 
très-clairs  ;  lorsque  le  frère  cadet  revient  à  la  ferme 
chercher  des  semences,  il  trouve  sa  belle-sœur  seule. 
L'aîné  revenant  au  logis  trouve  sa  femme  étendue 
par  terre.  En  se  plaignant  à  son  mari,  elle  lui  dit  : 
ull  m'a  trouvée  assise  seule»;  et  c'est  toujours  le 

groupe    jF  i  qui  exprime  cette  idée. 

Je  donnerai  ici  le  texte  d'un  seul  de  ces  exem- 
ples, parce  qu'il  explique  aussi  le  terme  corrélatif 
uchach  «chercher».  Le  frère  cadet  avait  recom- 
mandé ,  lorsqu'il  serait  mort ,  de  chercher  soigneuse- 
ment son  cœur  pour  le  faire  ressusciter.  Le  texte  dit 
alors  : 

w ^  ni  fi  m^ï^k^ 

Au-w-ari  3  renpe  tn  uchcwh-w 

Egil  très         au  nos  quarens  illixl 

^^  — 

•WWM       f  *•    ■ —  n 

an  kcme-w 

(et)  non  reperiens. 

A  la  fin,  cependant,  il  trouva  une  gousse  d'acacia 
où  le  cœur  était  caché1. 

1  Plusieurs  savants,  et  M.  Birch  lui-même,  ont  déjà  traduit  ce 
même  signe  par  le  verbe  trouver.  Depuis  que  ceci  est  écrit,  j'ai  reçu 


148  AOOT-SEPTEMBRE  1857. 

Tous  les  sens  que  nous  donnons  en  français  au 
mot  trouver  sont  du  domaine  du  signe  ^y>  ;  et  no- 
tamment se  trouver,  trouver  pour  juger,  estimer,  t'trc 
d'avis;  c'est  ce  que  nous  allons  voir  dans  les  mots 
suivants. 

La  lecture  senem,  que  propose  M.  Birch,  provient 
de  l'inscription  des  Annales  de  Toutmès  IV;  mais 
l'oiseau  qui  suit  le  mot  ainsi  écrit  me  parait  diffé- 
rent :  c'est  l'oie  du  Nil1,  tandis  que  nous  avons  ici 
un  échassier  bien  caractérisé.  Or,  dans  la  même  ins- 
cription, notre  mot  trouver  est,  si  je  ne  me  trompe, 
exprimé  par  le  même  échassier,  dans  une  phrase 
que  j'ai  déjà  citée  plus  haut  (voy.  Denkmâler,  III. 
3a,  1.  29).  «Or,  en  anneaux 


"*m;^*!h 


Ktmi-t  Ad    m  mu  u 

Ai 

trouvés  aux  bras  (ou  aux  mains)  des  gens  distin- 
gués ».  De  là,  je  conclusque  senem,  écrit  dans  la  même 
inscription,  avec  l'oie  pâturant  pour  déterminatif, 
doit  avoir  un  sens  différent.  Trouver  m'avait  mené 
droit  au  copte  memphitique  2SEAJ  ,  2SXJUS  Baschm. 
6ïJU-ï  «  invenire  »  (on  connaissait  le  second  élé- 
ment M);  mais  j'hésitais  toujours  entre  les  articula- 
un  excellent  travail  de  M.  Chabas ,  inséré  dans  la  Bévue  archéologique; 
ce  savant  y  explique  un  hymne  à  Osiris,qui  fournit  aussi  un  bon 
exemple;  il  y  est  dit  d'Isis,  cherchant  son  frère  :  an  chen-nes  an  kime- 
tus-su  «  elle  ne  s'est  pas  arrêtée  avant  de  l'avoir  trouvé.  ■ 
1  Voy.  Lepsius,  Denkm.  III,  3o,  1.  39. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  149 
tions  antiques  k,  t,  ou  sch  pour  la  lettre  initiale, 
lorsque  M.  Brugsch  me  communiqua  une  variante 
du  nom  de  ville  Vukem  J  ^q,  où  kem  est  exprimé 
par  ^1^'-,  c'est  certainement  le  même  nom  que  je 
trouve  à   Philae  écrit  ^e>|^  Vaukem1.  Salvolini 

avait  déjà  signalé  la  variante  "|  ^===  à    J^,  et  cette 

variante  pourrait  faire  une  difficulté,  car  ^  semble 
avoir  la  valeur  am,  comme  initiale  du  nom  des 
peuples  nommés  Amous. 

Le  signe  j  peut  répondre  à  différents  mots;  mais 

je  crois  plutôt  qu'on  a  confondu  (et  les  graveurs 
égyptiens  eux-mêmes)  plusieurs  hiéroglyphes  très- 
semblables  .  Y  ou  le  bâton  de  chasse,  le  boa-mérang, 
me  paraît  le  type  am,  du  nom  des  Amous.  Le  poteau 
d'abordage   | ,   qui   détermine  I    j  <I^  mena 

«  arriver  »,  ressemble  aussi  extrêmement  au  poteau, 
plus  mince  ordinairement,  qui  servait  à  attacher 
l'oiseau  appelant  jjjfî  celui-ci  s'employait  aussi  seul, 
Y  à  la  place  de  WJ,  pour  écrire  le  verbe  ^3,  KeMa, 
dans  le  sens  de  «jouir,  se  réjouir  » ,  en  copte  OIâïç?. 
De  là  provient  sans  doute  la  variante  |  îk  =  jj"  '■> 
mais  le  type  de  l'idée  trouver  est  bien  l'échassier  ^^; 

1  Voy.  Lepsius,  Denkm.  IV,  53;  cf.  IV,  56. 

2  A .  n%L  signifie  aussi ,  d'une  manière  incontestable ,  «  créer  »  ; 
c'est  dans  ce  sens  que  ChampoHion  l'avait  rapproché  de  DI-V-X  » 
2£JjUl$  «invenire». 


150  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

il  est  employé  presque  exclusivement  dans  les  textes 

anciens ,  et  surtout  dans  les  textes  hiératiques. 

En  arrivant  à   Bachtan,  Tot-em-hevi  trouva  la 
princesse  em  séchera  ker  chui  sous  l'obsession  d'un 

esprit,  d'un   démon.  Le  séchera  d'une 

r  I  *=»►    1 1 1 

chose, comme  l'a  bien  reconnu  M.  Birch,  est,  en  gé- 
néral sa  partie  abstraite;  c'est  le  plan,  le  dessin  d'un 
ouvrage  :  pour  une  personne,  ce  sont  ses  desseins, 
ses  idées,  et  aussi  son  état,  son  caractère,  comme  le 
indoles  latin.  Dans  l'inscription  des  mineurs  d'or,  on 
lit1,  au  sujet  de  la  région  d'Akaîat  : 

I V  P  V  X*  P  il  ^  f  =  '* 

Ans  *m  pi-Mcker  ktm-l        ka  ma  i" 

l°M,  iMunduta  salaria  »a«ra ,  t»m*  w|n« ,  ■ 

(lerra) 


71 


trmport  d«  (tolwj'. 

Sécher,  dans    notre   inscription,  est,  exactement 
dans  la  même  nuance,  Y  état  de  la  malade  qui  con- 

1   Voy.  Prisse,  Monum.  XXI,  I.  20 ;  cf.  Birch,  loc.  cit. 

1  ReK  signifie  «  le  temps ,  l'époque  » ,  et  non  «  le  règne  * ,  comme 
l'a  traduit  M.  Birch.  Sou  déterrai  natif  complet  est  le  soleil  0,  et  la 
route  jztft;  tel  est  le  groupe  *£*,  qu'il  faut  rétablir  dans  la  stèle 
de  Leydc ,  qui  marque  l'époque  du  roi  Antcw  et  que  je  n'avais  pu  re- 
connaître. Ce  groupe,  exprimant  si  bien  l'idée  du  temps,  est  aussi 
le  déterminatif  du  mot  ha-u ,  dans  cette  même  acception ,  et  de  plu- 
sieurs autres  termes  analogues.  (Voyez  Revue  archéologique ,  lettre  à 
Leemans,  sur  le  musée  de  Leyde.) 


/ 

ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.   151 

sistait  en  ce  qu'elle  était  her  chai  «  avec  un  esprit  ». 
Ker  indique  encore  plus  que  l'idée  avec,  ce  mot  im- 
plique souvent  la  possession  d'une  chose ,  comme  nous 
l'avons  déjà  remarqué. 

Je  ne  puis  faire  mieux,  pour  le  sens  de  J$*  J ,  que 

#111 

d'analyser  ici  la  remarquable  discussion  de  M.  Birch. 
Le  premier  sens  du  groupe  est  lamière;  cela  est  rendu 
certain ,  tant  par  de  nombreux  exemples  que  par  le 
détermina tif  JR,  qu'il  prend  dans  cette  acception1. 
Il  est  facile  de  tirer  de  là  les  sens  secondaires  éclat, 
splendeur,  honneurs,  privilèges,  droits,  que  ne  men- 
tionne pas  M.  Birch ,  et  dont  je  pourrais  citer  bien 
des  exemples,  peut-être  aussi  le  sens  de  fêtes,  céré- 
monies, que  Ghampollion  lui  donne  dans  son  Dic- 
tionnaire (p.  1 84). 

M.  Birch  fait  ensuite  voir  que  ce  terme,  avec  le 
déterminatif  fJf ,  désigne  un  certain  nombre  de  gé- 
nies ou  divinités  du  second  ordre,  ce  qui  rappelle 
les  esprits  lumineux  du  gnosticisme2.  ^  #  t^  ChU 
devient  également  le  nom  des  mânes,  des  défunts 
justifiés,  qui  passaient  à  un  état  semblable  à  celui 
des  génies  ou  démons  du  second  ordre.  Notre  savant 
devancier  cite  des  textes  qui  montrent  que  l'in- 
fluence de  ces  génies  était  souvent  redoutée,  et 
qu'on  faisait  des  prières  pour  s'en  défendre;  il  con- 

1  Voy.  Toit,  xv,  34  et  passim. 

*  Notre  mot  esprit  est  tiré  de  l'idée  du  souffle,  les  Egyptiens  sem- 
blent avoir  employé  une  métaphore  préférable ,  en  comparant  l'es- 
prit au  rayon  lumineux. 


152  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

clut  de  cette  discussion  que  la  princesse  était  sous 
l'obsession  d'un  esprit  de  cette  espèce,  et  la  suite 
de  notre  texte  va  pleinement  justifier  cette  excel- 
lente explication ,  qui  se  trouve  d'ailleurs  en  si  par- 
faite harmonie  avec  ce  que  nous  savons  des  croyances 
de  l'Orient  antique. 

Je  suis  obligé  de  m'arrêter  un  instant  sur  la  lec- 
ture du  type  ^,  qui  joue  un  rôle  immense  dans 
les  textes.  M.  Birch  nous  laisse  sous  ce  rapport  dans 
l'incertitude;  car,  après  avoir  transcrit  ach,  il  revient 
à  bâcha,  à  chat,  et  paraît  néanmoins  incliner  plus 
fortement  pour  acht;  la  seule  variante  qu'il  indique 
serait  \@  ach.  Je  crois  que  le  signe  "V  doit  se  lire 
ChU;  les  variantes  qui  le  prouvent  sont  nombreuses 
et  concordantes.  Celle  que  Salvolini  a  signalée, 
^  ^  f^  =  @^  ij^,  est  très-fréquente  dans  les  ri- 
tuels l\  or  la  lecture  du  premier  groupe  par  c/iu 
n'est  pas  douteuse ,  et  Lepsius  l'a  confirmée  par  la 
liste  grecque  des  décans.  Mais  ce  savant,  n'ayant 
pas  reconnu  l'égalité  phonétique  de  'V  et  & ,  dit  que 
les  décans  cha  et  ape-cha  manquent  dans  les  listes 
anciennes.  C'est  une  erreur;  on  trouve  à  la  place  cor- 
respondante ,  au  tombeau  de  Séti ,  "^  ^ ,  deux  oi- 
seaux cha,  au  Ramesséum  'V  'V  V  *,  et  puis 
^J^k  *  apc  cha;  c'est-à-dire  deux  décans  dans  cette 
constellation,  tout  comme  à  Dendérah.  La  liste  du 
temps  deNectanébo  présente  les  mêmes  signes.  Les 
décans  ape-bia  et  biu  viennent  ensuite;  ils  sont  écrits 

1    Todt.  cli.  XTll,  \.  3ç>;  cf.  Rituel  Cad.  \oc.  cit. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  153 
par  l'oiseau  ^  bai,  avec  lequel  il  faut  se  garder  de 
confondre  l'oiseau  ^k  à  la  crête  dorée,  symbole  de 
la  lumière,  et  qui  ressemble  à  la  belle  grue  couron- 
née du  Sénégal.  Une  variante  ptolémaïque  écrit  le 
même,  groupe  avec  le  chat,  en  égyptien  chau;  je  la 
cite,  parce  que  la  phrase  paraît  un  souvenir  consa- 
cré à  la  beauté  de  la  célèbre  Cléopâtre1  : 

Mesccha*  kati-u       en  mia  chaui-xu 

Lsetantiir  corda         cum  vident  décora  ejus. 

On  sait,  d'ailleurs,  que  le  chat  était  regardé,  lui- 
même,  comme  un  symbole  de  lumière. 

Cette  valeur  chu,  étant  bien  établie,  il  n'est  plus 
étonnant  de  voir  l'oiseau  ^  employé  pour  ^  dans 
quelques  mots  où  il  ne  joue  qu'un  rôle  phonétique, 
par  exemple  dans  le  mot  ^  J>l'i  cest  ainsi  que 
se  trouve  écrit,  au  tombeau  de  Ramsès  VIII,  le  pé- 
ché que  le  Rituel  de  Turin  orthographie  ^  J  T  ^~3. 

Le  mot  chot  «flamme»,  ordinairement     'i  ,  a  pour 

variante  o ^fc^ \  ou 'Ifc^ II,  et  M.  Birch  le  lit  alors 

lui-même  chet,  d'où  il  suit  que  la  valeur  de  l'oiseau 
est  bien  un  ch.  Je  sais  que  ce  radical ,  ainsi  que  beau- 

1   Voy.  Lepsius,  Denkm.  IV,  65. 

=  Le  lotus  est  employé  comme  déterminatif  de  la  joie,  surtout 
aux  basses  époques;  c'est  à  tort  que  M.  Birch,  dans  le  résumé  pré- 
cité, exclut  la  fleur  de  lotus  des  détermi natifs  généraux. 

3  Tadt.  r.xxv,  ao. 


154  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

coup  d'autres,  se  présente  souvent,  dans  les  rituels 
antiques,  avec  une  ou  deux  voyelles  initiales;  en 
sorte  que  le  groupe  y  est  orthographié  ^  \©\  §, 
au  lieu  de  ^s@[^j  ou  '^*0j^.  C'est  ce  qui  i  m 
gagé,  sans  doute,  M.  Birch  a  lire  ach;  mais  h  valeur 
de  ^s  étant  certaine,  il  no  faut  voir  dans  ces  exem- 
ples qu'une  voyelle  initiale  ajoutée  au  radical  simple; 
ce  que  les  langues  égyptiennes  et  coptes  admettent 
très-facilement.  J'ajouterai ,  pour  compléter  ce  qui 
regarde  le  signe  ^,  que  le  même  mot  s'écrit  par 
la  tête  seule  de  l'oiseau  "T*®,  et  que  cette  tête  elle- 
même  remplace  quelquefois  le  fouet  sacré,  k — J, 
dans  le  groupe  UâJ  chu  «  protéger,  gouverner»,  en 
vertu  de  sa  seule  valeur  phonétique  *. 

Le  mot  était  trop  important  pour  ne  pas  en  éclairrir 
la  lecture;  elle  nous  permet  de  retrouver  des  déri- 
vés certains  dans  les  mots  coptes  OjO'tftyo**  «glo- 
«ria,  laus»,  OjOfCyU.tO'ÏCrjï  «sacrifu  imn»,  OJCT*- 
UJO**OJ!  «  adorare  »,  et  enfin  dans  la  particule  OJO*<, 
à  laquelle  M.  Quatremère  a  fait  reconnaître  la  va- 
leur de  dignus. 

Les  phrases  qui  suivent  sont  un  peu  mutilées; on 
peut  néanmoins  suivre  le  sens  avec  ce  qui  reste  sur 
la  pierre.  • 

1  "^  est  le  nom  même  du  fouet  J\  c/iu,  dans   la    description 

d'Ammon  ithypliallique,  dans  la  panégyrie  représentée  à  Medinct- 

Abou  :       *•  |      *+*    I  chu-w  ha  a-w  avet  *  son  fouet  est 

\-^.  I  ^-^     1    J  i— i_J 
sur  son  bras  droit  t. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.   155 


Keme-new-JH         en  ter  lian-w 

Sensit  sese  (  debiliorem  ?  )  cjuam  ut  dimicaret     cum  eo. 

M.  Birch  propose  :  «  He  thought  they  were  spirits 
«  of  Kel  or  contending  with  her  or  him.  » 

Champollion  a  copié  la  stèle  à  une  époque  où 
elle  était  un  peu  moins  dégradée,  et  sa  copie  nous 
sera  très-précieuse  en  cet  endroit.  Ecartons  d'abord 
le  pronom  féminin  — •*— ,  que  M.  Birch  lit  à  la  fin  de 
cette  phrase;  le  masculin  *l~ *_  est  encore  parfaite- 
ment visible  sur  la  pierre.  On  ne  peut  donc  pas 
entendre  ceci  de  l'esprit  qui  se  serait  battu  avec  elle. 
Les  premiers  mots  Keme-new-sa  se  lisent  sans  diffi- 
culté; or  la  formule  new-sa  a,  le  plus  habituelle- 
ment, la  force  du  verbe  réfléchi.  Nous  verrons  à  la 
ligne  18e  er  ta-new-su  ha  cha-t-w,  ce  que  M.  Birch 
traduit  parfaitement  par  «il  se  mit  sur  le  ventre», 
pour  cil  se  prosterna».  Je  traduis  keme-new-sa  par 
«il  se  trouva»;  le  sujet  étant  Thot-em-hevi ,  comme 
dans  le  membre  de  phrase  qui  précède.  Les  der- 
niers mots,  ker  han-w,  ne  peuvent  avoir  d'autre  sens 
que  «combattre  avec  lui».  Dans  le  groupe  effacé, 
on  distingue  encore  parfaitement  l'oiseau  funeste^-, 
comme  déterminatif ,  après  les  deux  feuilles  II;  quant 
au  caractère  qui  précédait,  il  est  difficile  d'en  rendre 
compte,  la  pierre  est  trop  dégradée  à  cette  place;  la 
forme  de  la  dépression  ressemble  à  Q  ou  à  ! .  M.  Prisse 
l'a  prise  pour  un  simple  accident,  car  il  n'a  mis  au- 


156  AOUT  SEPTEMBRE   1857. 

CDD  signe  entre  XV  et  |  |  l'exiguïté  de  l'espac g 
pourrait  lui  donner  raison.  Champollion  a  cru  dis- 
tinguer le  bas  du  signe  1,  et  M.  Bircli  i  suivi  cette 
manière  de  voir1. 

Nous  devons  à  ce  savant  des  recherches  curieuses 
sur  ce  signe,  qui  paraît  être  une  rame;  comme  le 
mot  I  V  ^f\  représente  incontestablement  lu  parole, 
on  avait  pris  I  pour  une  parfaite  variante  de  la 
langue  |2.  En  effet,  dans  les  Rituels  de  basse  époque, 
et,  par  exemple,  dans  celui  de  Turin,  le  signe  li 
néaire  pour  1  est  souvent  tout  à  fait  pareil  h  celui 
qui  représente  1,  tant  dans  le  mot  IV  Y  jfv  cïue 
dans  un  autre  groupe  2  hap,  dont  le  vrai  détermi- 
natif  est  !.  Ces  deux  signes  ont  cependant  des  cor- 
respondants hiératiques  bien  distincts,  et,  de  plus, 
le  complément  phonétique  de  1  est  ordinairement 
une  ou  deux  voyelles,  V  ou  V  V ,  tandis  que  1 
est  suivi  du^a»>  f3.  M.  Birch  fait  voir  par  les  variante* 
^-"^  _  égal  à  — '  @  x .  et  k  — ■*  ®  x  I .  que 
la  prononciation  de  1  doit  être  CheK,  dans  la  for- 

1  Seulement , on  ne  peut,  comme  le  demande  M.  Birch,  changer 
X  \  ?  4  II  ^—  en  I  m  II  ^-.;  1  V  est  très-bien  conservé 
sur  la  pierre,  au  commencement  de  la  ligne;  c'est  entre  V  et  II 
qu'il  parait  y  avoir  eu  quelque  chose. 

-  Voir,  pour  l'explication  du  groupe  1  -».  J^,  le  Mémoire  sur 
Ahmès,  p.  37. 

3  Dans  M.  Bunsen  (.lïgypt's place) ,  1  paraît  aux  signes  mixtes 
n*  3o  avec  ia  valeur  iei ,  et  1 ,  le  vrai  représentant  de  ce  mot,  nr 
fignre  nulle  part. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  157 
mule  usuelle  pour  les  défunts  proclamés  justes.  On 
connaît  encore,  au  même  signe,  la  valeur  phoné- 
tique HAP,  et  le  nom  même  de  la  rame  1  paraît 
avoir  été  prononcé  mahou.  C'est  là  un  des  exemples 
de  la  polyphonie  d'un  signe;  cette  polyphonie  pour- 
rait aussi  expliquer  les  cas  où ,  comme  à  la  ligne  1  oe 
de  notre  inscription,  le  mot  tut  «paroles»  semble 
être  écrit  |  "^";  mais,  comme  je  l'ai  dit,  on  peut 
supposer  facilement,  en  pareil  cas,  une  incorrection 
dans  le  texte,  à  cause  de  la  ressemblance  des  deux 
signes  1  et  I  .  Le  mot  clieru,  ainsi  écrit  l\^fj>  est 
rapproché  par  M.  Birch  du  copte  joptlIO"*  «  vox  w1. 

Dans  la  formule  S  1  \,  qui  signifie  u  les  offrandes 
funéraires  » ,  ce  savant  signale  également  la  variante 
phonétique  -S.  ©   !  pere-t  cheru. 

Avec  l'oiseau  funeste,  ce  terme,  cherui  I  \  ll^-s-, 
se  rencontre  parmi  les  expressions  qui  désignent  le 
mal  ;  on  le  doit  rapporter  alors  au  même  radical  que 

!  m  1 1  '*^A  ,  qualification  appliquée  ordinairement 

aux  ennemis. 

Le  papyrus  Sallier  (n°  i ,  1 ,  8)  nous  montre  Ram- 
sès  II  enfonçant  les  rangs  des  Chetas  : 

Hane-w  aku  em  p-cherui  na 

Et      ipse  irrupit  intra  liostes , 

'  Ce  savant  cite  un  excellent  exemple  du  mot  cheru ,  dans  le  sens 
de  voix,  où  il  est  orthographié  ^  _4fefi  F  1  c^erru-  [Voy.  Mémoire 
sur  la  coupe  d'or  du  Musée  du  Louvre.) 


153  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

cKtr-te  en  cketa 

viIm  cliittitM. 

C'est  probablement  un  terme  de  mépris  qu'il  faul 
voir  ici  dans  p-cherui. 

LesTakkari.les  Schartan.et  autres  peuples  v;iin 

eus  sont  aussi  qualifiés  1  m  1 1  '^A  i  dans  ^es  monu- 
ments de  Ramsès  III  (voy.  Champol.  Monum.  ccin). 
La  traduction  ennemis  est  également  la  seule  qui  con- 
vienne dans  le  passage  suivant,  tiré  de  Beit-el- 
Oually. 

Les  fils  de  Ramsès  II  suivent  leur  père  sur  leurs 
chars  et  se  réjouissent  de  sa  victoire;  l'un  d'eux  dit, 
entre  autres  choses  : 

Het-u  «m  rt$cku  at*v>  ka  Au  ckeri-vw 

Cor  menai  Uutur,  paUr  p«rc«Mit  hottr*  Mot , 


1  l 


III 

*=»■    III     III 

(«-«•        {t*S4r?)        ckopttck-xt  tr        (pHi-U?) 

fteit       pnrrtler*  gladiam  muni  advmus  LtrWo». 

La  lecture  cher  est  encore  assurée ,  dans  cette  nou- 
velle acception , par l'orth  graphe   ®    I  II  r# , que 

je  remarque  deux  fois  sur  un  monument  de  la 
XII'  dynastie  (voy.  Lepsius,  Denkmâler,  II,  1 36)  ; 
dans  cette  inscription ,  le  déterminatif  est  lié  comme 
un  prisonnier. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  159 
Pour  revenir  à  notre  passage,  si  Champollion  a 
vu  distinctement  le  signe  1 ,  il  y  avait  |ll  "^«c 
GheRi  -,  mais  le  déterminatif  *^t*-  est  seul  certain  ; 
il  se  prête  au  sens  à' ennemi,  méchant,  ou  petit, faible. 
On  peut  donc  entendre  que  Thot-em-hévi  «  trouva 
un  démon  ennemi  qu'il  fallait  combattre»,  ou  bien 
qu'il  «se  trouva  trop  faible  pour  le  combattre)),  en 
un  mot  qu'il  ne  put  réussir  à  l'expulser.  Je  choisis 
ce  dernier  sens  pour  deux  raisons  :  la  première  est 
que  la  formule  wwl\  indique  très-souvent  le  ré- 
fléchi ,  keme-new-su  «  il  se  trouva  »  ;  la  seconde  est 
que  Thot-em-hévi  s'en  revint  réellement  sans  aucun 
succès,  puisque  nous  allons  voir  une  nouvelle  de- 
mande de  secours  adressée  au  dieu  Ghons  en  per- 
sonne. Le  démon  est  d'ailleurs  traité,  dans  toute  la 
suite  du  récit,  avec  une  grande  considération,  et  je 
doute  fort  qu'on  lui  eût  appliqué  une  épithète  dé- 
terminée par  le  signe  du  mépris  ^t^-  Le  rédacteur 
de  l'inscription  eut  trop  à  s'en  louer,  pour  ne  pas 
lui  avoir  conservé  une  grande  reconnaissance. 


VII. 

La  princesse  n'étant  pas  guérie,  le  récit  passe  sans 
transition  à  une  nouvelle  ambassade,  adressée  au 
roi,  son  beau-frère. 

Ëift  111*?/*  m  Xk|V:r\ 

Un  sar  en  Vechten  ntm-w  (hav?)  em  (ta)   hon-w  em  tat 

Princeps  BachUn  ilerum     (  niis.it?  )  ad     regcm ,  dieens  : 


160  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

M.  Birch  traduit  :  «The  chief  of  tlie  Bakhtun 
«corne  a  second  time  and  slood  before  his  niajesty, 
«  and  said. .  . .  »  Je  ne  puis  me  ranger  à  son  opinion, 
et,  d'abord,  le  prince  n'était  pas  venu  lui-même  la 
première  fois;  il  avait  envoyé  un  ambassadeur  ou 
un  courrier,  ^^  y\.  On  voit  même,  par  la  suite 
du  récit,  qu'il  était  resté  chez  lui,  car  il  vient  au- 
devant  du  dieu  Cbons,  à  son  arrivée  dans  ses  Etats. 
Le  verbe  que  je  propose  de  suppléer  ici  est  j^ 
HaVe«  envoyer  »,  que  nous  avons  discuté  à  la  ligne  3\ 
M.  Prisse  a  vu,  en  effet,  un  signe  de  forme  carrée 
à  la  partie  supérieure  de  cette  lacune;  Cbampollion 
n'y  a  distingué  qu'un  trait  vertical.  L'espace  serait 
régulièrement  rempli  par  les  signes  suivants  : 

N*m-*/       kav€      tm-ta     Aoa-w. 

et  cette  restitution  me  paraît  acceptable. 

M.  Birch  revient  ici  sur  le  sens  de  J\<  qu«'  j'ai 
expliqué  plus  haut;  il  le  transcrit  gam ,  et  je  regrette 
de  voir  que  cette  faute  s'est  glissée  dans  l'excellent 
Abrégé  du  système  hiéroglyphique  qu'il  a  joint  au 
résumé  publié  par  S.  Gardner  Wilkinson.  Cet  épi- 
tomé  si  utile  pouvait  être  incomplet,  mais  il  eût  été 
désirable  de  n'y  introduire  que  des  choses  bien  cer- 
taines, et  il  est  très  nécessaire  de  relever  les  inexac- 
titudes que  l'auteur  a  pu  y  laisser.  J'ai  déjà  donné 
les  preuves  de  la  lecture  de  /,  qui  est  ncm;  le  mot 
à  mot  exact  serait  ici  «  iteravit  mittens  ». 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.      161 


tJm  !»    -    t   \ 

Ati  nev-a  ama-uo-lu  hen-w  er-t-a  an-tu 

Kex  magne ,         domine  mi ,  jubeat  majestés  tua  deduci 

\mSsn 

neter 
deum ..... 

Les  caractères  restitués  ici  ne  sont  plus  tous  lisi- 
bles aujourd'hui;  mais  les  copies  de  Champollion  et 
de  M.  Prisse  s'accordent  très- exactement  sur  ce 
point.  On  peut  donc  ajouter  sans  crainte  les  mots 

essentiels  n  ^V  1  «  amener  le  dieu  »  à  la  traduc- 
tion de  M.  Birch,  qui  donne  :  u  My  Lord,  would  his 
«  majesty  order  that  the  god ...  »  La  lacune  qui  suit 
est  trop  longue  pour  que  j'essaye  une  conjecture 
raisonnable  sur  les  mots  qui  la  remplissaient;  mais 
le  sens  y  perd  peu  de  chose,  comme  on  va  le  voir. 
Il  faut  nécessairement  restituer  quelque  chose  d'ana- 
logue à  L'envoyé  de  Bachtan  arriva  ou  se  présenta, 
ou  mieux  encore  fat  conduit .  . 


Ligne  i3. 

<=>   n  i  i  i  -^       •  I* !    imMàk  il 

t  tf  I  ~          St    * —  ■*-*  \  W 

1  'S— »         l      •     n    I         I      www\           m^&m  '^2P^        I  «vwm  1    _Z( 


Er  hen-w    en  renpe         23        (  Pochons  1  )      chewte  hevi  Amen 

Ad  regcm  ,  in  anuo       s3°,  ia  die  Parlions,  in  tcmporc  panegyris    Amonis, 

* .     in    o  © 

hen-w  em  chenu  T'orna 

reire  in        Tarn». 


102  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Je  suis  ici  M.  Birch  pour  le  sens;  mais  il  s'est 
trompé  en  plaçant  au-dessus  du  caractère  ^*x^  le 
verbe  set  «célébrer»).  On  lit  encore  distinctement 

les  signes  phonétiques  pour  panégyrie  8  /H  |  hev. 

Je  reviendrai  sur  cette  fête  annuelle  du  premier 
Pacbons. 

H  n'y  a  ici  aucune  difficulté;  la  particule  chewte 
«lorsque»  a  été  expliquée  par  Champollion;  la  con- 
jonction em  chen  ^^  a  pour  variante  phonétique. 

dans  la  plupart  des  textes  anciens, lk  ffif     ^  :  c'est 

le  copte  eJdo**K  «intra,  intus».  On  voit  que  dans 
ce  mot  le  vase  s,  ordinairement  lu  nn,  prend,  par 
le  principe  de  la  polyphonie,  la  valeur  chen;  mais  le 
déterminatif  de  l'idée  lieu,C"3,  prévient  toute  erreur 
pour  ce  cas. 

Ha»  »*m       m  ktm-w       tm-ta   cktmia  tm       Tama 

Tum  iUratit  rai  corna    Chou  in      Tima 


îïY^tï 


■-keptt  tm  tat 
deo  optimo ,  dicau» 


4f|3 

11  n'y  a  rien  à  remarquer  dans  cette  phrase,  si  ce 
n'est  l'orthographe  inusitée  du  verbe  ^  HePeT,  qui 
est  ordinairement  écrit  "^  HeTeP;  non-seulement 
il  y  a  ici  une  métathèse  que  l'on  retrouve  dans  les 
formes  coptes  S>CITTTT  et  ^UJTTT,  mais  encore  le 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  163 
t  final,  écrit  par  A,  doit  être  signalé.  Une  offrande 
ainsi  figurée,  A  ,  et  qui  semble  un  gâteau  de  farine, 
est  la  variante  usuelle  du  bras  tenant  la  même  of- 
frande ,  i^J ,  ce  qui  est  le  symbole  du  don;  M.  Birch 
prétend  que ,  dans  les  époques  pharaoniques ,  i_J 
avait  toujours  la  valeur  ma.  Je  ne  puis  me  ranger  à 
cet  avis;  les  mots  coptes  TOX  «dare»,  et  *X2>  «da» 
(impératif),  attestent  bien  que,  dans  la  langue  an- 
tique, il  y  a  eu  deux  radicaux,  ma  et  ta  signifiant 
«donner»;  le  symbole  A— J  s'appliquait  aussi  bien 
à  l'un  qu'à  l'autre,  en  vertu  de  la  polyphonie.  Ma 
s'écrit  d'ordinaire  avec  un  m  complémentaire  ^*~ ', 
ou  bien  avec  le  vase  s  sur  la  main ,  au  lieu  du  signe 
A ,  i— J;  mais  quand  au  (ou  ^)  est  seul,  je  crois 
qu'il  reste  habituellement  avec  la  valeur  phoné- 
tique ta;  c'est  ainsi  qu'on  l'a  employé  plusieurs  fois 
dans  notre  inscription,  pour  la  variante  jft,  au  lieu 
de  jjjr. 

^  é    i  /  JV  ^35  i    ^*  /£  — 

P-nev  nowre  er-ari-a       nom  em-ta-k    ha  se-t         en  p-sar  en 

Domine  bonc  !      ago  iterum        coram  te  pro         filia  principis 

Vechten 
Bach  tan. 

Traduction  de  M.  Birch  :  «My  gracious  master, 
«I  appear  before  you  on  account  of  the  daughter  of 
«  the  chief  of  the  Bakhtan.  »  Cette  tournure  ne  tient 


164  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

pas  compte  du  sens  de  f\k  nem  «iterum  ».  On  ne 

nous  a  pas  dit,  il  est  vrai,  que  le  roi  eût  déjà  prié 
Chons  pour  la  guérison  de  sa  belle-sœur;  mais  cela 
est  facile  à  supposer,  puisque  l'on  peut  voir,  par  les 
deux  dates,  que  la  maladie  durait  depuis  onze  ans. 
Le  signe  de  la  première  personne,  dans*ï",  ne  porte 
pas  les  insignes  de  la  royauté;  on  pourrait  penser 
que  c'est  l'envoyé  de  Bachtan  qui  parle,  mais  on 
observe  souvent  cette  petite  inexactitude,  et  je  reste 
de  l'avis  de  M.  Birch;  c'est  le  roi  qui  parle,  car  c'est 
lui  seul  qui  va  agir  et  qui  a  pu  donner  les  ordres 
pour  la  cérémonie  qui  va  suivit-. 

Ligne  i  'i 

J\      J\-     ?    JV     A  O    #    ■    -    I    *m 


HaMê  aU-(      <■  cktium       «m      Tama         newer-ktpl       m  cktium         o-ori 

Tua»    daduetu»  *•(  Ckom         ia        Tama  ,     dans  optimal ,  ad  C bon*     tfmttin 


,n  n  z% 


m 

iteker  ntltr  a<i  i-ktn  tckema-a 

conailia  ,   d*oiii  magnat»  ,     «jicicoUm  hoataa. 


Je  me  suis  explique ,  en  commençant,  sur  ces  deux 
formes  du  dieu  Chons;  je  ferai  seulement  remarquer 
que  le  verbe  f)  ♦  se-heri  a  ici  son  déterminatil  ha 
bituel ,  MF ,  le  guerrier,  repoussant  avec  son  bouclier, 
et  le  bras  levé  pour  frapper  de  sa  lance,  ou  plutôt 
de  sa  hache  d'armes.  Schema-u,  dans  lequel  je  vois 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  165 
les  puissances  ennemies,  est  suivi  des  jambes  en 
marche  J\. 

Le  verbe  sta,  qui  signifie,  au  sens  propre  «remor- 
quer une  barque»,  s'applique  symboliquement  à  la 
conduite  solennelle  des  dieux  ou  des  grands  person- 
nages ;  on  le  trouve  aussi ,  pour  amener  ou  faire  venir, 
dans  toutes  les  nuances  de  ces  mots.  Ma  traduction 
n'est  que  celle  de  M.  Birch  ;  nous  différons  seulement 
pour  l'explication  des  titres  du  dieu. 

Hane  tat         en  hen-xo  em-ta      chensu  em    Tama     newer-helep. 

Tum  dixit  rex  aille       Chons  in     Tama    deo  optirao. 

Tous  ces  mots  ont  déjà  passé  sous  nos  yeux;  no- 
tons seulement  que,  dans  le  titre  de  Chons,  le  ré- 
dacteur est  revenu ,  pour  cette  fois-ci,  à  l'orthographe 
usuelle  du  mot  "~j|  hotep. 


&M\1 


i_j  * 


,P-nev    newer  au-ar-ta-k  hra-k      er  chensu        p-ari  sécher 

Domine  bone,  si  converteris  os  tuuui  ad  Chons      agcntem  consilia, 

neter  au  se-heri  schemn-u         er-t-a.         sche-w  er  Vtchten 

Jeu  m  magnum,  ejicientem  liostes ,        ut  facias     ire  eum  ad  Bachtan 

han  oër  oër 

gratia    maxima. 


166  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

Voici  la  traduction  anglaise  de  ce  passage  :  «  My 
«  good  Lord ,  would  you  lift  up  thy  face  to  Chons. . . 
«  that  he  should  go  to  the  Bakhtan?  he  assented 
«  (twice?)  ».  Nous  sommes  donc  d'accord  pour  le  pre- 
mier membre  de  phrase,  il  faut  seulement  serrer 
de  plus  près  la  locution  au-cr-ta-k  hra-k.  !,<■  rtribl 
auxiliaire  ^  ar,  placé  avant  le  radical,  compose 
une  des  formules  conditionnelles  ou  dubitatives  que 
nous  rendons  par  fi;  la  stèle  des  mineurs  d'or  en 
offre  un  exemple  excellent  :  «  Tout  ce  que  tu  veux 
se  fait») ,  disent  les  fonctionnaires  au  roi  Hamsès  l: 

itjapl*QJT뱕 


Ar 

i 

«•4 

MM>                        *m  korak 

kat-to 

S. 

«•lit 

•icofiUr*                  ia  moti* 

US 

au-w  ckêptr 
ipM  fiel. 

•lirm, 

On  trouve  aussi,  à  la  17*  ligne  du  même  monu 

ment  :  \    _^\  _y  ar  tatc-h  en  ma  «  si  tu  disais 

à  l'eau  (de  sortir  du  rocher,  elle  viendrait  à  ta  pa- 
role). » 

Notre  formule  de  prière  polie  doit  donc  être  ana- 
lysée par  la  forme  dubitative  :  «si  tu  tournais  ta  face 
vers  le  dieu  Chons  ».  Observez  que  le  E  dubitatif  du 
copte  n'est  pas  autre  chose  que  ce  verbe  ar,  er,  devenu 

1   Voy.  Prisse,  pt.  XXI,  1 .  1 3 •-  cf.  Rirrli ,  foc.  cil. 


ÉTUDE  SUR  UNE  STÈLE  ÉGYPTIENNE.  167 
e  par  l'oblitération  de  IV  finale,  comme  la  particule 
E ,  qui  a  remplacé  <=>  er. 

Le  vocatif  p-nev  nowre  «  domine  bone  » ,  nous 
montre,  pour  la  seconde  fois,  l'emploi  de  l'article 
avec  le  nom  au  vocatif,  il  faut  aussi  tenir  note  de 
cette  particularité,  qui  pourrait  embarrasser  dans 
des  phrases  moins  claires.  M.  Birch  a  omis  cette 
forme  du  vocatif  dans  son  Abrégé  précité. 

La  formule  han  oër  (bis)  est  plus  difficile; la  tra- 
duction que  M.  Birch  propose,  avec  le  signe  du 
doute ,  ne  tient  pas  compte  du  mot  oër,  avec  l'addi- 
tion *®  sep  2  «  bis  ».  Ce  dernier  signe ,  par  la  rédu- 
plication du  mot,  forme  une  sorte  de  superlatif;  on 
en  a  un  exemple  très-clair  dans  la  locution  adver- 
biale -==»  ^  ^  0*tT  er  a^îer  aker,  qu'on  rencontre  très- 
fréquemment  dans  les  papyrus,  et  qui  signifie  «ex- 
trêmement», tant  en  bonne  qu'en  mauvaise  part1. 
Oër  oër  signifie  donc  ici  a  très-grand  ».  La  même  lo- 
cution, à  la  ligne  suivante,  est  augmentée  de  ape*l, 
qui  ajoute  encore  un  degré  à  ce  superlatif.  M.  Birch 
traduit  le  mot  han  ~~  par  «consentir».  Je  le  rap- 
porte, comme  lui,  à  la  racine  copte  S>î\E  «velle»; 
le  déterminatif^^  est  celui  des  mouvements  et  des 
sensations  agréables  et  favorables  ;  mais  pour  justi- 
fier les  épithètes  oër  (bis) ,  très-grande  et  ape  oër  (bis), 
très-insigne ,  il  faut  ici  la  nuance  de  grâce,  faveur; 

1  Ce  sens  de  er  aker  a  échappé  à  M.  Birch  dans  la  stèle  des  mi- 
neurs d'or,  1.  21,  cher  her-s  ken-ta  her-mu  er  aker,  traduisez  :  «sed  via 
«ejus  carensaqua  omnino.  »  (Voy.  ci-dessus,  p.  i/j2.) 


168  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

file  s'applique  également  bien  à  la  ligne  ao\  où  nous 
retrouverons  ce  mot.  On  ne  comprendrait  pas,  d'ail- 
leurs, pourquoi  le  dieu  consentirait  deux  fois,  et  si 
le  mot  han  était  ici  le  verbe  consentir,  il  y  aurait  eu 
de  toute  nécessité  le  pronom  \*^_,  pour  le  ratta- 
cher au  sujet.  Han  est  donc  un  substantif  qualifié 
par  oër  oër. 

(La  tuitc  à  un  prochain  numéro.) 


ÉTUDES  ASSYRIENNES. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA, 

RELATIVE  À  LA  RESTAURATION  DE  LA  TOUR  DES  LANGUES 
PAR   NARUCHODONOSOR. 

(Suite.) 


IX. 

A     -       »o.  î       -         i>  ii         -         ««.  au. 

Ad  confiriandam  e»m  et  (ad) 

ct:  &  «#•  -tu  zi  <y  W(:  s:  r^i- 

al     -     la  u.  n  î     -        si     -        ta.  ga     -     la. 

•  letandum  cipul  ajo»  nuniim 

êet=  m  #3-  J%>&-  ^ï:>tu^- 

«s      -      sa  biii.  h      -      «a.  fi   -      »i      -        ri  im. 

eitrndi  :  lirai  aatra 


INSCRIPTION  DE  BORS1PPA.  169 

-  m  s?  <m  <i~-  m-  m  se  #t0- 

inaA.  i  15      -      i;  i'«.  oft      -        ni      -        su.  >■«. 

fucrat,  (ita)  fundavi ,  cxstruxi  eain  : 


&  m-  bu-  *t  «  ci:  m  — t- 


Ai     -  ma.  ><t.  ,y""-  vl     -        la       -  li. 

S'eut  die  pristino  (fucrat) , 

(^  «p;  -m  if.  H7J  sf  ëcr  if  p£î- 

u        -        ui  -  /«  a.  ri  t       -        sa  a     -     ta. 

(ita)   plevavi  raput  cjus. 

Il  n'y  a  pas  de  difficultés  dans  la  phrase.  Le  verbe 
assum  n&x  vient  de  uw  «  mettre ,  émettre  ».  Nous 
avons  vu  déjà  que  quelquefois  le  £/  de  l'hébreu  et 
du  chaldaïque  se  change  en  tf  en  assyrien ,  contraire- 
ment à  la  règle  qui  nous  enseigne  la  permutation  du 
&  et  du  D  dans  la  langue  de  Ninive ,  comme  elle  a 
lieu  en  syriaque.  Il  est  possible  que ,  dans  l'origine , 
le  fc?  et  le  tf  de  l'hébreu  aient  été  identiques,  et  que 
la  distinction  que  la  ponctuation  y  a  introduite  ne  soit 
que  l'effet  d'une  prononciation  plus  moderne.  Je  ne 
crois  pas,  contrairement  à  quelques  grammairiens, 
que  jamais  il  ait  existé,  dans  ces  temps  postérieurs, 
une  différence  entre  le  &  et  le  D. 

Les  deux  termes  ibisisa  et  ullà  sont  des  infinitifs  : 
l'un,  KtMffay,  est  celui  du  kal,  avec  le  suffixe  de  la 
3epers. féminine;  l'autre,  iV^,  celui  du  paël  de  ïTjy. 
On  sait  que  l'infinitif  du  paël  se  forme  Vi?D  ;  nous 
citons,  parmi  beaucoup  d'exemples  :  m ,  n»:,  ddt  , 


170  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

D^tf ,  dont  les  impératifs  correspondants  seraient  }jt  , 

->DJ,  PDT,  D^tf. 

Les  deux  phrases  suivantes  ne  se  trouvent  pas  sur 
le  baril  qui  seul  nous  fournit  la  fin  du  dernier  pa- 
ragraphe; mais  l'ensemble  en  est  tellement  impor- 
tant, qu'il  faut  voir  dans  cette  omission  une  des 
nombreuses  inadvertances  dont  les  textes  assyriens 
nous  montrent  des  exemples. 

Le  sens  du  passage  est  clair.  Nabuchodonosor 
se  glorifie  d'avoir  reconstruit  l'édifice  tel  qu'il  avait 
été  dans  les  temps  très-reculés.  Comment  pouvait-il 
avoir  une  notion  de  l'état  du  temple  dans  ces  anti- 
ques époques  ?  Voilà  ce  que  nous  ignorons  ;  probable- 
ment une  tradition  conservée  parmi  les  Chaldéens 
l'aura  guidé  dans  son  œuvre. 

Le  mot  labirim  n~}??)  veut  dire  «  auparavant  » ,  et 
vient  du  mot  si  connu  des  langues  sémitiques  "Qi? 
«passer».  Le  terme  est  intéressant ,  parce  qu'il  offre 
un  des  cas  très-rares  de  la  conservation  de  la  lettre 
servile  S,  qui,  généralement,  a  dû  céder  en  assyrien 
à  ]K.  Nous  avons  encore  dans  le  dialecte  babylo- 
nien des  Achéménides,  influencé  déjà  par  l'hébreu 
et  l'araméen ,  lapani  ^D1?  «  devant  ». 

Il  est  curieux  que  cette  expression  may1?  se  ren- 
contre, au  sujet  de  la  mimmation,  avec  l'hébreu 
0")B3,  qui,  certainement,  a  son  origine  dans  la  ra- 
cine mo  «  être  nouveau  »,  d'où  vient  aussi  ont)  «pas 
encore».  D">B  a  la  même  signification;  et  did:  veut 
dire  littéralement  «  dans  le  temps  nouveau  » ,  c'est-à- 
dire  «jadis». 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  171 

Quoique  les  deux  lettres  *—  Ë=Y  ne  nuisent  pas 
à  la  lucidité  du  sens ,  elles  présentent  cependant  des 
difficultés.  Le  trait  horizontal  a  les  valeurs  syllabi- 
ques  de  as,  dil  et  ruv,  ensuite  il  exprime  la, prépo- 
sition ina  «  dans  ».  En  outre ,  il  semble  exprimer  le 
verbe  n*n  «être»,  et  surtout  le  niphal  rrm,  qui  se 
trouve  également  en  hébreu,  avecJa  signification 
de  «avoir été,  n'être  pas,  cesser».  Je  croirais  volon- 
tiers que  le  simple  trait  >—  exprime  la  forme  verbale 
inah,  qu'on  trouve  souvent  dans  les  passages  ayant 
rapport  aux  temples  détruits,  par  exemple  dans  le 
prisme  historique  de  Tiglatpileser  Ier  (col.  7). 

(>M-  sani.  il  _  Uk.  va. 

DCXLI.  anni  prœteriere , 

1       -  na 

i'nere. 

Le  caractère  ►-  devrait  donc  être  transcrit  rthi* ,  et 
être  regardé  comme  un  niphal  anomal  de  tV>n,  avec 
le  l  conservé.  Cette  opinion  acquiert  de  la  vraisem- 
blance par  le  fait  que  le  ^  va,  qui,  comme  nous 
avons  vu,  finit  les  phrases  et  ne  se  met  qu'après  les 
formes  verbales  (s'il  n'exprime  pas  le  verbe  subs- 
tantif), se  trouve  souvent  seul  dans  la  même  lo- 
cution ,  sans  être  précédé  du  clou  horizontal. 

La  syllabe  ma  ou  va,  qui  peut-être  a  quelque 


172  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

rapport  avec  la  syllabe  1D  des  textes  poétiques  de  la 
Bible ,  a  fréquemment  un  u  devant  elle  ;  nous  avons 
ainsi  le  masculin  irrégulier  tô'33K  pour  ncpjdn 

La  dernière  phrase  de  ce  paragraphe  est  très-cl;i  i  n  . 
Le  mot  ndd  s'emploie  comme  l'hébreu  1DD,  pour  toutes 
sortes  de  comparaisons,  par  exemple^}  ND3  «  comme 
des  poissons»,  naxn  kdd  «  comme  du  khesbet  ».  Il 
rend  aussi  le  perse  avathcî  «  ainsi  ».  Nous  citons  un 
beau  passage  de  Sardanapale  V,  dans  lequel  ce  roi 
dit  de  lui-même  : 

v.  ~r  &.  -TDtJ  t-  ùm  m  M 

.Sa.  Nain.  ila.  lai     -     ni     -         la».  Ai     -        ma. 

Oufiu  N«bo,  il»u»  ni»lmctiooi» ',  licut 

T?  K  <■  «EÏÏT  C- *=£  ET  ^- 1- 

a   -   »i.  a.  nm      -        «i.  -         rai      -        h  m   -      $m. 

p»l#r  «t  Bll«r  nluratil. 

•«fia"»'  kdki  N3N  nd:  xru-Dtf n  n?N  ia:tf 

•\  -T  »•  \    I      •       1      -  \   • 

La  combinaison  #KD3  est  usitée  souvent  devant 
des  verbes  et  des  phrases  où  il  faut,  comme  ici,  sup- 
pléer le  verbe  substantif.  Le  sens  est  :  «  comme  cela 
avait  été  dans  le  temps  antérieur,  ainsi  j'en  ai  élevé 
le  faîte.  » 

Le  mot  allât  vient  probablement  de  n?y  «mon- 
ter»; cependant  cela  n'est  pas  sur,  car  dans  les  ins- 
criptions trilingues,  ulla,  alli,  ullut  et  ullit,  est  em- 
ployé comme  un  démonstratif  qui  rend  le  perse  ava 

1  Ou  «  (jucm  Nebo  et  dea  instructionis  sicut  pater  et  mater  eduai- 
rant.  *  Et  j'ai  maintenant  acquis  la  preuve  que  cette  interprétation  , 
que  j'avais  admise  d'abord ,  est  In  seule  vraie. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  173 

«  celui-là  » ,  et  il  est  rapproché  de  nhx ,  pVx ,  d£à^î , 
qui  ont  le  même  sens.  Dans  le  cas  où  l'assyrien  ullut 
que  nous  lisons  ici  serait  identique  avec  le  ullut  des 
textes  achéméniens ,  le  passage  se  transcrirait  dVk  m% 
et  se  traduirait  par  «  dans  ce  jour-là  ».  Nous  faisons 
observer  que  le  perse  liaca  paruviyata  «  depuis  l'anti- 
quité »  est  rendu  à  Bisoutoun  (1.3),  par  ^3^  *  *  ^==|. 
4£ — Y  >-^T  ultu  ullu.  M.  Rawlinson  compare  ce 
terme  à  une  locution  très-commune  dans  les  textes; 
mais  le  savant  anglais  dit  lui-même  que  le  passage 
(1.  3)  est  mutilé;  un  terme  analogue  (l.  18)  où  il  voit 
£;Y  <A> — ^,  doit  probablement  être  lu  £:J.  **► — 
yum  ruhuk  pm  UV  l. 

Les  deux  passages  de  l'inscription  de  Bisoutoun 
ne  prouvent  donc  ni  pour  ni  contre  cette  dernière 
interprétation. 

La  partie  essentielle  de  l'inscription  finit  ici;  ce 
qui  suit  est  l'épilogue ,  une  prière  adressée  aux  dieux 
Nebo  et  Mérodach,  de  bénir  et  de  protéger  le  mo- 
narque. 

X. 

«-Î  ~H  «  tri-  êc:^t-4^  £  <><T- 

X  Na     -     bi  uv.  halla.  Ai  i      -        nuv. 

Nebo  lilius  suiraet  ipsius , 

M  Ép?  ^j  (=S  ££•  t©T  £  -# 

sa  u/t      -      ka  al     -  lav.  si  i        -        ri. 

intelligentia  suprema , 

1  Voyez  Layard,  pi.  LXXXV,  1.  i6,>t  pi.  LXXXVI,  1.  18.  Ce 
terme  rend  également  la  locution  perse  citée  ci-dessus. 


174  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

<T-  EM  gf  I33L  ^TT  ÊE^J  IZU- 

ii  i'(       •!■-(>.  «a  -  m  ai*. 

Jorointtor  eultans 

Marduk.  •>  *i       -       <«  "      -       «• 

Merodaclmm  ,  operibu»  in»i» 

■     -     *«.  da     -mi  «t        -  li.  ka     -     di  m, 

ad  «BctoriUlCM    (  toB»»r»«iid«»B  )  •■muni.. 

^ri  :rj  ::S  »  & 


ap  -  fi 

f»»«. 


Les  termes  hablu  k'inuv  ura  kVsh  doivent  être  ren- 

\  •     \  i  - 

dus  par  «c  le  filsde  lui-même  ».  Nous  nous  sommes  déjà 
expliqué  sur  le  rapport  qui  existe  entre  les  idées  d'être 
et  dem^me,  exprimées  toutes  deux  par  le  verbe  pD. 
A  ces  deux  idées  se  rattache  l'acception  d'éternité, 
qui  est  inhérente  à  la  notion  de  l'être. 

Dans  notre  passage,  le  sens  lai-même  est  assuré 
par  une  varia  nte  d'épithète ,  variante  qui  se  rencontre 
aussi  souvent  que  la  phrase  de  notre  texte;  elle  est 
(voy.  par  exemple,  Inscr.  de  Londres,  col.  1 , 1.  33)  : 

ïï  zz  t^-n  i  -^  £  Cxï- 

A  -      il  if      -       *■■  il  -      »■»• 

Gif wu  Kml  iptum. 

Ni"0  ltf73ïl 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  175 

Nebo  est  le  dieu  de  l'intelligence  qui,  d'après  la 
belle  idée  des  Chaldéens,  s'engendre  par  elle-même; 
c'est  la  divine  sagesse  qui ,  sans  avoir  créé  le  monde , 
en  conserve  les  lois  immuables.  Ce  Dieu  surveille 
les  légions  du  ciel  et  de  la  terre ,  et  il  règle  l'ordre 
établi  sur  la  terre;  car  c'est  de  sa  main  que  les  rois 
tiennent  leur  sceptre  et  leur  supériorité. 

Des  deux  textes ,  l'un  écrit  le  mot  fils  par  le  mo- 
nogramme, l'autre  en  toutes  lettres  Efr-T  Y^>££i  abluv. 
Le  terme  hkkallu  sïru  est  une  épitbète  constante 
de  Nebo.  Nous  transcrivons  l'expression  nts  N^sd  , 
et  nous  la  comparons  à  la  racine  sémitique  bsc ,  hï'ti 

«  être  intelligent1».  Par  une  suite  bizarre  d'enchaî- 
nements d'idées  qui,  du  reste,  est  loin  d'être  isolée 
dans  les  idiomes  de  Sem,  cette  racine  signifie,  en 
chaldaïque  et  en  hébreu  même  (  car  le  d  et  le  io  y 
sont  identiques),  et  sagesse  et  folie.  La  forme  assy 
rienne  dérive  du  paël ,  et  rappelle  le  chaldaïqur 
btà2.  Dans  l'arabe,  la  seconde  forme ,  qui  correspond 
au  paël ,  implique  seule  l'idée  de  la  conception,  for 
mation,  création;  nous  rappelons  J^w  et  J^C&J. 

Le  mot  sukkaUu  se  trouve  aussi  écrit  Tm  £=JJf 
T^f\juk-kal-lu,et  nous  remarquons  que  la  lettre  jffy 
a  ici ,  probablement  par  anomalie,  la  valeur  de  sak.  La 
syllabe  suk  est  rendue  par  ^  dans  les  syllabaires . 

1  Au  reste,  sukkullu  pourrait  n'être  pas  sémitique,  et  rendre  un 
mot  touranien  signifiant  roi,  allié  au  scythique  SxoAdrai,  d'Hérodote. 


170  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

tandis  que  JJ^J  n'est   ordinairement   employé  que 

pour  les  combinaisons  suivantes  : 


■è. 


Le  monogramme"usité  pour  sukkallu  est  fr — TTT-4. 
l'archaïque  ^  |J,  dont  les  valeurs  syllabiques  sont 

luh  et  rih.  La  valeur  idéographique  est  constatée  par 
le  syllabaire  K.  62 ,  et  confirmée  parle  passage  col.  IV, 
1. 18  de  l'Inscription  de  Londres  (voy.  p.  i8i)où,dans 
cette  même  phrase,  le  monogramme  est  employé. 

L'épithète  sitlutu  est  le  nomen  actoris  de  l'iphtaal , 
(1  après  la  forme  towiD,  et  se  transcrit  D7ntf  ;  nous 
avons  déjà  rattaché  a  la  même  formation ,  et  "nny 
et  i~r~  liis.  1.  8).  Nous  n'avons  pas  besoin  de  citer 
les  langues  sémitiques  pour  prouver  la  signification 
de  e*?w  ;  tout  le  monde  connaît  l'expression  qui  dé- 
signe la  ro\;mtt  musulmane  et  ;ir;il>e.  |);ms  L'inscrip- 
tion de  Nakch-i-Roustain  se  rencontrent  les  termes 
persan  sUi^L»  et  arabe  (jUaX*-.  Le  mot  iranien  pro- 
vient du  perse  pâtikhsaya,  de  fiati-khsi,  qu'on  lit  dans 
1  inscription  sépulcrale  de  Darius  Ier.  La  phrase  : 
adamsâm  patiyakhsaiy  est  traduite  par  l'assyrien  : 

È  OU  I  0t  Y  «LJ  EH-  -££• 

lit.  !li     -       m   -  »».  ta  al        -        ta.  iïui. 

De  il»  iinnfriuni  eicrcebsm. 

:02vk  kb'w  ]V<hy  ]x 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  177 

Le  mot  sultan  se  trouve  en  assyrien  (Botta, 

pi.  CXLV,  2    1. 1)  ;  il  y  est,  chose  étrange,  appliqué 

au  Pharaon  Sebech ,  adversaire  de  Sargon  ;  on  y  lit  : 

T t£ gl >-T £¥•  3  ^m^ 


Sab 

i'..              X              sil     -       tan     -     nu. 

Sebcclius                                                         impcrator 

V  -^  t>S  -TU- 

x              Ma       -     *u          -           ri. 

iEgypti. 

Nebo  est  nommé  naram  Marduk ,  celui  qui  exalte 
Mérodach ,  et  prié  de  faire  prospérer  les  œuvres  de 
Nabuchodonosor.  La  dernière  phrase  de  ce  para- 
graphe nécessite  des  éclaircissements,  à  cause  des 
deux  mots  obscurs  clarnikti  et  naplis. 

Quant  à  ce  dernier  mot ,  le  baril  du  temple  de  My- 
litta  nous  démontre  que  c'est  un  impératif  du  niphal 
au  masculin;  car,  dans  le  document  cité,  le  roi  s'a- 
dresse à  la  déesse  par  naplisi  "•obpj,  la  même  forme 
au  féminin.  L'exemplaire  de  M.  le  duc  de  Luynes, 
le  seul  qui  soit  bien  conservé,  nous  rend  le  service 
de  faciliter  l'analyse  grammaticale  de  naplis,  et  de  rec- 
tifier ainsi  une  première  opinion,  d'après  laquelle 
nous  y  voyions  la  î re  personne  du  pluriel  de  ybs. 

Le  verbe  dVs  signifie  «  peser  »  :  donc  le  niphal  veut 
dire  «  être  pesé  »,  et  ensuite  «  être  propice  ».  La  no- 
tion passe  par  les  transitions  de  «être  juste,  être 
modéré  ».  Remarquons  ici  que  l'allemand  présente 
exactement  la  même  manière  de  sexprimer  :  iviegen 


178  AOUT-SEPTIiMbHt  1857. 

veut  dire  «peser»,  et  gewogen  sein  «être  pesé»  si- 
gnifie «  être  favorable». 

Ainsi,  le  niphal  de  d?d  acquiert  la  signification 
active  de  protéger,  ayant  a  l'accusatif  le  régime  qui 
est,  dans  ce  cas-ci,  IpsHàa  »lB,f-^'     mes  ■  orras V 

Nous  devons  dire  que  t]]]]  |f  se  mel  «ouvent  pour 
EJUf  ^Jf .  combinaison  qui  répugnait  a  l'oreille 
assyrienne. 

Damikti  npOT  est  encore  plus  difficile  que  : 
et  l'incertitude  que  l'on  peut  avoir  sur  la  vcrital.l. 
signification  de  pci  est  d'autant  plus  singuli- 
la  racine,  essentiel,  m.  nt  assyrienne,  se  trouve  daus 
les  inscriptions  trilingues. 

Dans  le  préambule  des  inscriptions  perses,  il  est 
dit  qu'Ormuzd  a  donné  aux  bommes  la  siyâtù,  et  ce 
terme  perse  est  traduit  par  un  mot  assyrien ,  diui 
t ,  ou  en  caractères  syllabiqucs,  ou  souvent*   *|| 

/Jrk    TUAI.  kl.  I.  nixriptK.ii  <]<•  llaiiMil.iii .  m-uIi- 

interprète  le  mot  iranien  par  tjabbi  nuhsu,  NCfrti 
ce  qui  peut  se  traduin-  par     paroles  de  la  prédic 
tion,  révélation*. 

Si  le  sens  du  mot  siyâtis  était  aussi  clair  qu'il  est 
obscur,  on  pourrait  trancher  (s  question.  Malbeu 
censément ,  aucune  conjecture  (y  compris  |.,  mienne 
qui  le  traduit  par  supériorité,  en  le  rattachant  ■  là  ra- 
cine khsi,  sanscrit  Ma  laid,  dominari).  n'a  jusqu "u  i  pu 
être  regardée  comme  une  explication  sur  laquelle  ou 
ne  revient  pas.  Je  crois  rependant  que  la  meilleur» 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  179 

encore  celle  que  j'ai  proposée ,  quoique  j'aie  penché 
à  voir  dans  siyâtis  une  forme  plus  primitive  du  sanscrit 
IPmjft  «  enunciatio ,  éclaircissement  »  ;  et  il  paraît  cer- 
tain que  ce  mot  siyâtis  est  la  source  du  persan  àl£ 
«  lumière  »  et  «joie  ». 

Les  notions  de  supériorité  et  de  volonté  se  tiennent 
de  près ,  et  il  est  clair  que  ce  sens  prévaut  pour  le  mot 
pDi.  Nous  citons  une  phrase  de  Nabuchodonosor 
(Inscription  de  Londres,  col.  I,  sub  fine)  : 

Ki     -        ma.  du.  um  ku  ha.  bi     -     lu. 

Sicut  (est)  voluntas  tua ,  domine. 

La  philologie  comparée  pOrte  peu  de  secours  dans 
ce  cas  spécial.  Nous  en  rapprochons  l'arabe  <$-•:>  «  in- 
sérer, adapter»;  cette  idée  est  assez  voisine  de  l'idée 
générale  qui  prévaut  dans  le  terme  assyrien.  Rappe- 
lons ici  que,  du  mot  allemand/a^71  «joindre  » ,  vien- 
nent  fûgung  «  destinée  divine  »,/«</  «  droit  » ,  befugniss 
«  autorité  morale  pour  faire  quelque  chose  »,  et  que 
la  racine  germanique  est  étymologiquement  iden- 
tique au  radical  latin  pac,  d'où  paciscor,  pactum,  pax. 

Le  mot  dumnk  pDT  diffère,  quant  à  sa  significa- 
tion, de  TipDT ,  auquel  s'applique  fort  bien  l'acception 
de  «force,  puissance,  autorité».  Celle  de  npDT  s'ap- 
plique aussi  à  des  œuvres  de  constructions  puissantes. 
Le  dieu  Lunus  est  qualifié  dans  l'Inscription  de 


180  AOUT-SEPTEMBRE  1S57. 

Londres  (col.  IV,  1.  61  sq.)  :  nas  taddu  damiktrya,  tfi 
^npDi  K">  (iui  soutient  le  côté  de  mon  autorité», 
tandis  qu'il  est  nommé  dans  la  mémo  colonne  (1.  *5) 
mudammik  idatrra,  gui  doit  se  transcrire  Tirp  POTO 
u  qui  m'inspire  mes  sentences  ». 

Bref,  nous  nous  arrêtons  à  la  signification  de  puis- 
sance morale  pourdamikti.  ( l'est  l'autorité,  tandis  que 
la  puissance  matérielle  est  rendue  par  nm ,  mai. 

Le  mot  Aflrfw  est  un  adverbe  et  doit  se  tranv 
tfin;  il  appartient  à  la  racine  inn*  un  »,  et  signifi' 
selon  nous  «  uniformément ,  compl  .  tout  à 

fait  n.  Le  mot  assyrien  ^adis  se  rapproche  de  la  forme 
chaldaique  in  ;  la  racine  commune  aux  autres  idiomes 
sémitiques  ne  s'est  conservée  que  dans  ce  mot,  car 
le  chiffre  un  se  dit  jptfy.  C<  r  fait  sembler.) it 

anomal,  s'il  ne  donnait  pas  tout  d'un  coup,  et  d'un- 
manière  entièrement  iu<  ontestablc,  l'explication  du 
nombre  hébraïque  on zc.  Dai  t  icjr^rw  seul 

est  conservé  l'ancien  nom  de  nombre  ;nçf* ,  et  la 
découverte  de  l'assyrien  écarte  ainsi  toutes  les  étymo- 
logies  qui ,  plus  étranges  les  unes  que  les  autres , 
s'étaient  formées  a  ce  sujet. 

Cet  exemple  montrera  jusqu'à  l'évidence  qu'un'' 
racine,  quoiqu'elle  ne  se  trouve  qu'en  assyrien  .  n  -  m 
appartient  pas  moins  au  fond  qui.  dans  le  pi 
était  commun  aux  Sémites. 

Le  sens  de  cette  dernière  phrase  est  doi 

««  Sois  en  tous  points  favorable  à  mes  œuvres ,  pour 
que  je  conserve  mon  autorité  ». 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  181 

Dans  toutes  les  inscriptions,  certaines  prières  sont 
adressées  aux  dieux;  celle-ci  convient  à  Nebo,  qui 
repose  dans  la  tour,  comme  nous  l'avons  vu  plus  haut. 
Il  avait  aussi  un  temple  à  Babylone ,  et  nous  ne  pou- 
vons nous  empêcher  de  citer  un  beau  passage  de  l'Ins- 
cription de  Londres  (col.  IV,  1.  18  sqq.) ,  qui  a  trait 
à  cette  construction. 

A     -     na.  Nain.  sukkallu.  si  i       -        ri. 

Deo  Nebo ,  intelligentiae  suprême , 

».  »  «E  fe=  -1133-  E3  Y  «N 

sa.  i     -     din       -        nav.  harat. 

qui  transfert  gceplrum 

1        -        sar       -  ti. 

justitiee 

20.  yf  ^:  tt=  z^z  !>-e<- 

a        -  na.  pa  -  fia  -  <2av. 

ad  administrandam 

DU  tïy  ^T  «  C 

ka  al       -       da.  at       -         mi. 

sedem  ?  Iiominis , 

«,  :sj.  Ytt=.  Mf  eî-  ::<ï  Et.  ssà  m- 

6z't.  Harat       -  Uam  -  iddin.  bit       -        su. 

domum         sceptrcm  mdhsi  tradehtis  ,  domum         suam , 


22. 


^^n.^HfE^^. 


Bai  -  lia. 

lîolivlone  , 


182  AOUT-SEPTEMBRE  IS57. 

»  £  *-Tl-  gf  #  -*H  •  <M±I  ■  Tï  J=JT 


*■         4P 


►M- 

H. 

Ut 


*o;w  irte  ip»  ft»  itrntf  *  e-in  kjvù  «m*  kV?d  «j  \k 
pnwc  mw  m»2   î*  Aaa    ÎK     :  r  ■  :    -  •  z^rTDnn   r  •  : 

•ItfpPD 

«Au  dieu  Nebo,  a  l'intelligence  suprême,  qui 
transfère  le  sceptre  de  la  justice  pour  le  gouverne- 
ment du  séjour  de  l'homme ,  j'ai  bâti  le  temple  de 
Harat-ilamtddin .  son  Ample,  dans  Babylone.  en 
bitume  et  en  briquet  ». 

(Le  mot  Haratilam-iddin  semble  être  un  nom 
mystique  de  Nebo  anthropomorpliLsé ,  et  il  rappelle 
la  formation  des  autres  noms  propres  des  Assyriens. 
Tous  les  dieux  du  Panthéon  assyrien  en  ont  porte  <!<■ 
semblables.  Le  mot  kalda  admi  rappelle  le  nom  de  II 
Chaldée;  mais  je  ne  crois  pas  qu'il  lui  soit  étymolo- 
giquement  identique;  car  on  lit  aussi  kalada  admi.  Le 
terme  est  d'une  eitrêmedilïu  uit.  il  estprobaf>i<  <ju. 
le  nom  de  Chaldée  en  a  été  rapproché ,  comme  par 
un  jeu  de  mots ,  quoiqu'il  y  soit  étranger.  Kaidim ,  en 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  183 

touranien ,  signifie  simplement  Mesopotamia ,  Sennaar 
-inr:œ  Interamnes1.) 

Après  cette  digression,  retournons  à  notre  texte. 

XI. 

s  ^  tmëh-  m  <$■  ïï •  im  s- 

Ba     -     la       -  tav.  dar.  ruhuk.     si       î     -     h*. 

Stirpeni  «etalis         remotae ,  multiplicationem 

septuplicem 

::tu  haï  ::m  Wf  ^>-  É  **■ 

;,■  t'd  -  iu  u  tiv.  ku  an. 

fecunditati» ,  staMHtalem 

3  TH  ff-  ^T  i£3  -TU  eî=  &$F  fr 

iuiiû.  /a       -        ko        -  rt.  pa  -  K  i. 

tbroni  ,  vietoriain  gladii, 

jet  ta  ^z:  ::&  ^tt  x^-u- 

su  um  -  *u  la.  na  -  ki         -  pi. 

pacificationem  rebcllium , 

a=T  gCT  t>-BH-  El  Bf4  ïï  If  S 

Jto        -  ia  -  <2av.  iViit.  ai        -  il. 

subactionem  terrarum  hostium 

1  Nous  nous  permettons  l'exposition  suivante,  quoiqu'elle  ne  se 
rattache  pas  précisément  au  texte  de  Borsippa,  pour  prouver  que 
Our  kasdim  n'est  pas  une  ville ,  mais  l'expression  touranienne  pour 
désigner  la  Mésopotamie  : 

^  î  jS  vur  signifie  «  rive ,  terre  » ,  magyar  or-szag. 
£&  bas  signifie  t  deux  » ,  magyar  ket. 
►— ^>  dira  {div,  tint,  tiv)  signifie  «  eau  » ,  magyar  tô ,  tengrr. 


184  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

•       -     M.  »'       -       n  «4      -  •■  v       . 

la  pmMiUM» 


■•  m.  I  Mb  wlw. 

4».  la  «•!•••  i« 

ta  SP-  xgx  £  <H  **  ^  33> 

éffi  •*•  tt  >     •     m».  •■  1>  m. 

::*-  EH  **  mu  c=  5J  4h  gr- 

hm       -       (■  ■«.  m  «••  «a. 

«•■•rttW*  «ali  M 

r^:  e=ST  EEJ4T-  E*e  r^a- 

»  m         fi  m. 

tmrm  .  kfj 

if  tm  a-  *t  c  Hf  •  j=ï  iht  :mn- 

«     -     M  -     U.         _»•   •    «4     -       j«.  »•     -     fa  ar. 


::a3K4T::erffi=-: 


4  ta 

fa  wjit  iii» 


La  première  phrase  se  compose  d'une  suite  d'ac- 
cusatifs, régis  par  le  verbe  surkav.  Nous  allons  d'a- 
bord expliquer  celui-ci:  c'est  l'impératif  paragogique 
de  "pv  «accorder».  L'impératif  simple  se  dit  yitit 
avec  la  prolongation  K3itf.  Nous  avons  déjà  eu  orra- 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  185 

sion  de  nous  occuper  de  ce  verbe  lorsque  nous  avons 
interprété  la  racine  pe?,  que  nous  considérons  comme 
un  kal,  dérivé  d'un  shaphel  de  |id.  Ainsi  ~\iw  n'est, 
dans  l'origine ,  autre  chose  que  la  même  voix  verbale 
de  "px  «  être  long,  parvenir  ».  Par  une  suite  d'enchaî- 
nements d'idées ,  le  shaphel  acquiert  la  signification 
d'accorder,  précisément  comme  de  l'allemand  lang 
provient  le  verbe  erlancjen  «  obtenir  ». 

Le  verbe  "ptf ,  dont  l'expression  idéographique  est 
T30T,  également  employé  pour  )3V\  se  trouve  assez 
souvent  dans  les  inscriptions  assyriennes.  Nous  ci- 
tons : 

Kal  ....        lltài  3e  pers.  sing.  «  il  accorda  ». 

}31E^  3e  pers.  plur  «ils  accordèrent». 

Shaphel.  îaittfE^  3' pers.  pi.  «ils  invoquèrent»  (c'est-à- 
dire  «ils  se  firent  accorder»). 

Le  kal  se  trouve  dans  la  phrase  qui  finit  toutes 
les  inscriptions  gravées  sur  les  plaques  de  revers  de 
Khorsabad  : 


/      -        bit.  ?r.  au.  xnl  -  bar 

Exstructionem        urbis  et  successora 


:!f  m-  -C3T-  <Hèïï.  JMm  ^w- 

au.  snl  -  bur. 

et  successora 

i     -     tu.  it  -  ru  - 

ium  concesserunt 

in  -  ni.  a      -        na.  da  -  ris. 

milii  in  ieternum. 

#v»  ïk  waifh  ïe^aip  laVeh  -w  #a» 


kir  -  bi  i  tu.  it  -  ru  ku. 

sacrificiorum  inauguiantium  concesserunt 


U«o  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

xSur  le  caillou  de  Miobani  (roi.  a.  I.  10),  on  lit: 

sstfïi- 

Le  mot  sirikti  est  écrit  ^T»-  ^""* j^Hf  **T"-  w  "''  '' 
dans  les  barils  de  Nabouimtouk  ;  nous  savons,  par 
cette  variante ,  que  la  seconde  lettre  a  la  valeur  de 
rik.  Nous  voyons  dans  ce  mot,  non  pas  un  infini 
tif  renforçant  l'idée  exprimée  par  l'inij  dhJ, 

mais  bien  un  tout  autre  mot  se  rattachant  à  l'ara- 
mécn  Krc-itf  «  postérité  i.  On  trouve  souvent  dans 
les  in.M-riptioai  assyriennes  de  ces  allitérations,  for- 
mées par  des  mots  dune  prononciation  rapprochée, 
mais  d'une  acception  dilTéreir 

La  formule,  tres-frequ«nt.  taanl  1rs  inscription*  <l< 
Babylone,  de  K3")tf  Knaitf  ]X .  signifie,  selon  nous, 
«  accorde  pour  toujours  ».  Les  deux  premier* 
de  cette  locution  répondent  â  celle  de  Bf -7  ;x ,  de 
l'inscription  de  Sargon  que  nous  venons  de  citer; 
une  autre  manière,  usitée  dans  beaucoup  de  texte* 
(par  exempl  me  deTi^latpileserl".  Ii 

de  \li  liatix).  est  : 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  187 

A       -      na.  Jam-  za       a     -     (i. 

Usque  ad  diem  illam  (i.  e.  ultimam). 

Revenons  maintenant  aux  différents  régimes  clé- 
pendants  de  ND")^. 

Le  premier  mot  est  *£jT  ►-£=!  T^*"-^!"4!»  balatav. 
Le  signe  cunéiforme  yS^-^T^T  remplace  ^T^T 
^T^  da  av ,  da  am;  mais  on  se  rappellera  que  le 
caractère  commençant  le  nom  assyrien  de  Darius 
exprime  également  un  tet,  avec  la  motion  a.  Nous 
savons  que,  dans  ce  cas-ci,  le  mot  se  transcrit  ldVs, 
parce  que  son  dernier  caractère  se  trouve  souvent 
remplacé  par  TTË^TT  tu.  Le  sens  de  ce  terme  est 
«souche,  race»,  et  il  est  propre  à  l'assyrien.  La  ra- 
cine î07n  ne  se  trouve  pas  dans  l'hébreu  biblique, 
mais  bien  dans  le  rabbinique  et  en  arménien ,  où  elle 
a  la  signification  prominere;  en  arabe ,  elle  veut  dire 

«  répandre  (des  pierres)  »,  et  I^Aj  veut  dire  «  le  gland  », 
et  ensuite  «  le  chêne  ».  Les  notions  de  répandre  et 
d'engendrer  se  touchent  de  très-près  dans  toutes  les 
langues;  nous  n'avons  qu'à  rappeler  le  grec  airéppa, 
de  cntstpeiv;  l'hébreu  snî  lui-même  a  les  deux  notions 
réunies.  On  trouve  ce  mot  balai  dans  des  inscrip- 
tions où  sa  signification  ne  laisse  pas  de  doute.  Le 
monogramme  exprimant  le  terme  assyrien  toVa  est 
le  signe  syllabique  din  et  tin,  formé  en  assyrien ^J^, 
en  babylonien  ^^.  Nous  lisons  dans  le  syllabaire 
K ,   iio: 

i3. 


IA8  MM  TM   I  TF.MBRE   1857. 

T  ~ T*  ettz  |  £  I  S  -B  EH 

T»  k  ••    •      U      -      |» 

KD73 


La  comparaison  des  monuun-nts  oY  Nioîf6  arec 
ceux  de  Babvlonc  montre  à  l'évidence  l'identité  com- 
plète des  deux  caractères  ;  ils  permutent  même  dans 
les  inscriptions  postérieures  i\>  Niiuv»  ,  on  l'influence 
du  style  de  Babylone  se  fait  déjà  sentir.  Ce  mono 
gramme  entre  dans  le  groupe  idéographique  qui  rend 
le  nom  de  Babylone.  et  dont  nous  avons  parlé  plus 

haut,  fc^  l^J  ^K>  *>IN.  Tlli    kl.  rexpli- 

cation  de  ce  groupe  est  fort  obscure.  Nous  lisons  le 
caractère  aussi  dans  le  nom  du  père  du  roi  Naboni<l 

T  aCC-  N  .EUT- 


... 

Ce  nom  correspond,  pour  le  sens,  avec  celui  <l<- 
Nebozaradan  do  la  Bible,  exprimé  dans  les  insenj» 
tions  de  Babylone  par  le  groupe  suivant 

T  Z3UZ-  ^  ►*■ 

/Vota  •  **r  '     -        tddtn. 

Ml  MM>  MM 

Le  groupe  complétant  balatav  esi  <•<  rit  da.  f*.  a; 
je  n'ai  pas  besoin  dédire  que  ces  lettres  n'exprim-  Ht 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  189 

pas  le  son  de  da  'ira,  qui  serait  rendu  :  da  i-ra.  Il 
se  pourrait  pourtant  que  da  ir  format,  à  lui  seul,  le 
mot  sémitique  ">m ,  ybs ,  identique  à  l'hébreu  et  à 
l'araméen  11.  Cela  est  même  plus  que  probable. 
Quant  à  Tf,  cette  lettre  a  le  son  syllabique  de  ruk, 
probablement  parce  que  les  idées  de  goutte  et  de 
mouiller,  qui  constituent  sa  valeur  première,  et  dont 
l'image  a  concouru  à  sa  formation ,  se  trouvent  ex- 
primées par  la  racine  sémitique  pn  et  -ç\i.  Souvent 
nous  trouvons  da.îr.  a.  tj,  où  ti  n'est  autre  chose  que 
le  complément  phonétique  de  npm.  On  lit  dans  une 
inscription  que  nous  avons  trouvée  à  Babylone  : 

HT  -m  *m-  *T  ï&  à  ™  ~ T< 


•        la 

al. 

vunii.                 ru 

-      Au 

Stirpem 

dierum 

remutorum. 

La  signification  de  rakati  est  assurée  et  par  la 
comparaison  avec  l'hébreu,  et  par  les  textes  assy- 
riens de  Persépolis,  où  ce  mot  rukti  traduit  l'arien 
duraiy  (sanscrit  ^7  duré)  «  au  lointain  ». 

La  prière  suivante  est  pour  rendre  les  nais- 
sances sept  fois  plus  fécondes.  AA>~Z~y  *  *  si  i~bi 
est  le  verbe  dérivé  du  nombre  sept  yau;  il  y  a, 
comme  souvent  ailleurs,  un  déplacement  du  y,  qui 
du  reste  était  et  est  encore  aujourd'hui  moins  per- 
ceptible dans  la  prononciation  en  usage  dans  ces 
contrées.  Le  y  final  étant  très-difficile  à  rendre  par 
l'écriture  anarienne,  on  le  faisait  pour  cela  déjà  sen- 


190  AOUT -SEFTEMBKL   1857. 

tir  dans  la  pHMiinii  syllabe;  personne  n'ignore  que 
les  lettres  emphatiques  de  l'arabe  exercent  la  même 
Force  rétroactive  dans  Ja  pronom  iation. 

Inutile  de  dire  que  ce  fait  ne  se  produit  que  quand 
le  *  se  trouve  à  la  lin  d'un  mot,  sans  être  mu  par 
une  voyelle ,  comme  en  93tf ,  que  l'on  écrit  2Sp  ;  mais 
la  véritable  place  que  la  lettre  prend  dans  la  ra< 
nous  est  révélée  par  la  transcription  dfll  Gm  me»  gram- 
maticales où  le  »  finit  un  groupe  syllabiquc.  Ainsi 
nous  lisons  souvent  (par  exoniple.  Inscription  de 
Londres,  col.  X,  I.  8  et  ailleurs)  : 

HI  zz\  :h  if  •  :  :  :  7  eut  ;:m  ri* 

L*  U         -         *•  ».  U  fat    "     m  m-      -m 

Cet  exemple  nous  démontre  que  l.i  ra< ejtïan, 

et  non  39U;  car  le  précatif  de  Z7V  serait  écrit  liuib. 

Lidtut  est  un  mot  abstrait,  forme  de  la  racine  ibn 
«  n^endrer»,  l'bébreu  iV»;  l'infinitif  assyrien,  cor- 
respondant à  l'hébraïque  nn?,  est  m?,  et  de  cet  in 
linitit  on  a  fait  un  substantif  par  la  syllabe  ni,  mmS, 
ayant  le  sens  de  «maternité,  fécondité». 

Ce  mot  est  différent  du  mot  KPi?n.  rappelant  II  ..• 
breu  m?w.  et  qui  veut  dire  «naissance,  accouche- 
ment n. 

Passons  à  la  troisième  demande,  la  stabilité  dm 
trône.  Nous  n'avons  pas  à  répéter  ce  que  nous  avons 
dit  au  sujet  de  fis  «  la  solidité  ».  Quant  à  ^J  Y^-*-;  f\ 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  191 

IS.  GU.  ZA ,  les  deux  derniers  signes  indiquent  «  gran- 
deur » ,  et  le  premier  signifie  «  bois  »  ;  le  tout  est  donc 
«bois  de  la  grandeur».  Le  sens  de  ce  groupe  pour- 
rait être  tout  autre  chose  que  trône ,  car  les  idées  de 
sceptre,  lance,  parasol,  roue,  chariot,  y  répondent 
aussi;  mais  une  foule  de  passages  démontrent  que 
c'est  bien  le  siège  de  la  royauté.  D'ailleurs  le  groupe 
traduit  le  mot  perse  gâthu  (le  persan  *o)  dans  l'ins- 
cription de  Nakch-i-Roustam,  1.  26.  On  lit  dans 
l'original  :  tyaiy  gâtham  barahtiy  «  qui  supportent  mon 
trône  » ,  et  dans  la  traduction  : 

y.  ai  t>:  %  tm  ::m  t#  ïï-  ^n 

Sa.  kusiù.  al         -         tu  u     -         a.  ~na 

Qui  solium  meum  »u«- 

Ml 

su  u. 

tentant. 

-  1      -       \  \  - 

La  prononciation  de  ce  mot,  qui  n'est  jamais  écrit 
phonétiquement  dans  les  inscriptions  ,  est  constatée 
par  un  syllabaire  de  Londres ,  où  l'on  voit,  en  regard 
du  groupe  de  notre  texte,  le  terme  ^"►ZT  jZ*"~r«T 
J=JT  E|TTT    ku  us-êu  u,  kuésâ. 

La  proposition  suivante  est  très -intéressante  à 
cause  du  mot  labar,  qu'elle  contient.  Nous  reconnais- 
sons dans  ce  mot  assvrien  le  prototype  du  fameux  la- 
barum  de  Constantin,  dont  on  soupçonnait  depuis 
longtemps  l'origine  orientale.  Les  astrologues  chai- 


m  AOUT  >  Kl   I  I  MBHK    1857 

déen>  aoi  mit  introduit  à  Home  l'expression  qui  nous 
occupe  :  elle  est  souvent  associée  à  un  ternie  pâli 
qui  a  également  une  signification  [celle  d'étain)  dans 
le  langage  alchimiste. 

Quant  à  labar,  il  doit  signifier  u succès,  victoire», 
et  il  se  retrouve  souvent  dans  les  inscriptions  dans 
ce  sens.  Je  vois,  en  pâli,  le  pluriel  d  •_•--  •;•-■:.  Ce 
dernier  figure  dans  les  textes  comme  insigne  de  la 
puissance  royale;  l'arabe  çXè  v.-ut  dire  gloire».  de 
^JU  «fendre»,  qui  est  parent  de  K"?D.  ^r  fhi  qui 
ont  le  même  sens.  Nous  lisons  dans  les  inscriptions 
de  Saigon 


(►at-J£  pa^  est  explique  pur  pa/u  dans  un  >vlla 
baire  :  *£J\£'    fe?  en  est  le  pluriel ,  et  quelques 
exemplaires  de  Huteriplion  des  taureaux  de  khor- 
sabad  écrivent  pâli  en  lettres  phonétiques.) 

Dans  une  inscription  de  Kli  ortabad,  adressée  À 
Ninip-Sardan  ,  et  que  nous  désignons  sous  le  nom  de 
I  Inscription  dn  vestiaire,  on  lit 

1  An  lieu  de  musalbir  la'jUD.  on  iil  dam  1rs  baril»  de  Sargoo 

•     I    •     \ 

*~î**  ItlITf  ^jefcfe  mm"Uk'Ur  "laVD.  Le  premier  est  le  sba 
phel ,  le  second  le  pari  de  la  racine  naS- 


INSCRIPTION  DE  BORS1PPA.  193 

Ki  in,  pala     -  «u 

Erige  gladium  ejus. 

La  pacification  des  rebelles  est  le  cinquième  point 
que  demande  au  dieu  protecteur  le  roi  de  Babylone. 
J'ai  choisi  le  terme  de  pacification,  parce  qu'il  rap- 
pelle le  fameux  mot  latin  qui  désignait  le  presque 
anéantissement  d'une  nation  réduite.  Le  mot  assy- 
rien est  npDtf ,  infinitif  du  shaphel  de  npD  ,  qui  ne  se 
trouve ,  que  je  sache ,  que  dans  cette  voix  seule ,  mais 
qui  s'y  lit  très -fréquemment.  En  arabe,  oou  veut 
dire  «  haïr  » ,  kJU  «  briser  ».  Je  crois  qu'il  faut  se  tenir 
àla  première  racine,  qui  rend  les  lettres  assyriennes, 
de  sorte  que  la  signification  première  de  npDE?  est 
«faire  haïr,  rendre  odieux».  On  rencontre  souvent 
l'aoriste  écrit  : 

u  -  ïam       -        kit, 

Le  génitif  nakiri  est  très -clair;  c'est  le  participe 
au  pluriel  de  "121,  l'arabe^Xi ,  qui,  à  Bisoutoun,  tra- 
duit le  verbe  perse  signifiant  rébellion.  Nous  avons 
déjà  eu  l'occasion  de  parler  de  ce  verbe  dont  le  mo- 
nogramme est  >»\    . 

Nous  pouvons,  à  l'égard  de  ce  signe,  presque  in- 
connu comme  caractère  phonétique,  poursuivre  l'his- 
toire de  la  formation  de  l'écriture.  Deux  syllabaires 
différents  nous  disent  qu'il  exprime  l'idée  de  ns:  «  se 
révolter  »;  une  autre  tablette  et  les  passages  de  beau- 


l«>  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

coup  d'inscription*  nous  témoignent  qu'il  lignifie  de 
même  HJ1  «  donner,  créer  ».  Subsidiairement  i  t 
seulement  dans  les  noms  de  Sennachérib  et  d'As- 
sarhaddon,  il  exprime  l'idée  de  frère.  Le  syllabaire 
K.  6a  lui  attribue  les  valeurs  de pap  et  de  kur,  dont  la 
dernière ,  kur,  n'est  pas  même  syllabique ,  mais  dé- 
rive du  mot  assyrien  :  nakar. 

D'où  provient  cette  coïncidence  de  valeurs  n  dif- 
férentes? Le  médo-scyt bique  nous  donne  le  mot  de 
l'énigme.  Cet  idiome  traduit  le  perse  add  «  il  a  créé  » 
par  biptusda,  et  le  perse  hamathriya  abava  «il  se  ré- 
volte» par  bibda.  Le  son  syllabique  de  la  lettre  »^s_ 
a  donc  été  la  raison  pour  laquelle  deux  idées  aussi 
différentes  ont  été  exprimées  par  le  même  caractère. 
On  sait  que  dans  la  langue,  relativement  modem' 
desMédo-Scythes.le&tetlc/MiscconfniMJ'  nt.di  h 
que  l'équivalence  de  bip  et  de  pap  ne  soulève  aucune 
difficulté  quelconque.  Nous  ignorons  que!  I>  était  l'ob- 
jet recelé  sous  <  Jyphe,  peut-être  était-ce  la 
hacbe,  attribut  du  démiurge  et  de  lYnni-mi. 

Et  parce  que  le  signe  »^-  avait  la  signification 
de  pap,  les  Assyriens  lui  donnèrent  la  valeur  idéo- 
graphique de  leur  mot  pappu  ( gT  p  E  |  }***-""" 
v.  k.  6a),  nom  familier  de  frère;  c'est  pour  cela  que 
ce  signe  s'emploie  quelquefois  comme  équivalent  de 
^^  £,  qui  rend  ordinairement  l'idée  de  frère. 

Les  inscriptions  de  Ninive  nous  fournissent  des 
passages  analogues  à  celui  de  notre  texte;  nous  citons 
une  phrase  qui  se  retrouve  dans  presque  toi 
riptionsde  Sargon  : 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  195 

Sa.  a     -     na.  sum     -        fcat.  na        -        /ci     -        ri. 

Cui  ad  pacificandos  rebelles 

su  ut     -      tu  n.  tiklisu. 

(est)  obedientia  servorum  suorum 

(i.  e.  )  queni  ad  pacificaodos  rebelles  sequuntur  servi. 

La  conquête  des  pays  ennemis  est  le  dernier  sou- 
hait de  Nabuchodonosor.  Le  texte  porte  nsiN  lEto 

Le  verbe  iwd  est  une  racine  essentiellement  as- 
syrienne, dont  la  signification  nous  est  révélée  par 
la  traduction  de  Bisoutoun,  et  a  déjà  été  établie  par 
M.Rawlinson  (Memoir  on  the  babylonian  andassyrian 
inscriptions ,  pages  c  et  ci).  On  lit  dans  ce  texte ,  1.  5 7  : 

1?  £B  Î3TZÏ  Yxgx-  TT  ^Tl  V  E! 


A     -        na. 

ka 

Ma            di.                a       -       r.a. 

*       Ma 

In 

profectiouc                              versus 

Me- 

EM  If  If- 

da                ai. 

diam. 

ne  jn  tryûz  ]K 

Cette  phrase  traduit  celle-ci  de  l'original  perse  : 
yathâ  Mâdam  parâraçam.  Le  passage  yathâ  hauva  kâra 
parâraça  abiy  Vistâçpam  «  lorsque  cette  armée  s'a- 
vança vers  Hystaspe  »  est  traduit  par  l'assyrien  (i.  66) 
de  la  manière  suivante  : 


ltf(i  AOUT-SEPTKMBHK  1857. 

Vf      -         U      -         M.  ■  -  ♦•■•  «M.  Où 

Qhé 


T5Zï:s^*T-fcï*.ÉÉÏ~T. 

>h.Uêp.ai  j#»taHi  «Mal. 

Le  verbe  icra  est  d'un  emploi  fcrèa  frégmat  dhM 

les  inscriptions  de  Ninive.  Ainsi  itfajç  •  j'allai  »  m 
trouve  souvent  avec  le  simple  accusatif"  la  \ill<-    1< 
pays»,  dans  le  sens  «je  conquis».  Telle  est  précisé- 
ment l'acception  du  verbe  dam  notra  plu  use.  Une 
autre  locution,  fort  roumaine,  est: 

h£f  ,H  HT  ET-  E3&  m  Èfr 

m*     •  •'    m     •     *v  nktt*.  M    •      <•• 

Une  des  idées  exprimées  par  le  monogramme  ^ 
est  celle  qui  nous  occupe.  Pour  faire  connaître  au 
lecteur  le  sens  du  signe,  on  y  ajoute  souvent  des 
compléments  phonétiques.  Ainsi,  pour  102K.  on 
écrit  ^  £|,  pour  'rntf?  «  la  prise  ».  ^  ►— *]<. 
*t:|  ut,  et» — 4]<ti,  ne  sont  écrits  que  pour  guid«  i 
le  lecteur  dans  la  prononciation  du  monogramme. 

Le  mot  ET  ^T^T  est  un  des  exemples  très  nom 
breux  que  fournissent  les  ÎMcriptioi»  sémitiques  au 
sujet  du  fait  suivant  :  In  antique  mot  louranien  a  passé 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  197 

dans  Vécritare  de  Babylone,  et  y  est  prononcé  par  son 
équivalent  assyrien.  Mada,  en  casdo-scythique ,  vou- 
lait dire  «  pays  » ,  et  c'est  le  nom  même  de  la  Médie, 
qui  résiste  à  toutes  les  étymologies  ariennes. 

Nous  reviendrons  tout  à  l'heure  sur  la  preuve  de 
cette  assertion.  La  certitude  de  l'ancienne  existence 
de  populations  anariennes  dans  la  Médie  se  déduit 
directement  du  témoignage  d'Hérodote;  car  les  noms 
que  le  père  de  l'histoire  donne  aux  différentes  tribus 
de  la  Médie  sont  tous  des  épithètes  attribuées  par 
les  Ariens  nobles  et  sédentaires  aux  peuplades  er- 
rantes de  cette  contrée.  En  voici  les  noms  : 

I.  Touraniens.  Bovo-au  Aborigènes  »,  perse  Busiyâ  (pi.),  sansc. 

"*TW  bhâshya  '  (sing.  ). 
JlapîjraKrjvoî  «nomades»,  perse  parailakâ ; 
2rpou^aTes  «habitants  des  lentes»,  perse  ca- 
trahuvatis ;  sanscrit  ^zldinchalravat*  (sing.)  ; 

II.  Ariens  :  . .  kpi&vrol  «  de  race  d'Arya  » ,  perse  ariyazantu; 

sanscrit  y|ild«-rj,  âryagantu  (sing.); 
Bovhtoi  «  maîtres  du  sol  » ,  perse  bâdiyâ  3  ; 
Mâyoi  «  Mages  » ,  perse  Magus  (  sing.  )  Magava 
(plur.). 

Les  inscriptions  des  Achéménides  distinguent  les 
Mèdes  ariens  qui  soutiennent  la  cause  des  Perses, 
des  Mèdes  nomades  dont  les  sympathies  sont  ac- 

1  On  pourrait  penser  au  perse  buzâ,  sansc.  ITsT  bhùg'a,  yrryevrfs  ; 
mais  il  est  probable  qu'Hérodote  aurait  transcrit  celte  dernière  for- 
mation par  Bov£a/. 

2  Je  n'ai  pas  besoin  de  rappeler  que  nous  exprimons  le  son  tch 
par  c,  et  celui  de  clj  par  g. 

3  Selon  nous,  de  STT  «tenir»,  perse  di. 


los  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

quiscs  aux  ennemis  du  joug  des  Maidéem.  Cette 
distinction  est  demeurée  cachée  jusqu'à  ce  que  les 
traductions  médo-scythique  et  assyrienne  du  texte 
de  Bisou toun  m'aient  éclairé  sur  cette  matière.  La 
dernière  version  parle  des  Mèdes  rebelles  comme  • 
Mèdes  ira  ]H  k^d  «qui  n'ont  pas  de  maiaoni»  (tra- 
duction assyrienne  de  Bisoutoun,  1.  63).  et  la  tra- 
duction scytliique  les  détermine  par  Èêadabi  appa 
Uhummannu  «  les  Mèdes  îles  plaines  *. 

C'est  dans  l'intérêt  de  ces  populations  tourani» 
qu'ont  été  rédigées  les  inscriptions  de  In  seconde  es- 
pèce des  Acheménides. 

Revenons  à  notre  su 

Parmi  les  difi  i -entes  expressions  expliquées  par 
Ëf  Jf  »  7^"  ******  •  P*1*  "  •  ••  trouve  en  dehors  de 
^  S/,  <T^Ï  JC/,  £Jff  UNt  ^£  MUB  et  VUR. 
H  MA,  ainsi  que  les  mots  £J  Jâ^JJ  mada  •  <*?  T 
ÉlÉ^^J^J"  i^f^J  *i*ti*  '•  Ces  derniers  termes  nous 
font  connaître  la  raison  pour  laquelle  les  signes  syl- 
labiqu es  de  ki et  de  nui  indiquent  également  la  notion 
de  terre.  Le  caractère  Un'  sert  souvent  à  traduire  I 
perse  bumi,  ou  seul,  ou  avec  le  complément  pho- 
n.tu|ii»'  li;  il  exprime,  comme  les  autres  mono 
grammes  cités  ci-dessus ,  les  mots  assyriens  n^y,  ntf M , 
no,njPK. 

1  Cestpar  ce  motcasdo-scytluqueque  nous  expliquons  T«py/«uw. 
nom  du  premier  homme,  selon  le»  Scythe».  (Hé>.  IV,  S.)  Noos  y 
voyons  un  mot  composé  du  dialecte  scytbique  de  ta  mar  Noire ,  et 
correspondant  an  rasd'vsnrthique  Tar-hmlilntm  tfils  de  la  terre  t. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  199 

On  pourrait  peut-être  conclure  de  la  similitude 
des  sons  de  mât  et  de  mada,  que  ce  dernier  terme 
ne  fut  qu'une  altération  du  premier  mot,  sûrement 
assyrien.  ïl  n'en  est  rien;  et  la  démonstration  du  fait 
que  mada  est  considéré  par  les  Sémites  comme  un 
groupe  non  phonétique  et  parfaitement  étranger 
réside  dans  la  circonstance  qu'on  le  répète  et  qu'on 
écrit  mada  mada,  pour  dire  «les  pays».  Jamais  on 
ne  met  deux  fois  le  singulier  en  lettres  phonétiques 
pour  exprimer  le  pluriel,  ce  qui  serait  absurde;  mais 
on  écrit  alors  le  mot  tout  entier,  fléchi  comme  il  doit 
l'être.  Si  l'on  épèle  le  pluriel  de  mat,  on  écrit  matât, 
et  non  pas  comme  on  le  lit  dans  le  passage  suivant 
(Inscription  de  Londres,  col.  II,  1.  i3)  : 

Matât.  ru     -     ga  a  ti. 

Terr»»  amplaa. 

npm  nnD 

Le  mot  aibi  rappelle  exactement  l'hébreu  3^  «  en- 
nemi». Ainsi  on  lit  dans  l'inscription  souvent  répé- 
tée de  Sardanapale  III  ,1.9: 

:T-  54  Tf  If  ^3 1 

i.  irtit. 

terran] 

EU  If  3J.  -V  V-  "V  H- 

da  a  is.  kal     -     lat.  nakiri. 

concnlcans  (iistrictum  rebcllium. 


init.  ai     -     bi  -     su. 

ti-rram  inimicorum  suoruni  . 


SOU  AOUT  -iEPUMBHE   1857. 

Souvent  les  inscriptions  de  Nabuohodooosor  finis 
sent  par  le  mot  xzpt\  ce  teste  y  ajout  «  m 
cation  particulière,  qui  rappelle  la  prière  des  juifs 
usitée  aux  grandes  fêtes  du  commencement  «le  l'an- 
née religieuse  :  uansi  ireî  o^n  "îDoa  «consi^n    h 

et  inscris-nous  dans  le  livre  de  la  vie  ». 

Une  tablette  de  Sardanapale  \   lait  mention  du 

SI.  UM.  On  v  lu 


zi&n>z 


SUE.      UM 


zi  :::t^t  -htjt-êttt 

».  m.     ii. 


I  V 


CI  -4-  M- 

15        BAH        m 


«ËTCrï-Emi 

%    -    h*.  [é& 

fihm  j  uUU|. 

mm- 


K1V 

-f-  HT  -*'" 

Mm     •     U      •      ~ 

«M 


l>a  légende  coni  un  coté  de  l.i  »  .  1  » I «  t • 

il  manque  on  haut  une  lettre  que  nous  avons  cm 
pouvoir  suppléer.  Dans  le  mot  C?c.  nous  voyons  le 
mot  arabe  ^3,  qui.  en  assyrien  et  en  hébreu.  <1<>ii 
se  transformer  en  oSc ,  tandis  que  les  dialectes  ara- 
méens  lui  substitueront  un  mot  oSn.  Ce  mot  veui 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  201 

dire  «  faire  une  entaille,  un  cran,  fendre  » ,  et  il  semble 
même  n'être  pas  étranger  à  l'hébreu  nbn  «  sillon  ». 
Nous  le  traduisons  par  «  page ,  colonne  d'une  table  » , 
et  nous  n'avons  pas  besoin  de  rappeler  que  toutes  les 
inscriptions  babyloniennes  plus  développées  sont 
tracées  par  colonnes.  Et  si  l'on  nous  demande  com- 
ment du  verbe  «  fendre  »  dériverait  la  notion  de  co- 
lonne d'écriture,  nous  répondrons  que,  même  en 
allemand,  on  n'a  qu'un  mot  pour  exprimer  cette 
idée;  c'est  le  mot  spalte  «  fente  »,  de  spalten  «  fendre  ». 

Le  signe syilabique  um,s==YTT  à  Ninive,  fc3M 
à  Babylone ,  a  la  signification  de  «  table  »  ;  on  l'expli- 
que par  dipù.  Il  est  remarquable  que  le  même  son 
se  trouve  comme  expression  de  l'écriture  jusque  dans 
l'extrême  Orient,  dans  le  tartare-mantcbou;  en  sans- 
crit, en  perse  ,  en  hébreu,  on  rencontre  des  formes 
très-ressemblantes  pour  déterminer  cette  notion. 

Nous  passons  à  la  phrase  suivante ,  sans  nous  ar- 
rêter davantage  au  mot  dippu,  dipù,  que  nous  avons 
déjà  cité  plusieurs  fois;    seulement   nous  faisons 

observer  que  le  signe  ►^TJ  a  reçu ,  à  cause  de  son 
explication  idéographique,  également  le  son  syila- 
bique de  tip. 

Le  terme  kînuv  Ki">3  signifie  «  éternel  » ,  ainsi  que 
nous  l'avons  déjà  établi;  nous  aimerions  à  y  voir  un 
vocatif  s'adressant  à  Nebo,  si  nous  ne  préférions  pas 
le  prendre  comme  une  épithète  de  table.  C'est  aussi 
à  ce  dernier  mot  que  nous  rapportons  mukin  pD,  par- 
ticipe de  l'aphel  de  |\3 ,  et  identique ,  pour  la  forme  et 
x.  j4 


iOi  \OUT-SEI»TEMBRK  1857 

la  signification,  à  l'hébreu  pc«  établissant,  fixant 

La  proposition  entière  est  :  rtinm  "DÛ  nufa  •:•; 

Parmi  les  mots  nouveaux  de  notre  phras.  ,  nous 
remarquons  bulut,  que  nous  faisons  venir  d'une  ra- 
cine y?2,  alliée  a  l'arabe,  si  souvent  usité,  g\t  «ar- 
river, parvenir».  De  la  vient  £^«le  but,  le  sort», 
qui  se  trouve  dans  la  phrase  musulmane  çk  «*Ml  y\ , 
qui  signifie  «  c'est  ainsi  que  Dieu  a  décidé  ».  (Lutter. 
«  le  décret  de  Dieu ,  c'est  le  sort  ».)  Nous  tran> 
donc  6a/uf  pw?3 ,  et  nous  le  traduisons  par  «  sort  ». 

Cette  interprétation  nous  a  paru  la  plus  simple  et 
la  plus  conforme  à  la  phrase,  et  nous  avons  aban- 
donné pour  elle  d'autres  rapprochements  moins  na- 
turels. 

La  prière  suivante  est  transcrite  par  nous 
w  K3Î?K-  Le  mot  jfc^  ^jCJ*  •"•'t  |>«ï«it  v' 
la  racine  ion ,  l'arabe  L*  •  accorder,  bénir  » .  dans 
la  seconde  forme  (Ij^4J)  «  féliciter»;  c'est  d'elle  que 
vient  aussi  la  formule  que  les  Arabe  s'adressent  ap 
un  repas  quelconque.  Caâ*  «  bien  vous  fasse  ». 

De  même  que  'jn  est  l'impératif  de  k jn ,  ictf  est 
la  même  forme  de  *)OV.  La  vocalisation  de  l'impéra- 
tif assyrien  dépend  de  celle  de  l'aoriste.  Si  ce  temps  se 
forme  en  ?jw  ,  l'impératif  sera  ?J?  ç  ;  si,  au  co 1 1 1 1 , 
lui-la  est  73W ,  celui-ci  se  formera  en  hvt ,  et  si  le  pre- 
mier est  7*0» ,  la  forme  dérivée  sera  7Ft.  L'arabe  nous 
donne  les  mêmes  règles  pour  la  formation  de  l'im- 
pératif. Ainsi  on  dit  en  assyrien  : 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  203 

inp  de  inçi 

13D  de   -J30i 
ÏÔBJ  de  ")B#i 

Les  verbes  défectifs  de  la  langue  de  Ninive  for- 
ment à  cette  règle  des  exceptions  sur  lesquelles  nous 
reviendrons  l. 

La  seule  chose  qui  reste  encore  à  expliquer  dans 
ce  passage  est  la  locution  alakku  yumiya ,  >9F  JoVn. 
Le  premier  mot  vient  de  la  racine  -jVn,  qui,  en  as- 
syrien, exprime  l'idée  d'aller,  tout  comme  en  hébreu. 
C'est  elle  qui ,  dans  les  inscriptions  des  Achéménides, 
traduit  les  verbes  i ,  siyu,  gam  «  aller  ».  Nous  pouvons 
citer  les  formes  suivantes  : 

Kal "fia  (rarement  "fin)  «j'allai». 

Jf*  (rarement  ^)  «il  alla»;  perse,  asiya- 

va,  parâgmatâ. 
?D^  «ils  allèrent». 

"îjVn  «va»  (impératif);  perse,  paridiy. 
Hjhn  «  allez  »  (  impératif  au  pluriel  du  fémi- 
nin); perse,  parâitâ. 

NS^n  «la  marche». 

\  -  - 

"fin  «allant». 
Iphteal.  ..      "pir»  «il  marcha». 
Iphlaal.  ..     "!j?nK  «je  marchai». 

T^N  «  il  marcha  ». 

ID^D"1  pour  îdWp  «  ils  marchèrent  ». 

1  Nous  en  verrons  une  tout  à  l'heure  dans  le  verbe  ,Îd  ,   -j1?,-). 

i4. 


m  AOUT-SEPTEMBRE  IS57. 

Noraina.  .  .     ro^n  •  le  rite  »;  hébreu  n^Sn. 

■   •  - 

roVfl  •  le  cour»  ». 
■  -  - 

tVhG  •  I»  marche ,  l'escalier  ». 

Le  mot  alakku  KsSn  est  un  infinitif  avec  la  der 
nière  radicale  redoublée,  de  la  forme  Vy»;  noua  con- 
naissons également  les  formes  de  tare  et  Sïd.  Les  mots 
iro  et  lis  appartiennent  à  ces  classes  de  dérivés. 

Le  mot  alakku  est  écrit  Tf  ÈTJT  JST  a-to/. 
Wpj  a  les  valeurs  syllabiques  de  rit .  tk,  mii  et  lak; 
car  il  permute  avec  la  ak  dans  beaucoup  <!••  i 
surtout  dans  ceux  qui  viennent  de  la  racine  yVn ,  par 
exemple  : 


*   -   u 


u 


Le  syllabaire  k,  1 1 o (Collection  pnotograpbi<|n* 
18)  donne  les  valeurs  suivantes  : 


T  <T-  ~T« 


T      -ÉT- 


tr 


^r 


T-v^-e 


*     -      u 

,   »if*aa. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA. 


205 


t  -a  -h- 


la  ak 


T*f 


pi  -  t'a  an 


t'a  an     -     ju 


m 


JTT 


s=m 


eïï«  >n  -t  ^ 

kir            ha            an     -      nu. 
donum 

«a            an     -      na 

K3DD 

«a 

an     -     gu              a 
vicem  gerens. 

*M0 

Et  comme  si  l'auteur  de  la  tablette  avait  oublié 
encore  quelques  valeurs ,  le  même  document  revient 
sur  le  signe  à  un  autre  endroit  : 


TCiEf 


mi  i« 


fa'     -     *i  l'p 


m 


m 


jwtns.     X1?!!? 

-m  ba)  âM 


it  -  (!IV. 

descensio  NmT 


La  dernière  phrase  satar  fettûfr"  anim1?  "itattf  «  ins- 
cris la  fécondité  (dans  ton  livre)  »,  ne  présente  plus 
de  difficulté.  •■— « 


UHJT-SEPTEMBKK   I » :» 7 


XII. 


lailaiv. 


^T  C  S3-  <!►  H-  SZ  *m  E34T- 

M      -         mi  ••  «•  i»  .  *j 

■  -    m.  .    .     fc        .  A        .         U.  J  .»-•*. 


::e=t  *P  ïï.  s  cct  hu  -TTj- 


«     •    « 


cEfcT.^t^T^^^T* 


-V  fU.  4b  •• 


•     •      •■ 


T-T^rT^tCI  ET  S  -TU  JU 


WAiitilnii». 


±i-  c=^s.  i^^4  :rw  sir 


M.  I- 


ki 

bitet 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  2(T 


3TZT- 

4a. 


C'est  le  dernier  paragraphe  de  l'inscription,  et 
en  quelque  sorte  l'épilogue.  Il  ne  présente  pas  de 
grandes  difficultés  philologiques;  mais  il  contient 
bien  quelques  points  obscurs  pour  le  déchiffrement. 

Mérodach  est  supplié  par  le  roi  d'imiter  le  père 
qui  l'a  engendré.  On  est  en  droit  de  conclure ,  de  ce 
passage  et  d'autres,  que  Mérodach,  le  dieu  adoré 
surtout  par  les  Babyloniens ,  était  réputé  fils  de  Nebo. 
Nous  avons  plusieurs  filiations  divines;  Ao  est  nommé 
filsd'Arm  (Oannes),  Ninip  est  désigné  comme  fils  de 
Bel,  qui  est  connu  sous  le  nom  de  père  des  dieux 
en  général.  Dans  les  termes  de  l'inscription ,  Méro- 
dach semble  donc  être  le  fils  de  Nebo. 

Ce  dieu  est  encore  nommé  roi  du  ciel  et  de  la 
terre.  Nous  ne  connaissons  aucun  autre  passage  où  il 
soit  qualifié  ainsi.  La  gloire  de  la  suprématie  céleste 
est  toujours  attribuée  à  la  divinité  qu'on  exalte  plus 
que  les  autres;  ainsi Nabonid,  dans  les  barils  de  Mer- 
gheyer,  nomme  Sin  (Lunus)  :  «  maître  des  dieux,  roi 
des  dieux  du  ciel  et  de  la  terre,  (roi)  des  dieux  des 
dieux  ».  On  voit  quel  contre-sens  peut  naître  de  la  dé- 
férence excessive  même  envers  un  dieu. 


•208  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

En  abordant  l'explication  du  paragrapl 
devons  faire  remarquer  que  mahar  se  présent* 
avec  une  acception  très-rare.  Le  verbe  "mo  n'a  or- 
dinairement que  les  significations  de  «prendre,  i 
surer,  compter,  augmenter  ».  Ensuite  nous  connais- 
sons les  mots  nno  m  antérieur  » ,  et  nnno  «  beaucoup  ». 
Dans  cette  proposition  on  demande  a  Mérodach  de 
mesurer  son  père,  c'est-à-dire  d'avoir  égard  à  lui. 
et  de  faire  comme  lui.  Nous  rendons  la  phrase  par 
«  imite  ton  père  »,  et  nous  rappelons  au  lecteur  que 
nnc  a  des  rapports  d  etymologie.  pour  cette  a< 
du  moins,  avec  la  racine  ^n*  *  ôti 
après,  suivre»;  en  hébreu,  "me  signifie     demain», 
c'est-à-dire  ce  qui  suit  aujourd'hui. 

Nous  n'avons  pas  à  parier  de  la  form»  <!-  l'impé- 
ratif *>nç.  ni  à  insister  sur  le  mot  abi  alul  sis 
^iVk  «  le  père  qui  t'a  engendré  ».  La  racine  iSk  ne  nous 
est  plus  inconnue,  nous  en  connaissons  les  dérivés 
vivants  :  T?K  «père»,  rn?K  «mère»,  status  empha- 
ticas  Km?K,  Kmta  «  naissance  »,  mm?  «  fécondité  ». 
Nous  lisons  dans  l'Inscription  de  Londres  (col.  \  Il 
1. 1  a  )  que  Nabuchodonosor  nomme  le  roi  NabopaJ- 
lœssar  n?*  '2K  «  mon  père  qui  m'a  engendré  »  ;  ra- 
rement on  lit  le  mot  aie  sans  qn  il  soit  suivi  du  mot  :: 
creator.  Ainsi  nous  voyons  : 

M32  K2K  •  le  père  qui  m'a  engendré  ». 
*rPJ3  KDK  •  la  mère  qui  m'a  enfanté  ». 

Les  mots  iipsitâa  et  damkàa  'Wtfajr  et  «ipon 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  209 

des  formes  de  suffixes  de  la  première  personne,  telles 
que  nous  en  avons  déjà  vu  dans  gatûa.  Ce  que  j'ai 
dit  à  cette  occasion  me  dispense  de  revenir  sur  ce 
sujet. 

Sumgiri  îOJDtf ,  est  l'impératif  du  shaphel  de  ixûfor- 
tunare,  que  nous  connaissons  déjà,  avec  le  tf  parago- 
gique.  La  forme  sumgir  serait  plus  exacte  ;  car  celle  de 
sumgiri  est  spécialement  réservée  au  féminin  de  l'im- 
pératif. Le  masculin  de  ce  mode  est  souvent  prolongé 
en  assyrien  comme  en  hébreu;  mais  cette  terminai- 
son paragogique  se  forme  généralement  en  a.  Cepen- 
dant, n'oublions  pas  que,  dans  l'antique  langage  de  la 
Bible,  nous  voyons  souvent  un  i  ajouté  au  mot,  là 
où  l'usage  moderne  l'aurait,  sans  doute,  proscrit. 

Rappid  est  l'impératif  au  paël  de  1D1  et  121  «  étayer, 
soutenir  ».  Ce  mot  est  une  fois  ainsi  écrit  : 


4=>  s  éwt- 


rab     -        bi 


Dans  l'autre  exemplaire,  on  trouve,  au  lieu  des 
signes  bi  id, un  seul  signe  qui  rappelle  assez  la  forme 
d'un  ka,  mais  qui  pourrait  être  également  le  signe 

exprimant  forteresse  Ez.J^T— |-  Nous  savons  que  le 

même  caractère ,  dont  la  forme  assyrienne  est  IjQMT  > 
est  expliqué  par  les  syllabaires  comme  signifiant  la 
syllabe  bat.  Ce  son  ayant  son  représentant  en  ► — «„ 
la  véritable  prononciation  du  signe  mentionné  semble 
être  but,  le  seul  homosymphone  de  bat  qui  n'ait  pas  en- 


ilO  SOI  i    M  l'TKMBHK  1857. 

cored'expre>*ion.  Ici  le  signe,  quoi  qu  il  m  son.  rend 
mi  renient  bit  ou  plutôt  pit:  car  nous  savons  avec  quelle 
singulière  facilité  permutent  en  assyrien  le  a  et  le 
D  au  milieu  des  radicaux.  Puisque  bit  est  certaine- 
ment interprété  par  le  signe  ^"^~|.  nous  pourrons , 
avec  une  grande  vraisemblance ,  attribuer  au  carac- 
tère de  notre  passage  la  valeur  de  pu*,  qu'il  aura  indé- 
pendamment de  celle  de  but. 

Un  (ait  nouveau,  mais  très-certain,  c'est  la  va- 
leur secondaire  de  rap  que  nous  donnons  au  signe  de 

l^\  ki.  Nous  avons  d'abord  lu  kibit  ou  kibid,  en  le 

rapprochant  de  l'hébreu  13a  «  honneur  ».  Mais  le  sens 
et  la  difficulté  grammaticale  ne  nous  permettaient 
pas  de  nous  en  tenir  la;  de  nombreux  passager  nous 

ont  bien  prouvé  que  le  caractère  7f\  devait  encore 


avoir  une  autre  signification.  Puisque  la  forme  < 
nécessairement  un  impératif,  le  premier  signe  7f\ 

ne  pouvait  représenter  q\ie  Xap,  si  elle  était  un  paél , 
et  suï,  si  elle  était  un  shaphel.  Après  avoir  éNminé 
toutes  les  syllabes  dont  nous  connaissons  déjà  la  repré- 
sentation dans  le  syllabaire  anarien,  il  fallait  exami 
ner  celles  dont  l'équivalent  nous  est  encore  inoosin  1 
Aucun  des  sons  non  représentés  n'était  si  probable 
que  rap;  car  en  substituant  ce  son  rap  au  ki  que  nous 
admettions  jusqu'alors  dans  plusieurs  mots ,  nous  ob- 
tenions un  mot  connu  et  bien  placé  dans  le  conte \  1 1  . 

\insi/t^  *    *  «  fois  »,  lu  rub  bi.  nous  donne  un  mot 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  211 

KX» ,  parfaitement  sémitique  dans  cette  acception. 
Ensuite  la  valeur  de  rap,  attribuée  à  /jp\.,  nous 

fait  tout  de  suite  comprendre  le  titre  que  prend  Da- 
rius dans  l'inscription  de  Bisoutoun,  et  qui  est  tou- 
jours ainsi  conçu,  pour  traduire  le  perse  :  Thâtiy 
Dârayavas  khsâyathiya  : 

TEW-TU  m  :h<  *$*  ^  ïï  tu- 

Da     -       ri  ya  vru.  iarru.  rab     -     a         av. 

Darius  rex  domina* 

££:> ««>— « 

■  '   n  ► — «' 


i     -     gab       -  bi. 

dicit. 

.*jp  NH3")  NID  tfim 

Le  terme  de  l'inscription  de  Bisoutoun  est  répété 
sur  beaucoup  de  documents  de  Nabuchodonosor, 
dans  une  phrase  qui  se  trouve  immédiatement  après 
les  mots  «  Nabuchodonosor,  roi  de  Babylone  »  : 

ifu      -      la         a  av.  nu  a  -  dau. 

Dorainu»  augustus. 

•Nin:  xnm 

On  lit  aussi  dans  un  passage  parallèle  à  ninnS  "iiptf 
dans  une  inscription ,  relativement  aux  murs  de  Ba- 
bylone : 


t\l  AOUT- SEPTEMBRE  1857. 

mi         -        M.  fc  a        .  t.         ■         b. 

•mm4?  si- 

Revenons  au  mot  rappid. 

Nous  le  transcrivons  irn,  ce  qui  est  un  impératif 

du  |  U4  romprons  1  li  D1  dlDI  la  même 

forme ,  et  l'arabe  <*■*>  (  *>h^>  ) .  ayant  le  sens  de  «  sou  - 
tenir,  appuyer». 

Le  sens  de  la  phrase  est  don 

«Imite,  ô  Mérodach,  roi  du  ciel  et  de  la  terre, 
le  père  qui  t'a  engendré ,  bénis  met  œuvres ,  soutiens 
ma  puissance  ». 

La  signatm  •  manque  dans  la  plupart  des  inscrip- 
tions; elle  se  trouve  ici.  Le  sens  en  est  : 

Que  NabtM  bodoooaor,  hri  qui  est  !«•  roi  restaura- 
teur, demeure  devant  ta  (ace.  • 

Il  nous  reste  à  dire  un  mot  de  la  particule  souvent 
employée  la  ou  là.  Elle  n'a  pas  le  sens  de  l'hébreu 
i?  «si»,  quoiqu'elle  parte  de  la  même  idée  fonda- 
mentale ;  elle  insiste  plutôt  simplement  sur  la  vent* 
de  la  notion  énoncée,  comme  le  français  certes,  bien. 
Sans  être  explicite ,  elle  a  un  sens  bien  défini ,  et  o  >■ 1 
tribue  à  la  vivacité  du  discours;  aussi  la  voyons-nous 
en  fréquent  usage  dans  les  imprécations,  les  prières, 
et  les  phrases  qu'on  allègue  pour  appO]  Ton 

a  dit,  ou  ce  qu'on  va  dire. 

C'est  avec  cette  fine  nuance  que  la  particule  Iwm 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  213 

employée  ici  :  Nabuchodonosor  se  prévaut  de  son 
titre  de  reconstructeur  des  temples  en  ruines ,  pour 
obtenir  des  dieux  l'accomplissement  de  ses  vœux. 

Le  roi  se  qualifie  de  W  *  ^  ^MT  ►►— Y,  et  ce 
terme  peut  être  prononcé  zaninan,  ou  zanina  ilu, 
soit  que  l'on  envisage  le  signe  ►►-J  comme  sylla- 
bique ,  ou  comme  représentant  l'idée  de  dieu.  Je 
me  décide  pour  la  première  alternative  ;  non  pas  que 
la  notion  de  instaarare  deum  ne  soit  pas  très-babylo- 
nienne, mais  parce  que  nous  aurions,  pour  exprimer 
cette  dernière  idée,  ou  le  pluriel  les  dieux,  ou  za- 
ninaka  «  qui  t'a  reconstruit  » ,  comme  dans  le  passage 
cité  plus  haut. 

La  forme  zaninan  est  quelque  peu  insolite,  puisque 
nous  devrions  plutôt  attendre  zannan  |3ï,  à  l'état 
construit  iœî  ,  zannannu ,  d'après  la  forme  assyrienne 
jVvD;  état  emphatique,  K^VD.  Cette  dérivation  cor- 
respond exactement  à  l'arabe  y^*» ,  et  l'assyrien  et 
l'arabe  se  rencontrent  même  dans  son  application 
sur  la  même  racine;  ainsi,  l'arabe  ^«x*-»  répond  à 
l'assyrien  ftDX,  Sandan,  l'Hercule  de  Ninive. 

Quoi  qu'il  en  soit,  zaninan  est  un  substantif  adjec- 
tif,  ayant  l'acception  de  restaurateur. 

La  dernière  phrase  est  lissakin  ina  pika  ^pe  ]x  JD#b 
<(  liât  in  ore  tuo  ».  Lissakin  est  le  précatif  du  niphal 
de  pty  «  faire  i  :  donc  le  passif  signifie  «  être  fait,  exis- 
ter, demeurer».  Cette  dernière  acception  rapproche 
notre  mot  de  la  signification  hébraïque,  car  nous 
avons  dans  la  langue  de  la  Bible  un  exemple  de  l'em- 


114  AOUT  SEPTEMBRE  1857. 

ploi  au  passif  de  ce  verbe  qui  ordinairement  y  est  em- 
ployé comme  intransitif;  nous  voulons  parler  de  la 
forme  p3tr ,  qui  veut  dire  •  habitant  ». 

Le  même  mot  se  trouve  dans  une  formule  d'in 
vocation ,  c'est-à-dire  : 

Tjnatf  ]2tf ?  (adressée  aux  dieux)  qu'il  soit  dit  à  laide 

de  loi. 
*irafcf  pi^  (adressée  aux  déesses)  ai. 

Quelquefois  on  voit  aussi  Hssukna  «30*?  avec  le  k 
paragogiqne.  ce  qui  peut  être  encore  la  forme  fé- 
minine au  pluriel. 

Quant  au  dernier  mot  de  notre  texte .  inn  p'ikn , 
c'est,  à  la  lettre,  le  mot  hébreu  ne.  "D  «  boucli. 
front  ».  Ina  p'tka  «  devant  toi .  devant  ta  face  • ,  et  c'est 
par  cette  dernière  invocation  que  finit  le  document 
que  nous  venons  d'analyser. 


Nous  avons  laissé,  sans  l'expliquer,  un  groupe  qui 
se  trouve  tout  au  commencement  de  (Inscription, 
dans  la  phrase  :  «  Qui  instruction!  (?)  dei  maxinn 
prœbet  aures  suas  a.  Ce  groupe ,  rendu  avee  le  point 
d'interrogation  par  instruction!,  est  fczjy  ^"~«T~ 
^""«T~|  YJ  *-£iJ .  ■•dm  que  nous  avons  pu  Je  vérifier 
dans  un  récent  voyage  à  Londres.  Nous  ne  faisons 
ici  que  rapporter  la  correction  du  texte  qui.  sur  les 
deux  barils,  offre  des  difficultés  de  lecture  maté- 
rielle; et  nous  ne  pouvons  pas  en  donner  une  expli- 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  215 

cation  certaine.  Si  ce  groupe  n'est  pas  un  complexe 
de  signes  idéographiques ,  nous  aimerions  à  proposer 
la  prononciation  K^riD  np^K1  «instruction  de  la  puis- 
sance »,  et  à  rapprocher  le  premier  mot  de  la  racine 
v\hx  «instruire  » ,  tandis  que  le  second  se  rattacherait 
à  la  racine  araméenne  hr\2  «pouvoir».  Il  n'y  a  dans 
cette  transcription  rien  de  certain,  que  le  sens  qui 
est  bien  celui  de  «  enseignement  »  ;  car  l'ensemble 
de  syllabes  AL.  KA.  KA.  A.  LA.  peut  très-bien  être 
le  représentant  d'un  seul  terme  assyrien  dont  nous 
ignorons  encore  la  prononciation.  Je  ne  serais  pas 
éloigné  d'y  voir  le  mot  xnyDtf  n  «  instruction  » ,  de 
vde?  «  entendre  » ,  et  cela  est  d'autant  plus  possible , 
qu'on  a  pu  le  mettre  précisément  à  cause  de  l'expres- 
sion Wita  «  ses  oreilles  ».  On  peut  alléguer  en  faveur 
de  cette  interprétation  que  le  grand  dieu  de  la  phrase 
semble  être  le  dieu  Nebo.  Cette  divinité  est  ailleurs 
nommée  NnvD^n  n^K  «  le  dieu  de  l'instruction  » ,  et 
elle  enseigne  la  justice  aux  monarques. 

Après  avoir  soumis  à  notre  examen  le  détail  de  ce 
texte  assyrien,  nous  en  offrons  maintenant  au  lecteur 
la  transcription  en  caractères  hébraïques,  et  l'ins- 
cription, revêtue  d'une  forme  sémitique,  pourra 
prendre  place  parmi  les  documents  émanés  de  la 
branche  sémite  du  genre  humain. 

1  Voyez  ce  que  nous  venons  de  dire  sur  la  manière  d'exprimer 
la  syllabe  pit. 


216  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

TIUNSCIUPTIOK ,  IN  CARACTÈRES  HÉRRAÎQCES,  DU  TtKTC 
DE  L'INSCRIPTION  DC  BORSIPPa. 


K3^«11")D  '3?  p  11W  'HV2  KV1  03")  0733  "10  7IK773 

KffD  3-I3-»  nSie  Kn*otfn  jkù  •Kpo*  wrtfo-wa  o*u  •rvi 
întf  7  kVsh  •  *mi!  K07n  pt  •  k3">do  k?  ks^ù  •  îr 

»-,.         xi-  »••  t    -    -         ••  t       -   x  ■  x--*  »x\ 

tfiZ   Î37   K7Ï3   1T>0  •  C3K1J  :  13iK  •  1733   70  ">ÏK?»WJtf 
B7n  'PÏ1K1  'OÙ  n^p  TOD  I3J  •  'l">nO'  tf3*  « 

S*3  mti  •  mnm  'Où  Ss^n  nonn  :  nnp  mntf"  KmA* 

-X  •••  •"  •  *  •    I     *    V 

th?tf  ktoj  Nrn  itfni7»3  Nnr  ni:-,t:  ono  vi7K 

•   1  -  •  -    x  .  'xi- 

Ki3K  *P30J  KS-IH  KED3  ÎK  1  «ft*K  «ftfKKtf'KmX  :  pptfK 

II-  •  I     •   •  •   -   \  II-'-  X    I     <  ••»-  II*  '*  •     |     j 

m3T»rnK  îon-P's  :  ichst?  V?3t?K  n:*>k  NUpxo  m-i» 

-  x  ■  •    I   -    X 

:  Ntf tfm  N77K  KP7»  K">M  '-UK  ÎK  •  1  S73ÙK  tfB*K  1733 

f      I  •  IX\-  »%••••■ 

nno  hnocf  •  ncos  ms-Mmat  vsû  n30n-p'3  •  îtfr 

■I-X-*  »    *  I" 

n?K  •Ktftfn  K?r  kS  •  i  rar  ">oy  k*3-w  ^ù  •  i  «for 

IX  tl  •   \  \  «  •  «%•••  I    -    •    •  \   I    ■ 

fer  mm  Kit  :o?3  *d»id  ii^ncf  *V  o  ionr  wn  or 

-x         \  ■   -  \\  -•        •   i   •   x         %     •    \         »  ••• 

"»tf'  NÙ'OP  TU37  •  1  7BPIV  NttfTO?™  '7JK  *N0!U37 

i\  \  i     •  i  \  i  •        •  x  -  t   x  i  •  • 

u)  KintfK  .  **)  'lanth  yiTO  »7  kSw  Ktfcfs*  îK:tfJ7n 

TI337  030  OT  ÎK  •  K0?t7  H7K  ÎK  :  KtfJOK.7  733K  K7  1  JUK 

1  Le  1  rend  le  m  du  leste  qui  m  trouve  à  U  fin  d'une  phrase 
pour  indiquer  qu'elle  te  joint  t  celle  qui  va  suivre. 

1  Quelques  inscriptions  nomment  la  tour  KI'2  IV3.  *  '* 
éternelle». 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  217 

ss  T...i.  '\   :    -  r    •    t   :   -  ■       ■      '  ■      t  ■    %. 

NS73D  ♦  K^D  NÎ73H  133  J  Nîtf  tf  K")  N$7iW  ♦  ni7X  Dî"»2f  KDD 

\-S  N     •  s:-  "  t-  ■  T  \   \  \  T  i- 

npDtf  ♦,,y7D  137  ♦  ND3  p  •  mm1?  ynty  ♦  pm  im  n»73 

\  :    \  •:-  --  \\'\  :•::•  \  \  •-  t-- 

:  mni7  iatf  ♦  "«Dr  njsSt  ttjrwnron  w  rwsfa  pD  n^d 
:  if*  jk  ptfb  Mit  îod  TOkrÉfcu  :  yipp-j -js-i 

TRADUCTION. 

Nabuchodonosor,  roi  de  Babylone,  serviteur  de 
l'Etre  éternel,  témoin  de  l'immuable  affection  de 
Mérodach,  le  puissant  empereur  qui  exalte  Nebo, 
le  sauveur,  le  sage  qui  prête  son  oreille  aux  injonc- 
tions du  dieu  suprême;  le  vicaire  des  dieux  qui  n'a- 
buse pas  de  son  pouvoir,  le  reconstructeur  de  la 
Pyramide  et  de  la  Tour,  fils  aîné  de  Nabopallassar, 
roi  de  Babylone,  moi. 

Nous  disons  :  «Mérodach,  le  grand  seigneur,  m'a 
lui-même  engendré;  il  m'a  enjoint  de  reconstruire 
ses  sanctuaires.  Nebo,  qui  surveille  les  légions  du 
ciel  et  de  la  terre ,  a  chargé  ma  main  du  sceptre  de 
la  justice. 

«  La  Pyramide  est  le  temple  du  ciel  et  de  la  terre, 

x.  i5 


III  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

la  demeure  du  maître  des  dieux,  Mérodac.h,  j'ai  fait 

recouvrir  en  or  pur  le  sanctuaire  où  repose  sa  sou 

veraineté. 

«La  Tour,  la  maison  éternelle,  je  l'ai  refond». 
et  rebâtie;  en  argent,  en  or.  en  autres  métaux,  en 
pierre ,  en  briques  vernissées ,  en  cyprès  et  en  cèdre . 
j'en  ai  achevé  la  magnificence. 

«  Le  premier  édifice ,  qui  est  le  temple  des  bases 
de  la  terre ,  et  auquel  se  rattache  le  plus  ancien  sou- 
venir de  llabylone,  je  l'ai  refait  et  achevé;  en  bri- 
ques et  en  cuivre ,  j'en  ai  élevé  le  faite.  » 

Nous  disons  pour  l'autre',  qui  est  c<  t  i  dilice-ci: 
*  Le  temple  des  sept  lumières  de  la  terre ,  et  auquel  se 
rattache  le  plus  ancien  souvenir  de  Borsippa ,  fut  bâti 
par  un  roi  antique  (on  compte  de  là  quarante-deux 
vies  humaines),  mais  il  n'en  éleva  pas  le  faite.  Les 
hommes  l'avaient  abandonne  depuis  les  jours  du 
déluge,  en  désordre  proférant  leurs  paroles.  Le  in  m 
blement  de  terre  et  le  tonnerre  avaient  ébranlé  la 
brique  crue,  avaient  fendu  la  Inique  cuite  des  revê- 
tements; la  brique  crue  des  massifs  s'était 
en  formant  des  collines.  Le  grand  dieu  Mérodach  a 
engagé  mon  cœur  à  le  rebâtir;  je  n'en  ai  pas  changé 
l'emplacement .  je  n'en  ai  pas  attaqué  les  fondations. 
Dans  le  mois  du  salut,  au  jour  heureux,  j'ai  percé 
par  des  arcades  la  brique  crue  des  massifs  et  b 
brique  cuite  des  revêtements.  J'ai  inscrit  la  gloire 
de  mon  nom  dans  les  frises  des  arcades. 

«  J'ai  mis  la  main  à  reconstruire  la  Tour,  et  à  en 
élever  le  faîte  :  eomme  jadis  elle  dut  être,  ainsi  je 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  219 

l'ai  refondée  et  rebâtie;  comme  elle  dut  être  dans 
les  temps  éloignés,  ainsi  j'en  ai  élevé  le  sommet. 

«Nebo,  qui  t'engendres  toi-même,  intelligence 
suprême,  dominateur  qui  exaltes  Mérodach,  sois 
entièrement  propice  à  mes  œuvres  pour  ma  gloire 
Accorde-moi,  pour  toujours,  la  perpétuation  de  ma 
race  dans  les  temps  éloignés,  une  fécondité  septuple, 
la  solidité  du  trône ,  la  victoire  de  l'épée ,  la  pacifica- 
tion des  rebelles,  la  conquête  des  pays  ennemis  !  Dans 
les  colonnes  de  ta  table  éternelle,  qui  fixe  les  sorts 
du  ciel  et  de  la  terre,  consigne  le  cours  fortuné  de 
mes  jours,  inscris-y  la  fécondité! 

«Imite,  ô  Mérodach,  roi  du  ciel  et  de  la  terre,  le 
père  qui  t'a  engendré,  bénis  mes  œuvres,  soutiens 
ma  domination  ! 

«Que  Nabuchodonosor,  le  roi  qui  relève,  les 
ruines ,  demeure  devant  ta  face  !  » 


Nous  faisons  suivre  la  liste ,  rangée  par  ordre  al- 
phabétique ,  des  mots  que  contient  notre  texte.  Nous 
avons  dû  exclure  tous  ceux  qui  ne  sont  pas  immé- 
diatement nécessaires  à  l'explication  de  l'inscription , 
parce  que  le  principe  contraire  nous  aurait  engagé 
trop  loin. 


13X  «père». 

]3N,  stat.  emphat.  NU3N  , 
«  pierre  ». 


1}X,  arabe jsjA  «brique 

cuite  ». 
UN  «  oreille  ». 

i5. 


no 


AOUT-SEPTEMBRE  1857. 


2*K  «  ennemi  ». 

17K,  béb.  77\  »r.  •*—*) 

•  engendrer  ». 

17K  «père».  $«u.or. 

nimS  •  fécondité  ». 
Î17K  adieu*. 
17K  •  celui-là  •• 

r»7K  •  ceux-là. 
v)Sk  •  instruire  ».  nD7K  (?) 

•  instruction  ». 

n?K  ou  nefK  «de.àpartir 

de,  depuis*. 
|DK   •  fonder,  être  sur, 
croire». 

JUKP  ou  [DP  •  pierre 
angulaire*. 
*K  *à,  van». 
|K  «dans.  de». 
WiK  «je  ». 

n-»K  héb.  m^  •  mois  ». 
-pK  ■  être  long  ». 

Kri2*ïlt©«  éternité». 
y)V  (quod  vide). 
pK.héb.pk»  une  espèce 
d  arbre,  pin,  cyprès  ». 
ni")K  «terre». 

*   i  • 

3UK ,  héb.  2C  •  être  assis  ». 
mtf  •  demeure  ». 


y  VK .  héb.  3»C>  •  être  large  ». 

yvrc.aph.h.roiD 

•  sauveur». 
»CK  fonder». 

Paél.  XfVKH  »je  (on 
ili»  . 
PK  •  tu  . 
32  •  porte  ». 
1733  •  porte  d'Ao,  Babv 

lone». 
rvs  «maison». 
D^a  «souche,  race». 
973,  arab.  £X*  •  atteindre, 
arriver  ». 
mJT73  •  sort . 
nJ3  •  faire .  créer  ». 

Kal.  '23K  «je  bâtis  ». 
KC212  •  tour   des    langues. 
Borsippa  ». 
im  «époque». 
nCl  •  incliner»  (ar.  *>). 
Shsp.  nDltfK  •  faire 
incliner  ». 
p07  •  insérer,  adapter  ». 
pDI  ■  suprématie  ». 
KDppi  •  puissance». 
1)1  st.  emph.  KD1  •  table, 
inscription  ». 


INSCRIPTION 

72Î1  «engendrer». 
73H  «père». 
73H ,  st.  emph.  K73n , 
d'où  73,  et  7D«  fils». 
t^lD  «  entièrement  ». 
î"pn  «  être  ». 

Kin  «l'être». 
hyr\  «  temple  ». 
"]7H  «aller». 

K37H  «le  cours». 
NJD ,   imp.  N:n   «  rendre 

heureux». 
Dlîl ,  st.  emph.  XD1D  «  py- 
ramide ». 
")3î  «  se  souvenir  ». 

Pa.  «  commémorer  ». 
niDT  «  chose  à  laquelle 
se  rattache  le  sou- 
venir ». 
}J|  I.  «restaurer», 
pî  «restaurateur». 
|Mï  idem. 

nJJî  «restauration». 

pï  II.«  trembler  »,  ar.  Jj . 

îï ,   st.   emphat.  NJ3Ï 

«  tremblement    de 
terre  » 
37D  «plaquer,  revêtir». 

Kn27Dn  «revêtement». 


DE  BORSIPPA.  221 

QDD  «chauffer». 

QDn  «  lumière,  étoile, 
planète  ». 
î3")D  «  sceptre  ». 
y">n ,  st.  emph.  Kînn  «  or  » 

(hébr.  yrin). 

D^  «jour». 
X3#ï  «  empereur  »  (mottou- 
ranien). 
"IEP  «  être  juste  ».  Ist.  «  di- 
riger ». 
Xllltf1  «justice». 

113  «rejeton, adolescent». 

pD  «  être  ».  Aph.  «  placer, 

fixer  ». 

X^D  «  étant,  éternel  ». 

(Comme  apposition  : 

«  même  ».) 

#33 ,  «  en  propre  per- 
sonne, même». 
^773  «  être  accompli  ». 

sh.  773#K  «j'achevai». 

Q73  «  parole  ». 

XD3  «trône». 

*p3,  st.  emph.  NDD3  «ar- 
gent ». 

"1E7D  «  aller,  attaquer,  pren- 
dre ». 

"W3    «  rompre ,  percer  » 

(ar.^**j  ). 


AOUT-SEPTEMBRE  1857. 


">ro  «couronner,  ceindre». 

iro  «  frise  ». 
NtS  «  non ,  ne  pas  ». 
3*? ,  st.  emph.  K3*?  «  cœur, 


pS  «être  blanc;  mouler 
des  brique»  ». 
KP33S  •  brique  crue  ». 

laS  •  être  fort  ». 

-13S  succès,  victoire» 
{labarmm). 
1}  «  vraiment  • 
13D  •  être  heureux  ». 
Sbaph.  imper.  IJOCJ 
•  rends  heureux  ». 
")  30  •  bonheur  ». 

irtD  «mesurer,  compter. 

imiter  ». 
nno  «antérieur». 

npD  «haïr»  (ar.  w^u). 

Shaph.  npD0  ■ 
tir» 
NtÙD  «prêtera 

nO  •  pays  ». 
DKJ  «dire,  énoncer». 
W3J  «annoncer». 

123   •  le   prophète, 
Nebo». 


on:  «  abanoonner  ». 
VU  •  mouvoir  (caaooerf  ) . 
changer  de  place  ». 
i"p.  aor.  *JK. 
"OJ,  ar.j&  «non  recon- 
naître ,   être   en- 
nemi ». 

K  il.  ->33.  plur.  -:; 

•  rebelle». 
Paèl.  *13JK    •  j'atta 

quai  » 
TOJ  •  voir  • 

10  J  «  ce  qui  se  voit , 

brillant,  pur», 
no:  «tomber» 

Paèl.  1er  •  ils  firent 
tomber*, 
■pj  «fondre». 

VO03  •  métaux  ». 
-)XJ«proteg< 
S30  •  être  intelligent  ». 
kS:c«  intelligence1  ». 
137  •  passer  ». 

Q"i3ï7  •  dans  le  passé, 
auparavant  ». 
1739  00  Vt9  •  (aire,  bâtir». 
tf39.pl-  nM03»«œu 
vre». 


1  Voyei  pourtant  la  note  de  la  page  17S. 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA. 


223 


nrny  «  arcade  ». 
ny  «attester». 

"Nny  (Ipht.)  «  témoin  » . 
ÎT2?  «être  fort». 

Shaphel,  îîtfK,  pour 
îîy#N  «  fortifier,  re- 
nouveler». 
n^y  «  monter  ». 

Paël ,  inf.  1^^   «  faire 

s 

monter,  élever». 

pDî?  «  être  profond  ». 

XpDJ?  «profond,  sage». 

*lDy  «  vie  humaine  ». 

Ipy  «  être  tordu  ». 

XmpyD  «  rampetour- 
nant  autour  d'un 
édifice  ». 

jspy  «  brique  vernissée  ». 

]BD  (ar.  (jlai)  «penser». 

")t3D  Iphtaal,  «  fendre  ». 
"•D  «bouche,  face». 

0*70  Niphal,   dVdJ    «  être 
propice  ». 

V^D  «  glaive  ». 

IpD  «  administrer,  surveil- 
ler ». 


-pD  Paël,  part.  lpDD,  st. 
emph.  KD")DD  «  in- 

t   :  -  \ 

juste  ». 
"PS  «suprême». 

Oirs  Pa.  «  proférer,  balbu- 
tier». 

")D2  ar.  yLt«  «cuivre». 
ppS  «exsuder, dégoutter». 
N3p2D  «  un  arbre  ré- 
sineux, lentisque» 
ms  «  tour  ». 
î~)3p  Pa.  «  parler,  dire  ». 

Dp  «  voûte  ». 
□lp  «  être  debout  ». 

-  Dp ,  st.  emph.  Xfàp 
«  massif». 
DlÛp  «  légion  ». 
np  «  main  ». 
«ton  «  tête  ». 
13")  «grand». 

3"D")  «très-grand». 
t03")  ar.  \ojj  «lier». 
103")  «esclave». 
2>2"),  d'où  Ityibi  «  quatre  », 
NJmN1  «quarante». 


1  Cette  forme  résulte  d'un  syllabaire  qui  donne  en  outre  les  noms 
des  nombres  KC/DH  5o,  Nentf  30,  JOD  20,  ri")Dy  10,  en  re- 
gard des  chiffres  assyriens. 


iti 


AOUT-SEFTEMBKK  1857. 


*]1T  (racine  inconnue). 

•JT1D ,  n.  p.  •  Méro- 

dacht. 

pm ,  héb.  pm  •  éloigné  ». 

Cl")  «  exhausser». 

D-:«  celui  qui  exalte», 
--j 

^m  «inonder». 
n»^  «déluge». 
■»n  •  tonnerre  ». 
1D")  Paél  ,imp.  iri  •  soo- 
tenir,  étayer  ». 
tf  «qui  ». 
3*3Cf  •  sept,  septuple  ». 
Oltf  •  mettre,  poser». 
"IBEJ  ■  écrire  ». 

1J0V  •  inacription  ». 
ptf    Kal.  •  (aire  ». 

Niph.  (13*S)1«  de- 
meurer ». 
Ipht.  (|2nç*|c)  •  faire». 

11130,    st   emph.    hOMtf 
•  -  -  \ ••  • 

•  vicaire  (des dieux)  », 
mot  touranien. 


070  «oo 

oSntf  •  dominateur  » 

\   V     • 

(Iphtaal). 
D?tf  •  paix ,  bonheur  ». 
oVtf  arab.  13  •  sillon,  co- 
lonne ». 
tfihtf  (adv.  inexpliqué). 
DE?  «nom». 
W  ■  ciel  ». 
VDw  «  entendre  ». 

KraDtfP    •  instruc- 
tion». 
Ud  «deux». 

Tptf  •  verser  ».  Niph.  •  s'é- 
bouler» (effktdt). 
ittf  •  magnificeoce  ». 
"P©  (depkr)  •  accorder  ». 
nm  •  s'adresser  ». 

Shaph.  •  diriger  ». 

Cf  :?n  adv.  de  ?n  •  en  colli- 
nes». 


Cette  table  des  mots  contenus  dans  l'inscription 
de  la  Tour  des  langues  ne  laissera ,  j'espère ,  aucun 
doute  sur  le  sémitisme  de  la  langue  assyrienne. 
Malgré  la  différence  qui  sépare  celle-ci  des  idiomes 


INSCRIPTION  DE  BORSIPPA.  225 

congénères ,  elle  prendra  désormais  place  à  côté  de 
l'hébreu,  du  syriaque,  du  chaldaïque,  de  l'arabe  et 
de  l'éthiopien. 

Pour  dire  quelques  mots  sur  l'époque  exacte  de 
la  rédaction  de  notre  texte,  nous  croyons  devoir  la 
placer  entre  l'avènement  de  Nabuchodonosor  et  la 
prise  de  Jérusalem,  c'est-à-dire  entre  6o/i  et  588 
avant  J.  C.  On  sait,  grâce  à  Bérose,  que  la  restau- 
ration des  antiques  sanctuaires  fut  un  des  premiers 
soins  du  monarque  juvénile.  La  construction  des 
murs  de  Babylone ,  dont  le  roi  parle  dans  presque 
toutes  les  autres  inscriptions ,  ne  se  trouve  pas  men- 
tionnée dans  notre  document,  et  nous  croyons  savoir 
qu'elle  ne  fut  entreprise  qu'après  la  conquête  de  la 
Judée. 

Les  successeurs  de  Nabuchodonosor  s'occupèrent 
également  de  l'embellissement  de  la  Pyramide  et 
de  la  Tour.  Le  fait  est  certain  pour  Nergalsarassar, 
pour  Nabonid  et  pour  le  dernier  roi  que,  jusqu'à 
preuve  contraire,  nous  nommerons  Nabouimtouk; 
ce  fut,  comme  nos  lecteurs  le  sauront,  le  père  de 
Balthasar,  immortalisé  par  le  Livre  de  Daniel. 

Xerxès,  en  revenant  de  Grèce,  dévasta  la  Pyra- 
mide, qui ,  d'après  les  historiens,  contenait  le  tombeau 
du  dieu.  Ctésias  et  Elien  rapportent  que  le  roi  de 
Perse,  avide  de  trésors,  y  trouva  un  sarcophage  à 
moitié  rempli  d'huile.  Alexandre  employa ,  pendant 
deux  mois ,  dix  mille  soldats  pour  déblayer  les  débris 
de  la  Pyramide;  peu  de  temps  après,  le  grand  Macé- 
donien mourut,  et  avec  lui  fut  enterrée  l'idée  de  la 


NI  AOUT-SEPTEMBRE  1937. 

reconstruction  de  cet  antique  monument.  La  ruine 
fut  changée  en  citadelle,  mais  la  tradition  a,  jusqu'à 
nos  jours,  réservé  le  nom  de  Babil  au  mommert 
auquel  remonte  le  plus  antique  souvenir  de  Baby- 
lone. 

La  Tour  échappa  à  la  fureur  sacrilège  du  vaincu 
de  Salamis.  Quelle  fut  la  cause  de  sa  prêter  talion? 
Cela  restera  pour  nous  un  mystère.  Mais  il  est  cer- 
tain que  le  père  de  l'histoire  la  vit  encore,  quelle 
survécut, au  moins  en  partie, à  l'époque  d'Alexandre, 
et  qu'elle  dura  jusqu'à  Pline  et  jusqu'à  Sepu'me  Sé- 
vère. A  partir  de  là .  noua  en  perdons  la  trace.  Mais 
son  nom  babylonien  de  $ark  est  parvenu  jusqu'aux 
Arabes,  et  celui  de  Borsippa,  conservé  à  travers 
siècles  sous  la  forme  défigurée  de  Bin,  vit  encore 
aujourd'hui  dans  la  bouche  des  Bédouins. 

Il  est  plus  que  probable  que  la  destruction  sur- 
humaine frappa  l'oeuvre  restaurée,  connue  elle  a\  ut 
désolé  l'antique  monument  de  la  confusion  des  lan- 
gues. Le  mode  de  construction  môme  en  devait  hâter 
la  ruine ,  dont  nous  ignorons  l'époque. 

Et  cette  ignorance  nous  enjoint  de  nous  arrêter 
ici.  Nous  recommandons,  encore  une  fois,  ce  pre- 
mier essai  à  la  bienveillance  du  lecteur,  et,  encou- 
ragé par  son  indulgence,  nous  aborderons  dans  un 
second  mémoire  l'analyse  d'un  document  assyrien 
appartenant  à  un  autre  ordre  d'idées. 

J.  Oppkrt 


NOTICE  SUR  KHALIL.  327 

NOTICE  SUR  KHALIL, 

FILS  DE  CAÎCALDY, 

EXTRAITE  DU  DICTIONNAIRE  BIOGRAPHIQUE  D'ASSAFADY 

INTITULÉ:   ^LjJlj    ^Lm 
TEXTE  ARABE,  PUBLIÉ,  TRADUIT  ET  COMMENTÉ, 

PAR  M.  LE  Dr  B.  R.  SANGUINETTL 


AVANT-PROPOS. 

La  biographie  qui  va  suivre  est  celle  d'un  jurisconsulte 
d'un  grand  mérite,  contemporain  et  ami  d'Assafady.  Il  est 
auteur  de  beaucoup  d'ouvrages  qui  ne  se  trouvent  point 
mentionnés  dans  le  Dictionnaire  bibliographique  et  encyclo- 
pédique de  Hâdji  Khalfah.  Khalîl  vivait  encore  au  moment 
où  Assafady  rédigeait  sa  notice.  Ibn  Bathoûthah ,  à  son  retour 
de  la  Chine,  se  trouvant  à  Jérusalem  vers  la  lin  de  l'an  sept 
cent  quarante-huit  de  l'hégire  (i348  de  J.  C),  y  a  vu  et 
connu  le  fils  de  Caïcaldy.  Celui-ci  correspondait  encore  avec 
Assafady  dans  l'année  sept  cent  cinquante-trois  de  l'hégire 
(i35a  de  J.  C).  On  lit  en  effet  sous  cette  date ,  dans  le  recueil 
des  correspondances  d'Assafady  \  une  épître  de  Khalîl,  en 
vers  et  en  prose  rimée,  ainsi  que  la  réponse  analogue  d'As- 
safady. Hâdji  Khalfah*,  qui  cite  Khalîl,  fixe  la  date  de  sa 
mort  à  l'année  sept  cent  soixante  et  une  de  l'hégire  (1 35g 
de  J.  C).  Enfin,  Aboû'l  Mehâcin,  dans  son  Dictionnaire 

1  «^.LIL  (J^LJl  ,^0  *>L«JÎ  (^lil  <_>bj  (Manuscrit  de  la  Bi- 
bliothèque impériale ,  supplém.  ar.  mis  en  ordre  par  M.  Reinaud,  n°  698). 

'  Dictionnaire  bibliographique  et  encyclopédique  (  édition  de  M.  G.  Flue- 
gel ,  t .  I ,  p.  3 1 2  ). 


328  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

biographique  ' ,  consacre  aussi  une  courte  notice  k  Kbalil , 
fils  deCaîcaldy,  et  nous  apprend  qu'il  mourut  à  Jérusalem 
dans  le  mois  de  moharram  de  l'année  sept  cent  soixante  et 
une  de  l'hégire  (décembre  i35o,  de  J.  C).  Il  liait  cependant 
observer  qu'Alesnaouy  (sans  doute  dans  son  Histoire  des  doc- 
teurs chifi  ites)  prétend  que  ce  fut  dans  le  mois  de  moharram 
de  l'année  sept  cent  soixante  de  l'hégire  (décembre  1 358  de 
J.  C.) ,  et  conclut  en  disant  que  Dieu  sait  le  mieux  quelle  est 
U  vérité*. 

Je  publie  le  texte  de  cette  notice ,  car  il  contient  : 
î"  un  bon  nombre  de  titres  d'ouvrages,  que  l'on  n'est  jamais 
sûr  de  bien  traduire  quand  on  n'a  pas  les  livres  mêmes  sous 
les  jeux,  la  bisarrerie  des  Orientaux  étant  extrême  à  ce 
sujet;  a*  des  vers  qui  offrent  assex  d'intérêt,  et  3*  des  frag- 
ments en  prose  rimée,  avec  dea  métaphores,  des  hyperbole* 
et  des  jeux  de  mots ,  très-difficiles  k  rendre  dans  la  version 
française.  J'ai  lait  mon  possible  pour  être  dans  celle-ci  clair 
et  exact;  j'ai  aussi  ajouté  quelques  explications  eo  note.  Pour- 
tant ,  je  suis  convaincu  que  le  texte  arabe  sera ,  non-seule- 
ment utile,  mais  même  nécessaire,  aux  personnes  qui  vou- 
dront se  rendre  entièrement  compte  dea  matières  que 
renferme  le  présent  travail. 

TEXTE. 

Ik—W  *  frâJLM  *i, J^rfJI  Jn_»\Ji  JL^&aJt  fUJl  guàJl 
oJJ  iiUJl  J^jJI  *J»i)\  ^1  ^oJt  c*~  a,****! 

Jjl    iL»U   C*«wj   (JS  m  mm  3 y   £Jj\    JuLm»   (gfJULjj)]    J^fc.1    S 

'  jl^l  0^»  Jj ll>  jLJl  JtUltMtoMcrrtdekBAfaoCaèipt 

impériale,  aac  food»  w.  n*  7*9.  t.  III  ). 
1  Voy.  ioi.  65  r*  et  v*. 


NOTICE  SUR  KHALIL.  229 

j&s.  iLx)j$\   j^L-cilî  y*  jjj-ùw*i  <-*daÂ.  <^j|>ÀJÎ  (jjjjJî 

u£\jJl1\3  «Mil,  ii>UJUj  0j*i1  *#  gwûJî  ^c  U^ 
/jj  jJî  Jp  ^^Uul  <^c  a*»jUj  K_ij  iuU  £**«$  ^-&*  iU*M 

k^»    4^~&    *--»b   £•*■»»»  .J""^    ?-^**^V    *•»■»>•*•»>   UÛ«X*J    (j|-ij 

^JLft  *Xjj  «i-y><xiL  (jï^j*  <-r^^3  *&*J'  <^jCmI   àsIê^^u/w* 

Ji  «jUiii  i  A^^s^Jî  «x^T^âîî  »jbî  «Uw  *>JL=s2  i  dJi 

<_>U5^  <-  t5^"^i  *x^-li>  finir».  «Xx^ipo  s^5l  e*jil»-t 

*->U5j  /fejs»  (jyojî^  &U*  ï  (jjvJiîUJl   JLjJÎ   £  (jjvjo^iM 
*Jtyi}  < fj)jJu\  J£c*-$  yîjJuJi   ptÉ»-^   <jju><wixJl  yl^Âe 


230  AOUT-SEPTEMBRE  1857 

jiyan  ^>j  a  jury  j*~*j,  ^um  ^^x»,,  <^ji 

a, 

|yU  a*U  £a_j  «yt*  ^^  *U~  i  JÔI  ^  aJjJuJL  jU; 
mrf  \cJuL  JJi  j^â,  (j^»^  «JLàJl,  JliWJÉi 
Ul^ij  ma  MffÊaàM  4  jyJL-^joL^  V^»UI  ^^«lïttj 
J^J,"îl  ^jJ»  çl^-J  ^jJI  J^-«  A  yw/  vWj 

1  Ici  le  manuscrit  porte  ^Ju  ;  mau  plu*  loin ,  dans  !a  notice  de 

oàj).  on  lit  ^ 


NOTICE  SUR  KHALIL.  231 

J  ^ 

(ji  Aj  *l$î^  A-jU  £-*«*«J  (JV'^o?  ^Jv>>t  À_i-*v  y^jJLÎw 
U^JoUl»  jLjoLu»J1  cA>j<Xii jli  iL-aCVUM.»  d->>,5  »>gwjj 
cy<X=*.i^  Sj—âUJU  ^jmJsJuI^  ^A^<Xj  iL«  v**  \juj^\>-I 

jj*;^J  Ltf>Liôî  JLJaA  >i  *tfeyfc-  (j-»  oJoo_j  ajuS«X3$  *iyM 

Jj-J^j  }JOL*w  XjjJ  (j^  *^$J  Jj«*-,5  *Lfc»_xJî   (jj-*-*  £-»; 


NI  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

^itjLS  Uk  ÊL+jM*  »iyi3  f*&\  ii*J\t  VU*lj 

oULj^JI^  ^iV  s.Vjl  1*  & jJI  Jut^S"  *>w>^  J^^-« 
tjj&jjk  JjjlI  U4âA  **i#£  «l  4+Â  *  »o^*>^ 

<**-»*  |»V*s«.l  JL».  J\yh  w*^°*  gJ**^*  fêmjm*3 

^«xjl»  ^  Jl  H*-^i  *!r^  JSW  f*j  v-r*l> 
(J^t)    #*U*  <**  A^f  v*y*  «4*  u^r^1 

•«XJL;  0U0  ^jo^Jl  j^— *»  u^      »«XJL->  «J^àià  U  çjljLJ   jbl 

»«**•  jjoj  i  JjJI  £^4*  JôàV    j-***-^  ôy-^^  J*-*  ^*3 


NOTICE  SUR  KHALIL.  233 


«iX-àj^s-  UiJi y^  y*  bUoî^  AjJsJii  |j*Xi&   ^Jj»  J!  ^«XJfrî^ 

fi  j    '  ■ 

ai>_j  c.^  b  (J^s-  (£*f>J  uftlxCw  ft^  faum   sU-*w  iS^-vw  (j««  cxAax» 

a«x^-  ^j>***'  (o-*,à  *^-*  vjIj-A->)^  ^.oU  ^jo^V^.)  A-*i  ^bl  cx_jj 

"'     "  '  °       ->  "  J  K  M         '  ^      1  Jl  t  •  1/     ^  "'     "*  l  ••    "  I 

î  m  <&  ~  ç    u£     j 

o*Xx£  »X>  ^gJûCwkj  <J^"*   J°   ^5  ^vj le i   >-*mu.v-J   5wA=r»    <&J   CXjijo 

•  àj    lr>  <-»-    j;. — , tw   J^aXs».   Gxj^j  iù»^iL_*JÎ  ^jjjUÎ    ^g^â-î   ^vXs» 

««Xjca)  Jjjeo  ^jU»  wms  ^x^1  i£y^t^Ct£«*^î(:yJ«*Jîc^«tekibJi 

SXj    ^twli   <*—*—»  ^^-aw    yls  J^-xJLx-.*   pTS— aJÎ    ^^A^>   (j^  yl? 

gjy3  Mj    <Xx-j  Jj   kt  '   til._A.Ji  c«-.V-awo  »XJf_5   ^_j».a_>  (Jl   cxajI 

»_V_<n  11»  (i)  __>jUi  L#J  u*>j  6l___j  i    cv«X*__»   _*__*_>  uxil^j 

s 

1  Le  manuscrit  porte  c^;lj  cN5»;  le  sens  est  le  même,  mais  !a 
mesure  du  vers  serait  altérée. 

x.  16 


NI  AOUT  SEPTEMBRE  1857. 

JUJ»  j-^lf   f~j  y*}   A^|U   £*-.,   t?»î^3   tf  «*— '    AA- 

&•**   Ai^Jt    ySUJM    Jl    rf J^,    A*Uâl     »>iy  «J)  y 

«1  a^*-3  wA^âJl  ^jJI  ^Xio  i  Vk».  1*1  **j«M  **>>* 
j*JiJl  iL-Jt  t^X48JI  [.]  *4j4  al  ^LJ-r  iCÎOl 

^yJa»,  CJâa^  LaàajI  tfJl  ryUJI  ^  v  Jbtfl  U  Iaa.1  , 

1  Le  manuscrit  port*  o->  %j  (  '•*•  )• 
1  Le  manuscrit  porte  »Jy->  ■ 


NOTICE  SUR  KHALIL.  235 


^jÎ^  tj-^Sj  *— «u>U*  <£jU*.  ^^UtU  ajU^jj  AxJjsj  iJJ 
iL^ij   5jl-*VI  à^3^  (2)  A— »*j*>s-j  t^^xXi  ^jjpo  ow*w*5^ 

^•9)   q^-X-j    ££t>-   lu«JJ  C^vV* j-^-S!^    Xi*jJy   ^vw^i)]    /oi 
L«— il?    c%»aSS-^  iâ ,  %  .<\j  ÀL*.)JaJl    «X^jcJCaJ^  A-A^Ovà  j, 

oJ'  ■>  fi  S 

•  Jus  aMÎ  ^US  y!  *<*y}  *JU;  AjM  (j*.^j  ^c  ^Ai*? 

(Ms.  de  la  Bibl.  imp.  suppl.  ar.  n*  706.) 

1  Peut-être  faudrait-il  ici  <iU^J? 
1  Le  manuscrit  porte  «u^ju. 

16. 


i36  AOUT-SEPTEMBRE  18ÎH 

TRADUCTION 

KHA1.IL,    FILS  01  CAÎCAI.DY. 

C'est  le  docteur,  le  chef  trèa  savant,  qui  sait  tout 
le  Koràn  par  cœur.  letraditiomiairc.  le  jurisconsulte, 
s'étant  occupé  des  principes  fondameut.uix  tl«  i 
misme,  Salàh  edilin ,  liUd'Ai'alàv.  le  Daiiusquiii    I 
chàlïite.  Il  est  né  dans  l'un  des  deux  mois  de  rai 
de  l'an  six  cent  quatrevingl-quatorec  de  l'hégii 
Le  premier  ouvrage  qu'il  a  ciit'-iulii  expliquer  ce  lut 
le  Sahih,  de  Moslim.  dans  Tannée  sept  eut  trois  de 
l'hégire  (i3o3-i3oà  de J.C.), parle  dort  ni  <  lieref 
eddin  Alféxary,  ou  de  la  tribu  de  Fézarah,  prédica- 
teur à  Damas,  qui  avait  connu  et  Mtivi  un  i  e  livre 
les  explications  de  quatorze  docteurs  *.  Dans  ceÇga 
même  année,  Alféxary  Ht  à  khalil  la  lecture  complète 
de  tout  le  koràn  magnifique.  Emnite  RhalU  entendit 
expliquer  le  Bokhàry  (  ou  le  Sahih  de  cet  aut< 
Ibn  Mochrif,  dm  r.iiiiKC  sept  cent  quatre  de  1  'negire 
(i3oà-i3o5de  J.C.).  A  cette  époqii.    n  commença 
à  étudier  la  langue  arabe,  etc.,  sous  la  direction  du 
cheikh  Nadjm  eddin  Alkahfazy,  la  jurisprudence  et 
les  préceptes  d'obligation  divine ,  sous  celle  du  rheikh 
Zéky  eddin  Zacha rie.  Plus  tard,  dans  l'année  sept  cent 
dix  de  l'hégire  (  1 3 1  o- 1 3 1  i  de  J.  C.) ,  il  s'occupa  avec 

1  En  d'antres  ternes,  dans  le  troisième  on  le  quatrième  mois 
de  ladite  année.  Ceci  correspond  à  février  ou  mars  1395  après 
J.  C. 

'  Probablement ,  en  remontant  jusqu'à  l'auteur  même  <\r  I 
*rage. 


NOTICE  SUR  KHALIL.  237 

zèle  de  l'étude  des  traditions.  11  lut  lui-même  le  Kéthîr 
(ouïe  recueil  de  cetauteur),  en  présence  du  juge  Taky 
eddîn  Soleïmân  Alhanbaly .  Il  le  lut  aussi  devant  Aboû 
Becr,  fils  d' Abd  Addâïm  ;  'Iça  Almotha'im  ;  Ismâ'îl ,  fils 
de  Mactoûm  ;  'Abdalabad ,  fils  de  Taïmiyyah  ;  Kâcim , 
fils  d'Acâkir:  et  devant  son  cousin  Isrnâ'îl.  Ainsi  Kbalîl 
a  étudié  sous  toute  cette  classe  de  savants,  et  sous 
celle  qui  leur  a  succédé  ;  il  a  entendu  environ  sept 
cents  docteurs  ou  cheikhs.  Parmi  les  ouvrages  dont  il 
a  entendu  l'explication,  il  y  ales»S£r  Livres1,  et  la  plu- 
part des  recueils  de  traditions.  Khalîl  a  consigné  tous 
ces  détails  dans  un  volume  qu'il  a  intitulé  :  Relation 
des  avantages  réunis ,  indiquant  les  choses  précieuses  et 
uniques  qui  ont  été  entendues. 

Khalîl  est  aussi  l'auteur  des  ouvrages  qui  sui- 
vent : 

i°  Le  Livre  des  souffles  du  vent  (ou  des  émana- 
tions embaumées,  ou  des  dons)  de  Jérusalem.  — 
C'est  un  gros  volume ,  qui  renferme  des  explications 
sur  plusieurs  versets  du  Korân,  et  un  commentaire 
sur  des  traditions.  L'auteur  y  rappelle  des  promesses, 
pour  être  conservées  et  apprises  par  cœur  dans  la 
mosquée  alaksa,  ou  temple  de  Jérusalem. 

2°  Le  Livre  des  quarante  traditions,  touchant  les 
actes  de  ceux  qui  craignent  Dieu.  —  Il  est  divisé  en 
quarante-six  parties  ou  tomes. 

1  Ce  sont  sans  doute  les  deux  Sahîh  du  Bokhâry  et  de  Moslim , 
le  Mouattha  de  Mâlic ,  le  Djâmï  du  Tirmidhy,  les  deux  Sonan  d'Aboû 
Dâoud  et  duNéçây.  (Cf.  Hâdji  Khaifah,  Dictionnaire  bibliographique 
et  encyclopédique ,  édition  de  M.  G.  Fluegel,  t.  III,  p.  32.) 


138  AOUT-SEPTBMBKE  1857 

3*  Le  Livre  offert  en  présent  è  l'instituteur,  ou  à 
celui  qui  exerce  les  autre*  dans  la  connaissant •••  d«-> 
versets  du  koràn ,  lesquels  exposent  1rs  préceptes 
d'obligation  divine. 

à*  La  Preuve  évidente  du  succès,  dans  le  titre 
de  l'interprétstion. 

5*  Le  Ferme  arrangement  du  titre  du  livre ,  an 
sujet  des  préceptes  du  koràn. 

6*  L'Agrément  des  scribes,  au  sujet  de  IVxplica- 
tion  des  sceaux  (on  des  conclusions)  de  la  soùrah 
de  la  Vache  '. 

y*  Les  Choses  permises  et  choisies,  touchant 
l'interprétation  du  verset  du  koràn  sur  le  prix  du 
sang  et  sur  l'expiation  '. 

8*  La  Rangée  de  perles,  à  propos  des  avantages 
que  renferme  la  tradition  de  l'Ambidextre. 

9°  La  Vérification  de  la  volonté,  ou  de  la  pensée, 
sur  cela  que  la  défense,  ou  la  prohibition,  engendre 
le  désordre. 

i  o*  Le  Détail  du  résumé  dans  I  antagonisme  en 
paroles  et  des  actions. 

1 1*  La  Confirmation  du  discours,  au  sujet  de 
l'intention  du  jeune. 

13*  La  Médecine  de  ceux  qui  veulent  suivra  II 
bonne  voie,  à  propos  du  dissentiment  <pii  existe 
entre  les  hommes ,  lesquels  se  sont  occupés  avec 
zèle  des  matières  religieuses. 

i3°  La  Dissipation  de  lob-  ut  les 

1  Chapitre  deusièmr  du  Koria.  Cf.  mm  le  venet  6. 
1  Cf.  Koràn  iv,  94. 


NOTICE  SUR  KHALIL.  239 

décisions  juridiques  prononcées  par  force,  ou  les  lois 
de  la  coaction. 

Nous  passons  sous  silence  d'autres  livres  du  même 
auteur.  Parmi  les  ouvrages  qu'il  n'a  pas  encore  ache- 
vés dans  ce  moment-ci,  nous  nommerons  : 

1  °  Le  Livre  de  l'extrême  limite  de  l'arrangement 
solide,  traitant  de  la  connaissance  des  préceptes, 
ou  des  lois. 

2°  Le  Livre  des  quarante  traditions  principales. — 
Chacune  de  celles-ci  est  citée  dans  l'ordre  du  dis 
cours  qui  la  concerne ,  où  elle  a  une  section  à  part. 
L'ouvrage  est  en  un  seul  tome. 

3°  Quatre  commentaires  ou  scolies  au  volume  pré- 
cédent, savoir:  i°  la  plus  grande;  2°  la  moyenne; 
3°  la  plus  petite;  t\°  la  scolie  égyptienne,  ou  rédi- 
gée au  Caire.  —  Le  tout  en  douze  tomes. 

Il  serait  trop  long  d'énumérer  tous  les  volumes 
qui  ont  trait  aux  traditions  et  dont  Klialîl  est  l'auteur. 

Le  fils  de  Caïcaldy  a  été  instruit  dans  les  belles- 
lettres  ,  etc.  par  le  juge  Taky  eddîn  et  par  plusieurs 
autres  docteurs.  Il  voulait  d'abord  suivre  la  carrière 
militaire;  mais  dans  l'année  sept  cent  quinze  de  l'hé- 
gire (î  3 1 5-i  3 1 6  de  J.  C.) ,  il  s'occupa  de  nouveau  et 
sérieusement  de  la  jurisprudence,  des  deux  genres 
de  principes  fondamentaux  de  l'islamisme1,  etc.  Il  ap- 

1  (j3L*>.5f|.  Ce  duel,  formé  du  pluriel  JL-o^î,  signifie  les  prin- 
cipes fondamentaux  de  la  théologie  dogmatique  et  ceux  de  la  juris- 
prudence canonique.  En  d'autres  termes,  les  .Oivî  Jy*3'  et  k» 
*£juî  JLaoI.  (Cf.  Hâdji  Khalfah,  Dictionnaire,  etc.  édition  citée, 
t.  [,p.  33 1  et  suiv.) 


Ml  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

pif pirrnnirlrTrrifiM  nnrr ••'■ î  \rMMtm 

sar*t  ou  abrégé  d'Ibn  Alliàiljib.  ainsi  que  ses  deux 
Préfaces*,  ou  prolégomènes  sur  la  grammaire ,  les  rè- 
gles de  la  déclinaison  et  de  la  conjugaison.  Khaitl 
apprit  aussi  par  cœur  les  deux  ouvrages  suivants  : 
i*  La  Quintessence  des  quarante  traditions  sur  les 
principes  fondamentaux  de  la  théologie  dogmatique, 
par  Sir.idj  pddiu  Alonnaouy  (ou  originaire  de  la  ville 
d'Ormiyah,  dans  l'Adherbaidjân);  e*  Le  Livre  de  la 
connaissance,  ou  de  l'ensemble  des  décisions  jiui 
diques.  —  lia  ajouté  des  notes  marginales  à  ce  der- 
nier livre. 

L'année  sept  cent  dix-sept  de  l'hégire  (i  3 1 7  de 
J.  C),  khalil  partit  de  Dames  avec  le  cheikh  Ce- 
rnai eddin ,  Ibn  Axxamléciny  \  pour  visiter  la  ville  de 
Jérusalem.  A  <  •  ttr  occasion,  il  «rtudia  sous  Zaïnab, 
•fille  de  Sacan  (ou  Chacar),  etc.  Il  lut  assidu  pr«-> 
dudit  cheikh  Camàl  eddin,  tant  en  voyage  que  dans 
les  temps  do  repos,  de  vie  sédentaire ,  et  il  écrivit 
beaucoup  de  commentaires  d'après  ce  cheikk  L'an 

1  II  asiate  plus  «f  un  livre  qui  porte  c»  titre;  mai*  il  eet  ici  ques- 
tion, mm  doule.de  l'ouvrage  célèbre  d'Aboû  Isbâk,  de  CbJrâi .  trai- 
tent de  la  jurisprudence  musulmane. 

*  Cest  l'abrégé  du  livre  cfAlimidv  sur  le»  décisions  juridiqoet. 

*  Il  s'agit  du  livre  de  grammaire  arabe  bien  connu  août  le  nom 
de  aoUCJI,  Alcéjijruk , ou  la  grammaire  complète.  Son  auteur  est 
mort  dans  le  dixième  mois  de  l'année  646  de  l'hégire  (1349  de 
J.  C).  (Cf.  Aboû'l  Féda  ArnmU*  mm$Umici.  édiUoo  de  Reiske  et 
Adler.  t  IV,  p.  496-497.  etc.  ) 

'  Cf.  sur  ce  personnage  Ibn  Batoùtab,  Voyait,  texte   arabe 
publié  et  traduit  par  C.  Defrémery  et  le  D*  B.  R.  Sanguinetti .  1    I 
p.  i56et  suiv. 


NOTICE  SUR  KHALIL.  241 

sept  cent  vingt  de  l'hégire  (i320  de  J.  C),  Khalîl 
fit  le  pèlerinage  de  la  Mecque ,  en  compagnie  d'Ibn 
Azzamlécânv,  et  il  entendit  dans  cette  ville  les 
leçons  du  docteur  Radhy  eddîn  Atthabary,  ou  ori- 
ginaire du  Thabaristân.  Il  lut  pendant  plusieurs 
années  de  suite  des  ouvrages  sur  la  jurisprudence 
musulmane  et  sur  les  principes  fondamentaux  de  la 
théologie  dogmatique,  en  présence  du  docteur  Bor- 
hân  eddin  Alfézâry,  qui  le  nomma  cheikh,  etc. 

A  son  tour,  et  dans  l'année  sept  cent  dix-huit  de 
l'hégire  (i3i8  de  J.  C),  le  fils  de  Caïcaldy  fut 
chargé  de  l'enseignement  du  Hadîth,  ou  des  tra- 
ditions, dans  l'école  appelée  Annâciriyyah ;  puis  dans 
l'année  sept  cent  vingt-trois  de  la  même  hégire  (  1 3  2  3 
de  J.  C),  il  professa  dans  le  collège,  ou  école  nom- 
mée Alaçadiyyah.  L'année  sept  cent  vingt-quatre  de 
l'hégire  (i324  de  J.  C),  il  prononça  des  réponses 
juridiques ,  avec  la  permission  du  docteur  Camâl 
eddîn  Ibn  Azzamlécâny,  et  du  kâdhi  des  kâdhis  ou 
grand  juge.  L'an  sept  cent  vingt-huit  de  l'hégire 
(i328  de  J.  C.),il  lut  et  professa  dans  l'assemblée 
du  seigneur  de  Hims  ou  Émèse.  —  Ensuite  dans 
l'année  sept  cent  trente  et  une  de  l'hégire  (  1  33  1 
de  J.  C.  )  ,  il  se  rendit  à  Jérusalem ,  comme  pro- 
fesseur de  l'école  dite  Assalâhiyyah.  Depuis  lors  , 
et  jusqu'à  ce  moment-ci,  Khalîl  a  toujours  habité 
cette  ville.  Il  fut  investi  de  la  dignité  de  supérieur 
de  l'école ,  ou  académie  des  traditions  ,  nommée 
Assaïjiyyah ,  dans  cette  noble  cité  de  Jérusalem. 
Pour  ma  part ,  j'ai  fréquenté  beaucoup  ce  savant , 


m  AOUT-SEPTEMBRE  1857 

soit  à  Damas,  soit  a  Jérusalem,  soit  au  Caire;  j'ai 
tiré  parti  de  ses  nobles  prérogatives  et  des  avantages 
nombreux  qu'il  offre  dans  toutes  les  sciences.  J'ai 
connu  peu  d'hommes  qui  puissent  soutenir  la  com- 
paraison avec  lui,  pour  l'exactiti  !  la  véracité  et 
la  précision  dans  tout  ce  qu'il  avance. 

J'ai  copié ,  de  la  propre  écriture  de  khalil ,  la  ha- 
rangue ,  ou  sermon  suivant ,  qu'il  a  prononcée  en 
ouvrant  son  cours  dans  l'école  des  traditions,  en 
présence  de  l'assemblée  du  seigneur  d'Émèse  : 

«Gloire à  Dieu,  qui  a  élevé  bien  haut  le  dot  de* 
savants  et  qui  leur  a  préparé  un  soutien  auprès  de 
lui;  qui  a  fait  durer  toujours  leurs  brllrs  paroles, 
au  moyen  de  la  dictée;  qui  les  a  aidés  des  suites  de 
sa  munificence  célèbre;  qui  a  réuni  de  la  sorte  ce 
qui  était  séparé  et  rendu  poissant  celui  qui  «tut 
isolé! 

«C'est  Dieu  qui  a  protégé  contre  le  troubla  M 
côté  faible  des  intelligences  des  savants,  jusqu'à  ce 
qu'elles  fussent  devenues  fermes  dans  leurs  pensées; 
c'est  lui  qui.  par  les  règles  de  l'expérience,  a  mis 
en  équilibre,  ou  a  redressé,  les  balances  de  leur 
réflexion  .  <|u.m<l  elles  penchaient,  à  cause  d'un  mé- 
rite éclatant.  11  a  fait  obtenir  aux  savants,  ainsi 
qu'il  le  leur  avait  sincèrement  promis ,  une  dignité 
très-élevée;  il  a  rendu  agréables  les  éloges  brillants 
et  sublimes  que  l'on  entend  prononcer  à  leur  égard. 
p. tries  langues  des  kalams,  ou  roseaux  pour  écr. 
et  par  les  bouches  des  encriers;  il  a  voulu  que  leur 
noblesse  lut  attacha    i  m\  d'une  manière  ins< 


NOTICE  SUR  KHALIL.  243 

rable ,  tandis  que  celle  des  autres  hommes  est  pré- 
caire ou  supposée. 

«Or,  je  loue  Dieu  au  sujet  du  précieux  récit  de 
ses  bienfaits ,  parvenu  jusqu'à  nous  successivement 
et  sans  interruption;  au  sujet  de  la  notoriété  de  ses 
grâces,  par  lesquelles  est  repoussé  ce  qu'il  y  a  d'obs- 
cur et  de  caché  dans  les  choses  difficiles;  au  sujet  de 
l'excès  de  sa  générosité  ,  laquelle  recouvre  celui  qui 
est  en  dissentiment  avec  les  autres,  comme  celui 
qui  est  d'accord  avec  eux.  Elle  ne  discontinue  pas , 
ne  souffre  point  de  pause  ;  elle  abreuve  sans  cesse 
et  produit  toujours  son  effet. 

«J'atteste  qu'il  n'y  a  pas  d'autre  dieu  qu'Allah, 
qu'il  est  unique ,  sans  associés.  Cette  confession  doit 
me  servir  de  conduite  dans  la  voie  du  bien  et  du 
salut;  elle  sera  ma  compagnie  le  jour  où  je  me  trou- 
verai comme  étranger  au  bord  du  tombeau ,  enve- 
loppé dans  les  plis  du  linceul.  J'atteste  que  Maho- 
met est  le  serviteur  et  l'envoyé  de  Dieu  ;  qu'il  est 
le  plus  éloquent  de  tous  ceux  qui  ont  été  expédiés, 
comme  ambassadeurs,  de  la  part  de  leur  seigneur; 
qu'il  est  le  plus  sincère  de  tous  ceux  qui  ont  parlé 
d'après  l'inspiration  de  Dieu.  De  sorte  que  le  parti 
des  polythéistes  a  été  délaissé  et  abandonné.  C'est 
Mahomet  qui  a  criblé  de  blessures  les  cœurs  et  les 
corps  de  ses  ennemis  ;  qui  a  percé  ces  derniers  avec 
les  lances,  jusqu'à  ce  que  le  dos  de  la  vraie  religion 
fût  ferme  et  solide. 

«Que  la  bénédiction  de  Dieu  soit  sur  Mahomet, 
sur  sa  famille,  sur  ses  compagnons,  qui  ont  détruit 


244  AOUT-M  l   I  I  MBRE  1857. 

l'iniquité;  dont  la  splendeur  do  I  immeJaM  gtoîM  • 
brillé  de  plus  en  plus  sur  les  hommes  confédérés, 
comme  sur  les  individus  séparés  et  isolés  !  Que  cette 
bénédiction  serve  d'exemple  admiu 
que  ces  grands  personnages  sont  couverts  de  mérite 
dans  ce  monde-ci  et  dans  l'autre  !  Quels  Seigneurs 
incomparables  !  • 

Une  fois  Kii.iiil  m'a  écrit  de  la  noble  Jérusalem, 
et  je  lui  ai  répondu  ainsi  qu'il  suit 

(  Vers.)  Un  écrit  m'est  parvenu  ;  mais  je  n'ai  pas  pu  m'cm- 
parer  de  son  parfum  ;  car  le  sépbyr  du  jardin  a  été  embaumé 
d'une  odeur  pareille  à  la  sien 

Je  l'ai  tenu  avec  mot  ;  il  a  réjoui  mes  yeux  et  mes  oreille» 
par  des  expressions  plus  belles  que  les  perles  dans  les  ran- 
gées de  leurs  colliers. 

Il  a  donné  1  mon  cceur  une  tranquillité  qu'il  avait  perdue  ; 
il  a  éteint  l'incendie  des  charbons  ardents  qui  dévoraient 
mes  entrailles. 

Je  n'avais  pas  espéré,  dussent  mes  viscères  périr  de  soif, 
avoir  le  bonheur  de  m'abreu  ver  de  cette  épttre,  tant  est  grande 
l'avarice  de  mon  sort  ! 

Or,  par  suite  de  l'excès  de  ma  passion ,  je  baisai  avec  mes 
lèvres  les  bords ,  ou  le*  lèvres  de  ses  lignes.  L'agrément  de 
sa  fraîcheur  a  étanebé  mon  ardente  soif. 

J'ai  passé  la  nuit  k  m'entretenir  en  secret  de  cet  écrit, 
avec  la  partie  sincère  et  intime  de  ma  personne;  à  lire,  à 
méditer,  en  raison  de  son  contenu ,  la  lodrah ,  ou  chapitre , 
de  sa  louange. 

Si  je  disais  :  •  Cest  un  parterre  de  fleurs  »,  il  y  aurait 
beaucoup  de  vrai  dans  cette  expression.  Seulement,  on  ne 
s'attriste  point  lorsque  les  roses  du  jardin  exhalent  leur  odeur. 

Si  je  disais  :  «  C'est  un  horizon  • ,  ce  ne  serait  pas  encore 


NOTICE  SUR  KHALIL.  245 

assez.  Il  faudrait  ajouter  que ,  dans  cet  horizon ,  chaque  astre 
est  toujours  dans  l'apogée  de  son  bonheur. 

Tu  as  envoyé  cette  épître,  pour  consolider  la  fracture  qui 
m'était  survenue;  mais  tous  les  maîtres  ne  souhaitent  pas  la 
guérison  de  leurs  esclaves. 

Je  me  suis  ainsi  assuré  que  l'affection  est  bien  ferme  de  ta 
part.  Que  Dieu  récompense  notre  maître,  à  cause  de  la  bonté 
de  son  dessein! 

Tu  as  tenu  la  promesse  de  l'amitié  sincère  et  tu  n'as  pas 
trompé.  Tes  pareils  sont  les  hommes  qui  observent  toutes  les 
conditions  de  leurs  engagements. 

Mes  amis,  ceux  que  je  fréquentais  m'ont  offensé;  mais  tu 
es  un  ami  \  et  la  conservation  de  tes  tendres  sentiments  me 
remplit  de  joie. 

A  loi,  Salâh  eddîn,  j'envoie  de  loin  les  salutations  d'une 
personne  qui  t'aime,  et  qui  est  affligée  d'être  séparée  de  toi. 

Si  le  zéphyr,  parfumé  d'ambre  gris ,  vient  à  te  rencontrer, 
il  est  porteur  de  mon  salut.  Or,  sois  assez  généreux  pour  le 
renvoyer,  pour  le  rendre. 

J'écrivis  aussi  à  Rhalîl  ce  qui  suit,  à  l'occasion  de 
son  arrivée  à  Damas ,  lorsqu'il  venait  de  la  noble  Jé- 
rusalem. C'était  dans  l'année  sept  cent  trente-neuf 
de  l'hégire  (1 338  ou  1 33g  de  J.  C.)  : 

(Vers).  Tu  es  venu  à  Damas; déjà  cette  ville  se  plaignait 
à  toi,  au  sujet  de  la  grande  distance,  et  de  ton  absence  pro- 
longée. 

Après  ton  départ,  la  cité  était  dans  le  trouble;  tu  y  es  ar- 
rivé, et  elle  a  recouvré  la  tranquillité  ou  le  bien2. 

1  JuA^ , Khalîl ;  c'est  aussi  le  nom  propre  de  Salâh  eddîn,  fils  de 
Caïcaldy. 

2  2>-yiLeJi;  c'est  peut  être  aussi  une  sorte  d'allusion  au  titre  ho- 
norifique de  Khalîl ,  fils  de  Caïcaldy,  qui  était  Salâh  eddîn. 


|M  \   >UT  SBPTEMBRE  1857. 

Salàh  eddin  m'a  donné  la  permission  d'enseigner 
tout  ce  qu'il  peut  expliquer.  I!  écrit  d'ordinaire  sur 
la  demande  un  joli  vers  isolé  que  voit  | 

Khalil,  fils  de  Caicaldy.  Al'aliv.  qui  •  tracé  ce  dbnqut, 
a  permis  aux  postulant*  ce  qu'ils  demandent .  et  avec  la  con- 
diiM'i)  sUpulée. 

Ce  vers  est  analogue  au  suivant,  q<  i  habi- 

tude cfécrire  moi-même,  en  pareille  drcon 

Khalil.  tib  d'ibec  Assafady,  accorde  aux  postulant»  co 
qu'ils  demandent  dans  leur  pétition. 

Jai  écrit  à  Khalil  un  certain  nombre  de  lettres 
patente*»  qui  lui  t  adressées  au  sujet  de  son 

enseignement  dans  l'école  appelée  Assalâkiyyak . 
fondée  par  Saladin ,  dans  la  noble  cité  de  Jérusa- 
lem. Parmi  celles-ci  figurent  les  dépêches  que  je  lui 
ai  envoyées  de  la  part  du  sultan  Almalic  Assalih,  Is- 
mftll,  fds  d'Almalic  Ànnàcir1,  dans  l'année  sept  cent 
quarante-cinq  de  l'hégire (i 364  deJ.<        I      u» alors 
au  Caire,  et  je  n'avais  pas  encore  reçu  de  kluilil  son 
écrit  ou  sa  note,  au  moment  <l.  U  rédaction  dec< 
biographie.  Les  premières  lettres  patentes  que  j'ai  eu 
occasion  de  lui  écrire,  ce  fut  à  Damas,  dans  l'année 
sept  cent  trente  et  une  de  l'hégire  (i33o  ou  1 33  »  <! 
J.  C);  les  voi' 

•  Un  ordre  auguste  prescrit  (puissent  les  comman- 
dements toujours  obéis  de  notre  souverain  arri 

1  Ce  sultan  régna  en  Egypte  depuis  Tannle  743  de  I"  hégire  (i  3*» 
Je  J.  C.)  jusqu'à  f  année  7 AS  de  la  même  bégirr  (i34A  de  J 


NOTICE  SUR  KHALIL.  247 

sans  cesse  en  paix  clans  les  nobles  lieux,  élever  la 
dignité  de  quiconque ,  ayant  marché  à  la  recherche 
de  la  science  sublime,  a  reçu  des  ailes  de  la  part  des 
anges!),  cet  ordre  auguste  prescrit  qu'il  (Khalîl)  fixe 
et  consolide  une  telle  réunion  illustre  {sic} ,  comme 
professeur  de  l'école  dite  Assalâhiyyah ,  dans  la  noble 
Jérusalem  (que  Dieu  récompense  le  fondateur  de  cette 
école!) ,  à  cause  du  mérite  dont  il  est  doué  de  savoir 
si  bien  par  cœur  plusieurs  sciences,  d'orner  et  d'em- 
bellir les  assemblées  par  l'exposition  de  ces  mêmes 
sciences.  De  sorte  que  le  sens  en  devient  clair  pour 
les  intelligences  et  les  paroles  en  sont  agréables  pour 
les  oreilles. 

«  C'est  le  maître  1  qui  surpasse  la  mer  par  l'abon- 
dance de  ses  matières;  c'est  le  savant,  dont  l'encre 
se  trouve  vis-à-vis  le  sang  brillant  des  martyrs  2. 
Lorsqu'il  cite  une  loi,  un  arrêt,  Almozany  3  n'est 
qu'une  simple  goutte  de  sa  pluie  durable;  lorsqu'il 

1  yj*-  Ce  mot  signifie  «scribe,  docteur,  maître  »  ;  de  plus  «en- 
cre, etc.  » 

2  Cela  veut  dire  peut-être  que  l'efficacité  du  sang  répandu  par 
les  martyrs,  pour  la  défense  de  la  religion  musulmane,  n'est  pas 
supérieure  à  celle  de  l'encre  que  ce  savant  emploie  dans  le  même 
but.  Ou  bien  que  la  quantité  de  l'encre  est  égale  à  celle  du  sang. 
Au  reste,  parmi  les  traditions  appelées  authentiques  par  les  musul- 
mans, il  y  a  celle-ci  :  «  L'encre  des  docteurs  et  le  sang  des  martyrs 
sont  d'un  prix  égal  ». 

3  II  s'agit  sans  doute  ici  de  l'illustre  imâm  cbâfi'ite  dont  le  nom 
était  Aboû  Ibrâhîm,  Ismâ'îl,  fils  de  Iahia ,  etc.,  Almozany,  ou  de 
la  tribu  de  Mozaïnah ,  fille  de  Kelb.  Il  était  disciple  d'Acchâfi'y,  et 
sa  mort  eut  lieu  en  Egypte  dans  l'année  264  de  l'hégire  (878  de 
J.C.).  (Cf.  Ibn  Khallicân,  Dictionnaire  biographique ,  édition  de  M.  de 
Slane,  p.  io4  du  texte  arabe,  et  t.  I,  p.  200  de  la  traduction  an- 


IM  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

\riit  faire  triompher  une  opinion,  IhnSoraidj  ',  mI 

court  avec  lui.   m^t  pu  un  de  ces  rhevaux  qu'il 

faut  pour  son  hippodrome.  Quand  il  dix  u 

un  adversaire ,  Ibn  Alkhathib  '  lui-même  ne  peut 

point  être  regardé  comme  un  de  ses  pairs  ou  de  ses 

digues  émules;  quand  il  met  en  avant  des  preuves, 

le  glaive  ne  coupe  que  par  ses  arguments  et  par 

ses  démonstrations.  Or,  Almiouardy  est  cri  m  «fin 

rassemble  ses  vertus  et  sa  renommée9.  Abou  Ish.ik 

est  (auteur  de  l'avertissement  sur  IVmii 

place  et  de  sa  dignité 4.  Les  visages  des  compagnons 

(de  Mahomet)  ont,  par  son  moyen.  montré  l'éclat 

d'une  beauté  admirable  et  d'un  charmant  asp 

glaise  ).  Ah****?,  à  U  lettre,  pourrait  signifier  «ce  qui  provient 
d'un  petit  nuage,  petite  ploie,  etc.  • 

1  C'est  Aboi.!'  Abbé*  Ahmed.  EU  d  Orner,  CU  de  SoraiJj 
meut  docteur  chaG'ite.  mort  i  Begded  dan»  l'année  3o6  de  l'hé- 
gire (91 8deJ.C).  (Cf.  Ibn  hballican.  ouvrage  et  édiuon  cite»,  p  î» 
du  tcile  arabe ,  et  t.  I.p.  46.  de  la  version anglaise ) . /»» Sormidj  | 
dire,  mot  à  mot ,  •  le  lit»  de  le  petite  «elle.» 

1  Ce»  mou  signifient  •  le  fila  du  prédicateur.  •  Cest  lé  le  surnom 
du  célébra  docteur  ebafi'ite.  Faàhr  eddio .  Mohammed ,  fils  d'Omar 
Arrasy.  mort  dans  I  année  606  de  I "hégire  (i  s  i  o  de  J.  C).  (Cf.  Ibn 
alhallicàn.  édition  càtee,  p.  6ée  do  teste  arabe,  et  t.  II.  p.  65a,  de 
la  traduction  anglaise.) 

1  ' Ic—  \  *oL*  .JjIa   On  fait  ici  allusion  à  un  des  ouvrage» 

d' Almiouardy,  dont  le  titre  est  précisément  llàoui,  ou  •  ce  qui  con- 
tient, recueil,  etc. »  Cet  auteur  est  mort  l'an  ASo  de  l'hégire  (io58 
deJ.C). 

*  >\0>9}  *X£  uk»K  <Jx  ****Jf  t_>a»L».  Ici  encore  l'on  joue 
»ur  les  mots;  car  Aboù  Ishàk  deChlrâs  a  écrit  en  effet  un  livre  bjsj 
inié  Tmbik ,  ou  n  rrliisnm— 1  II  est  mort  dana  l'année  A76  de  !')>• 
pire(io83deJ.C). 


NOTICE  SUR  KHALIL.  249 

Les  voies  de  la  vraie  doctrine  ont  acquis,  par  ses 
leçons ,  des  marques  évidentes  et  des  signes  prépon- 
dérants. 

«Pour  tous  ces  motifs,  il  a  été  appelé  à  propager 
la  noble  science  dans  cette  contrée  illustre ,  et  il 
est  digne  assurément,  à  cause  de  son  très-vaste  mé- 
rite, que  la  sainte  cité  de  Jérusalem  soit  le  lieu  de 
séjour  d'Alkhalîl  }.  Qu'il  y  répande  donc  par  ses 
qualités  brillantes ,  par  son  enseignement ,  et  tant 
qu'il  vivra ,  la  doctrine  d'Ibn  Idrîs2;  qu'il  y  ressuscite 
le  cadavre  de  la  science ,  jusqu'à  ce  qu'elle  soit  un 
esprit  dans  son  sanctuaire  ;  qu'il  exerce  les  disciples 
à  apprendre  les  leçons  par  cœur  et  a  se  livrer  aux 
recherches,  puisque  l'une  et  l'autre  de  ces  occupa- 
tions sont  comme  les  deux  ailes  de  la  science;  enfin , 
qu'il  observe  exactement  toutes  les  conditions  pres- 
crites par  le  fondateur  de  l'école  (  puisse  Dieu  lui 
donner  pour  récompense  le  paradis!).  Ce  qui  se 
passe  entre  deux  hommes  vertueux3  n'est  pas  sujet 
au  trouble  ni  au  désordre. 

«  La  crainte  du  Dieu  puissant  et  glorieux  est  i'or- 

1  Jl-nX»-  aliU  -,  littéralement  «la  station  de  l'ami,  ou  de  l'ami  de 
Dieu  ». 

2  C'est  sans  doute  l'illustre  imàm  Aboû  'Abd  Allah  Mohammed  , 
fils  d'idrîs  ,  etc.,  le  chef  renommé  des  cbâli'ite,  et  qui  est  mort  en 
Egypte  Tan  20A  de  l'hégire  (820  de  J.  C).  (Cf.  Ibn  Khallicàn,  ou- 
vrage cité,  p.  626  du  texte  arabe,  et  t.  II,  p.  56g  de  la  traduction 
anglaise). 

1  ^aJ^^o  fj^o  «5».  Ceci  fait  probablement  allusion  au  titre  de 
Salâh  eddîn,  qui  était  commun  à  Khalîl,  et  au  fondateur  de  l'école, 
dont  il  vient  d'être  parlé.  Salâh  eddîn  était  aussi  le  titre  honorifique 
de  l'auteur,  Assafady. 

X.  1-7 


:'50  AOUT-SEPTEMBRE  1857 

nement  de  la  science.  Par  conséquent ,  que  la  pieté 

soit  la  broderie  de  ses  vêtements  (de  khalil)  et  la 

perfection  de  sa  doctrine!  Qull  conserv- 

pour  son  lendemain,  lequel  sera  encore  meilleur 

que  sa  journée  d'hier1  !  Que  le  I  Un  très-haut  aug- 

mentr  <l<«  plus  en  plus  le  mérite  de  Khalil.  <ju  il 

déploie  par  son  moyen  les  étendards  de  la  > 

qui  Uotteront  sur  les  tètes  de  son  peuple,  m 

présence  des  savants,  par  sa  grâce  et  par  sa  ma^ 

uimité!  Si  telle  ost  la  volonté  du  Tout-Puisssn 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES. 
SQJ  N  fi     VMVTlQll 


PROCÈS-VEUBAL  DE  LA  SÉANCE  PO  10  JUILLET  1857 

Le  procès-terbaJ  de  U  dernière  séance  est  lu,  la  rè*\ 
en  est  adoptée. 

Il  eat  procédé ,  selon  le  règlement ,  à  la  nomination  de* 
membres  de  la  commission  du  Journal.  La  majorité  des 
désigne: 

MM.  RtoNiaa. 

tftcaaiT  ni  Lagranc.i. 
Bazin  , 

DOLAOBJta. 

Gascin  db  Tasst  . 


1   La journée  d  kier  et  celle  Ai  laodemain  sont  sans  doute  «ne 
allusion  à  la  vie  présente  et  à  la  vie  foturr. 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       251 

M.  Lancereau  fait  un  rapport  sur  l'état  des  papiers  Ariel. 
11  explique  qu'il  a  réparti  les  papiers  en  trois  classes  :  i°  pa- 
piers contenant  des  matériaux  pour  les  travaux  de  la  Société, 
comme  textes  tamouls,  télinga  et  malayalam;  linguistique 
(glossaires,  dictionnaire  français -tamoul- portugais,  notes 
pour  une  grammaire  tamoule,  fragments  de  texte);  sciences 
naturelles  et  médicales  (vocabulaire  pharmaceutique  français- 
tamoul,  notes  pour  un  dictionnaire  d'histoire  naturelle,  en 
tamoul,  télinga,  persan  et  arabe);  bibliographie  (liste  de  li- 
vres et  de  manuscrits  divers ,  noms  d'auteurs  sanscrits  et  ta- 
mouls par  ordre  de  classes)  ;  travaux  de  M.  Ariel  (ébauches 
d'ouvrages,  traductions  du  tamoul  et  du  télinga,  inscrip- 
tions, etc.);  2°  papiers  tirés  des  archives  de  Pondichéry  (piè- 
ces diplomatiques,  administratives  et  statistiques  ;  recueil  con- 
cernant les  monnaies  actuelles  de  l'Inde ,  recueil  de  pièces 
relatives  au  Carnatic,  de  1 70 1  à  1 800  ;  autre  recueil  concernant 
le  Malabar,  leTandjour,  les  Mahrattes,  etc.;  3°  extraits  d'ou- 
vrages imprimés  de  toute  sorte,  fragments  de  journaux,  etc. 

M.  Lancereau  propose  d'incorporer  dans  la  bibliothèque 
de  la  Société  les  pièces  de  la  première  classe ,  et  d'offrir  les 
pièces  de  la  deuxième  à  un  dépôt  public  spécial,  comme,  par 
exemple,  aux  archives  de  la  marine.  M.  le  président  propose 
que  la  première  classe  de  ces  papiers  soit  incorporée  dans  la 
bibliothèque,  et  que ,  pour  les  deux  autres  classes ,  le  vote  soit 
ajourné  jusqu'à  la  séance  d'octobre,  pour  que  les  membres 
du  conseil  puissent  se  rendre  compte  eux-mêmes  de  la  na- 
ture des  pièces.  Ces  propositions  sont  adoptées. 

M.  Rodet  lit  un  compte  rendu  de  l'ouvrage  de  M.  Veth, 
sur  Bornéo,  que  le  conseil  lui  avait  renvoyé.  Remis  à  la  com- 
mission du  Journal. 

M.  Defrémery  lit  un  extrait  d'une  lettre  de  M.  Cherbon- 
neau,  à  Constantine. 

OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIETE. 

Par  les  éditeurs.  Dictionnaire  arabe-français,  par  M.  Kazi- 
mirski  de  Biberstein.  Paris,  1857;  gr.  in-8°  (26e  livrais.). 


252  AOUT-SEPTEMBRE   1857. 

Par  le*  éditeurs.  Journal  des  tarants;  in-V  (juin  1857). 

Par  la  Société.  BaUeùn  de  la  Société  de  aéoaraphie.  Paria. 
1 857  ;  in-8*  (juin  1857). 

Par  S.  K.  le  ministre  de  l'instruction  publique.  Revue  des 
société*  savantes.  Paris ,  1867  ;  in-8*  (n*  de  janvier  1867). 

Par  les  éditeurs.  La  Moumcker.  Édition  arabe  et  française 
(juin  1857). 

Par  l'Académie  de  Samt-Pttenbourg.  Bulletin  de  la  classe 
historico  philologique.  Saint-Pétersbourg.  1 85A- i856.  T  M 
a  Mil.  3  vol.  in-4*. 

—  Mémoim  de  tAtmdémie  dm  sciemcee  de  SatntPétershomrq. 
Saint-Pétersbourg.  1 855.  Tome  VIII;  in-8*. 


ZonoAsru,  Essai  sur  la  pbilosopai*  rrligiausa  de  la  Perse,  par 
II.  JoackisB  Manant;  deuxià*»*  édition.  Paris,  1857 }  in-8*  (xxtiii 
et  m  psgw).  Ckes  Deracbc.  Pm  :  3  fr. 


Dm  Noro  Tmstammutoa*  rcas  roarx  oaia  *  tai  n  -m  rtosiM  m  dm*  do, 
soripsit  Aatooius  Paolus  de  Lagarde.  Berlin,  1857  ;  in-**  (so 


Paoli  Antonii  de  Lagarde  De  Gkopokicoh  rstutonsi  sxhiaca  cou- 
msmrATtc.  Lriprig,  i855;  in-4*  (té  page*). 

Ce  sont  deux  progiaunne*  comme  le*  école*  en  Allemagne 
en  publient  pour  annoncer  leurs  examen*,  et  qui  souvent  con- 
tiennent des  difeerlarion*  importantes,  que  la  manière  dont 
on  les  publie  empêche  de  se  répandre  dans  le  public  savant 
comme  elles  le  méritent  II  est  probable  aussi  que  l'habitude 
qu'on  a  conservée  de  le*  (aire  composer  en  latin  contribue  à 
les  tenir  dans  l'obscurité  ;  car  il  faut  bien  convenir  que  de  lire 
du  latin  moderne  est  une  des  occupations  les  plus  laborieuses 
et  les  plus  ingrates  qu'on  puisse  s'imaginer.  Je  ne  veux  ici ,  en 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  253 

aucune  façon ,  critiquer  le  latin  de  M.  de  Lagarde ,  mais  seu- 
lement l'habitude  surannée  des  écoles.  Ces  deux  dissertations 
en  elles-mêmes  sont  très-curieuses ,  et  la  seconde  fournit  de 
nouveau  la  preuve  que  les  manuscrits  syriaques  que  le  Musée 
Britannique  a  eu  le  bonheur  d'obtenir  des  moines  de  la  Thé- 
baïde  serviront  à  la  critique  et  à  la  restauration  du  texte, 
non-seulement  des  Pères  de  l'Eglise,  mais  d'une  partie  des 
auteurs  classiques  grecs.  —  J.  M. 


The  Kingdom  and  peuple  of  Siam  ,  by  Sir  John  Bowring.  Lon- 
dres, 1857;  2  vol.  in-8°  (43a  et  446  pages,  avec  des  gravures  et 
une  carte). 

Sir  John  Bowring  fut  envoyé  au  Siam  en  i855 ,  pour  faire 
un  traité  entre  l'Angleterre  et  ce  pays.  Il  donne,  dans  ces 
deux  volumes ,  une  description  générale  du  pays ,  et  un  récit 
détaillé  de  ses  négociations  et  de  son  contact  avec  les  Siamois. 
La  partie  générale  de  l'ouvrage ,  qui  comprend  à  peu  près  un 
volume  et  demi,  est  naturellement,  en  grande  partie,  une 
compilation  tirée  d'ouvrages  antérieurs;  mais  ce  n'est  pour- 
tant pas  seulement  une  compilation,  car  l'auteur  est  un  homme 
intelligent  et  observateur,  assez  bien  préparé  par  la  lecture  de 
ses  devanciers,  et  qui  contrôle,  par  ce  qu'il  voit  et  par  les 
documents  qu'il  se  procure ,  les  assertions  et  les  descriptions 
des  auteurs,  autant  que  le  permettent  les  circonstances.  Il  ne 
connaît  pas  le  pays  aussi  bien  que  Mgr  Pallegoix ,  mais  il  a  l'es- 
prit plus  ouvert  et  plus  précis  que  lui,  de  sorte  qu'on  peut 
lire  son  livre  avec  plaisir  et  fruit,  même  après  celui  de  l'évê- 
que.  La  partie  qui  se  rapporte  à  ses  relations  avec  les  deux 
rois  est  très-curieuse,  et  un  peu  indiscrète,  car  il  imprime  les 
lettres  des  rois  avec  toutes  leurs  fautes  de  grammaire  anglaise  ; 
il  aurait  dû  être  plus  reconnaissant  et  plus  touché  de  la  peine 
que  ces  deux  princes  ont  prise  de  si  bien  apprendre  l'anglais. 
L'image  de  cette  cour  barbare ,  travaillée  par  les  idées  euro- 


m  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

fét >.  Wà  irr-inU-r.  MMÉI    1»  -l.Mript.on  d'un  tapa,   pej 

un  homme  qui  ne  Mit  pet  le  langue  qu'on  y  perle ,  ei 
n'y  e  peste  que  quelque»  bois  ,  presque  toujours  dent  la 
même  ville,  ne  peut  pes  être  sufluenle;  mais  rourregeeontipiit 
néanmoins  une  estes  grande  messe  d'observations  pour  avoir 
une  valeur  réelle.  Grèce  eux  dispositions  bienveillante»  de  la 
famille  royale  du  Siam.  il  est  facile  aujourd'hui  aux  voya- 
geurs européens  de  pénétrer  dans  oa  pays,  et  d'explorer  les 
parties  hautes  du  royaume,  d'étudier  l'histoire  naturelle  da 
ces  contrées  fertiles  et  inconnues,  d'observer  las  Laos  al 
d'autres  tribut,  leurs  langues  et  leurs  mœurs ,  sur  lesquelles 
nous  n's vont  que  des  renseignement»  très-impar(ai  tt ,  fou  ■  >  i  •> 
par  quelque»  missionnaire»  isolés.  Le  traité  négocié  evae  les 
rois  du  Siam  par  M.  de  llontigny  assure  aux  voyageurs  scien 
tifique»  européens  toute  protection ,  et  la  douceur  des  mœurs 
de  la  population  sa  prêter»  fcrdeinent  à  l'application  da  aas 
stipulation»  diplomatiques.  —  J.  M. 


A  èmsidbxcm  jsro.vorr  ras  Cmixksu  ;  inlaod,  on  tbe  cosst  aad  at 
ata.by  Robert  Fortooe.  Loodrea.  1SS7;  in-V  (ivi  et  »4o  pages. 


M.  Fortune  est  un  botaniste  éeossais,  qui  a  été  envoyé  as 
Chine  en  1 843  par  la  Société  d'horticulture  de  Londres,  pour 
lui  procurer  des  plantes  nouvelle» ,  et ,  depuis  1848-1 850,  il 
a  continué  à  explorer  oa  paya,  aux  frai»  de  la  Compagnie 
de»  Inde»,  à  laquelle  il  expédie  des  plantas  et  des  graines  da 
thé  pour  le»  plantations  dans  l'Himalaya.  Ton»  la»  botaniste» 
et  les  propriétaire»  da  jardin»  da  luxe  en  Europe  savent  avec 
quel  soin  et  quel  bonheur  il  s'est  acquitté  de  ses  fonctions, 
et  de  combien  d'arbres ,  d'arbustes  et  de  fleurs  il  a  enrichi 
I  K.irope.  11  avait  déjà  publié  la  récit  de  deux  de  ses  ex- 
pédition» ,  et  maintenant  il  vient  d'imprimer  celui  de  sa» 
voyage»  depuis  1 85a  jusqu'en  i856.  Ce  dernier  ouvrage  est 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  255 

peut-être  le  plus  intéressant  des  trois,  parce  que  sa  connais- 
sance plus  intime  de  la  langue  et  des  hommes  du  pays  lui 
permettait  de  se  mouvoir  plus  librement.  On  est  tout  étonné 
de  voir  avec  quelle  facilité  il  voyage  dans  l'intérieur  et  va  où 
il  veut,  avec  quelle  bonhomie  il  est  traité  par  les  populations, 
et  combien  peu  de  difficultés  il  a  avec  les  autorités.  Sa  des- 
cription de  la  vie  dans  les  monastères  bouddhistes  et  des  ma- 
nières d'être  des  gens  de  ville  et  de  campagne  est  extrême- 
ment intéressante ,  et  donnera  une  idée  bien  plus  favorable 
des  Chinois  que  celle  qu'on  prend  dans  les  ouvrages  des  Eu- 
ropéens qui  ne  connaissent  que  les  ports  de  mer,  surtout  Can- 
ton, ou  dans  les  lettres  des  missionnaires,  qui,  en  général, 
ne  connaissent  que  très -médiocrement  la  partie  païenne  de 
la  population  parmi  laquelle  ils  vivent. 


Indische  skizzen  von  Albrecht  Weber.  Berlin,  1857;  in-8°. 

Ce  petit  volume  est  formé  de  la  réunion  de  quatre  mé- 
moires qui  traitent  de  l'Inde  ancienne ,  du  bouddhisme ,  des 
rapports  de  l'Inde  ancienne  avec  les  pays  d'Occident,  et  des 
études  modernes  sur  l'Inde.  Ces  mémoires  avaient  paru  dans 
différents  journaux,  et  M.  Weber  a  très-bien  fait  de  les  réu- 
nir, car  personne  ne  les  lira  sans  en  tirer  du  plaisir  et  de 
l'instruction. 


M.  E.  Thomas  est  sur  le  point  de  faire  paraître,  en  deux 
volumes ,  la  collection  des  articles  et  mémoires  de  M.  J.  Prin- 
sep ,  tirés  du  Journal  asiatique  de  Calcutta ,  et  dé  quelques 
autres  recueils.  Il  y  ajoutera  la  réimpression  des  excellentes 
Useful  tables  du  même  auteur.  M.  Thomas  joint  des  notes 
aux  mémoires,  dans  lesquelles  il  indique  au  lecteur  ce  que 


■OÉ  AOUT-SEPTEMBRE  1857. 

des  recherches  postérieures  à  U  rédaction  de  chaque; 
ont  ajouté  aux  matériaux  que  II.  Prinsep  avait  à  aa  dispoti- 
tion  et  aux  conclusions  auxquelles  il  était  arrivé.  La  diffi- 
culté qu'on  trouve  a  se  procurer  las  premiers  volumes  du 
Journal  asiatique  de  Calcutta  et  l'addition  des  notes  de 
M.  Thomas  rendront  cette  ooflecrion  précieuse  pour  les  in- 
dianistes. 


On  écrit  de  Calcutta  que  plusieurs  savants  se  sont  réunis 
pour  (aire  paraître  une  nouvelle  édition  du  Smbda  Kalpa 
Dmma  du  Rajah  Radhakant  deb.  Cette  édition  serait  prépa- 
rée avec  l'aide  de  l'auteur,  et  elle  serait  destinée  à  être  mise 
en  vente,  tandis  que  la  première  a  été  entièrement  distri- 
buée par  le  Rajah.  Ni  la  forme  ni  le  prix  de  la  nouvelle  édi- 
tion ne  paraissent  encore  être  arrêtés;  nous  tiendrons  les 
lecteurs  du  Journal  au  courant,  quand  les  conditions  de  la 
publication  seront  fixées. 


Haidbvcêi  osa  gbsammtêm  *crmec*s*  Aitk*7*vmsu9*ob 
voo  r/  Mai  UiiliaiSBM  Lseprie:.  18*7.  a  «et  in-«\  »»i  «t 
Stl  pages. 

Le  premier  volume  contient  l'histoire  et  la  critique  des 
Irsvaux  faits  sur  les  hiéroglyphes  égyptiens;  le  second,  l'ar 
chéologie  égyptienne.  L'ouvrage  sera  complété  par  deux  autres 
volumes,  qui  contiendront  la  Chronologie  et  l'Histoire  de 
l'Egypte,  et  les  principaux  textes  égyptiens,  traduits  en  alle- 
mand. L'suteur  est  partisan  du  système  de  M.  Sey (Tarin 


JOURNAL  ASIATIQUE. 

OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 


DESCRIPTION  HISTORIQUE 
DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN, 

EXTRAITE  DU  TARIKHE  GUZIDEH  DE  HAMD  ALLAH  MDSTÔFI  KAZVINl 

PAR  M.  C.  BARBIER  DE  MEYNARD. 


AVANT-PROPOS. 

Hamd  Allah  Mustôfi  occupe  un  rang  honorable  parmi  les 
historiens  persans  de  second  ordre;  son  Nouzhet-el-Kouloub 
renferme  de  précieuses  données  sur  la  géographie  de  la 
Perse  au  vme  siècle  de  l'hégire,  et  le  Tarikhé  Guzidèh,  ou 
Histoire  choisie,  quoique  écrit  sous  une  forme  abrégée,  est 
un  des  meilleurs  guides  qu'on  puisse  avoir  pour  pénétrer 
dans  le  labyrinthe  de  l'histoire  orientale.  La  description  his- 
torique et  topographique  qui  termine  cet  excellent  ouvrage 
n'en  est  pas  la  partie  la  moins  intéressante ,  et  c'est  à  Kazvin 
même,  cette  première  et  agréable  étape  d'un  long  voyage, 
que  j'ai  pu,  ce  livre  à  la  main,  constater  l'exactitude  des 
renseignements  qu'il  contient.  On  ne  saurait  nier  l'utilité  de 
ces  monographies  pour  l'histoire  comme  pour  l'archéologie , 
et  il  est  à  regretter  que  des  villes  plus  importantes  n'aient 
pas  trouvé  aussi  leur  historien.  Le  style  de  Mustôfi  est  clair, 
simple  quelquefois  jusqu'à  la  sécheresse  ;  mais  il  est  du  moins 
dépourvu  de  tous  ces  faux  diamants,  de  ces  ornements  de 
mauvais  goût  qui  déparent  la  prose  de  Mirkhônd  ou  de  Vassaf. 
J'ai  cru  pouvoir  user  d'une  certaine  indépendance  dans  la 
x.  18 


15$  OCTOBBE-XOYF.MBBE  1857. 

traduction  de  ce  fragment  :  j'ai  interverti  l'ordre  de  certeiiu 
paragraphes,  j'en  ai  supprimé  même  quelquea-m 
éviter  là  redite»  ou  les  subdivisions  i  l'infini,  l'ne  imitation 
exacte  qui  rend  la  pensée  de  l'auteur  sans  en  conserver  la 
phraséologie  me  semble  le  système  le  plus  rationnel  quand 
il  s'agit  de  traduire  un  historien  musulman,  i  plus  forte 
raison  un  historien  persan  ;  et  je  crois  que  le  récit  du  Rente* 
S  fa ,  ou  du  Tarikké  Vasutf.  n'aurait  qu'à  gagner  a  être 
dépouillé  de  ces  oripeaux  que  quelques  orientalistes  se  sont 
étudiés  1  faire  passer  dans  notre  langue  avec  une  fidélité 
désespérante. 

I..    ,,,.(    lanOSJSJfM  M   MiM  .t.    .l.-m.m.l.iil    .1  '.impie*  BJBJ 

mcntaires  ;  mais  j'ai  dû  me  borner  A  ne  développer  que  ses 
faits  saillants,  on  à  rectifier  quelques  erreurs  de  nome  et 
de  dates,  pour  ne  pas  donner  a  mes  notes  plus  d'étendue 
que  le  texte. 

La  plus  grande  difficulté  d'une  traduction 
Mnstofi  provient,  non  pas  du  teste  même,  mais  de  la  négli 
geuce  avec  laquelle  les  uopssess  persans  reproduisent,  depuis 
deux  siècles,  tous  leurs  litres  rlaasiqoes.  Des  trois  exensplairea 
que  possède  la  Bibliothèque  impériale,  le  manuscrit  9  P. 
Bruit  m'a  semblé  mériter  le  plus  de  confiance,  et  je  l'ai  1 
comme  base  de  mon  travail  ;  a  une  écriture  nette  et  lisible 
il  joint  le  mérite  d'offrir  une  foule  de  notes  marginales  dues 
à  des  lecteurs  érudits  Le  me.  in  P.  Gentil  et  le  ma.  a 5  (sup- 
plément persan  de  II.  Reinaud)  sont  beaucoup  plus  incor- 
rects, et  ne  peuvent  être  consultés  qu'avec  discernement   II 
en  est  de  même  d'un  exemplaire  dont  j'ai  fait  Taon/ 
Téhéran.  M.  C.  Sehefcr.  dont  on  connaît  les  richesses  bi- 
bliographiques et  la  rare  obligeance,  a  bien  voulu  mettre  A 
ma  disposition  quelques  une  de  Ma  précieux  manuscrits,  et. 
entre  autres ,  une  excellente  copie  du  hhdjtm-ti-Bouldan  de 
Yakont ,  mine  inépuisable  de  renseignements,  qui  m'a  fourni 
quelques  leçons  importantes. 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.         259 


Origine  du  nom  de  Kazvin,  fondation  et  agrandissements 
successifs  de  cette  ville  (1). 

Ahmed  ben  Abou  Abd  Allah,  dans  son  Livre  de 
l'Explication  (2),  rapporte  ce  qui  suit  :  «Kazvin  fut 
bâtie  par  Châpour,  fils  d'Ardéchir  Babégân,  qui  la 
nomma  Châdpour  (j^jiU).  Cette  bourgade  naissante 
ne  formait  qu'un  quartier,  limité  au  sud  par  la  ri- 
vière (XAbhar,  et  au  nord  par  celle  de  Ramend.  On 
y  remarque  encore  des  tertres  formés  par  les  débris 
des  anciens  murs  (3).  On  sait  qu'un  des  premiers 
Kosroës  envoya  une  armée  pour  combattre  les  Deï- 
lémiens.  Ce  fut  sur  l'emplacement  même  de  la  ville 
actuelle  que  la  bataille  s'engagea.  On  rapporte  qu'au 
plus  fort  de  l'action ,  le  général  de  Kosroës  dit  à  l'un 
de  ses  officiers  :  «  Vois  ce  coin  ((jïj  <J*5  &)),  c'est  là 
qu'il  faut  rétablir  le  front  de  l'armée.  »  Cette  déno- 
mination de  Kèch-vin  serait  dès  lors  restée  à  cet  em- 
placement, et  elle  aurait  été  donnée  à  la  ville  qui 
s'y  éleva  plus  tard.  Les  Arabes,  en  s'en  emparant, 
l'auraient  façonnée  à  leur  prononciation ,  et  en  au- 
raient fait  Kazwin,  nom  que  l'usage  a  consacré. 

Ce  fut  sur  l'emplacement  même  du  Chehristân 
et  des  cimetières  de  Kounbèr  et  de  Bedhèk  que  s'é- 
levèrent les  premières  constructions,  et  cela  à  une 
époque  si  reculée,  qu'il  est  difficile  d'en  connaître 
l'auteur.  Le  Chehristân ,  ou  cité ,  placé  au  centre  de 
la  ville  moderne,  fut,  sans  nul  doute,  bâti  par  Châ- 

18. 


m  OCTOBBE-NOVF.MBRE  1857. 

pourZou'l  Aktaf.  Ce  prince,  après  avoir  vu  son  ar- 
mée défaite  et  dispersée  dans  le  pays  de  Honni  (4), 
errait  presque  seul  et  sans  défense  dans  le  nord  de 
la  Perse,  quand  le  hasanl  le  conduisit  au  bord  d*i 
rivière,  près  <!.•  l.iquelle  était  un  hermitage    habité 
par  un  adorateur  du  vrai  Dieu  (c'est  là  qu'est  situ* 
maintenant  le  couvent  des  kalenders).  Plusieurs  de 
ses  généraux,  repoussés  par  l'ennemi,  étaien 
i  II n  lu ff  un  refuge  dans  Ici  MOOtaÇpc*   voisines. 
Châpour  les  rallia,  foirn  < nivelle  armée,  h 

laqu-  II'    I  marcha  contre  le  César  de  Rouai .  et  i 
porta  la  victoire.  À  son  avènement  m  trône,  il  rVm 
blia  pas  le  lieu  où  le  destin  lui  était  devenu  |>lu 
favorable,  et  il  y  fit  bâtir  une  \  ill 
étaient  constamn >    >'  inquiétés  par  les  sauvages  h.i 
bitants  du  I >•  il*  in    <|ui  venaient,  pendant  la  mut 
détruire  les  travaux  de  la  journe. 
a  Châpour.  Le  monarque,  assailli  alors  par  les  Arabes, 
et  menacé  par  la  révolte  de  plusieurs  prêt* 
au  trône,  ne  put  <|<  onstélierde  payer  tribut 

aux  D'Iinicns  et  de  continuer  les  travaux     biefe 
1 1  (][•■  lut  t.  ri  innée.  Le  coin  icnldecetti 

construction  tut  heu  d:tu»  le  mois  d'Aban.  l'an  i 
de  l'ère  d'Alexandre,  sous  le  signe  des  Gémeaux 
il  s'est  donc  écoulé,  depuis  cette  époque,  i  178 an- 
nées solaires  (5).  Une  garnison  fut  établie  dans  la 
ville  nouvelle ,  pour  la  protéger  contre  les  incursi  < 
de  ses  farouches  voisins.  Lorsque  Châpour  fut  dé- 
livré de  tous  les  embarras  qui  avaient  signalé  I 
mièresannées  de  sonrcgn-.il  tourna  ses  armes  contre 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.         261 
les  Deïlémiens,  les  repoussa  jusque  sur  les  rives  de 
la  mer  Caspienne,  et  les  extermina  sans  pitié.  Une 
partie  du  butin  fut  brûlée ,  et  l'autre  fut  enfouie  sous 
terre  par  l'ordre  du  magnifique  souverain,  qui  dé- 
daignait d'aussi  modestes  dépouilles.   Cependant , 
malgré  ces   sévères  représailles,  les  Deïlémiens  re- 
nouvelèrent plus  tard  leurs  attaques.  Quand  l'éten- 
dard de  la  foi  fut  déployé  sur  le  monde ,  les  habitants 
de  la  cité  ne  tardèrent  pas  à  être  éclairés  par  la  lu- 
mière de  l'islam.  Sous  le  khalifat  d'Osman,  son  frère 
utérin  Vélid  ben  Okbah,  qui  gouvernait  les  deux 
Iraqs,  envoya  contre  Kazvin  Saïd   ben   el-Ass   el- 
Amoui  (6).  Après  un  siège  très-court ,  le  général  s'em- 
para de  la  ville.  Sous  le  règne  du  khalife  abbasside 
Hadi  Billah  Mouça,  fils  de  Mehdi,  un  autre  quartier 
fut  construit  par  ordre  de  ce  prince ,  à  côté  de  l'an- 
cienne cité,  et  fut  nommé  ville  de  Mouça.  Plusieurs 
familles  arabes  vinrent  s'y  établir.  Ce  quartier  est 
compris  actuellement  entre  ceux  de  Derdj   et  de 
Djoussaq  [fr»yr*y  ÉJ*)  (7)'  et  notamment  sur  l'em- 
placement de  la  rue  Sabek  (  viL>L«).  Mubarek  Turki, 
un  des  esclaves  du  khalife  Hadi,  fit  élever,  à  la  même 
époque,  un  troisième  quartier,  qu'une  partie  de  sa 
famille  habita.  On  y  voit  un  jardin  qui  a  conservé 
le  nom  de  Mubarek  Abâd ,  entre  le  quartier  de  Derdj 
et  celui  de  Destdjérd  (8).  Haroun  er-Réchid  éleva 
la  mosquée  principale,  située  sur  la  petite  place  à 
l'ouest  du  vieux  château  nommé  Pichin  Saf  [<gb4+H 
v_àio).  il  ordonna  également  qu'un  mur  d'enceinte 
fût  construit  autour  des  trois  quartiers  alors  existants 


M  OCTOBRE  NOVEMBRE  1857. 

et  il  acheta  tous  les  champs  environnants,  dont  il 
dota  sa  mosquée.  L'ensemble  de  ce»  leg>  lut  <1< -signa1 
par  le  nom  de  Réchid  âbdd  (9). 

A  la  mort  de  ce  khalife,  les  travaux  de  fortifica- 
tion furent  suspendus  pendant  longtemps.  Un  de 
ses  successeurs,  le  khalife  Mo  tassem,  voulut  hm r«- 
prendre;  mais  ce  projet  fut  abandonné.  Bientôt  la 
maison  d'Abbas  rat  affaiblie  par  le  pouvoir  sans  con- 
trôle qu'exerçaient  les  émirs  du  palais  ou  les  pince* 
étrangers ,  et  une  longue  interruption  arrêta  le»  agran- 
dissements de  la  ville.  Ce  ne  fut  qu'à  la  suite  de  la 
révolte  du  missionnaire  de  la  vérité ,  Hassan  ben  Zeid 
cJ-Bakèr,  que  Moussa  Bouqa,  envoyé  par  le  Llulilr 
Mo' ta xr  contre  ce  rebelle,  le  repoussa  de  la  province 
et  put  terminer  le  mur  d'enceinte  (10).  L'an  a 56. 
cette  muraille  avait  treize  cents  coudées  de  circon- 
férence, deux  cent  six  tourelles,  sept  grands  bastions 
et  douze  portes.  La  ville  renfermait  neuf  quartiers, 
à  savoir,  outre  la  vieille  cité  et  la  nouvelle  nommée 
Ckéridj  (*j~),  les  sept  quartiers  désignés,  d'après 
diverses  localités  voisines,  sons  les  noms  de  Abhar 
jlftl*  Erdcval  Jtj>jl(  Rey  gp,  Dàmr^h.m  u'^l*. 
Destdjérd  i^-i,  Derdj  çj*  et  Djoussaq  fr-yr. 
Cent  vingt  ans  plus  tard ,  la  muraille  menaçait  ruines, 
lorsque  le  célèbre  Sahèb  lsmaii  ben  Abad ,  ministre 
de  Moueyid  ed-Doulè  et  de  Fakhr  ed-Doul«  ,  princes 
boueïdcs,  la  fit  relever  (373  de  l'hégire),  et  se  fit 
bâtir,  dans  le  Djoussaq,  un  vaste  palais,  dont  il  ne  reste 
aucun  vestige  ;  1 1  placement  sur  lequel  il  s'éle- 

vait a  conservé  le  nom  de  Salicb  Abâd.  Quelques  an- 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  263 
nées  plus  tard  (/ni  de  l'hégire) ,  les  fortifications  fu 
rent  détruites  à  la  suite  de  la  révolte  des  Kazviniens 
contre  Ibrahim  Merznbân.  De  nouveaux  travaux 
furent  entrepris  sous  la  direction  de  l'émir  Abou  Ali 
Djâféry.  En  5y2,  Sahèb  Sadr  ed-din  Mohammed 
ben  Abdallah  el-Meraghi ,  vézir  de  Sultan  Arslan  le 
Seldjouqide,  ordonna  la  reconstruction  complète  du 
mur  d'enceinte  et  de  nouveaux  travaux  de  défense. 
Ce  fut  l'imam  Saïd  Djémal  ed-din  Baboueïh  le  Ra- 
feïte  qui  en  dirigea  l'exécution.  Les  Mogols,  en  en- 
vahissant la  Perse,  rasèrent  les  fortifications  de  Kaz- 
vin ,  et  depuis  lors  elles  n'ont  plus  été  relevées.  Peut- 
être  la  Providence  permettra-t-elle  à  une  autre  main 
de  les  rétablir  (12). 

II. 

Conquête  de  Kazvin  et  conversion  de  ses  habitants. 

Voici  ce  que  rapporte  l'auteur  du  Livre  des  pays 
<jt*xXJî  <t>Ia5'(i3)  :  «Ce  fut  sous  le  règne  d'Omar 
que  Béra  ben  Gharèb  et  Zeïd-el-Kheïl ,  de  la  tribu  de 
Thaï ,  vinrent  mettre  le  siège  devant  la  cité  construite 
par  Châpour  (  zou'l  aktaf)  (16).  Ils  trouvèrent  une 
résistance  opiniâtre ,  et  avant  de  donner  un  assaut 
définitif,  ils  offrirent  aux  assiégés  d'accepter  l'isla- 
misme ,  ou  de  se  soumettre  à  l'impôt  du  kharadj  ; 
mais  ceux-ci  leur  crièrent  du  haut  des  remparts  : 
«  Nous  ne  voulons  ni  de  votre  religion,  ni  du  tribut 
«  que  vous  réclamez.  »  Le  siège  fut  alors  poussé  avec 
plus  de  vigueur,  toutes  les  communications  furent 


364  OCTOBRE  NOVEMbhh 

rigoureusement  interceptées,  et  les  Kaxvinienj  «lu 
rent  <m\  rir  leurs  portes.  Mais  Us  n'acceptèrent  qui- 
des  lèvres  la  foi  nouvelle,  et  à  peine  l'année  mu- 
sulmane  s'était- elle    retirer,    (juili  rr\ lurent     i    ! 

première  idolâtrie.  Une  seconde  année  fut  ei 
contre  eux,  sousJes ordres d'Abd  er  Ilahman  el  II 
rèthy.  La  ville  fut  reprise;  les  habitant     <  onv.um  fl( 
de  l'inutilité  de  leur  résistance,  acceptèrent  avec  une 
entière  franchise  la  sainte  loi  du  Pi  <t  adop- 

tèrent, avec  le  sèle  le  plus  sincère,  les  dogmes  et 
les  pratiques  de  la  vraie  religion.  »  A  l'époqui 
différentes  sectes  prirent  naissance,  un  petit  nom. 
d'entre  eux  adoptèrent  la  doctrine  d'Aboi i  II  mil 
ou  se  déclarèrent  pour  la  maison  d'Ali.  !..   quartier 
de  Destdjérd  fat  leur  résidence;  la  majorité  des  ha- 
bitants se  conformèrent  aux  préceptes  de  Schafey. 
A  l'exception  de  quelques  juifs  qui  vinrent  s'y  éta- 
blir à  diverses  époques ,  on  ne  vit  jamais  à  Kaxvin 
d'autre  religion  ou  des  sectes  différentes.  Par  v 
.!-  I.i  oon quête ,  la  ville  même  et  le  canton  de  Qaqzan 
(yl>*b)  (16)  tmi'iii  maail  »  ladimc;  le  reM<  <l<  l.i 
plaine  paya  le  kharadj  après  mi  .-II-   lut  conquise  par 
Arwa,  fils  de  Zeîd  des  Béni  Thay,  sous  le  règne 
d'Omar. 

III 
Dépcaduett de  U  villr 

Lorsque  Haroun  er-Réchid  éleva  la  ville  mod< 
la  localité  de  Béchariat  (vJ^Uy),  un-    partie  de  la 
plaine  de  Rey,  le  canton  de  Ramend  («xjuIj).  un. 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  265 
partie  de  la  plaine  d'Hamadân ,  la  ville  d'Abhar  et 
une  portion  du  canton  de  Qaqzân  soumis  alors  à  la 
ville  d'Abhar,  furent,  par  ordre  du  khalife,  annexés 
à  Kazvin  en  raison  de  leur  proximité,  et  cette  ville 
forma  une  province  distincte.  A  la  mort  d'Haroun , 
les  gouverneurs  mirent  la  ville  sous  leur  dépendance 
directe.  Quand  Mouca ,  fds  de  Bouqa,  construisit  les 
remparts  et  accrut  la  population  en  attirant  à  Kazvin 
les  habitants  des  localités  voisines ,  il  fit  de  cette  ville 
le  chef-lieu  de  la  province ,  et  lui  donna  de  nouveaux 
territoires.  C'est  ainsi  qu'il  prit  à  la  province  de  Rey 
les  localités  de  Zehra  lyfr),  Kiha  L^j>  et  Marzouhi 
Svj\"  '■>  ^  Hamadân  etTaliqan ,  il  enleva  Kharraqaneïn 
(jvjtf^etleKheroud inférieur  Juu*  ^^y^\  enfin,  il 
pritauDeïlemSéfèdj  j£»A  Kasrel-Béradin  ^sSjjùSyoL» 
et  Pechkel-Dèrè  Sjà  J^fio .  A  la  mort  de  Mouça ,  de 
nouvelles  révoltes  éclatèrent  parmi  les  gouverneurs 
mécontents  de  ces  remaniements  faits  sans  leur  aveu. 
Abou  Melik  Hinzala  (&ià^) ,  fils  de  Khalèd  et-Te- 

mimy ,  homme  très-puissant  et  qui  habitait  ordinai- 
rement Kazvin ,  profita  du  crédit  dont  il  jouissait 
auprès  des  khalifes  pour  proposer  une  transaction. 
En  conséquence,  Kiha  et  Marzouhi  furent  rendus  à 
Rey,  et  Kharraqaneïn  à  Hamadân.  Quant  aux  autres 
territoires ,  ils  furent  définitivement  annexés.  Sous  la 
domination  des  Djaférides,  la  province  s'agrandit 
encore  ;  elle  renfermait  alors ,  outre  les  localités  men- 
tionnées :  Abhar,    Zendjân,    Tharèrneïn  i^^j^, 


.60  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

kliarraqàn  yïj**  ,  Kahmet  Abad ,  Sidjas  <j-C*s ,  Dit 

\l.ad  i.î    i,  K.t./  kun.iu  JJà  Js*K.  I  II,  ,k  un  ~KjJ>. 

Toutes  ces  annexion^  de  ttiiitoires  sont  au  t  lien  ti(|ues. 
et  établies  par  d'anciennes  chartes  ouactesjundit|u. 
\  l'avènement  de  la  dynastie  mogole,  la  famille  des 
Iftikhariens  reçut  le  gouvern  m. ut  de  la  province, 
qui  s  accrut  encore  des  villes  de  Sava,  d'Ava  et  de 
Djehroud  ^^-y»-.  L'ensemble  de  ces  localités  forma 
un  toman  (i  6). 

Lies  kaiviniens.  la  banlieue  de  la  ville,  les  gens 
de  Zébra  et  une  partie  des  habitants  d'Abhar,  sont 
chiites;  ceux  de  Béchariat  et  de  Sefedj  sont  du  1 1 1 - 
lianéfite.  Les  autres  cantons  ont  adopté  les  préceptes 
de  Chafcy.  Quant  aux  habitants  de  Qaqxan  si  de 
Destdjérd,  ils  professent  en  secret  la  doeti 
Maxdaq  et  méprisent  toutes  les  autres  sectes. 

I\ 
Rivttm,  cowt  «"•au,  cassai  «t  conduite  a"irrigaboa. 


La  province  de  Kazvin  n'est  en  général  arrosée 
que  par  l'eau  provenant  de  la  fonte  des  neiges;  car 
les  sources  y  sont  très-rares  (17).  L'eau  n'arrive  en 
ville  que  depuis  le  commencement  de  l'hiver  jusqu'à 
la  fin  du  printemps ,  et  se  partage  en  quatre  cours 
différents.  Le  premier  est  nommé  Derèkk  (  £ja  )  ; 
il  traverse  la  ville  et  cause  quelquefois  des  craintes 
sérieuses;  car  il  domine  tous  les  Jardins,  tint  inté- 
rieurs qu'extérieurs  de  la  ville  à  l'occident,  ;• 
qu'un»-  partie   m  D6fd  .-t  au  sud  vers  les  q 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  267 
de  Djoussaq  et  d'Abhar;  le  second  est  l'Arterèk 
( ciïJSjî) ,  qui  coule  à  l'ouest  et  au  nord,  du  côté  des 
quartiers  de  Destjérd  et  de  Daméghan;  le  troisième 
est  le  Zarèh  (*;!)),  qui  arrose  une  partie  limitrophe 
au  quartier  d'Abhar,  au  dehors  de  la  ville.  Les  deux 
derniers  ont  moins  d'importance. 

Tous  ces  ruisseaux ,  à  part,  le  quatrième ,  se  croi- 
sent autour  de  la  ville ,  et  leur  parcours ,  ainsi  que 
je  l'ai  vérifié  moi-même,  est  d'environ  trente  mille 
djérib,  en  calculant  pour  un  djérib  soixante  pieds  car- 
rés. Grâce  à  cette  abondance  d'eau ,  tous  nos  jardins 
sont  d'une  merveilleuse  fertilité ,  et  il  est  difficile  de 
trouver  un  pouce  de  terrain  qui  soit  resté  abandonné 
et  sans  culture. 

A  l'exception  du  canal  creusé  par  ordre  de  Mélik 
Saïd  Iftikhar  eddin,  qui  l'affecta  au  jardin  de  son 
propre  tombeau,  tous  les  autres  canaux  sont  du  do- 
maine public ,  et  ne  peuvent  être  réclamés  comme 
propriété  particulière.  Primitivement  l'eau  était  four- 
nie par  des  puits  dont  l'un  avait  plus  décent  coudées 
de  profondeur.  Lorsque  Hamza,  fils  de  Yeç'â,  gou- 
verneur de  Koum,  fut  nommé  gouverneur  de  Kazvin 
par  Sultan  Mahmoud,  fils  de  Sebuktéguin,  il  fit 
creuser  un  canal  aboutissant  à  la  grande  mosquée  et 
traversant  presque  tous  les  quartiers.  Ce  canal  est 
obstrué  maintenant.  Un  autre  conduit ,  qui  passe  dans 
les  quartiers  de  Dameghân  et  de  Rey,  est  dû  à  la 
princesse  Arslan  Khatoun ,  fille  d'Alp  Arslan.  On  ra- 
conte que  cette  princesse  venait  quelquefois  camper 
auprès  de  Kazvin,  qui  lui  avait  été  donné  en  fief 


OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 
pour  ses  dépenses  particulières.  Un  jour  les  ha  lu 
tants.  très  incommodas  par  lr  manque  d'eau,  mu 
Mut  trouver  la  Lliatoun  |>our  lui  d<  de  vou 

loir  bien  autoriser  le  pci<  •  m<-ul   don  «anal;    ils   la 
trouvèrent  assise  sur  le  devant  de  sa  tente  et  fil 
La  voyant  absorbe»  i.iv.ui .  ils  craignirent  <1< 

la  distraire  et  gardèrent  le  silence;  mai*,  la  lille  du 
toi,  i\(<  une  rare  pénétration  d'esprit.  romj)iii  U 
iin.ti!  ai  Un  \i>it.-.  .t  flic  leur  dit  ivte  doucem  . 
«Le  fuseau  est  l'ornement  des  tu  unes  chastes;  car 
leur  esprit,  occupé  par  ce  travail,  ne  s'arrête  pas 
mu  des  pensées  coupables.  Je  sais  que  vous a v  •/  une 
requête  à  in'adresser  et  que  mon  rouet  est  la  cause 
de  votre  silence;  faites-moi  connaître  l'objet  de  votre 
.!rm  m, |,-.  ..fm  qui-  j*-  puisse  >  donn.r  mon  eonsen 

tement. »  Les  solliciteurs,  encouragés  parce  n<>l>l, 
langage,  exposèrent  leur  requête,  et  la  khatoun  lit 
immédiatement  commencer  les  travaux  ;  elle  ne  vou- 
lut mèiin-  quitter  la  ville  qu'aprèf  .i\<>ir  vu  l'eau  se 
répandre  dans  les  conduits.  Un  autre  canal ,  le  kham- 
marlacki,  parcourt  tous  les  quartiers  et  se  déverse 
dans  la  campagne;  il  fut  fait  par  ordre  d.  kli.unmar 
Tacli  el-Amoui .  vers  Tan  5oo. 

Il  faut  mentionner  enfin  le  canal  royal,  construit 
par  ordre  de  Melik  Sud  ^  ..lu..  Utikh.u  i.  pour  ! 
tien  d'.\l)li.ir,  de  Rej  •  l  d  Enlevai  L'eau  des  ojmuo 

que  nous  venons  de   mentionner  est  exclusivement 
réservée  à  r  alimentation  publique  al  M  service  des 
bains     m. us  elle  ne  doit  pas  t •  1 1 •  -  employée  à  lai 
icnt  des  jardin     ni  des  rh.nnps.  un  pareil  usage 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  2G9 
est  contraire  aux  intentions  des  fondateurs  de  ces 
vaqfs. 

V. 

Mosquées,  cimetières  et  tombeaux  vénérés  de  Kazvin. 

La  grande  mosquée,  dite  Mosquée  de  l'Imam  Sclia 
fey,  est  de  plusieurs  époques.  L'oratoire  principal  fut 
construit  ou  agrandi  par  divers  personnages  qui  y 
attachèrent  leur  nom,  avec  le  droit,  pour  leurs  des- 
cendants, d'y  exercer  les  fonctions  d'imam.  Le  petit 
oratoire ,  à  l'occident  de  la  chapelle  et  du  passage  des 
deux  cellules  ((^^W),  est  dû  à  Abd  el-Djebbar  ben 
Hatem.  La  grande  chapelle,  avec  son  portique,  fut 
construite  aux  frais  de  l'émir  Khammar  Tach  ;  coin 
mencée  en  5oo ,  elle  fut  terminée  au  bout  de  neuf 
ans.  Plus  tard,  Saïd  Hadji  Fakhr  eddin  fit  recons- 
truire la  voûte  et  la  toiture  de  ce  portique ,  qui  me- 
naçaient ruine ,  et  il  ajouta  un  autre  parvis  à  l'orient. 
Celui  qui  est  tourné  vers  le  nord  est  du  roi  Mozaffer 
eddin  Alp  Argoun  Khan  (548  de  l'hégire). 

La  mosquée  dite  des  compagnons  du  Prophète  fut 
construite  aux  frais  de  l'imam  Abou  Hanifa.  Le  roi 
Alp  Argoun  et  Khadjèh  Ezz  eddin  Hanefi  l'agrandi- 
rent. 

La  mosquée  de  To  us  (&y)  fut  fondée  par  Moham- 
med ben  HaddjadjThakefi,  sur  l'emplacement  d'un 
temple  païen.  Quand  les  Razviniens  embrassèrent 
l'islamisme,  ce  fut  là  qu'ils  célébrèrent  d'abord  la 
prière  du  vendredi;  mais  les  chiites  prétendent  qu'Ali 
y  fut  insulté,  et  ils  ont  de  l'éloignement  pour  cette 


270  OCTOBRE-NOVEMBRE  1837. 

antique  mosquée.  On  croit  que  la  chapelle  de  Se- 
krè  (»jym?)  a  été  également  élevée  sur  les  débris 
d'un  temple  du  feu.  Il  faut  citer  encore  la  mosquée 
des  Muradiens.  fondée  par  Murad  et  agrandie  par 
Fakhreddin  Mustôfî.  1 1  enfin  l'oratoire  situé  au  boni 
du  cimetière  dans  lequel  repose  le  vénérable  cheikh 
Saïqali. 

Kazvin  compte  un  nombre  plus  considérable  de 
mosquées  ou  de  chapelles;  mais  celles  que  nou> 
nons  denumérer  sont  les  plus  fréqu  m         |  r.mse 
de  leur  sainteté  ou  du  souvenir  qu'y  ont  laissé  plu 
sieurs  saints  illustres. 

Les  cimetières  sont  compris  dans  faHérienf  <l<  I  • 
ville.  I*e  plus  vénéré  est  celui  qui  est  situé  a  l'est  eu 
quartier  de  Rcy .  à  l'ouest  d'Krdeval ,  au  nord  <lu  <  h • 
ristan,  et  au  sud  des  remparts.  Son  nom  pr  unit  il  étnil 

K6ktnh0rj4iJ>i  et  hnjtjB  n  ■<  lut  Kmnher,  (>n  ei 
plique  ainsi  cette  dénomination  :  «  tu  n'emportes  dans 
la  tombe  que  tes  bonnes  ou  mauvaises  actions  •  (lin 
fais  et  emporte  jî  Jf). 

C'est  là  que  se  trou \<  !..  tombe  «l'un  lil.s  <le  l'imam 
Riza,  mort  à  l'âge  de  deux  ans.  sous  le  in  m  m  I  llu  -  m. 
les  tombes  dlbnMadjèh  le  traditionniste ,  de  kliair 
en-Nissadj ,  de  Cheikh  Ahmed  Gaxali  et  d'autres  doc- 
teurs renommés  (i  8).  Quelques  tombes  respectables 
se  trouvent  aussi  près  du  lieu  nommé  Porte  de  mate 
JUi^à.  C'est  dans  le  même  cimetière  de  Rotinbcr 
qu'on  voit  le  sépulcre  de  ce  jeune  homme  dont 
Cheikh  Alek  rapporte  une  anecdote  surprenant'- 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  271 
Ce  jeune  dévot,  absorbé  par  l'amour  divin  le  plus 
pur  et  le  plus  exalté ,  se  présenta  chez  le  cheikh  et 
le  supplia  de  lui  laisser  faire  avec  lui  le  pèlerinage 
de  la  Mecque.  Le  cheikh,  qui  observait  le  jeûne  le 
plus  rigoureux  pendant  toute  la  durée  du  voyage, 
n'accueillit  pas  d'abord  sa  demande,  persuadé  que 
ce  jeune  homme  n'aurait  pas  la  force  de  supporter 
les  fatigues  et  les  austérités  de  la  route;  mais,  vaincu 
par  ses  ardentes  prières ,  il  consentit  enfin  à  l'emme- 
ner. De  Kazvin  à  Bagdad ,  et  de  Bagdad  à  la  Mecque , 
le  cheikh  vit  avec  admiration  que  son  compagnon 
l'imitait,  le  surpassait  même  dans  toutes  les  prati- 
ques austères  et  les  privations  qu'Alek  s'imposait  à 
lui-même.  Son  zèle  ne  se  ralentit  pas  au  retour.  Enfin, 
au  moment  où  la  caravane  des  pèlerins  touchait  aux 
portes  de  Kazvin ,  le  cheikh  voulut  savoir  le  nom  de 
cet  édifiant  disciple  ;  mais  à  toutes  ses  questions  ce 
dernier  opposait  le  silence  le  plus  impénétrable.  A 
peine  entré  en  ville ,  il  quitta  le  cheikh  et  disparut. 
Peu  d'instants  après ,  Alek  rencontra  une  femme  qui 
était  venue  au-devant  de  son  fils;  il  la  questionna, 
la  reconnut  pour  être  la  mère  de  son  mystérieux 
compagnon  et  lui  demanda  la  permission  de  l'accom- 
pagner dans  sa  demeure.  Il  avait  à  peine  dépassé 
le  seuil  de  la  porte,  que  le  jeune  homme,  qui  était 
prosterné  et  priait  avec  effusion,  se  leva,  et,  regar- 
dant le  cheikh,  s'écria  en  poussant  un  douloureux 
soupir  :  et  O  mon  Dieu ,  puisque  tu  as  dévoilé  mon 
secret,  envoie  vers  moi  l'ange  de  la  mort!  »  En  effet, 
il  mourut  dans  la  nuit,  et  ses  restes  furent  déposés 


Hf  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

dans  If  kor  >uanl  au  <  heikh  Alek,  il   . «si   .  n 

terré  dans  l«>  <  imrtière  de  Djnussaq,  qui  est  r«|>ut. 
favorable  aux  prières. 

Dans  l'origine,  lorsque  ki /\m  n  o  m  posait 

que  de  quelques  faubourgs  isolés,  les  nécrojx 
étaient  dans  1.-  voisinage  de  «  lin  un  de  ces  faubourgs. 
Plus  tard,  après  l'achèvement  de  la  murailN   d 
tous  les  i  ayant  été  enclos  dans  v 

muraille ,  les  cimetières  se  trouvèrent  ég-a  I 
l 'intt  ru»ur  de  la  ville,  ce  qui  est  contraire  à  l'usage. 
En  outre,  plusieurs  mosquées,  chapelles  et  collé- 
renferment  des  tombes  vénérables  et  souvent  mm 
tées.  bien  que  l'imam  Said  Imam  tddin  Kafey  s'élève 
contre  cet  usage  de  dépoter  1rs  corps  dans  |«-s  lieux 

IflBtinrs  ..    la   j.ii.i.-.   Il   nOtlt  MM   dans  1rs  vSb§tS 

des  environs  quelques  tombes  qui  attirent  la  foui 
et  quelques-unes  sont  si  anciennes,  qu'on  ignore  è 
qui  elles  appartiennent. 

\l 
Du 


pmonnfoi  Bloatrc».  compagnon*  do  Prophète,  iomo». 
cheikh*,  rai*  et  prince*  qui  ont  habité  Kaivm 

Nous  avons  dit  plus  haut  que  Béra,  fils  de  ' 
rèb,  après  s'être  emparé  de  la  ville,  y  laissa  une  gar- 
nison arabe  pour  la  défendre  contre  les  !)•  -il»  miens. 
De  leur  lignée  sont  sortis  plusieurs  docteurs ,  q  u  1  <  i  a  » 
pendant  des  siècles  illustré  Kazvin;  maisaujourd  lun 
nos  professeurs  et  nos  prédicateurs  n'appartiennent 
plus  à  cette  race;  ce  sont  souvent  des  étrangers  pris 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  273 
à  gages.  Zeïd  bcn  el-Kheïl  et  Vélid  ben  Okbah ,  Abou 
Horeïra  et  Abou  Dodjana ,  furent  les  chefs  de  la  pre- 
mière armée  musulmane  chargée  de  la  défense  des 
frontières.  Ce  dernier  eut  sous  son  gouvernement 
toute  la  plaine  avoisinante  (19).  Dans  les  rangs  de 
cette  armée,  on  remarquait  aussi  Ibrahim,  fils  de 
Yezid;  Semmak  et  son  fils  Açed,  qui,  tous  les  deux, 
s'attirèrent,  par  leur  valeur,  les  bénédictions  d'O- 
mar; Chems  ben  Othba,  dont  le  cheval  fut  vendu 
/1000  drachmes  et  la  cuirasse  3ooo  drachmes;  Ahnef 
ben  Qaiss ,  etc. .  .  .  Parmi  les  compagnons  d'armes 
de  Béra  était  Thalha  ben  Khoaïled  el-Açedi,  qui 
s'établit  après  la  conquête  dans  les  environs  de  la 
ville,  et  devint  le  chef  d'une  nombreuse  famille ,  dont 
quelques  héritiers  existent  encore  et  portent  son  sur- 
nom. 

Le  saint  imam  Ali  ben  Moussa  Riza ,  fuyant  la  per- 
sécution, vint  chercher  un  refuge  à  Kazvin,  et  fut 
recueilli  généreusement  par  Daoud  ben  Suleïman 
Ghazi. 

Un  autre  rejeton  de  la  famille  d'Ali,  Iahia,  ar- 
rière-petit-fils de  Hussein ,  demeurait  à  Kazvin,  où  son 
savoir  et  ses  vertus ,  autant  que  son  illustre  origine , 
le  faisaient  considérer  comme  imam  par  la  plupart 
des  docteurs.  Informé  que  le  khalife  Haroun  er-Ré- 
chid  avait  donné  l'ordre  de  l'arrêter  et  de  le  con- 
duire à  Bagdad ,  il  fut  contraint  de  s'éloigner  de  son 
séjour  de  prédilection,  pour  se  réfugier  auprès  de 
Hassan,  roi  du  Mazendérân.  Le  khalife  eut  recours 
à  une  ruse  qui  lui  fut  suggérée  par  Fadhl  ben  Yahia 
».  19 


/. 


v 


174  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

le  Barmecide.  Il  fit  écrire  mi«'  lettre,  revêtue  du  - 1 
.  lui  de  t.>ii>  les  •|.ulis  de  Bagdad,  et  dans  Upifllc 
Vili.i  se  reconnaissait  comme  ton  fidèle  sujet.  Il 
aftfWt  le  même  Fadlil  auprès  de  II  issao  pour  foi 
iiiiiiuniqu*  r  cette  pièce  et  exiger  l'extradition  du 
jbscendunl  d  Vu  Tom  Iti  Ateteurs,  intimides  p.ir 
les  mm. m  aj  .1.  |.i  .  uur  «I'  |  Mjal  -ni  .  |>n>i  limèrent  I.» 
v  ilidité  de  cette  lettre,  qu'au  fond  du  cœur  ils  sa- 
vaient n'être  qu'un  odieux  mensonge,  et  la  •  heJ  dn 
Maxendéran  dut  obéir  a  cette  apparence  de  légalité. 
Quand  Yahia  arma  a  Kaxvin.  sous  la  conduit*  du 
Barmecide,  il  apprit  que  les  habitants  avaiem  i 
leur  témoignage  à  celui  de  ses  eoneuu  > 
•  Gens  de  kasvin,  que  Dieu  confonde  vos  paroles 
(fX-OS'i  -ut»  ç**  tjsjpl  sisH  VH»  On  ,ttnl>ue  à 
cette  imprécation  tous  les  malheurs  qui  tombèrent 
plus  tard  sur  notre  cité  i*o). 

Il  faut  reconnaître  eepetulant  que  Kaxvin  profila 
souvent  des  visites  que  lui  tirent  les  princes  ■hbop 
sides,  et  not. minent  II  ll.uli  .  t  ll.iroun  er  llécrml 
Ce  dernier  y  séjourna  quelques  temps  pendant 
expédition  dans  le  Khorasp  <  e  fut  alors  qu'il 

diminua  les  impôts  et  les  corvées  de  la  v 
teneur  de  la  lettre  qui  fut  délivrée  à  cette  occasion 

«Au  nom  de  Dieu  clënn-m  i  I  miséricordieux 

m  L'esclave  de  Dieu  Ha  roui  i 
tants  de  kaxvin. 

«  Vousaves  exposé  au  prince  des  croyants  que.  votre 
ville  étant  sur  la  frontière  et  dans  le  voisinage  des 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  275 
ennemis,  vous  étiez  sans  cesse  obligés  de  pourvoir  à 
l'entretien  de  vos  armes,  de  vos  chevaux  et  de  vos  mu- 
nitions pour  combattre  les  Deïlémiens  ;  que  le  prince 
des  croyants  avait  confirmé  entre  vos  mains  la  pos- 
session de  vos  terres,  de  vos  jardins  et  autres  biens, 
et  les  avait  exemptés  du  kharadj .  Vous  nous  avez  de- 
mandé la  promulgation  et  l'expédition  de  cet  ordre. 
Le  prince  des  croyants ,  désireux  de  vous  prouver  sa 
bienveillance  et  d'augmenter  vos  ressources  de  dé- 
fense ,  a  accueilli  votre  demande ,  et  ordonné  à  ses 
agents  de  ne  vous  inquiéter  en  rien.  Que  tous  ceux 
qui  liront  cet  écrit  y  ajoutent  foi  et  se  gardent  bien 
de  résister  à  Tordre  de  l'émir.  Écrit  par  Ismail  ben 
Sabah,  à  la  fin  du  mois  de  zil  qadèh  l'an  1 89  (2  1).  » 

Le  séjour  des  princes  seldjouqides  ne  fut  pas  moins 
favorable  à  Kazvin.  Ainsi,  le  sultan  Mélik  Schah,  au 
milieu  des  troubles  qui  agitaient  son  empire,  n'ou- 
blia pas  l'état  déplorable  dans  lequel  les  incursions 
des  Deïlémiens  avaient  mis  cette  ville,  et,  pour  y 
remédier,  il  y  établit,  comme  gouverneur,  le  fds  d'un 
de  ses  esclaves,  Tpurân,  avec  ordre  de  se  marier 
dans  le  pays  et  de  veiller  avec  le  plus  grand  soin  à 
sa  défense  et  à  sa  prospérité. 

Sultan  Arslan  établit  à  Kazvin  son  quartier  géné- 
ral lorsqu'il  assiégea  la  grande  place  des  Ismaéliens , 
contre  laquelle  avait  échoué  son  oncle  Mess'oud,  et 
il  ne  s'en  éloigna  qu'après  la  prise  de  cette  place,  à 
laquelle  on  donna  alors  le  nom  de  Arslan  Kucha. 

Les  nobles  familles  de  la  ville  furent  toujours  dis- 
posées à  accueillir  les  rois,  qu'ils  fussent  dans  la  pros- 

»9« 


176  OCTOBRE  NOVEMBRE  18' 

pcritéoudans  l'infortune.  Ce  fut  ainsi  «ju  mules  mem- 
bres dr  la  famille  kermani,  lope  clans  i 
(y**^^).  recueillit  rhc/.  lui  Mohammed,  til-  du 
roi  de    khin/m      luv.mt  devant   les  Mogol- .   aaj| 
ibekSaad  ben  Zengui,  poursuivi  par  le  kluream 
Schah,  trouva  asile  et  protection  chei  Emad  eddin 
Zakani.  On  remarqua  que,  maigre  la  disetd 
gnait  alors,  son  hôte  dépensa  la  moitié  de  son  b 
pour  que  l'illustre  réfugié  trouvât  ch>     hn  une  hos- 
pitalité princière.  Saad,  devenu  prince  du  Fars, 
n'oublia  pas  ce  qu'il  devait  à  Zakani;  il  le  I 

m.  et  lui  donna  mille  preuves  de  sa  muni 
nce  et  de  son  amitié.  Un  autre  personnage  cl' 
famille  des  Imkhariens  eut  chez  h:i    pendant  huit 
jours,  le  sultan  Abqai  Khan,  suivi  de  son  fils  <-t  de 
toute  sa  cour,  et  sa  fortune  était  assez  considérable 
pour  qu'il  put  défrayer  tout  son  mon.!  ma- 

gnificence, et  sans  PÉOOHÉ  a  un  emprunt 

Il  serait  trop  long  de  citer  tous  I 
gneurs  de  la  cour  mogole  qui  passèrent  à  K 
et  se  plurent  a  y  résider  (ai). 

Ml 

Gouferoeur»  de  ta  protince  de  kâivm  ,  deptm  la  ronqu^ir 
jatqa'a  no»  jour*. 

Sous  les  anciens  Kosroês,  alors  que  kazvin  était 
renfermé  dans  l'étroit  faubourg  construit  par  Châ- 
pour,  les  gouverneurs  de  la  province  n'y  résidaient 
pas;  ils  passaient  l'été  à  Roudbar  et  l'hiver  à  Rey. 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.         277 

Lorsque  la  lumière  de  la  foi  éclaira  notre  pays, 
voici ,  d'après  l'ordre  chronologique  ,  la  suite  des  gou- 
verneurs qui  l'ont  administré  : 

Khalifat  d'Omar.  —  Abou  Dodjana  Semmak  l'An- 
sarien;  Kéthir  ben  Ghéhab  el-Hareçy. 

Khalifat  d'Osman.  —  Saïd  ben  el-Ass  el-Amouy, 
délégué  par  Valid  ben  Okbah. 

Khalifat  d'Ali.  —  Rebi  el-Khaïthem:  de  Koufa; 
Aboul  Arif  el-Ardhi  ;  Merreh  ben  Schoraïl ,  de  Ha- 
madan;  Obeïdah  ben  Amr  Selmani;  Kortah  ben 
Abtah. 

Règne  des  Ommiades.  —  Hadjadj  ben  Youcef ,  qui 
gouvernait  toute  la  Perse,  donna  à  son  fils  Moham- 
med la  garde  des  frontières.  Lorsque  Yezd  ben  Mohèl 
lèb  succéda  à  Hadjadj ,  les  gouverneurs  de  Razvin  fu- 
rent :  Nesseh  ben  Moslem  ;  Nasr  ben  Siarkesan  (?). 

Règne  des  Ahhassides.  —  La  famille  des  Barme- 
cides  eut  d'abord  pour  appanage  particulier  le  gou- 
vernement de  la  Perse  et  du  Khorassan. 

Ali  ben  Yssa,  fils  de  Mabân  ^LaU  ^\ ,  leur  suc- 
céda. 

Sous  la  domination  des  Thahèrides,  la  province 
eut  des  gouverneurs  particuliers,  qu'il  serait  trop  long 
d'énumérer. 

Le  khalife  Mo'tassem  ,  informé  des  incursions  in- 
cessantes que  les  Deïlémiens  faisaient  sur  celte  fron- 
tière de  l'empire ,  et  convaincu  des  dangers  qui  pou 
vaient  en  résulter  pour  ses  états  s'il  les  laissait  im- 
punies ,  enleva  Kazvin  aux  gouverneurs  de  l'Irak  et 
du  Khorassan ,  et  donna  le  pouvoir  civil  et  militaire 


178  <    rOBKt-NOVfcMBIlh   161 

de  la  province  à  Bedr,  fil»  de  raklir  t  d  I  )<  mlèh  Abou 
Mansour  le  koulien,  qui  était  de  la  race  de  Hourr 
ben  Zeîd.  Ce  cbef  s'y  établit  l'an  ja3.  et  pendant 
près  de  deux  siècles  sa  famille  conserva  ces  fonctions 
avec  le  surnom  de  l'Ain  •  «I  D  .1  ..m    ingt- 

huit  ans,  l'autorité  de  la  maison  d'Abbé  ne  lut  pas 
contestée.  Haean  ben  Zeîd,  s'étant  revoit-  i  ontiv  l.i 
cour  de  Bagdad  (i5i  de  l'hégire),  occupa  la  pro- 
viner  pendant  deux  ans.  Mouea  ben  Bouqa  la  rtatitu  i 
à  ses  premiers  possesseurs  (  1 53  ) ,  et  pendant  huit  ans 
encore  les  Fakhr  ed-Doulèh  l'adn ;  ut 

Quand  les  Samanidcs  prirent  aux  Béni  Leis  le 
Thabaristin.  le  Masenderàn  et  une  partie  de  l'Iraq. 
Elias  ben  Ahmed  fut  leur  délégué  à  Kaz\ 
deux  aux.    ' 

Eu  39a .  les  khalifes,  rentrés  en  possession  de  ces 
états,  replacèrent  r'uihr  ed-Doulèh  XII  à  lu  t.  I    i 
la  province,  qu'il  administra  pendant  vingt-sept  ans. 

Sous  le  règne  des  Bouetdes  (3a  1  ),  la  iiiênsfifcl 
nulle  tut  au  pouvoir  pendant  près  d'un  siècle,  Hoâ 
que  l'attestent  les  chartes  et  brevets  conservés  dans 
ses  archives. 

iai,  sous  le  règne  de  sultan  Mahmoud  le  Gai- 
r  de  cette  maison  mourut,  en  laissant 
un  li h  unique  trop  jeune  |K>ur  pouvoir  succéder  à 
son  père;  Mahmoud  donna  à  un  favon 
kunuti.  la  juridiction  du  conseil  d'état,  charge  qu'il 
nomm.i  a**«i  Telle  est  l'origine  des  fonctions  de 
mustôli ,  (]ui  ont  toujoturs  subsisté  depuis.  Jusqu'à 
reste  époqui     lei   kaxvinicm  étaiern   i.-ir.,  isièiei 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  ftfg 
aux  préceptes  de  la  sainte  religion,  ils  n'avaient  pas 
mangé  le  pain  du  doute,  et  Dieu  les  avait  récom- 
pensés de  leur  piété  en  ne  leur  donnant  que  des  chefs 
vertueux  et  intègres.  Karasti,  homme  fourbe  et  cu- 
pide, jeta  le  trouble  dans  cette  heureuse  cité,  pour 
pouvoir  l'opprimer  avec  plus  de  facilité.  Il  réunit  un 
jour  les  notables  et  leur  dit  :  «Ce  que  j'ai  à  vous 
demander  est  une  chose  bien  minime  ;  car  mes  goûts 
sont  modestes,  et  la  modération  nous  est  commandée 
par  le  livre  divin.  Je  désire  que  chacun  de  vous  m'ap- 
porte seulement  un  certain  nombre  d'œufs;  je  les 
ferai  éclore,  et  le  produit  de  mon  poulailler  suffira 
à  toutes  mes  dépenses.  » 

Les  Kazviniens ,  touchés  de  la  modération  de  leur 
chef,  s'empressèrent  de  satisfaire  à  sa  demande,  et 
les  œufs  furent  déposés  dans  un  vaste  grenier.  Le 
lendemain ,  Karasti  les  convoqua  de  nouveau  :  «  J'ai 
eu  un  songe ,  dit-il ,  qui  me  prouve  qu'en  vous  pre- 
nant une  portion  de  votre  bien,  quelque  minime 
qu'elle  soit,  j'ai  enfreint  les  lois  de  la  justice.  Allez 
dans  ce  grenier,  et  que  chacun  de  vous  reprenne  ce 
qu'il  a  apporté.  »  Mais  les  habitants ,  dans  leur  en- 
thousiasme, avaient  négligé  de  désigner,  par  une 
marque  particulière,  leur  redevance  personnelle. 
Quand  il  fallut  procéder  au  partage ,  on  ne  put  s'en- 
tendre; il  y  eut  contestation  ,  rixe,  et  le  sang  coula. 
La  mésintelligence  régna  dès  lors  parmi  eux,  et  le 
perfide  gouverneur  en  profita  pour  faire  peser  sur 
eux  le  joug  Je  plus  lourd;  mais  il  ne  jouit  pas  long- 
temps du  succès  de  son  stratagème;  caril  fut  tué.  un 


HI  KihKK    \u\LMbKt    l»57 

m  ..pu •>    dans  DM  M(litH)ii  populaire    iS     >uu  Mie 
cesseur  lut  Hamza,  h!    il-   \eç'à,  qui  réunit  ce  gou- 
vernement i  ceJui  (ir  Kuum,  pendant  deux  ans.  Après 
lui,  I  «iiur  Cbérif  Àbou  Ali  Mohammed   Djaieri  et 
ses  enfants  gouvernèrent  le  pays  pendant  soin: 
ans.  Le  dernier  rejeton  de  cette  famille  fut  Abou  Ali 
Cherèf  Schah ,  fils  de  Mohammed  Djaieri.  Ce  gouver- 
neur, propriétaire  de  presque  tous  les  village* 
et  d'un  grand  nombre  de  greniers  et  de  jardins,  avait 
un  revenu  de  36o,ooo  dinars  d'or;  sa  table  absor- 
bait chaque  jour  six  cents  mou  de  pain  et  cent  vingt 
de  viande,  poids  de  Kaivin.  Malgré  cette  immense 
fortune ,  il  était  sans  faste  et  sans  ostentation ,  et  sor- 
tait vêtu  de  la  farun  l.i  plus  modeste,  II  uiouiut  en 
hSà ,  laissant  ce  riche  héritage  à  une  fille  unique. 
Celle-ci.  d'une  imprévoyance  et  d'une  prodigalité 
sans  borne,  dépensa  en  peu  de  temps  imh  1 
de  son  père ,  et  on  la  vit,  à  la  fin  de  sa  \ 
der  son  pain  dans  les  rues  à  la  charité  publique 

I  plede  l'instabilité  des  biens  d        un  ni 

qui  prouve  que  l'homme  ne  doit  ici-bas  songer  qu'aux 

provisions  nécessaires  au  suprême  voyage. 

Ne  te  Uisse  pas  séduire  par  l'appât  des  richesses  et  les  joie* 
de  la  vie; 

La  fortune  e»i  une  eau  courante,  et  la  vie  tint  mfiik 
romun  Ir  vent. 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  281 
Au  dernier  des  Djafèrides  succéda  Emad  ed-Dou- 
lèhTourân ,  fils  d'Alfakacht,  esclave  de  Melik  Schah. 
Ce  personnage  et  son  fils  exercèrent  nominalement 
le  pouvoir  pendant  cinquante  et  un  ans;  mais,  re- 
tenus à  la  cour  par  leurs  fonctions,  ils  déléguèrent 
leur  autorité  à  un  esclave,  nommé  Zahèd  Kham- 
mar  Tach.  Celui-ci,  homme  pieux  et  juste,  remit 
de  l'ordre  dans  l'administration ,  contribua  à  l'em- 
bellissement de  la  ville,  et  y  fonda,  ainsi  qu'à  la 
Mecque,  un  grand  nombre  de  legs  d'utilité  pu- 
blique, à  l'usage  des  Kazviniens.  Il  mourut  en  53o; 
mais  déjà  quelques  années  avant  sa  mort  il  s'était 
éloigné  des  affaires  pour  se  consacrer  à  Dieu.  Son 
agent  fut  un  certain  Yça  Nasrani.  A  la  mort  de  Al- 
fakacht,  fils  de  Touran  (2/»),  les  imams  de  Kazvin 
demandèrent  un  gouverneur  à  la  cour  de  Bagdad  ; 
le  khalife  Moktafi  désigna  un  de  ses  esclaves,  nommé 
BouraTKjouch  Bazdar  jtajl*  jj*.  Ji  jjj  ,  qui  fut  le  chef 
d'une  famille  qui  gouverna  la  province  pendant  cent 
seize  ans.  Le  dernier  rejeton  fut  Mélik  Naçir  eddin 
Bouranqouch.  Sous  la  dynastie  mogole,  Mohammed 
Iftikhar  eddin  reçut  de  Sultan  Mengou  Qaân  le  gou- 
vernement de  Kazvin  (65 1  de  l'hégire),  et  le  parta- 
gea avec  son  frère  Imam  eddin  Yahia  pendant  vingt 
et  un  ans.  En  67*7,  on  vit  également  deux  gouver- 
neurs, l'émir  Amr  le  Chirazien,  et  Khadjèh  Fakhr 
eddin  Mustôfi.  Jusqu'à  la  fin  du  règne  d'Oldjaïtou 
Khân ,  le  pouvoir  se  maintint  presque  toujours  dans 
la  famille  des  Iftikhariens.  Enfin ,  à  l'avènement  de 
Abou  Saïd  Behadour  Khân  (que  Dieu  prolonge  son 


Ml  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857 

règtel  .  I.i  proutuv  ,i  été  tlAiiiire  j>;u  le  Millau  .1  ■ 
graixl  m.  1.  ,  Goundjèli  khatouu,  o****  **?£*  P*** 
les  dépenses  de  sa  maison 


VIII. 

Nomenclature  des  principale»  famille*  de  Kaivin,  de  tes  *&• 
elde  se*  docteur». 


Les  familles  ies  plus  notables  de  cette  province 

(  toutes  d'origine  arabe  (a  5).  Lorsque  Mouça  ben 

lioti<|  1  <  1  wivertit  en  dm  râla  iatpotttuit  I  antique 

K  >sroès,  il  invita,  sur  l'ordre  du  kbalife, 

les  tribus  ré|>aiiducs  dans  les  environs  à  te  réunir 

I  nis  l'enceinte  même  de  la  ville.  Quelques-unes  ré- 
pondirent à  cet  appel,  tl  u  mêlèrent  à  la  population 
primitive.  A  cet  deux  éléments  anciens  s'ajouta ,  plus 
tard ,  une  autre  classe  plus  distincte  ;  car  l'usage  éta- 
blit que,  lorsque  un  citoyen  parvenait  à  un  grade 
éminent  ou  se  distinguait  par  son  mérite,  son  m  an 
se  transmettait  i  tes  descendants.  Telles  sont  les  trois 
sources  d'où  dérivent  les  maisons  illu>tn.'«  du  pays. 
Avant  d'en  donner  l'historique ,  il  est  convenable  de 
citer  succinctement  les  descendants  du  Prophète,  les 
•  beïkht  et  les  docteurs  qui  ont  répandu  tant  d'éclat 
sur  cette  ville  privilégiée. 

Si ,  parmi  les  plus  anciennes  familles  du  monde 

•  Ile  des  Seïds  est  la  plu>  m  la  plus  digne  de 

respect ,  on  doit  re<  ;  e  aussi  que  les  rejetons 

de  cette  race  qui  ont  liabite  ou  habitent  kazvin,  se 
sont  montrés  dignes  .1.    I.ni  tfng  jui   la  part ■!•   pV 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  283 
leur  foi  et  par  leurs  vertus.  On  n'en  vit  jamais  un 
seul  invoquer  son  titre  de  noblesse  pour  vivre  aux 
dépens  du  public.  Tous  ont  honoré  les  fonctions 
qu'ils  ont  choisies ,  et  plusieurs  même  ont  mérité 
le  nom  de  saints.  Tels  sont  Seïd  Riza,  Seïd  Emad 
eddin ,  Abdel  Azim ,  le  chef  de  la  noblesse  de  son 
temps,  homme  pieux  et  bienfaisant  autant  que  riche  ; 
il  mourut  sans  postérité,  mais  sa  mémoire  nous  est 
encore  chère  ;  Seïd  'Ezz  eddin  Ahmed ,  qui  fut  na- 
qib  de  nos  jours.  Ce  saint  homme  fréquentait  le 
cheïkh  Djémal  eddin,  et  ses  enfants  soutiennent 
l'honneur  de  son  nom;  ils  sont  de  ceux  qui  s'abstien- 
nent d'insulter  les  compagnons  du  Prophète  (2  6)  (<-*-*«»  j^ 
«xjj^jlsî  *j^?).  L'un  d'eux  est  le  noble  Mohammed 
Huçeïny,  grand  juge  de  la  province  de  Sultanièh,  et 
de  tout  le  ressort  de  Razvin ,  d'Abhar,  Zendjân  etTa- 
rèmeïn.  Il  appartient  â  l'école  de  Schafey. 

Nos  docteurs  méritent  un  égal  tribut  d'éloges  ,  au- 
tant par  leur  connaissance  profonde  des  traditions  et 
des  lois  que  par  leur  piété  solide  et  éclairée.  Ils  ont 
toujours  eu  de  l'éloignement  pour  les  sciences  qui 
peuvent  nuire  à  la  religion,  et  ont  consacré  tous 
leurs  efforts  au  soutien  de  la  foi  et  à  la  propagation 
de  leurs  doctrines.  Quelques-uns  ont  dû  à  leur  mé- 
rite d'être  appelés  aux  fonctions  de  grand  vézir. 

LISTE  DES  FAMILLES  NOBLES. 
KiL»jl^vj|      (Race  arabe). 

Le  chef  de  cette  famille  fut  Iftikhar  eddin  Mo 


JM  M»  MU     NOVEMMI   1857. 

Ii.iinii.il  McLri,  descendant  du  kbalife  Abnu  lirkr 
Le  plus  illustre  de  ses  descendants  a  et»   Vléiil  Said 
Iftikhar  eddin  Mobamnn  I  ben  Abou  Nasr,  lune  des 
notabilités  de  Kaivin  sous  la  dynastie  mogole.  Non- 
seulement  il  se  distingua  par  son  mérite  dans  sas 
fonctions  de  rbancelier  et  de  trésoru  i ,  m.ii>  il  cul 
tiva  aussi  les  lettres  avec  succès.  Il  possédait  à  fond 
la  langue  mogole .  et  faisait  autorité  parmi  les  savants 
de  cette  nation  ;  il  a  traduit  en  cette  langue  le  livre 
de  kalila  et  Dimna  (37),  et  les  Àveniui.  >  d     Smd 
bad,  en  turc.  Ces  deux  ouvrages  passent  pour  < 
des  modèles  de  diction   H  fut  appelé  à  la  cour,  sous 
le  règne  d'Oktay  Qaâo ,  pour  y  faire  IV 
Meugou  Qaàn.  Ce  prince,  en  montant  sur  I 
n'oublia  pas  ce  qu'il  devait  à  son  précepteur,  et  lui 
donna  le  gouvernement  de  la  province.  Util  bar  cd 
din  mourut  l'an  678.  bissant  une  fortune  considé- 
rable à  ses  frères.  —  Mclik  Saïd  Yahia.  gou\ 
d'abord  de  kaivin,  puis  de  tout  I  liât  persan.  Ses 
propriétéf  «  tai.nt  immenses,  À  ce  point  qii>      !  / 
nui  jusqu'à  Yeziçérd,  il  pouvait  voyager  sans  so 
de  ses  domaines.  Un  de  ses  frères,  Main 
verna  le  Mazcndcràn;  un  autre,  Ahmed,  le  Gonl 
jistau,  et  un  troisième.  I  lin  Baba,  la  ville  de 

Diarbekir.  Vdua  mourut  après  tous  ses  frères,  à 
Bagdad ,  où  il  fut  enterré  (rebi  ul  akhér  700  de  1  lu 
gire).  Un  an  après  sa  mort,  il  ne  restait  plus  mu  il 
son  immense  fortune.  —  Saïd  viUlm  Baba  1  t  m  fiai 
Ismail,  de  la  mcinc    famille,  ont  laisse  def   poésie* 
esthn 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.         2.S5 
(jUjîijU     (Race  turque). 

Le  chef  de  la  famille  fut  Bouranqouch  Bazdar,  es- 
clave du  khalife  Mouktafi,  qui  lui  donna  Kazvin  à 
gouverner  ;  il  prit  alors  le  nom  de  Mozaffer  eddin , 
qui  resta  à  sa  famille  avec  ses  hautes  fonctions.  Fies 
descendants  actuels  vivent  dans  l'obscurité. 

(jl»jL&j      (Race  arabe). 

Maison  recommandable,  dont  le  représentant  le 
plus  connu  est  Khadjèh  Yzz  eddin  Beehari,  l'agent 
de  Saïn  Khân. 

rjlAJUÔwJ      (Race  persane). 

Tirent  leur  origine  de  Borhan  eddin,  issu  de  l'an 
tique  tribu  des  Keyâns.  Us  sont  fixés  à  Tébriz. 

ijUXiuû      (Race  arabe). 

Issus  de  Houda  (*^y&)  Hanéfi,  chef  des  Arabes 
du  Yemama,  du  vivant  de  notre  glorieux  Prophète. 

/jUvJÎjA^      (Race  arabe). 

Ainsi  nommés  de  la  ville  de  Houlvan,  dont  ils  sont 
venus.  Un  des  ancêtres  maternels  de  mon  père  qui 
gouverna  Rey  était  de  cette  famille. 

/juOOwi»      (Race  arabe). 

Issus  de  Khaled  ben  Welid  el  Makhzoumi  (28), 


M  OCTOBRE-NOVEMBRE   IB37 

ils  se  partagent  en  deux  branches.  La  première  vint 

du  (iiiil.n;  .-Ile  compte  plusieun  SOufil  distingués, 

■  ntre  autres,  Scheikh  Nour  eddin  Keil  (  J^> 

<  onde,  venue  de  Zendjân,  eut  pour  cli 

li  eddin  Ahmed,  qui,  pendant  quatre  ans,  gi 
verna  l'Irak  persan,  tandis  que  son  frère,   Molla 
Qotb  odd m    an  était  le  grand  juge. 

,jVaM^   tiu*. «••»). 

Issus  d'Osman  ben  Assin.  L«»  lom  tions   I    j-iolt 
râleurs  du  rite  de  Schafey  leur  sont  dcvolu<      // 
khalili  est  l'auteur  du  livre  nommé  >\mjlt  qui 
une  histoire  de  Kamn .  il  a  laissé  encore  d'autres 
ouvrages  (39). 

Cette  famille  ne  comni  qu'à  Molla  Saul.  le 

célèbre  docteur.  Hadj  eddin  Ali  k.ulii.  qui  en  est 
sorti ,  était  d'une  érudition  prodigieuse  dans 
sciences  métaphysiques. 

<jl«àtt     l'IWrinb»). 

Rafey  ben  Khadi'.  l'Ansarien ,  contemporain  des 
premiers  khalifes,  en  est  le  chef.  Plusieurs  âéi  tours 
célèbres  en  descendant  Phnam  Djemal  eddin  H.i 
bouey,  en  l'honneur  de  qui  khaqani  a  «dit  un  dis 
tique  connu.  Molla  Aboul  Qassem  Abdel  le n m  (ils 
du  précédent,  a  écrit  plusieurs  ouvrages  util' a  un 
grand  commentaire  du  korau.  un  ..uir>    ^ um 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  287 
taire  abrégé,  le  Kitabé  moharrar,  j^si  <-j\&,  le  livre 
intitulé  Tédouin,  (jjj^',  qui  est  une  histoire  de  Kaz- 
vin ,  etc.  Il  mourut  au  mois  de  zil  qadè  l'an  62  3  ,  et 
fut  enterré  dans  le  cimetière  de  Kounber  (3o). 

(jIajI&V)     (Race  arabe). 

La  famille  des  Zakaniens  est  issue  des  Béni  Khaf- 
fadjèh,  x>-lii-  &*3.  Ils  ont  conservé  le  sauf-conduit 
que  notre  glorieux  Prophète  leur  accorda  après  leur 
conversion.  Ce  document  vénérable  est  de  la  main 
d'Ali,  et  revêtu  des  cachets  d'Omar,  d'Abou  Bekr 
Selman  Faressy,  etc.  Cette  famille  se  divise  en  deux 
branches.  La  première,  dite  des  Ylmiens,  ylxfcs*,  a 
été  illustrée  par  l'imam  Rokn  eddin  Mohammed,  qui 
déploya  un  si  grand  zèle  dans  les  affaires  de  religion. 
On  sait  que,  sous  les  premiers  princes  mogols,  une 
grande  querelle  s'éleva  entre  les  sunnites  et  les 
schiites.  Rokn  eddin  Zakani,  ardent  promoteur  du 
sunnisme ,  se  rendit  auprès  de  l'émir  qui  gouvernait 
le  Khorassan,  et  triompha  de  ses  adversaires  dans 
toutes  les  discussions  théologiques.  Maître  du  champ 
de  bataille  et  soutenu  par  le  prince ,  il  fit  fabriquer 
un  poinçon,  sur  lequel  était  gravé  le  portrait  d'O- 
mar, le  fit  rougir  au  feu  et  l'imprima  lui-même  sur  le 
front  des  dissidents.  L'autre  branche  existe  encore. 
Safi  eddin  et  Nizam  eddin  Obeïd  Allah  ont  laissé 
des  poésies  et  des  traités  (*iL«j)  estimés. 

IJrJ-dij     (Race  arabe). 

Ainsi  nommés  de  Moçab ,  fils  de  Zobeïr.  C'est  une 


ISS  OCTOBHK  MiVRMBRE  1857. 

famille  dfl  docteurs.  Aboti  Suleïman  Ahmed  e#1 
plus  connu 

Bf  remontent  à  Zadàn.  chef  dune  tribu  arabe  et 
contemporain  du  Prophète,  ainsi  que  l'atteste  un*' 
lettre  de  la  main  d'Ali,  qui  les  autorise  n  habiter  As- 
calon  ou  kazvin.  Mon  aïeul  maternel,  Heibet  Allah 
Omar,  était  de  -  Imam  rddii 

dans  son  Tédouin,  rapporte,  sur  son  compte,  mi 
très-singulier  :  i  II    I    I  Allah,  dit-il.  avait  im- 
pulsion profonde  pour  l'usage  des  pleurcuv 
avait  souvent  recommandé  qu'elles  fussent  bannies 
de  son  convoi.  A  ta  mort,  sa  f;n  longée  (bnfl 

la  douleur,  oublia  cet  avis,  et  les  pleureuses  furent 
appelées  selon  la  coutume.  Mais  elles  avaient  à  peine 
commencé  leurs  lamentations,  que  les  anrittinti 
épouvantés  virent  le  mort  se  dresser  sur  son  séant 
et  se  tenir  ainsi  immobile  et  muet,  jusqu'à  ce  Mm 
ces  femmes  eussent  été  éloignées.  »  La  raison .  il 
vrai,  a  peine  à  admettre  un  fait  aussi  étrange;  mais 
n'oublions  pas  quelle  ne  peut  pénétrer  les  desseins 
de  Dieu,  et  d'ailleurs  l'autorité  de  i  imam  Kafcy  est 
aana  imposante  pour  faire  acce|  comas* 

authentique. 

j^hwui     (  R«cp  indigent). 

Le  chef  de  cette  famille  importante  était  un  pauvre 
homme  de  Kazvin .  qui  portait  encore  le  bonnet  de  peau 
d'agneau.  Son  fils    Hadji   B»<lr  .-(Min.  amassa  une 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  289 
belle  fortune,  et  fut  intendant  criminel  de  la  ville. 
Un  des  fils  de  ce  dernier,  Houçam  eddin ,  fut  le  fa- 
vori de  Bouqa ,  chef  de  Yolous  d'Argoun  Khàn  ;  il  fut 
entraîné  dans  la  disgrâce  de  Bouqa ,  après  avoir  long- 
temps gouverné  le  Fars.  Un  de  ses  neveux,  Medjd 
eddin,  gouverna  aussi  cette  province. 

/j  UÇtw *  \jo     (  Race  arabe  ) . 

Issus  de  Thaous,  fils  de  Keiça,  un  des  succes- 
seurs des  compagnons  du  Prophète.  L'imam  Abou 
Djafar  Iraki,  de  cette  famille,  fut,  d'après  le  témoi 
gnage  de  l'imam  Rafey,  le  favori  de  plusieurs  prin- 
ces, et  profita  de  sa  haute  position  pour  alléger  les 
châtiments  et  les  amendes  infligés  au  peuple.  Son 
fils,  Molla  Saïd  Ala  eddin,  se  distingua  par  sa  piété 
et  sa  science;  il  a  écrit  un  traité  intitulé  iuuX*3.  Il 
mourut  en  672.  Une  branche  collatérale  a  fourni 
plusieurs  hauts  fonctionnaires  et  même  des  grands 
vézirs. 

(j  Luw  U*     (  Race  arabe  ) . 

Ils  descendent  d'Abbas,  fils  d'Abd  el-Mothaleb. 
La  perception  des  impôts  de  la  province  est  une 
charge  héréditaire  dans  cette  famille. 

/jLmUI£     (Race  arabe). 

Le  chef  de  cette  famille  très-récente  est  le  grand 
imam  Nedjm  eddin  Abd  el-Gaffar,  auteur  du  livre 


m  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

^jUl  JL». ,  ou  Commentaire  de  jurisprodenc*  .  il  lut 
une  des  gloires  de  l'école  de  Schafcy.  Sa  mort  arrita 
le  8  du  mois  de  moharrem  l'an  665,  ainsi  que  l'at- 
teste un  vers  d'une  élégie  composée  en  son  honneur 
par  le  poète  Zakani,  qui  était  ton  neveu  (3i).  La  <li 
gnité  d'imam  est  restée  danj  cette  famille. 

La  famille  des  Filougouck  est  originaire  du  D 
lem.  liorsque  la  secte  maudite  des  hérétiques  en- 
vahit ce  pays,  le  chef  de  cette  maison ,  qui  était  très- 
attaché  a  l'orthodoxie,  quitta  son  pays  et  se  fixa  à 
kazvin.  C'était  un  homme  riche  et  bA M  lisant,  et 
son  fils ,  Djémal  eddin  Filongooch ,  se  distingua  après 
lui.  S'il  existe  encore  des  héritiers  de  ce  nom ,  ils  vi- 
v< m  dans  l'obscurité. 

Khadjèh  Pakhr  eddin,  chef  de  la  justice  au  grand 
conseil ,  exerça  si  longtemps  ces  fonctions  et  avec  une 
telle  supériorité, que  l'épithète  dcçorvt  ou  «  l'homme 
de  lois  »  lui  resta,  et  fut  transmise  à  ses  descendants. 
Son  fils.  Eu  eddin,  fut,  grâce  à  la  protection  d'un 
de  mes  ancêtres,  Emin  i-ddinNasr,  intendant  de  Mo- 
hammed ben  Ildenix,  que  le  roi  de  khareim  avait 
nommé  gouverneur  de  l'Irak.  Son  petit- fils,  Emad 
eddin ,  fut  le  vékil  ou  agent  de  l'émir  karakay.  Lors- 
que le  khalife  fut  tué  par  les  Mogols,  l'émir.  d<  venu 
gouverneur  de  Bagdad,  emmena  Emad  eddin  avec 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  291 
lui.  Ce  dernier  se  montra  si  zélé  pour  les  intérêts 
des  habitants,  qu'on  le  surnomma  le  troisième  Omar 

<jâ|%Lj>     (Race  turcomane). 

C'est  une  petite  tribu  turcomane ,  qui  arriva  avec 
les  Mogols ,  s'établit  ici  et  acquit  des  biens  considé- 
rables. La  beauté  et  l'amour  de  la  musique  étaient 
héréditaires  chez  les  Qaravoul,  et  on  cite  plusieurs 
musiciens  célèbres ,  même  des  femmes ,  qui  appar- 
tiennent à  cette  famille,  maintenant  éteinte. 

#j  Ia±>>0      (  Race  arabe  ) . 

Abou  Dolaf  Adjeli  vint  en  Perse,  sur  l'ordre  d'Ha- 
roun  er-Réchid ,  et  construisit  la  petite  ville  de  Ke- 
redj,  dont  il  prit  le  nom.  Aboul  Qaçem,  le  martyr, 
enterré  dans  la  grande  mosquée,  est  un  de  ses  des- 
cendants. 

ijLÇS     (  Race  indigène). 

Famille  originaire  de  Deïlem.  Un  de  ses  membres, 
Aboul  Fazaïl ,  qui  habitait  Tébriz  lors  de  la  catas- 
trophe du  roi  de  Kharezm,  empêcha  les  désordres 
et  les  calamités  que  cet  événement  avait  fait  naître 
dans  l' Azerbaïdjan.  Son  fils,  Mouhi  eddin,  fut  chef 
des  Qadis  de  Tébriz. 

rjLyXl»      (  Race  arabe). 

Issue  de  Malek  ben  Anas,  cette  maison  a  donné 


Wl  OCTOBRE  NOVEMHKK   1X57. 

naissance  à  plusieurs  savants,  entre  autres,  à  KÉMMÏ 
Abou  Djafar  Ahmed  <>t  à  l'imam  /.ukaria  ben  Moham- 
med, auteur  du  livre  célèbre,  ^UaJdeJî  **£l£.  Cet 
iv.iin  vivait  au  moment  de  l'invasion  des  Mo 
gols(3a). 

Ils  tirent  leur  origine  et  leur  nom  .1-    \lak.m  l>.  n 
Kaki  le  Dcîlémite.Sédid  eddin  Ismaîl,  son  p«  tii  fils, 
s'attira  une  grande  popularité,  cornue   jw-.   , ,  ! 
et  intègre.  Un  autre  de  ses  descendants,  Mol  la  I 
eddin  Mohammed ,  fils  de  Chems  eddin  Ahmed ,  était 
chef  des  qadis  de  la  Perse.  Houlagou  Khàn  !<•  <  li  n 
gea  de  détruire  les  hérétique»  maudits,  et,  après  une 
lutte  pénible,  il  parvint  à  en  délivrer  la  religion. 
Puisse  Di«u  le  récompenser! 

yljSWfaM     |  fl*<*  arabe). 

La  famille  des  Mustofi ,  qui  est  celle  de  cet  indigne 
pécheur,  l'auteur  dt>  ce  hwe,  est  une  des  plus  an- 
ciennes du  pays;  elle  remonte  à  Houn  Immi  \v/u\ 

(»**>*  u*J*')-  Depuis  le  règiu-  du  khalife  Motaçem, 
jusqu'à  celui  de  Rad»  i  UiamrilUh  .  elle  gouverna  à 
plusieurs  reprises  Kazvin.  Les  fonctions  de  conseiller 
d'Etat  lui  furent  ensuite  dévolues.  Ce  fut  sous  le  rè 
gne  du  sultan  Mahmoud  le  Gaznévidc,  qu'un  de  nos 
ancêtres  paternels  devint  Mustôfi;  il  s'appelait  i-.inin 
eddin  Abou  Nasr.  Riche  et  cou  il  fut  long- 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  293 
temps  un  des  agents  les  plus  influents  du  gouverne- 
ment; devenu  vieux,  il  renonça  aux  affaires,  fit  le 
pèlerinage  de  la  Mecque,  et  s'adonna  aux  pratiques 
les  plus  rigoureuses  de  la  vie  ascétique.  Un  jour,  se 
trouvant  avec  le  vénérable  scheïkh  Nour  eddin  Keïl , 
il  lui  dit  :  «  Pendant  que  j  étais  en  place ,  j'ai  sou- 
vent cédé  à  la  corruption  et  accepté  des  cadeaux. 
Telle  est  l'origine  de  ma  fortune.  Ces  biens  mal 
acquis  pèsent  maintenant  sur  ma  tête  comme  un 
lourd  fardeau.  Que  dois-je  faire  pour  alléger  ma 
conscience  ?  —  Vous  devez,  avant  tout,  lui  dit  le 
cheïkh,  restituer  ces  biens  à  leurs  maîtres.  —  Hé- 
las !  reprit  Emin  eddin ,  ils  se  réuniront  contre  moi 
au  tribunal  de  Dieu ,  mais  les  rassembler  ici-bas  se- 
rait chose  impossible.  —  Puisqu'il  en  est  ainsi ,  ré- 
pondit le  saint,  prenez  les  armes  contre  les  enne- 
mis de  la  foi  et  mourez  en  martyr.  Cette  mort  vous 
absoudra ,  car  le  Prophète  a  dit  :  Le  glaive  efface  les 
péchés,  c^j-j«>Jl  *L^  o»^*Ji.»  Mon  aïeul  s'éloigna 
tristement,  et  en  déplorant  que  son  âge  et  ses  infir- 
mités l'empêchassent  de  racheter  ses  fautes  par  une 
fin  méritoire.  Peu  de  temps  après ,  les  Mogols  s'em- 
paraient de  la  Perse.  Emin  eddin  tomba  entre  leurs 
mains,  et,  dans  l'espoir  d'une  forte  rançon,  ils  épar- 
gnèrent ses  jours.  En  effet,  le  vieillard  les  conduisit 
dans  sa  maison ,  en  leur  promettant  de  leur  livrer 
les  trésors  qu'il  y  avait  cachés;  mais  à  peine  étaient- 
ils  entrés,  il  s'arma  d'un  bâton  et  fondit  sur  eux,  en 
cherchant  de  sa  main  débile  à  les  repousser.  Il  fut 
aussitôt  égorgé,  et  mourut  en  martyr.  Ainsi  se  véri- 


OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

fia  la  parole  du  scheïk.  Un  de  tes  petits-fils,  Paklir 
eddin  Mohammed,  gouverna  l'Arnu n-  1 1  lut  grand 
vézir  pendant  un  an.  Mon  frère,  Zein  eddin  Moham- 
med, a  occupé  des  charges  importai!  Il  |  été  l'a- 
gent accrédité  et  l'ami  du  célèbre  ministre  Khaijèk 
Hechid  eddin,  le  martyr  (33). 

An- i  MM  t  anille  ,  éniÉH  .lujuuni  Imi .  M  qui  la 
bitait  le  quartier  de  Destjcrd,  non  loin  du  jardin  du 
Meîdan.  Plusieurs  tradiuonnistes  ont  porté  ce  nom 
et  on  prétend  même  que  le  savant  11  liapp;u 

tenait  à  cette  famille.  L'auteur  du  Kitabé  téérin  ra- 
conte qu'on  entendit  on  soir  dans  kaxvin  un*'  voix 
éclatante .  qui  semblait  partir  de  la  grande  mosquée, 
et  qui  criait  :  «  Famille  de  Merxuban ,  préparex-vous 
au  voyage  !  »  Cette  nuit  même ,  quarante  personnes 
de  cette  famille  moururent  subitement 

Lors  du  tremblement  de  terre  qui  renversa  la  ville 
de  Nichapour,  en  56o,  parmi  les  familles  qui  un 
grèrent,  étaient  quelques  juges  qui  vinr<  m  liabitei 
Kaxvin;  on  cite  surtout  Ali  beu  Abder  Reaaaq ,  qui 
fut  vêtir  du  roi  de  kbarczm.  Notre  ville  doit  à  ce  ma- 
gistrat un  collège,  un  hôpital,  des  bains  qu'il  légua 
a  la  grande  mosquée. 

y \*jyÀ  $yt     [  IU«  turque }. 

Le  chef  de  cette  famille  est  l'émir  Gumuck  0*ù , 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.  295 
issu  de  Tabanèk  Khan,  chef  de  la  horde  des  Naï- 
mans.  Ce  Gumuch  fut  intendant  de  la  ville,  sous 
Oktay  Khan,  vers  l'an  600.  Son  fils,  Boula  Timour, 
reçut  le  titre  d'émir,  et  acquit  de  grands  biens  dans 
l'Irak  et  le  Khorassan.  L'héritier  actuel  de  cette  mai- 
son est  Nousret  eddin  Boqay,  homme  riche  et  bien- 
faisant. 

Tel  est  le  tableau  très-succinct  des  principales  fa- 
milles qui  ont  successivement  illustré  notre  province  ; 
je  n'ai  pu  en  citer  beaucoup  d'autres,  qui  se  recom- 
mandent par  leur  origine  et  leur  mérite,  dans  la 
crainte  d'allonger  ce  récit  et  de  fatiguer  l'attention 
du  lecteur. 


A  la  suite  de  la  monographie  dont  je  viens  de  don- 
ner une  rapide  traduction,  Hamd  Allah  Mustôfi  avait, 
dans  un  chapitre  final,  résumé  tout  son  livre ,  à  l'aide 
d'un  ingénieux  moyen  mnémotechnique,  fort  goûté 
de  nos  jours,  et  dont  le  vézir  Rachid  eddin  lui  avait 
suggéré  l'idée.  Le  savant  ministre,  nous  dit  Kazvini, 
avait  terminé  sa  grande  chronique  par  un  arbre  généa- 
logique résumant,  sous  une  forme  claire  et  saillante, 
la  filiation  des  tribus,  des  nations  et  des  dynasties 
dont  il  a  écrit  l'histoire  ;  des  médaillons  ou  légendes 
explicatives  contenaient  la  date  et  les  faits  principaux 
de  chacune  d'elles,  et  le  lecteur  pouvait  ainsi,  d'un 
coup  d'œil,  embrasser  l'ensemble  de  cet  immense 
travail.  Mais,  de  graves  erreurs  s'étant  glissées  dans 
ce  précieux  résumé ,  Mustôfi  en  avait  entrepris  la  ré- 


2V6  OCTOBHE-NOVEMBHK  1857. 

vision,  et  il  se  proposait  de  le  |  i  fin  d<  son 

abrégé.  Soit  qu'il  n'ait  pu  réaliser  ce  projet,  ou,  ce 
qui  est  plus  vraisemblable,  que  des  copistes  négli- 
gents aient  reculé  devant  les  soins  qu'exigeait  la 
production  de  e<-  tableau,  il  ouve  dans  aucun 

des  manuscrits  que  j'ai  pu  examiner,  soit  en  Perse, 
soit  à  Paris.  Cette  lacune  est  regrettable,  non-seul | 
ment  pour  le  travail  »pn  i.il  dont  je  me  suis  occupé, 
mais  pour  l'intelligence  de  tout  le  Tarikké-Gazidèh. 
Mon  intention  avait  été  d'abord  de  rcpnn.  In  |  |,js 
toire  de  Kazvin  au  point  où  l'auteur  fa  ait  laissée,  et 
de  la  conduire  jusqu'à  nos  jours.  Il  n'eût  pas  (  t,  peut- 
ètre  sans  intérêt  de  montrer  cette  ville ,  si  longtemps 
accablée  par  les  guerres  d'invasion  et  les  luttes  > 
gieuses.  renaissant  de  ses  cendres  et  s'élevant  au 
rang  de  capitale,  sous  les  premiers  princes  Séfévis  ; 
assaillie T>icn tôt  après  par  de  plus  cruels  désastres, 
sous  le  règne  éphémère  des  Afghans  et  des  Zends . 
et  parvenant  ainsi,  à  travers  mille  vicissitudes,  jus- 
qu'à la  dynastie  actuelle,  dont  la  sollicitude    quoi 
que  mal  secondée,  a  du  moins  relevé  ses  murai  II 
Les  historiens  moderne*  de  la  Perse  et  les  voyageurs 
européens  m'offraient  i  cet  égard  d'utiles  renseigne- 
ments; mais  ces  recherches  auraient  donné  des  dé- 
veloppements excessif*  à  un  sujet  d'un  intei.  »  lusto 
rique  secondaire  noèsdevoii  plutôt  un 

d'avoir  retenu  trop  longtemps  l'attention  au  lecti  m 
sur  ce  coin  obscur  d'un  empire  dont  l'histoire  gén» 
raie  est  encore  a  faire. 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.         297 


NOTES. 

(1)  Je  passe,  sans  le  traduire,  le  premier  chapitre  ou  j'asl,  qui 
n'est  qu'une  longue  énumération  des  hadis  prononcés  par  le  Pro- 
phète où  par  Ali  en  l'honneur  de  Kazvin.  En  bon  et  pieux  musul- 
man, Hamd  Allah  Mustôfi  a  enregistré  et  traduit  avec  soin  une 
quarantaine  de  ces  sentences  en  s'appuyant  sur  l'autorité  de  l'imam 
Raféy.  Cette  verbeuse  nomenclature  n'offre  aucun  intérêt,  et,  d'ail- 
leurs, comme  le  remarque  judicieusement  Yakout  [Modjèm  el-Boul- 
dan,  sub  littera  /*,  ms.  appartenant  à  M.  Schefer) ,  la  plupart  de  ces 
traditions  ne  doivent  être  accueillies  qu'avec  la  plus  grande  réserve  et 
doivent  être  considérées  plutôt  comme  des  dictons  que  l'amour-propre 
des  Kazviniens,  et  peut-être  aussi  la  politique  des  khalifes  avaient 
intérêt  à  propager.  Par  sa  position  géographique,  Kazvin,  toujours 
exposée  aux  attaques  des  Deïlémiens  ou  des Turcomans, devait  avoir 
sa  part  des  bénédictions  et  des  promesses  accordées  par  Mahomet 
à  toutes  les  villes  frontières.  Le  géographe  arabe  se  contente  de 
citer  les  deux  paroles  suivantes,  qui  lui  semblent  être  authentiques: 
«Kazvin  est  sur  la  terre  l'image  du  jardin  d'Aden  dans  le  paradis;» 
et  cette  autre:  a  On  combattra  à  Kazvin  une  troupe  d'hommes  dont 
le  serment  n'a  aucune  valeur.  »  Ce  fut  sans  doute  cette  réputation 
de  sainteté  acquise  à  Kazvin  qui  engagea  l'illustre  Sahêb  Ismaïl  ben 
Abad  à  y  venir  souvent,  et  le  séjour  de  ce  puissant  ministre  con- 
tribua beaucoup  à  la  prospérité  de  la  ville.  [Nouzhet  cl-Qouloub, 
ms.  127  ancien  fonds,  fol.  366;  voir  ci-dessus,  p.  262.) 

(2)  Plusieurs  exemplaires  du  Tarikhé  Guzidèh  portent  <_jUi=» 
(jLyyl;  mais  c'est  une  erreur,  et  je  pense  qu'il  faut  lire  <_jU.£t> 
qLwa^J[  ,  car  dans  la  préface  du  Nouzhet  el-Qouloub,  Mustôfi  cite  ce 
dernier  ouvrage  parmi  ceux  dont  il  s'est  servi  pour  sa  compilation. 
Le  titre  exact  est,  d'après  Hadji  Khalfa,  JL2J  (j  qLaj  <_>Ll£=> 
(j'cnXJÎ,  par  Ahmed,  fils  d'Abou  Abdallah.  C'est  faute  d'avoir  con- 
sulté le  Nouzhet  que  Langlès  n'a  pu  reconnaître  le  vrai  titre  de  cet 
ouvrage.  (Conf.  Chardin ,  loc.  laud.) 

(3)  Si  la  version  de  l'auteur  du  Tarikhé  Guzidèh  était  adoptée,  la 
fondation  de  Kazvin  remonterait  à  la  moitié  du  11e  siècle  de  notre 
ère;  mais  cette  hypothèse,  peut-être  flatteuse  pour  la  vanité  des 


Ml  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

siasviniens,  me  semble  tout  à  fait  gratuite.  Le  fila  d'Ardéchir  a 
doté  b  Perte  de  ploaiean  ville* .  et  le  postérité  lui  a  bit  honneur  de 
de  fondations  bien  postérieures  4  son  règne  t  c'est  une 

d'Ispaban  et  de  Téhéran .  et  qui  doit  rester  en  dcbon  de  b  critique. 
Hamm  hf*ki*j,  cité  par  Ahmed  Raai,  attribuait  la  fondation  de 
Kaxvin  à  Bebram  1".  vers  l'an  170  de  i.  C.  (  Htft  EkUm,  4*  climat.) 
En  outre,  l'assertion  de  notre  antenr  est  contredite  par  le  témoi- 
gnage du  Loee»  tt-TéMrikk,  qui  ne  noname qne Cbipour  Zoui  Akiaf. 
et  par  l'autorité  pins  imposante  de  l'auteur  dn  MUjh*.  Voit 
termes  mêmes  de  YakooL  •  Kaivin  est  située  à  vingt -sept  brsakhs 
de  Rey  et  à  dôme  farsakhe  d'Abbar,  dans  le  quatrième  climat,  sous 
le  75*  degré  de  longitude  et  le  37*  degré  de  latitude.  D'après  Dm 
el  Fakib .  c*/ae  5nWer  Zomt  AkuJ  qui  fonda  cette  ville  ainai  que  cette 
d'Abber.  Cet  auteur  ajoute  :  •  Le  farter essa  m  nomme  &*}-<—> 
Kmkwm  en  persan.  Le  ville  est  eéparée  eVi  Paie»  par  une  anontagne 
où  les  anciens  rota  avaient  établi  un  poste  de  cavaliers  pour  la  pro- 
téger contre  les  attaquée  dos  Detiénùona  et  dea  voleurs.  •  La  confu- 
sion entre  les  doua  premiers  Icnennnr  est  aasea  fréquente  cbes  les 
historiens  persans,  et  Muetofi  lui-même  y  est  tombé.  (  Voir  ma.  9, 
fol.  38  v-).  Dans  le  même  passage.  l'auteur  bit  remarquer  qne  lea 
1  Coaroce  avaient  rbehitud*  de  donner  am  villes  qu  ils  cone- 
e  fbnne  particulière.  C'est  ainsi,  dit-U ,  que  Zevaèn  a«aii 
la  forme  d'un  faucon,  et  Cbonatar  colla  d'un  cheval -,  Nichapour  figu- 
rait marta—sut  un  éebiquier.  (lia.  9,  tant  voy.  aussi  le  Htft  Eklim, 
kl'uùdtkwim.êiVoyguJgCkvdi*^.  Il,  p.  3q3, en  note.) 

(4)  Ces  événements  sont  rapportés  an  détail  dans  le  livre  II. 
chap.  tv  du  TeriaÀé  Gezidra.  (Conf.  aae.  9.  fol.  38  v*.) 

(5)  Dans  le  Nomzkrt  qui  fut,  comme  on  le  sait,  rédigé  après  If 
rihU  Gexuitt,  Mnafnfi  sembla  avoir  rectifié  cette  date,  car  0  place 
cet  événement  dix  ans  plus  tôt  (en  473).  Yahia  Kaivini  adopte  I  an 
née  466  (  1 54  avant  notre  ère  ;  conf.  «THerbelot).  L'ère  d'Alexandre 
ou  de  Zoul  Qerneîn  est  plus  connue  en  Europe  sous  le  nom  d'ère 
dea  Séleucides  (voy.  Art  i»  veVi/ar  In  doit*,  Paria,  i8so.  discours 
préliminaire);  l'an  463  de  cette  ère  correspond  sot  4  l'année  i5i  de 
J.  C,  si  fou  prenait  pour  base  le  calcul  de  Muetofi,  on  devrait 

b  rédaction  de  son  TvHàé  4  Tan  73o  de  l'hégire  (iSag).  Mais, 
dans  un  autre  passage ,  l'auteur  noua  apprend  que  cent  viugt  ans  se 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.        299 

sont  écoulés  entre  l'invasion  des  Mogols  (599  de  l'hég.)  et  la  com- 
position de  son  histoire,  c'est-à-dire  en  720  de  l'hégire  (i3i9  de 
l'ère  chrétienne).  Ce  passage  permet  de  croire  que  la  date  donnée 
par  le  Nouzhet  à  la  fondation  de  Kazvin  est  plus  vraisemblable  et  plus 
conforme  aux  recherches  ultérieures  de  l'auteur.  On  peut  en  con- 
clure aussi  que  le  Tarihhé  Guzidèh  fut  écrit  entre  719  et  720  de 
l'hégire. 

(6)  Voyez  sur  ce  personnage  YEssai  sur  l'histoire  des  Arabes  avant 
l'islamisme  de  M.  Caussin  de  Perceval,  t.  III,  p.  4î4  et  suiv.;  Aboul 
Faradj,  Hist.  djnastiarum,  p.  117.  Ce  fut  l'an  26  de  l'hégire  (646 
de  J.  C.)  que  Saïd  ben  el-Ass  fut  investi  de  ce  commandement.  On 
sait  que  le  choix  fait  par  Vélid  de  ce  général  fut  un  des  dix  reproches 
que  les  révoltés  adressèrent  à  Osman  avant  de  l'assassiner.  (  Tarikhé 
Guzidèh,  ms.  9,  fol.  47  r°.)  C'est  à  tort  que  Langlès  (Chardin,  t.  II, 
p.  3g5  )  lit  Sad  au  lieu  de  Saïd. 

(7)  Le  manuscrit  1 5  et  le  mien  portent  (H-*»**  »  qui  est  une  mau- 
vaise leçon.  Je  préfère  lire  ^t^,  parce  que  c'est  aussi  le  nom 
d'une  petite  ville  entre  Rey  et  Kazvin  [Meraçid,  fol.  175),  et  nous 
voyons  par  ce  passage  que  les  principaux  quartiers  de  Kazvin  avaient 
reçu  les  noms  des  localités  avoisinantes. 

(8)  Je  me  conforme,  dans  l'orthographe  de  ce  nom,  aux  habi- 
tudes de  la  prononciation  moderne;  mais  nous  voyons  dans  le  grand 
Dictionnaire  de  Yakout  et  dans  l'Abrégé  attribué  à  Soyouthi  que  la 

véritable  prononciation  est  3l^'^.3  destèdjrèd. 

(9)  Le  manuscrit  i5  et  celui  que  j'ai  acquis  à  Téhéran  portent 
v^uo^yû^  ,  qui  n'est  que  la  traduction  arabe  du  même  mot. 

(10)  Ce  fut  en  253  de  l'hégire  que  celte  révolte  éclata.  Mustôfi 
nous  donne  ailleurs  d'assez  longs  détails  sur  cet  événement.  Haçan 
n'avait  autour  de  lui  qu'un  millier  de  partisans ,  mais  d'un  dévoue- 
ment et  d'une  bravoure  à  toute  épreuve.  Mouça,  pour  triompher 
de  cette  poignée  d'hommes  sans  effusion  de  sang,  eut  recours  à  un 
stratagème  souvent  employé  à  cette  époque  :  il  fit  répandre  du  nafte 
derrière  le  camp  des  révoltés  auquel  il  fit  mettre  le  feu  au  moment 
d'engager  le  combat.  Les  soldats  d  Haçan  périrent  dans  les  flammes. 
(Tarikhé  Guzidèh,  ms.  9,  fol.  196  v°;  conf.  Abou'l  Faradj,  p.  175.) 


>oo  OCTOBRE  NOVEMBRE  18*7. 

(I I)  On  peut  consulter  mit  ces  ville*  on  bcwgndc*  I»  Utrmpd 

,1  /m/a,  à  1  exception  ilr  £)2  que  je  u'ei  pu  rotroe m,  mémo  «Uns 
tcteYakoul. 


(12)  Sous  le  règne  de  SulUo  Arslan,  Gis  de  Togroul,  If  terri 
loire  de  Katvin  Tut  le  théâtre  d'une  guerre  acharnée  entre  le*  gou- 
verneurs dlspenso  et  de  Rey,  et  l'armée  du  prince  seldjouqi<! 
bouille  où  le*  révoltes  furent  mis  en  déroute  Tut  livrée  sous  les 
murs  de  Is  ville.  Ouelqurs  su nées  «près ,  les  Ismaéliens  (Mélahidès) 
se  rendirent  maîtres  de  la  ville  et  s'y  fortifièrent.  Le  progrès  de 
leuç»  armes  inspira  de  vives  inquiétudes  à  Arslan ,  qui  marcha  lui- 
même  contre  ces  sectaires.  11  délivra  kaavin,  se  rendit  rosit i 
quatre  autres  places  importantes,  et,  en  dernier  lieu,  de  Q*U> 
QmkM  •  la  forteresse  puissante ,  •  qui  recul  à  cette  occasion  le  nom 
d'AnU*  Km*U.  Enfin,  en  56 1.  Inanèdj,  à  la  tétc  des  troupes 
liaires  que  lui  donna  le  Hhareim  Scbah,  rentra  dans  la  province  et 
pum  les  villes  de  fcatviu.  de  Zcudjan,  dAhbar,  etc.  Cet  désordres 
durèrent  jusque  l'assassinat  de  ce  rebelle,  en  563.  Cesl  à  U  suite 
de  tous  ce*  désastres  que  le  bienfaisant  ministre  d'Arslan 
ces  travaux  de  istueetrsjUiuii  que  le  Oéen  de  U  guerre  avait 
fort  urgents.  (Ils.  9,  fol.  i5oets*it.)  Le  veru  de  Mustofi  aétéi 
et  les  premiers  prince*  séJevie  ont  relevé  les  muraille*  de  la  « 
met*  ces  murs,  icoolreiss  es  briques  non  durcies  au  feu,  sont  pu 
résister  ni  à  l'ennemi  ni  ans  intempéries  de  l'air,  et  déjà  du  temps 
de  Chardin  les  ruines  s  amoncelaieat  autour  de  la  ville.  U  dynastie 
actuelle  a  compris  p^  signalais  la  nécessité  de  ne  pas  laisser  dé- 
mantelées des  places  si  fréquemment  exposées  aux  attaques  du 
dehors.  De  récents  travaux  à  kaivin,  à  Téhris  et  i  khoi,  témoi- 
gnent de  cette  bonne  pensés-,  mais  le  défaut  d'argent,  la  routine  et 
mille  préjugé*  indestructible*  paralysent  constamment  ses  efforts. 
La  prise  si  aisée  de  Boochir  et  les  lenteurs  du  siège  d'Ilérst  ejbjsj 
nent  de  démontrer  que  l'art  de*  fortifications  et  le  génie  militaire 
sont  encore  A  l'état  d'enfance  chex  les  Persans. 

(13)  Il  semblerait,  d'après  ce  titre,  que  lenteur  avait  sous  les 
yeux  le  grand  ouvrage  d'A hou I  llaçan  Ahmed  el-Béladori;  roeis  les 
détails  donnés  par  Yakout  sont  tellement  identiques  k  ce  passage  de 
Mustoû ,  que  je  serais  porté  i  croire  que  ce  n'est  que  par  une  er- 
reur de  copiste  qu'on  lit  ^jloJLfl  <_>Lo  «"•  lieu  <)••  ^jl  jJLJJ  ^j> 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.         301 

(14)  La  plupart  des  chroniqueurs  arabes  sont  unanimes  à  dire 
que  Zeïd  el-Kheïl  mourut  avant  le  Prophète ,  et  M.  Caussin  de  Per- 
cevaî  a  adopté  cette  opinion  dans  son  Essai  sur  l'histoire  des  Arabes 
avant  l'islamisme.  Cependant.  Mustôfi  paraît  sûr  de  son  fait;  il  revient 
sur  ce  personnage  quelques  pages  plus  loin,  et,  dans  une  autre 
partie  de.son  Histoire ,  il  affirme  que  les  traditionnistes  qui  assignent 
à  la  mort  de  Zeïd  une  date  aussi  reculée  sont  dans  l'erreur.  Les 
bornes  de  ce  travail  ne  me  permettent  pas  de  discuter  un  fait  d'une 
importance  aussi  mince.  Je  dirai  seulement  que  l'assertion  de  l'au- 
teur persan  ne  repose  sur  aucune  preuve  positive,  et,  ce  qui  lui 
donne  encore  moins  de  valeur,  le  nom  de  Zeïd  ne  se  retrouve  pas 
dans  le  texte  de  Yakout. 

(15)  Voyez,  sur  cette  localité,  le  Méracid  el-Ittila,  fol.  5o8.  Arwa 
était  fils  du  même  Zeïd  el-Kheïl  dont  il  est  question  dans  la  note 
précédente.  Le  nom  d'Arwa  est  resté  populaire  en  Perse,  parce  que 
ce  guerrier  demeura  fidèle  à  la  cause  d'Ali  et  combattit  à  côté  de 
lui  à  Siffin.  (Conf.  Kitab  el-Agani,  IV,  apud  Caussin  de  Perceval, 
Essai  sur  l'histoire  des  Arabes,  t.  III,  p.  280.) 

(16)  Presque  tous  ces  noms  sont  défigurés  dans  les  exemplaires 
que  j'ai  eus  à  ma  disposition.  J'ai  pu  en  rétablir  plusieurs  en  con- 
sultant le  Modjem  et  son  abrégé,  le  Nouzhet,  et  la  compilation  d'Ah- 
med Razi;  mais  quelques-unes  de  ces  localités  sont  si  peu  impor- 
tantes qu'elles  ne  sont  citées  dans  aucun  de  ces  ouvrages. 

(17)  Kazvini  mentionne  cependant  dans  son  Nouzhet  (ms.  127, 
ancien  fonds,  fol.  365)  on  étang  nommé  Ongueul,  JLGl,  situé  à 
trois  farsakhs  de  la  ville,  et  qui,  même  au  cœur  de  l'été,  fournit  de 
la  glace  en  abondance. 

(18)  Voici  les  détails  que  donne  Yakout  (  Modjem,  loco  laud.  ) 
sur  Ibn  Madjèh ,  détails  extraits  de  l'ancienne  chronique  dTbn  Chir- 
vcïh,  «J»yy&  ,^j|  :  «Parmi  les  imams  de  Kazvin,  on  cite  Moham- 
med ben  Yezid  ben  Madjèh  Abou  Abdallah  el  Hafèz,  auteur  du 
(jx«J|  {_>U£=>,  livre  si  véridique  que,  lorsque  l'écrivain  le  pré- 
senta à  Abou  Zérâ,  celui-ci  lui  dit:  «Je  pense  que,  si  votre  livre 
«  était  entre  les  mains  du  public ,  il  rendrait  inutile  la  lecture  de 
«presque  toutes  les  sommes  (  ~oLa») ,  car  il  ne  renferme  pas  plus  de 


301  OCTOBRE-NOVEMBRE  1837. 

«  vingt  ou  (note  hmdis  dont  la  filiation  aoit  douteuse.  •  L'historien 
Djafar,  fiU  d'Bdri»,  dit  qu'lbo  Madjah  nowit  le  InnJi  de  la  der- 
uim  do  ramadhan.  l'an  17S;  il  taoait  do  pienx  docteur 
qu'il  était  né  l'an  909.— aUalr  aa-tf*od/,  dont  le  vrai  nom 
■■ad  bon  Innail.  mourut  à  kaxv in, âgé  daeaat  vingt aaa, 
1  la  rogna  du  khalife  Motamad.  l'an  .66  ( 879  do  J.  C  Ma.  n*  9, 
»L  961  v*.)-AhinedGaadi.n^wduea1aa«dc«Uurdaeanoaa, 
mourut  sussi  àKairin.eu  S17  (in3),  at  laiaaa  daa  écrits dogme* 
(Jftal  fol.  967  v*.)  —  La  ehafkh  AJeh.  dont  il  eat 


m  lignai  plat  bat .  at  lanilll  irttlfcrt  par  ton 


et  aaa 


(19)  La  caatrtaietif  antre  lia  écrivain*  arabes  al 
j'ai  déjà  an  neriaina  da  etgnesar  à  propos  da  laid  al  Knofl.  ta  pré- 
•outeooc«r«àlégarddacaporaDoaa^Eota^.lo>pre«u«r*.n.r- 
•ueot  qo'Abon  Dodjana  Statwti  fut  tué  à  la  bauille  d'Akrama, 
l'an  1 1  do  rugira  (63a).  Daarfra  part,  la  ténuigatna  da  hlaeton, 
ordiaaireaaent  ai  aaact  dan»  tout  ca  qui  aa  rappiicta  an  original  da 
ton  pays  natal .  na  permet  pas  da  dealer  da  aoaa  da  ce  lati ,  qui  Tôt 
pins  tard  g"uiwaaur  de  ta  villa.  On  pourrait  pont- être  expliquer 
eriie  cmfnaion  en  te  rappelant  que  la  00m  de  Stmm  •■  fut  porté  par 
pJauiea»  daa  eVfc  srabns  qui  accompagnèrent  Naim  dans  la  pre- 
mrn-  -  muaelaaaae  en  Perte.  Tbibari  ajouta  aaéaae  que 

vnmii  bas  tlarath.  rot  désigné  par  Omar  pour  s'em- 
:  ah  persan  et  de  f  Azerbaïdjan.  Les  primisri 
ut  ;i  avivent  avoir  oonibodo  ce  général  avec  on  par- 
us 00000,  iboo  Doadjeaa,  et  Mostoo,  jalooi 
(c  pins  à  son  pajs .  aura  accepté  sans  contrôle 
rcroditée.  (Conf.  fuson.  trad.  turque,  éd.  de 
rtie,  p.  1S9  ) 

{2?  artia  de  son  ouvrage .  Hamd  Allah  Mnstofi 

r.  m  ment,  qui  ans  ne*  vers  l'an  176  de  l'hé- 

gire e  **eq  ce  Haeaa  qui  régnait  dam  la  Maseniléraa  était 
.  i.  v/,/  aanto,  d....«  u„  inssa^iiiénl 
dernier  «ht  .t.  .  ee  j'ai  cm  pouvoir  oeaattre  dans  la  courant  du 
récit  pour  éviter  Ut  ioognears,  rbiatorieu  de  Kaxvin  raconte ,  é  ce 
propos,  on  trait  ua  montra  asseï  caractéristique.  •  Parmi  caca,  dit-il , 
qui  éoployéraot  le  plue  gland  sale  pour  obtenir  des  adhésion  i  à  la 
lettre  fabriquée  par  ordre  do  khalife ,  on  rite  Mohammed  ban  at- 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.         303 

Yemâni,  ministre  de  l'Irak  persan,  et  Khadjhh  Beçiar  Khaïr  [sic). 
Haroun  er-Réchid ,  satisfait  du  concours  que  lui  avaient  donné  les 
Kazviniens,  envoya  à  ce  dernier  plusieurs  bourses  pleines  d'or  afin 
qu'il  les  distribuât  aux  pauvres  de  la  ville.  Mais  telle  était  encore  la 
vigueur  de  la  foi  et  la  pureté  des  mœurs,  que  personne  ~nt 

accepter  l'aumône  du  khalife,  et  cette  somme  resta  pe\4? 
sieurs  jours  exposée  sur  la  place  publique.  Enfin  les  doc' 
qadis  décidèrent  qu'elle  serait  employée  à  l'acquisiti'  • 
et  de  greniers,  qui  furent  ajoutés  ensuite  au  vaqf  de  le  m    r.i.-'V  le 
Réchid.  »  Ces  exemples  de  désintéressement  et  d'hum;  i. 

pas  rares  dans  ces  premiers  âges  de  la  foi  musulmc?  e.  EjfraotM 
Tsmaïl,  fils  d'Ahmed  le  Samanide,  vint  mettre  le  siège  deva  H  Ka*»  "i , 
où  s'était  réfugié  Mohammed  ben  Haroun,  pendant  toute  la  durée 
du  siège,  les  jardins  et  les  champs  qui  entourent  la  ville  furent  res- 
pectés par  l'ennemi ,  et  les  soldats  n'osaient  même  pas  prendre  un 
fruit  sans  en  offrir  le  prix.  (Ms.  9,  Brueix,  loc.  sup.  laud.) 

(21)  Le  texte  de  ce  document  est  très-défiguré  dans  les  quatre 
manuscrits  que  j'ai  consultés;  le  voici  à  peu  près  rétabli.  La  préci- 
sion et  la  simplicité  de  ce  style  contrastent  avec  la  rédaction  ambi- 
tieuse et  boursouflée  que  les  chancelleries  musulmanes  adoptèrent 
dès  le  siècle  suivant. 

j*C'yo  (jLCi  (j!J~»j!i\  j~o\  <JÎ  &*iy  f&\  (^stâ*  J*^  i^y^ 

iLajI  (^o^tl  j*j>\  iJLj  (Ali  jJufi  «iy  *-lyil  «vJlc  ,jy£ 


■  OCTOBRE  NOVEMBRE  1857. 


(U)  L'auteur  a  tnttsarré.  nu  parsajtupej*  apécial  an  ebaiki  «t 
aax  soufis  qui  oot  illu»irr  sou  paya.  Lee  pins  célèbres  aaoi 
cheikh  Ibrahim  llrrawi .  qui  était  contemporain  do  fan  au  i  Bayéaid 
BcaUni(ii'siècU);l«*d«uxUI«iatrwU»aiiimtaiYMlbrabimEahein 
et  Ibrahim  Khawaa t  Anon  Ai  Cbaqiq ,  de  Balkb,  qui  quitta  «a  patrie 
pour  habiter  kat vin .  qu'il  aériens!  être  Uiéjiurdo  prédilection  de 
ceux  qui  ««aient  renoncé  au  monde  (Mort  «ara  Tan  190);  Aboul 
aiérim  ben  llarouo.  auteur  da  pbaataw  ouvrages  aeeétiquea,  etc. 
On  retrouve  ce*  no—  et  psueiaur»  autree  avec  quelque*  détails  bk>- 
■a  la  Géographie  littéraire  d'Ahmed  Rai, 


(13)  Ja  n'ai  pas  besoin  de  dire  qu'il  faut  ajouter  peu  da  foi  à  ce 
récit,  trea-peu  compatible  avec  ce  que  non*  *avoo«  de  la  *pleodeur 
dn  règne  de  liabuwud  Je  ne  trader  cette  ansodeta  que  parce  qn 

l'auteur. 


(14)  Ce  non  et  laa  attirants .  ainsi  que  l'a  déjà  remarqué  M.  De 
frénii  j  [Hittmn  ietSMjtnkiàn  et  de*  Janasft'ni ,  Jonrnai  osiouae*. 
•  848).  mut  altérée  dans  les  différentes  copies  do  TeriAW  Cariant, 
et  U  est  dimene  d'au  iaer  la  proonnciation.  Je  penche  A  croira  ce- 
pendant  que  U  leçon  rWaneeec*  est  préférable  A  Bernerai  A.  fiée- 
ruueeucA,  dan*  la  dialecte  oriental,  cet  nue  épithete  qui  peut  s'ap- 
pliquer A  toutoiaenn  da  proie  (mot  A  mot,  aiseaa/rusyrar) ,  et,  en 
particulier,  au  faucon,  et  il  est  possible  que  reeclave  du  khalife 
Moktafi  ait  conservé  on  surnom  qui  rappelait  ses  anciennes  faifr 


(15)  Il  serait  injuste  de  demander  mut  écrivain*  orientaux  des 
notions  exactes  d'ethnologie .  et  la  classification  faite  par  Hamd  Allah 
de  l'aristocratie  de  sa  province  ne  doit  être  acceptée  qu'avec  mal 
grande  réserve.  Oa  verra,  eu  enét,  dans  rémunération  qui 
que  plusieurs  de  ces  familles  sont  00  d'une  origine  très-moderne , 
ou  entées  sur  une  source  tout  indigent.  Rien  n'est  d'ailleurs  nie* 
naturel  cbex  un  musulman  que  ce  désir  de  se  rattacher  par  quel. ju- 
lien, quelque  faible  qu'il  soit.  A  l'antique  et  forte  race  qni  a  donne 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.         305 

naissance  au  Prophète.  Malcolm  a  constaté  très-judicieusement  que  . 
les  tribus  d'origine  sémitique  qui  s'établirent  dans  le  Khorassan  ou 
au  delà  de  l'Oxusont  toujours  dédaigné  de  se  mêler  aux  populations 
qui  les  entouraient  et  que ,  maintenant  encore ,  il  est  facile  de  recon- 
naître le  sang  des  conquérants  arabes  au  milieu  des  nationalités 
plus  ou  moins  mélangées  de  l'Asie  centrale.  (Conf.  Hist.  de  Perse, 
1. 1 ,  p.  409.  )  H  est  aussi  intéressant  de  remarquer  que  les  idées 
aristocratiques  sont  beaucoup  moins  incompatibles  avec  l'égalité  so- 
ciale et  religieuse  des  Orientaux  qu'on  ne  l'a  souvent  prétendu  ;  ce 
chapitre  de  notre  historien  en  est  une  preuve  de  plus. 

(26)  Cette  phrase  est  caractéristique,  car  elle  prouve  combien  le 
fanatisme  schiite  est  de  fraîche  date.  Le  témoignage  de  l'auteur  en 
faveur  des  idées  de  tolérance  qui  régnaient  alors  est  d'autant  moins 
suspect  qu'il  était  lui-même ,  par  conviction  ou  par  politique ,  par- 
tisan très-déclaré  de  la  maison  d'Ali.  Les  vers  suivants,  composés 
par  Hamd  Allah  lui-même,  contiennent  une  profession  de  foi  très- 
explicite. 

o> — «~î  dfû\)  ta — =»  )i>*p>  jît>x«j3  y 

L'heureuse  influence  de  l'amitié  que  me  témoignent  les  enfants  du  Pro- 
phète me  rend,  sans  nul  doute,  le  plus  fortuné  des  hommes. 

Si  l'ami  du  Lion  de  Dieu  est  un  hérétique ,  nul  n'est  plus  hérétique  que 
moi  dans  le  monde  ; 

Mais  si  ma  prédilection  pour  la  noble  famille  m'a  suscité  des  ennemis,  mes 
amis  du  moins  comprennent  l'alliance  de  la  raison  avec  la  science. 

Ces  vers,  extraits  sans  doute  d'un  Divan  obscur  composé  par 
Mustôfi  au  milieu  de  travaux  plus  sérieux ,  sont  cités  avec  empresse- 
ment par  Ahmed  Razi,  qui,  vivant  sous  la  dynastie  des  Séfévis,  en 
affecte  tout  le  prosélytisme  religieux. 


306  I  H    l'MiRE   NOVEMBRE   1857. 

(27)  Ce»  détails  jettent  quelque  lumière  mut  «m  queetion  de  bi 
biographie  présentée  par  Hedji  Kballa  d'une  façon  fort  obscure 
Cet  auteur,  tout  en  attribuant  cette  version  à  un  écrivain  de  Ka 
dénature  le  nom  du  traducteur  et  prétend  qu'elle  fut  laite  en  langue 
turque.  Ailleurs ,  il  mentionne ,  il  «et  vrai .  une  traduction  dea  fables 
de  Bidpay,  en  langue  néval,  mais  II  ne  sait  ai  die  «et  due  au  même 
savant ,  ou  à  un  certain  Zahér  Eddin  Mobammiil  al  Ketéb.  Eulin . 
il  rite  la  témoignage  de  rtûtaorien  Benalêti  qui  lait  honneur  de 
cette  traduction  à  liékim  Airaki.  esclave  de  Togban  Sebah.  M.  de 
Sacy.  dans  le  «vaut  mémoire  qui  précède  sou  édition  de  Kal 
Dunna,  conetal»  la»  contradiction»  du  aâMasfrupa»  turc ,  mais  n'entre 
dans  aucun détail  surcutên vnretaai sussmin anâsW^BsaiBâa  ^sassasa éiawle 
de  langue,  usais  détenue  sans  doute  très-rare ,  ai  toutefois  elleeiiete 
au  fond  de  quelque  biUiatbè qui  «Tlafikia  ou  de  Tabri*. 


(J8)  Conf.  sur  eu  pannaaagi  illustre  et  sur  lea  Bénou  llakbaoum. 

l'fittMi  ior  rkitl.  «V»  drain ,  t    III .  p.  91  et  pauim. 


(19)  Le  titra  du  ce  livra.  jJL/l  Uc  j  ïli^l  y—-,  in 
dique  que  c'est,  non  une  biatoire  de  kaxtio ,  comme  if  cet  dit  dans 
le  JarieaV  Caria?* ,  mats  plutôt  une  biographie  de  tous  la»  docteurs 
de  cette  province.  J'attribue  cette  inadvertance  aux  copiâtes,  car 
Hamd  Allah  devait  connaîtra  minui  que  parioun»  un  ouvragr 
a  souvent  mis  à  cootributian  tant  peur  le  chapitra  que  je  traduis 
que  pour  le  /Touikrf  ri  fanlana.  (  Voy.  la  prélace  de  ce  dernier  ou- 
vrage, ma.  1 17,  fol.  7  r*.)  Cent  à  tort  que  d'Herbeiot  attribue  ce 
livre  a  Zekaria  bus  atobaanmed,  l'auteur  du  idjai»  eJ  afaUfreeni, 


(30)  Le  XitalV  asasSurrur.  qui  est  une  défense  du»  principe»  de 
l'école  de  Srhafcy,  parait  avoir  au  nue  grande  vogue,  et  il  un  *  été 
lait  de  aiibriai  iimmialiirn.  (Cou/.  Iladji  Ibalfà.  à  eu  mot) 
Ceet  par  erreur  qu'il  place  la  mort  de  Molla  Aboul  Kncem ,  en  - 

(31)  Voici  cr  distique,  tel  qu'il  cet  donné  dan»  YAûck-Kid>k  et 
le  fhft  Eklim 

cS/»-  *  ,3y  çL»  iVû  yï  t5L*   tA*fc  Amujl 


DESCRIPTION  DE  LA  VILLE  DE  KAZVIN.         307 

(j^ijO   o^?  Ajj   i\*o-i  J-*o  j£-a  JL« 

Il  est  difficile  de  savoir  si  le  livre  dont  il  est  question  ici  est  un 
commentaire  du  grand  ouvrage  schafeïte ,  v^=>  cij^'  ^e  Ma- 
verdi,  mort  en  4o5,  ou  d'un  traité  des  pratiques  religieuses  portant 
le  même  nom  et  composé  par  Abd  el  Melik  Sadégi  Kazvini. 

(32)  On  sait  que  les  différents  traités  arabes  ou  persans  qui  por- 
tent ce  titre,  ainsi  que  le  nom  de  divers  écrivains  originaires  de 
K.azvin,  ont  longtemps  donné  lieu  à  une  confusion  que  M.  de  Sacy 
a  le  premier  signalée.  (Conf.  Chrestomathie  arabe,  t.  III,  en  note.) 
On  trouvera  dans  la  savante  Introduction  à  la  Géographie  d'Abou'l 
Féda,  par  M.  Reinaud ,  une  discussion  aussi  claire  que  judicieuse 
de  ces  difficultés ,  ainsi  qu'une  notice  sur  la  vie  et  les  ouvrages  du 
naturaliste  kazvinien  (p.  72,  i43  et  suiv.).  Quant  au  surnom  de 
Komouni,  qui  se  trouve  souvent  ajouté  au  nom  de  Zakaria  ben 
Mohammed,  sans  pouvoir  en  préciser  l'origine,  je  crois  cependant 
qu'il  ne  peut  être  considéré  comme  nom  patronymique,  puisque 
Mustôfi  nous  apprend  positivement  que  cet  écrivain  presque  con- 
temporain appartenait  à  la  famille  Maléki. 

(33)  On  peut  lire  l'émouvant  récit  de  cette  mort  rapporté  par 
M.  É.  Quatremère  d'après  Sakkai.  (Histoire  des  Mogols,  p.  xlv.) 
je  crois  que  le  savant  orientaliste  a  fait  une  légère  confusion  entre 
les  noms  des  deux  frères  de  la  famille  Mustôfi.  L'aîné  seulement  pa- 
raît, d'après  le  témoignage  du  Tarikhé  Guzidèh,  avoir  exercé  la 
charge  d'intendant  de  Rechid  Eddin,  et  Hamd  Allah  Mustôfi  ne  fut 
secrétaire  que  de  Gaias  Eddin ,  auquel  il  dédia  son  Histoire  choisie. 
On  remarquera  que  j'ai  toujours  traduit  le  titre  de  mustôfi  par 
celui  de  conseiller  d'Etat,  qui  n'est,  du  reste,  qu'un  équivalent-, 
mais  il  est  vraisemblable  que  ces  fonctions  étaient  à  l'origine  à  peu 
près  ee  qu'elles  sont  encore  aujourd'hui  en  Perse,  une  sorte  de  juri- 
diction générale  sur  les  finances,  le  contentieux  et  la  jurisprudence 
administrative  du  grand  conseil.  (Voir  cependant  une  note  de  M.  Rei- 
naud ,  Introduction  à  la  Géographie  d'Abou'l  Féda,  p.  1  55.) 

(34)  Un  de  mes  manuscrits  mentionne  ici  trois  familles  de  peu 
d'importance  :  les  Mouméniens ,  d'où  est  issu  Tadj  Eddin  Mou'mény, 


308  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

lieutenant  du  ministre  Khadjèh  Cbema  Eddin;  le*  .VonUiaiwu . 
dont  le  chef  Tut  un  certain  MouMiUr,  familier  des  prince*  seldjou 
qides;  le*  Moisi***,  dont  le  rejeton  le  plus  connu  a  été  Abd  «I  Me 
lis,  Moanm,  écrivain  distingué,  qui  rut  le  collaborateur  de  Sefi  Eddin 
Aboul  Ala,  «ou»  le  régne  de  Togrel  Bai. 


ÉTUDE 
SUR  LE  SY-YÉOU-K  MIN    IM  i 

ROMAN  BOUDDHIQUE  CHINO" 
PAR  M.  TtltODOM  PAVII. 

2'  ARTICLE. 

Education  de  Son-Ou-Kong  ;  développement  d 
il  dérobe  le*  secret»  du  cirl  .  «a  rébellion;  sa  défaite  et  sa  ch< 

Le  beau  roi  des  singes  a\.ut  donc  oblBim  un  nom 
de  famille  et  un  petit  nom.  Dans  ta  joie,  il  h 
des  sauts  et  des  gambades,  et,  par  mille  politesses. 
U  témoignait  mnaissance  au  Bodhisattva  Sou- 

bboûti  ».  Celui  ci  lit  ci  i  tpie 

d.ins  une  cèttuie.  \w  mâieu  de  ses  nouveaux  céum 

i    jfë   gjjj  Tsea^sces  venu*  née»  était  ?%  3£  J| 

SomUkoàtt.  Je  dota  cette  note  à  l'obligeance  de  M.  Stanislas  M 
que  j'ai  consulté  sur  plusieurs  passage».  Ce  Soubboûti  est  cité  dans 
VUtndmctiom  à  tktstoirr  dm  Houddkum*  de  M.  Eug.  Bnrnouf  (11, 
p.  465),  et  dans  la  Fi»  d*  BomdJk*  publiée  en  tibétain  et  ira 
par  M.  E.  Foocaui,  comme  ayant  reçu  renseignement  direct  de  la 
bouche  de  Çâkya  Mou  m 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  309 

rades,  le  singe  s'employa  à  balayer  l'école,  à  ratisser 
le  jardin  et  à  soigner  les  fleurs  :  il  accomplissait  son 
noviciat.  Sept  ou  huit  années  s'étaient  écoulées  ainsi. 
Un  jour,  le  Maître,  assis  sur  son  siège,  enseignait  la 
loi  de  l'Intelligence  aux  jeunes  immortels.  Expliquant 
cette  grande  doctrine ,  il  disait  : 

«  Elles  sont  admirables  et  profondes  les  trois  sectes  ;  elles 
renferment  complètement  les  dix  mille  préceptes  decequ'il  y 
a  de  plus  mystérieux.  —  Que  l'on  discute  sur  la  doctrine  de 
la  véritable  Voie  (avecLao-tseu  et  les  Bouddhistes)  ;  que  l'on 
développe  la  religion  des  sacrifices  à  la  Terre  (avec  Kong- 
fou-ts'eu) ,  les  trois  sectes ,  au  fond,  sont  d'accord.  —  Eclairer 
l'entendement,  en  un  mot,  se  conformer  aux  principes  de 
la  vérité,  voilà  ce  qui  aide  à  atteindre  l'état  surnaturel,  qui 
consiste  à  ne  plus  renaître.  » 

Après  ce  rapide  exposé,  le  Maître  demande  au 
singe,  son  nouveau  disciple,  à  laquelle  des  trois  cent 
soixante  parties  de  la  doctrine  de  l'Intelligence  il  dé- 
sire s'appliquer  d'une  façon  particulière.  «  Voyons , 
lui  dit-il ,  veux-tu  apprendre  la  magie  \  c'est-à-dire 
l'art  d'évoquer  les  immortels ,  de  connaître  l'avenir 
en  perçant  avec  un  fer  rouge  l'écaillé  d'une  tortue  ? 
Veux-tu  que  je  t'enseigne  la  doctrine  des  diverses 
sectes,  la  secte  des  lettrés2,  la  secte  des  bonzes,  la 


2  La  glose  dit  :«Les  lettrés  ont  le  cœur  droit,  les  Bouddhistes 
ont  le  cœur  éclairé.  La  véritable  intelligence  consiste  à  éclairer  son 
cœur,  à  se  maintenir  dans  une  quiétude  absolue;  c'est  l'art  de  con- 
server le  cœur  d'un  enfant  qui  ne  vieillit  pas.  » 


310  m   l'»BRK  NOVEMBRE  1857. 

secte  des  Tao-sse,  la  secte  des  deux  Principes  *,  la 
secte  de  Méa,  la  secte  des  Médecins  3?  »  Le  singe  ré- 
pondait toujours  :  «  Est-ce  l'art  de  vivre  longtemps?  • 

*  Vouloir  vivre  longtemps  (par  la  moyeu  de  cas  doctrines), 
répliqua  le  Bodhtsattva.  autant  vaudrait  t ire  pareil  au  pilu-i 
de  bois  dressé  entre  deux  murailles*.  —  Maître,  reprit  le  dis 
ciple ,  je  ne  suis  qu'un  être  sincère  et  naïf;  je  ne  puis  com- 
prendre ce  langage  voilé.  Quel  est  le  sens  des  paroles  que 
vous  ven«  de  prononcer? —  Quand  on  a  bâti  une  nu 

<  t  ju'on  veut  la  rendre  plus  solide,  on  dresse  un  pilier  de 
bob  entre  les  deux  murailles.  Si ,  un  jour,  la  grande  salle  de 
i 'édifice  vient  a  crouler,  c'est  que.  trcs-certainemcn 
•ier  est  pourri  *  • 

Le  Maître  continua  :  «  Yeux  tu  •  immftw  le  repos 
absolu*?  Cest  s'abstenir  de  tout  .ilim.  nt,  cotiser 

i    l.i  pureté  ds  r.tiu.     .I.Mirurcr  dans 

1  La  «acte  des  deux  Principes,  sur  laquelle  la  glose  ne  doaoc  au 
cane  explication,  est  peut  être  la  même  qae  cette  du  Foae-caoïiy, 

•  I  >  ■   i   t     i  I  i  '    J  -        '  :  !  J  ti«    t  ■     <IUI     *    J|    l      .  .  '  I  I     1    I    <        I  |i    •      l  I  II    i    I  I  1 1 1.1  l      '  1 

vent  et  do  rem). 

*  Mi-tj  est  un  philosophe  bétexodoxa  fort  ancien,  doot  Meng-tseu 
cite  quelquefois  le  nom .  et  qu'il  réfute  à  l'occasion.  Il  vivait  an  temps 
•ImTcfceou. 

1  La  secte  dm  Médecins  paraît  être  celle  do  Komy-fom,  postures 
particnlières  qu'il  but  prendre  pour  guérir  diverses  mahvl 
au  t.  IV  des  Mémoirtt  imr  les  Cainoù,  la  notice  sur  le  Kutg-fù*  des 
Tao-oai.) 

*  Dons  l'édition  in-B*  que  M.  Stanislas  Julien  a  bien  voulu  me 
rneamupiiwtii,  je  lis  cette  noie  :  •  La  muraille,  c'est  de  la  terre;  le 
pilier,  c'est  du  bois.  Mais  ce  bois  ne  peut  pioêirrr  «Uns  la  ten 

ne  rit  pea.  voilà  pourquoi  il  dure  peu.  • 


M 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  311 

l'inaction ,  méditer,  rester  assis,  les  jambes  croisées; 
garder  le  silence,  renoncer  aux  plaisirs  des  sens ,  ac- 
quérir des  mérites ,  tantôt  par  l'abstraction ,  tantôt 
par  de  bonnes  œuvres;  enfin,  pénétrer  jusqu'aux  li- 
mites de  la  parfaite  quiétude.  »  Et  comme  le  singe 
demandait  encore  :  «  Est-ce  ainsi  qu'on  arrive  à  vivre 
longtemps?  »  le  Maître  répliqua  : 

0  Vivre  longtemps  par  le  moyen  de  cette  doctrine,  autant 
vaudrait  être  comme  la  cruche  de  terre  qui  n'a  pas  été  cuite. 
Quand  on  a  fait  une  cruche  avec  de  l'argile ,  bien  que  ce  vase 
ait  une  forme,  il  ne  peut  encore  contenir  l'eau.  La  chaleur 
du  feu  la  mettra  en  fusion  dans  un  instant;  une  grande  pluie 
la  réduira  à  l'état  liquide;  très-certainement  elle  s'en  ira  en 
morceaux  (tant  qu'elle  n'aura  pas  subi  la  dernière  épreuve).  » 

«  Veux-tu  apprendre  la  doctrine  du  Mouvement  *  ? 
C'est  être,  c'est  agir,  c'est  accomplir  une  foule  de 

choses  surnaturelles —  Est-ce  là  le  moyen 

de  vivre  longtemps  ?  »  demanda  encore  le  singe. 

1  M/7-  Voici  la  traduction  de  ce  qui  se  rapporte  au  mouvement; 

elle  offrait  des  difficultés  réelles,  et  j'ai  dû  recourir,  cette  fois  en- 
core, au  savoir  et  à  la  complaisance  de  M.  Stanislas  Julien  :  «C'est 
être,  c'est  agir;  recueillir  le  principe  inférieur  (et  matériel,  yn)  pour 
suppléer  au  principe  supérieur  (et  immatériel , yang ) ;  tendre  avec 
la  main  un  petit  arc  et  un  grand  en  y  appuyant  le  pied;  se  frotter 
le  nombril  pour  faire  circuler  la  respiration;  brûler  des  roseaux  et 
dresser  un  trépied;  y  jeter  du  minium  et  raffiner  la  pierre  d'automne 
(la  pierre  pbilosopbale?),  et,  en  même  temps,  boire  du  lait  de 
femme.  »  C'est-à-dire  :  mettre  en  équilibre  les  deux  principes  qui 
produisent  et  soutiennent  la  vie,  et  combiner  leur  action  de  ma- 
nière à  ce  qu'ils  opèrent  comme  au  moment  de  la  création.  Il  s'agit 
donc  tout  simplement  ici  d'alcbimie  et  de  magie. 


312  OCIOBKE-NONEMBKE  1857. 

•  Vouloir  vivre  longtemps  avec  celle  doctrine,  autant  vau- 
drait prendre  la  lune  dans  l'eau.  Lorsque  la  lune  parait  «u 
firmament  et  que  son  image  se  réfléchit  dans  les  eaux,  elle 
est  véritablement  visible  dans  ce  miroir;  mats  on  ne  peut  la 
saisir,  car  en  réalité  il  n'v  a 


Le  disciple  ne  voulait  rien  apprendre,  excepté 
l'art  de  vivre  longtemps.  Chassé  par  le  Maître,  que 

son  obstin.itK  u  linit  par  irriter,  U  se  retira  un  peu 
I  ' -uneerté.  mais  sans  mauvaise  hlfmif   II  rrvi.nt 
bientôt,  à  l'heure  où  le  Maître  dont.  I  Ji 

sait  à  demi-voix  : 

•  Elle  est  difficile,  diffinl. .  «Iillicile  à  connaître,  la  doc- 
trine '  ;  elle  est  au-dessus  de  l'intelligence  humaine.  —  Avec 
la  pierre  philoeophale ',  garde» vous  de  la  comparer!  Sans 
effort,  voua  ne  la  trouvères  pas.  jusqu'à  ce  que  d'autres 
hommes  vous  en  transmettent  les  formules  mystérieuses.  — 
A  les  développer,  on  fatigue  sa  bouche  et  la  langue  se  des- 
séche. • 

Ki  tiin  le  singe  fait  savoir  au  Maître  qui  I  <  •  nt<  min 
les  paroles  prononcées  par  lui  pendant  son  somnx  il . 

1  Ou  mieux,  b  Bodkt.  l'intelligence  supérieure  qui 
l'état  de  Bouddha. 


*  La  mot  que  je  traduis  ainsi  est  '&  JiL  Km-tam.  On  lit  dan» 

le  Dictionnaire  de  sibaog-bi .  à  c«  dernier  mot  :  «  Les  Beases  (  Tao- 
aie)  (ont  cuira,  dans  «a  trépied,  le  métal  (r*or)  et  la  pierre  de  cou- 
leur rose  nommée  km,  pour  en  faire  sortir  la  pierre  pbilosophale.  • 
Cette  aipneaiosi  signifie,  je  le  créas  du  moins,  connaître  le  principe 
des  êtres,  le  premier  principe  cache"  dans  l'or,  les  métaux  et  sas 
pierna  précieuses  enfoui»  dans  le  sein  de  la  terre ,  et  qui  en  I 
comme  le  noyau ,  d  après  le*  idées  Imise*  sur  la  création  au  | 
chapitre  de  cet  ouvrage. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  313 

il  en  demande  l'explication.  Le  Bodhisattva,  cédant 
à  ses  instances ,  prit  la  parole  et  dit  : 

«  Par  la  manifestation  des  choses  cachées ,  on  tend  à  pé- 
nétrer la  vérité;  les  formules  mystérieuses  servent  à  la  per- 
fection :  la  vie  n'est  pas  autre  chose.  Toutes  ces  paroles  se 
résument  en  ce  seul  mot  ;  l'énergie  de  l'esprit  vital.  Attachez- 
vous,  avec  une  attention  soutenue,  à  la  conservation  du 
trésor  (de  la  vie),  et  ne  le  laissez  pas  échapper  au  dehors. 
—  Si  vous  ne  laissez  pas  échapper  au  dehors  le  trésor  qui 
est  dans  votre  corps ,  vons  recevrez  l'enseignement  de  la 
grande  intelligence  que  je  vous  transmets.  Elle  se  présente 
sous  une  forme  voilée;  il  y  a  des  formules  mystérieuses. 
Rappelez-vous  qu'il  y  a  bien  des  secrets  cachés  pour  chasser 
les  désirs  déshonnêtes  et  obtenir  la  parfaite  indifférence  des 
sens.  Obtenir  la  parfaite  indifférence  des  sens,  c'est  être 
tout  resplendissant  et  briller  d'un  éclat  sans  tache,  en  face 
de  la  Tour  précieuse  présenter  la  lune  brillante.  Le  trésor 
de  la  lune,  c'est  le  lièvre  de  jade;  le  trésor  du  soleil,  c'est 
l'oiseau  :  de  là  sortent  la  tortue  et  le  serpent  qui  se  tiennent 
enlacés.  Cet  enlacement  est  la  vie,  dont  la  solidité  est  telle, 
que,  dans  le  feu  même,  elle  propage  le  lotus  d'or  et  ras- 
semble en  un  tout  les  cinq  éléments.  Intervertissant  l'ordre 
(des  choses  naturelles),  les  mérites  (acquis  par  ces  connais- 
sances) finissent  par  produire  leBoddisaltva,  qui  est  en  union 
avec  l'Immortel l.  » 

1  Ce  passage  peut  être  considéré  comme  une  sorte  de  formule 
magique  (ynuît  Dhârani);  j'ai  essayé  de  le  traduire  littéralement, 

tel  que  je  l'entends.  La  vie  dont  il  s'agit  ici  (  >Wfc  -&*  )  serait  donc 

la  vie  qui  ne  cesse  pas,  qui  échappe  aux  transmigrations,  et  aussi 

l'énergie  des  sens  vitaux  (  >Kj|'  ^Ei  "BjÉ  ) ,  la  vitalité  qui  peut 

triompher  de  la  mort  et  des  existences  futures,  quand  l'intelligence 
vient  y  ajouter  la  science,  selon  le  système  des  Sànkhistes.  Ce  rap- 
prochement entre  la  Sâfikhya  et  1p  bouddhisme  a  été  signalé  par 


314  «m   |.,jjkE  NOVEMBRE  1857 

Le  disciple  se  retira  après  avoir  entendu  ces  pa- 
roles, et,  trois  ans  plus  tard,  le  Maître  lui  lit  . 
h. titre  ce  qui  se  rapporte  aux  trois  Douleurs: 

•  Quand  ils  ont  obtenu  la  pierre  philosopbale,  los  esprits 
et  les  génies  sont  difficile*  à  contenir.  Bien  qu'ils  aspir» m 
enoore  davantage  à  une  longue  rie,  cependant,  au  bout  il 
cinq  cents  ans,  le  ciel  fait  tomber  la  calamité  du  tonnerre 

VI.  E.  Barnoaf,  et  développé  par  lai,  avec  autant  da  finesse  que  de 
darté,  dans  son  /atredornea  a  tkismin  de  Bomddkumt  (p.  Sso  et 
sviv.).  Las  sorsaulae  magiausi  dont  il  est  question  dans  os  pisisgc 

kbys  «sr  la  pérennité  des  aanes,  on  plutôt  da  la  via  ;  las  autres  ss  rap- 
portant ans  secrets  des  DaéVaafs  do  Bouddhisme.  La  Tour  précieuse 

l  *p}>  jj£  )  signifia,  sans  dente,  l'esprit  dans  laquai  se  msni 

feate  d'un*  beau  éclatants,  et  coassas  une  looa  brillante  sur  un  de! 
pur.  l'iutaMifsnca  dégagés  da  toute  obscurité.  Ja  suis  conduit  A  adop- 
ter  ce  sens  par  la  nota  que  II.  St.  Julien  a  insères  à  la  suite  de  la 
préface  du  Siy-ki  (page  uni),  qui  précède  la  trsduetiou  des  Mé- 
i  sW  Hïe— u  rasaag.On  sait  que  les  Chinois  croient  voir  on  lièvre 


dans  la  lune;  les  Hindous  appellent  sussi  cet  astre  ojnft  et  9JW&: . 
4  ai  a  I*  lïhrt  oser  ■tares*.  Quant  à  l'oiseau  que  recèle  le  soleil 
troove  la  trace  dans  l'un  des  noms  de  cet  astre  en  sanskrit,  s  »«> 
<OTJ  :  •  qui  signifie  aussi  oiseau  ;  mais  c'est  une  croyance  chinoise 
fort  sncisnne.  Le  nsot  que  je  traduis  par  tortue  (  jj|s  )  est  plutôt 

une  sorte  de  /Vase  ou  de  dragon  à  écailles;  les  Chinois  prétendent 
■|u  il  a  été  créé  nnlsnunt  femdle,  et  qu'il  s'accouple  avec  le  ser- 
pent. Dans  l'ei  pression  tenu  for  (  ^c*  \M  ),  on  peut  voir  une  al 

Ittsion  i  la  personnificatioo  du  trésor  de  Kouvéra ,  dieu  des  richesses, 
lequel  est  en  grand  honneur  parmi  les  Tmmtriluu,  ou  bien  aui  mé- 
Uni,  à  l'or,  pareil  au  lotos  flottant  au-dessus  des  eaut ,  considérés 
unasjM  I-  aejua  •!•  la  <•  rr.  «Huni  iaqui  l  m  a)«  ■MaM  nu  atanj 
cléments.  Peut-être  s'agit-il  de  la  vie,  considérée  comme  le  #W- 
ilkdma,  ou  la  nature  première  qui  contient  en  germe  les  cinq  élé- 
menu subtils  (<TO7T=*rnrrreft) 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN-TSUEN.  315 

pour  te  frapper.  Il  est  donc  nécessaire  de  connaître  ce  qu'est 
la  vie;  de  prévoir,  avec  un  cœur  intelligent,  les  choses  à 
venir,  afin  d'échapper  au  désastre.  En  échappant  ainsi,  on 
obtient  de  vivre  longtemps  d'accord  avec  les  lois  du  ciel. 
Échapper,  ce  n'est  pas  autre  chose  que  tenir  cette  existence 
merveilleuse.  De  nouveau ,  après  cinq  cents  ans ,  le  ciel  en- 
voie ,  pour  te  consumer,  la  calamité  du  feu.  Ce  feu  n'est  pas 
celui  du  ciel,  ni  non  plus  le  feu  ordinaire;  on  le  nomme  le 
feu  du  principe  inférieur  (de  la  terre).  Le  corps,  de  lui- 
même,  se  plonge  alors  au  bas  de  neuf  fontaines  \  où  il  se 
met  à  brûler.  Le  feu  pénètre  le  palais  au  murs  de  boue 2  ; 
et  quand  les  cinq  intestins  3  sont  entièrement  consumés , 
quand  les  quatre  membres  sont  détruits,  pendant  mille  ans 
on  marche  dans  une  voie  difficile,  qui  est  celle  de  l'illusion 
ou  du  vide.  De  nouveau,  après  cinq  cents  ans,  le  ciel  fait 
tomber  la  calamité  du  vent,  qui  te  balaye. Ce  vent  n'est  ni  le 
vent  de  l'est,  ni  celui  de  l'ouest,  ni  celui  du  midi,  ni  ce- 
lui du  nord  ;  ce  n'est  point  non  plus  le  vent  du  premier 
jour  de  la  lune,  qui  se  mêle  et  s'unit  aux  métaux,  on  le 
nomme  le  vent  fort.  Entré  par  le  crâne ,  il  pénètre  dans  les 
six  régions  intérieures  * ,  jusqu'aux  basses  parties  de  l'abdo- 
men ,  traverse  les  neuf  ouvertures  ;  la  chair  et  les  os  entrent 
en  dissolution ,  le  corps  se  détruit  de  lui-même.  C'est  là  ce 
qu'il  s'agit  pour  toi  d'éviter.  » 

Or  le  moyen  de  se  soustraire  à  la  triple  calamité 
du  tonnerre,  du  feu  et  du  vent,  c'est  d'acquérir  la 
connaissance  des  soixante  et  douze  transformations  : 
trente-six  appartiennent  à  la  grande  Ourse  5,  trente- 

1   Le  lieu  où  vont  les  âmes  après  la  mort,  selon  l'idée  des  Chinois. 
*  C'est-à-dire,  le  corps. 

Le  cœur,  le  foie,  les  poumons  et  la  rate. 
1  Les  organes  de  la  vie ,  de  la  digestion  et  des  sécrétions. 
'  C'est-à-dire ,  appartiennent  au  ciel ,  aux  génies  qui  habitent  les 
cieux. 


316  (TOBRE-NOVEMBRE  1857. 

six  à  la  magie  de  la  terre.  Ces  dernières  tm 
seignées  au  singe,  qui  ne  demandait  point  à  < 
naître  les  transformations  célestes;  le   Hodhi>attva 
lui  on  apprit  les  formules.  Le  voila  qui  >ait  voler  sur 
les  nuages  et  changer  de  forme  à  volont.     Mais  m 
turbulent  ••  a  jeté  le  désordre  parmi  les  autres  dis 
(  iples  du  Maître.  Obligé  de  quitt<-r  la  demeure  <!•• 
i  «lui  <  i ,  il  si  lance  dans  l'espace  .  •■  cheval  nu  nue 
nuée,  et  retourne  vers  son  peuple  de  singes.  A  son 
-.»•••  M  mont  Ilot  ko-ehan.  Ml  >ujets  l'acrueillriit 
des  cris  de  joie.  Il  était  bien  temps  qu'il 
pour  les  siens,  car  un  esprit  des  ténèbres  avait  ten 
•  n  son  absence,  de  s'emparer  de  la  caverne  habitée 
par  la  nation  des  singes  :  cet  esprit  est  le  roi  dc> 
aèèree  du  nord  l.  Sans  plus  tarder,  le  grand  m 

i  m  pou  Du  haut  des  nuées,  il  aper- 

çoit les  cimes  de  la  montagne  et  entend  «Itn  \ 
\u  tond  «l'une  caverne  cachée  sous  les  eaux1,  les  pe- 

'   Littéralement  :  dn  nord  droit ,  sincère .  J^j  j  fc  .  Une  note  de 

l'édition  in-8*  explique  ainsi  ce  passage  :  •  Le  nord  exact ,  c'eal  l'eau  ; 
le  midi  précis,  c'eat  le  feu.  L'eev  et  le  feu  qui  se  pénètrent  mutuel- 
lement produiaent  les  démena;  l'eau  et  le  feu ,  en  ae  combinant  avec 
harmonie,  produisent  la  pierre  philosopha  le.  Les  démons  ne  peuvent 
vivre  en  paii  ;  ne  doiveut-ils  pat  être  chateél>» 

1  Littéralement  :  Ja  caverne  de  l'intestin  qui  contient  l'eau.  Une 
note  du  texte  dit  sans  plus  de  leçon  :  «Cette  eeu  ainai  appelée  est 
l'eeu  de  le  vessie  (de  le  terre),  qui  n'est  pea  l'eau  pure  du  principe 
Yan3.  Le  réceptacle  de  cette  «eu  (derrière  lequel  ae  cachent  lea  ea- 
priu-fées)  ne  doit  pea  être  confondu  avec  la  limite  des  régions  supé 
Heures.  «  Il  est  dit  aussi ,  dans  une  glose  qui  précède  ce  même  cha 
pitre  :  i  Le  treillis  (/iVh)  des  eaux  n'est  pas  la  même  chose  qu<  I- 
réceplacle  (iksamy)  dea  eeui.   Dans  Ir  premier  cas,  il  s'agit  de  la 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOUTCHIN-TSUEN.  317 

tits  esprits-fées  dansaient  gaiement.  Le  singe  ayant 
décliné  ses  noms  et  ses  titres,  les  petites  fées  l'an- 
noncent à  leur  souverain,  «  Ah  !  répond  en  souriant 
le  roi  des  esprits,  j'ai  entendu  parler  de  cette  race 
singulière  de  singes.  On  dit  que  celui  qui  s'appelle 
leur  souverain  s'est  fait  bonze  pour  arriver  à  la  per- 
fection :  je  pense  que  c'est  lui.  Et  que  vient- il  cher- 
cher ici?  Voyez  un  peu;  est-il  armé?  —  H  est  sans 
armes  ,  répliquent  les  esprits-fées;  par  son  costume, 
il  ne  ressemble  à  rien.  Ce  n'est  ni  un  bonze,  ni  un 
homme  vulgaire ,  ni  un  Tao-ssé »  Le  roi  des  es- 
prits prend  son  glaive,  et  sort  pour  voir  le  singe,  qui 
l'attendait  à  la  porte.  Celui-ci  regarde  et  voit.1  : 

Sur  sa  tête  est  attaché  un  casque  de  métal  noir;  autour 
de  son  corps,  il  a  serré  une  tunique  en  fdet  de  couleur 
brune;  il  a  revêtu  une  cuirasse  de  fer  noir;  à  ses  pieds,  il 
a  chaussé  des  sandales  noires;  son  corps  a  une  épaisseur  de 
dix  palmes;  sa  hauteur  est  de  trente  pieds;  à  la  main,  il 
porte  un  glaive  qui  lance  une  multitude  d'éclairs. 

«  Quel  est  donc  ce  vaurien ,  s'écrie  le  singe  avec  colère , 
qui  ose  me  toiser  ainsi  du  regard ,  moi ,  respectable  roi  des 
singes? —  Ah!  réplique  en  souriant  le  roi  des  esprits,  tu 
n'es  pas  plus  gros  qu'un  enfant,  tu  n'as  pas  atteint  l'âge 
mûr,  et  lu  ne  portes  à  ta  main  aucune  arme  !  D'où  te  vient 

Bodhi  (qu'il  faut  traverser  pour  arriver  au  ciel)  ;  dans  le  second,  il 
s'agit  du  viscère  intérieur  de  la  terre  qui  contient  les  démons  (  Nàgas , 
dragons,  etc.). 

1  Ces  esprits  sont  de  l'espèce  des  Nâgas;  ceux-ci  habitent  l'inté- 
rieur de  la  terre,  le  Pâtâla.  Mais  les  petits  monstres  créés  par  la 
fantaisie  des  Chinois  n'ont  ni  la  grandeur,  ni  l'aspect  surhumain 
que  les  Hindous  ont  donnés  à  ces  êtres  contemporains  des  époques 
antédiluviennes. 


Jl*  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

Uni  d'audace?  Pauvre  bétc  craintive,  c'eat  toi  qui  le  permet» 
d'arriver  ici  pour  me  demander  dea  explication»  !  —  Méchant 
génie ,  répond  le  singe  avec  menace* ,  respecte  un  person- 
nage de  mon  importance   Les  petits  valent  plus  que  las 

grands! Si  je  n'ai  pas  d'armes,  j'ai  me*  deux  nwiib, 

et.  par  la  magie,  je  puis  atteindre  jusqu'à  la  lune,  aux  con- 
fins du  ciel.  Ah!  tu  n'as  pas  peur,  et  tu  te  ha  du  respectable 
roi  des  singes!»  —  Là-dessus,  faisant  une  gambade,  il  se  mit 
à  souffleter  le  roi  dea  esprits.  Celui-ci  allongea  la  main  | 
fermer  l'entrée  de  la  grotte.  —  «Tu  n'es  qu'un  avorton  ,»'é- 
cric-t-il ,  et  je  sois  un  géant.  Tu  frappes  avec  le  poinp 
frapperai  avec  le  glaive,  je  te  tuerai.  Ah  ï  tu  te  moques  !  At- 
tends que  j'atteigne  mon  glaive,  et  noua  lutterons  ensemble  » 
—  Aussitôt  le  roi  dea  esprits,  ouvrant  le  treillage  (qui  sert 
de  porte  à  la  caverne) .  se  met  en  devoir  de  percer  le  singe. 
Les  voilà  qui  luttent  et  s'atteignent,  se  portant  mutuellement 
des  coups.  Mais  il  arrivait  que  les  efforts  du  plus  grand  res- 
taient sans  effet;  car  le  plus  petit  résistait  vaillatnm 
un,  voyant  que  le  singe,  par  son  adresse  et  l'agilité  de  ses 
muscles,  échappait  aux  coup  qu'il  cherchait  à  frapper  Ml 
lui  avec  plus  de  force  encore,  il  lit  un  effort  désespéré.  Cest 
droit  au  visage  du  singe  qu'il  dirige  la  pointe  de  cuivre  de 
son  glaive.  A  peine  a-t-il  frappé ,  que  le  singe  se  met  à  nml 
tiplirr  son  propre  corps.  Le  roi  des  esprits  a  donc  frappé  le 
singe  ;  mais  ranimai  a  eu  recours  à  un  secret  magique  pour 
faire  sortir  d'autres  corps  du  sien  propre.  Prenant  dans  sa 
bouche  une  touffe  de  poils,  il  les  mâche,  les  souffle  dans 
l'espace,  et  prononce  la  formule  d'inenntat 
deux  à  trois  cents  petits  singes  arrivent  à  son  secours  et  l'«n 
vironnent  en  troupe  serrée.  Or  le  roi  des  singes  continu I 
d'employer  la  magie;  les  quatre-vingt-quatre  mill.-  poils  de 
son  corps  subirent  la  même  métamorphose 

Assailli  de  tous  les  côtés  à  la  fois ,  le  roi  des  g< 
eut  beau  appeler  à  son  secours  les  esprits-fée* .  il  fut 


ETUDE  SCR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  319 

tait  prisonnier  et  emmené  par  le  roi  des  singes.  Ce- 
lui-ci dissipa  dans  l'espace  et  fit  disparaître  d'un  mot 
les  auxiliaires  qu'il  avait  tirés  des  poils  de  son  corps; 
puis  il  ordonna  à  un  nuage  de  s'abaisser,  monta  des- 
sus et  retourna  dans  ses  États.  Ce  premier  exploit 
éveilla  dans  l'esprit  du  singe  les  instincts  guerriers. 
Maître  du  glaive  enlevé  au  roi  des  génies ,  il  s'exerça 
au  maniement  de  cette  longue  lame.  Cependant  il 
comprit  qu'il  lui  fallait  des  armes  pour  lui  et  pour 
ses  sujets.  Où  en  trouver,  comment  s'en  procurer? 
Ses  conseillers ,  au  nombre  de  quatre ,  lui  firent 
connaître  qu'il  existait,  aux  confins  du  pays  de  Ngao- 
lan,  un  roi,  maître  de  plusieurs  villes  gardées  par  des 
soldats,  et  qui  pourrait  vendre  les  armes  dont  le  be- 
soin se  faisait  sentir  parmi  les  singes.  Le  roi  de  ces 
derniers  a  bientôt  franchi,  à  l'aide  d'un  nuage  sur 
lequel  il  vole,  la  distance  qui  le  sépare  de  la  ville 
étrangère;  mais  cette  ville  est  entourée  de  fossés; 
elle  a  six  portes,  trois  marchés,  une  foule  de  mai- 
sons grandes  et  petites.  Pour  y  pénétrer  sans  obs- 
tacle, il  déchaîne  sur  la  cité  un  tourbillon  de  vent. 
Le  sable  vole ,  les  pierres  sautent,  partout  régnent  la 
crainte  et  la  confusion.  Les  soldats  du  pays,  ainsi  que 
les  habitants  des  rues  et  des  marchés,  se  barricadent 
en  dedans  de  leurs  portes  ;  personne  n'ose  sortir. 
C'est  alors  que  le  roi  des  singes  descend  du  haut  de 
son  nuage.  Il  va  ouvrir  les  portes  de  l'arsenal,  et 
n'a  plus  que  l'embarras  du  choix;  dix-huit  espèces 
d'armes  s'offrent  à  sa  vue.  La  difficulté,  c'était  de 
les  emporter  toutes  ;  il  a  recours  au  moyen  magique 


Ml  OCTOBKK   \<»\  i  MBB1    II 

■  mplov  u>  s.i  ({uereUt  me  le  roi  des  espni> 

Tirant  un  <le  Ml  poils,  U  le  mâche,  et  des  milliers  <|, 
petits  singes  se  pressent  tunniltuoaaement  autour  <l< 
leur  souverain.  Les  voila  tous  qui  iu 

veau  sur  une  nuée  pour  retourner  dans  leur  payv 
Ils  apport. lient  des  épées,  des  é pieux  des  Iauee>. 
des  arcs,  des  arbalètes,  des  masses  d'armes.  ct< 

Dès  !••  lendemain,  le  roi  des  singes  ne  •  oMipt.i  pis 
moins  de  quarante-sept  nulle  soldub  bien  an  1 
terreur  se  répandit  bientôt  parmi  les  habitants  des 
montagnes  voisines;  les  génies  dessoùam  -  t  iouie 
cavernes ,  les  animaux  de  toutes  sortes  s'empressè- 
rent de  se  soumettre;  iliaque  année,  ils  apportai 

1  Retenant .  an  peu  plu»  loin .  »ur  cotte  »c ience  de  U  magie  et 
de»  transformation».  lagUaedit  :  «Mettre  en  lumière  et  manifoster 
la  grande infUifwee de  ia pierre philoaophale,  cent  h  meta eboee 
que  poeaédar  la  métal  caché  au  milieu  dea  eau*,  par  lequel  on  ob- 
tient la  véritable  doctrine.  En  général,  il  eat  km»  la  terre ,  tantôt 
près,  tantôt  éloigné .  tantôt  brillant,  tantôt  obscur,  nuis  il  n'y  l 

laisse  l'arrêter,  ni  lui  foire  obstacle;  il  en  eat  de  même  de  l'as- 
pension  de  notre  volonté.  Une  fois  que  le  roi  des  singe»  posséda  Ir 
métal  du  glaive  enlevé  an  roi  de»  génie»  impur»,  il  ai 
métal  de»  aroanani  dn royaaino do /Vye-fon . il  amassa  le»  m/ta' 
tribut  apporté  par  las  animant  dm  souante  et  doute  caverne»;  la  mont 
Hao-ko  (babité  par  le»  singm)  fut  comme  un  vase  de  fer.  I.a  base  de 
cette  ville, tonte  de  métal.  éUot  solidement  «'la 
sans  s'arrêter.  »  Il  ailleurs  :  «Ce  crue  l'on  nomme,  dan»  la  langage 
dm  immortels,  la  métal  dow  team,  cest  la  grande  Intelligence,  su 
fond  très-pore  et  très- my ttérieuse .  que  les  parole»  ne  peuvent  trans- 
mettre. •  N'y  a-t-il  point  dans  tout  ceci  une  allusion  aux  conquêtes  de 
l'bomme  sur  les  secret»  do  la  nature,  et  è  la  puissance  acquise  par 
l'espèce  humaine,  lorsqu'elle  sot  sa  servir  dm  métaux  cachés  dan» 
la  terre  ?  On  verra  plu»  loin  que  ce  singe ,  comme  un  autre  Promé- 
thée,  expiera  sous  une  montagne  |a  puissance  surhumaine  anj  M 
conduit  peu  A  peu  à  la  révoile. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHINTSUEN.  321 

le  tribut.  Le  cœur  du  roi  des  singes  était  rempli  d'une 
grande  joie.  Cependant  ses  conseillers  lui  deman- 
dèrent s'il  avait  la  puissance  de  pénétrer  au  sein  des 
eaux;  il  leur  répondit  :  i 

«  Depuis  que  j'ai  été  initié  à  la  grande  Intelligence  ,  je  con- 
nais les  soixante  et  douze  transformations  qui  dépendent  de  la 
terre.  Je  commande  aux  nuées  du  ciel,  mon  esprit  pénétrant 
ne  connaît  rien  qui  le  surpasse;  c'est  un  jeu  pour  moi  de 
cacher  mon  corps,  de  me  rendre  invisible,  de  monter  où  je 
veux,  d'atteindre  ce  que  je  veux.  Pour  s'élever  au  ciel ,  il  y 
a  des  chemins;  pour  rentrer  dans  la  terre,  il  y  a  des  portes. 
Je  puis  marcher  devant  la  lune  et  le  soleil  sans  projeter 
d'ombre,  entrer  dans  le  métal  et  dans  la  pierre  sans  les  bri- 
ser1; mais  pour  s'enfermer  au  sein  des  eaux,  cela  est  im- 
possible; le  feu  ne  peut  pas  non  plus  être  détruit  parle  feu.  » 

Or  il  s'agissait  d'aller  demander  d'autres  armes 
encore  au  roi  des  Dragons,  qui  vit  sous  les  eaux. 
Pour  pénétrer  dans  la  demeure  de  celui-ci,  il  y  avait 
un  moyen,  c'était  de  passer  sous  le  pont  de  fer  joi- 
gnant les  deux  rives  du  torrent  voisin  de  la  caverne 
qu'habitaient  les  singes.  Le  singe  prit  cette  route; 
en  un  instant,  il  arrive  devant  le  palais  du  roi  des 

1  Cette  puissance  surnaturelle  est  celle  que  la  Sânkkya  nomme 
UïcIïU ,  la  domination  sur  tout  ce  qui  existe.  Cette  domination  est 
dite  de  huit  espèces  :  i°  sous  la  forme  atomique,  traverser  le  monde  ; 
2°  sous  une  forme  gigantesque,  aller  où  l'on  veut;  3°  avec  un  corps 
aussi  ténu  que  les  fibres  du  lotus,  se  poser  sur  les  étamines  d'une 
fleur;  4°  en  quelque  lieu  que  l'on  désire  un  objet,  s'y  transporter  et 
l'obtenir  ;  5°  obtenir  tout  ce  que  l'on  souhaite  ;  6°  exercer  son  auto- 
rité sur  les  trois  mondes  ;  70  dominer  tout  ce  qui  existe  ;  8°  faire  se 
tenir,  s'arrêter  ou  se  mouvoir  tout  ce  qui  est,  depuis  Brahma  j usqu'à 
une  pierre.  (Voir  le  commentaire  du  soûtra  xxni".) 


Ml  OCTOBRE-  NOVEMBRE  1857. 

Dragons,  et  se  fait  annoncer  comme  un  saint  homme 
né  du  ri,l  .  Le  roi  des  Dragons  de  la  mer  orientale 
s'empresse  daller  recevoir  cet  hôte  illustre.  Il  lin 
•  lire  un  siège;  on  prend  le  thé  (les  Chinois  veulent 
que  l'on  observe  leur  cérémonial  jusque  chez  les 
Dragons  !) ,  et  la  conversation  s'engage  sur  le  ton  <l< 
la  politesse.  Le  singe  dit  : 

•  Depuis  ma  naissance ,  j'ai  quille  le  monde  pour  me  per- 
fectionner dans  la  vertu  ;  j'ai  obtenu  un  corps  qui  ne  doit 
plus  revivre  ni  mourir.  Récemment  je  me  suis  mis  à  exer- 
cer, dans  l'art  de  la  guerre,  mes  jeûnes  gens,  pour  tn  il- 
soient  en  état  de  garder  les  cavernes  de  notre  montagne. 
Poorrais-je  y  parvenir,  si  je  n'avais  des  armes  ?  Depuis  long- 
temps j'ai  entendu  dire  que,  dans  le  palais  de  mon  sage 
voisin,  U  j  a  très-certainement  beaucoup  d'armes  divines, 
et  je  suis  venu  tout  exprès  pour  les  lui  demander.  • 

Le  roi  des  Dragons  ne  jugea  pas  à  propos  de  le 
i.Iiimm  ;  il  fit  apporter  plusieurs  glaives.  ,|,  formes 
diverses.  Mais  le  singe ,  capricieux  de  sa  nature ,  trou- 
i  m  l'un  trop  loger,  l'autre  peu  commode  à  manier; 
si  bien  que  le  grand  Dragon  lui  fit  prêtent n-,  ton 
jours  par  quelque  » -hcf  de  la  famille  des  poissons  qui 
occupai,  iii  1rs  pruniers  emplois  dans  son  empire, 
—  une  lance  carrée  et  de  nature  divine,  du  poids 
de  soixante  et  douze  mille  Ain.  «  Trop  léger,  trop  léger, 
trop  léger, a  répondit  encore  le  singe;  et  comme  le 
roi  des  Dragons  perdait  patience,  le  singe  ajouta  M 
souriant  : 

1  La  gtaae  prétend  que  ce  mot  veut  dire  :  «qui  ne  doit  plus  ni 
renaître,  ni  mourir  • 


ETUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN-TSUEN.  323 

«  Il  y  a  un  ancien  proverbe  qui  dit  :  Si  le  roi  des  Dragons 
des  mers  se  met  de  mauvaise  humeur,  adieu  les  choses  pré- 
cieuses \  Cherchez,  cherchez  encore,  et  voyez  si  vous  n'avez 
rien  à  ma  convenance.  » 

Le  roi  des  Dragons  se  retirait  sans  répondre  aux 
demandes  réitérées  du  singe ,  lorsque  ses  femmes  et 
ses  filles  vinrent  lui  dire  : 

«  Ce  saint  personnage  est  très-puissant ,  n'en  doutez  pas. 
Dans  notre  trésor  des  mers,  nous  avons  un  morceau  de  fer 
divin  qui  sert  à  boucher  la  caverne  du  ciel.  Depuis  quelques 
jours,  il  brille  d'un  éclat  étincelant  comme  celui  de  la  nuée 
à  l'aurore  ;  il  en  émane  une  vapeur  extraordinaire.  Oserions- 
nous  manquer  à  notre  devoir,  et  ne  pas  nous  porter  à  la 
rencontre  du  saint  personnage  (dont  ces  présages  annoncent 
la  venue  )  ?  »  Le  roi  des  Dragons  répliqua  :  «  Au  temps  où  le 
grand  empereur  Yu  rectifia  le  cours  des  eaux  et  établit  le 
niveau 2  du  fleuve  Kiang  et  de  la  mer,  il  plaça  ce  morceau 
de  fer  enchanté.  Quel  parti  peut-on  en  tirer  ?  » 

1  Ce  proverbe ,  sans  doute  fort  ancien ,  prouverait  que  la  croyance 
populaire  admet  l'existence  d'un  dieu  de3  richesses  caché  sous  la 
terre,  au  fond  des  eaux.  Le  Kouvêra  des  Hindous  habite  au  nord, 
celui  des  Chinois  est  roi  de  la  mer  orientale  ;  c'est  toute  la  différence 
qui  les  distingue  l'un  de  l'autre.  Quant  aux  armes  surnaturelles  ,  la 
poésie  indienne  les  célèbre  en  maint  endroit  du  Mabâbhârata  et  du 
Râmâyana.  H  y  a  l'arme  d'Agni,  l'arme  d'Indra,  et  surtout  les  armes 
terribles  que  Civa  met  entre  les  mains  de  ceux  qui  se  vouent  à  lui. 
Dans  tout  ceci ,  la  fantaisie  chinoise  a  fait  des  emprunts  à  la  rêverie 
indienne. 

5  Ta-yu  fut,  en  effet,  chargé  de  réparer  les  dommages  causés  par 
les  débordements  des  eaux  avant  la  mort  de  Yao ,  et  employa  treize 
ans  à  ce  grand  travail.  Il  n'en  est  pas  moins  curieux  de  le  voir  men- 
tionné ici  ;  mais  les  Chinois  aiment  tant  l'histoire,  ils  attachent  tant 
de  prix  à  tout  ce  qui  se  rapporte  aux  premiers  empereurs  de  leur 
nation,  qu'ils  ne  permettraient  pas  aux  Dragons  d'ignorer  ces  dé- 
tails. 


314  OCTOBRE-NOVEMBRE  1S57. 

«  Qu'il  en  fasse  ou  non  son  profit ,  répondirent  les 
femmes  du  roi  des  Dragons,  présentez-le  lui.     I 
souverain  des  mers  suivit  leur  conseil;  il  « •mm.-n.i 
dans  le  lieu  désigné  (dans  le  trésor  de  l'Océan  )  le 
roi  des  singes,  qui  se  fâchait  déjà,  croyant  qu'on 
le  mettait  à  la  porte,  et  lui  imwitr.i  um-  immense 
barre  de  fer.  Le  singe,  l'ayant  jugée  trop  longue,  la 
raccourcit,  y  adapta  une  poignée  et  lui  donna  le  nom 
de  la  masse  de  fer  qui  obéit  à  la  pensée;  elle  pesait  treire 
mille  cinq  cents  km.  Enchanté  de  posséder  une  arme 
aussi  précieuse,  il  fait  un  pas,  médit   .  puis  marmot  \< 
quelques  mots,  porte  la  main  a  son  front l.  i 
brusquement  au  milieu  du  palais  de  cristal .  où  trô- 
nait le  vieux  roi  des  Dragons.  Toute  la  cour  du  sou- 
verain des  poissons,  des  crustacés  et  des  cétacés  est 
en  rumeur.  Mais,  sans  prendre  gard*    <  1  effroi  qu'il 
cause  en  ces  lieux .  le  singe  s'assied  p< 
une  nouveile  demanda.  Il  a  des  armes,  c'est  très- 
bien;  cependant  il  lui  manque  un  vêtement,  ou  plu 
tôt  une  armure.  «  Je  n'en  ai  point ,  répond  le  roi  des 
Dragons         I  »  ln.tr  ne  n«-  donne  pas  la  peine  de 
chercher  deux  logements1,  répond  le  singe  ;  tant  bjm 


graves  mm*  bois  qui  Mat  placées  es  tête  de  l'ouvrage  re 

itent  le  roi  de*  litige*  tenant  sous  le  bras  aa  masse  de  fier,  et 

portant  u  main  A  mm  froôt,  WW  poor  en  faire  jaillir  une  pensée. 

'  Littéralement  :  •  Un  étranger  (ou  un  convive)  ne  ae  met  pas  en 
peine  pour  deux  notas:  —  !&£  ^K  iff  ^^  ïÈ,  *  ***  ni*,De 
proverbe  se  trouve  dans  la  Grammaire  du  P.  Prémare ,  qui  le  traduit 
ainsi ,  •  Hotpcs  luupiùmm  non  mutai, •  et  remplace  le  caractère  \  P 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  325 

je  n'ai  pas  ce  que  je  demande,  je  ne  sors  pas  d'ici. 
— Peut-être  y  a-t-il  hors  de  ce  palais ,  dans  la  mer, 
ce  que  vous  cherchez —  Courir  trois  mai- 
sons ne  vaut  pas  rester  tranquille  dans  une;  je  vous 
en  prie  dix  mille  fois ,  donnez-moi  un  vêtement l.  » 
Menacé  par  le  singe ,  qui  lui  propose  un  duel ,  le 
roi  des  Dragons  parle  d'appeler  à  son  secours  ses 
jeunes  frères,  les  Dragons  du  sud,  du  nord  et  de 
l'ouest,  Ngao-kin,  Ngao-chun  et  Ngao-joun. 

«  Je  ne  m'en  irai  pas,  je  ne  m'en  irai  pas ,  répliqua  le  singe , 
il  y  a  un  proverbe  qui  dit  :  Si  par  trois  fois  on  a  accueilli 
votre  demande ,  ne  perdez  pas  courage  ;  si  l'on  vous  a  reçu 
deux  fois,  alors  espérez.  Et  cet  autre  encore  :  Si  l'objet  de 
vos  poursuites  s'élève  tout  à  coup,  dès  qu'il  s'abaissera, 
aidez-vous  un  peu,  et  tout  ira  bien2.  — Le  grand  Immortel 
ne  veut  pas  se  retirer ,  dit  alors  le  roi  des  Dragons  ;  j'ai  ici 
un  tambour  de  fer  et  une  cloche  d'or;  dans  les  cas  pressants, 
je  frappe  un  coup  sur  le  tambour  et  sur  la  cloche,  et  aussitôt 
mes  jeunes  frères  se  rassemblent.  » 

Au  premier  coup  de  tambour  et  de  cloche ,  les 
rois  des  Dragons  des  trois  autres  mers  arrivent  en 
hâte.  Le  vieux  souverain  de  la  mer  orientale  leur 

fân,  de  notre  texte,  par  «S  fân,  qui  a  le  même  son  et  à  peu  près 
le  même  sens. 

1  Dans  ce  proverbe,  très-simple,  le  commentateur  voit  une  idée 
profonde,  et  l'interprète  ainsi:  «Mieux  vaut  s'en  tenir  à  une  école 
(kia  «maison»,  et,  par  suite  «secte»),  que  d'en  rechercher  plu- 
sieurs  » 

2  La  glose  dit  que  le  sens  de  la  phrase  est  celui-ci  :  «  Ne  pas 
s'acharner  à  la  poursuite  des  choses;  attendre  qu'elles  arrivent,  et 
alors  profiter  des  circonstances,  s'y  accommoder.  » 


m  OCTOBHE-NOVBMBMB  1857 

explique  ce  qui  m  passe ,  l'arrivée  du  singe,  la  puis- 
sance de  celui-ci  et  son  obstination  à  réclamer  des 
vêlements ,  après  avoir  reçu  déjà  des  armes  et  de 
précieux  métaux.  Le  roi  des  Dragon»  du  nord  (Ngaa 
chun  )  se  dessaisi  t .  en  faveur  du  singe ,  de  set  sandales 
en  racines  de  nenufar.  propres  a  marcher  sur  les 
nuées;  le  roi  des  Dragons  de  l'ouest  (Ngao-joun) 
donne  une  cuirasse  d'or  ;  le  roi  dea  Dragons  du  sud 
(Ngao-kin)  abandonne  son  casque  d'or  Imuiu  Leur 
aîné,  le  roi  dea  Dragons  de  Test,  va  porter  oas  divers 
objets  d'équipement  au  singe,  qui  s'en  revêt  tout 
joyeux  et  sort  avec  une  gambade.  Grâce  au  métal  ÉaJ 
I  •  iiveloppe,  il  a  pu  traverser  les  eaux  sans  se  mou  il 
1er,  et  reparaître  au  milieu  des  siens  tout  brill.uit  de 
l'éclat  de  son  armure.  Aux  singea,  aaa  sujets,  éton- 
nés de  lui  voir  è  la  main  l'arme  précieuse  dormée 
par  le  roi  des  Dragons .  il  raconte  ses  aventures  et 
ses  voyages.  Il  explique  comment  il  peut,  par  JV- 
de  la  magie,  commander  à  cette  arme  si  longue  et 
si  pesante.  Quand  il  lui  dit  par  trois  fois  :  Rapetisse- 
toi  !  elle  se  réduit  à  un  si  peut  volume ,  qu'il  la  cache 
dans  le  pavillon  de  son  oreille.  S'il  répète  trois  fois 
le  mot  :  Allonge-toi  !  elle  prend  des  proportions  co- 
lossales '.  Le  premier  usage  qu'il  fit  de  cette  arme 


cctteanBeaMgiqtMc.LecnardcrboaBccMMtarrIlea 

(  et  porté  ter*  la  terre);  quand  il  s'éleva  et  ae  calsM,  il  eeejwert  la 

pénétration  dea  génies  «t  la  puissance  des  innaformation. Ce 

I  i  tre  nous  m  oire  on  eaeeaple,  dans  es  singe  (détenu  an  )cmu(  une 
pensée).  CeUe  arme .  noaaaaée  aasaaat  la  pousV,  ce*  la  poiisaare  du 
neur.  Sans  habileté,  la  eonir  ne  pourrait  communiquer  la  ti< 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN-TSUEN.  327 

prodigieuse  et  des  secrets  magiques  pénétrés  par  lui , 
ce  fut  de  soumettre  les  rois  des  génies  des  soixante 
et  douze  cavernes. 

«Plein  de  joie,  il  sort  de  sa  caverne,  tenant  entre  les 
mains  l'arme  précieuse.  Grâce  à  son  esprit  doué  d'une  pé- 
nétration qui  le  rend  capable  de  régir  le  ciel  et  de  gouverner 
la  terre  ',  il  dit  à  son  corps  :  Grandis-toi!  Aussitôt  il  atteint 
une  hauteur  de  mille  coudées.  Sa  tête  s'élève  comme  une 
haute  montagne;  le  milieu  de  son  corps  a  la  grosseur  d'un 
mont  escarpé,  ses  yeux  lancent  des  éclairs,  sa  bouche  est 

tour  de  lui;  sans  son  arme,  le  singe,  qui  agit  par  le  cœur,  ne  pour- 
rait accroître  le  domaine  de  sa  puissance  intellectuelle.  Voilà  pour- 
quoi ,  au  commencement  de  ce  chapitre,  l'auteur  introduit  la  mention 
de  cette  arme,  qui  se  nomme  comme  la  pensée.  La  pensée  et  le  cœur 
sont  une  seule  et  même  chose.  Quand  le  singe  lui  commande  de  se 
faire  grande  ou  petite,  longue  ou  courte,  etc.  dans  toutes  ces  cir- 
constances ,  elle  obéit  à  son  cœur C'est  ainsi  qu'il  arrive  à  con- 
naître ce  qu'il  y  a  entre  le  ciel  et  la  terre.  Sans  cette  arme ,  il  ne 
deviendrait  pas  ce  qu'il  est  devenu,  un  être  saint,  né  du  ciel;  il  ne 

serait  qu'un  homme  saint,  né  du  ciel »  Cette  arme  est  donc,  sous 

une  forme  sensible,  l'image  de  la  domination,  ou  aïçvaryam,  dont 
j'ai  parlé  plus  haut  dans  une  note. 

1  Tel  est  le  sens  des  mots:  >^   ^  $k   ffy   ^    ^j|É 

Sffl  .  *Begere-cœlum-gubernare-terram  (signe  du  participe)  spiri- 

tus-sagacitate-prœditas.n  Le  signe  du  participe  est  rejeté  ici  après 
les  deux  régimes.  (Voir  Prémare,  p.  128.)  Le  caractère  siang  de- 
vrait être  sans  la  clef  de  l'homme  1BL  •  Sous  cette  forme,  il  est  sy- 
nonyme de  fa  >4j  ■>  et  peut  avoir  une  acception  verbale.  (Voir  dans 

les  Mémoires  de  Hiouen-thsang,  traduction  de  M.  Stan.  Julien,  p.  xlvi 
de  la  préface  du  Si-yu-hi,  les  remarques  du  savant  professeur  sur  le 
caractère  siang.)  Le  signe  du  participe  d'un  verbe  actif  peut  se  pla- 
cer après  le  régime,  comme  dans  cette  phrase:  Jr j  «3*  HtT  , 
tympanum  pulsans. 


33*  OCTOBKfc   NOIEMBKL   1857. 

rouge  comme  le  sang,  ses  denlt  ressemblent  à  de*  tranchant* 
de  glaive.  La  lance  qu'il  porte  à  la  main  touche  jusqu'au 
trente-troisième  ciel  et  pénètre  jusqu'au  fond  des  dfa -huit 
enfers.  A  sa  vue,  les  rois  des  génies  des  soixante  et  douze 
cavernes  sont  glacés  d'épouvante;  Us  frappent  la  terre  de 
leurs  fronts ,  s'inclinent  respectueusement  à  ses  pieds. . 
Tout  à  coup ,  le  singe  contracte  cette  forme  qu'il  avait  re- 
vêtue, prend  son  arme,  et,  par  une  métamorphose,  la  ré- 
duit à  n'être  plus  qu'une  fine  aiguille  à  coudre;  il  la  cache 
dans  son  oreille,  et  retourne  a  la  caverne  qu'il  habite.  * 

Après  cet  exploit,  il  se  forme  une  cour,  en  dis- 
tribuant des  grades  et  des  emplois  aux  singes  de  <li 
verses  espèces.  Le  temps  du  repos  était  venu,  un 
jour,  à  la  suite  d'un  grand  conseil,  dans  lequel  il  i 
été  discuté  sur  la  littérature  et  sur  l'art  militaire  avec 
les  dix  rois  des  animaux1,  il  donne  a  ceux  <  m 
banquet.  On  mange  bien ,  on  boit  mieux  encore 
voilà  les  sept  rois  des  bétes  qui  vont  dormir  pcèi  do 
pont  de  fer,  à  l'ombre  d  un  pin.  Pendant  que  le  roi 
des  singes  sommeille  tranquillement,  sous  la  gtrd< 
de  ses  quatre  grands  officiers,  deux  personnages 
étrangers,  qui  tiennent  à  la  main  une  pancarte  sur 

1  Ou  plutôt  les  rais  des  animaux  tabulent,  à  savoir  i  le  roi  des 
démons-bcrais,  le  roi  des  désnoni  crocoduV»,  le  roi  des  démons- 
pong  (espèce  de  poiassu  qui  se  change  en  oiseau,  selon  les  Chinois), 
le  roi  de*  serpent»,  le  roi  des  renards,  le  roi  des (les  deux  ca- 
ractères manquent  dans  les  dictionnaires;  ils  sont  sans  doute  mal 
écrits).  Tels  sont  les  personnages  avec  lesquels  le  beau  roi  des  singes 
discute  sur  lu  Uttrrt  et  $mr  la  jeerrv  '  Quelles  que  soient  la  forme  et 
la  nature  des  êtres  que  les  Chinois  mettent  en  scène ,  ils  leur  don- 
nent immédiatement  leurs  goûts,  leurs  habitudes ,  n  km  leur»  ins- 
tinct* particuliers. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  329 

laquelle  est  écrit  son  propre  nom,  s'avancent  en  si- 
lence. A  l'aide  d'une  corde ,  ils  saisissent  ïâme  1  du 
roi  et  l'emportent.  Celui-ci  s'éveille  dans  sa  nouvelle 
demeure;  sur  les  murs  de  la  ville  où  on  l'a  conduit, 
il  lit  ces  mots  :  Frontières  de  l'empire  des  ténèbres.  C'est 
là  que  règne  le  juge  des  enfers,  le  roi  de  l'empire 
des  morts,  Yênwang.  Surpris  de  se  réveiller  en  pa- 
reil lieu,  le  singe  répond  à  ceux  qui  l'ont  amené  : 

«  Je  sais  bien  que  je  suis  sorti  des  trois  mondes,  mais  je  ne 
suis  pas  rentré  dans  les  cinq  éléments;  je  ne  leur  suis  plus 
soumis.  Pourquoi  ces  gros  gaillards  ont-ils  osé  m'effacer  du 
milieu  des  vivants  ?»  —  Et  voilà  que  les  deux  mandarins  du 
sombre  empire,  dont  l'emploi  était  d'effacer  le  nom  des  morts, 
se  mettent  à  le  tirer  de  force  pour  l'entraîner  ;  ils  voulaient 

1  %/ÎL  Iffiv  Kouan-ling .  a  ordinairement  le  sens  d'âme  humaine. 
Ici,  cette  âme  est  le  qTO:  des  philosophes  indiens ,  l'homme  en  pe- 
tit, l'homme  en  raccourci,  pas  plus  long  que  le  pouce,  WfWTOfi,  tel 

que  le  reconnaissent  les  védantistes  et  aussi  les  sânkbistes;  à  ces 
derniers,  comme  nous  l'avons  déjà  remarqué,  le  bouddhisme  a  fait 
plus  d'un  emprunt.  Ces  deux  personnages  qui  enlèvent  l'âme  du 
singe  .rappellent  trait  pour  trait  le  dieu  Yama  lui-même,  lorsqu'il 
vint  enlever  Y  âme  de  Satyavân  (l'époux  de  Sâvitrî)  durant  son  som- 
meil. Les  Tao-ssé  admettent  aussi  que  l'on  peut,  en  dormant,  faire 
un  voyage  dans  l'autre  monde.  (  Voir  le  livre,  des  Récompenses  et  des 
peines,  traduction  de  M.  Stanislas  Julien,  p.  4o.)  A  propos  des  mé- 
tamorphoses du  singe,  et  de  la  facilité  avec  laquelle  il  contracte 
son  arme  et  fait  rentrer  en  lui  les  petits  êtres  sortis  de  son  corps, 
on  reconnaît  qu'il  possède,  avec  les  armes  divines,  la  connaissance 
des  formules  magiques,  des  secrets  au  moyen  desquels  on  les  retient 
et  on  les  rappelle  à  soi  après  s'en  être  servi. 

swifui  ^nmmrr m^i^iIui 

[Mahâbhâralam.,  Adiparva,  lect.  i3o,  vers  5 1 3 1 . ) 


350  OCTOBRE- NOVEMBRE  1857. 

le  faire  entrer;  mais  le  caractère  impatient  tlu  roi  des 
s'éveille  tout  à  coup.  Tirant  de  «on  oreille  l'arme  enchantée, 
tout  en  colère,  il  ae  courbe ,  saisit  l'occasion ,  prend  en  main 
la  masse  de  fer,  et  se  met  à  frapper  sur  les  deux  sbires  char- 
gés d'entraîner  les  morts  ;  il  en  a  fait  de  la  viande  morte  ' , 
et  s'échappe  du  nœud  coulant  jeté  autour  de  son  cou.  Alors, 
s'ouvrent  un  passage,  il  pénètre  dans  la  ville  des  morts.  La 
terreur  s'y  répand  ;  les  démon»  à  tète  de  bœuf  se  sauveul  à 
l'est  et  se  cachent  à  l'ouest  ;  le*  démons  k  face  de  cheval  s'en* 
fuient  au  sud  et  se  dispersent  au  nord,  puis,  montant  au 
palais  de  Sém-U  \  ils  avertissent  les  rois  de  ce  qui  se  pesée , 
en  criant  :  •  Malheur?  malhcu 

1  fj  ;Q  0Sj  SJ  •"«•  fit  de  la  chair  préparée  pour  être 
conservée,  de  la  viande  séché*  eu  salée.» 

I  jfifc  H?.  Ceet  le  neut  du  palais  habité  par  Varna.  Les  dé- 
■o—  à  tète  de  bœuf ,  en  sanscrit,  ritauj: ,  sont  des  espèces  de  yak- 
chas;  les  démons  è  tête  de  cheval,  en  sanscrit.  sjtobuJ:,  sont  les 


'  Au  cesssnencesneut  de  cet  épisode,  il  est  dit  dans  I*  teste  que 

I*  roi  des  singes  avait  jjjk  ~|\  /è\  f  «ae-lia-eta,  litiéralement  : 

déposé  son  ennr,  cest-eVdire ,  abdiqué,  mis  d*  coté  las  sentiments 
humains .  les  désirs  terrestres.  La  glose  s'étend  longuement  sur  cette 
expression.  Voici  quetqoe*-unes  des  réflexions  qu'elle  lui  suggère  : 
■  Le  roi  des  singes  possédait  en  mi-méme  la  vie  des  hommes  et  de* 
choses,  il  l'avait  absorbée  complètement ,  il  pouvait  donc  dépoter  son 
tarer.  Le  texte  ne  dit  pas:  son  cœur  se  retache  (*uv/im$-A*a),  mais 
bien  :  il  te  débarrassa  de  tout  sentiment  personnel.  Il  y  a  là -dedans 
une  belle  pensée,  que  le*  hommes  do  siècle  ne  comprennent  pes. 
eux  qui  n'ont  pas  encore  échappé*  (eux  misères  do  moode  ),  et  qui , 

en  secret,  se  préoccupent  du  blâme  et  de  la  louange C'est  lace 

qu'on  nomme  la  calamité  d'un  co-ur  qui  se  répand  an  dehors,  et 
c'est  rentrée  qui  donne  accès  A  la  vie  et  à  la  mort ....  Celui  qui  a 
abdiqué  les  sentiments  humains  vit  dans  un  état  d'abstraction  ;  il 

ne  tient  plus  à  rien ,  et  pourtant  il  existe Il  ne  tient  à  rien,  et 

il  est  le  maître  d'abandonner  ce  qu'il  veut A  la  différence  d* 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  331 

Il  y  avait  dans  les  régions  inférieures  dix  rois  se- 
condaires, nommés  les  dix  rois  remplaçants  du  som- 
bre empire1.  Ils  s'excusent  devant  le  singe ,  qu'ils  trai- 
tent de  grand  immortel;  si  on  a  osé  porter  la  main  sur 
lui,  c'est  qu'on  s'est  trompé  de  nom  :  il  y  a  tant  de 
noms  qui  se  ressemblent  dans  le  monde  des  vivants! 
«Comment  vous  appelez- vous?  Venez  avec  nous; 
montons  au  palais  de  Sên-lô,  et  là  nous  examine- 
rons le  cas  devant  le  grand  juge  qui  siège  du  côté 
du  sud2.  »  D'abord ,  on  feuilleta  trois  des  registres  sur 

ceux  qui  n'ont  pas  renoncé  à  eux-mêmes ,  il  voit  même  en  dormant. 
Confucius  a  dit  :  «  Au  matin ,  j'écoute  l'enseignement  de  la  doctrine  ; 
«  le  soir,  je  puis  être  mort  ! . . .  —  Mais  vivre  et  être  exposé  à  mourir, 
ce  n'est  pas  là  connaître  clairement  la  vraie  doctrine.  Celui  qui  a 
renoncé  à  ses  sentiments  personnels  ne  peut  mourir  jamais,  mais 

peut  vivre  toujours Ainsi  du  singe,  qui  entre  brusquement 

dans  la  ville  du  roi  des  enfers,  après  avoir  tué  ceux  qui  l'entraî- 
naient. Le  mort  redevient  vivant,  et  les  vivants,  à  leur  tour,  devien- 
nent des  morts » 

1  ~~f-*  'TvT  -Ë&  "4"*  Chy-tay-ming-wang.  Je  m'abstiens  de  ci- 
ter ici  leurs  noms  chinois,  qui  ne  se  prêtent  ni  à  la  traduction  lit- 
térale, ui  à  l'interprétation  des  caractères. 

s  Le  dieu  des  morts  de  la  mythologie  indienne  habite  du  côté  du 
sud  ;  de  là  le  nom  de  c^RmuUUMÎd: ,  régent  de  la  partie  rrœridionale 
de  l'horizon,  qui  est  donné  à  Yama.  Il  est  à  remarquer  que  les  ado- 
rateurs de  Vichnou  se  croyaient  affranchis ,  eux  aussi ,  de  la  dépen- 
dance du  dieu  des  morts.  (Voir  le  Vichnoupourâna,  traduction  de 
M.  Wilson,  page  287.)  C'est  par  la  méditation,  par  l'absorption  en 
Bhaghavat,  par  le  renoncement,  en  un  mot,  qu'ils  arrivaient  à  évi- 
ter la  mort  et  la  vie  des  naissances  futures.  A  ce  propos,  je  ferai  ob- 
server que  les  Chinois  ont  encore  emprunté  aux  Indiens  l'idée  des 
neuf  organes  creux,  ou  neuf  portes.  Ainsi,  dans  une  glose  de  l'édi- 
tion in-8°,  on  lit  ces  mots  :  «  Les  anciens  ont  dit  :  Le  cœur  du  saint 
homme  a  sept  ouvertures  ;  cela  doit  s'entendre  des  sens  internes. 
Dans  ce  livre,  on  dit:  En  général,  les  neuf  ouvertures  concourent 


338  OCTOBRENOVBMBRE  1857. 

lesquels  étaient  inscrits  les  noms  de  toutes  les  espèces 
d'animaux.  Arrivé  à  l'article  singe,  le  juge  lut  m  ({tu 
suit  . 

•  Le  singe  ressemble  à  l'homme ,  mais  m»  nom  ne  m  trou  ve 
pas  parmi  ceux  de  l'espèce  humaine.  Il  ressemble  aux  qua»  I 1  a 
pèdes ,  mais  il  ne  marche  point  à  la  suite  des  animaux  mer- 
veilleux tels  que  le  ky-lm.  11  a  des  rapports  avec  les  volatiles . 
mais  il  n'est  point  soumis  aux  lots  de  l'aigle.  •  Il  y  avait  encore 
d'autres  registres;  le  roi  des  stages,  les  parcourant  de  l'œil, 
remonta  au  delà  des  noms  des  Ireiae  cents  esprits  inférieurs, 
et  découvrit  ces  mots  :  Suom-ktmg ,  •  singe  né  d'une  pierre 
céleste,  ayant  atteint  l'âge  avancé  de  trois  cent  quarante- 
deux  ans,  terme  de  sa  vit.  «A  celle  vue,  il  dit:  •  J'avais  oublié 
ces  circonstances  de  moo  âge,  a  quoi  bon  les  rappeler,  et 
qu'est  il  besoin  de  ce  nom  ?»  — S'armant  d'un  pinceau, avec 
attention  et  d'une  main  exercée,  il  efface  tons  las  noms  ap- 
partenant à  la  race  des  singes.  Apres  avoir  eflacc  tous  ces 
noms,  il  arracha  le  registre,  en  s'écriant:  «Ces!  réglé, c'est 
réglé!  A  partir  d'aujourd'hui,  je  ne  sais  plus  soumis  à  vos 
lois.  •  —  Et  il  se  fraya  un  passage  hors  des  limites  du  sombre 
empire.  Les  dix  rois  n'osèrent  l'approcher  ;  Us  se  rendirent 
au  palais  de  Nuées  flottantes  pour  saluer  le  Pou-sa  (Botllii 
*attva) .  rot  des  trésors  de  la  terre,  qui  dut  présenter,  à  cette 
occasion,  une  requête  au  ciel  supérieur. 

tout**  à  la  sanctification  do  bouddhiste;  cela  doit  s'entendre  des  or 
ganes  externes.  On  peut  voir  par  là  que,  en  ee  qui  touche  su  corps 
humain,  si  les  organes  internes  servent  à  former  le  saint  homme 
(le  sage,  d'après  l'idée  de  koog-fou-tseu  et  des  lettrés  de  son  école) , 
les  organes  externes  servent  à  l'accomplissement  de  l'eut  de  Boud- 
dha  •  Ce  sont  la  les  neuf  portas  de  te  titU  dont  il  est  question 

dans  la  bkagkavudgultd,  et  à  propos  desquelles  M.  Schlegel  a  <l 
uote  :  Porte  enamenmtur  m  kunc  mutdum  .  bim  oculi,  binm  naret,  fctiur 
oarra  etof.km  tant  septrm  im  captif  constitut*  ;  infra  dam ,  août  et  mtm- 
brmm  génitale.  Les  lettres  omettent  les  dent  derniers  organes,  qui 
n'ont  point  un  rapport  aussi  direct  avec  le  comr,  avec  la  pensée. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  333 

Le  singe  était  retourné  triomphant  au  lieu  où  ses 
quatre  grands  mandarins  le  croyaient  encore  en- 
dormi. Bientôt  après,  un  jour  que  le  souverain  Sei- 
gneur de  Jade1  trônait  dans  le  palais  des  nuées  aux 
portes  d'or,  à  l'heure  où,  tous  rassemblés,  les  im- 
mortels ,  lettrés  et  guerriers  du  palais  des  plus  hautes 
régions  élevées  faisaient  leur  cour,  un  messager  cé- 
leste2 vint  apporter  un  placet  de  la  part  du  roi  des 
Dragons  de  la  mer  orientale ,  qui  se  plaignait  des 
méfaits  du  roi  des  singes,  et  demandait  des  troupes 
pour  le  combattre.  Quelques  instants  après,  arrive 
un  autre  placet,  présenté  par  le  roi  des  enfers,  et 
qui  contenait  ce  qui  suit  : 

«Dans  le  sombre  empire  habite  celui  qui  régit  le  principe 
grossier  de  la  terre.  Au  ciel,  il  y  a  les  purs  esprits;  sur  la 
terre,  il  y  a  les  génies  d'un  ordre  inférieur  :  les  deux  prin- 
cipes subissent  les  lois  d'une  rotation  perpétuelle.  Les  êtres 
animés  ont  la  vie ,  les  êtres  inanimés  ont  la  mort ,  et  ils  re- 
viennent sous  la  forme  de  créatures  :  il  en  est  ainsi  pour 
toutes  les  classes  d'êtres.  Or  voici  qu'un  certain  roi  des  singes 
(suivent  ses  noms  et  les  détails  de  sa  naissance) ,  emporté  par 

1  Yu-ty  «  le  très-vénérable  empereur  »  ;  cette  expression  appartient 
à  la  secte  des  Tao-ssé. 

yV     Tchin-jin;  c'est  ainsi  que  les  Tao-ssé  nomment  les 

êtres  qui  peuvent  laisser  de  côté  leur  corps  mortel ,  se  rendre  invi- 
sibles et  aller  où  ils  veulent.  Ces  Tchin-jin  vessemblent  aux  Djoguis 
indiens  arrivés  à  la  puissance  surnaturelle  par  la  méditation,  ou  à 
ceux  qui,  selon  le  système  des  sânkhistes,  possèdent  au  plus  haut 
degré  la  qualité  de  la  bonté  et  de  la  vérité  (sattva).  En  tant  que  gé- 
nies, il  se  rapprochent  tout  à  fait  des  siddhâs  du  panthéon  hindou. 
(Voir  la  définition  qui  en  est  donnée  dans  le  Vichnoupourâna  de 
M.  Wilson,  p.  227.) 


m  l    >HRE  NOVEMBRE  1857. 

la  colère,  par  la  méchanceté,  par  l'esprit  d'insubordination, 
et  se  vantant  d'être  un  esprit  qui  pénètre  tout ,  a  maltraité 
les  dénions  des  neuf  cercles  de  ténèbre*.  Fier  de  sa  grande 
force,  il  a  injurié  les  dix  rois  secondaires  du  sombre  empire, 
et  pénétré  dans  le  palais  de  Sé*-Iô  pour  anéantir  son  nom  aind 
que  ceux  de  toutes  les  espèces  de  singes.  Il  ne  veut  pas  se 
résoudre  è  ce  que  les  singes,  après  avoir  vécu  longtemps, 
s'éteignent  pour  tourner  dans  la  roue,  et  chacun  dfatt  n'est 
plus  condamné  à  vivre  ni  à  mourir.  Dans  m«>n  indignité 
j'adresse  mes  bumbles  supplications  au  Ciel  tout-puissant, 
le  priant  de  daigner  envoyer  des  guerriers  célestes  pour  ré- 
duire ce  monstre;  par  là  sera  rétabli  l'ordre  en  ce  qui  touche 
aux  deux  principes  du  ciel  et  de  la  terre ,  et  une  paix  éter- 
nelle sera  rendue  au  monde.  —  Requête  respectueuse.  • 

I  •  Du  u  suprême  promit  de  leur  v< 
mais  les  saints  qui  l'entouraient  se  demandaient  quel 
pouvait  être  ce  singe  extraordinaire.  Par  ordre,  du 
souverain  des  lieux,  deux  étoiles  partirent  vers  le 
roi  des  singes ,  pour  le  prier  de  paraître  devant  leur 
maître.  Celui-ci  s'empressa  d'obéir,  et,  montant  sur 
une  nuée,  U  s'éleva  tout  joyeux  vers  les  hautes  ré- 
gions de  n  nipuée.  Il  allait  vite,  mais  l'étoile  de  Vé- 
nus, chargée  de  le  guider,  le  laissait  loin  derrière 
elle.  Arrivé  à  la  porte  du  ciel ,  le  singe  veut  entrer, 
et  voilà  que  des  sentinelles,  armées  de  grands  glaives, 
lui  ferment  le  passage.  Toujours  disposé  à  se  ficher, 
le  singe  cherche  querelle  à  l'étoile,  qui  l'a  trompe .  en 
l'invitant  à  venir  se  heurter  contre  des  portes  closes; 
il  parle  déjà  de  s'en  aller.  «C'est  ta  faute ,  répond  en 
riant  l'étoile  de  Vénus;  tu  es  resté  en  arrière,  les 
gardiens,  ne  te  eonnaissant  pas,  ont  refusé  de  t  ad- 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-ïÉOU-TCHIN-TSUEN.  335 

mettre.  »  Elle  dit  un  mot  aux  terribles  sentinelles,  et 
le  singe  voit  s'ouvrir  devant  lui  les  portes  des  de- 
meures célestes l. 

A  la  vue  du  souverain  seigneur,  le  pauvre  singe 
se  trouble ,  il  oublie  de  saluer  !  C'est  un  grand  crime, 
qu'il  cherche  à  racheter  par  l'humilité  de  son  attitude 
et  de  son  langage,  et  qui  excite  l'indignation  des 
magistrats  du  palais  céleste.  Quoi  !  il  a  un  corps 
d'homme,  et  il  ignore  les  rites!  Mais,  dans  toute  la 
cour  du  divin  Maître ,  il  n'y  a  qu'un  emploi  qui  puisse 
lui  convenir  :  celui  de  gardien  des  chevaux.  L'étoile 

1  La  glose,  continuant  de  développer  la  théorie  de  la  transmuta- 
tion des  métaux  et  de  la  pierre  philosophale,  dit  à  ce  propos  :  «Ceci 
montre  clairement  que  celui  qui  possède  la  connaissance  de  la  trans- 
mutation des  métaux  et  de  la  grande  science  de  la  pierre  philoso- 
phale ,  -g^   "V/j?   ^g  -IlL  ys^  -jrpf  >  j0lut  d'une  longue  vie , 

en  harmonie  avec  les  lois  célestes,  monte  jusqu'au  neuvième  ciel, 
et  entre  en  relations  familières  avec  le  Maître  suprême  :  on  ne  peut 
l'empêcher  de  monter  jusque-là.  Le  Maître  suprême  est  le  souverain 
du  ciel  et  de  la  terre;  par  son  pouvoir,  il  récompense  et  punit  les 

vivants  et  les  morts.  (  IzkJ  HH  ,  littéralement  :  l'obscur  et  le  lumi- 
neux, les  ténèbres  et  la  lumière.  C'est  uje  expression  élégante,  em- 
pruntée à  l'historien  Ssé-ma-tsien.)  Il  a  le  secret  du  passé  et  du 

présent »  Il  y  a  dans  tout  ceci  un  singulier  mélange  d'alchimie, 

de  matérialisme  et  de  croyance  en  un  dieu  maître  du  ciel  et  de  la  terre, 
et  qui  récompense  et  punit  les  vivants  et  les  morts.  Quel  est  ce  roi  du 
ciel ,  Brahma ,  Bouddha  ou  le  Chang-tien  des  lettrés  ?  On  ne  peut  le 
savoir  au  juste.  Il  s'agit  probablement  de  l'Adibouddha ,  ou  Bouddha 
créateur  des  théistes,  qui  admettent  un  dieu  doué  des  attributs  que 
les  Indiens  accordent  à  Brahma.  Dans  ce  récit  étrange,  on  voit,  réu- 
nis aux  Bodhisattvas  les  dieux  des  Tao-ssé  et  les  divinités  brahma- 
niques ;  ils  agissent  de  concert  et  vivent  en  bonne  intelligence ,  con- 
formément au  proverbe  chinois  :  les  trois  religions  n'en  font  qu'une. 


336  (TOBRE-NOVEMBHK   1857. 

de  Vénus  l'installe  dansées  fonctions ,  et  il  a  si  l.»rt 
à  faire,  qu'il  passe  les  jours  et  les  nuits  sans  dormir 
Un  pareil  emploi  ne  tarde  pas  à  l'ennuyer,  d'autan! 
qu  il  entend  dire  qu'à  la  cour  du  roi  descieuv  il  a  \ 
a  pas  de  rangs  distim  t>;  il  n'est  encore  lui  ■ 
qu'une  sorte  de  surnuméraire1.  S'il  s'acquitte  de  sa 

1    ^fe   "%     'fi/tf,  nom  entprt  emtré  iau  In  $Mn ,  dtua  Us  emityo- 

ries.  (Voir  l<  Dictionnaire  de  Mormon .  au  mol  Wri.)  •  Il  n'y  •  point 
de  rang» ,  dit  le  commentateur  ;  les  aaiota  hommes  sont  devenu  - 
peiilee  de  conoaiirc  et  d  acquérir  (intelligence  céleste  ;  ils  n  ai  étant 
d'après  lea  Iota  du  ciel;  ils  transforment  lea  deux  priocipee;  ce  sont 
des  esprits  éclairée  qui  ont  le  don  des  Bille  snétantorphosea  :  ils  ont 
la  trio,  et  il»  sont  sur  le  mène  rang  que  le  ciel.  Pourquoi  ?  Par  lea 

métaux,  ...rangs  sont  fixés  dorant  tout  un  èe*.  (  £ft  ) .  san, 

être  confondus  ;  par  la  pierre  pbiloeophalc,  l'essence  do  « 
rt  de  la  lune  a  donné  à  l'esprit  sa  perfection.  C'est,  dans  son  en- 
semble, l'air  (la  soramc.  l'essence)  du  principe  supérieur;  car.  ce 
qui  enveloppa  la  ciel  al  la  terre,  c'est  l'air;  ce  qui  transforme  las 
métaux  et  produit  la  pierre  poiloaopnale ,  c'est  encore  l'air.  Il 
rien  que  l'air  n'embrasse,  il  n'y  a  rien  dans  quoi  ne  M  trouve  l'air, 
qui  sert  à  la  production  des  métaoa  et  de  la  pierre  philosophais.  « 
In  écrivain  a  dit  .  •Contenir  lea  mouvements  de  la 
fortifier  l'esprit,  pratiquer  à  fond  la  vertu,  ce  sont  la  les  trois  lu- 
naièrea.  Tous  lea  triera  tendent  à  chasser  viol  w  ont  cet  esprit  droit 
et  juste  qui  demeure  toujours  vivant.*  Il  a  dit  encore. .  Les  ténèbres 
qui  se  répandent  (dans  l'esprit)  mettent  obatada  aui  (ranforma- 
tions,  et,  dans  la  milieu  oeeenr  qu'elles  produisent ,  elles  envelop- 
pant tous  les  êtres,  et  enserrent  la  vérité  comane  dans  un  filet.  »  Puis, 
rhirrnant  è  mettra  m  doctrine  d'accord  avec  celle  de  Coofuciua  et 
des  anciens  sages,  le  rrsasm  soie!  sur  ajoute  :  «Quelle  diafteoace  y  a- 
t-il  (entre  cette  doctrine)  et  caque  dit  le  Y-kima,  par  ces  mots  bj 
ciel  et  è  la  terre  correspond  la  vertu  ;  au  soleil  et  à  la  lune  cor- 
respond la  clarté  (de  son  intelligence);  aux  bons  et  aux  marnais 
génies  correspondent  le  bonheur  et  les  calamités? —  Et  dans  le 
rckomtf-rong  :  le  ciel  et  la  terre  coordonnant .  les  dix  mille  êtres  se 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  337 

besogne  avec  diligence ,  on  lui  dira  :  Bien  !  S'il  se 
montre  négligent,  il  sera  sévèrement  châtié.  C'en 
est  assez  ;  le  roi  des  singes  prend  le  parti  de  retour- 
ner à  la  montagne  où  il  vit  en  souverain.  S' élançant 
à  travers  les  portes ,  qui  s'ouvrent  devant  lui ,  parce 
que  les  gardes  savent  son  nom  cette  fois,  il  prend 
son  vol  sur  un  nuage  et  va  s'abattre  au  milieu  des 
siens. 

Le  retour  du  roi  fut  célébré  par  un  banquet,  et 
on  annonça  l'arrivée  du  roi  des  Dragons  unicornes, 
qui  fut  introduit,  et  dit  en  s'inclinant  avec  respect  : 

«Depuis  longtemps,  j'ai  entendu  dire  que  Votre  Majesté 
appelle  auprès  d'elle  les  sages;  il  n'a  pas  dépendu  de  moi 
de  venir  plus  tôt  lui  présenter  mes  devoirs.  Ayant  appris 
que  Votre  Majesté ,  après  avoir  été  enregistrée  parmi  les  em- 
ployés de  la  cour  céleste,  a  mis  le  comble  à  ses  désirs  par 
un  retour  glorieux,  je  suis  venu  tout  exprès  pour  lui  offrir 
cette  robe  de  couleur  jaune,  en  signe  de  congratulation.  Si 

développent  et  grandissent.  —  Tous  commencent  par  être  jeunes  et 
s'habituent  aux  pratiques  de  la  vie  (et  de  la  vertu)  ;  ceux  qui  parvien- 
nent à  la  perfection ,  on  a  donc  le  droit  de  les  nommer  les  saints 
hommes  qui  sont  en  harmonie  et  en  union  avec  le  ciel.  »  En  me  re- 
portant au  grand  commentaire  de  l'édition  impériale  du  Tchong- 
yong  (invariable  milieu  de  Confucius) ,  je  trouve  l'explication  sui- 
vante de  ce  court  passage  :  «  Le  mot  oey  (  Ait  )  du  texte  signifie 
disposer  en  ordre ,  mettre  l'ordre  et  la  paix  dans  les  choses.  Le  mot 
yo  (  é=i  )  signifie  gagner  sa  vie,  se  développer  dans  la  vie.»  Ce  qui 

revient  à  dire  :  le  ciel  et  la  terre  disposent  les  êtres  selon  leur  rang 
et  leur  condition;  ceux-ci  se  développent  d'eux-mêmes,  mais  sous 
l'influence  du  double  principe  créateur  ;  leur  vocation  est  donc  de 
se  perfectionner  pour  remonter  à  leur  source. 

x.  23 


Hl  OCTOBRE  NOVEMBRE  1R57. 

>  II.  veut  bien  nu»  retenir  i  son  service,  je  suis  prél  a  lai 
moigner  tout  le  *èle  d'un  Mijet  <l<  >oi 

Dana  -•>  joie,  le  roi  lui  donna  le  tin. 

<lr  ministre    de  i  icè-roi  et  de  commandant  du  |»i  e 
ii u'«t  corps  d'armé»*.  Ce  nouv- ni  venu    qui  était  un 
intrigant,  <lit  en  note  Péditeur  eninois)  persuada  au 
singe  de  faire  écrire  sur  sa  banni  omsel  titres 

de  Tsy-tieii'ta-ching  e  grand  saint  ordonnateur  du 
ciel1.  »  Mais  la  fuite  du  sainl  |    tsonnage  avait  èU 
noncée  au  Maître  souv«-r.im.  oui  m  mil  en  devoii 

1  Le  coauaeataleor  fsit  Id  mte  remarque  :  •  Le  roi  des  singes 
avait  la  aaéaae  orifiae  qee  le  ciel}  3  s'y  avait  dooe  rien  an  «p> 
pût  se  trouver  en  oppositioo  avec  la  ciel  ;  aussi  fallut-il  qu'un  rai  de* 
aapriu  onicornea  le  p  email  t  à  la  rêatatamca  ....  En  acceptant  la  roi* 
jaune  et  en  inscrivant  son  nouveau  litre  sur  sa  ban  niera .  il  se  Mêê* 
rai l  indépendant .  maître  absolu ,  et  disait .  •  Je  ne  rr  I . 
et  non  du  ciel!»  One  glose  de  l'édition  in-**  dit  cocon       «Dans 
rbonme,  il  n'y  a  que  le  eaur,  et  le  contres!  ce  qu'il  y  a  .1    |>m>r 
pal..  Ouand  ee  srage  obéit  à  son  «rur.il  rat  singe,  et  eell  lu. 
Quand  il  est  stage  de  pierre .  d  sa  nomme  le  Beau  roi  daa  singe*  ;  il 
ne  ae  sépare  pas  encore  da  crus  de  son  espèce.  Il  vs  plus  loin  dans 
ses  prétentions,  et  devient  San  •  oa  -  *oa<j ,  le  ( 
cbement  éclaire.  Peu  s'en  faut  {  ,-nc  à  ce  détacherne. 

chose»  terrestres.  Pourquoi  parait-il  devant  le  palais  des  Dra^ 
Tout  à  coup,  il  prend  le  nom  de  Grand  Saint  du  ci< 
ce  nom  prononcé,  non  seulement  la  détachement  diaparait.  mai» 
encore  le  singe  a  changé  de  nature.  Bientôt  il  se  répand  au  dehors, 
il  perd  la  tranquillité  et  s'attira  beaucoup  d  affaires.  Puis  il  a  un. 
sinécure  dans  le  ciel,  puis  il  devient  la  Grand  Saint 
il  se  révolta,  et,  au  milieu  de  tons  lea  démons,  il  ne  peut  plus  se 
recueillir.  Il  faut  qu'il  soit  enfermé  sou»  la  montagn 
ments  (après  sa  ebuta)  pour  qaa  le  singe  intelligent  revienne  à  son 
premier  état... .Ce  qui  bat  que  le  cour  dn aage  est  brillant  c<* 
aa  miroir,  c'est  qu'il  est  an  un  repos  absolu;  être  en  an  repos  ab- 
solu, c'est  ne  pas  même  oeanettra  qaa  le  cœur  est  le  cour 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  339 

d'envoyer  des  troupes  pour  le  châtier.  Il  nomma  gé- 
néral en  chef,  chargé  de  soumettre  les  esprits  re- 
belles ,  Tao-ta-tien-wang-ly-tsing  ;  les  trois  grands  No- 
tcha-tay-tseu  reçurent  le  titre  de  régents  des  trois 
océans1.  Voilà  donc  les  armées  célestes  qui  s'ébran- 
lent pour  aller  punir  le  singe  de  sa  fuite  précipitée. 
Après  les  défis  et  les  provocations  d'usage ,  de  grands 
combats  sont  livrés,  dans  lesquels  l'avantage  reste  au 
roi  des  singes.  Il  y  a  là  des  détails  charmants ,  un  peu 
puérils,  et  des  descriptions  d'armes  fort  agréables 
à  lire  en  chinois,  mais  qu'il  serait  inutile  de  traduire 

1  II  y  a  ,  dans  le  texte,  ^  ^  ^  3E  ^  ^f  To_ta" 
lien-wang-ly-thsing.  Ce  nom  est  écrit  aussi,  et  plus  souvent,  To-ta-ly- 
tien-uang,  ou  simplement  Ly-tien-wang .  De  Ta-lo-ly-tien-wang  (en 
admettant  que  les  trois  premiers  caractères  soient  purement  phoné- 
tiques, quant  aux  deux  derniers,  ils  représentent  le  mot  sanskrit 
Dêva),  on  pourrait  tirer  Dattali  [Dêva),  nommé  aussi  Dattâtri  (Dêva), 
l'un  des  richis  des  anciens  âges,  fils  de  Poulastya,  et  considéré  aussi 
comme  Agastya  lui-même,  devenu  le  régent  de  l'étoile  Canopus. 
Mais  je  ne  vois  pas  ce  que  viendrait  faire  ici  ce  personnage,  qui  n'ap- 
partient point  à  la  tradition  bouddhique.  Le  mot  chinois  ly  (littéra- 
lement prune)  est  aussi  le  nom  d'une  étoile  qui,  dans  les  magistra- 
tures du  ciel,  «a  pour  emploi  de  gouverner  les  choses  militaires.  » 

Voir  le  Dictionnaire  de  Khang-hy.  Quant  à  3ÏJ\   Dt*  No-tcha,jc 

serais  tenté  de  le  rectifier  ainsi  :   ïr|)  yè,  ce  qui  donnerait  Yê-tcha, 

Yakcha,  d'autant  plus  que  ces  personnages  sont  nommés  plus  loin 

t$l    Ya-tchay,  qui  est  la  véritable  transcription  du  sanskrit 

Yakcha.  Cependant,  de  No-tcha  on  peut  tirer  Naàya,  les  rivières  per- 
sonnifiées ,  que  l'on  trouve  invoquées  quelquefois,  au  commencement 
du  Pantchatantrarh ,  par  exemple,  immédiatement  après  les  Siddhâs. 
ri  ne  faut  pas  oublier  que  le  singe  est  ici  la  personnification  du  feu , 
qui  ne  pouvait  pénétrer  au  fond  des  eaux;  des  rivières  ne  seraient-elles 
pas  bien  venues  à  l'attaquer? 

23. 


340  OCTOBRE-NO\KM»RK  1857. 

ici.  I^es  personnage»*  nus  en  scène  s'il  m 

nacent  et  sVftlaqucot  vivement  avec  des  •rmei  ma 
naturelles;  tour  à  tour  boutions  ej  sérieux,  luttant 
entre  ciel  et   s«Ttj  ils  s'agit.- ut  tourne   tel  •  >prits 
(1  une  fantasmagoi 

\  aincii  •luis  une  première  rencontre,  malgré  ses 
efforts  trente  fois  rei  *.  l'un  ilrs  lils  .lu  roi  du 

ciel  vient  annoncer  a  son  pèfi  ejlie  le  singe  est  m 
vin.  qu'il  |»o  ni  I  i.|ii.  II.'  sont 

écrits  les  tit  belle    «<  i       I  saint 

ordonnateur  du  ciel.     Pendant  ce  temps,  le  singe 
félicité  par  les  fées  des  soixante  et  douze  cavernes, 
ne  songe  qu'à  mieux  établir  sa  puissance.  H  donn 
donc  à  ses  six  frères  des  titres  analogues  au  rf 
tribuant  linaj  une  autorité  absolue  sur  les  choses  <lu 
ciel.  D'autre  part,  le  roi  .lu  oiel,  renonoaoj 
ployer  la  force,  consent  à  laisser  à  ce  grau.l  lainl  le 
titre  qu'il  sait  m  I.i-h  défendre.  L'étoil-  de  \  énns  eal 
ehargée  d'aller  lui  porter  cet i-    BOBTeiie,  en  Imu 
tant  à  monter  de  nouveau  vers  les  régions  célestes , 
où  il  se  verra  confirmé  dans  ses  dignités.  Le  mi  du 
ciel  ordonne  à  son  d  s  travaux  de  dresser 

pour  le  grand  saint,  à  droite  du  jardin  des  I 
immortels  \  un  trône,  qui  fut  placé  dans  un  pal 
Dans  ce  palais,  il  y  eut  deux  intendants;  I  un  se  nom 
mait  la  Parfaite  quiétude,  l'autre  l'Esprit  paisil 
Une  fouie  d'immortels  d'un  rang  secondaire  furent . 

J»S    T^T-  '  P*c'>eri  frbulet*1  •  qui  ne  fleurissent  qu'uni-  fou 
tous  les  trois  mille  ans.  (Voir  Mormon,  au  mot  Fan.) 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  341 

en  outre,  préposés  au  service  de  cette  demeure  cé- 
leste l. 

Cependant  le  singe  menait  la  plus  douce  et  la  plus 
tranquille  existence  dans  son  palais.  N'ayant  rien  à 
faire  qu'à  manger  et  à  dormir,  il  flânait  à  travers  l'O- 
lympe ,  si  bien  que  le  roi  du  ciel ,  craignant  que  cette 
oisiveté  n'attirât  quelque  fâcheuse  affaire,  se  décida 
à  nommer  le  roi  des  singes  gardien  du  jardin  des 
Pêchers  immortels. 

Comme  il  allait  entrer  dans  le  jardin,  voici  que  la  Terre 
vient  à  sa  rencontre  et  lui  demande  :  «  Grand  Saint,  où  allez- 

1  Le  roi  des  singes  a  déjà  triomphé  du  roi  des  Dragons  et  du  roi 
des  enfers;  maintenant  il  impose  des  conditions  au  roi  du  ciel 
(  nommé  ici  Yu-ty  «  l'empereur  de  Jade  »  ) .  Tous  ces  succès ,  il  les  doit 
à  la  connaissance,  acquise  précédemment,  des  secrets  de  l'Intelli- 
gence, ou  Bèdki.  La  glose  dit  :  «  Le  ciel  ou  les  Dèvas,  qui  avaient  re- 
gardé le  saint  personnage  comme  un  mauvais  génie ,  prenaient  la 
vérité  pour  l'erreur;  lui,  au  contraire,  en  faisant  de  ses  frères  (les 
rois  des  crocodiles,  etc.)  autant  de  saints,  il  transforma  l'erreur  en 
vérité.  Non-seulement  les  Dêvas  ne  pouvaient  soumettre  les  saints, 
mais  même  ils  ne  pouvaient  soumettre  les  mauvais  génies.  Et  tandis 
que  les  Dêvas,  regardant  le  saint  personnage  comme  un  mauvais 
génie,  ne  pouvaient  soumettre  un  seul  d'entre  les  démons,  le  saint, 
en  élevant  au  même  degré  que  lui  les  démons,  ses  frères,  gardait 

son  autorité  sur  toute  la  troupe  des  saints »  D'où  il  résulte  que 

les  Dêvas  du  ciel  brahmanique,  en  méconnaissant  la  véritable  na- 
ture d'un  personnage  initié  à  la  révélation  bouddhique,  trahissaient 
leur  impuissance  et  leur  incapacité.  En  lui  accordant  une  place  à 
part  dans  leur  Olympe ,  ne  semblent-ils  pas  aussi  capituler  avec  la 
doctrine  nouvelle,  se  retirer  devant  elle  et  céder  la  place  à  ceux  qui 
la  représentent?  C'est  ainsi  que  les  bouddhistes,  en  ôtant  le  sceptre 
à  Brahma,  l'ont  relégué,  inactif  et  impuissant,  dans  un  coin  du 
ciel;  une  place  aussi  a  été  donnée  à  Ci  va  et  aux  troupes  de  démons 
qui  le  servent. 


Ml  i  l'HKKNON  fc.MBHE   lb57. 

vous?-— J'ai  été  nommé  par  le  roi  du  ciel  intendant  du 

jardin  des  Pêchers  immortels,  et  je  viens  faire  ma  revi 

—  A  ces  mots ,  la  Terre  s'empresse  de  le  saluer  -,  elle  appelle 

tons  les  employés  du  jardin,  pour  q 

devant  le  Grand  Saint .  puis  elle  introduit  cejajj  ri    La  m 

voit: 

Dca  péchera  robustes,  étincelanU  de  fleurs  divines;  — 
chargea  de  fruita  abondants  «4  qui  ae  touchent;  les  rameaux 
s'inclinent.  —  On  ne  dirait  paa  dea  arbres  merveilleux ,  mais 

ii  dea  péchera  ordinaires.  —  Ce  sont  les  arbres  qui  i 
sent  et  ae  développent  apontanéim  ni  à  l'oueat,  et  dont  le 
fruit  se  nomme  la  Mère  du  cid  du  lac  d'Ambroisi* 

Interrogée  par  le  singe,  la  Terre  lui  apprend  qne 
ces  pêchers  sont  au  nombre  de  trois  mille  six  ou 
Ceux  qui  sont  en  avant  fleurissent  un 
mille  ans;  tout  homme  qui  mange  un  <l*   leurs  fruit.- 

devient  Immortel.  \u  milieu,  te  trouren^ceux  qui 

fleurissent  qu'une  fois  dans  six  mille  ans;  t 
homme  qui  mange  un  <!•  lui  >  fruits  peut  voler  dans 
les  airs  i  toujours,  sans  vieillir.  Enfin,  I 

au  fond,  se  trou\<  m  <  rux  qui  ne  fructifient  qu'une 
fois  en  neuf  mille  ans;  tout  homme  qui  mange  un 
de  leurs  fruit-  \n  éternellement,  et  dans  une  pu  t 
liarmonii*  BTi  I     |  I  i-t  ||  T.  nv.  H  >  en  avait  ilou/.r 

1  Dans  Mornaoa  (au  mot  Fan) ,  ils  sont  appelés  la  mèrt  du  t  irl 
de  foutu.  Les  deux  caractères  que  je  traduis  par  lac  d*ambr< 

jir-  yffl  .  signifient,  le  premier,  «pierre  précieuse  de  coul<  m 

rouge,  et  le  second,  «fossé.  •  Des»  le  roman   bouddhique  101 
BUncke  et  Bleue,  traduit  par  M.  Stanialas  Julien,  on  voit  (ebap.  v) 
Blanche  aller  cueillir,  sur  laa  borda  de  ca  même  lac,  la  plante  i  un 
mnrtali  à  la  t»ar<li   'l'un  jejMM  iuimortel  à  léU  de  linge. 

• 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  343 

cents  de  chacune  des  trois  espèces,  qui  ne  différaient 
que  par  la  couleur  du  fruit1.  La  vue  de  ces  pêches 
merveilleuses  devint  une  grande  tentation  pour  le 
singe.  Négligeant  toute  autre  promenade,  il  rôdait 
dans  le  jardin  ,  et  regardait  d'un  œil  avide  les  fruits 
à  moitié  mûrs,  qu'il  eût  croqués  à  belles  dents,  si 
les  employés  aux  ordres  de  la  Terre  n'eussent  été 
sans  cesse  sur  le  qui-vive.  Pour  tromper  la  surveil- 
lance de  ces  gardiens  armés ,  il  leur  dit  qu'ils  peuvent 
aller  se  coucher,  et  qu'il  se  charge  de  faire  bonne 
garde  en  leur  absence. 

Dès  qu'il  les  a  vus  partir,  le  singe  se  dépouille  de  son 
bonnet  et  de  ses  vêtements,  puis  il  se  met  à  grimper  sur 
l'arbre.  C'était  un  grand  pêcher  aux  fruits  mûrs  et  transpa- 
rents. Il  en  cueille  un  certain  nombre,  tandis  qu'il  est  sur 
la  branche,  et  se  met  à  les  avaler  d'une  bouchée;  puis  il 
descend  de  l'arbre  avec  précipitation  ,  reprend  son  bonnet  et 
ses  vêtements,  et  rappelle  les  gardes  en  leur  disant  de  re- 
tourner sur  la  plate-forme  qui  leur  sert  de  lieu  d'observation. 
Quant  à  lui,  il  s'en  alla  dans  sa  demeure,  et  resta  absent  du 
jardin  deux  ou  trois  jours Il  était  enchanté  d'avoir  dé- 
robé le  fruit  merveilleux  ;  mais ,  un  matin ,  la  reine  des  cieux 2, 
ayant  résolu  de  préparer  un  grand  banquet,  ouvrit  les  portes 

1  La  glose  cherche  à  établir  un  rapport  entre  ce  jardin  des  Hes- 
pérides  et  la  double  théorie  des  Kwas  et  des  deux  principes.  Ce  qui 
ressort  de  plus  clair,  au  milieu  de  ces  explications  tout  à  fait  obs- 
cures, c'est  que  les  trois  espèces  de  fruits  qui  mûrissent  une  fois 
dans  trois  mille,  dans  six  mille  et  dans  neuf  mille  ans,  se  rappor- 
tent à  ceux  qui  obtiennent  l'un  des  trois  états  ou  Véhicules  de  Çrâ- 
vaha,  Pratyékabouddha  et  Bodhisatlva. 

2  Cette  reine  des  cieux,  7?  Tif  '  est  'a  Dêvî,  en  tibétain  Lha- 
mou,  des  bouddhistes  de  l'Inde. 


344  OCTOltl.l    NOVEMBRE  1857. 

précieus**,  le  lac  d'Ambroisie  étant  le  lieu  choisi  pour  célé- 
brer la  ft  te  des  Pèches  immortelles  '.  Voici  qu'entrent  d'sbonl 
>cpt  jeunes  tille»  divines,  vêtues  de  robes  de  couleur  i<>ugc, 
bleue,  verte,  jaune,  violette,  blanche,  notre,  portant  cha- 
<  ti  ne  sur  la  tète  un  panier  de  fleurs.  Elles  allaient  au  jardin 
des  Pêchers,  cueillir  le*  pêches  pour  la  fêle.  Arrivées  devant 
la  porte  du  jardin,  elles  aperçoivent  la  Terre,  les  gardians 
armés  placés  par  elle,  et  les  deux  grands  mandarins  du  pa- 
lais du  Grand  Saint  (du  singe) ,  qui  leur  défendent  d'entrer 
S'approehant  de  ces  personnages,  les  jaunes  fille*  immor- 
telles leur  dirent  «  Nous  svons  reçu  un  ordre  de  la  Raine  du 
ciel ,  qui  nous  enjoint  da  cueillir  les  péchas  du  jardin ,  pour 
célébrer  la  grande  (été. 

•  Jeunes  Immortelles,  répliqua  la  Terra,  arrêtât.  Mainte- 
nant les  choses  ne  sont  plus  comme  par  le  passé.  Les  i 
Vénérables  (la  dieu  du  ciel  et  ceux  qui  président  sux  quatre 
saisons)  ont  été  mis  à  la  retraite.  C'est  le  Grand  Saint  du  Gel 
rectifié  qui  commanda  ici;  présentas  donc  votre  requête  a  ce 
Grand  Saint ,  alors  nous  oserons  vous  ouvrir  les  portes.— 
donc  est  ce  Grand  Saint?  —  Dans  la  galerie,  s  dormir.  — 
En  ce  cas.  allons  donc  la  chercher;  partons,  sans  plus 
tarder.» 

La  Terre  se  joint  sux  jeunes  filles  immortelles ,  et  vs ,  en 
leur  compagnie,  chercher  le  singe  jusque  dans  is  galerie  des 
I  i  urs;  elles  ne  l'y  trouvent  pas.  Dans  cette  galerie,  il  y  avait 
bien  son  bonnet  et  ses  vêtements  ;  mais  où  était-il  allé  ?  I 
poursuivent  leurs  investigations  de  tout  coté ,  sans  arriver  à 
aucun  résultat  C'est  que  le  Grsnd  Saint,  après  avoir  avalé 
quelques  péchas,  s'était  métamorphosé  an  un  petit  homme 
long  de  deux  pouces.  Perché  à  l'extréanV 
dormait  à  l'ombre  \  • 


Il  y  a,  dans  le  texte  chinois,  mZX    pfr.  Iilt/ralemcnt  :  «  tain- 

f  aear  —  utmmbléi.  •  Eiprsssion  qui  pourrait  signifier  la  réunion  des 
PJinas.fn=myT:. 

1  II  avait  dépouilla  %a  forme  matérielle  et  grossière  peur  prendre 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  345 

Les  sept  jeunes  filles  immortelles  étaient  donc  fort 
embarrassées.  Comment  retourner  près  de  leur  sou- 
veraine, sans  avoir  accompli  leur  mission?  Encou- 
ragées par  l'un  des  grands  mandarins  du  jardin  des 
Pêchers,  qui  leur  conseillait  de  passer  outre,  en  pre- 
nant sur  lui  la  responsabilité  de  leurs  actions ,  elles 
se  mettent  à  l'œuvre.  Déjà  elles  ont  rempli  trois  pa- 
niers des  fruits  cueillis  sur  les  pêchers  de  la  première 
et  de  la  seconde  catégorie.  Au  moment  où  elles  vont 
porter  la  main  sur  les  plus  précieux,  sur  ceux  de  la 
troisième  espèce ,  elles  voient  un  intervalle  entre  les 
fleurs  et  les  fruits,  causé  par  l'absence  des  pêches 
que  le  singe  a  mangées.  D'abord  elles  regardent  à 
l'est  et  à  l'ouest;  sur  la  branche  méridionale ,  il  y  a 
des  pêches  moitié  rouges  et  moitié  blanches.  La  jeune 
immortelle  vêtue  de  bleu  attire  la  branche ,  la  jeune 
immortelle  vêtue  de  rouge  détache  le  fruit.  C'était 
précisément  la  branche  sur  laquelle  dormait  le  roi 
des  singes ,  transformé  et  enivré  par  le  suc  des  pêches 
surnaturelles.  Tout  à  coup ,  il  revient  à  lui  et  reprend 
sa  forme  première;  tirant  de  son  oreille  son  arme  di- 
vine, il  gourmande  de  sa  grosse  voix  les  jeunes  im- 
mortelles, en  les  traitant  de  méchantes  petites  fées. 
Celles-ci  expliquent  qui  elles  sont,  pourquoi  elles 
sont  venues ,  et  le  singe  demande  quels  sont  les  per- 
sonnages invités  au  banquet  de  la  Dévî. 


celle  de  Pouroucha,  de  l'être  en  raccourci,  inaccessible  aux  choses 
de  ce  monde.  Comme  le  ver  à  soie ,  il  était  sorti ,  laissant  là  sa  gros- 
sière enveloppe,  ses  vêtements  et  son  bonnet. 


Ml  Dl    I      KM    NOVEMBRE   1857. 

•  Le  sont,  rvpondenl  les  jeune»  immortelles,  ceux  qui  | 
sont  convies  d'après  l'ancien  usage,  savoir  :  pour  l'ouesi 
Bouddha,  roi  de  cette  partie  du  ciel,  les  Bodhisattvas ,  les 
\>  liais;  pour  le  sud,  Kouan-yn  (Avalokitéçvara)  ;  pour  l'est, 
Tsong-np«'n-i  liinh-ty  (  MahàKarouna  Bouddha),    les   véné- 
rables Immortels  des  dix  continents  el  des  trois  Ues;  pour 
le  nord,  les  Esprits  merveilleux,  et  pour  le  centre,  les  1m 
mortels  de  toutes  les  extrémités  et  tout  les  ceins.  A  ces  i  m<| 
Vénérables  de  prenu  r  ordre,  ,  il  faut  ajout' 
Boisseaux;  puis,  pour  les  régions  supérieures,  les  quatre 
grands  empereurs  des  Trois  puretés;  les  Immortels  de  l'air, 
pour  les  régions  intermédiaires,  le  Dieu  de  Jade,  les  Esprit.» 
immortels  des  prisons  de  la  mer  des  neuf  limites  ;  pour  les 
régions  inférieures,  le  Régent  des  ténèbres,  les  habitants  de 
la  terre  devenus  immortels  après  avoir  traversé  le  siècle.    ' .  > 

1  La  giasc ,  qui  parait  écrite  par  un  écrivain  matérialiste ,  dit  que 
les  quatre  points  cardinaux  et  le  centra,  représenté»  ici  par  autant 
île  saints  personnages  et  dlmmortels  de  diverses  classes,  ne  »i 
tient  rien  de  pies  sjne  les  cinq  Ménienii  (  Voir,  sur  cette  iatsspréla 
tioo  des  cinq  Bouddhas,  l'Utnducttom  à  (Hufirt  dm  Bmddkimt  ia- 
du*  de  M.  Eug.  Burnouf,  p.  1 16  et  suit.)  Dans  notj  nous 

avons,  pour  rouest.  Bouddha,  les  Bodhissttvas  et  les  ArhaU,  tous 
Isa  saints  da  Bonddhiaase  indiee.  Au  sad ,  se  trouve  kouan-yn  (  <tW 
/okiiéct-arv),  connu  eassi  sous  le  nom  de  Pmimopàm ,  et  qui  est  pa  i 

lieraient  révéré  des  Népalais  et  des  Chinois.  Les  moto:  «^  W 

■M  -  £Sj"  •élevés, grande  —  laveur  —  saint  —  emper< m 

paru  correspondre  au  sanskrit  Mftlty  UlftllUI:.  Mahakarouna  est 
un  Bodhisattva  qui  a  donné  son  nom  à  on  toétn  cité  par  M.  Eug. 
Ilurnouf,  et  dont  le  texte  •  <  bétain.  On  voit  que  le  nord  n'a 

plus  que  des  esprits  merveilleux,  sans  noms  particuliers;  le  centre 
ne  renferme  non  plus  que  dos  immortels,  très  nombreux ,  mais  aussi 

nul  définis.  Chacune  des  trois  régions  est  désignée  par  le  mot  /\^ 

'  [p]  ,  littéralement  :  •  les  kuit  profondturt ,  ou  les  kaii  cawmo   •  il 

y  a  celles  d'en  haut,  du  milieu  et  d'en  bas.  Les  quatre 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  347 

Le  singe  prétendit  avoir  le  droit  d'assister  à  ce 
banquet,  en  sa  qualité  de  grand  saint.  Il  s'élance  sur 
un  nuage  vers  le  lac  d'Ambroisie ,  et  se  trouve  bien- 
tôt en  présence  du  grand  Immortel  aux  pieds  rouges * . 

«  Respectable  sage,  lui  dit-il ,  où  allez- vous  ?  »  —  L'Immortel 
répondit  :  «  La  déesseTien-mou  m'a  donné  l'ordre  de  convier 
aux  festin  des  Pèches  ceux  qui  doivent  y  assister.  —  Respec- 
table sage,  reprit  le  Grand  Saint,  vous  êtes  dans  l'erreur;  le 
dieu  de  Jade,  sachant  que  je  puis  voler  sur  un  nuage  avec 
rapidité,  m'a  désigné  pour  aller  de  toutes  parts  faire  les  in- 
vitations. Je  suis  allé  d'abord  préparer  la  cérémonie  dans  le 
palais  Tong-ming  (de  l'Esprit  pénétrant)  ;  ensuite  je  me  ren- 
drai au  banquet.  » — L'Immortel  aux  pieds  rouges  était  éclairé 
et  cloué  de  rectitude  ;  et  pourtant  il  prit  ce  mensonge  pour  la 
vérité.  Faisant  retourner  en  arrière  le  nuage  propice  qui  le 
portait,  il  s'envola  droit  vers  le  palais  Tong-ming,  tandis  que 
le  Grand  Saint  (le  singe),  au  moyen  de  formules  magiques 
par  lui  répétées,  se  métamorphosa.  Ce  fut  la  propre  forme  de 

des  trois  Puretés,  placés  dans  les  régions  d'en  haut,  sont  les  quatre 
Tathâgatas,  dont  les  noms  se  trouvent  cités  dans  Y  Introduction  à  l'His- 
toire du  Buddhisme  indien  (page  53o)  :  «A  l'orient,  Akchôbhya;  au 
midi,  Ratua  Kêtu;  à  l'occident,  Amitàbha;  au  nord,  Dundubhî- 
i-vara.  »  (Les  cinq  empereurs  célestes  des  Tao-ssé  sont  cités  aussi  au 
Livre  des  Récompenses  et  îles  Peines,  traduit  par  M.  Stanislas  Julien, 
p.  11  ).  Pour  les  régions  intermédiaires,  on  voit  reparaître  le  Yn- 
hoang,  dieu  de  Jade  des  Tao-ssé,  qui  ressemble  un  peu  à  Indra.  En- 
lin,  dans  les  régions  inférieures,  ce  sont  les  dieux  des  enfers  et  ceux 

qui ,  parmi  les  vivants ,  sont  déjà  destinés  à  l'immortalité.  *jdtl  ~Hj' 
>iSi  lUl  '  uu^ralement  :  "  les  immortels  qui  ont  flotté  (comme 
l'eau  qui  coule)  à  travers  la  terre  du  siècle.» 

1  Cet  immortel  aux  pieds  rouges  (ou  aux  jambes  nues)  ressemble 
beaucoup  à  Nârada  ;  comme  celui-ci ,  il  accomplit  les  messages  des 
dieux  et  sert  d'intermédiaire  entre  le  ciel  et  la  terre.  Tl  joue  un  grand 
rôle  dans  les  légendes  bouddhiques  chinoises. 


m  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

I  Immortel  aux  pieds  rouges  qu'il  revêtit,  et  en  peu  de  temps 
il  arrriva  au-dessus  du  lac  d  Ambroisie.  Parvenu  auprès  des 
galeris  précieuses,  il  retient  ton  nuage,  met  pied  à  terre  lé 
ment  el  pénètre  dans  l'enceinte.  • 

Là,  tout  était  disposé  pour  un  I 
mu  «i«s  BQfim  immortels  ne  se  trouvait  pn-M'iit 
Le  singe  avance ,  regarde  avec  attention  ,  il  lui  m  hrc 
mie  boi  vrante  :  la  vapeur  d*un  vin  exquis  lui 

monte  bu  <  erveau  et  lui  fait  venir  l'eau  à  la  bouc] 
Oh!  qu'il  eût  bien  voulu  le  goût-  i     M         runinenl 
faire?  Hecouranl  encore  à  la  magit     il  mâche  ses 
poils,  en  disant:  «Chanj  •! H\  "il ..  i|ni  setrans- 

fornu'iit  <u  petits  v.ts  i\\ù  provoquent  le  .sommeil.  Ils 
se  glissent  dans  le  corps  des  hommes,  et  iloi  i  vous 
voyex  ces  hommes  languissants,  la  tête  penchée  [œil 
à  demi  dot,  s'en  aller  dormir. 

Décidé  à  enlever  ce  précieux  régal  assaisonné  de  toutes 
les  saveurs,  le  Grand  Saint  pénétre  dans  la  grande  galerie. 
Là  est  la  t  vin  baie  dans  laquelle  on  boit  l'ambroisie,  là  sont 
les  amphores.  Sens  prendre  la  peine  de  mesurer,  il  avale  à 
longs  traits  le  pré*  i<M ii  liquide.  Mail  voila  an*3  est  rrre'î  il 

'  ih  %  it  D  %  :(k  iJf  "■■"■■■ 

put  empêcher  qu'au  coin  de  sa  bouche  la  sali  1  A  it.  »  H  y  s 

une  expression  analogue  dans  le  Makàbkànta .  lorsque  l'ogre   II 
•  liniha  voit  le  fils  de  Pàndou  couché  à  ses  pied»,  et  qu'il  se  rejoint 

de  le  dévorer,  il  laisse  échapper  cette  exclamation  : «MÇKélM 

vKfotPi  nm  QéaJTf  »T  nets  .  •  Ma  langue  (ait  couler  des  gouttes  de 
graisse;  elle  loche  ma  bouche  tout  à  l'eotour.  • 

1  «Ce  lui  là  une  ivresse  véritable,  divine,  et  telle  qu'on  n'en  s 
jamais  vu  depuis.  •  (Note  de  l'éditeur  chinois. ) 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCBIN-TSUEN.  349 

essayede  retrouver  son  chemin.  —  «  Mauvais,  mauvais!  se  dit-il 
à  lui-même;  et  encore  voilà  les  invités  qui  vont  arriver  l'un 
après  l'autre!  Après  tout,  il  n'y  a  pas  grand  mal;  allons- 
nous-en  d'ici...  C'est  une  excellente  idée...  Le  mieux  sera  de 
retourner  dormir  dans  le  palais  du  jardin  des  Pêchers.»  — 
Et  d'un  pas  mal  assuré ,  marchant  sans  savoir  où ,  il  part  et 
se  trompe  de  chemin. 

Il  était  arrivé  jusqu'au  trente-troisième  ciel ,  où 
est  le  palais  de  l'Adibouddha  \  au  lieu  où  réside. 
Lao-tseu.  Celui-ci,  alors  absent,  se  trouvait  dans  la 
tour  de  la  Pierre  philosophale ,  en  compagnie  de  Dî- 
pamkara  Bouddha2,  enseignant  la  doctrine  au  milieu 
des  auditeurs  et  des  grands  de  sa  cour.  Le  Grand  Saint 
(le  roi  des  singes)  ne  sait  à  qui  parler.  A  côté  d'un 
fourneau  qui  sert  à  préparer  la  pierre  philosophale , 

1  Ilya,  dans  le  texte,  Fj9  j&\  ~T?  Téou  -  sô  -  tien ,  littérale- 
ment :  «  exciter —  régler  —  ciel  ou  dieu.»  Dans  le  Dictionnaire  de 
Khang-hy,  on  lit  au  mot  sô  :  «Son  cœur  est  (fixé,  établi)  dans  le 
dieu  qui  excite  et  règle  (les  êtres,  qui  leur  donne  la  vie  et  les  di- 
rige); dans  le  palais  de  celui  qui  étend  au  loin  sa  puissance  et  qui 
retient  dans  le  devoir,  il  écoute  l'enseignement  de  la  loi.  »  Les  mots 
que  je  traduis  par  «  étend  au  loin  sa  puissance  et  retient  dans  le  de- 
voir »  sont    IjîgW    t§Tj  Mj-lê,  que  l'on  sait  être  le  nom  du  Bouddha, 


considéré  comme  créateur  et  maître  des  êtres ,  c'est-à-dire  l'Adiboud- 
dha des  théistes,  appelé  aussi  Adinâtha  et  Svaqaihboû.  (Voir  l'/nfro- 
duction  à  l'Histoire  du  Bouddhisme  de  M.  E.  Burnouf,  p.  222.) 

2  Tel  est,  je  le  crois,  le  sens  des  deux  caractères  chinois  V^A 
Ai£  Jen-tèng  "qui  allume  la  lampe,  qui  produit  la  clarté  d'une 
lampe.  »  Ce  Bouddha  Dîpamkara  est  le  dernier  dans  la  série  des  âges. 
Il  est  cité  dans  le  Lotus  de  la  bonne  Loi  de  M.  E.  Burnouf,  p.  i4, 
et  souvent  aussi  dans  la  Vie  de  Bouddha,  publiée  en  tibétain  ,  et  tra- 
duite en  français  par  M.  E.  Foucaux. 


iiO                  <><;  lOHKh  ISOVEMBHE   1857. 

il  \  a  cinq  <  <|uelles  se  i  insent  le> 

pilules  merveillt  \  ors,  l-  Grand  Stinl  M  <li»   i 
lui-même  : 

■  Ces  choses-là  doivent  être  ce  qu'il  y  a  de  plus  précieux 
chez  les  Immortels.  Depuis  que  j'ai  obtenu  la  grand.    Int.  I 
ligence  jusqu'à  ce  jour,  j'ai  appris  à  connaître  la  < 
Irinsèque  et  extrinsèque  et  tout  ce  qui  s'y  rapporte.  Il  con- 
vient de  préparer  ce  breuvage  merveilleux,  «fin  de  roniin 
service  aux  habitants  de  la  terra,  après  quoi  j'arriverai,  sans 
plus  tarder,  dans  ma  demeure.  Oh!  j'ai  fait  là  une  bonne 
trouvaille!  Puisque  j'ai  rencontré  ce  précieux  breuvage,  p 
attendre  davantage,  je  vais  en  avaler  quelque»  gorgées. 

A  peine  a  t-rl  dérobé  cette  ambmiM-  ,  qu 
pris  dm  -    I  raignant  d'a\ 

imeurdu  ciel,  il  s'évade  par  la  por 
descend,  à  laide  duo  nuage,  sur  la  montagne  habi- 
tée par  les  si:  .  jets.  Les  quatre  grands  man- 
darins qui  gouvernant  en  son  absence    »-t  les  gén 
fées  des  soixante  et  douie  cavernes  célèbrent  son 
tourpai  i      i\<it  ni  voir  été  absent 
que  bien  peu  de  jours;  mais  les  jours  du  ci<  I  sonl 
des  années  de  la  terre.  Il  était  n  tU  cent  dix  ans  hors 
de  son  royaume.  A  la  suite  du  banquet  dans  I- -quel 
on  a  célébré  son  retour,  le  Grand  Saint    I.   roi 
singes,  raconte  m  qtl  il  i  Int.  il  promet  de  retour- 
dan»              i tes  régions  puiser  le  breuvage  m  r\«  il 
leux  qui  donne  I  mimorta&é.  Partant  aussitôt  \ers 
le  lac  d'Ambroisie,  on  les  convives  réonti  pow  le 
banquet  des  POches  immortelles  étaient  encore  as- 
semblés, il  saisit  le  lr  m.^e  précieux  ci  n  vienl  I» 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  351 

verser  à  tous  les  siens,  qui  le  boivent  à  longs  traits 1. 
Orles  sept  jeunes  Immortelles  dont  nous  avons  parlé 
plus  haut  étaient  retournées  auprès  de  Dêvi  lui  rendre 
compte  de  leur  mission.  «Eh  bien!  avait  demandé  la 
déesse,  en  apportez-vous  beaucoup  de  ces  Pêches  im- 
mortelles?» Les  jeunes  filles  durent  raconter  com- 
ment la  rencontre  inattendue  du  Grand  Saint  et  ses 
rudes  paroles  les  avaient  empêchées  d'accomplir  en- 
tièrement ta  tâche  qui  leur  avait  été  confiée.  La-des- 
sus, la  déesse  va  trouver  le  Maître  des  dieux  pour 
lui  expliquer  l'affaire  ;  mais  avant  qu'elle  eût  dit  un 
mot ,  arrivent  un  échanson  et  d'autres  immortels,  qui 
s'écrient:  «Un  être  inconnu,  jetant  le  désordre  au 
milieu  du  banquet  des  Pêches  immortelles,  a  dérobé 
et  mangé  les  fruits  divins  ! ...  »  Des  divers  lieux  où  le 
singe  a  commis  des  méfaits,  on  apporte  des  plaintes  : 
il  a  dérobé  le  breuvage  immortel  dans  le  palais  de 
l'Adibouddha,  et  déserté  le  poste  qui  lui  avait  été 
assigné  dans  le  jardin  des  Pêchers.  Transporté  de 
colère ,  le  roi  des  cieux ,  le  Maître  suprême  met  sur 
pied  ses  armées. 

Les  troupes  célestes  viennent  donc  attaquer  le 
mont  Hoa-ko.  Mais  le  roi  des  singes  a  fait  sortir  les  es- 
prits cornus  et  les  fées  des  soixante  etdouze  cavernes  ; 
il  se  rit  des  menaces  de  toutes  les  puissances  célestes. 
Une  étoile  (l'étoile  aux  neuf  splendeurs)  s'avance  bra- 
vement ,  et  lui  reproche  ses  crimes  :  «  Tu  as  commis 

1  Ici  te  singe  rappelle  Garouda  allant  dérober  l'ambroisie  pour 
la  porter  aux  serpents  ;  mais  le  singe  n'a  point  à  lutter  ni  à  braver  la 
foudre  pour  ravir  le  précieux  trésor. 


JM  OCTOBRE-NOVEMBRE  IS57 

dix  péchés!  Tu  as  d'abord  volé  les  pèches,  pu  l< 

vin  du  repas,  puis  troublé  le  banquet  ém  Pèches  un 

mortelles,  etc Ne  le  sais-tu  donc  pas?  - 

oui,  je  le  sais  bien ,  répond  le  singe  en  se  moqu;mt 
tout  cela  est  vrai;  mais  i  ix-tu     .  I 

forcer  à  te  soumettre,  aii^i  que  PordotaiK  !••  M.iîtrt* 
dtsdtnx  I-      inbat  s'engage;  après  bien  des 

péripéties,  la  victoire  reste  au  roi  des  singes  mus 
les  rois  des  esprits  unirornes  et  les  génies-fées  des 
soixante  et  douze  cavernes  ont  été  faits  prisonni 
1 1  v  a  donc  de  grands  cris  et  des  larmes  de  désespoir 
du  côté  des  habitant»  du  mont  Hoa  ko.  Le  roi 
singes  trouva  mauvais  qu'en  !••  voyant  revenir  sain 
et  sauf,  et  victorieux .  e 

■nées  célestes,  ses  sujets  se  livrassent  à  la  doutai 
«  Le  succès  et  la  déf..  nlifférence.  s 

la  loi  des  combats;  pourquoi  se  hm< 
donsnous  avec  vigilance;  mangeons  notre  100] 
reposons  nos  esprits  par  un  bon  sonmi'-il  <    I 

nous  noua  battrons  encore.  » 


Cependant .  le  bodbisattva  Avalokitôcvara .  qui  habile  sur 
le  mont  Pottarake,  dans  la  mer  méridionale  '.  avant  été  in- 

1  Le  A'oaoj^  des  Chinois,  nommé  sou«  en  t.  «n  féminin,  la 
Kowmm-yu,  cerreap  oni  en  Smu  Bodhisatrva  A  ralelnrérwu .  patron 
des  Tibétain».  Son  nom  est  expliqué  (voir  l' Imtrodmcltom  i 
dm  Bomddkuwu  da  M.  E.  Bornouf,  vol.  II .  p.  116)  de  cette  manière  : 
•  Le  Seigneur  qui  regarde  avec  compassion  le*  êtres  sonffirant 
maux  de  l 'existence.  »  Tel  est,  en  effet,  dans  les  caractères  chinois, 
le  sens  exact  et  précis  de  ce  nom,  que  l'expression  santerite  ne  Tait 
qu'indiquer.  WQ    Hf*  4g    3r.  H*  Kowmm-cky-yn-poaui.  lit- 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  353 

vite  au  banquet  des  Pêches  immortelles  par  les  jeune  filles 
de  la  suite  de  Dêvî,  arriva  avec  son  grand  disciple  Pradjnâ- 
kouta 1  et  les  autres  ;  ensemble  ils  montèrent  vers  la  galerie 
Précieuse,  au  bord  du  lac  d'Ambroisie,  et  virent  que  le  plus 
grand  désordre  régnait  dans  la  salle  du  banquet.  Il  y  avait 
quelques  Immortels  du  ciel  qui ,  au  lieu  de  commencer  le 
repas,  parlaient  entre  eux  confusément.  Avalokitêçvara  ap- 
prend de  leur  bouche  tout  ce  qui  s'est  passé.  —  «  Puisque 
ce  banquet  n'a  pas  lieu ,  leur  dit-il ,  suivez  le  pauvre  bonze 
(suivez-moi),  et  allons  voir  le  Maître  du  ciel.  » — Les  Immor- 
tels suivent  donc  le  Bodhisattva  ;  ils  arrivent  ainsi  au  palais 
de  l'Esprit  pénétrant.  Là  il  y  avait  les  quatre  grands  Inten- 
dants du  ciel  et  l'Immortel  aux  pieds  rouges;  ils  vinrent  tous 
recevoir  le  Bodhisattva,  qui  leur  dit:  «  Je  désire  me  présenter 

téralement  :  «le  Pousa,  le  Bodhisattva  qui  regarde  les  bruits  du 
monde,  qui  prend  intérêt  aux  nouvelles  émanant  de  cette  terre.  »  Le 
plus  souvent,  on  écrit  ce  nom  sans  le  caractère  chy,  et  la  significa- 
tion demeure  incomplète.  D'après  les  légendes  tibétaines ,  traduites 
par  Csoma  de  Kôros  (voir  Y  Introduction  à  l'Histoire  du  Bouddhisme, 
vol.  I,  p.  53g),  Avalokitêçvara  habiterait  le  pays  septentrional 
nommé  Outtara-Kourou.  Notre  texte  dit  :  p£]  }££  ~Ûfë  JpF>  «S^ 
ilin  ï  J  Nan-hay-phou-to-lo-kia-chan  ;  et  ces  mots  me  semblent  de- 
voir être  traduits  comme  je  le  fais,  par  «le  mont  Pôtaraka  de  l'Océan 
méridional,  c'est-à-dire  du  Djamboudvîpa,  de  l'Inde.»  Pôtaraka,  au- 
jourd'hui Potala,  se  trouve  être  précisément  cette  ancienne  capitale 
du  Tibet,  dont  les  légendes  locales  attribuent  la  fondation  à  Avalo- 
kitêçvara ,  ainsi  qu'on  le  voit  établi  par  un  curieux  passage  de  Y  In- 
troduction à  l'Histoire  du  Bouddhisme.  (Vol.  I,  p.  542.) 

1  4P  \~Ç-  Hoey-ngân.  Le  premier  de  ces  deux  caractères  signi- 
fierait plutôt  «faveur»  yy|^:  -,  mais  je  le  trouve  donné  comme  l'é- 
quivalent de  «  sagesse ,  haute  intelligence  »  ît^tt  >  dans  d'autres  noms 
propres.  Quant  au  second ,  comme  il  a  le  sens  «  d'escarpement ,  »  il 
correspond  tout  à  fait  au  mot  sanskrit  *Fït:  «  pic ,  »  lieu  escarpé ,  propre 

à  bâtir  une  forteresse.  Dans  Y  Introduction  à  l'Histoire  du  Bouddhisme 
(vol.  II,  p.  i58),on  trouve  la  mention  d'un  Bodhisattva  de  ce  nom. 

x.  2  à 


HH  OC   I  "i  i   i     NOVEMBHE   1857. 

devant  le  Seigneur  du  ciel,  veuilles  lui  porter 

Le  Koumbhauda,  mtendant  du  ciel  '.  alla  dans  la  galerie 
de  la  Région  dea  âme»1,  pour  accomplir  «on  ménage;  et 
comme  il  y  entrait ,  parut  le  respectable  Lao-tseu ,  que  pré- 
cédait la  reine  du  ciel  Wang-mou. 

Le  bodhisattva  Avalokitécvara ,  ayant  été  introduit  avec 
son  disciple,  aalua  i eipect— oetaaejat  le  Seigneur  du  ciel; 
puis,  après  qu'il  ont  échangé  de»  politesses  avec  Lao-tseu  et 
la  Reine  du  ciel .  chacun  prit  un  siège.  Alors  le  Bodhiaattva 
se  mit  à  faire  de»  questions  sur  ce  qui  s'était  passé  à  l'occa- 
sion du  banquet  des  Pèches  immortelles.  Le  Seigneur  .In 
ciel  répondit  :  «Chaque  année  ce  banquet  avait  lieu  au  un 
lieu  de  la  joie  et  de  l'allégresse.  Celle  fois,  ce  maudit  singe  y 
a  jeté  le  désordre,  et.  dans  mon  coeur,  j'en  suis  fort  affligé. 
J'ai  donc  envoyé  cent  mille  soldais  de»  milices  célestes  vers 
les  monde»  inférieurs  pour  le  soumettre  ;  mais  j'attends  en- 
core leur  retour,  et  je  ne  sais  s'ils  sont  victorieux  ou  battus.  • 

A   ces  mois,    Avaloki|éçvara  ordonne  à    son    disciple 
Pradjnàkouta  de  s'élancer  au  plu*  vite  des  hauteurs  du 
vers  le  mont  Hoa  ko.  pour  recueillir  de»  nouvelle»  de  l'armée 
«Si  vous  trouva  que  le  combat  se  prolonge  sans  avantage 

'    Ff*.    JK  TC?  kieomkdmgtrr.  La  transcription  du  sanskrit 


Aseai»M«(a  on  komskmmmJm  par  cas  trois  caractères  ne  me  asitstait 
pas  pleinement.  Ja  l'ai  adopté»  cependant,  aptes  saura  rélerion,  pour 
dans  saouls  :  le  premier,  c'est  qoe  la  syllabe  tov  on  t*r ,  d'après  les 
recherches  de  M.  Sun.  Julien,  représente  l'une  des  cérébrales  in- 
<li.  nnes,  i,  d,  r.  la  seconde,  c'est  que  las  kommbkandas ,  sarvHenrs 
de  Roudra ,  dieu  do  ctd  et  pene  dea  formes  de  Cita,  ont  été  conser- 
vés dans  la  mythologie  hsnddhiaus.  Le  Tekim-jim  qui  avait  porté  an 
«  »  I  la  nouvoll.  «le  la  faite  dn  stage  portait  aussi  ce  titre  de  Kiesa- 
aeno-tsr. 


Lbu/+wù  *  âme ,  esprit  —  région  supérieure  • ,  < 
pression  qui  répond  au  sanskrit  5»aroaioku  «  le  mon.l 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU -TCHIN-TSUEN.  355 

de  part  ni  d'autre,  vous  devrez  prêter  un  secours  efficace 

aux  troupes  célestes » 

Le  disciple  rajuste  ses  habits ,  s'arme  d'un  épieu  de  fer, 
s'élance  hors  du  ciel  sur  une  nuée,  et  arrive  devant  le  mont 
Hoa-ko.  Là  il  voit  les  armées  des  Génies  qui  enveloppent  le 
mont  comme  un  filet  de  leurs  lignes  serrées.  Forcé  de  s'ar- 
rêter, il  appelle  les  soldats  célestes  de  garde  à  l'entrée  du 
camp,  et  les  charge  d'aller  annoncer  sa  présence. 

Cette  fois,  l'envoyé  du  Seigneur  suprême  déclare 
se  nommerMb-y1,  second  fils  de  Ly-tien-wang  et  grand 
disciple  d'Avalokitêçvara  de  la  mer  Méridionale ,  et 
portant  pour  nom  de  religion  Hoey-ngân  (Pradjnâ- 
kouta).  Les  quatre  grands  rois  (Tchatourmahârâdjas) 
vinrent  Je  saluer,  et,  comme  ils  causaient  entre  eux 
de  la  révolte  du  singe  surnaturel  t  on  vint  annoncer 

'  /TV  3L.  Mo-y,  littéralement  :  «  bois  —  gouverner,  l'em- 
porter sur.»  Peut-être  faut-il  lire,  pour  le  second  caractère,  ^7 
Tchay;  le  sens  serait:  tenir  à  deux  mains  un  bâton,  Dandapâni  (?), 
ou  bien  Gadâdhara,  Gadâbhrit.  Les  mots  ~7$?  rlf*  Taî-tseu  peu- 
vent être  la  traduction  de  Koumâra  «jeune  prince,  ou  fils  de  race 
royale.»  H  est  beaucoup  question,  dans  YHistoire  de  Bouddha  (tra- 
duite du  tibétain  par  M.  E.  Foucaux  ) ,  d'un  certain  Dandapâni ,  fils 
de  la  famille  royale  des  Çâkyas ,  qui  offrit  en  mariage  à  Çâkyamouni 
sa  fille  Gopâ.  (Voir  aussi  Y  Introduction  à  l'Histoire  du  Bouddhisme, 
vol.  II,  p.  535,  et  p.  i5i,  où  ce  même  personnage  est  qualifié 
d'artisan  de  la  ville  de  Kapilavastou.  )  Je  sais  bien  que  la  manière 
la  plus  simple  d'interpréter  ces  deux  caractères,  en  lisant  Motcha, 
serait  d'en  faire  sortir  le  sanskrit  rffaïï; ,  mokcha  «libération  finale»  ; 
mais  mokcha  ne  peut  former  un  nom  propre  sans  l'adjonction  d'un 
qualificatif,  comme,  par  exemple,  Mo-tcha-kio-to ,  Mokchagoupta. 
[Vie  et  Voyages  de  Hiouen-thsang ,  traduits  par  M.  Stanislas  Julien, 
liv.  II.) 

»4. 


HÉ  OCTOBRE  NOVEMBRE  1857. 

que  ce  dernier  s'avançait  aux  porto  du  camp  MMÉ1 

livrer  de  nouveaux  combats. 

Les  quatre  grands  nota   du  ciel    et  i  vang  <Uli 

bèrent  sur  le  parti  à  prendre  ;  Us  veulent  faire  avancer  des 
troupes,  mais  Mo- y  four  dit  :  •  Mon  respectable  précepteur 
spirituel  Avalokitêçvara,  en  m'ordonnent  de  venir  savoir  des 
nouvelles  de  l'année  céleste,  m'a  aussi  recommandé  de  ma 
mêler  au  combat  ;  et,  quoique  je  n'aie  pas  de  valeur,  je  | 
aller  voir  ce  qu'est  ce  Grand  Saint.  —  Mon  fik,  répoiulit 
Ly-tien-wang ,  votre  résolution  est  excellente.  •  —  Kl  le  jeune 
Tai-tseu  (  kouméra),  s'armant  de  sa  lance  de  fer.  s'élance 
hors  de  la  porte  du  camp;  il  provoque  à  haute  voix  le  Grand 
Saint  du  ciel  bien  réglé.  —  «  Me  voici ,  répond  aussitôt  le  roi 
mges!  Qui  es-tu  donc .  toi  qui  oses  me  provoquer  ainsi  ? 
— Je  mbS$  Mo  y,  second  fils  de  Ly-tien  wang,  je  suis  Pradjnâ- 

kouta —  Quoi  !  au  lieu  de  pratiquer  In  r  les 

bords  de  la  mer  Méridionale,  lu  es  venu  ici. .  ?  —  C'est  mon 
précepte  I  qui  m'a  envoyé  pour  savoir  des  nouvelles 
de  la  lutte  engagée  ici.  et  voici  que  je  vais  te  faire  prison- 
nier  • 

Le  combat  t'engage  au  penchant  de  la  mont 

Hoa  ko.  (  iKjii  uit»  i\  iitr  fois  de  suite,  Pradjnà- 
kouta  lutte  contre  le  roi  des  singes  sans  pouvoir  le 
vain*  ri'.  Il  Huit  par  I  tandis  <jni    son  <-n 

nemi,  rentre  tranquill»mt  nt  dans  ses  cavernes,  s'\ 
pose  à  l'abri  de  toute  attaque,  il  retourne  à  son  camp 
annoncera  son  père,  le  Roi  du  <  i*  I1.  que  le  singe  est, 
en  vérité,  un  génie  supérieur,  impossible  à  van* 
Alors  Mo- y,  accompagné  des  esprits  aux  grands 

1  Cest-è-dire  le  Drta,  le  dieu,  l'un  des  immortels  qui  siègent 
dans  les  régions  d'en  haut. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  357 

glaives,  est  chargé  d'aller  vers  le  Seigneur  suprême , 
pour  lui  exposer  le  véritable  état  des  choses.  Ava- 
lokitêçvara  reçoit  le  message  et  le  transmet  au  Sei- 
gneur des  cieux.  Celui-ci,  voyant  qu'il  s'agit  encore 
de  demander  des  secours,  se  met  à  sourire.  Un  peu 
surpris  de  la  puissance  de  ce  démon  de  singe,  qui  a 
pu  vaincre  les  cent  mille  soldats  de  l'armée  céleste, 
il  ne  perd  point  sa  sérénité ,  et  se  contente  d'ordon 
ner  l'envoi  d'un  nouveau  corps  d'armée;  mais  Ava- 
lokitêçvara  prend  la  parole,  et  dit  au  Seigneur  su 
prême  : 

«  Que  Votre  Majesté  m'accorde  la  permission  de  faire  pa 
raître  un  génie  qui  saura  bien  le  prendre.  —  Ce  génie,  quel 
est-il? —  C'est  le  neveu  de  Votre  Majesté,  le  second  Saint 
éclairé,  prince  des  esprits  célestes  \  11  habite  dans  leKouang 
tchéou,  à  l'entrée  du  Kouang-kiang  ;  jadis  il  a  eu  assez  de 
puissance  pour  dompter  les  six  monstres  2.  11  y  a  aussi  les 

1  Lien-ching-eul-lâng-tchin-hm  «le  prince  des  esprits  qui  vont  où 
ils  veulent  (après  avoir  dépouillé  leur  corps) ,  le  second  sage  éclairé.  » 

5  /\  T3p  <(les  s'x  monstres,  les  six  espèces  de  démons  et  de 
génies  malfaisants  et  rebelles.»  Il  y  a  ici  une  allusion  à  la  révolte 
ancienne  des  démons  contre  le  ciel,  des  titans  contre  les  dieux,  tra- 
dition que  la  Chine  aura  empruntée  aux  Indiens.  La  glose  de  l'édi- 
tion in-8°  a  parlé  ainsi  de  ces  six  monstres,  à  propos  de  la  quiétude 
du  cœur:  a  Une  fois  que  le  cœur  s'est  déposé,  abdiqué  lui-même,  il 
sait  que  les  six  monstres  lui  obéissent.  De  ces  six  monstres,  la  moi- 
tié ont  des  noms  de  démons:  le  bœuf  (gômoukha,  espèce  àeyakcha)  ; 
le  crocodile  (graha,  espèce  de  génie  qui  tourmente  les  enfants,  et 
aussi  le  nom  de  Rabou,  dragon  ennemi  de  la  lune  et  du  soleil);  le 

pâng,  grand  oiseau  fabuleux  du  genre  des  souparnas  ou  garoudas 

On  les  appelle  aussi  les  six  vices »  Les  six  vices,  selon  les  In- 
diens, sont:  le  désir,  la  colère,  la  convoitise,  le  trouble,  l'orgueil 
et  l'envie. 


35«  n<   rOBRE-NOVBMBRB  IH57. 

jeunes  frères  Mey-chan.  qui  comptent  devint  leur* 
jusqu'à  douae  cent  mille  esprits  à  tête  fkerbe  '.  Ce  sont  des 
esprits  d'une  intelligence  vaste  et  profonde;  mais  ils  ont  cela 
d'extraordinaire,  qu'ils  obéissent  à  la  persuasion  et  non  à  un 
ordre  direct.  Que  Votre  Majesté  daigne  manifester  a  leurs 

U  le  désir  qu'elle  a  de  les  voir  s'armer,  et  elle  verra 
qu'il*  ont  asses  de  force  pour  s'emparer  du  rebelle.  • 

A  ces  mots .  le  Maître  suprême  manifeste  son  désir  de  voir 
ces  génies  prendre  les  armes.  Aussitôt  que  le  roi  des  génies 
aux  grands  glaives  a  reçu  cet  ordre,  il  s'élance  au  haut  des 

a  pour  y  obéir,  et  arrive  à  l'entrée  du  Kooang-kiang.  En 
un  instant,  il  arrive  auprès  du  palais  de  Tcliin  kun 
garde*  l'introduisent  et  l'annoncent  à  leur  maître .  qui  vient 
jusqu'à  la  porte ,  accompagné  de  ses  jeunes  frères,  pour  re- 
cevoir la  volonté  suprême  Après  avoir  brûlé  des  parfums . 
il  ouvre  la  lettre  qui  renferme  cette  volonté 

Dans  ce  mettage  était  racontée  la  révolte  du  singe 
et  les  rudes  combats  que  soutenaient  vainement  dM 

tre  lui  les  années  célestes.  Tcliin  kun  y  lut  aussi  que 
le  Maître  suprême  le  priait  de  vouloir  bta  'lier  avec 
ses  jeunes  frères  achever  la  campagne  et  •empain 
du  rebelle.  U  accepte  avec  empress* mu ©1  <  ctte  clii- 
Ik  île  mission.  Les  six  frères  cadets  de  Mey-chan  sont 
convoqués,  ainsi  que  les  quatre  lieutenants,  Kliang. 
Tchang,  Yaoet  Hy.ct  les  deux  chefs  de  coi  p  k.>uo- 
Lia  <>t  Trliin  kun.  I-  >  voilà  qui  partent  tous;  sui- 
vons-les donc  dans  leur  expédition ,  et  voyons  com- 
ment le  génie  <  hinois  sait  comprendre  ces  < 

1  Ttmo-ttom-<ki*.  L'éditeur  chinois  sa  coeSseSs  da  mettre  an  note  : 
«  Voila  des  génies  qui  ont  on  drôle  de  nom.  •  Dans  une  pareille  glose, 
il  m'est  impossible  de  trouver  aucun  éclair 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN -TSUEN.  359 

merveilleux,  où  des  êtres  fantastiques  s'attaquent 
avec  des  armes  enchantées. 


Tchin-kun  range  les  génies  de  son  corps  d'armée ,  montés 
sur  des  aigles  et  conduisant  des  chiens  en  laisse  ;  ils  portent 
des  arbalètes,  que  l'on  tend  avec  le  pied,  et  de  grands  arcs. 
Avec  la  rapidité  de  l'ouragan,  ils  traversent  la  grande  mer 
Orientale  et  arrivent  devant  le  mont  Hoa-ko.  Là  se  tenaient 
les  puissances  du  ciel  en  lignes  serrées  et  rangées  par  ordre. 
Ne  pouvant  s'en  approcher  tout  près,  il  s'écrie  :  «Je  suis 
Tchin-kun,  le  second  des  saints  au  grand  éclat,  c'est  moi 
que  Sa  Majesté  le  Seigneur  suprême  a  chargé  de  venir 
prendre  les  singes  endiablés.  »  —  A  ces  mots,  les  portes  du 
camp  sont  ouvertes ,  et  chacun  des  esprits  qui  l'accompagnent 
entre  l'un  après  l'autre  en  bon  ordre.  Les  quatre  grands  Rois 
du  ciel  et  Ly-tien-wang  vont  le  recevoir  jusqu'à  l'entrée  prin- 
cipale, et,  après  qu'ils  ont  échangé  les  saluts  de  politesse, 
Tching-kun  leur  demande  de  quel  côté  est  la  victoire.  Les 
grands  rois  lui  racontent  toutes  les  péripéties  de  cette  longue 
lutte ,  et  il  répond  en  souriant  :  «  Puisque  me  voilà  venu ,  il 
faut  que  je  combatte  contre  l'ennemi ,  au  moyen  de  quelques 
transformations  magiques.  Que  toutes  les  puissances  consti 
tuées  du  ciel  et  de  la  terre  soient  attentives  à  faire  leur  de- 
voir, et  qu'elles  s'établissent  tout  autour  de  nous  en  lignes 
serrées ,  tandis  que  je  vais  jouer  la  partie.  Je  prie  To-ta-lien- 
wang  de  venir  avec  moi ,  et  de  faire  en  sorte  que  le  miroir 
enchanté  au  vif  éclat  soit  tenu  au  milieu  de  l'espace,  pour 
empêcher  que  l'ennemi,  au  moment  de  sa  défaite,  ne  nous 

échappe  par  la  fuite »  Ly-tien-wang  promit  de  suivre 

ces  instructions  et  se  retira.  Cependant  Tchin-kun,  suivi 
des  quatre  grands  intendants  de  son  armée,  de  ses  deux 
lieutenants  et  de  ses  six  frères  cadets ,  sortit  du  camp  pour 
livrer  bataille.  Les  autres  chefs,  qui  veillent  à  la  garde  du 
camp,  retiennent  attachés  les  aigles  et  les  chiens;  les  génies 
à  tête  d'herbe  ont  aussi  leurs  instructions.  Arrivé  devant  la 


300  •  x.TOBRE-NOVKMBHK  1857. 

caverne  du  Treillis  dm  easur  ',  Tchin-kun  «perçoit  les  sii 
rangés  eu  ordre,  et  qui  semblaient  l'attendre  sans  eraii 
Du  milieu  des  bataillons  épais  et  serrés,  à  l'aspect  imposant, 
s'élevait  la  bannière  sur  laquelle  se  lisaient  ces  mots  :  •  Le 
Grand  Saint  du  ciel  bien  réglé.  •  Aussitôt  Td  lun  Lui  s'écria  : 
•  Singe  endiablé,  comment  as-tu  pu  usurper  le  titre  il  un 
pareil  rang  dans  le  ciel  ?  »  —  Et  un  petit  singe  qui  l'avait 
vu  courut  annoucer  l'approche  de  celui-ci  à  son  i 

Le  roi  des  singes  saisit  sa  lance  enchantée,  revêt  sa  tu- 
nique, son  bonnet  de  combat,  aa  cuirasse,  et  d'un  bond  il 
s'élance  aux  portes  du  camp.  Avec  son  œil  pénétrant,  il  a 
compris  que  la  physionomie  de  Tili in- Lu n  révéla  m 
supérieure  ;  dans  son  allure  se  trahit  un  être  qu'arum*  (ln 
souille  plus  délicat  Cependant  il  le  regarde  en  souriais 
d'un  air  moqueur;  il  lève  vers  lui  son  arma  enchantée,  et  .lit 
à  haute  voix  :  •  Quel  est  ce  petit  champion  assez  audacieux 
pour  venir  ici  me  provoquer?  —  Tes  yeux  n'ont  donc  pas 
de  prunelles,  répondit  Tchin-kun  ;  quoi  t  tu  ne  me  reconnais 
pas!  je  suis  le  oeveu  du  Seigneur  suprême ,  j'ai  obtenu  I. 
titre  honorifique  de  Tchmo-kott-luq-km  —ne;  eai-fcaq  V  I  l 
ordre  suprême  m'enjoint  de  m'emparer  de  ta  personne  ;  c'en 
est  fait  de  toi.  ■ 

Le  roi  des  singes  répliqua  :  «Et  moi.  je  n'ai  pas  oubli.- 
l'époque  où  la  jeune  sœur  du  Seigneur  suprême .  songeant 
au  monde,  s'unit  à  Yang-kunet  en  eut  un  Us  qui  lut  •  liargé 


1  La  nappe  <f  eaa  qui  séparait  de  la  vente  do  ciel  Is  caverne  ha- 
bitée par  les  singes ,  ainsi  qu'il  a  été  explique  au  commencement  <lr 
ce  travail. 

1  BS  £  S  H  î  H  £fl  »«■'■*■■■■  ■  «■• 

science  brillante ,  le  second  parmi  les  rois  des  esprits  éclairés.  • 
Tc*ao-aory  pourrait  se  traduire  par  «{VoiUHI,  DipakapraJjnd 
a  lieu  de  croire  qu'il  s'agit  ici  d'un  de  cnTfTJTlf'FTl;,  ganâdkipâi  (ri..  I 
des  troupes  célestes)  dont  les  Djaïm  reconnaissent  un  très- grand 
nombre. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-ÏÉOU-TCHIN-TSUEN.  361 

de  tailler  à  coups  de  hache  le  mont  Mey-chan  \  ;  serait-ce  loi  ? 
Un  petit  roi  de  Ion  espèce  ne  mérite  pas  de  recevoir  les  coups 
que  je  frappe.  Va  donc  au  plus  vite  appeler  tes  quatre  grands 
rois,  pour  qu'ils  sortent  des  rangs!  — Un  méchant  singe, 
reprit  Tchin-kun  fort  en  colère ,  ne  peut  être  qu'un  grossier 

personnage;  avale  le  coup  que  voici » 

Le  roi  des  singes  avait  levé  son  arme  enchantée;  les  deux 
champions  en  vinrent  aux  mains.  Trois  cents  fois  de  suite  ils 
luttent  sans  pouvoir  se  vaincre.  Tchin-kun ,  excitant  l'éner- 
gie de  sa  puissance,  s'agite  pour  opérer  une  transformation. 
Voilà  qu'il  se  donne  un  corps  d'une  hauteur  gigantesque, 
tenant  dans  ses  deux  mains  un  grand  glaive  à  trois  pointes, 
et  doué  d'une  puissance  surnaturelle.  A  le  voir,  on  dirait  le 
mont  Hoa-chan 2,  avec  les  pics  azurés  qui  se  dressent  sur  son 
front.  Son  visage  frappe  d'effroi  ;  ses  dents  sont  rouges  ;  sur 
son  crâne  se  mêlent  des  cheveux  hérissés  et  en  désordre.  Il 
attend  que  le  singe  montre  sa  tête  pour  la  lui  couper.  Mais 
le  singe,  ayant  aussi  recours  aux  transformations  qu'il  sait 
accomplir,  grâce  à  son  esprit  surnaturel,  prend  un  corps 
égal  et  un  visage  semblable  à  ceux  de  son  adversaire.  Il 
dresse  son  arme  enchantée,  celle  qui  se  nomme  comme  la 
pensée.  On  peut  le  comparer  au  mont  Kouen-lun3,  dont  le 
sommet  est  comme  le  pilier  sur  lequel  repose  la  voûle  du 
ciel.  C'est  ainsi  qu'il  fait  face  et  tient  tête  à  Tchin-kun.  Il 
ordonne  à  son  premier  lieutenant  Ma-liéou,  le  chef  des 
singes  à  croupion  rouge,  de  combattre  avec  acharnement; 

'  /fort  ^k^î  •  Littéralement  :  «  Prince  du  figuier  sucré.  »  H  y  a  en- 
core ici  une  allusion  à  quelque  légende  indo-chinoise  qui  m'est  in- 
connue. Nyagrodha  (nom  sanskrit  du  figuier  sacré)  est  un  nom 
propre  qui  a  été  porté  par  un  brahmane,  et  aussi  par  un  roi  légen- 
daire, fils  d'Ougrasèna,  et  qui  fut  frère  de  Kansa,  par  conséquent 
oncle  de  Krichna,  comme  ce  dernier. 

2  L'une  des  principales  montagnes  de  la  Chine,  dans  la  province 
de  Chen-sj. 

3  Montagne  fameuse,  dans  le  nord-ouest  de  la  Chine. 


NI  OCTOBRK- NOVEMBRE   18 

mais  il  ne  peut  agiter  le*  bannière*.  De  »on  côte  aussi, 
l'ang  pa  ',  le  second  général  (de*  singe*) .  frappé  de  terreur, 
ne  peut  plus  se  servir  de  ton  glaive.  Dev.i 
ligne,  Kang,  Tchang,  Yao,  Ly,  Kono-cliiti  <  i  l cliing-kieu 
(généraux  et  lieutenants  de  Tchin-kun),  lancent  le  bataillon 
léger  des  esprits  a  tète  d'herbe.  Ils  se  précipitent  en  face  de 
la  caverne  qui  forme  l'entrée  do  mont  habile  par  les  singe*. 
Avec  les  aigles  et  le*  chien*,  avec  leurs  arbalète*  et  leurs 
grands  arc»,  ils  mii'Hent  vivement  leurs  ennemis.  Voilé 
donc  le*  singe*  qui  jettent  bas  leurs  lances,  délient  leurs 
rasées,  abandonnent  leurs  cimeterres ,  se  débarrassent  de 
leurs  lancée  et  se  prennent  à  courir,  te*  un*  criant ,  les  autres 
fuyant  au  sommât  de  le  montagne;  d'autres  encore  ret« 
neot  dans  le*  caverne*. 

Pendant  ce  temps,  le  Grand  Saint,  leur  roi.  était  aux 
prises  avec  Tchin-kun.  Quand  il  voit  que  tes  démon*  et  tes 
singes  de  son  propre  camp  sont  mis  on  déroute,  Use  trouble 
en  son  orur  V  Abandonnant  la  forme  surnaturelle  qu'il  avait 
revêtue,  il  contracte  son  arme  et  son  propre  corpv  11  imt 

1  «S  fflt  *  In)  t^  '  "  ■  '"'■' ,f  rwitio0  iD*** 

ce  sont  là  des  caractère*  pu  renient  phonétiques,  et  qui  ne  forment 
pas  de  sens. 

*  L'éditror  chinois  met  en  note:  «Une  fois  troublé ,  il  perd  la 
tel*;  en*  fois  qu'il  a  perde  I*  tête,  il  est  bat' 
glosas  piatiss  en  Mat  du  chapitre,  dam  l'édition  in-6*.  dit.  à  pro- 
pos de  ce  passage  :  •  Ces  deux  mots  :  «en  coax  m  tromklt,  mantreet 
bien  la  source  du  découragement  et  de  la  défaite.  En  effet,  le  cour 
de  rhomme  est  ce  qui  dirige  tout  en  lui.  Qu'il  s'agisse  du  roi  dm 
singes,  qui  est  dans  le  cid ,  ou  de  rhomme  sur  la  terre,  soyes  surs 
que  c'est  le  cour  qui  conduit  tout.  »  Cm  lignes  rappellent  les  beaux 
«ers  de  !■  Bhagavadgeità ,  oè  la  même  pensée  est  exprimée  an 
•  Il  est  dit  que  les  organes  dm  sens  sent  puissants,  I* esprit  est  plus 
puissant  que  les  organes  des  sens;  mais  l'intelligence  est  pins  pois 
saute  que  l'esprit  ;  ce  qui  est  pies  fort  encore  qee  l'intelligence ,  c'est 
lui  (le  cœur  ou  les  affections  du  cour,  la  passion,  etc.).  »  (Lect.  m 
çloks  4s) 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.         363 

Tchin-kun  le  poursuit  à  grands  pas  et  lui  crie  :  «  Si  tu  fuis 
ainsi,  tu  seras  bientôt  soumis.  Je  le  fais  grâce  de  la  vie!» 
Peu  disposé  à  continuer  le  combat,  le  roi  des  singes  courait 
toujours.  Arrivé  près  de  la  caverne ,  il  rencontre  Kang , 
Tchang,  Yao,  Ly,  Kouo-chin  et  Tching-kien,  qui  veulent 
l'arrêter,  en  criant  :  «  Ah!  le  misérable  singe  qui  a  pris  ainsi 
la  fuite  !  »  Le  roi  des  singes  frissonne  dans  tous  ses  membres. 
Saisissant  son  arme  enchantée  réduite  à  la  longueur  d'une 
aiguille  à  broder,  il  la  cache  dans  son  oreille,  se  secoue  et 
se  change  en  un  passereau ,  qui  se  pose  en  voltigeant  sur  la 
cime  des  arbres  et  sur  la  tige  des  moissons.  Les  six  jeunes 
frères  de  Tchin-kun ,  troublés  et  surpris ,  le  cherchaient  de 
toutes  parts ,  sans  pouvoir  le  trouver.  «  Il  a  fui ,  le  singe  in- 
visible, répétaient-ils,  il  a  fui,  le  singe  endiablé!» 

Pendant  ces  clameurs ,  arrive  Tchin-kun  ;  il  interroge  ses 
frères,  qui  ont  vainement  poursuivi  le  roi  des  singes  jusqu'à 

son  palais Contractant  son  œil  de  phénix,  Tchin-kun 

regarde  à  son  tour,  il  aperçoit  le  roi  des  singes  tranformé 
en  passereau ,  perché  sur  le  sommet  d'un  arbre.  Aussitôt, 
abandonnant  la  forme  surnaturelle  qu'il  avait  prise,  il  jette 
de  côté  sa  lance  enchantée ,  ainsi  que  son  arbalète  et  ses 
flèches;  il  s'est  changé  en  un  grand  aigle;  il  déploie  ses 
ailes  pour  se  précipiter  sur  le  passereau.  Le  roi  des  singes 
(caché  sous  cette  forme  de  passereau)  l'a  aperçu;  d'un  coup 
d'aile  rapide,  il  a  pris  la  fuite,  et,  se  changeant  en  un  vieux 
cormoran,  il  disparaît  dans  les  profondeurs  du  ciel.  A  cette 
vue,  Tchin-kun  hérisse  les  plumes  qui  le  couvrent,  se  secoue 
et  se  transforme  en  un  grand  aigle  de  mer-,  il  s'enfonce  jus- 
qu'aux régions  du  tonnerre,  pour  harceler  son  ennemi.  Ce- 
lui-ci se  précipite  au  milieu  d'un  torrent,  et,  s'étant  méta- 
morphosé en  poisson ,  se  cache  dans  les  eaux.  Arrivé  sur  les 
bords  du  torrent,  Tchin-kun  ne  peut  retrouver  les  traces  de 
celui  qu'il  cherche.  —  «  Ce  singe  endiablé  aura  plongé  sous 
les  eaux,  se  dit-il  à  lui-même;  il  aura  pris  la  forme  d'un 
poisson ,  d'une  écrevisse  ou  d'une  autre  bête  aquatique  Eh 
bien!  j'en  ferai  autant,  afin  de  l'aller  prendre.  » 


Ml  OCTOBRE  NOYEM  >7. 

Le  voilà  qui  se  change  en  un  aigle  pécheur.  Se  balançant 
>nr  ses  grandes  ailes,  il  s'abaisse  sur  le  torrent  et  plane  à  la 

:  icc  des  vagues.  H  attend  quelque»  minutes;  mais  le  roi 
des  singes,  qui,  sous  la  forme  d'un  poisson,  se  laisse  aller 
au  fil  de  l'eau ,  aperçoit  le  volatile  qui .  malgré  la  gracieuse 
couleur  bleue  de  son  plumage,  ne  ressemblait  point,  par  sa 
nuance,  à  une  sarcelle,  et  qui  n'avait  ni  la  bonne  sur  l'ar- 
rière de  sa  tète .  ni  les  pieds  rongée  de  la  cigogne.  H  lui  sem- 
bla que  cet  oiseau  pourrait  bien  être  Tchin  Un.  qui  avait 
revêtu  cette  forme  et  l'attendait  pour  l'avaler  In  un  clin 
d'oeil  il  se  transforme;  le  voilà  devenu  un  poisson  à  l'aspect 
trompeur  K  II  se  prend  à  fuir.  Tchûvkun  se  dit.  lorsqu'il  h 
voit  :  •  Ce  poisson  étranga  lamnmhlii  estes  au  poisson  d'or 
qui  se  change  en  dragon  ;  mais  la  nageoire  de  la  queue  n'est 
pas  de  la  même  couleur  rouge  ;  il  ressemble  aussi  an  poisson 
a  grosse  tête,  pourtant  le»  moyAetnre»  dm  écaille»  ne  pa- 
raissent pas.  Serait-ce  un  poisson  noir  '  ?  Mai»  il  n'a  point 
sur  la  tête  le  marqua  d'une  étoile.  Il  a  l'air  encore  d 
poisson  armé';  mai»  je  ne  vois  pee  de  crochet»  è  se»  tné- 
cJsoires.  Il  aurait- il  donc  aperçu  ?  Le  voilà  qui  s'est  mis  à 

fuir Ce  doit  être  le  singe  endiablé  qui ,  sous  cette  forme. 

cherche  à  se  dérober  ans  coup  de  mon  bec  • 

Le  roi  de»  singe»  se  décide  à  sortir  dn  milieu  dee  ceux 
Prenant  la  forme  d'un  serpent  aquatique,  il  se  glisse  ver»  la 
rive  et  t'enfonce  parmi  les  herbe».  Or  Tchin-kun,  qui  s'ap- 
prêtait à  donner  le  coup  de  bec,  voit  disparaître  le  poisson , 
et  il  découvre  à  se  place  le  serpent,  qui  émergeait  do  milieu 
du  torrent  Soupçonnant  avec  raison  que  c'est  son  ennemi, 
il  se  change  en  un  héron  cendré  à  tête  couleur  de  fou  il 
allonge  un  grand  bec  pareil  à  un  crochet  de  fer  bien  acéré  ; 

1  11  y  a,  dan»  le  teste.  £*f  39|  EH  ,  un  poisson  ilros«i 

fantaisie,  mensonger,  qui  n'appartenait  à  aucune  espèce  connue. 

1  II  s'agit  de  dem  espèces  die  poissons .  l'un  t  grosse  tète,  rmme 
de  couleur  noire,  dont  j'ignore  las  noms. 

1  l-i  même  observation  s'applique  è  cette  autre  eapèce. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  305 

il  se  met  à  se  promener  pour  attraper  le  serpent.  Celui-ci  se 
transforme  en  une  oie  mouchetée,  qui  se  tient  immobile 
comme  une  pierre  au  milieu  des  terrains  bas  et  salés.  A  la 
vue  de  cette  transformation  d'un  ordre  inférieur,  Tchin-kun 
se  dit  :  o  Parmi  les  oiseaux,  c'est  là  le  plus  vil  et  le  plus  mé- 
prisable; il  ne  marche  de  pair,  ni  avec  le  phénix,  ni  avec  le 
faisan,  ni  avec  l'aigle,  ni  avec  le  corbeau;  aussi  n'échap- 
pera-t-il  pas  à  mes  coups.»  Reprenant  donc  sa  première 
forme  et  restant  à  portée  de  son  ennemi ,  il  s'avance  pour 
saisir  son  arc ,  qu'il  tend  et  arme  d'une  flèche ,  puis  il  marche 
à  petits  pas.  Le  roi  des  singes,  qui  fuyait  toujours,  profite 
d'un  instant  favorable  pour  se  soustraire  aux  regards  de  son 
ennemi.  Se  jetant  au  pied  d'une  montagne  où  il  peut  se  ca- 
cher, il  se  change  ;  mais ,  celte  fois,  il  se  change  en  un  temple 
de  la  Terre.  Il  est  si  grand,  que  sa  bouche  en  est  comme 
l'entrée  ;  ses  dents  deviennent  les  battants  de  la  porte  ;  sa 
langue  est  l'idole  ;  ses  yeux  sont  les  fenêtres.  Cependant , 
comme  il  lui  restait  sa  queue,  difficile  à  ramasser,  il  la  re- 
leva en  arrière  et  en  fit  un  mât  de  pavillon.  Tchin-kun,  qui 
arrive  marchant  toujours  à  petits  pas  au  pied  de  la  montagne, 
ne  voit  plus  l'oie  qui  s'y  est  abattue  :  à  la  place  de  l'oiseau 
se  montre  un  petit  temple.  Avec  ses  regards  perçants,  il  a 
bientôt  remarqué  le  mât  de  pavillon  qui  se  dresse  derrière 
l'édifice ,  et  il  dit  en  souriant  :  «  Voilà  le  singe  ;  il  est  là 
maintenant  pour  me  déjouer.  Ce  n'est  pas  la  première  fois 
que  je  vois  une  pagode;  mais  jamais  encore  je  n'en  avais  ren- 
contré qui  eût  son  mât  de  pavillon  par  derrière.  Sans  aucun 
doute,  la  vilaine  bête  a  cru  me  tromper.  Il  voudrait,  en  me 
tendant  ce  piège,  me  faire  entrer,  puis  me  saisir  entre  ses 
dents  ;  aussi  me  garderai-je  bien  d'avancer.  Un  instant ,  je 
vais  le  tâter;  d'abord  à  coups  de  poings  je  vais  frapper  les 
fenêtres,  puis  donner  des  coups  de  pieds  dans  les  battants 
de  la  porte.  » 

Quand  il  entendit  ce  monologue ,  le  roi  des  singes  se  mit 
à  avoir  grand  peur.  «Le  méchant!  se  dit-il;  ces  portes  sont 
mes  dents,  ces  fenêtres  sont  les  prunelles  de  mes  yeux.  S'il 


;k.o  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

me  brise  les  dents,  s'il  me  crève  las  yeux,  comment  pour- 
rai-jc  échapper? •  Il  (ait  donc  un  bond  de  tigre  et  disparait 
dans  l'espace.  Tchin-kun  cherche  vainement  de  tontes  parts; 
il  ne  voit  plus  que  les  généreux  de  ses  quatre  corps  d'année 
et  ses  deux  lieutenants,  qui  l'entourent  et  lui  disent  :  •  l.h 
bien!  frère  aîné,  vous  avez  pris  le  rebelle  depuis  longtemps? 
—  Ah!  répond  Tchin-kun  avec  un  sourire,  le  vilain  singe 
t'était  changé  en  une  pagode  pour  me  tromper;  j'allai*  im 
crever  les  yeux  et  lui  casser  las  dents,  lorqu'il  s'est 
morphosé  de  nouveau,  et  a  disparu  sans  laisser  de 
C'est  extraordinaire  et  merveilleux  1  • 

Les  assistants  sont  frappés  de  crainte  et  de  surprise,  les 
généraux  pâlissent  «Jeûnai  frères,  dit  alors Iclnn  Un,  res- 
tes ici  à  veiller;  faites  bonne  garde,  tandis  que  je  vais  aller 
à  la  recherche  du  rebelle.  •  Et  le  voilé  qui  s'élance  dans  l'es- 
pace. A  moitié  route  du  ciel,  il  rencontre  Ly-tieo-wang ,  qui 
tenait  en  main  le  miroir  magique,  avec  Tsota.  qui  était 
debout  sur  un  nuage.  •  Roi  du  ciel,  demanda  Tel. m  Un, 
aves-vous  vu  le  roi  des  singes  ?  —  11  n'est  pas  encore 
par  ici,  répliqua  le  roi  du  ciel;  non*  sommes  » 
rer  cette  partie  des  deux.*  Tchin-kun  leur  raconte  toutes 
les  transformations  du  singe,  puis  il  ajouta .  •  Immédiate- 
ment après  le  changement  en  pagode,  il  s  pris  la  fuite.  •  A 
ces  mots.  Ly-tieo-wang  promène  vers  les  quatre  cotés  du 
ciel  le  miroir  magique.  Tout  à  coup  il  s'écrie,  avec  l'accent 
de  la  plus  grande  joie  :  •  Obi  Tchin-kun.  marches  vite,  ha- 
tea-vous!  Le  singe,  caché  sous  une  forme  magique,  est  allé 
se  sauver  dans  votre  propre  camp,  a  remnouchure  du  Rouan- 
kiang.  •  Dès  que  ces  paroles  ont  frappé  son  oreille  I  <  liiii 
kun  saisit  sa  lance  divine  et  retourne  vers  son  propre  camp. 
Or  le  singe,  k  peine  arrivé  dans  le  camp  de  son  ennemi,  s'y 
était  métamorphosé,  et  il  avait  emprunté  la  propre  physio- 
nomie et  le  corps  même  de  Tchin-kun  ;  ainsi  changé ,  il  avait 
pénétré  dans  le  temple.  Les  génies  chargés  d'en  garder  l'en- 
trée, ne  l'ayant  pu  reconnaître,  l'avaient  respectueusement 
accueilli,  en  frappant  la  terre  de  leur  front.  La ,  le  singe  est 


ETUDE  SUR  LE  SY-YEOU-TCHIN-TSUEN.  367 

tranquillement  assis  ;  on  allume  le  feu  pour  brûler  des  par- 
fums, et  voici  les  trois  victimes  (le  bœuf,  le  mouton  et  le 
porc)  que  Ly-hou  lui  offre  respectueusement  en  tribut.  Les 
vœux  que  font  les  mortels  lui  sont  présentés  par  Tchang- 
long;  les  pétitions  écrites  par  ceux  qui  demandent  un  fils 
lui  sont  remises  par  Tchao-kia;  les  bonnes  résolutions  des 
malades  implorant  la  santé,  c'est  Tsien-ping  qui  les  lui  fait 
passer  \ 

Or  voici  que  quelqu'un  vient  dire  :  «  Le  Seigneur  arrive.  » 
Les  génies  gardiens  du  lieu  regardent,  et  sont  tous  frappés 
de  terreur.  Tchin-kun  leur  demande  si  le  Grand  Saint  établi 
par  le  ciel  n'est  pas  là.  Tous  répondent  qu'il  n'y  a  pas  de 
Grand  Saint  dans  le  temple;  qu'il  n'y  a  personne  que  Tchin- 
kun  lui-même ,  au  milieu  des  parfums  et  des  lampes.  Tchin- 
kun  ouvre  brusquement  la  porte.  Dès  qu'il  l'a  vu,  le  singe 
lui  dit,  après  avoir  repris  sa  forme  naturelle:  «Ça  ne  vaut 
pas  la  peine  de  crier;  ce  temple  sera  désormais  rendu  célèbre 
par  mon  nom  \  »  Tchin-kun  a  saisi  sa  pique  surnaturelle  à 
double  tranchant  et  à  trois  pointes,  qui  se  nomme  coupe- 
visage;  mais  le  roi  des  singes  esquive  ses  coups,  et,  prenant 
la  petite  aiguille  à  broder  cachée  dans  son  oreille ,  il  cherche 
à  se  dérober  à  un  si  pressant  danger.  Il  fuit  ;  mais  de  toutes 
parts  des  ennemis  le  pressent  et  l'assiègent.  Une  fois  hors  de 
la  pagode,  au  milieu  des  brouillards,  au  milieu  des  nuées, 
tantôt  fuyant,  tantôt  combattant,  il  cherche  à  regagner  le 
mont  Hoa-ko.  Cependant  les  troupes  des  quatre  grands  rois 
du  ciel  veillent  attentivement  à  ce  qu'il  ne  puisse  échapper. 

1  II  y  a  plusieurs  difficultés  dans  ce  passage,  non  quant  au  sens 
des  phrases,  mais  en  ce  qui  touche  aux  noms  propres,  que  je  crois 
être  des  noms  de  génies  composant  la  cour  de  Tchin-kun ,  dont  le 
singe  a  usurpé  un  instant  la  place. 

2  La  note  du  texte  dit:  a  Ce  temple  n'est  pas  celui  de  la  Tête  du 
singe,  mais  il  exprime  la  même  idée.»  Cette  courte  observation  de 
l'éditeur  chinois  ferait  supposer  qu'il  y  a  un  temple  nommé  Sun- 
miao,  qui  rappelle  la  transformation  du  singe  Sun-ou-kong. 


368  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

Le  grand  général  Khang-tchsng  et  le*  autres  sont  unanimes 
à  redoubler  d'effort»  pour  l'arrêter,  en  le  serrant  de  prèa  '. 

Cependant,  le  roi  des  Esprit*  aux  grand*  glaives  a  donné 
ordre  aux  jeunes  frères  de  Tchin-kun  d'amener  des  troupes 
pour  s'emparer  des  démons  rebelles ,  après  quoi  il  s'élève 
dans  les  régions  supérieures;  3  roulait  se  présenter  au  Sei- 
gneur suprême.  Le  Seigneur  suprême  était  dans  le  palais  de 
la  région  des  âmes,  avec  Avaloàitécvara,  la  Mère  dn  ciel, 
et  la  foule  des  immortels,  S  entretenant  arec  sa  cour  de  la 
guerre  des  dieux  arec  le  singe,  il  exprimait  son  étonnement 
de  ce  que  Tchin-kun .  parti  depuis  toute  une  journée,  n'eût 
point  encore  donné  de  ses  nouvelles.  «Que  Votre  Majesté 
permette  au  bonté,  dit  Avalokitcévara  en  parlant  <l<-  lui 
même,  que  Votre  Majesté  permette  è  l'humble  home  d'ail. t. 
en  compagnie  de  Lao-tseu.  hors  des  porta  méridionales  du 
ciel,  pour  apprendre  la  vérité  sur  ce  qui  se  passe.  —  Vos 
paroles  sont  justes.  •  répliqua  le  Dieu  suprême.  Les  portes 
méridionales  dn  ciel  sont  ouvertes  ;  Avslokitécvara  s'i 
regarde  et  voit  partout  sur  la  terre  les  poisaa.no 
•  |in  veillent  en  armes  autour  des  rebelles.  Ly-tién-wang  est 
avec  No-tclia;  ils  tiennent  è  la  main  le  miroir  céleste,  dont 
ils  projettent  la  réverbération  à  travers  l'espaee,  tandis  que 
Tchin-kun  tient  le  roi  des  singes  étroitement  bloqué  et  joue 
avec  lui  au  plus  fin. 

A  valokitéçvara  s'adressent  à  Lao-tseu ,  M  dit    «Ce  Tebnv 
kun.  que  j'ai  envoyé  contre  le  singe,  a  bien  de  la  peint. 

1  Uns  glose  de  l'édition  in-8*  dit  à  es  propos  :  •  A  la  vue  de  ses 
sujets  les  fées  et  les  stages,  qui  commençaient  à  perdre  contenance, 
le  Grand  Saint  sentit  son  eorar  se  troubler ... .  Dans  tontes  ses  trans- 
formations, ii  n'a  fait  que  descendre  do  quadrupède  au  volatile,  au 
poisson,  et  enfin  au  reptile.  Ne  sachant  plus  quelle  forme  prei 
après  celles-là.  il  ve  métamorphose  en  pagode;  il  a  cache  sa  I 
nuis  sa  queue  le  trahit-  Oh!  que  esta  est  pitoyable!  Le  voilà  donc 
réduit  à  se  changer  en  son  propre  adversaire.  C'est  se  quitter  soi- 
naeme  pour  entrer  dans  un  autre,  sortir  d'un  plu»  grand  pour  se 
réfugier  dans  on  plus  petit. 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHlN-TSUEN.  360 

Certes  il  est  doué  d'un  esprit  pénétrant,  et  il  serre  déjà  de 
bien  près  le  rebelle.  Cependant  il  n'a  pu  encore  le  faire  pri- 
sonnier; si  je  lui  prêtais  un  peu  d'aide  maintenant,  sans  nul 
doute ,  il  le  tiendrait  bientôt.  —  Eh  bien  !  aidez-le ,  répliqua 
Lao-lseu.  —  Avec  ce  vase  de  porcelaine,  dans  lequel  trempe 
une  branche  de  saule1,  je  frapperai  la  tète  du  singe,  reprit 
le  Bodhisattva  ;  non  pas  de  manière  à  ce  qu'il  en  perde  la 
vie,  mais  de  sorte  qu'il  tombe;  ainsi  je  mettrai  le  petit  saint 
Tchin-kun  à  même  de  le  saisir.  —  Ce  vase  est  de  porcelaine  , 
dit  Lao-tseu  ;  s'il  atteint  la  tête  du  singe ,  tout  sera  au  mieux  ; 
mais  si ,  au  lieu  de  frapper  la  tête  du  rebelle ,  il  rencontre 
sa  lance  magique,  certainement  il  ne  la  brisera  pas,  et  l'en- 
nemi ne  sera  pas  pris.  Laissez-moi  plutôt  entrer  en  lice.  — 
Et  quelle  arme  avez-vous  ?  —  Des  armes  ?  répliqua  Lao-tseu  ; 
j'en  ai,  j'en  ai,  j'en  ai!  » 

Relevant  sa  manche,  il  tira,  du  haut  de  son  bras  gauche, 
un  anneau,  et  dit:  «  Cette  arme  est  d'acier  fondu;  j'y  ai 
adapté  tout  alentour  de  petites  incrustations  de  la  pierre  phi- 
iosophale  pour  compléter  sa  puissance  divine.  Elle  a  la  fa- 
culté de  se  transformer  ;  l'eau  ni  le  feu  ne  peuvent  l'entamer, 
et  elle  a  le  pouvoir  de  tout  envelopper  dans  sa  circonférence. 
On  la  nomme  Y  acier  taillé,  ou  bien  encore  Y  acier  qui  enveloppe*. 

1  L'un  des  deux  textes  dit,  «  La  branche  de  saule  du  vase  de  por- 
celaine ;  »  l'autre  dit  :  «  Le. vase  de  porcelaine  à  la  branche  de  saule.  » 
J'ai  adopté  cette  dernière  interprétation,  parce  que,  dans  l'édition 
de  la  Ribliothèque  impériale,  il  y  a  une  gravure  (dont  j'ai  fait  autre- 
fois le  décalque)  qui  représente  Kouan-jn,  suivie  d'une  servante,  qui 
tient  à  la  maiu  un  vase  allongé ,  d'où  l'on  voit  sortir  une  petite  bran- 
che fine  et  flexible.  Devant  la  déesse  marche  le  disciple  Hoeï-ngan; 
il  porte  à  la  main  une  bannière,  et  à  sa  ceinture  est  attaché  un  ci- 
meterre. 

5  «  Si  l'on  raisonne  d'après  les  notion^  reçues ,  il  est  évident  que 
le  feu  peut  entamer  le  métal,  tandis  que  le  métal  ne  peut  triompher 
du  feu.  Le  métal  dent  il  est  ici  question  n'est  donc  point  de  la 
même  nature  que  l'acier  fondu  ordinaire.  En  incrustant  des  points 
de  la  pierre  philosophale  sur  sa  circonférence,  Lao-tseu  l'avait  rendu 
x.  25 


J70  OCTOI  »\  I.MBRE  1857. 

Traverser  le  passage  de  la  vallée  Han l.  et  changer  aa  longue 
existence  pour  arriver  à  l'étal  <Vun  Bodhisattva;  voilà  ee  <| 
lui  faut  obtenir,  et  ce  à  quoi  il  ne  peut  arriver.  Ceat  donc  à 
.le  l'aller  frapper  pour  qu'il  lorol> 

En  achevant  ce»  paroles,  il  ae  précipite  des  portes  du  bel , 
comme  une  nuée,  sur  la  tête  du  roi  de»  singea.  Celui  •  i 

i  occupé  à  combattre  contre  Tcbin-kun  et  ses  six  frères. 
revoyait  point  la  chute  de  cette  arme,  qui  le  mena 
l)u  milieu  des  esprit»  célestes,  parmi  lesquels  il  vieil  de 
monter,  il  perdit  pied  et  chancela ,  Il  essayait  de  se  relever 
en  s  aidant  de  ses  pattes,  lorsque  l'en  des  chiens  de  Tcbin- 
kun ,  qui  le  suivait  de  prés  dans  se  fuite,  lui  donna  un  coup 
de  dents  eu  mollet ,  et  le  ht  tomber  en  le  tirsnt  à  lui.  Étendu 
.  'in.',  h  miii:»'  »-•  mil  i  injuri.r  »;•»  a.itrrsairr»  .  Mi», 
râbles!  vous  n'êtes  pes  de  force  s  m'arréter .  il  y  a  longtemps 
que  vous  cherchée  à  mordre  le  vieux  singe  !  • 

11  se  retourne  et  fait  un  effort  pour  se  relever  ;  mess  Tchin- 
Luii  et  ses  sis  frères  se  précipitent  sur  lui.  Avec  des  cordée, 
ib  le  lient  solidement;  au  moyen  de  couteaux  à  pointes  re- 
cossrhéea ,  Us  percent  ses  ee  décharnés  ',  pour  rempéeher  de 


pareil  a  cette  pierre  misas.  Était-il  difakde,  avec  «as  telle  i 
décomprimer  et  d  abattre  les  cours  rebelles  et  téméraire*  >  # 
de  l 'édition  m-«\) 

'38  S  Wî   rt  $  *m.kmkmm.+mÏMm* 

»age,  la  ports  de  la  vallée  //**  •  Comme  cette  vallée  »'< 
l'ouest  (voir  le  Dictionnaire  de  Khan.  un  traduire:  faire  un 

voyage  A  l'ouest,  dans  le»  pays  bouddhiques.  f/ott-Aoa  •rlianc- 
longne  existence  • ,  ou  mieui  •  corriger,  rectifier  «a  vie .  prendr* 
antre  manière  de  vivre,  qui  permette  (au  siège)  de  mériter  l'état  de 
Bouddha  et  d'y  atteindre,  t 

'  1E   r"  'M*    littéralement  :  •  ses  os  de  pipa,  se»  os  pareil» 
an  luth.  *  Le  Dictionnaire  de  Khang-hy  dit  que  cette  ssyrsaaiaii  si- 
gnifie :  •  L'apparence  d'un  poisson  qui  n'a  plus  d'écaillés,  qu« 
a  gratté.  •  La  glose  dit,  i  propos  de  ce  dénoument  :  •  Le  petit  saint 
a  pu  triompher  du  grand  saint  ;  c'est  là  une  parole  qui  renferme 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  371 

leur  échapper  par  une  nouvelle  transformation.  Après  avoir 
ramené  à  lui  le  disque,  Tchin-kun  alla  présenter  ses  devoirs 
au  Maître  suprême,  avec  Kouan-yn  et  la  Dêvi,  et  tous  les 
immortels;  il  retourna  au  palais  des  nuées  divines.  D'autre 
part  et  dans  la  région  inférieure,  les  quatre  grands  rois, 
ainsi  que  Ly-tien-wang  et  tous  les  génies ,  ayant  réuni  les 

une  grande  vérité.  Ce  qu'il  y  a  de  plus  grand  sur  la  terre  ne  triomphe 
pas  du  plus  grand.  Le  plus  petit  vient  à  bout  du  plus  grand ,  comme 

le  rat  de  l'éléphant,  le  porc  du  tigre,  le  moucheron  du  serpent 

Les  choses  excessives  sont  sujettes  à  des  revers  ;  il  faut  abandonner 
ce  qui  est  trop  haut  et  implorer  les  petits.  Avalokitèçvara  fait  sur- 
gir Tchin-kun,  et  le  roi  des  singes  va  être  fait  prisonnier.  Ce  n'était 
pas  que  Tchin-kun  eût  la  puissance  de  prendre  le  roi  des  singes  ; 
mais  le  petit  saint  pouvait  triompher  du  grand  saint;  et  si,  après 
l'avoir  fait  prisonnier,  à  la  fin  il  était  incapable  de  le  retenir,  c'est 
que  la  différence  de  force  entre  les  deux  adversaires  continuait 
d'exister  réellement.  Dans  les  choses  du  monde,  pouvoir  les  grandes 
choses  et  non  les  petites,  comme  réussir  dans  les  petites  et  non  dans 
les  grandes,  cela  se  rencontre  communément.  Il  y  a,  dans  tous  les 
degrés,  des  obstacles,  des  empêchements  qui  arrêtent;  mais  celui 
qui  peut  les  petites  et  les  grandes  choses,  celui-là  a  le  pouvoir  de 
faire  qu'il  n'y  ait  ni  petites,  ni  grandes  choses.  Celui  que  l'on  ap- 
pelle un  brin  d'herbe,  capable  de  transformer  les  six  métaux;  celui 
qui,  avec  un  poil  de  son  corps,  a  manifesté  les  mers,  les  cavernes, 
le  ciel  et  la  terre,  celui-là,  ce  n'est  point  un  esprit  pénétrant  comme 
les  autres;  non,  c'est  le  Tathâgata  Bouddha  vénérable  [Ju-lay-jo- 
tsou):  voilà  pourquoi,  si  le  singe  a  été  soumis  par  le  petit  saint,  il 
fallait  que  Bouddha  intervînt  pour  l'arrêter.  »  Une  autre  glose,  après 
avoir  fait  remarquer  que  les  génies  à  tête  d'herbe  sont  de  la  même 
nature  que  le  singe,  ajoute  cette  réflexion  :  «Les  médecins  disent  : 
Attaquez  la  maladie  avec  la  maladie!  Les  militaires  disent:  Attaquez 
des  brigands  avec  des  brigands  !  Il  fallait  donc  que  ces  rebelles  du 
mont  Hoa-ko,  pour  être  soumis,  fussent  attaqués  par  les  génies  à 
tête  d'herbe.»  Le  fond  de  l'idée  semble  être  que  l'homme  dont  l'es- 
prit s'élève  si  haut  et  qui  défie  le  ciel  peut  être  vaincu  par  les  pas- 
sions, par  les  désirs  qui  appartiennent  à  sa  nature.  Ces  génies  à  tète 
d'herbe  sont  comme  une  image  des  mille  petites  misères  qui  trou- 
blent l'homme  et  le  font  tomber  ! 

25. 


372  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

troupes  céleste* ,  les  firent  rentrer  au  camp.  Là  furent  célé- 
brées les  louanges  du  petit  in  kuu,  à  qui  on 
buait  le  mérite  de  la  victoire.  •  C'est  à  la  laveur  du  ciel  véné- 
rable qu'on  doit  le  succès,  répliqua  Tchin-kun,  tous  les 
génies  ont  fait  leur  devoir;  quel  mérite  particulier  ai-je  pu 
acquérir?  —  Frère  aine,  reprirent  Kang-tchang  et  Yao-ly.  si 
vous  envoyiex  vers  les  régions  supérieures  on  exprés,  an- 
cer  au  Maître  suprême  le  succès  de  l'entreprise?  —  l 
que  le  Dieu  souverain  n'a  pas  fait  connaître  sa  volonté,  vous 
ne  pouvez  paraître  en  sa  présence,  répondit  Tchin-kun 
je  vais  d'abord  monter  vers  lui  avec  les  quatre  grand*  roi  • 

Dans  tout  ce  récit   <jwi  ne  manque  ni  <! 
ment,  ni  de  fantaisie,  il  s.igit  maintenant  d» 
un  peu  d'ordre,  si  cela  est  possible,  l.t  d'abord,  au 
Cad .  nous  voyons  siéger  une  triade  que  les  gravi; 
(de  I  •  (iition  de  la  bibliothèque  de  l'Arsenal)  rc| 
sentent  ainsi  :  au  milieu  .  un  personnage  plus  grand 
que  les  deux  autres ,  coiffé  et  vêtu  a  la  façon  d'un  en 
pereur,  avec  une  barbe:  c'est  ÏÂdinûti •■> .  La  )  u-ty,  ou 
Empereur  de  Jade.  À  la  droite  du  souverain  seign- 
se  montre  un  vieillard,  qu'à  sa  I 
tête  chauve  on  reconnaît  pour  Lao-tscu;  à  la  gau<  I.- 
du  roi  descieux,  parait  kouan  >  n    coiffée  à  la  ma- 
nière des  dames  chinoises,  tenant  en  main  mi  i 

t.  derrière  la  déesse  •  bel  aux  Bouddhistes 
du  céleste  empire,  on  distingue  I-  \  >  •  .1  poi 
laine  à  branche  de  saule.  Ces  trois  divinités  ont  II 
nimbe  autour  de  la  tête;  la  parti*  inférieure  de  lui 
corps  demeure  cachée  dans  les  nuages.  Au-dessous 
delà  triade  ainsi  figurée ,  viennent  les  quatre  rois  des 
cieux,  les  Tchatounnahârâdjas ,  qui  commandent  les 


ÉTUDE  SUR  LE  SY-YÉOU-TCHIN-TSUEN.  373 

divers  ordres  d'esprits  célestes.  Ceux-ci  ne  sont  point 
en  rapport  direct  avec  le  Maître  suprême  ;  ils  ne 
communiquent  avec  lui  que  par  l'intermédiaire  des 
quatre  grands  rois.  La  terre  aussi  a  ses  esprits  infé- 
rieurs, ses  démons  (Rouan)1,  ses  esprits-fées  (Fao)2; 
mais  l'homme  (représenté  ici  par  le  singe)  l'emporte 
sur  ces  êtres  doués  d'une  énergie  et  d'une  puissance 
assez  grandes  cependant ,  puisqu'ils  font  la  guerre  aux 
génies  du  ciel.  Une  glose  dit  même  à  ce  sujet  :  «Les 
esprits  de  la  terre  craignent  de  nuire  aux  hommes; 
pourquoi  les  hommes  du  siècle  ont-ils  donc  peur  des 
esprits?»  Nous  avons  vu,  en  effet,  le  roi  des  singes 
subjuguer  assez  facilement  tous  les  génies  de  la  terre , 
ou,  si  l'on  veut,  ranger  sous  sa  domination  tous  les 
animaux  de  la  création,  même  les  animaux  fabuleux. 
Lorsqu'il  était  à  l'école  du  Bodhisattva  Soubhoûti, 
qu'a-t-il  voulu  apprendre  ?  Les  transformations ,  l'art 
de  se  transporter  librement  là  où  bon  lui  semblait, 
sous  toutes  sortes  de  formes.  Il  a  acquis  la  puissance, 
mais  non  la  sagesse;  il  a  étendu  le  champ  de  ses  dé- 
sirs et  de  son  ambition ,  au  lieu  d'apprendre  à  domp- 
ter ses  instincts  impétueux.  Il  a  dérobé ,  lui  aussi , 
le  fruit  de  l'arbre  de  la  science;  il  a  voulu  devenir 
l'égal  des  dieux  immortels,  et,  pour  y  parvenir,  il 
a  dérobé  les  pêches  d'or,  le  breuvage  mystérieux ,  la 
pierre  philosophale.  Gomme  Prométhée,  petits-fils 
du  Ciel  et  fils  de  la  Terre ,  il  a  épouvanté  les  habi- 


m- 


374  OCTOBRE-NOVEMBRE  18i7 

tant»  des  régions  supérieures  par  sa  pui>  lui 

Ixilente  activité.  Vaincu,  après  uni'  lut!     <•  huilée, 
il  t«  ant  entre  les  mains  d-    dieux]  mais  cette 

défaite  n'aura  pas  pour  résultat  de  ie  fàûttnchaim  i 
mu  un  roc  pour  livrer  son  foie  aux  vautours;  il  \ 
aura  une  réhabilit.ition  de  cette  créature  désord  n 
née ,  inquiète .  toujours  prête  a  bouleverser  la  na- 
ture. Comment  s'opérera  cette  réhabilitation,  n 
I  -  tudirrons  dans  un  prochain  article.  Pour  cette  i 
nous  laisserons  notre  héros    !••  quadrumane,  s'en 
aller,  comme  un  malfaiteur,  entre  quatre  esprits  Mn 
grands  glaives,  dans  sa  noire  pri m  n    qui  >•    noinrue 
la  To»r  du  démon  déco; 


I IU DES 
SUK    L*    61  WIMUKK   VÉDIQUE. 


viK  uXHYA  W    RIG  M  DA 
iiAprriuts  x  rr  m 

liapilres  X  et  XI  traitent  du  Krumapûtha,  ou  «Lee 
tare  par  redoublt-rueut  • ,  c'est-à-dire  de  la  méthode  de  lec- 
ture qui  coupe  les  stances  par  membres  de  deux  mots .  repre- 
nant toujours  le  second  mot  du  membre  pour  en  former  an 
membre  nouveau  avec  le  mot  suivant.  Cette  méthode  est  un • 
combinaison  du  uunktlApâtha  et  du  padapétha.  Elle  offre  toutes 
les  permutations  euphoniques,  toutes  les  particularités  d'ac- 
centuation et  de  quanti'  uomalie»  «!<•  la  tamhit,) 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.         375 

puis  elle  ramène  toutes  les  formes ,  comme  fait  le  pada,  à  leur 
état  primitif  et  normal ,  soit  dans  le  premier  énoncé,  soit  dans 
le  second,  soit  encore,  fort  souvent,  au  moyen  d'un  bahu- 
krama,  ou  membre  de  plus  de  deux  mots,  suivi  d'un  pari- 
yraha,  c'est-à-dire  d'une  double  reprise  avec  iti  intercalé. 

Le  chapitre  X  expose  la  théorie  et  les  règles  essentielles  de 
cette  méthode  de  lecture.  Uvata,  en  divers  endroits,  l'appelle, 
par  excellence ,  le  Kramaçâstra.  Le  chapitre  XI  peut  être  con- 
sidéré comme  un  supplément  et  une  espèce  de  commentaire 
du  chapitre  X  :  il  donne  la  raison  des  règles  qui  y  sont  ensei- 
gnées, y  ajoute  des  préceptes  accessoires,  des  observations 
critiques  et  montre  les  divergences  des  écoles,  les  opinions 
diverses  des  maîtres  ;  puis ,  après  avoir  recommandé  de  suivre 
l'ancienne  méthode ,  les  procédés  primitifs  enseignés  par  Pan- 
câla,  fds  de  Babhru,  il  présente  les  objections  qu'on  fait  au 
sujet  du  Kramapâtha  en  général,  les  réfute  et  loue  les  avan- 
tages de  ce  système  de  récitation,  très-efficace  pour  la  con- 
servation du  texte  sacré  dans  toute  sa  pureté,  et  très-propre 
à  appeler  l'attention,  par  un  rapprochement  immédiat,  sur 
tous  les  faits  remarquables  de  phonétique,  de  quantité,  d'ac- 
centuation. Aux  yeux  du  scoliaste,  l'objet  de  ce  second  cha- 
pitre est  si  évidemment  de  donner  les  raisons  des  préceptes, 
que,  partout  où  les  sûlras  omettent  de  le  faire,  il  a  soin  de 
combler  la  lacune  et  d'indiquer  lui-même  ces  raisons  dans 
son  commentaire.  De  la  nature  même  du  chapitre  XI ,  on  peut 
conclure,  avec  assez  de  vraisemblance ,  qu'il  est  moins  ancien 
que  celui  qui  le  précède;  mais  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  par- 
ler de  la  composition  du  Prâtiçâkhya,  et  d'exposer  les  con- 
jectures qu'on  peut  faire  sur  l'âge  relatif  de  ses  diverses  par- 
ties. Il  serait  à  désirer  que  chacune  des  parties  du  Prâtiçâkhya 
fût  suivie  d'un  travail  d'explication,  de  contrôle,  de  critique  , 
semblable  à  celui  que  nous  trouvons  dans  le  chapitre  XI ,  pour 
le  sujet  traité  dans  le  chapitre  X.  Ce  seraient  de  précieux  ma- 
tériaux pour  l'histoire  des  origines  de  la  grammaire,  des  in- 
dications, partielles  sans  doute  et  bien  incomplètes,  mais 
malgré  cela,  d'un  grand  intérêt,  sur  la  conciliation  qui  s'est 


376  OCTOl  Uil     NOVEMBRE   1857. 

laite  entre  les  diverses  théories,  les  diverses  pratiques  des 

écoles. 

M.  Hoth  est  le  premier  qui  nous  ait  donné  sommairement , 
il  v  a  une  diiaine  d'années, des  notions  générales .  mais  nettes 
et  exactes,  sur  le  Kmmapàfka,  dans  ses  dissertations  si  sou- 
vent citées, Zur Ldterutur umd Gtickickle dt*  VI Wa.  En  i854. 
M.  le  D*  Pertsch  a  publié  le  texte  et  la  traduction  d'un  petit 
traité  spécial ,  intitulé  L'pmlekhu,  qui  expose ,  comme  notre  cha- 
pitre X ,  celte  méthode  de  lecture  védique.  A  sa  traduction 
il  a  joint  un  commentaire  qni  lait  honneur  a  sa  prudente  sa- 
gacité, non  moins  qu'à  son  érudition,  et  dans  son  introduc- 
tion il  donne,  sans  le  traduire,  le  texte  de  nos  deux  chapitres, 
d'après  les  manuscrits  de  Berlin.  Je  relèverai  les  variantes 
que  ce  texte  nous  offre  :  elles  sont  asses  nombreuses  dans  le 
chapitre  XI.  M.  Pertsch  lait  remarquer  avec  raison  que  ce 
chapitre  est  difficile,  en  maint  endroit .  tant  pour  le  fond  que 
pour  la  forme,  et  il  parait  que  le  manuscrit  394  de  la  col- 
lection Chambers,  qui  renferme  le  commentaire,  est  trop 
incertain  et  trop  fautif,  dans  cette  partie,  pour  pouvoir  aider 
beaucoup  à  l'intelligence  des  sùtras. 

C'est  à  cause  des  difficultés  du  sujet  et  de  la  langue,  que  je 
suis  revenu  pour  ces  chapitres  à  la  méthode  d'interprétation 
et  d'anooUtion  que  j'avais  suivie  pour  toute  la  première 
lecture.  J'ai  cité,  à  peu  près  en  entier,  les  senties  dl  va|a, 
et  je  les  ai  traduites  partout  où  il  était  unie  de  le  faire.  Le 
sens  une  fois  bien  arrêté,  il  sera  facile  de  disposer  les  règles 
dans  un  ordre  plus  conforme  è  nos  habitudes  européennes. 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         377 

CHAPITRE  X  (lecture  II,  chap.  iv ). 

(texte,  traduction  et  commentaire.) 

Kramapâtha.  —  Règle  générale  du  hrama.  —  Mots  à  sauter,  don- 
nant Heu  à  des  membres  de  plus  de  deux  mots.  —  Où  l'on  doit 
faire  le  sandhi  et  où  on  doit  le  rompre.  —  Mots  sujets  au  pari- 
yraha.  —  Règles  du  parigraha.  —  Réunion  en  un  seul  membre 
des  samayas,  ou  assemblages  de  mots  déjà  connus. 

$ïït  fN^HNdH:  ^lM^«Ml44l:  Il  3  H 
PRiPfl^  ^  ^TH  ÇrFT  I 
*jdï<3dl^(=iHi(d  ydlf^dlfH  ^  Il  &  II 

?T  $ I  <M  kH^l^yyiHr^HHI-^  Il  M  II 

^r  sffër  ireTtt  ^  faadi<fl  grnft;  ^  n  £11 

^rT:trj  =^  %qt  ^1^1(1  sH^4<=hlf\d:  I 
^rîT#r  Ufoj^li^H^ldlfH  ^  Il  9  II 


378  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

TX&fà  ^f  îTT^Tt  nTTnfT  SH-JHMH4  I 

tWfoqH  flfachfiif  5&ri  «JTTJ  frerrî  i 
HfH^cîm(V«Jri  RTR  2T^m  SH^  FTf^T  II  C  II 
*J^W"îï  OTTT  ^T^J  :  WllrU^Ï* .  | 
îî^Tt^  HMIHiW  MH^H  jrôT  II  *>  Il 
ifH^ij  h^ttt  ir¥:  W.  mij,Hf«frl  I 

<y»M^llr«Mqi^iV«lrH4yi:  ^t?  I 
TT77T  ^  TîT«n  *T  UM4ÙI4rf|ril  ^T  II  V-  Il 
H=fc|jMj|LH9^4  UHlUIflfH  m?T:  I 

uwmui  uij-iiw  toot  *r.  TTfnr^  n  r:  i 

ftfaHl^tH'H'l  î^TO  £*TT^:  MNrH^  ^  Il  V4  II 


IMDI  (   !!<>> 


1.  [Règles  du]  krama.  —  Ayant  commencé  pal 
deux  mots,  qu'il  reprenne  le  second,  le  joign> 

mot  suivant,  et  qu'il  compose  ainsi  la  dnni  statu  * 

2.  Un  mot  (Iiiih  s.  ul»   lettre,  autre  que  [la  parti 
rule]  o;  su  et  sma  al terc*  j  n'est  à-dire  avec  sk  pour  s], 
suivis  de  nnh .  un  mot  coupe  par  un  autre  mot 

ce  mot  qui  le  coup' 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         379 

3.  lm,  ayant  la  fin  tronquée  [c'est-à-dire  devenu  i]; 
les  mots  qui  ont  l'initiale  allongée;  skambhanena , 
tronqué  [c'est-à-dire  devenu  kambhanena];  le  pre- 
mier terme  des  deux  mots  doubles  ito  shimcata  et 
âvar  tamah; 

4.  Les  deux  mots  svasâram  askrita;  le  second  des 
deux  mots  vîrâsa  etana  :  c'est  en  sautant  ces  [mots 
dont  l'énumération  précède ,  que]  l'on  coupe  [  comme 
il  est  dit  au  premier  çloka];  —  et  [en  passant  les 
mots]  qui  suivent  ceux  dont  l'initiale  est  allongée 
( voy.  chap.  II ,  43  )  *.  — 

5.  Que  [le  lecteur  du  kramapâtha]  ne  prononce 
pas ,  à  la  reprise  ni  à  la  clôture  [du  membre] ,  la  forme 
produite  par  le  mot  antécédent  ou  par  le  mot  sui- 
vant [c'est-à-dire,  qu'il  ne  conserve  pas,  pour  le  mot 
repris  entête  d'un  membre,  les  modifications  dues  au 
mot  précédent ,  ni ,  pour  le  mot  qui  clôt  le  membre , 
les  modifications  occasionnées  par  le  mot  suivant]. 
—  Que,  pour  tout  le  reste ,  il  se  conforme  aux  règles 
de  la  samhitâ.  — 

6.  Sautant  les  [mots]  sujets  à  Yavagraha  [c'est-à- 
dire  que  le  pada  coupe  en  deux],  ceux  qui  sont  ac- 
compagnés d'iti,  les  thèmes  dhaksh  dhuksh  quand 
leur  initiale  est  modifiée,  et  les  mots  dont  la  voyelle 
initiale  est  allongée, 

7.  Et  ceux  dans  l'intérieur  desquels  il  y  a  un  chan- 
gement qui  n'est  pas  produit  par  une  influence  ex- 

1  Selon  une  autre  interprétation,  donnée  également  par  le  sco- 
liaste  :  «ou  [en  passant  les  mots]  de  l'espèce  de  ceux  dont  l'initiale 
est  allongée»,  c'est-à-dire  les  mots  dont  l'altération  est  initiale. 


380  OCTOBRE- NOVEMBRE  1857. 

térieure,  quil  lasse,  pour  toutes  ces  [formes-là].  1. 
pariyraha  [oost-i  dire  qu'il  les  répète  deux  fois  «ver 
iti  intercale];  —  [  qu 'il  fasse]  de  même  (pour  les 
mots]  placés  entre  plusieurs  autres  mots;  — 

8.  Et  [pour]  le  dernier  de  l'hémistiche;  —  mais 
non  [pour] la  particule  à ,  non  nasalisée, et  m  t  nm 
nant  p«  I  hémistiche. —  La  reprenant.  qu'il  la  | 
nonce  de  nouveau  avec  le  mot  suivant. 

9.  [Le  mot]  accompagné  dïfi  [se  nomme] apaitkitê 
[c'est-à-dire  «suivi,  »  ou  «placé  auprès»];  —  le  nx.t 
seul  [c'est-à-dire  non  sui\i  di/i,  se  nomme]  sthitn 
[placé].  —  Quand  on  les  dit  tous  deux  combinés 
[a  savoir  Yapasthita  et  le  sthita],  le  nom  est  stkito- 


1 0.  Si .  dans  le  premier  [  membre  du  krama  j ,  la 
li  ttre  [finale  dn  premier  mot]  n'est  point  visible 
[par  un  eH<  i  du  sandhi],  que  le  pangraha  [la] 
montre  [sous  sa  forme  primitive].  Cela  est  désiré 
[c'est-à-dire  ce  n'est  point  une  règle  obligatoire].  — 
Que,  dans  la  répétition  [après  iti],  foi 
composés.  — 

I  I .  Pour  les  mots  précédés  d'<//.  le  sandhi 
iti  est  désiré]  par  les  anciens  maîtres.  Que  sva(- 
soit  pas  lié.  Qu'on  le  prononce  à  la  manière  de  l'oea- 
ijraha. — Qu'il  n'v  ait  pas  de  tandhi  entre  les  deux 
hémistiches.  — 

12,  Qu'on  lie  complètement  ensemble,  dam  le 
krama.  les  samayas  [ou  assemblages  de  mots  déjà 
vus  précédemment],  par  la  raison  que  leur  fcr 
eet connu;  el  qu'on  termine  par  un  mot  [du  samaya) 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  381 
le  membre  qui  précède,  et  [le  membre  que  le  5a- 
maya  commence]  par  les  deux  mots  [suivants].  — 

13.  Que  le  n  changé  en  ûshma,  l'allongement, 
Yupâcarita,  l'altération  [en  cérébrale],  la  contraction 
d'un  pragrihya,  soient  [ramenés]  à  leur  état  naturel 
et  primitif,  dans  le  parigraha  [avant  et  après  iti].  — 

1 4.  L'insertion  [nommée]  çauddhâksharasandhi  dis- 
paraît [dans  le  parigraha].  —  Les  trois  sandhis  sui- 
vants reviennent  à  leur  état  naturel  :  î  °  les  riphitas , 
où  le  r  remplace  un  ûshma  devant  une  sourde;  2°  le 
changement  [de  duh]  en  du;  et  3°  svadhitîva. 

NOTES. 
I.  Sûtra  i.  sfîïT:.  •  •  —  C'est  le  titre  du  chapitre  :  SFT 

I.  Sûtra  2.  ^JJ^n" ...  —  Commentaire  :  STKTT  crçTWrpTJTr- 
^iï{Tl[  MViï<jy<WTTH  •  ^T  «WÊMIisré  HMNilrTj    Exemple  :  TsT- 

^rnr  ît  i  ît  niun  i  mûri    fçpc.  i  f^on^siiù  i  j^ft    *uod^i'  i 

4)ôb^6J  j#r  Ulae^i'  [Rig-Véda,  VII ,  on ,  i  ).  C'est  toute  la  pre- 
mière demi-stance.  Nous  verrons  plus  loin  (sûtra  9)  la  règle 
en  vertu  de  laquelle  le  dernier  mol  de  Yardharca  se  répète 
avec  iti  intercalé. 

II-IV.  Sûtra  3.  ^cftcf  uj  .  .  .  —  On  passe,  dans  le  krama, 
les  mots  énumérés  dans  ce  sûtra,  d'où  il  résulte  que,  là  où 
ils  se  rencontrent,  il  se  fait  des  coupes  ou  divisions  formées 
de  plus  de  deux  mots.  Exemples  : 

1  °  Mots  d'une   seule  lettre  :  Wi  ïfë^  1  IT<£f  T  oiYiiU*  1  (  Rig- 


1S2  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857 

Védm,  IX,  lxy,  39)  :  on  ne  répète  pas  U  particule  m.  «pu 
sait  xt^,  et  ainsi  la  seconde  eoope  est  formée  de  trois  noie. 
On  réunit  de  même  le*  trois  mois  3tf?T.  pour  3^  3  ?m  (  \  1 1 
1  \in.  a),  et  3£  ar.  dont  le  kramo,  en  y  joignant  le  mot  mu 
vant  de  l'hymne,  s'écrira,  en  vertu  de  règles  que  nous  v.  r 
rons  plus  loin,  de  la  manière  que  voici  :  3J  M  1  4  çp£i  ?* 

JllWlUtS  1  (I,  t.  1). 

Vf  fait  exception  :  ainsi  pour  wyifr  (I.  ttiu,  11),  on  >mt 
les  règles  ordinaires  dn  aynata. 

Après  avoir  donné  cm  trois  exemples.  Uvata  ajoute  :  çan- 
mf  q^rt  *ifm,  •  11  n'y  a  pat  d'autre  mot  d'une  seule  lettre 
(dans  le  flio-  Veda).  .  Notre  sùtra  coosidère  \  comme  tenant 
la  place  de  ^ ,  et  composé  par  conséquent .  dans  le  principe , 
de  deux  éléments. 

a*  5a  et  ssjm  .  altérés  et  suivis  de  *ah  :  ainsi ,  en  une  seule 
coupe:  m  5  ni;  (I,  xxxviii.  6);  et  sjrrrjorf  or.  (YI.xliv,  18). 

Contre-  exemples  non  sujets  à  r  exception,  parce  >\ 
t  initial  n'est  pas  altéré,  ou  parce  que  nah  ne  suit  pas  : 
a*jjT¥ij?îfarW  (Yïit    wm,  11),  ftfc  Hft-ftuffi  fm  m  «6 

(VI.  xxiv,  18);  m  3  *ari  ar^n^T  (VU.  xxxn.  1  );  wffç 
mt  «aisuvvjniM  (111,  xxx,  â)> 

3"  Dans  les  tmèses  (voy.  II.  43).  le  mot  coupé  et  le  mot 
qui  coupe  ;  ainsi  l'on  passe  HTf  «  tfft ,  et  le  membre  est  de 
quatre  mots  pour  le  paaaage  suivant  :  rrî  -ijiwAil^sf  (IX. 
lxxxvi,  4a)-  Le  scoliaste  donne  pour  synonyme  à  VHnfh  la 
proposition  conjonctive  9V  Stnrfff ,  •  et  celui  qui  coupe  *. 

4*  f .  quand  on  supprime  la  finale  (voy.  IV.  36).  Membre 
de  trois  mots  :  9m mf  (IX,  eu,  6). 

Contre-exemple  où  la  coupe  «e  fait  régulièrement,  parce 
>|n»'f  n'a  pas  perdu  %m  nasal*    rrrrr^mt:  (VIII.  lxxxvi  ,  1 1). 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         383 

5°  Les  mots  qui  ont  l'initiale  allongée.  Membres  de  trois 

mots  (voy.  II,  4o  et  4a)  :  ifiR^ïW,  clans  le  pada:  jffrfà  i 

?jW  i  5TT  i  (I,  cxxiv,  8)  ;  S[i^ciumi<yiui  ^TsTFT,  clans  le  pada 

^p^rarït  i  srqfïïr  i  ^TsîFf  i  (X,  xxxui,  4). 

6°  Skambhanena ,  quand  le  s  initial  est  supprimé  (voy.  IV, 
7).  Membre  de  trois  mots  :  f%r^iT^FT  Ç^WRTHjX,  cxi,  5). 

Contre-exemple  où  le  s  n'est  pas  retrancbé  et  où  le  krama 
se  fait  d'après  les  règles  ordinaires  :  ^Hs^l-H^HI  ^M^F 
(VI,  xlvii,  5). 

70  Dans  les  deux  sandhis  irréguliers  :  Ito  shimcata  (V,  7), 
Avar  tamah  (IV,  i3) ,  on  passe  le  premier  mot.  De  là  encore 
des  membres  de  trois  mots  :  offrît  Rmh  >  dans  le  pada  qf^  1 
%7J:  1  fà-cjH  1  (IX,  cvii,  1);  3GTT  srtcrrfcr:,  dans  le  pada:  «loi  f^- 
cmôl:  1  rPT:  (I,  xcn,  4). 

8°  Les  deux  mots  svasâram  askrita  (IV,  38  )  :  f^Ç  «rcRii^- 

^rftyy,  dans  lepada  wuijr  i  a^irT  i  (X,  cxxvn ,  3). 

90  Le  second  des  deux  mots  vîrâsa  etana.  Lescoliaste,  qui, 
pour  les  exemples  précédents ,  ne  fait  pas  le  krama  (au  moins 
dans  mon  manuscrit),  donne  ici  la  forme  de  la  coupe  :  q^T 
cîhTU  :  i  ôft^pT  ^P"  rraîfer  :  i ,  dans  le  pada  cft^lM  :  i  ^rFT  i  (  V, 
lxi,  4)- 

IV.  Sûtra  4-  Mdll^°   •  •  —  Ce  sûlra  est  obscur,  et  le 

scoliaste  nous  apprend  qu'on  l'interprète  de  deux  manières. 
Les  uns  l'appliquent  aux  deux  premières  tmèses  citées  au 
cbapitre  II,  43 ,  à  la  suite  de  l'énumération  des  mots  qui  al- 
longent leur  initiale  dans  la  samhilà  :  yMHy-c^M  M  H(rf ,  dans 

lepada  ^T:Tfq-  i  f%rT^i  (Rig-Véda,  V,  11,  7  ) ,  et  H^loljyW 

qrsnrr,  dans  le  pada  tTjTÀti  1  5TT  1  (X,  lxiv,  3  ).  —  Ceux  qui 

expliquent  ainsi  cet  axiome  disent  que  la  règle  précédente, 


384  OCTOBRE. NOVEMBRE  1857. 

relative  aux  tmèses,  ne  t'applique  qu'à  des  cas  où  la  tméae, 
comme  dan»  l'ev  >•  plu»  haut  (^BftsTftaM^sa?), 

ne  commence  pas  l'hémistiche ,  c'est-à-dire  où  l'un  et  l'ai 
mot  doit  devenir  final .  chacun  à  «on  tour. 

Ceux   qui   rejettent    cette    interprétation   subtile    prcn 
nent  v  dans  le  sens  de  en.  et  traduisent  twfît  partrarrç 
•  espèce  >  ;  d'après  eux ,  le  sûtra  4  se  rapporterait  à  (Oftuj- 
"^  i  fifRfcu^T  i  €fyl*1  r^ra  i  «ï^rT:  *  (  voyex  plus  haut  <rjVft 

flNrT).  Utata  renvoie  à  ce  sujet  au  chapitre  XI ,  7 ,  où  il  n'est 
question  que  des  trois  premiers  de  ces  quatre  smmdhu  irré- 
guliers. —  L'un  et  l'autre  sens  est  peu  satisfaisant,  mm 
n'en  vois  pas  de  meilleur  qu'on  puisse  substituer  à  ces  deux 
..(.niions  des  interprétée  indiens. 

V.  Serai  5.  m  =n  ri*  =f>ct  . . .  —  Ce  sûtra  signilir  qu'A  y 

a  d'un  membre  à  rentre  solution  de  continuité  :  quant  à  la 
liaison  des  mots  d'un  mène  membre  entre  eux ,  on  observe 
les  lois  du  saunai,  mais  le*  lettres  initiales  et  finales  du 
membre  en  sont  affranchies.  D  résulte  de  là  que  ce  système 
de  lecture  est,  comme  noua  l'avons  dit .  un  mélange  de  la 

1*  Exemples  de  modifications  initiales,  dues  au  mol  pré- 
cédent, et  qui  ne  se  font  pas,  à  la  reprise,  dans  le  krama- 
pàtka  :  UV^jtjVu,  1  *^3  *Jf*T  1 ,  dans  le  pada  *n»j  ïrJT^g  1 
(Rie  t'tua.  Vil,  xxxi il ,  4)  :  dans  l'intérieur  du  membre.  I 
«£  initial  se  change  en  » ,  en  vertu  de  la  règle  donnée  au 

chapitre  IV,  5;  à  la  reprise,  en  tête  du  membre  suivant,  il 
reprend  sa  forme  naturelle; 

UT  3  1  m  zfa  <H  (voy.  plus  bas  les  sûtra»  relatifs  au  pan- 

grahu)  1  *J   (et  non  J)«rii  (VU    \\\n.   1); 


1  là  ffT:  ■'«<  pat  win  de  mm*  ,  daa*  le  awarril  tic  P«rù.  comme  U 
puait  Tétre ,  par  «ute  d*aa«  errear  «m  daa*t .  daas  la  aïs— ■rrit  da  Bettia . 
(  Voy«  rUpmUkkm  de  M.  Pcrtoca .  p.  vu .  ao«e  A.  ) 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  385 
îT  ttt :  i  =T  (et  non  HT  )  ^  i  (IX,  xliv,  i);  voy.  V,  26. 
20  Exemples  de  modifications  finales,  dues  au  mot  suivant, 
et  qui  ne  se  font  pas ,  à  la  fin  du  membre ,  dans  le  krama- 
pâlha  :  S^TcT  ôrf?TT  I  feAâfrj  SRT  ^5T  I  dQjo^fàf^  (I,  LXIII,  5): 
le  ^  de  crt?PT^  reste  dental ,  tandis  que ,  dans  l'intérieur  du 
membre ,  il  devient  palatal ,  en  vertu  de  la  règle  IV,  5  ; 

m%  33^  1  SFë^f  5T5;  1  (X,  cxli,  1  )  :  la  pluti  prescrite  pour 
l'sr  final  de  Wê% ,  VII,  2 ,  se  fait  dans  l'intérieur  du  second 
membre,  mais  non  à  la  fin  du  premier. 

V.  SÛtra  6.  3^.  .  .  —  Le  scoliaste  explique  umûf^rf  de 

la  manière  suivante  :  ?mw%TTf5TVT^'  faRîrf.  Cf.ch.XI,  s.M- 

Exemple  :  ôrfsT^  ^rraf| :  1  Miuf^usr  1  (Rig-Véda,  111,  xxxxu, 

6). 

VI  et VII. Sûtra  7.  ^q^^JllRl  . .    — Commentaire :?Tcr- 

Exemples  :  i°  Termes  sujets  à  Yavagraha  :  ^ifyfï-j^il  :  1 
^rfôftf^nyfy'-sfît:  1  (Rig-Véda,  1, 1,  2,  dans  le padaïïfvî sfîl:); 

20  Termes  suivis  d'ifi,  dans  le  pada  :  i<£jVjl  «<J(r^  1  ^£TJTT 
^rfr^TJTT  ( VI ,  lix ,  6 ,  dans  le  pada  \<$\\\\  ^fà) ; 

3°  Les  radicaux  dhaksh,  dhuksh,  quand  ils  perdent  leur 

aspiration   (voy.  IV,  4i )  :  *3  ^  '  ^  5F^  '  H^^  ^  ' 

(II,  1,10)  ;  *ffΣTT5F?N  £v\*d$  1  ^Hfcfri  U^FTj  (I,  cxxi,  8). 

Contre  -  exemples  où  ces  radicaux  ne  sont  pas  sujets  au 

parigraha,  parce  qu'ils  conservent  leur  aspiration  :  41 -cH  fT  1 

rt*ft%  1  *rairrâ  1  (IV,  iv,  U)\  ^JçT^i^Faraxm«r:  (VIII, 

x.  26 


386  'M    K'RRE  NOVEMBRE   1857. 

V  Termes  dont  l'initiale  est  allongée  (vov.  II,  4o-4a  )  : 
9?^  (dans  le  pesta  «faf)  <tat  >  IJ^fiW^  i  (I,  cxm,  16)  . 
wrâirirrmferTt  i  «^«ffHiiïu'j^fiirtl  (X,  xxxv,  6), 

5*  Termes  modifiés  par  eux-mêmes  et  sens  influence  ex 
térieare  :  fjqtn;  ont  i  §*J^W  53*  '   (  '  •  c**1™  •  *  )  i  ff?" 
mspr:  i  èUfniiiïH  «r|vrt  i  (V1H,  v,  n),  voy  l\.  «; 

Contre-exemple  où  le  modification  est  produit*-  par  uni- 
influence  extérieure  :  «rw  ^rtr  (VIII,  i,  19).  Le  pmrigrmkm  ne 
*e  fait  point .  parce  que  le  changement  de  ^  en  OJ^  est  dû  au 
j- degré*:  (voy.  V.  a8). 

Ces  divers  ssuieplss  montrent  comment  l  vata  entend  ah 
kramy.  On  (ait  d'abord  la  reprise  do  mot,  et  c'est  après  l'a- 
voir joint  au  mot  qui  le  soit  qu'on  le  répète  deox  fois,  avec 
insertion  de  1*  particule  tfi.  Il  serait  donc  peut-être  plus  exact 
de  traduire  :  «en  sautant,  en  passant  par-dessus  [le mot 
vant]  •  (voy.  les  exemples  qui  précédent.  ) 

La  particule  V.  qui  suit  tintft  au  commencement  du 
çlokm  7.  e  été  omise  dans  le  manuscrit  de  Paris. 

Ml  StTSA  o  ST^o  —Lee  exemples  que  donne  L  val.. 
prouvent  qu'à  ses  yeox  ce  sûtra  s'applique  à  tous  les  termes 
placés  entre  plusieurs  mots ,  1  tous  ceux  que  Ton  saute  en 
vertu  du  sùtra  3.  Je  ne  crois  pes  qu'il  y  ait  un  autre  sens  pré- 
férable (cXcbap.  XI,  »3);  seulement,  si  l'on  entend  ainsi  la 
règle,  U  mention  spéciale  de  gnrfvt  est  inutile  dans  le  sûtra 
précédent,  à  moins  qu'on  ne  prenne  la  conjonction  «r  du 
sûtra  4  dans  le  sens  de  9T,  conformément  à  la  seconde  opi- 
nion citée  par  Uveta,  et  qu'on  ne  rende  facultative  la  parti* 
de  la  règle  relative  aux  plutu  initiales. 

Exemples  :  ^3%  -tJrmM^St  1  4jwl*lf»lfrl  -'{jVÏH  1  %f?f  W  1 

(  IX.  lxxxvi,  aa  )  ;   SijJflje^t/ f^f^7f  1  sj^rswfitfft  sp-rgra  • 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         387 
fêjfdJH   f%fT  I  (  V,   II ,   7  )  ;  H^Tollutâ  Wtît  l  JT^iaNrfïtfrl  ^jUJÛ'  I 

àfrr  ôjt  i  (X,  lxiv,  3);  irt^  ut:  i  rît  ^f?r  *ït  i  îÇoiîh  *t  i  (I, 
xxxviii  ,6).  Dans  le  dernier  exemple ,  on  fait  le  parigraha  de 
ijt,  parce  que  c'est,  dans  le  pada,  un  sahetikaranam ,  et  celui 
de  ^r,  parce  que  c'est  un  mot  placé  entre  plusieurs  mots  et 
sauté  dans  le  krama. 

VIII.  Sûtra  9.    $I^PJfT?Zf. . .  —  Exemple  :  irtepr  $fH 

A4ta§*i  (voy-  sûtra  2). 

VIII.  Sûtra  10.  Tf . . .  — Exemple  :  it^ttt  ^fm  [Rig-Véda, 

IX,  lxv,  29;  voy.  plus  haut,  sûtra  3).  Le  parigraha  devrait 
se  faire  pour  â,  en  vertu  du  sûtra  8. 

Contre-exemples  :  i°  a  terminant  l'hémistiche  rT^T(dans 

le  pada  rM  U  1  87  1);  parigraha  d'à  :  ^RÏT  1  (IX,  LXV,  3o); 

20  â  nasalisé  (voy.  II,  3o)  :  ITUTT  wf  3JJ ^  =ï  1  ^r?JT  1  (VIII,  lvi, 
11):  ici  Yâ  est  nasalisé ,  parce  qu'il  est  précédé  d'un  mot 
terminé  en  e  :  mrff,  et  suivi  d'une  voyelle  qui  commence 
un  pâda. 

VIII.  Sûtra  1 1 .  UcMI^I^I ...  —  Exemple  :  433TT  êr^fiFf  1 
57  ef^'uu*  1  [Rig-Véda,  IX,  lxv,  29) ,  déjà  cité  au  sûtra  10. 

IX.  Sûtras  12  et  i3.  <jt|fè«4ri — SfefFf 

^idchïUl*  a  exactement  la  même  valeur  que  y^îdchrui, 

que  nous  avons  vu  au  çloka  6.  Uvata  cite,  comme  exemple 
d'upasthita,  le  pragrihya  sug;,  qui  s'écrit  dans  le  pada  :  517^ 

jfêr.  —  Emploi  cité  de  apasthita  et  de  sthita,  XI,  3i. 

IX.  Sûtra  i4-  rlH  •  •  •  —  Le  commentaire  complète  la 
proposition,  en  suppléant  sran-  «  le  récitateur,  le  lecteur», 
comme  sujet  du  verbe  9T^.  Exemple  :  foWldM*)  ^fflr  f&HT^ôRTT 

26. 


3M  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

(RigVMa,  I,  xtiv,  10).  —  Dans  celle  répétition  «VM  ",  a* 
parigraha,  le  premier  ribhâvaso.  placé  devant  itt,  eat  apa 
slkila  ;  le  second ,  placé  après  iti.  est  flatta  ;  les  deux  sont  st Ai 
lopasthitu.  —  Emploi  cité  de  ce  dr*n</.       \  I    3 1 

X.  Sûtra  1 5.  KJpK|  •  •  —  Dan*  '«  manuscrit  de  Paris , 
le  texte  a  ^*;  mais  la  glose  *rjw:.  —  Commentaire  : 
tPTT  V^  4JlM<Hil^  Sïïi  n^  WT  SQMI:  WtÇW :  FTP*.  J'ai  donné 
dans  la  traduction  même  du  su  Ira  l'interprétation  de  cette  sco- 
lic  — W»<J»  :  ufjflQ  ^«J»lflf*i^  La  racine  3^  signifie  •  exciter, 
ordonner  ».  Le  mot  «fcçK:  s'applique  bien  au  parigraha,  dont 
l'objet  eat  d'exciter  l'attention,  de  l'appeler  sur  une  forme. 
Nous  retrouverons  ce  terme  an  chapitre  IX.  i*.  —  Au  su- 
jet d'isktam,  Uvata  ajoute  :  |WWMfraw*llE^**  HPlft.  J'ai 
aussi  tenu  compte  de  cette  mention .  en  traduisant  le  texte. 

Exemples:  «W:  ■  nfîrfrl  lajfj  [HigVéia.  I.cvn,  3);lM:i 
•Mfl  ri  (ou  plutôt  nq  )  (II,  xxxiv.  7);  M  rsrf  1  fftftfifrffnrj 
(I ,  xlix.  a).  —  Je  n'ai  pas  besoin  de  taire  remarquer  que 
les  deux  dernier»  exemples  ne  s'appliqueront  pas  moins  bien 
à  la  règle ,  si ,  pour  suivre  plus  exactement  les  lois  du  «rodai . 
nous  remplaçons  Vtmaafêrm  de  *  et  de  fit  par  la  nasale  la- 
biale. 

X.  Strrju  16.  tiMIHI'J         —  Commentaire  1  *WWH; 
ifélijfjlfui  1141U1  ;  m^ena%  ■■  uQtl^Mi  fa/lft  GN&\  ^JÔ^  ■•  WW- 
.T55TTPÏ.  Voy.  chap.  I»  i5,  note  du  sûtra  10a. 

Exemple  :  JftâffftîT  1  «jjlfevftPt  qjîfir>ft  .  (IX,  ci.  1) 

\i  SCtiu  17.  *;|ri^q^  — Commentaire  :  îfo^S 
<jSjivi?fif|^  •  sjMiimiBi  .  rafffri  cr^rfÇfV  «rw^  (Il  y  a  évidem- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         389 

ment  une  faute  dans  ces  derniers  mots,  et  il  faut  lire,  avec 
le  manuscrit  3o4  de  Berlin,  cité  dans  YUpalekha,  p.  vu, 
note  1 1  :  Çôrf^ft^  Q5.M<HÎiri  WT^>  ou  changer  simplement 
U<JÛ(^ff  en  rR>  OU  ^ddM'f^d.)  yyf^HftÎH  iWidtf^Ullrfî  PlUlrl 

ciTr-3rT^^nf^i  Çôr  ^f^T'Eôr:  i  (Rig-Véda,l,  lu,  12).  «Pour 
les  mots  qui  ont  iti  devant  eux ,  quand  on  fait  le  parigraha 
(suit  la  décomposition  du  possessif  itipurva),  le  sandhi  avec 
iti  (voy.  chap.  I,  la  note  qui  précède  le  1er  sûtra)  est  désiré 
par  les  anciens  maîtres.  Et  aussi  par  nous.  Que  le  mot  svah 
[qui  suit  iti]  ne  soit  point  lié  [avec  cette  particule].  «Non 
lié  »  est  pour  que  la  fin  de  la  particule  iti  ne  prenne  pas  Ya- 
nudâtta  (jfTTÇôr:  ,  et  non  ^firÇôT:).  Quant  au  svah  qui  est 
suivi  d'iri  [et  commence  le  parigraha] ,  qu'on  le  prononce  à 
la  manière  de  Yavagraha.  «  A  la  manière  de  Yavagraha  »  est 
pour  qu'il  y  ait  comme  intervalle  le  temps  d'une  mesure. 
(Voy.  chap.  1,6,  sûtra  28).  » 

Les  manuscrits  de  Berlin,  que  M.  Pertsch  a  suivis,  don- 
nent^ ce  qu'il  paraît,  TStàunA ,  au  lieu  de  çryTT*.  Mais,  dans 
le  manuscrit  de  Paris,  ni  le  texte,  ni  le  commentaire  n'ont 
l'a  privatif,  qui  ne  se  trouve  pas  davantage  dans  une  citation 
de  cet  axiome  faite  au  chap.  XI,  16.  Je  n'ai  pas  besoin  de 
dire  qu'à  cause  de  la  leçon  qu'il  a  adoptée,  M.  Pertsch  coupe 
aussi  autrement  que  nous  les  mots  de  la  glose  wwicrmRî. 

X.  Sûtra  18.  Çffèf  '....  —  Comme  les  hémistiches  ne  se  lient 
pas  non  plus  dans  le  samhitâpâtha ,  le  scoliaste  se  demande  : 
«Pourquoi  cette  défense?  De  quelle  règle  pourrait-on  con- 
clure cette  liaison?»  —  «Du  sûtra  19»,  répond-il.  "^R  în- 
tnôra'  îlfTifày  STjrwiH  1  £«5hHcdlH,  etc.  (voy.  sûtra  19)  ^TOT^:. 

XI.  Sûtra  19.  £fcsr\ïTc=Ud  •  •  •  •  —  Les  manuscrits  de 
Berlin  ont  UMUld,  que  M.  Pertsch  a  changé  avec  raison  en 


()(    M!  \  KMBKE   1857. 

wiaiwj.  Le  manuscrit  de  Paris  a  WWI^,  sans  l'insertion 
euphonique  du  q.  —  Uvata  ajoute \lft:,  pour  (aire  ressortir 
le  sens  causal  de  l'ablatif,  qui  commence  le  sùtra.  11  construit 
avec  le  second  hémistiche,  si  je  m'en  rapporte  à  la  dm 
ston  qui  est  dans  mon  manuscrit,  le  locatif  ctî.  qui  termine 
le  premier.  L'instrumental  singulier  Ôfc^  est  expliqué  par  CTTO- 
ffîwn^qr,  «le  mot  initial  du  asansya».  et  irfon par  rjxnra- 
rftpi ,  •  après  avoir  passé  le  samaym  ».  —  Notre  axiome  entend 
par  somaya  les  assemblages  de  mots,  tels  que  certains  re- 
frains, etc.  que  les  copistes  dn  pâma,  et  parfois  de  la  tmm- 
hitâ,  omettent  dans  les  manuscrits,  en  indiquant  tes  lacunes 
par  un  petit  cercle.  Les  exemptes  donneront  une  idée  bien 
nette  de  la  manière  d'écrire  ces  groupée  de  mots  dans  le 
km  ma  : 

i-  cm  *  .  tmfn  a  sa  i  affrijitiu.*  U<0'(îtf^  *  (  Mg-  Véia. 
VIII,  mil.  i)  :  le  mmmym  est  mu  tnshtubham  ishmm;  il  est 
joint  au  membre  précédent  par  mu,  puis  réuni  en  un  seul 
membre  arec  les  don  mots  suivants  :  mmmimd-fitrmym  imdave 

a*  ihfèfe  $r  sjr^  Mii{  i  WJtiQ  nm  tçfH:  VU*  '    (  \  '  I 
xxiv.  i  )  :  le  samaym  est  akàn  tmm  ê;  la  liaison  se  fait  de  même 
que  dans  l'exemple  précédent. 

Il  faut  plus  de  deux  mots  pour  cunti  i  nu  tamaya  \m>i 
la  règle  ne  s'applique  pas  à  la  a*  stance  de  l'hvmne  a.'i  du 
i"  mamiala,  bien  qu'elle  renferme  les  deux  termes  ■WTrrt 
*Mi*t| .  qui  se  lisent  déjà  à  la  stance  précédente;  ce  n'est 

point  un  samaym  :  4,lSJW<Cllf£ft  e^WW-''  Hr*ifu  i  SMH  on- 

MWi^HMiftPj4iui^>iw^gMl  néw;  ***urrf^f?r  rTwroaaà  i  «- 

FHJ^  i  OTQTfiren  «mam^i>  •  Malgré  la  communauté  de  la 

cause  exprimée  en  ces  termes  :  par  la  raison  que  le  krama  est 
connu ,  la  règle  qui  ordonne  de  lier  complètement  ne  s'ap- 
plique pas  à  He«  passage?  tels  que    aqrner  vaymm...  amntândm 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         391 

(1,  xxiv,  2  ).  —  Pourquoi?  —  Parce  qu'il  n'y  a  pas  dénomi- 
nation de  samaya.  » 

La  règle  qui  fait  l'objet  de  ce  sûtra  est  parfaitement  expli- 
quée par  M.  Pertsch ,  dans  son  Upalekha,  p.  33  et  55. 

XIII.  Sûtra  20.  «*|Gft|^6( . . .  —  î"  n  changé  en  âshma.  — 
â&Mc^-H  signifie  «  manière  d'être ,  forme  consistant  à  être 
comme  un  ûshma».  Voy.  IV,  26-35.  —  Dans  YUpalekha  (V, 
6),  il  y  a  âshmavrittir  nakârasya.  —  Danslechap.  IV,  35  du 
Prâtiçâkhya,  le  mot  âshma  a  un  sens  moins  étendu  :  hci-h^u 


Exemples  :  i°  j&iîtëlïyoi  yi^fëi:  i  parigraha  :  ^^yjfaolrUATi'- 
SJFT^ tt  i  [Rig-Véda,  VI,  lvii  ,  6)  ;  Ml^ff^i(*rcJH^i  parigraha  : 
U^lPR  STf[ïï^  (voy.  chap.  IX,  27);  icJXIsiMH'l^JMMl^  1  pa- 
rigraha :  QtflsinMIM  frl  fàyismMRj  (IV,  XXXill,  6);  ^TôT- 
5TfSf  1  parigraha:  yid^fardl^ërç^  (II,  xliii,  3)  ;  ÇôTrTaf: 
tTTÏÏ  :  1  parigraha  :  ^dHollPId  FcTSrTcrr^  (IV,  11,  6);  ïre*TÏ- 
ià&tf  ^TTj  parigraha  :  ^HIWWlWcUHIHhS  «Vll-n  (IV,  xxxn  , 
à).' 

20  Pluti  ou  allongement.  Exemple  :  M-dA-^  c^tfif^  1  pari- 
graha :  M^Mfrrdfd  IT^^IT^i  i(III,  xxxi ,  20)  :  voy.  ch.  VII,  2. 

3°  Upâcarita  (voy.  chap.  IV,  i4)-  Exemple  :  sylfH^<iy  1 
parigraha:   sfllfcl  :  ftïifiî  siHfri  î^^kT^  (I,  l,  4)- 

à"  Altération  en  cérébrale  (voyez  chapitre  V,  10  et  20). 
Exemple  :  ^iT|  îrirf  1    parigraha  :  ^HjH'frf  ^T*T  (I,  cxxxvn  , 

1  ) ;  fàrjmiiî  Ç£T?ïj   parigraha  :  ftjrjilMftfrt  fôrTSJnR  1  (X,  11 , 

7)- 

5°  Contraction  d'un  pragrihya  (voy.  ch.  II,  27).  Exemple  : 

^Mrfto)  1    parigraha  :  ^Trft  ^f?T  ^qïft  (II,  xxxix,  2). 


Ml       OCTOBKE. NOVEMBRE  1857. 

Contre-exemple  montrant  que  cette  règle  ne  s'applique 

qu'aux  pragrtkyas :  W1|terff:  i    pangrnkm  :  MJgfeftt  fHlpJVJ» 
(II.  XII,  à). 

XIV.  SCnu  ai.  SJI6M(UIM:  —  Commenteire  : 
sfamptnt  rtvt=rnrrrnffr  v  W-  i  w^m^ <!^i%  fitenrint  i.  (Voy. 
rh.  IV.  37  et  38.) 

Exemple»:  JP^'*'*  •    eerijnele  :    3^<jJ*«Pf  ^jç  î  H% 

(Aïo-VsWe.  V.nii,  i);«*éft«WÉ:  »  fWsjreie  :  eTsm*  jfii 
sprrrç:  1  (X.XLYI.7.). 


XIV.  Si  tua  as.  73TTO  —  t>  rommentaire  explique 
3rrzf  (•  propriété  • .  d'où  •  (orme  propre  •  )  Tff*  par  crçfff  n- 
«gfff;  3W^W7:  par  l'addition  de  «&»:,  et  wtà  per  celle  de 
VriTh.  — Comme  il  s'agit  particulièrement  de  le  forme  qoe  doit 
prendre  le  mot  devant  yf*.  dan»  kpmngruka,  le  vrai  te»  de 

*rpf  otfff  est  ■  reviennent  à  le  règle,  è  le  forme  régulière  ». 
Ainsi ,  dans  le  premier  exemple  que  cite  le  scoliaste ,  le  r, 
substitut  du  vùarga.  se  remplace  devant  c,  selon  la  loi  du 
samiki,  par  un  c  palatal. 

Ex.  :  1*  ripktUu  devant  des  sourdes  (voy.  ch.IV.  laet  i3): 
RTSirr  rfifr;  1   pangraka  :  RHWI  ^rt  W  :  J  erWI:  »  (/!»«-  Keee, 

IX ,  xlvii  ,  46 ) .  cf.  sûtra  1 7  ;  tjé$  anrèjt  '  panerai*  :  fim- 

Zftôl%:*q£  1  (  X,  cxxxii.  7  );  «nfîif  B»fj  pmngruha  ;  «Jet: 
gf^fafôfW:  «ïfft  (Vlll,  LXXXVI,  II); 

a*  Duh  changé  en  dû  (voy.  ebap.  V.  aa  )  :  ^"irti  *mt  1  pa- 
rtgraha  :  ^VlftE*  £:  *  q*  (VI ,  XL?,  a6)  ;  «S*W  ÇT^f  :  •  pen- 
groÀa  :  $brfii^rT  5;  i«h  ,  (VIII,  XIX.  l5);  gWt^T:  •  ifr» 
^î  S:  S  5H:  '  (1V«  ,x'8)- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         393 
3°  svadhitîva    (  voy.  V,  1 3  )  :  ÇêrfyrTtST  jtàrt  i    parigraha  : 
^fa'tdflàfd'ÇërfëffFT:^  i   (V,  VII,  8). 

Contre-exemple  montrant  qu'il  ne  s'agit  que  des  riphitas 
suivis  de  sourdes.  Quand  le  r  est  devant  une  sonnante,  on 
ne  modifie  pas  le  mot,  dans  le  parigraha,  devant  iti:  ÇôrfsTrf 
irf|î  i  parigraha  :    W Psir! fà frif  ç=T:^ftïrf  l  (X,  GLXVil,  2). 

D'autres,  comme  Uvata  nous  en  avertit,  coupent  autre- 
ment cet  axiome  :  WT^  ^  ^3T  ublfoJAJnfcT  dUWfd  I  ^TTÏT  QTrZ[- 
^513":  1  afera^UFTl^^  3RT  :  $W.  U<$ifH  ïïffà"  <rf|i%  fihUMIUI  1 
^rfà"  5HT:  I ^SRTrT  ^  yf^pHUcU^I  =^  1  R"  silhHd  :  I  flyrnrl  ^fèf 
d'd xiffî :  1  (VIII,  xxxi,  7;  voy.  plus  haut,  note  du  sûtra  7,  les 

exemples  relatifs  à  feTô^  et  à  VQ  ) 1  u)nfoWUll<{rl  qf^î% 

jjcim  u*fHiTTôft  q-  fwrffr  1  y)iifèiArf?r  ijmfà  3^  ^r  ^  îj^ut- 

êrirr  i.  «D'autres  expliquent  différemment  ce  sûtra,  en  cou- 
pant la  construction  (et  entendent)  :  les  trois  derniers  re- 
tournent à  la  forme  régulière,  [c'est-à-dire]  les  trois  derniers 
sandhis  [du  chapitre  IV,  enseignés]  à  la  suite  [des  sûtras 
qui  traitent  ]  de  l'insertion  d'une  lettre  dans  les  çauddhâk- 
sharas,  reviennent  à  l'état  naturel ,  quand  le  parigraha  se  fait. 
—  Quels  [sont  ces]  trois?  —  Jaghukshatah  et  les  thèmes 
dhaksh,  dhuksh.  (  Suivent  les  exemples.)  Sans  la  coupe  de  la 
construction,  le  retour  à  la  forme  régulière  de  ces  mots-là, 
dans  le  parigraha,  n'est  enseigné  [par  aucune  règle].  Car  s'il 
n'y  a  pap  coupe  de  la  construction,  l'expression  :  «les  trois 
autres  »  est  [inutile  et]  sans  objet.  [Le  reste  du  sûtra]  riphi- 
tâni,  etc.  a  le  sens  qui  a  été  dit  [dans  la  glose  qui  précède 
cette  nouvelle  explication].  »  Le  sens  de  ce  long  développe- 
ment est  facile  à  saisir.  D'autres  interprètes ,  dont  l'opinion 
est  peut-être  préférable ,  coupent  autrement  la  phrase.  Ils  dé- 
tachent les  mots  3W^  3*1:  des  mots  qui  suivent,  et  les  appli- 


m  OCTOBRBNOVEliBRB  1857. 

.juent  a  juijhaktkatak,  etc.  ili  rendent  ainsi  la  règle  plu» 

complète. 


CHAPITRE  XI  (lectanll.eaap.*). 

(TUTS.  TVU0OCTIOSJ  tT  COMaiKTAlU.) 

kjunAPÂTHA  (Miite).  —  Raisons  des  règle*  et  dea  procédé* 

dans  le  chapitre  précédent. — Observation»  critique* — Opinion» 
et  théories  diverses.  —  Éloge  du  lieMspIfaa  et  réfutation  de*  cri- 
tiques doe4  il  est  l'objet. 

(  WT    l 
jm    sljWIHfaHINsW.UI  :    Ȕf,=IM|r/4f'lilW4    3FT- 

[  (nfad  ii  i  h 

a»j^H*IM(Mfcq"lfH  ^H;JHHlfH*4Hqi^Hl*JH  I 
^7t  ^  q^ïïT  rrr^T  =rïïFlt  ïtft:  i1eMllM^^HU«^l<i 

Il  1  II 

iT^rT  ir^H4MHI4rll4l:  HT  f?  Tj^  HHHlHJHtqH  I 

(mu 

rTXTl^lhfHfMHHyi^MyNlVjHiUl^H  HT;  I 

^ér  fnm  m  N^ih+^hi  *r  qfuq&firJjOj  ^r- 

[  fcTîffrT  fàï  II  ©  Il 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         395 

PHH^fH  ^MwUltfrM^qi^MfVÎ  M^frp.l  M  I 
^T  t^frT  ^  IchHr^H  mUUlHÎVHHlfa  ^T  I 

[  twi<^  u  4  h 

[\\3  II 

^Hl'jtjMf  M^^fHUM^aràd  ^  qqggfarrfq  ^  i 

rïïïtsT^fi^HHI^I^iUr^Hlft^N  f^  Nfê% 

[  m  u  c  u 

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r^H^IH  ÎN (H{\ hh-iU^m^  :9hHM  N  QcO  S^   5TT- 

!  ^:ll  lo  II 


396  <>(  1TOBRE   NOVEMBRE  1837. 

[lrf*?Tl 
dUH^jfWUHfHUH^I  :   *Tff?T  tMlM<4ÎM  jtt- 

^Ft  II  i)  Il 

[  Il  *  Il 
H^fHct>Klf'll  HMIH*iHMW^»M  «rm*MIÎH  mfo 

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[  V  II  V:  Il 

[  fvTWTT  I 
»^Vi«i(  TOÎÎ  USSfPt  Uj(f~H  rTr^ni  fH(ï<$  WTSSfî: 

[  Il  w  II 

[TOI 
W  ftiJlfui  HR^T  ^TT$  ?T  2T6T  f«IH|i|ff«IHMH- 

[  tj^fT  II  V4  II 

f^dni  HHiHfHJùir^rtfAiH!  ;^  ^r  mw- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         397 

[  ^ttt  n  \i  u 

[SJ^I 
[  Il  W  II 

OTT  il^lMHH  <=l^s^  ^RT  d^chM^IH  fa:Sf- 

[3^11  Vil 
HchHHiMltMiMMHM^^Pd<|ill  TTlrfrf  qrffo^  I 
=rfrt  yHiMNf(H  ^  ^  *  UH^^^H^frl  w<j#i 

[intfn 

[  Il  ^o  u 

ft°M<H*4|4J4rf)  s«jH%1     H^H^Hildl^lid     =T 

[  Il  ^t  II 
Ua^lH^HH^  =M^Hr^^H^\^l 

M(<U^#3TJ  =hl(UJM<m2,fasb*T  y^My  -=fl^'fëpj 

[  Il  *ft  II 


30ft  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

MHH=hlHHHHH=*>UM||=HH(l    *T    «rfî    Tlf*l\~ 

[  M  -:  il 

[RHN 

wr  HHHinf^H  s^HifH*  nqiMim  ott  *wtt- 

fJT?T:  ( 
ST  ^TTW  îpfc  Wfj'M    HIV'»!    ^TiT^T   HfmffliMW- 

1 
4iiH«/V  fH^HMii;/!  nfr  fan'im  ;ctt?tt  ztst*?; 

[Il  H  II 
[  *T  W&l  II  ^9  II 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  399 

!  Il  3°  II 

[  f^frT  I 
ghfafeflrtl  3=IHrTl  sfa  JlHehHI:  ^  (Î^HIMf^T- 

[  dHN<^H  II  51  II 

sfiHST    ^    ^THVT^  g=(^HlftlHmifHd(iriH 

[ch1<ÏÀHJl^|| 

[g^l 

[  ^11  ^11 


400  OCTOBRE- NOVEMBRE  1857. 

*M'l|    ^T8T:  UAHf«£Hlfài:  U (I U  fH  4 1*1 *iy«fftl fa- 
ite l 

[*J7T:  Il  2/  m 

^wcii  i 

[  ii  9m 

r^u^i^iMHmfa^aiHi^iurH^KM^'iMi^- 

(  sihn3T  ii  si  ii 

[Mtl 
f  flrfa:  Il  s9  II 


TBAIU'CTION. 


1 .  Le  krama  [ est]  ce  que  [le  lecteur]  ré< 
rompre  la  sanihità ,  et  avec  une  égale  durée,  < 
binant  les  mots  deux  à  deux.  —  [Il  y  a]  aussi  [un  krama] 
de  plus  de  deux  [mots],  sans  solution  delà  samh 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  401 
[où,]  sautant  certains  [mots,  l'on]  termine  [le  membre] 
par  ceux  qui  les  suivent.  — 

2.  Une  [particule]  d'une  seule  syllabe,  sans  con- 
sonne ,  etnon  diphthongue ,  est  passée  [dans  le  krama] , 
par  crainte  de  la  nasalisation;  —  et  [de  même]  un 
[mot]  altéré  par  un  [mot]  précédent,  et  [devenant] 
cause  [à  son  tour]  de  l'altération  d'un  [mot]  sui- 
vant, [est  sauté  dans  le  krama,]  pour  réunir  la 
double  cause  [de  l'altération]  du  dernier.  — 

3.  Le  second  des  deux  [mots]  pari  itah  est  sauté, 
parce  que  [c'est]  le  premier  [à  savoir  pari,  qui, 
quoique  séparé ,  ]  altère  le  mot  qui  suit  [itah,  à  savoir 
simcata].  —  Des  [maîtres]  autres  que  ceux  [qui don- 
nent cette  règle],  considérant  la  cause  [d'altération] 
qui  résulte  du  sandhi,  [c'est-à-dire  regardant  comme 
principe  du  sh  de  simcata,  l'o  irrégulier  de  ito ,  ]  font 
ici,  par  suite  de  cela,  le  krama  [ordinaire]  de  deux 
[mots.]  — 

4.  Le  mot  âvar,  qui  est  suivi  de  tamah,  est  égale- 
ment excepté,  par  suite  du  doute  relatif  à  la  cause 
qui  produit  le  r.  —  Pourquoi  ne  passent-ils  pas  éga- 
lement [les  sanclhis  non  moins  irréguliers]  adopito, 
socit,  ushar  vasûyavah,  et  aussi  les  [thèmes]  dhaksh, 
dhuksh?  — 

5.  [Dans  nir  u  svasâram  askrita  ,  ]  le  mot  svasâram 
est  excepté,  ainsi  que  le  [  mot]  suivant  askrita  [pour 
akrita],  parce  qu'il  a  une  insertion  de  5,  et  comme 
nih  est  ici  préfixe  d'askrita,  la  pratique  [des  maîtres 
est  que  le  membre],  vu  l'addition  de  ce  mot,  [soit 
composé]  de  cinq.  — 

x.  27 


402  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

6.  [  On  passe]  également  on,  accompagné  d'm 
[et  perdant  le  m],  et  A ,  accompagne  de  ïanmnâsika  . 
•  i  iiuna,  devenu  etona,  par  l'accession  dueaaa,  » 
mot  qui  suit  câskambka  cit  [,  à  savoir  kambkiuuna]. 
et  [tout  mot]  qui  a  l'initiale  allongée:  ces  [divers 
mots  ne  peuvent  terminer  le  membre] ,  à  cause  du 
doute  relatif  à  la  cause  [de  l'altération). — 

7.  Ceux  qui  pensent  que  l'altération  est  due  au 
mot  antécédent,  veulent  que,  pour  les  trois  der- 
niers [sandkis  qui  précèdent],  le  membre  soit  [ré- 
gulièrement] de  deux  [mots] ,  parce  que  cet  [  antécé- 
dent) vient  immédiatement  avant  [I  altération  qu'il 
cause].  —  Mais  pour  la  quatrième  et  la  m 
exceptions,  énumérées  à  partir  du  çloka  a],  c'est 
aussi  un  [mot]  immédiatement  voisin  (  q 

il  I  altération,  à  savoir  le  mot]  suivant.  Pourquoi 
donc  ne  [fait-on]  paslà  aussi  la  coupe  dedeut  [mots]  ? — 

8.  Pour  la  tmèse,  [on  passe]  le  mot  coupé  et  le  mot 
qui  coupe  [et  ils  ne  peuvent  pas  clore  le  membre] . 
parce  qu'on  ne  voit  pas  le  sondai  de  ces  mots.  — 
D'autres  [  maîtres]  veulent  que  [  pour  les  tmèaea] ,  la 
coupe  soit  de  deux  [mots] ,  conformément  à  la  règle , 
parce  qu'ici  la  combinaison  des  lettres  se  fait  sans 
solution  [de  continuité].  — 

9.  Quand  [la  tmèse  ne  commence  pas  l'Ii 
stiche  et]  a  des  mots  antécédents,  [on  les  prononce 
deux  à  deux ,  ]  selon  la  successioo  des  mots,  jusque- 
là  [à  savoir  jusqu'à  la  tmèse];  ensuite  [on  prononce] 
le  mot  coupé  et  le  mot  qui  coupe  [.avec  l'antécé- 
dent et  le  suivant]. —  Puis  on  répète  ces  deux 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  403 
[avec  iti  intercalé,  on  fait  de  même]  pour  les  deux 
autres  tmèses  [  qui  n'ont  pas  de  mots  antécédents 
et  commencent  l'hémistiche].  Ensuite  il  y  a  combi- 
naison du  mot  non  coupé  [c'est-à-dire  de  celui  qui 
suit  la  tmèse]  avec  le  mot  suivant.  — 

10.  S'il  y  a  [  deux  mots]  immédiatement  unis  qui 
produisent  un  krama  de  trois  [mots]  ,  Gârgya  [est 
d'avis  qu'on  fasse  le  krama]  avec  trois  [mots],  puis 
[il  veut  que  le  membre  suivant  soit]  encore  de  trois 
[mots].  — Quand  il  y  a  réunion  de  trois  [mots  à 
joindre  ensemble,  quelques  maîtres  veulent  que]  la 
liaison  successive  de  la  samhitâ  [soit]  de  cinq  [mots, 
en  un  seul  membre].  —  Mais  les  disciples  de  Çâ- 
kalya  font,  dans  ce  cas ,  un  krama  de  quatre  mots.  — 

11.  D'autres ,  sans  rompre  [pour  cela  le  sandhi], 
ne  font  nulle  part  de  krama  de  plus  de  deux  mots , 
disant  :  le  sandhi  [de  chaque  mot  a  lieu]  avec  son 
[voisin].  —  [Gela  ne  s'applique]  pas  partout.  [Les 
maîtres,]  en  grand  nombre,  mentionnent,  par  un 
précepte  énumératif , la  règle  çâkalyenne,  [relative] 
à  [des  membres  de]  trois  [mots]  et  plus.  — 

12.  Quand  il  n'y  a  pas  mélange  [de  mots  exer- 
çant une  influence  phonique  ] ,  il  faut  observer  la 
règle  précédemment  établie  [  c'est-à-dire  faire  les 
coupes  de  deux  en  deux  mots].  —  [Qu'on  fasse]  le 
sandhi  selon  le  mot  [ ,  selon  la  forme  propre  et  pri- 
mitive du  mot],  quand  les  causes  [d'altération]  ont 
disparu.  — 

Dans  les  membres  du  krama,  on  doit,  sautant  le 
samaya  [ou  assemblage  de  mots  déjà  connu],  clore 

27. 


kOà  OCTOBRE. NOVEMBRE  1857. 

[le membre] ,  en  combinant  [ce  samaya]  avec  les  deux 
mots  [suivants]  et,  au  moyen  de  [ton  premier) 
mot  [,  avec  le  membre  précédent].  — 

1 3.  Les  mots  accompagnés  dïfc"  [dans  le  pmk- 
pâtha],  les  composés,  les  mots  qui  terminent  [l'hé- 
mistiche, et  ceux  qui,  dans  un  krama  de  plus 
deux  mots,  sont  insérés  au  milieu,  ceux  dont  l'as- 
pirée se  change  en  la  troisième  [de  l'ordre],  cent 
qui  sont  modifiés  sans  liaison  avec  un  autre  [  mot . 
c'est-à-dire  par  eux-mêmes],  et  les  mots  qui  ont  i 
tiale  allongée  : 

14.  Après  avoir  sauté  [ces  mots-là.  et  les  avoir 
combinés  avec  le  mot  suivant],  qu'on  montre  [au 
moyen  du  pariaraka  ]  leur  état  de  mot  [ ,  c'est-à-dire 
leur  forme  propre  et  primitive].  —  Et  [si  l'on  suit 
l'opinion]  de  Gârgya  (  XI ,  i  o  ).  [qu'on  fasse  de  même 
leparigraha] ,  après  les  deux  membres  de  trois  [mots]. 
—  Lorsque  le  membre  initial  du  krama  [à  savoir  le 
premier  de  l'hémistiche]  a  une  lettre  non  vue,  [les 
maîtres]  veulent  qu'on  la  montre  ;  or,  c'est  le  pari- 
qraha  qui  la  prononce.  — 

15.  Quand  on  dit  un  mot  seul  [ ,  non  suivi  d't/i], 
c'est  la  sthiti  ou  position  [c'est-à-dire  on  l'apprit' 
sthita,  u  placé  »].  —  Lorsqu'il  a  à  la  fin  iti  [ ,  c'est-à- 
dire  qu'il  en  est  suivi],  alors  [on  le  nomme]  apa- 
sthita  [«  suivi  »  ou  «  placé  auprès  •].  — Mais  lorsqu'on 
prononce  ces  [  deux  mots] ,  en  renversant  Tordre  [ob- 
servé ici,  c'est-à-dire,  d'abord  Yapasthita ,  puis  \e  sthita], 
et  en  les  combinant  ensemble ,  alors  Us  enseignent 
[  que  cette  combinaison  se  nomme]  sthitopasthita.  — 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         405 

1 6.  Qu'il  coupe  le  composé ,  en  le  répétant  [après 
iti].  —  Qu'il  fasse  [dans  le  parigraha]  le  sandhi  [ avec 
iti]  des  mots ,  autres  que  svah  [,  qui  suivent  cette  par- 
ticule]. [Quant  à  svah,  les  Çâkalyens]  enseignent 
qu'il  a  dans  le  parigraha,  comme  antécédent  à' iti, 
un  prolongement  de  temps  [ ,  à  savoir  une  quantité ,  ] 
égale  à  [celle  de]  Yavagraha.  — 

17.  [Ou  bien]  qu'il  fasse  le  krama  des  deux  côtés, 
de  manière  à  produire  un  sandhi  continu  [,  en  lais- 
sant au  mot  sa  forme  irrégulière];  puis  qu'il  montre 
ensuite  [au  moyen  du  parigraha]  la  forme  propre  du 
mot.  [Ou  bien]  encore  qu'il  lie  [le  mot  irrégulier] , 
selon  sa  forme  propre,  avec  l'un  ou  l'autre  [des  mots 
voisins,  soit  l'antécédent,  soit  le  suivant.  Cela  se 
fait]  pour  les  trois  derniers  [mots  ou  espèces  de 
mots,  énumérés  au  çl.  6 ,  ou  selon  d'autres  au  çl.  i 3  ] , 
pour  qu'il  n'y  ait  pas  séparation  [du  mot  altéré  et  du 
mot  altérant ,  quel  qu'il  soit].  — 

18.  Le  mot  a,  non  nasalisé,  est  excepté  [du  pari- 
graha]. Qu'on  le  répète  et  qu'on  termine  le  membre 
[par  le  mot  suivant],  comme  [il  a  été  enseigné] 
plus  haut  [c'est-à-dire  d'après  la  règle  générale  du 
krama],  —  De  même  [pour  montrer  la  nature  propre 
des  mots],  dans  un /crama  de  plus  de  deux  mots,  aban- 
donné à  la  fantaisie  [,  c'est-à-dire  qui  n'est  soumis  à 
aucune  des  règles  données],  on  peut  procéder  en 
détachant  les  mots  un  à  un.  — 

19.  Qu'on  ramène  à  sa  nature  propre  [,  avant  et 
après  iti],  dans  le  parigraha,  en  supprimant  la  co- 
loration [c'est-à-dire  ïananâsika  et  les  modifications 


|l(  04    I  oHKK-NOVLMBRE   1»»7. 

qu'il  accompagne] ,  le  root  qui  a  subi  [dam  la  aoaV 
hitâ]  le  retranchement  de  n.  l'addition  d'un  uskma 
ou  d'un  r,  —  et  de  même  I  altération  [en  cérébrale] , 
—  la  syllabe  allongée.  ï'upàcorita,  —  et  [le  sondai] 
où  un  prnarihya,  suivi  d'une  voyelle,  sa  contracte 
[avec  elle];  — 

20.  Les  thèmes  Hûnâça.  dàdkya,  dûlabka,  —  et  le 
r  remplaçant  un  ûshma  devant  des  sourdes;  —  et  !•■ 
mot  qui  occupe  une  grande  place  ,  dans  lea  çâstnu, 
à  savoir]  svadhithn  ; —  et  qu'on  écarte  la  lettre  il 
calée,  née  du  sandki  de  syllabes  pures.  — 

2 1 .  Que  l'on  applique .  dans  ïahkikrama  [ ,  c'< 
dire  quand  on  prononce  la  mot  pour  la  première 
fois],  la  règle  du  mot  précédent  (,  c'est-à-dire  qu'on 
dise  le  mot  avec  las  altérations  que  peut  cause  i 
mot  précédent  ]  ;  mais .  en  le  répétant ,  dam  la  krama 
[dans  la  reprise] ,  [qu'on  fasse]  las  changements  pro- 
duits par  le  mot  suivant.  [Tout  mot  ]  autre  que  ceux- 
là  [,  c'est-à-dire  tout  mot  altéré  par  lui-même  et  non 
par  l'influence  de  l'antécédent  ou  dn  conséquent) 
doit  se  prononcer  conformément  au  iamhitâpétka. 
Mais  cette  règle  ne  s'applique  pas  au  mot  de  la  fin 
m  .m  mot  du  commençassent  [de  l'hémistiche .  parce 
qu'il  n'y  a  pas  de  reprise  pour  eux).  — 

22.  Pour  ces  [mots  et  catégories  de  mots  énu- 
mérés  dans  les  ai  19  et  30 ].  on  peut  aussi  procé- 
der une  fois,  dans  le  paritjraha,  [avant  tfi.)  confor- 
in. ment  à  la  santhild,  mais  en  répétant  ensuite  le 
mot  |  iiprèi»  n4/],  sans  faire  de  sandki.  C'est  parce  que 
Il  canso  qui  donne  lieu  au*  tandhis  suit  [dans  le  pa- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  407 
rigraha,  s'y  trouve  avec  son  effet,  qu'on  y  fait  ainsi 
une  fois  le  sandhi].  —  Dans  les  sandhis  à'ûshmas,  for- 
més de  deux  ûshmas,  [qu'on  ne  rétablisse]  pas  le  vi- 
sanja  [avant  iti].  — 

23.  Si  deux  altérations  d'un  mot  qui  n'ont  pas  la 
même  cause  vont  ensemble,  soit  simultanées,  soit 
immédiatement  rapprochées,  sans  qu'il  y  ait  réu- 
nion des  causes  [en  un  seul  membre,  au  moyen 
d'un  bahukrama,  donnant  lieu  à  un  parigraha],  alors 
la  samhitâ  doit  obligatoirement  se  dissoudre  par  l'un 
ou  par  l'autre  [énoncé,  à  savoir  par  le  premier  ou 
par  la  reprise];  — 

24.  De  môme  aussi,  nécessairement,  quand  il  y 
a  un  retranchement  de  m,  précédé  d'une  voyelle  al- 
térée ,  et  quand  une  consonne  première  [d'un  ordre 
de  sparças]  passe  à  l'état  de  troisième.  —  Ou  bien 
le  contraire  a  lieu  [,  à  savoir  le  retour  d'une  première 
à  l'état  de  troisième] ,  pour  ceux  qui  suivent  l'autre 
opinion  [,  celle  de  Gârgya]  ;  —  et  pour  les  deux  [écoles, 
une  telle  dissolution  du  sandhi  a  lieu],  quand  [une 
première  ou  une  troisième]  est  suivie  d'une  nasale 
[et  est  altérée  par  elle];  — 

25.  Et  aussi  pour  une  nasale  précédée  d'une  [con- 
sonne] altérée  [en  cérébrale].  —  Semblable  est  le 
krania  d'une  syllabe  qui  se  fond  en  une  seule  [  avec 
la  suivante]  ;  —  dans  ce  krama  [ainsi  fait],  l'accent 
qui  précède  [  la  syllabe  fondue  en  une  seule  avec  la 
suivante]  ne  doit  pas  prendre  le  sandhi  avec  le  svarita , 
quand  cette  [syllabe  fondue]  est  suivie  d'un  accent 
bas  [,  à  savoir  d'un  anudâtta].  — 


III  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

26.  Et  lorsqu'une  syllabe  anudâtta  entre  dans  la 
dépendance  dune  initiale  suivante  [qui est  «ttflta], 
[on  rompt]  aussi  [  le  sandhi  qui  a  lieu]  avec  «Ht 
[syllabe  conséquente].  —  Quand  [la  contraction  ]  a 
pour  premier  élément  un  adâtta  et  pour  second  un 
anudâtta,  la  solution  [du  sandki  est]  postérieure  [ ,  c'est- 
à-dire  se  fait  dans  la  reprise  avec  le  mot  suivant] ; 
quand  [le  second  élément  est]  udàtta,  [elle  est]  an- 
térieure [.cest-a -dire  se  fait  dans  le  premier  énoncé, 
avec  le  mot  précédent  ].  — 

27.  Quand  la  portion  postérieure  d'accent  d'un 
svarita  est  prononcée  bat  [c'est  à  dire  avec  le  ton  de 
Y  anudâtta ,  parce  qu'elle  est  suivie  d'un  ndâtta] ,  [  alors 
on  résout  le  sandki  dans  le  premier  énonce,  où  ]  la 
syllabe  n'est  plus  accompagnée  du  principe  [d'nl 
ration  de  son  accent,  lequel  principe  est  l'initiale 
udàtta  du  mot  suivant].  —  Quand  un  assemblage  de 
syllabes  anudâttas  précédé  d'un  adâtta  [et aussi  d'un 
svarita] ,  prend  deux  accents  ou  même  plus  [.  on  ré- 
sout le  sandhi  dans  le  premier  ou  le  second  énoncé]. — 

28.  Quand  on  ne  voit  pas  [dans  le  krama  ordi- 
naire] les  deux  sandkis  d'accents  ou  de  lettres  de  telles 
ou  telles  syllabes  ou  lettres,  [quand  on  ne  les  voit 
pas,dis-je,]  tels  qu'ils  sont  prescrits  pu  I-  >  règles], 
il  n'y  a  pas  lieu  [  pour  cela  ]  a  la  non  solution  du 
sandhi.  D'autres  [maîtres]  disent  l'accent,  dans  les 
membres  du  krama ,  non  combiné  d'après  les  règles 
de  la  samhitd.  — 

29.  Si  l'on  voit  dans  le  krama  [,  eu  faisan i 
roupes  ordinaires,  des  particularités  phoniques  '  qui 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  409 
ne  se  voient  pas  dans  la  samhitâ,  [alors  d'autres 
maîtres] ,  pour  ce  cas ,  prescrivent  la  coupe  de  la  façon 
suivante  :  un  membre  à  part,  joint  au  krama,  et  ne 
rompant  pas  le  sandhi,  et  réunissant,  même  plu- 
sieurs mots,  joints  à  leurs  causes  [  d'altération]. — 

30.  Quand  un  mot  n'arrive  pas  à  [avoir]  son 
accent,  et  une  fin  de  mot  à  clore  [un  membre], 
mais  que  c'est  [la  fin  du  terme]  combiné  là  [avec 
lui  qui  le  clôt],  alors  ce  mot  a  sa  forme  propre  ex- 
clue [du  krama],  à  moins  qu'on  ne  le  dise  à  part 
[sous  forme  de  parigraha],  en  le  répétant  après  [le 
membre].  — 

3 1 .  Le  mot  se  voit  tel  qu'il  est  [ ,  c'est-à-dire  sous 
sa  forme  propre],  dans  la  sthiti  [,  c'est-à-dire  quand 
il  est  prononcé  sans  iti  dans  le  krama,]  et  dans  le 
sthitopasthita [ou  parigraha];  car  dansYupasthita  [,  c'est- 
à-dire  quand  il  est  suivi  d'iti,  il  paraît]  avec  un  re- 
tranchement, et  quelquefois  de  même  dans  la  sthiti: 
c'est  pour  cela  que  les  Çâkalyens  pratiquent,  dans 
le  krama,  le  sthitopasthita  [ou  parigraha]. — 

32.  Ils  disent  :  «Que  [le  lecteur]  fasse  le  krama, 
en  reprenant  tous  les  mots  [au  moyen  du  parigraha],  » 
—  Mais  qu'il  ne  transgresse  pas  la  règle  tradition- 
nelle [de l'école].  Disant  la  méthode  du  krama  [,  la- 
quelle consiste  dans]  la  smriti[les  préceptes  du  çâstra] 
et  la  nature  originelle  [des  mots] ,  qu'il  applique 
dans  sa  récitation  les  autres  [prescriptions],  en  vue 
de  la  perfection  de  ce  [krama  et  de  la  conciliation 
des  diverses  règles].  — 

33.  La  bonne  méthode  [  est  de  faire  ]  comme 


410  OCTOBRE-NOVEMBRE  18*7 

[a  été]  enseigné,  au  commencement,  te  fàstra  du 
krama,  mais  non  comme  disent,  chacun  à  se  façon, 
les  divers  [maîtres].  —  Ainsi  le  fils  de  Babhru  [ ,  a  sa- 
voir Pan  cala  ] ,  le  premier  auteur  du  knuna ,  a  d'abord 
enseigné  cette  méthode  [à  ses  disciples]  et  la  louée 
[  pour  son  utilité  ).  — 

34.  Le  kramapâtka  [ .  objecte-ton ,  ]  est  sans  objet 
pour  qui  connaît  le  paaa  et  la  Josâftiai,  vu  que  ses 
effets  sont  postérieurs  à  [ces  deux  autres  méthodes,  ] 
auxquelles  il  doit  son  origine .  1 1  mm  connus  ancien- 
m -iiifiit.  Il  n'est  pas  produit  complet  [,  mais  moitié 
une  cho>«  .  moitié  une  autre],  il  n'effectue  pas  autre 
chose  [que  le  paéa  et  la  samhità],  u'ajoute  ni  n* 
tranche  rien  ;  [  enfin  ]  il  n'est  pet  révélé  [  dans  les 
livres  saiuts].  — 

35.  [A  cela  on  peut  répondre  d'abord  :  l'objec- 
tion se  contredit  elle-même;)  si,  pour  une  chose 
inefficace,  il  y  a  le  contraire  d'effet,  d'autre  part, 
pour  [toute]  chose  efficace,  il  y  a  le  contraire  de 
non-effet.  —  [Fuis]  les  ç4$tnu  qui  montrent  [les 
faits  du  langage]  renfermant  des  exceptions .  le  krama 
[qui  rend  attentif  à  ces  exceptions,  au  moyen  du 
bahukrama ,  du  ftarigraha ,  etc.  ]  n'est  pas  sens  objet.  — 

36.  Le  krama  [est  une  méthode  bonne  et]  Utils 
l>arce  contraire  [que  nous  venons  de  dire],  puis 
parce  qu'il  met  d'accord  les  [prescriptions  diverses 
des]  castras ,  qu'il  est  anciennement  connu .  qu'ÎJ  ne 
se  réfère  pas  aux  deux  autres  [méthodes,  de  ma- 
nière à  n'avoir  rien  de  distinct  d'elles],  parce  que 
beaucoup  de  bons  maîtres  se  sont  accordes  à  y  re- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  411 
courir,  enfin  parce  qu'il  fait  autorité  en  vertu  de  ia 
révélation.  — 

37.  Et  sans  [le  krama],  le  sandhi  et  l'accentuation 
par  groupes  de  deux  mots  ne  peuventse  faire.  G'estle 
meilleur  des  modes  de  lecture.  —  Aussi  le  krama 
est-il  la  conservation  des  Riks  et  des  Yajuh,  par  les 
mots  et  les  accents.  Ainsi  la  lecture  du  [  Véda  se  fait] 
par  trois  méthodes. 

NOTES. 

I.  SÛtra  i .  ^fST ...  —  Commentaire  :  tliwjî:  -  yf^HlilT 
ttMÏMH);  HMMchM  =rT<rUdhM.  —  La  3"  personne  W1^  est 
expliquée  par  l'addition  du  sujet  ôraïT,  que  nous  avons  déjà 
vu  dans  une  des  gloses  du  chapitre  précédent.  —  *T9>iT:  in- 
dique le  sujet  du  chapitre  :  sfèr^rît  oli^Hoy:. 

Uvata  fait  remarquer  que  le  sûtra  dit  :  «  combinaison  de 
deux  mots  égale  en  durée  » ,  pour  distinguer  ce  krama  des 
mots  du  varnakrama  ou  krama  des  lettres  dont  traite  le  cha- 
pitre VI  :  W^^ïqf^riï  fè^JH  M^illR:  H  Çfi*T  (VI,  l  )  ^ 
itt  iTfT-  —  Par  celte  égalité  de  durée,  il  faut  entendre  sans 
doute  qu'on  met  le  même  temps  dans  le  krama  à  prononcer 
chaque  mot  en  particulier,  abstraction  faite  de  la  répétition  , 
que  dans  la  samhitâ. 

Le  scoliaste  analyse  tT5Tf%7  comme  un  dvandva  :  H  ^r  ^ 

rRHlCT  ÇT%TT,  d'où  l'on  pourrait  déduire  un  sens,  préférable 
peut-être  à  celui  que  rend  ma  traduction  :  le  krama  combine 
le  pada  et  la  samhitâ;  les  mots  y  sont  dits  tour  à  tour  d'après 
les  deux  méthodes.  Dans  le  texte  même  du  sûtra ,  le  manus- 
crit de  Paris  porte  qr<£  ?n%f  en  deux  mots  ;  mais  dans  le  com- 
mentaire, le  composé  u^yf^rf  est  répété  plusieurs  fois,  et  c'est 
aussi  la  leçon  des  manuscrits  de  Berlin  (voy   YUpalekha  de 


411  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

\|     IVrtM-li.  |i.  \in.  t-l  «!'(■.  \      —  J«'  11  ai  |>a»  tra.luit  la  jui 

licule  de  transition  «W;  elle  sert  mm  doute  à  marquer  que 
i  hapitre  se  rattache  étroitement  au  précèdent .  qu'il  traite 

(i  développe  le  même  sujet;  on  pourrait  aussi  peut-être  la 

considérer  comme  un  cornlaiif  de  «Ut.  qui  commence  Je  ter» 

suivant. 

Exemple  de  huma    ¥fn?ûf»  .  **  ajHfrf  .  (  /lie-  lésa .  1. 

i.  »)• 

1.  StTiu  a.  WZR  ..  — M.  Pertach  lit  rapnt  et  «wlfft. 
Je  préfère  les  leçons  du  manuscrit  de  Paris  (*ft  «IRt .  dam 
le  commentaire). —  I^régWejuu  retient  ciel  ■liuweseiaox pli 
quée  dans  la  suite  ;  elle  résuma  pi  us  i  ours  des  sutra*  survenu, 
et  Uvala  nous  dit  qu'il  citera  plus  loin  les  a  temples  des  mots 
que  l'on  saute  (mtt  a^PJprrw^lff^rnf :).  Le  chapitre  pré- 
cédent (au  sûlra  3)  nous  a  d'ailleurs  déjà  donné  des  détails 
circonstanciés  sur  les  mots  que  l'on  saute.  —  Le  substantif 
»PT.  désigne,  soit  la  méthode  du  hummfétkm,  soit  les  membres 
mêmes  du  kmma;  ce  dernier  sens  est  celui  que  le  mot  a  le 
plus  ordinairement  dans  ces  deux  chapitres  (voy.  Pertach. 
Upalekha ,  p.  a3  ).  —  Nous  avons  déjà  vu  «*t  au  chapitre  IV, 
1 7  et  V,  1 7 .  et  nous  le  retrouverons  au  chapitre  XV,  1 1 .  Dans 
ce  dernier  endroit,  le  scoliaste  le  traduit  par  uTT;  dans  les 
autres,  parffr  ou  wfô  V. 


II.  SÔTma3.fnjfn-(X.s.3)...--5ur«e/ji  (  -irtw), 

voy.  ebap.  I.  19.  —  wfipHfh  wtunrf ,  voy.  chap.  I,  1.  La 
métaphore  ■  ayant  une  double  matrice  (cf.  II.  1 1  )  •  désigne 
la  particule o  (  =  a-»-  a).  On  saule  ces  particules,  pour  éviter 
que,  devenant  finales,  elles  ne  se  nasalisent,  conformément 
1  I  opinion  exprimée  au  chapitre  I,  19.  où  le  scoliaste  noua 
renvoie.  Les  exemples  cités  sont  ceux  que  noua  avons  donnés 
dans  la  note  du  sûlra  3,  1*,  du  chapitre  précédait 

Contre-exemples  :  1*  Il  faut  que  ce  soit  une  simple  voyelle  ; 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  413 
ainsi  la  règle  ne  s'applique  point  à  âh  :  jf^^ :  '  ^ans  ^e  Pa^a  : 
jf|<T:  i  *T:  i  [Rig-Véda,  X,  lxi,  5); 

2°  La  particule  o  fait  exception.  Voy.  ch.  X,  sûlra  3,  i°. 

Uvata  fait  remarquer  que  le  mot  ^ohim^,  servant  d'épilhète 
à  Tt  sous-entendu,  empêche  d'appliquer  la  règle  à  une  syllabe 
voyelle  qui  ne  serait  pas  un  mot  :  ÇJcht-d^J^U*!  u.<Jolîmu*r  i 
«<jrti3chh8l{  q<iHdM|4VtlMfH  I  ^H^l  ^Tm\  fdÙÎÛJH  l  «U.Fh^fè- 

ùfà  Ud^[  H<idAWcWI^UjfàiH  .  Et  quel  mal  y  aurait-il  à  cela  ? 
ajoute  le  commentaire,  srar  3ït  5W:.  Il  en  résulterait,  répond- 
il,  qu'on  ne  finirait  pas  le  membre,  par  exemple,  à  l'a  du 
passage  que  voici  [,  u  qui  n'est  pas  un  mot,  et  doit  être  par 
conséquent  final  ]  :  snrHomiiUU  %  3  j^fà  l  «otMM  ^  ÇOTrT  Re- 
lativement à  cet  exemple,  qui  se  trouve  en  partie  dans  une 
citation  du  commentaire  de  M.  Bôhtîingk  sur  Pânini,  VII, 
m,  p,5,  p.  33g,  voy.  la  remarque  faite  au  sujet  d'une  décom- 
position de  diphthongue ,  dans  le  Dictionnaire  de  MM.  Bôht- 
îingk et  Roth,  t.  I,  p.  86 1. 

II.  SÛtra  li.  ?ftT  (X,  s.  3).  .  .  —  Uvata  explique  bien  la 
fin  du  sûtra  :  f*<*l^rjr.  «Pourquoi  [saute-t-on  ce  mot  et  ne 
peut-il  être  final]  ?  »  u^^Wd^H+HAt^M  i  rffr  cj  UT  ZJ^  WsJ^tHJ- 

OMlBl  CTcôf  ?f  ^Tïï^i  6JroHATT#  TITcôf  5fh  i.  «  Pour  réunir  la  dou- 
ble cause  de  l'altération  du  mot  suivant.  Dans  mo  shu  nah 
(Rig-Véda,  I,  xxxvm,  6),  le  changement  en  sh  a  pour  cause 
occasionnelle  la  voyelle  altérante  (o),  en  vertu  de  l'axiome 
su  abahvaksharena  (chap.  V,  2  ).  Dans  shu  nah,\e  changement 
en  n  a  pour  cause  le  changement  en  sh  [du  s  de  su] ,  en  vertu 
de  l'axiome  nate  su  sma  (chap.  V,  26).  S'il  n'y  avait  pas  une 
voyelle  altérante  [,  la  finale  de  mo],  il  n'y  aurait  pas  chan- 
gement en  sh;  et  s'il  n'y  avait  pas  changement  en  sh,  il  n'y 
aurait  pas  changement  en  n  ». 

Autre  exemple  :  WF§  sut  ïïT:  (VI ,  xliv,  18). 


4M  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

III.  SÛTftA  5.  irf^  (X.  ».  3).  .  .  .  —  J'ai  inséré  dan»  ma 
traduction,  pour  la  rendre  intelligible,  les  explication»  du 
commentaire  :  lM6lul4tapj{  fitvffi*  ej(  Hl%wf^  qfcr  o^ffc 

qt  TCfltôr-—  Dan»  le  texte  du  »ùtra.  m  termine  la  proposi 
tion  qui  donne  la  raison  de  la  règle;  c'est  une  tournure  fort 
usitée. 

Exemple:  q^ftr^  (/ue-VWe.  IX.  cvu.  i).(  Voy.il>  \  . 

7) 

II!.  SCtka  6.  rTêT:  •  M-  Pertsch.  d'après  les  manuscrits 
de  Berlin .  donne  ■^nr  pour  W&Wt .  —  Commentaire  :  fflT 
-  ftWT  Ô?f  WTWPjf  »MI»MJWWf  tffinf  «IJUHItNQ  l  fift  WTTlfï  l 
^  fîfctàft  1WW f^JW^  •  *1<MB^4I  •#  *WMIWI:  »  fJnPWW 
«éft  i  •  Des  maître»  autres  que  ceuilà.  considérant,  en  celle 
circonstance,  la  cause  [d'altération  ]  née  do  uutdkt 
(Quelle  cause?—  Le  changement  irrégulier  [d\4)  en  e.  dans 

%m  ftvr) pensant  que  le  changement  en  sa  est  né  jus 

tement  de  là.  font  là  le  kntma  de  dent  mois  •     qrftr»    i  fm 

ft*m  i.  Je  ne  me  sois  écarté  de  l'interprétation  du  seoltaste 
que  pour  «çérf .  qu'il  explique  an  moyen  d'nne  ellipse  qui 
me  parait  grammaticalement  impossible.  Cette  différence 
partielle  n'affecte  en  aucune  façon  le  sens  général  du  sulra. 


IV.  Sôtiu  7.  rnr.TJt  •  •       (X.s.3).  —  U*a|a 
fWi,  comme  rattachant  ce  sûtra  au  chapitre  précédent  :  mil 

anTQ^Îfc.  —  II  commente fîMt  (cf.  ebap.  IV.  18)  par  le 
synonyme  nu-îta?t  et  par  le  complément  «aUHI^.  •  et  ex- 
cepté .  exclus  de  la  conclusion ,  1  c'est-à-dire  se  saute  et  M 
peut  être  final  d'un  membre.  — 11  ajoute  :  £farrrut  1  •  Pour- 
quoi?! —  "^MfinMmui^  •  par  le  doute  relatif  à  la  cause 

du  r.  »   —  :?  fç  felfll'Jr)  GJ^TOî  tlÇ^f  •    3J?fUT  Sî  q^if^ii  ^OîT 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         415 

HdrÎJfH  i  «  car  on  ne  distingue  pas  si  le  r  [d'avar]  est  produit 
par  la  fin  du  mot  précédent  [ushâ),  ou  par  le  commence- 
ment du  mot  suivant  (  tamah).  —  WT  "SLmwJQtmciiuïï  i  «  c'est 
pour  cela  qu'on  passe  (âvar),  pour  réunir  les  deux  [causes 
possibles].  » 

Exemple  :  3GTT  «iolHM  :  (Rig-Véda,  I,  xcn,  Z»)- 

IV.  SÛtra  8.  tA6\  •  •  •  —  Pour  les  trois  sandkis  irréguliers 
cités  dans  ce  sùtra,  voyez  chap.  IV,  i3.  —  Pour  dhaksh  et 
dhuksh,  IV,  4i-  H  est  parlé  de  ces  deux  derniers  thèmes  au 
chapitre  X,  6,  comme  étant  sujets  au  parigraha,  mais  non 
comme  devant  être  sautés  dans  le  krama. 

Uvata  fait  observer  avec  raison  que  la  cause  de  ces  sandhis 
[et  de  l'altération  de  l'aspirée  dans  dhaksh,  dhaksh]  est  lout 
aussi  incertaine  que  celle  du  r  d'avar  .  *Himfàchfàfà-<4lfà ,  et 
ne  trouvant  pas  de  réponse  à  la  question  du  présent  sûtra , 
il  dit  naturellement  que,  si  on  ne  les  passe  pas,  c'est  unique- 
ment pour  cette  raison,  qu'ils  ne  sont  pas  compris  dans  les 
mots  que  le  kramaçâstra  énumère  comme  ne  devant  pas  clore 
les  membres  du  krama  :  il^fa  H<rUlfa  rWlfà  îhMUIlQ  ^TôraT- 
$UHi  =T  n^rTFTtarfà'  rlwwlÎHU'fd.  —  Ici  l'on  ne  donne  que  la 
raison  des  faits  compris  dans  le  castra  :  rT=T  i^rtMlfa^^rJ- 

V.  SÛTRA   g.   MHl(  (X,  S.  3).  .  .    —  JtjU*)^  =  gTol<HHI<- 

«foJHr,  comme  au  sûtra  7.  —  M*l(NsH:  =y*j^|i|i|:  -  rt<-ol- 
<XV^  =  iMtuu-ojyir^.  —  Les  adjectifs  masculins  se  rappor- 
tant à  askrita  et  à  nih,  s'expliquent  sans  doute  par  l'ellipse  de 

513^:. 

VI.  Sûtra  10.  fj^fri  (X,  s.  3) . .  .  —  Uvata  explique  le 
doute  relatif  à  la  cause  de  l'altération ,  comme  il  l'a  fait  plus 
haut  :  on  ignore  si  l'altération  est  produite  par  la  fin  du  mot 
précédent,  ou  par  le  commencement  du  mot  suivant.  —  Les 


416  OCTOBRE-NOVEMBRE  1S57. 

exemples  relatifs  à  ce  sùtra  m  trouvent .  pour  la  plupart .  dans 
la  note  du  sùtra  3  du* chapitre  X.  Il  faut  y  joindre  celui  de 
\'d  nasalisé  :  WVt  Vf  (  dans  le  pmdm  Si)  fia  ^QiMl  ÏUtl-ufa 
(RigVéda,  V.xlviii.  ï  ).  — Pour  rendre  inleUigible  la  n 
bon  relative  à  skambhonma.  voici  la  citation  complète  : 
**u ftn*w=r* wwnm  (X.cxi,5). 


VII.  Stras  ii.  ÇrfaW»i,(X.4)...   — 

?<j£f  dt  frfxrrt  «TPt?t  i.  Si  le  mot  altéré  et  le  mot  qui  altère  te 
suivent  immédiatement,  il  suffit,  en  effet,  d'un  membre  de 
deux  mots,  pour  (aire  le  tattdkt.  et  rendre  compte  de  la  mo- 
dification euphonique.  —  Lee  trois  irrégularités  énumérées 
à  la  fin  du  sùtra  précédent  affectent  le  commencement  des 
mots  :  ce  sont  le  oaae  (de  rtVdse  **sm),  la  chute  de  *  (dans 
cit  kambhoMna)  et  l'd  long  (de  joeiat  éVeie)  :  rpnnm:  rf*rr. 
sfîtnjTre*  w.  —A  ces  trois  iseeiu,  UvaUi ,  au  chapitre  X .  q , 
en  ajoute  un  quatrième  (pmrlto  saiaicess  j. 

VII.  Sîtiu  la.  fi>MJ  —  La  quatrième  exception  est 
éW  asaw^  (autre  7).  et  la  sixième  ymm  feerli.es!  (sùtra  10).— 
Uvata.danssa  glose,  développe  le  raisonnement  par  <>>> 
lemme  1  De  deux  choses  l'une  :  ou  bien  il  ne  faut  pas  faire  la 
coupe  de  deux  mots  pour  les  trois  sesWau  mentionnes  an  sù- 
tra 1 1 ,  ou  bien  il  faut  la  faire  aussi  pour  les  deux  dont  U  est 
question  ici  ;  car  il  y  a ,  pour  les  uns  comme  pour  les  autres, 
rapprochement  du  mot  altéré  et  du  mot  qui  altère.  Cest  le 
voisinage  immédiat  qui .  dans  les  deux  cas,  est  cause  de  la 
modification  :  3wnrrfa  fç  fâl«l{Vi(l»lrâta .  —  Nova  avons 
vu.  dans  les  notes  des  sùtra»  7  et  10,  qu'il  y  a  doute  sur  le  , 
principe  de  ces  deux  altérations.  Aussi  la  question  critique  du 
sùtra  1  a  et  le  dilemme  du  scoliaste  ne  s'adreasent-ils  qu'ans 
pûrvanimittamâninah ,  qui  veulent  que  la  cause  soit  immédia- 
tement voisine  de  l'effet. 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         417 

VIII.  Sùtra  1 3.  3FTP$£S$  (X ,  3 ) . . .  —Commentaire  : 

5^MUo£iùf^,  «dans  le  sandhi  par  non-succession,  par  in- 
terruption »  :  c'est  le  nom  donné  à  la  tmèse  au  chap.  II ,  43. — 

ê^L|<UHIH^l  5FT:  §rô  fàRdÎHijl  :  q^^H  ÇT^  sffif  ^Êt  iJôrfà"  i. 
On  ne  voit  pas  le  sandhi  de  çunahçepam ,  le  mot  coupé,  avec 
cit,  qui  le  coupe,  tandis  qu'il  devrait  le  suivre.  (  Voy.  la  note 
du  sùtra  i5.),  —  Les  exemples  ont  été  cités  au  chapitre  II 
et  au  chapitre  X. 

VIII.  Sûtra  1 4-  rTrTt  •  •  -  —  Ces  maîtres  font  ainsi  le  krama . 
SprfsTrT  i  fà^M  i  ÛluQi^d  i  (  Rig-Véda,  V,  ii  ,  7  ).  Uvata  ex- 
plique les  divers  sandhis  qui  se  font  dans  ces  trois  membres , 
en  citant  les  sûtras  3i,  1 1,  4  et  6  du  chap.  IV.  —  «i^jqir^ 

=  çItHUIIç^,  «  en  vertu  de  la  définition ,  de  la  règle  générale  ». 
—  La  seconde  moitié  du  sûtra  est  expliquée  par  la  glose  sui- 
vante :  ^jrTT  <^MlfoltffôM  oIUIHÎ  ôrtfr:  ^  Ûf^rlT  HoIrfïfH  .  Cette 
glose,  que  confirme,  du  reste,  toute  la  suite  du  commen- 
taire ,  montre  qu'il  ne  faut  pas ,  dans  le  texte  du  sûtra ,  lire 
frmr  fcMWI  ,  mais  4£HifoJ<rlHT ,  pour  spTT  «foi^jHI .  —  Pour  rTrft 

sqr,  voy.  plus  haut,  sûtra  6. 

IX. Sûtra  1 5.  M^MMI^UJ.  •  •  —  M.  Pertsch ,  d'après  un 

manuscrit  de  Berlin ,  lit  yind  :  pour  33T  FTrT  :  ;  mais  l'ensemble 
du  sûtra  et  le  commentaire  ne  laissent,  ce  me  semble,  sub- 
sister aucun  doute  sur  cette  dernière  leçon.  Commentaire  : 

5Rïu"  ôRGôtJ  :  I  mrTrf:  —  *MMUo!T!=îfSrri£l!  :  i  »  Quand  la  tmèse 
(le  sandhi  interrompu)  a  quelque  chose  d'antécédent,  des 
[mots]  antécédents  existants,  le  krama  doit  être  prononcé, 
dans  la  partie  de  l'hémistiche  qui  précède  [la  tmèse],  par 
x.  28 


*|  (M.lnHHK-NOVKMBRB   1857. 

(  membres  de]  deux  mot»,  »eioo  U  soccesaion  de»  mou.  Ju« 
(|iie-ln,  c'est-è-dirc  jusqu'à  la  Imèse.  • 

Exemple  :  OT  ÎFïî  i  irai  nplfcl  •  8 11 '11*1  :  i  llJljWï  i  (  /ho 
Vida,  IX.  Lxnvi.àa). 

Après  cet  exemple,  l'iala  continue  m  cet  termes  :  fat. 

nft(jirwn  i  pf$  w*t  ciwwftw^Ffci  fat  ■  *  fnwfjf  •  |wt 

*?ç  ^f*rJXf:  '  wçî  u^tfuiiiMiéJirt  ^nwilïj  g<H'ji.iJjiii»îtaifi 
tmnf?ri »n m m(^ijj«ii^  i  fiirtilt  v%  iw  nim  et  lit  *n 

smàt  i  «pt  nç  i  fs^^vAvèmurt  m  »  •  Pourquoi  cela  est. 
I  lit  ?  Cela  n'est-il  pas  établi  par  la  a' sàtra  du  chap.Xr— 
Non .  cela  n 'est  pas  établi.  Oo  toit  bien  (dans  la  sommai]  la  axa- 
dju  du  mot  tyau  [,  qui  précéda  la  troésc ,]  avec  la  portion  de 
mot  narA,  mais  non  star  la  mot  entier  aardpemsas»;  et  alors 
il  r<  «miterait du  texte  aasfesaasfajfsfeffaeJt  (s.  i3).qu 
iyale  ne  peut  pas  dore  [un  membre].  Cest  pour  «m pécher 
cette  déduction  que  cette  règle  est  donnée.  —  I  I  tant 

prononcer  le  mot  coupé  et  le  mot  qui  coupe  avec ...  —  Avec 
quoi  ?  —  Arec  [le  mot  qui  précède  la  tmase  al  le  mot  qui  ta 
ntt  .  c'est-à-dire,  dans  I  exemple  ailé,  avec]  las  deux  mots 
(yalt  et  dwvymm  :  \fif  At{isjlW\»tf  (en  on  seul  membre)  • 
Le  commentaire  ajoute  que,  salon  d'autres  maîtres ,  il  ne  ré- 
sulte pas  de  ce  qui  a  été  dit  plus  haut .  que  fyatê  oe  poisse 

ait  lieu 


pas  terminer  oo  inerahre  ;  pan  importe  sme  le . 
avec  une  portion  (  initiale  )  du  mot  ou  avec  le  mot  entier 
(  «J^Mvil-t  srr  «fr*^*t  m).  Et  eo  effet  le  mmu/Ai  oc  peut  aJecter 
que  le  commencement  de  aardfasiaisî  et  la  un  de  (vu/e. 


IV  si  nu  16  êTcT:  (X.  s.  8).  .  .  —J'ai  aum  fidèlement 
!  interprétation  du  scoliaste.  Pour  bien  comprendre  ea  sûtra  . 
il  faut  se  rappeler  qu'au  chapitre  II .  43 .  le  PrdUçàkkya  cite 
trois  tniéscs.  les  seules  qui  se  trouvent  dans  le  Aie-KeaV 
De  ces  trois  tmèees.  il  y  en  a  deux  qui  commencent  Thé- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         419 

mistiche,  et  une  seule  qui  soit  précédée  d'autres  mots;  c'est 
à  cette  dernière  que  s'applique  le  sûlra  précédent.  Celui-ci 

s'applique  à  toutes  les  trois.  —  fa^  (ônfiT)  =  ilf^ii^ur  zftsT- 
offt,  «il  combine  au  moyen  du  parigraha  [,  d'abord  le  mot 
coupé,  puis  le  mot  qui  coupe]  ».  Uvata  donne  le  même  sens 
à  niraha,  au  çloka  3o;  nous  retrouverons  aussi  ce  mot  au 
çloka  1 A ,  avec  le  sujet  ■eficj*  : .  Il  est  bien  formé.  Le  préfixe 
nih,  entre  autres  sens ,  marque  «  en  dehors  »,  et  ce  composé , 
par  conséquent ,  s'applique  très-bien  à  une  reprise  en  dehors 

du  membre.  —  ^  q^  i  3ûï^  i  snofrt  =3"  tiw  odâfrf  i. 

Exemple  :  ^Jrf  ;rçrastef  $aâf  i  H^iuÎMPîfH  n^TW  '  %f?r  ^  i. 
(Voy.  le  sûtra  précédent.) 

Suit  l'explication  de  itarayoh  cftd^ft  :  i  gf^JTFTOoraT^' 
q^;  fàjW  i  "  De  quelles  deux  autres  [  tmèses  ]  ?  —  De  celles 
qui  n'ont  pas  de  mots  antécédents  (c'est-à-dire  qui  commen- 
cent l'hémistiche).  Il  en  répète  également  les  deux  mots  (en 
faisant  le  parigraha).  Exemples  :  i"  spHiq^T  Hf^df  i  SR:- 
UlMfïîÎH  SfT : stfj  i  f%f^f?T  f%rT  i  ;    1°     q^TôJTSraf  qrcrqT  i  NWÉN* 

mfô  ^lOT  i  orfèr  sn  i .  (Voy.  chapitre  X,  note  du  sûtra  8). 
La  seconde  moitié  de  la  règle  est  commentée  ainsi  :  rTrT: 
«oijôlrM  *T37T  «T^T  É%TT  3ïrTê?TT ,  «  ensuite ,  il  faut  faire  le  san- 
dhi  du  mot  suivant  avec  le  mot  non  coupé  [qui  clôt  le 
membre  où  est  la  tmèse].  »  Exemples  :  r"^  ^  i  ;  i°  pf^rf 
H^tjirt}   3°  Wiuimiï^j.  —  M.  Pertsch   donne  saÉftq  pour 

Sôqiï^T.  On  voit  que  le  sens  de  l'axiome  et  le  texte  de  notre 
manuscrit,  qui  viole  le  sandhi  pour  conserver  l'a  privatif, 
rendent  indubitable  la  leçon  que  nous  avons  adoptée. 

Uvata  nous  dit,  en  terminant,  que  c'est  pour  ne  laisser 
aucun  doute  sur  le  sens  que  le  maître  a  ainsi  développé  sa 

X.  Sûtra  17.  dy^frï\-  •  •  —  Commentaire  :  fftô)  =  3©T- 

28. 


430  OCTOBHKNOVBMBRE  1857 

rrrrtf:  i.  La  traduction  du  sûlra.  avec  la*  additions  explica- 
tives, rend  bien  compte  de  ce  commencement  do  commen- 
taire. Uvata  ajoute  :  ^WH^S  WIUll  «Tunt  wj  »Wtll<ni  ^T^W  1 

•  De  cet  trou  [mots]  reprenant  [an  membre  suivant }  le  mot 
du  milieu,  [  il  faut  ]  encore  (  le  krmmm)  avec  trois  mots.  —  Pour- 
quoi ?  —  De  cette  façon  encore,  il  y  a  noo  solution  de  con- 
tinuité de  la  cause  et  de  l'effet  (c'est-è  dire  du  mot  altéré  et 
du  mot  qui  altère).  •  (Voy.  plus  haut,  sùtraé.  et  eh.  X.  a.) 
—  Exemple  :  3Ç  3  •  ï  J  OT  .  dans  le  pmia  Jr^  i  ï  ^fri  i  n  • 
m  •  (Haj-l'esk.  VIII.  lu.  9). 

X.  Situa  18.  f*M«!H        —  Commentaire  :  •fwfWr- 
«Et  Et  fit-il  îmrnl  ^ifàiaffsjinsajpit  »tim  «Jatt^uniaV  tjffcprwr 

nwîifa  tr>fà  yb  wnrnri  «Quelques  maîtres  pensent  1 
dans  cette  réu  nion  de  trois  [mots] ,  qui  produiseot  ou  snbiasatst 
(l'altération] .  [à  savoir  ]  du  mot  altérant  et  de  ceux  qui  éprou- 
vent le  changement  en  th  et  en  * .  la  non  solution  de  la  ntmkitd 
a  lieu  par  un  kramm  de  cinq  mots  (c'eat-à  dire  par  un  membre 
réunissant  aux  trois  mots  le  mot  qui  les  précède  et  celui  qui  les 
Mut }..  Exemple  :3c  3  orrarfiti.  (Voy.  le  autre  précédent.)  — 

fatal  {ut  1  3*  fç  1 3£  5  tri  j«u  -nflifafBrsl  •Rf}  1  wAfrrt  UIJbI  1 

;tipwi&  awf  •*  çtru^  1  QTCrojrêr  twaf  ai  *arpij  n  fiWrtQ  ^fïr  1  n 

^NÏHWMélHI-îkNi  g^TP^i  -t»I^Hl   IIWI^mTIi^UI  Q^Sf  *H 

Ur'JUM  m  çrm  j?»ni am îwrsfcr m «ffv^r^ uwfWïf  1  «Pour- 
quoi ?  car  l'on  dit  :  dans  ud  i.  sh*  *mk ,  le  changement  en  s/> 
a  pour  cause  la  voyelle  altérante  (a*);  le  changement  en  a  a 
pour  cause  le  sh,  sans  la  voyelle  altérante,  il  n'y  aurait  pas 
changement  en  $h;  sans  le  changement  en  sa,  il  n'y  aurait 
pas  changement  en  n.  [C'est  la  non  réunion  de  ces  principes 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         421 

et  efl'els  qui  serait]  solution  de  continuité  (voyez  sûtra  3). 
Mais  pourquoi  nah  ne  peut-il  terminer  le  membre?  —  [C'est 
qu['en  reprenant  le  n  (cérébral),  devenu  n  (dental),  de  cette 
manière  :  no  vaso,  on  ne  voit  pas  le  sandhi  du  n  avec  vaso.  » 

X.  Sûtra  19.  ^rP.^T:  (X,  s.  3).  .     —  Exemple  :  3^ 
<j  HT:  1.  —  Nous  avons  déjà  vu  «l-cif^-ï  au  sùtra  9.  Le  mot 

s'applique  bien  à  une  pratique  traditionnelle.  —  Le  manus- 
crit de  Berlin  donne,  à  ce  qu'il  paraît,  âcarite;  la  leçon  du 
manuscrit  de  Paris,  âcarito,  est  confirmée  par  la  glose  :  STT3» 
^TTOîJ  :  thMMIt|(frl.  — Le  commentaire  ajoute  :  r(UI«<  :  fJ^ÎHJp- 
oj-?<4«): ,  «  le  mot  tu  a  pour  objet  d'exclure  l'autre  opinion 
[mentionnée  dans  le  sùlra  précédent].  »' —  Pour  l'exemple 
cité  par  Uvata,  le  membre  finit  bien  à  nah,  et  le  krama  est 
bien  de  quatre  mots;  mais  si  l'on  appliquait  le  sûtra  aux 
exemples  cités  au  chapitre  X,  sùtra  3 ,  20,  ou  bien  il  faudrait 
ajouter  un  mol  à  nah,  ou  bien  le  krama  ne  serait  que  de 
trois  mots.  On  peut  se  demander  si  le  sûtra  17  ne  se  rap- 
porte pas  à  des  exemples  commet  GT  trr: ,  et  les  sûtras  18  et 

19  à  une  combinaison  comme  3£    (  3<ïJ  S)  .<T  TFT: ,  où  nous 

avons,  outre  shu  et  naïf.,  la  particule  a,  qui  est  aussi  com- 
prise dans  les  exceptions ,  comme  mot  à  sauter.  Ne  serait-ce 
pas  à  ce  dernier  cas  que  s'appliquerait  proprement  le  mot 
Irisamaama  ? 

XI.  Sûtra  20.  îTc^rUMl^ld  ...  —  Commentaire  :  ^mt- 

WTcrïïT  =  tfiujr  vfîquilMloUH  1.  «  Mais  comment,  se  demande 
le  scoliaste,  y  aura-l-il  non  solution  de  la  samhitâ,  si  l'on  ne 
fait  pas  de  krama  de  plus  de  deux  mots,  et  si  l'on  ne  com- 
bine pas  ensemble  les  mois  qui  produisent  et  ceux  qui  subis- 
sent l'altération  ?  »  ?rf^  <sl^sh*fl  =T  fwm  fafàrlfafàf7(*fèuiiïil 
<*rtji||Mjrr  «fyflu")  uarfff  1. 11  répond  par  les  mots  du  texte  srfàr  Sôr- 


(g  OCTOBRE- NOVKMBHt  IS»7. 

*mf  vUrÙCri .  et  U  lot  explique  de  la  manière  suivante  :  qrf- 

?wçrot:  iw  ftnmôl  fnopwfcwi^i:  ow»  («A  Pi  cuTTasjftRnjQ; 

rjàfï*  i  •  Le  saaeai  m  faisant  entre  les  fia*  et  les  commence- 
ments des  moto ,  les  retranchements ,  additions ,  changement* 
[ont  lieu  pour  chaque  mot]  à  l'égard  du  mot  voisin,  et  il 
suffît  qu'il  n'y  ait  pas  solution  de  la  ssuàaia!  entre  les  mois 
deux  à  deux.  • 

Exemple  du  araata,  coniormement  à  celte  méthode  :  m 

q  i  IJï?:  i  (Voy.  chap.  X .  sotre  3.  a*.) 


XI.  Sfrnuai.  IFT^ÎT:        —  Commentaire   crfti 
ÔHrt  UpK  HikMM:  •  *  WaW  jwn  JTOW   i  qpt  I  BW  U^trlBJ|TOJT7- 

je  q^  ai  Gtwttrt  f^fir*  *  iraf*  *  **  3*  t.  Toute  cette  glose 

est  relative  à  1  adverbe  lUatlR  .  qui  forme  à  lui  seul  une 
proposition  :  •  Lies  mets  sraa  sssue  ànkt  ne  s'appliquent  pas 
partout.  —  Comment?  —  Là  ou  il  y  a  influence  lOuiproqnc 
du  commencement  et  de  la  tiu  des  deux  mois  [voisins],  là 
cela  s'applique.  (Suit  un  exemple:  Rtg-Véda,  I,  xciv,  t6.) 
Mais  là  où,  des  deux  mots,  Tanticédent  ou  le  suivant  n'est 
pas  cause  occasionnelle  du  ea^angement,  là  eeie  ne  s'applique 
pas.  •  J'ai  ajouté  entre  munUimm  et  làeaen  la  négation  *.  qui 
manque  dans  mon  mannsen 

Uvata  cite  ensuite  le  paaiage  connu  m  5  Ql:,  et  répète  sur 
les  influences  altérantes  ce  qu'il  a  déjà  dit  aux  sulras  3  et  18 
Puis  il  continue  en  ces  termes  :  rmn^nfW.  -  9Ç8  «i{ffl 
4^etiMi<Ti:  demfaqiH  1  fins*  ^  sm  :  <m«r*r  jrôTta  **em- 
ÊPjito  srwrfawFfr. 

Exemples  (déjà  cités),  »'  kntma  de  trois  mots  ;  iffr 3  m 
a'  krama  de  quatre  mots    37  q  m    1 .  .V  krama  de  cinq  mots 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         423 

XII.  SÛtra  22.   ^|qr^ . . .  —  Commentaire  :  «dlotà 

(  de  la  racine  ïï  «àtfà' ,  «  mêler  »)  =  af^r^UÎt  i  f*H*  iTôrfà'  i  ?T3 

^  ôr^TïïTïïTvqt  vçpzri  çrenrt  fafa-à  =t  uôrfTT  H^cU*  uôrfrr  i 

^tevFFTTW^f^  i  £TV3T  çhMm-N|Rrd^:  i  «  Que  veut-on  dire 
[par  ce  mot  :  sans  mélange]  ?  —  On  veut  dire  :  là  où  il  n'y  a 
pas  un  mot  antérieur  aux  [deux  mots]  qui,  d'après  la  règle, 
doivent  être  prononcés  ensemble  dans  le  krama,  qui  soit 
principe  d'altération.  —  Qu'il  observe  la  règle  antérieure 
[signifie]  qu'il  fasse  le  krama  par  deux  [mots].  (Voy.  ch.  X, 
i.)  »  —  Suivent  des  exemples,  déjà  cités,  du  dvikrama  et  du 
oahukrama. 

XII.  SÛtra  23.  q^lM6   . .  —  Exemple  :  ïT  ïït:  i  ït  ^  i 

{Rig-Véda,  IX,  xliv,  i  ).  —  uui«<l  Ulrol^d  :  i  huinHj  3^rn 

^  Hrdl^H  fihUMIUl  ^Tcôf  i  a  Le  mot  pra  est  cause  du  change- 
ment en  n  cérébral;  quand  ce  mot  a  disparu,  la  reprise  [de 
nah]  se  faisant  avec  le  mot  suivant,  le  «  redevient  dental.  » 

XII.  Sdtra  aA.  sygji  (X,  12).  .'.  — M.  Pertsch,  d'après 
les  manuscrits  de  Berlin ,  donne  J3rTt ,  au  lieu  de  ïftTt.  —  Pour 
donner  la  raison  de  cette  règle,  Uvata  nous  renvoie  au  cha- 
pitre X ,  12,  et ,  à  ce  propos ,  il  nomme  encore  le  chap.  X , 

kramaçâstra,  par  excellence.  —  Exemple  :  rëTT  ^  1  ^  rUf<<flU!- 
eîrTr  *ci*il<»^  1  [Rig-Véda,  I,  lxiii,  6).  Le  samaya  est  ^  1  cffçT 

j^  1  ;  il  est  lié  par  son  premier  mol  au  membre  précédent , 
puis  prononcé  tout  entier,  en  un  seul  membre ,  avec  les  deux 
mots  suivants  :  OTTTSÇnm  1  Ç5T  :  s  4V<±>^. 

XIII  et  XIV.  Sûtra  2  5.  M^fHchl(lflU  (X,  s.  7-9).  .  . 
—  M.  Pertsch  a  lu  t^wiôn^,  au  lieu  de  Miwjcji^,  et  il  a  placé 
iT-e^fri  après  WT.  —  Uvata  donne  avec  beaucoup  de  soin  la  sy- 
nonymie de  tous  les  mots,  sujets  au  parigraha,  qui  sont  énu 


4M  ..t.îOBHfc    N<>\  hMHHK   l«5" 

mérés  dans  le  texte  ;  j'ai  introduit  ses  explication»  dans  ma 
traduction,  partout  ou  cela  était  nécessaire  pour  la  clarté.  — 
Dana  le  sens  de  «fcfowrf .  nous  avorta  vu  (chap.  X ,  6  et  g  ) 
*tf?rarçrir  et  àfJrarçifr  1  -  mrt     wmjajifui  ■  -  1mn^    wb- 

*ri?f  umt  **w*  i«  -  ■f^  nwjipiiP  -  finenn^fn^  tJftnnj 
njfà  uuuwiifa  <i4ifo.  —  Le  changement  d'aspirée  ou  qua- 
trième en  troisième,  eat  expliqué  par  la  citation  de»  doux 
premiers  mots  du  dernier  çbka  du  chap.  IV  :  Jijwft  4£1H.» 

et  SJïTïf^  par  l'exemple  ordinaire  fllfAu?^.  -  IM~oalrt  foçft 
îtà  (j^Mi<pi|ui  m  mwgjf  ^Rfn  *n  n^  o^rfrr^r  ft  trçé%^  » 

•  Par  quoi  ?  •  ajoute- 1 •  il.  *fePT  1  <jf(U|lJI  1.  —  •  Par  \epangraka.  • 

-  fifcwrrift  1  •  Pourquoi  ?  •  Dans  la  réponse  à  cette  question . 
Uvala  passe  en  revue  les  ditere»  catégories  de  mots  sujets  au 
pmigrùkë  qui  sont  énumérés  dans  le  sùtra.  1*  mots  accom- 
pagnés d'iit  dans  le  paJm  :  farft  fj  1  f*T  jfilf  Wf  (  /lie-  Viaie  . 
\ III.  m,  a  )  1  JWl  qnrt?T:  «Ho  .  .  .  yf*| qf^uffu  ffrift  sjajf} 
'JnUU*lil:  1  rt  m  irf^fït  1  •  Pour  r»  ih  se.  ife  1(1  »faA .  il  résulte- 
rait de  la  règle  [donnée  au  chapitre  V,  10] .  que  dans  la  se- 
conde énoncialion  du  pmrigrmk*  [ .  après  ili .]  il  devrait  y  avoir 
i*  [au  lieu  de  s,  après  la  voveile  altérante  i]  ;  c'est  pour  que 
cela  ne  soit  pas  [que  notre  sùtra  ordonne  de  montrer  la  Corme 
primitive  du  mot  ;  on  pourrait  aussi  entendre,  et  cela  revient 
au  même  :  la  forme  que  le  mot  a  dans  le  padapé{ha].  •  Il  ré- 
sulterait de  l'application  quTvata  fait  ici,  et  plus  bas,  3*  et 
h\  de  la  règle  du  chapitre  V.  1  o ,  que  le  pangraha  doit  être 
considéré  comme  ne  faisant  en  quelque  sorte  qu'un  mot. 

a* Composés  :  ijpt  jfiÀQ^à  ( X .  ctv. 3 )  1  |?*w  WKI^qço 

J$m  ufyjçw  <£biavû  UMJUMii:  i  fî  UT  *jfçf?|  »  •  Pour  iarhuto , 
n'était  notre  sùtra ,  il  faudrait ,  dans  le  premier  énoncé  du 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDTQUE.  425 

parigraha  [,  avant  iti] ,  un  «cérébral  [à  cause  du  r] ,  en  vertu 
de  la  règle  [donnée  au  chap.  V,  20].  « 

3°  Dernier  mot  d'un  hémistiche  :  e  ^f?T  ÇT:  1 .  Même  ob- 
servation que  plus  haut,  i°. 

4°  Mots  placés  au  milieu  d'un  bahuhrama  :  rft"  cr  UT:  1  Le 

parigraha  nous  donnerait  ÇSrfàr  ^  1.  Voyez  i°  (tTorôTïT,  dit  le 
scoliaste). 

5°  Mots  qui  changent  une  quatrième  en  troisième  :  sTSTSTcT 

^TsTO^T:  (VIII,   XXXI,   7)    l  ^RT3r  qffel^m  ^f^HId^ëT^t 

«  Ici  [c'est-à-dire  pour  jugukshatah,  tenant  la  place  dejughu- 
kshatah] ,  nous  devrions  avoir  une  troisième  [c'est-à-dire  un 
g  non  aspiré] ,  dans  le  premier  énoncé  du  parigraha,  en  vertu 
de  la  règle  qui  veutque  le  premier  énoncé  du  parigraha  (c'est 
ainsi  que  le  fait  le  pada)  soit  comme  dans  la  samhitâ,  et  le 
second  comme  dans  le  pada.  » 

6°  Mots  modifiés  par  eux-mêmes  :  ^yîrfrf^pgir  (I,  ci,  9). 
Même  observation  que  plus  haut,  i°  et  5°. 

70  Mots  dont  l'initiale  est  allongée  :  *fyiïlcfyfr  (I,  cxxiv, 
8)  1  ^Rra  Ucxoi-cm  ({Woiy  wi  :  1  H  m  iT^f^- 1  «  Dans  le  premier 
énoncé,  nous  devrions  avoir  une  longue  [en  vertu  du  prin- 
cipe exposé  plus  haut,  5°].  » 

Uvata  propose  ensuite,  pour  les  quatre  premiers  mots  du 
çloka  i4,  une  autre  construction ,  qui  ne  change  pas  le  sens 
d'une  manière  essentielle. 

XIV.  Sûtra  26.  <=ftn  •  • .   —  Uvata  renvoie  au  çloka  10 

(  sûtra  1 7  ) ,  et  cite  l'exemple  connu  3£5T  1  3;  5  UT:  1  parigraha  : 

^^c#J  fôdfrl  ^  I. 

XIV.  Sûtra  27.  dy^îîjl  (X,  s.  io).  . .   —  M.  Perlsch 


1Î6  OCTOBRE  NOVEMBRE  1857 

demie  7T  fîâï,  au  lieu  de  îTOl,   «pie  porte  mon  maniucnt 
WiJHfi).  —  Pour  fsrrrç .  cf.  «dire  1 6 .  et  pour  wtiçgt- . 

\.  10.  —  Commentaire  :  vfit  t*ft  JJWJ<HlM6iïïi  uxfc  WV 

Tfpç: .  voy.  ».  16.  (Cette  partie  de  la  gioae  eat  expliquée 
l»ar  les  additions  que  j'ai  faite»  à  ma  traduction.)  féUMJUt  • 

g<lrwvujr*iui«itf  m  nnftxmwmrt  \$z  *  wm  *vjfm  m 
<j£  tHFTjià  m  i  rHUiwjfyayfrl  i  mfefrt  ?r| , .  Pour  quelle  rai- 
son ?  —  Pour  faire  ceaeer  le  doute  relatif  à  la  fin  du  mot 
Par  exemple .  dans  le  membre  de  deui  mois  :  HA  Inlm  (ou 
plutôt  ià*  *âm).  qui  oemmeoco  ITilmaHitbe  (1.  xux.  4). 
on  m  distingue  pas  ai  le  prceumi  fiait  en  a  ou  en  m.  Ceal 
pour  cela  qu'on  fait  le  pmngrukm  :  làm  ifi  tdm.  • 

W  SCraAsio-3o.  1|J..._l|gT..._fHÏt  •—  (X,  s.  n> 
i4)... —  Le  terme  technique  ta  ft  i .  que  j'ai  traduit  comme  mot 
abstrait ,  est  pris  par  livata  comme  synouyme  de  fcwrt.quenou* 
avons  vu  au  chap.  X,  9 ,  c'est-à-dire  comme  désignant  le  mot 
même  qui  est  employé  seul  et  sans  Ut  (UfHplOlW^ul).  —  Il 
donne  pour  exemples  :  1*  de  êtkttt .  m*  (/u«- tau*.  X,  clvi  . 
a)  •  m  (ou  plutôt  *mj  1;  9*  de  «amlait*  :  {«jji-ft  yf*  (VI. 
lu  ,  8)  ;  3*  de  sthttopostkita  :  mi:  1  mfirfrT  «m;  1 .  et  en  outre 
l'exemple  déjà  cité  au  chapitre  X,  sùtra  t&. 

Le  gérondif  fàuflW  eat  expliqué  ainsi  :  WH^fl  JB  qrni 

fàwi  '  QUIr^.  ■  ayant  mis  Yupasthita  en  tête  et  le  tlkila  après  ». 

—  Quant  au  verbe  ¥TW#rt.  le  commentaire  le  considère 
comme  exprimant  à  lui  seul  toute  la  proposition  que  fou  > 

?&  î«Hjyfî«iH^rflu(w<iHiM.g^-i  'nui'h-mm\r», .  «  ainsi 

1  Peut-être  vaudrait-il  ouetu  lirrftVjfrT.  AuaMimeat-ce  lafanacqu 
le  eoameoUife  de  eat  trait  1 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.  427 

ils  font  la  montre  du  mot  [c'est-à-dire,  ils  en  montrent  la 
forme  propre  et  primitive] ,  au  moyen  de  l'un  des  [  trois,  à 
savoir]  de  la  sthili,  de  Yupasthita  ou  du  sthitopasthita.  » 

XVI.  Sûtra  3i.  M  H  l  (X,  s.  17).  .  .  —  Comme  le  pari- 

graha  est  déjà  ordonné  par  le  sûtra  25,  cette  règle-ci  a  pour 
objet,  dit  le  commentaire,  de  défendre  ïavagraha  pour  le 

premier  énoncé  [  avant  iti],  —  Exemple  :  Q7ht|JrrfàffT  ^Tî-sf^rf  1 
{Rig-Véda,l,  1,  1). 

XVI.  Sûtra  32.  hR|H  (X,  s.  18  ).  .  ,  —  ^JWT,  «an- 
■  técédent  d'ifi  » ,  forme  un  composé.  — Cette  règle,  relative 
à  ÇêT: ,  à  sa  quantité  et  à  son  accentuation  dans  \eparigraha, 
est  bien  expliquée  par  la  glose  et  l'exemple  que  nous  avons 
donnés  dans  la  note  du  sûtra  18  du  chapitre  X.  Uvala  y  ren- 
voie. —  C'est  d'après  le  commentaire  que  j'ai  ajouté  :  «  les 
Çâkalyens»,  yu*vl^^rU.  —  11  donne  pour  exemples  du 
sandhi  avec  ili  :  ^j^dr^rfll'oitfg-SôRT  {Rig-Véda,  VIII,  xci, 
4);  <4J*H>  ffiVjÛ'fl  (VI,  nx,8). 

XVII.  SÊtra  33.  ilfH^iHH. . .  —  Entre  le  sûtra  et  la 
glose ,  à  la  suite  de  *l<yfimHiTcrrf£,  mon  manuscritdonnecomme 
variante  ^oi^viHir^,  «  pour  montrer  la  combinaison,  le  rap- 
port des  mots  ».  Il  n'est  pas  question  de  cette  variante  dans 
le  commentaire.  —  Les  additions  et  explications  diverses 
que  j'ai  insérées  dans  ma  traduction  sont,  comme  toujours, 
empruntées  à  Uvata,  qui  commente  ce  sûtra  avec  beaucoup 
de  soin  et  de  netteté.  —  3U*IrT:  =  qâfuT  q^CT  ^ ,  «  avec  l'an- 
técédent et  le  conséquent».  —  g-UH^Ut  =  g^rjT qferr  5TT.  — 
Le  composé  qui  termine  le  sûtra  est  commenté  ainsi .  fàrfîr- 
7^n)"}oiH«4i<riW  *TU5jfFT,  «  rie  celte  façon  aussi  il  y  a  non  sépa- 


m  '<  TOBRE-NOVKMBRE  1857. 

ration  de  la  cause  qui  motive  l'altération  (que  cette  eau* 
l'antécédent  ou  le  conséquent].  •  —  fantâ^  peut  avoir  deux 
sens.  Selon  les  uns,  il  s'applique  aux  trois  derniers  fqrf*;- 
ffrôn^,  cnumérés  au  sûtra  10,  c'est*  dire  à  r/rdsa  efena, 
cit  kambhanêna,  et  aux  mots  qui  ont  l'initiale  allongée;  selon 
d'autres ,  vu  que  la  section  des  mots  dont  la  cause  d'altéra- 
tion est  douteuse  comprend  aussi  l'énumération  faite  au 
sûtra  a5 ,  ce  sont  les  trois  derniers  de  cette  énnmération  que 
cette  règle-ci  concerne.  Elle  expose  deux  méthodes  de  krmma. 
que  les  exemples  cites  par  le  ■colinsit  édatreissent  parfaite- 
ment. 

La  première  consiste  à  (aire  en  deux  membres  le  umdki 
du  mot  irrégulier  (sous  sa  forme  irrégulière  ) .  d'abord  arec 
le  mot  antécédent,  pais  avec  le  mot  suivant,  et  a  montrer 
ensuite  la  forme  propre  et  primitive  du  mot.  au  niaytn 
purtgruha.  Exemples  :  ât^TT  fflT  I  OT^T  mini,  i   'flftrtWw  i  - 

v^tft  i  «)fiw«)ep.  i  Tons  cm  exemples  ont  été  souvent  cités  ; 
ce  qui  est  nouveau  ici .  c'est  la  coupe  du  krama. 

D'après  la  seconde  méthode,  on  rétablit  la  (orme  propre 
et  régulière  du  mot ,  soit  dam  le  membre  ou  on  le  combine 
avec  le  conséquent,  soit  dans  celui  on  on  le  joint  à  f antécé- 
dent :  ce  genre  de  krama  rend  le  pmncruka  inutile.  Exemples  : 
•mi^im  \F&  i  ^7W  UTTRf  :  i  ou  OTJTO  WfSf  i  UrVI  *W  W  i  MIKR- 
'*&&  •  WWJfcT  WWlui^i  ou  f*tr*4W^T  i  &&&  WWTTP^  i 

uifauT^  i  if^FTi  ou  jjif.iu^  i  »^jw  i. 

Ceux  qui  remplacent  les  trois  derniers  mots  ou  catégories 
île  mots  du  sûtra  10  par  les  trois  dernières  catégories  du 
sûtra  a5,  changent  simplement  les  deux  premiers  exemples 
cités-,  le  troisième  est  le  même  (tfrËPTf^f).  pour  les  deux 
-titras.  Ainsi,  d'après  la  première  des  deux  méthodes  pro- 
posées :  ORt^irV:  i  tl*V:  ?TOI#Ç¥f  :  i  tfaja  rfré  «msj:  i   (  /ne- 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  42y 
Vétla,  I,  CXLI,  7);  ôrçjTITÏ  JTFT^rTÎ  l  AIW^HWf^fH:  l  HH^rllfàld 
MM^riî  I  (I,  XCIV,  16). 

XVIII.  Sûtra  34.  =N<c^H(V  (W  $frT)....  —  Cette 
règle  est  identique  avec  celle  que  contiennent  les  sûtras  10 
et  1 1  du  chapitre  X.  Uvata  cite  le  même  exemple  d'à  non 
nasalisé  qu'il  a  donné  dans  la  glose  de  ces  sûtras;  et  pour  l'a 
nasalisé ,  celui  que  nous  avons  vu  plus  haut  au  sujet  du  sû- 
tra 10  du  chapitre  XL 

C'est  une  exception  à  Sïs^R-  JTWJJHlft  ST^T  ^  ( siitra  2  5,4°) 

-  «UoiNrï  a  pour  complément  sous-entendu  qf^ij^irr-  ^fcsr- 

ôFTPT  (de  la  racine  çft)  =»  STWJcJUM  *rd|.  —  On  peut,  avec 

le  scoliasle,  donner  pour  sujet  à  la  seconde  proposition  <*Hrt, 
sous-entendu. 

XVIII.  Sûtra  35.  rTSTT-  •  •  — Uvata  rattache  (TOT  au  sûtra 
précédent  :  «de  même  qu'on  montre  la  nature  propre  d'à, 
par  la  reprise  au  membre  suivant».  — OehU^lP  =  OeftcFqç, 
«chaque  mot  un  à  un  [en  commençant  par  les  premiers]  ». 

-  fà":  STsTg;  =  WT^rnr.  —  Pourquoi  [cette  règle]  ?  ^3"%^:  1 
Réponse  :  mn  ^  u^frll:  Fôittsi  y|«[^|  :  ^f|fàr,  «  afin  que 
toutes  les  fins  de  mots  et  tous  les  accents  soient  vus  ayant 
leur  nature  propre.  » 

Exemple  :  5T  <%rTT  fà" ,  dans  le  pada  . ;  57  1  g  1  Wl  1  S7T  1  fàr  1 
(Rig-VécLi,  I,  v,  1)  :  krama  par  retranchement  successif  des 
premiers  mots  :  ?oTrT  1  ^FT  1  ^rTT  fr  1. 

Le  commentaire  ajoute  :  fniïiTAfàfàc+iimjFr  ?jt  srftfjïT: 

Hiitich^iiMHiy  1  ^mrum  =3rrêr  \    «  Le  krama    de  plusieurs 


Mi  OCTOBRENOVBMBHE  IS57. 

iuoU,  par  combinaison  des  cause»  el  cfitU  d'altération,  le* 
quel  n'est  pas  mentionné  dan»  lea  précepte»  du  kmmm  (au 
chap.  X),est  dil  abandonné  a  la  volooté  propre  [du  lect. 
Ain»,  dans  A  tr  etd  ri  (ou  plutôt,  telon  la  règle  du  tmnm- 
krama,  chapitre  VI,  i.  A  ttieiÀw).  le  mot  la  ne  peut  dore 
un  membre,  parce  qu'il  ne  pourrait  y  avoir  redoublement 
du  t,  si  l'on  faisait  la  coupe  par  les  deoa  mots  é  te;  le  troi- 
sième mot  [à)  non  pins,  de  peur  de  l'aaaaaWtf .  ni  le  qua- 
trième mot  {ità  pour  île) ,  à  cause  de  l'allonfeeient  •  H  peut 
paraître  étonnant  qoe  le  redoublement  du  f  dans  «t  wtt 
d'après  les  lob  de  mnmhmmui.  eseree  de  l'influence  sur  les 
coupes  du  krama,  et  (esse  de  g  un  mot  à  sauter.  Je  ne  puis 
pourtant  voir  d'autre  sens  à  cette  partie  de  la  glose  :  il  est 
vrai  qu'il  s'agit  d'un  trusta  abandonné  a  la  volonté  du  lec- 
teur. 

\I\  ^itm36.  H=*MMM!o  (X.  s.  ai)  —  Il  s'agit 
des  diverses  modifications  relative»  eu  a  final ,  dont  il  est 
traité  an  chapitre  IV.  >6-35.  —  Voyei  le»  exemple»  au  «  lia 
pitre  X ,  sùtra  1 1 .  Uvata  en  cita  sa  quelques  aetre» .  qoe  no— 
avons  vus  au  chapitre  IV  ;  il»  difirent  quant  au»  mot»,  mai» 
non  quant  à  la  nature  de  l'altération,  ni  quant  à  la  manière 
dont  le  panaraha  rétablit  la  sonne  primitive. 

Ce  sùtra ,  se  demande  le  scoliaste.  n'esl-il  pas  simplement 
une  répélition  inutile  du  »utra  i5  (ch  XI .  1 3et  ia)  ?—  N 
car  le  sùtra  a5  ne  prescrit  pas  de  ramener  le  mot.  quelles 
que  soient  sa  nature  et  son  altération .  a  la  forme  propre,  a 
la  (bis  avant  et  après  itt ,  mais  il  élément  avant  in.  Ainsi 
les  composes  conservent,  dans  le  premier  énoncé  du  pan- 
graha,  l'altération  irrégulière  qui  affecte  le  tandki  même  des 
dent  éléments,  parce  que  le  sùtra  3i  (chap.  XI,  16)  nor 
donne  de  couper  le  composé  qu'après  iti  :  v^mftrfn  v-T  :  w4 
[Riq-Véda,  X.  xlvi,  5).  voyes  chapitre  II.  36;  »3>*uifafa 
3^ï»TPtJX,  vin.  a),  chap.  IV.  7.  «jiftlfjWfJMfÙrfX. 


ÉTUDES  SLR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQLE.         431 

xiv,  9),  chap.  IV,  i3;  ^uh'fuifïtÎH  ^SHgtfrjf  (VI,  xx,  4), 
chap.  II,  37. 

Pour  les  altérations  au  contraire  dont  il  est  question  dans 
le  présent   sûtra,  on  les  fait  disparaître   aussi  bien  avant 

qu'après  iti  :  fol*MsitlMl'4JMUFT^  1  fol*Jls1HHlPlfH'  fa" -s yisHÏ- 
:TFTj  (IV,  xxxill,  6). 

XIX.  Sûtras  37-39,  ïtfrf  •  •  —  grTo. . .  —  Sf^T. . .  — 

Voyez  le  chap.  X ,  sûtra  21  ,  2°,  3°,  4°  et  5°,  et  les  exemples 
cités  dans  la  note.  —  Dans  le  manuscrit  de  Paris,  . . .  iisrfff 
manque  après  ysfn .  .  .  J'ai  comblé  la  lacune  d'après  le  texte 

de  M.  Pertsch.  Le  commentaire  donne  poursynonymeD^ftuTôf 
il-c^iri.  —  Pour  la  règle  des  pragrihyas,  il  renvoie  au  cha- 
pitre II,  27. 

XX.  Sûtbas  4o  et  4i.  U=(lR,H:  •  •  —  ift^-  •  •  — Voy. 
le  chap.  X,  sûtra  20,  i°  et  20,  et  les  exemples  cités  dans  la 
note.  —  Il  faut  remarquer  ydlf^-t  :  employé  comme  syno- 
nyme de  Ue»|<l-4. 

XX.   Sûtras  42  et  43.  M£|lll$   ...  —  g^fT. . . .  — 

Voy.  ch.  X,  sûtras  23,  3°,  et  20,  et  les  exemples  cités  dans  la 
note.  —  Les  manuscrits  de  Berlin  donnent,  à  ce  qu'il  paraît, 
«ii5»iiti^*fsf,  au  lieu  de. . .  £wir.  —  Le  commentaire  explique 
l'épithète  emphatique  de  svadhilîva  (pour  svadkitir  iva)  par 
la  double  irrégularité  du  mot,  à  savoir  le  retranchement  du 
r  et  l'allongement  de  la  voyelle  :  ~^ïïW  ^fort  %kï$  ^  <uituQ- 
Milriri  1  rtwi^y  îT^Tîf^ST:  1.  Avant  cette  explication ,  il  en  donne 
une  autre  fondée  sur  la  qualité  de  pratikanlha  :  îT^FTCT  OT^mr 

ufrtertô^j  %fv^Sï:  (cha|j.  I,  i3)  1  ;  puis  il  cite  svadhitlva  avec 


431  OCTOBRE-NOVEMBRE  1851 

l'irrégularité  qui  lo  précède  et  celle  qui  le  «oit .  au  chap  I  \ 
1 3  :  tuti  ^  nriMnif  ^w- 
Au  sùtra  suivant , . . .  »hrf  est  interprété  par  fffof. 

XXI.  SéTaaa4.frfî|^(X...  5  et  6) —  Cou». 

mentaire  :  wfàtâ  =»  CT^W  0*î>  •"1^.  -  uéfîhlMMrW^  -  ujf> 
ug*  fawrf  0^.  L'accusatif  masculin  âmr*.  qui  eat  en  tête 
du  second  ardkarca,  doit  »c  conttruire  avec  le  premier,  et  la 
proposition  suivante  commence  par  W^.  —  Exemple  :  ff  or 
(RigVéda,  IX.  iliv.  i);  le  m  (cérébral)  par  l'influence  de 
a.  —  A  la  reprise  sr^rt  ••  -  «=wr*:  -  j^w^fnfèmTjw^mrt 
«rtfirç**.  «  Un  mot  autre  que  celui-là ,  c'est-à-dire  autre  que 
le  mot  qui  a  des  altérations  produites  par  l'antécédent  on  le 
conséquent,  [un  mot]  modifié  par  lui-même.  •  —  ■*j4tyf- 
9«T<t%t.  sjnontino  emprunté  au  chap.  X.  sntra  6.  (Voy.auaei 
chap.  XI .  sùtra  33.  ou  ce  mot  est  traduit  un  peu  différemment, 
mais  où  l'on  pourrait  mettre,  comme  ici,  sans  que  ce  change- 
menl  dénaturât  Uréflc:«consorinén»ont  an  lesifciaij  à[  ta»).— 
Le  dvandva  qui  suit  est  décomposé  ainsi  ;  <mw*dlVilWJ 
pour  préciser  la  fin  de  la  règle,  le  tonliaate  ajoute  :  !(l4fr|l 
d^JifO  ^nrav^  nTW^tA  ^rP[.  Pour  quelle  raison  ?  Parce  que 

ces  deux  mots  (le  premier  et  le  dernier  de  l'hémistiche)  ne 
se  disent  pas  deux  (bis  .-  ntrtpravvftvnfiarpi.  L'exemple  re- 
latif a  cette  dernière  règle  est  omis  dans  mon  manuv 
mais  une  autre  main  a  écrit  à  la  marge  :  «liçvwi  (pour  WJ- 

v/pr)sp:(VIII,  v.   n)  :  c'est  le  commencement  de  l'hé- 

miNtiche. 

Wll.  Seras  45    tl^Kl   •    —  Uva|a  explique  ce  sein 

comme  une  règle  facultative,  qui  permet  de  ne  rompre  le 
tamdki  qu'une  seule  fois ,  dans  le  pangruha  ,  après  ifi ,  pour 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         433 

les  mots  énumérés  dans  les  çlokas  19  et  20.  Dans  la  glose 
du  çloha  19,  il  nous  avait  dit  que  l'usage  ordinaire  était  de 
faire  disparaître ,  pour  ces  mots  et  classes  de  mots ,  les  alté- 
rations du  sandhi,  aussi  bien  avant  qu'après  iti. —  M.  Pertsch 

donne ,  dans  son  texte  ^  -  ^ra^,  pour  5TT  -  «t-^fl.  —  Les 

mots  ^fèfcr  chl^Ull-oiyiH^  sont  expliqués ,  dans  le  commentaire, 

par  la  scolie  suivante  :  ^  fè  Hc<*»l(UW-olfH  qf^W  qjoFër^" 

'jfniw  -J*  rç<rf)m4Jï  fSif^HI  : ,  «  car  cette  cause  du  sandhi  suit 
[et  produit  son  effet]  dans  le  premier  énoncé  du  parigraha, 
à  l'occasion  duquel  le  retranchement  et  les  diverses  [altéra- 
tions] de  la  lettre  n  sont  prescrits.» 

Exemples  :  sfcft  ^  ïrârT  :   1  parigraha  :  sifcrr  ^crfâ"  ST^IT^s 

^5T  (Rig-Véda,  I.clxv,  a); 

fÈrSëra^T  yÎM^«^  1    parigraha  :  foRTënà^T  ^f?T  fol^ol^^l: 

(X ,  cxxxiv,  3). 

Dans  le  manuscrit  de  Paris ,  ces  deux  exemples  sont  écrits 
avec  solution  du  sandhi,  même  avant  iti;  mais  la  faute  est 
corrigée  par  une  autre  main ,  à  la  marge. 

XXII.  SÛtra  46.  34lc(5tiH .  • .  —  Nous  avons  déjà  vu 
fÈRRT: ,  dans  le  sens  -de  visarga,  au  chapitre  VI ,  1  ;  nous  le  re- 
trouverons aux  chapitres  XIII,  1 1,  et  XIV,  1 1 .  —  Les  exemples 
cités  par  le  scoliaste  éclaircissent  bien  ce  sûtra  :  fàrlw\jfcci?t*^i, 
dans  lepada  fà":  sfèreôr^:  1  ^  1  (Rig-Véda,  III,  lv,  22  );  Ç5T- 

W[rH  OrT,  dans  le  pada  Çêh^çnrTT  1  tfr^  (  VI,  xxxiii,  4  ).  Si 
nous  supprimons,  dans  le  premier  exemple,  la  cérébrale, 
dans  le  second  le  r,  dit  Uvata,  nous  aurons,  en  vertu  du 
sûtra  32  du  chap.  IV,  deux  s  dentales ,  ou  en  vertu  du  sûtra 
facultatif  34  du  môme  chapitre,  nous  pourrons  mettre  un  vi- 
sargfadevant  le  s  dental.  Cette  seconde  orthographe  est  inter- 
dite ici  pour  le  premier  énoncé  du  parigraha,  et  le  présent 
sûtra  veut  qu'il  y  ait  ôqwfw: ,  c'est-à-dire  changement  du  vi- 
x.  aq 


434  OCTOBHE  NOVKMBHE   1857. 

$*rx)*  en  sifflante  (voy.  chap.  V.  i  ).  Aiawi  l'on  din 
fTf^#r^r:  îfmàft:.  —  Le  commentaire  cite  pour  cootre- 

oxemple  :  f^ï:  «JfHo'JI    (I.  mm,  10).  on  il  n'y  a  pas  mm 
dki  de  ileux  ûskmas ,  mais  rencontre  du  rùerga  et  d'une  la- 
biale (voy.  ehap.  IV,  u). 

XXH1.    Sôtiu  47    vJMM**M<W         —  Commentaire  : 

«i/7<a%fi.  -  h fin^i:    nfWfm  m»Tî.  -  «fr*n  ■  fe^trtj.  -  sjej 

m  wwiU'j»ni'il.- V«4ii^  «pâtnr.  «quand  il  n'y  a  paa  réu 
nion  des  cause»  (cf.  sùtra  4).  au  moyen  d'un  kakmhmmu 
(  membre  de  plus  de  deux  mot»  )  • ,  mffoç  nf^.  •  quand  il 
n'y  a  point  de  pangrukm.  •  —  ftj*.  •  obligatoirement  •  — 
fcvftrm  .  -  «TÔf  -  4f$m  .  •  la  uamkilà  (et  les  altération»  qu'elle 
amène  )  •.  —  w-u/î'^ui  t«*&?)  -  t£far  m  jfm  en. 

Exemple  :  a  ni;,  dan»  le  pesta  a  1  *.  1.  Le  scoKnttr    ap 
plique  avec  beaucoup  de  netteté  notre  sùtra  a  cet  exempt* 
vw  rôrfint  u^^mf^rtmM^inw  wmfymlm.  •  [  La  mmkitâ 

amène  ici  un  double  changement  :]  celui  du  a  en  a,  qui  a 
pour  cause  pra;  celui  de  YammiAUa  en  ttanta,  qui  a  p 
cause  Yudâiia  [  de  pn].  jjçn  nç  omfirft  fippnrrnt  «fjafh 
$Êt  1 ,  •  la  samkild  est  dissoute,  en  faisant  la  reprise  arec  le 
mot  suivant.  • 

H  espKqoe  de  mémo  m*  pot  1  Ç^«r>W^  (  A10- K4û .  \  III 
1.  19);  voyex  chap.  V.  28.  —  Dan»  ee  second  exemple,  les 
changements  sont  w.frfj).  l'altération  de  l'accent  sur  le. 
celle  du  a  à  la  syllabe  immédiatement  suivante;  dans  a  m 
les  deux  altération*  portent  sur  la  même  syllabe. 

XXIV.  StTaa  4»  H<*U^>FT        —  Cette   prescription 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         435 
est  aussi  pour  le  cas  où  l'on  ne  fait  point  de  bahukrama  :  sr^- 

Exemples  :  i°  ^  f^Vlirt,  dans  le  pada  5TT  i  ^*  if^qtf^  i  (  Rig- 
Vêda,  IX ,  lxxi  ,6).  —  ^T  ^chPdyiftfti^cc^MrQf  =et ,  «  ici  le 
changement  en  e  et  l'état  à'udâtta  ont  pour  principe  la  con- 
traction [d'd-Him  en  e]  »,  rTJpf^ïïT  UcUI^M  %?Fn%  ^IH,  «  et 
ce  [principe  d'altération  et  ses  effets]  sont  supprimés ,  quand 
on  fait  la  reprise  avec  le  mot  suivant.  »  Ainsi  :  5  l^ujfd. 

2°^3?T  Q'^fSj^  (dans  le  pada  fè-sÇrjqn  ^  1)  iTTîft  ^:  (X, 
cxxx,  5)  :  ici  l'altération  a  pour  principe  le  mot  suivant 
(  U7ÎMÎMt()  ,  et  par  conséquent  elle  se  supprime  dans  le  pre- 
mier énoncé ,  avec  le  mot  précédent  :  $AhU  Q^. 

XXIV.  Sûtra  4o,-  f^lKl^t...  — Nous  avons  vu  au  cha- 
pitre 1,3,  que  l'avis  de  Gârgya  est  que  les  mots  se  terminent 
par  des  troisièmes  ;  c'est  cette  diversité  d'opinion  qui  donne 
lieu  à  ce  sûtra.  —  Uvata  explique  un  peu  différemment  fsr- 
*mïï'. ,  mais  sans  rien  changer  pour  cela  au  sens  de  la  règle  : 
vu^T  ^fà  y<*rWçiïu*rHW  fcjuuu: ,  «  il  a  été  parlé  dans  la  règle 
précédente  du  retranchement,  le  contraire  de  cela,  c'est  le 
non-retranchement  » ,  c'est-à-dire  ceux  qui  suivent  l'opinion 
de  Gârgya  ne  ramènent  pas  la  troisième  à  l'état  de  première; 
mais  au  contraire  la  première,  s'il  y  a  lieu,  à  l'état  de  troi- 
sième :  4<JW  Q^s^-  Pour  cet  exemple ,  il  y  a ,  comme  dit  le 
scoliasle,  alopa.  —  ^wrqujyi  est  le  génitif  pluriel  de  flKPfcT: , 
formé  de  la  racine  J,  «  aller  »  :  nrrcPTff  fr  ^WJJI-«$îrf*nr5[f  ■ 

XXIV.  Sûtra  5o.  frSïT. .  •  —  M.  Pertsch  lit  mt ,  au  lieu 

de  rTOT.  —  3iftrcrf  =  UIJ.îJMrtlr^W^I-e^ÎH  I  %  ^   51WSTCR*Trï. 

Voyez  chap.  1,3.  —  Exemple  :  Qch^f^dHH  ,  dans  le  pada 

fè5*3»Hj  ^"°  1  [Rig-Véda,  I,  cxxi,  4).  —  Le  changement 

29. 


HI  OCTOBRE-NOVEMBRE  1857. 

•  lu  p  (ou  A)  en  m,  prescrit  par  le  sûlra  4  du  chapitre  IV,  est 
dû  a  la  lettre  suivante  (qjfafa*).  et  le  mot  doit  par  eooaaV 
quent  revenir  à  sa  forme  propre  dans  le  premier  énoncé, 
avec  l'antécédent  :  oèfr  fiwj^;  —  On  peut  entendre  par 
ijBt  •  d'une  manière  déterminée.  •  c'est-à-dire  :  forcément 
dans  le  premier,  ou  forcément  dam  le  second  énoncé,  et 
non  a  volonté ,  dans  l'un  ou  dans  l'autre.  Au  reste .  le  membre 
où  doit  se  (aire  la  solution  du  umJki  est  toujours  ainsi  dé- 
it-rminé  par  la  nature  même  des  altérations. 

XXV.  Sônu  Si.  3T8TT  •  —  £*•**  toujours  pour  le  cas 
où  l'on  ne  fiait  point  le  hahdrruma.  —  ^fcf  (et  non  en  deux 
mots  rtl  JT  ) .  complément  de  flfift,  •  précédé  de  •  — 
Exemple:  («ft^W:)  *:  tqvrp  (%-FéaV  1.  xxxvm.6). 

XXV.  SCtua  5a.  rTOT       —  Exemple  :  $»m  %.  a*f:  . 

(RyVééa.  IV.  xii .  6) .  c'est  dans  le  premier  énoncé  qu'on 
voit  la  forme  propre  de  far ,  fondu ,  a  la  reprise ,  en  une  seule 

syllabe,  avec  l'initiale  de  tjç  . 

XXV.  Sônu  53.  Pf  •*...  — Jt  Pertsch  lit  ujwalfot 
en  un  seul  mot.  —  Quand  une  syllabe  salé/te  est  suivie 
d'une  syllabe  anaddtta ,  avec  laquelle  elle  te  fond  en  une 
syllabe  unique ,  cette  syllabe  unique  prend  le  «vente,  dans 
les  divers  cas  indiqués  su  chapitre  III .  7.  Devant  le  «se- 
nte, Yanatldtta,  même  précédé  d'un  mdàUa.  dont  le  voisi- 
nage devrait  le  changer  en  raartte,  reprend  le  ton  bas ,  celui 
iVanudâtta ,  qui  est  sa  nature  propre.  Dans  le  krumm  enseigné 
au  sùtra  5i,  ce  utndht  d'accentuation  ne  peut  avoir  lieu. 
Ainsi:  $fa  Êi  1  nn  finj*  1  [RyVéJm.  VIII.  xu.  1)  dans  cet 
exemple  l=T  -»-  V,  contracté  en  set.  prend  le  svaritu,  et  la 

finale  de  fcftf,  se  trouvant,  par  le  premier  énoncé  de  fs*.  se- 
parée  de  ce  twurita,  ne  peut  pss  entrer  en  uuuih  avec  lu. 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         437 

C'est  là  le  meilleur  sens  que  j'aie  pu  tirer  du  sûlra  et  de 
la  glose;  mais  j'avoue  qu'il  ne  me  satisfait  point  entièrement. 
Pour  que  d'autres  puissent  trouver  mieux,  je  donne  ici  tex- 
tuellement le  commentaire  :  ani*mfrM  :  ^FT  riWÏ^<*»mfrR: 
gir:  *ôrç:  ^ôrf^R'  ê%Tî  3"  cîwt  frfFrfïïïïrrçôr^"  *rf?r  i  ^  ^  i 
^ïï\  fërôt  i.  —  Nous  avons  vu  RlilH  ,  dans  le  sens  à' anudâtta, 
au  chapitre  III ,  9 ,  et  ÎHijii: ,  dans  un  sens  analogue ,  au  cha- 
pitre III,  10. 

XXVI.  SÛtba  54.  ZJXT-  •  •  —  U  s'agit  encore  de  la  fusion 
de  deux  syllabes  en  une  seule.  Quand  une  syllabe  anudâtta 
se  contracte  avec  une  syllabe  suivante  udâtta,  ou  en  occa- 
sionne la  suppression,  le  résultat  de  la  contraction  ou  la  syl- 
labe unique  qui  reste  après  le  sandhi,  est  udâtta  (voyez  cha- 
pitre III,  6).  Le  krama,  dit  notre  règle,  doit  dissoudre  cette 
sorte  de  sandhi,  etrendre  à  chacune  des  syllabes  son  accent 
propre.  —  A  voir  la  glose  d'Uvata ,  on  dirait  qu'il  lit  33T3W 
pour  3<UW  ;  il  faut,  en  effet,  que  le  premier  de  ces  deux  mots 
soit  exprimé  ou  sous-entendu,  et  je  serais  tenté  de  croire 
que  le  texte  du  sûlra  doit  l'exprimer;  car  337JFT  est  peu  utile 

après  mj^;.. 

Exemples  :  m  rT-Sëi":  i  dans  le  pada  5&T  1  %  1  ^5T:  1  (Rig-Véda, 
V,  xxxv,  3)  ;  yôlMM  Çcnwfi'^:j,  dans  le  pada  çtsmvà:  1  WT  1 

(IX,  lxxxvi  ,  24).  Ce  sont  deux  exemples  d'abhinihita-sandhi •' 
dans  le  premier,  nous  avons  devant  l'a  initial  udâtta  une  syl- 
labe anudâtta,  dans  le  second  une  syllabe  svarita;  l'une  et 
l'autre,  après  le  sandhi,  sont  udâttas,  conformément  à  la  règle 
du  chapitre  III,  6.  Le  krama  dissout  ce  sandhi  et  rétablit  l'ac- 
centuation primitive,  dans  le  premier  énoncé  du  mot  qui  a 
subi  l'altération.  Ainsi  :  ^TrT  (dans  le  pada  ff),.. ,  <7cnTFT 
FcTTWT:  !•  —  C'tîst  pour  donner  plus  d'extension  à  la  règle 
que  le  scoliasle  a  ajouté  l'exemple  du  svarita,  qu'elle  com- 
prend au  reste  très-naturellement. 


43*  OCTOBKE-NOVKMBKE  1857. 

XXVI.  Sfinu  55.  d&Mtft-  —  Commentaire  :  3*1- 
*q$  ÇPOTf^r  fa«r<HI{l4a;  Hf7TU7j  —  é^ttT  *nr  eTC^  WWTOW7T 
iTôrfH  i  W^ïPT  ^32^^  82[T  Tj  iWffca^JJWW  U4IWI4I  *WT:  — 
J&UT  *TÇ  ôran  ...h  Quand  une  contraction  ayant  pour  pre- 
mier élément  un  mdâtta,  a  pour  conséquent  [pour  second  élé- 
ment] un  anudâua,  la  solution  du  sanstai  est  postérieure. 
[c'est  à-dire  se  (ait]  dans  l'énoncé  avec  le  mot  suivant  [à sa- 
voir daus  la  reprise}.  Quand  le  second  élément  est  non  bas, 
t  à  dire  uJàtta .  et  que  le  premier  cet  •nmdAlta,  la  solution 
est  antérieure ,  [  c'est-e-dire  se  bit]  dans  renoncé  avec  le  mot 
précédent  (  à  savoir  dans  le  premier  énoncé  du  mot]  ».  — 
Je  n'ai  pas  besoin  de  (aire  remarquer  la  hardiesse  de  l'eJHpee 
de  <TT: ,  que  le  scoiiaste  supplée  dans  la  seconde  proposition. 
—  L'adjectif  awx,  qui  signifie  proprement  •  intérieur,  placé 
plus  bas  »,  désigne,  en  parlant  d'un  ouvrage,  d'un  discours, 
ce  qui  précède;  wt(t&.  tWW^.  •  emploient,  comme  nous 
l'avons  déjà  vu .  dans  un  sens  analogue. 

Exemples  :  i*  $£«iHfr.  dans  le  pmim  an  i  ^  i  «inf«l  i 
(%-VAu.  1.  nu.  i):  le  premier  élesnent  de  U  contraction 
est  udâita,  le  second  anmdâtta.  la  solution  se  sera  donc  daus 
la  reprise  :  fa  i  *^  «1-ifM  i. 

Ovata  (ait  remarquer  que .  même  dans  le  cas  où  le  pre- 
in  ht  élément  est  udàttu,  il  peut  se  (aire  que  la  solution  et  le 
retour  à  l'accent  primitif  aient  lieu  dans  le  premier  énoncé. 
Par  exemple ,  quand  la  syllabe  qui  reste  après  la  suppression 
d'une  autre ,  prend  le  tvarita,  en  vertu  de  ja  règle  râla  lien  ne , 
exposée  au  chapitre  III,  7.  Ainsi,  en  faisant  le  kruma  de 
rtfjafrj.  dans  \e  pada  ft  1  arsfrj  1  (X,  xv,  5),  où  VmddUu 

la  suppression  de  Vauudâtlu  qui  le  suit,  se  ca^tnge  en tvunla, 
on  rétablit  l'accent  primitif  de  te  dans  le  premier  énoncé 
^fa  ^  (<*t  celui  daruniu  dans  la  reprise  :  uafrawi-^  }. 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.         439 

Pour  le  cas  où  c'est  la  seconde  syllabe  qui  est  udâtta,  le 
commentaire  nous  renvoie  aux  exemples  du  sûtra  précédent. 

XXVII.  Sûtra  56.  ^j\ch"^jjj . . .  —  Cette  règle  devient 
fort  claire,  si  nous  nous  reportons  au  chapitre  III,  2  et  3, 
qui  nous  enseigne  que  l'accent  svarita  se  compose  de  deux 
portions,  dont  l'une  est  plus  élevée  que  Y  udâtta,  tandis  que 
l'aulre  est  de  sa  nature  anudâtta,  mais  s'entend  comme  Yu- 
dâtta,  à  moins  que  la  syllabe  suivante  ne  soit  elle-même 
udâtta  ou  svarita;  car,  dans  ce  cas,  cette  seconde  portion  du 
svarita  a ,  dans  la  prononciation ,  le  ton  de  Y  anudâtta.  Dans 

l'exemple  :  tiïiwï  %  J$  (Rig-Véda,lX,  xvi,  1),  la  syllabe  finale 

de  aluûï:  est  svarita;  mais  la  seconde  moitié  de  ce  svarita  se 
prononce  du  ton  de  Y  anudâtta,  parce  qu'elle  est  suivie  de  ^éf , 
dont  l'initiale  est  udâtta.  Ce  sera  donc  dans  le  premier  énoncé 
que  le  /crama  résoudra  le  sandhi,  parce  que  STWf: .  combiné 
avec  le  mot  qui  le  précède ,  et  terminant  le  membre ,  se  trou- 
vera séparé  de  son  principe  d'altération,  qui  est  ^f.  Ainsi 

La  fin  du  sûtra,  qui  est  fort  elliptique,  est  développée 

ainsi  par  le  scoliaste  :  dd,trf(  UZJ  <ioiui  H^lPlfà-tf*  sWlci.l'yïçH^UH. 

Nous  avons  vu  fà"  —  ^T,  «  frapper  bas  » ,  employé  deux  fois 

(au  passif  fà^-Ud'),  dans  la  glose  d'Uvata,  au  chapitre  III, 
1 6  ;  et ,  dans  un  sens  (Afférent ,  au  chapitre  III ,  1 8 ,  le  même 
verbe  avec  le  préfixe  nih  :  fMFWKT. 

XXVII.  Sùtra  67.  35TrPT^-  •  •  —  Commentaire  :  33T- 
^^:Wf|HU^SlU^MMWT^|UliMMc4l<UÏ  Tn$ÛS3fi;*Wrtsfà 
ôtt  sr^tej'^iw^l  ol^*»M  s  fîhumûï  wusd  vtcud-  C'est,  comme 
l'on  voit,  sur  l'autorité  du  scoliaste  que  nous  avons,  dans  la 
traduction,  ajouté  le  svarita  à  Y  udâtta  (voy.  le  3°  exemple). 


no  OCTOBHE  NOVEMBRE  1957. 

Exemples  :   i"  3*lfcn  (dans  le  /nssVi  fjsn:)  WWfçH   [Hia 

Vida,  X.ciuvn.  i).  Dans  toi :,  qui  m  compose  de  deux 
syllabes  MuJàttas,  U  première  prend  le  signe  du  «venta,  à 
censé  de  1  asVfrte  qui  précède  :  cet  effet  du  soae'Aj  diepereit 
dans  la  reprise  du  mot  avec  le  conséquent  :  \jsn  wdfçi.  La 
seconde  syllabe  prend  le  signe  de  YammJÂttm,  à  cause  de  l'a- 
dàtta  qui  suit  :  cet  autre  effet  du  tandki  disparait  dans  le  pre- 
mier énoncé  dn  mot.  arec  son  antécédent  :  3R  t<Bl . 

a*  3Ç5PJïn  WJ  (V,  uxm,  i).  Ici  de  même  le  «tenta 
initial  de  «gp^Tf  disparait,  avec  l'antécédent  <Jf  (  gf*jm  WJ). 
et  le  signe  de  l'oaadaVta  sous  le  syllabe  finale  disparaît,  avec 
le  conséquent  w^  ($Ç  JÇ^VT). 

3*  e7r# SeTTI  (dans  le  euale  eJÇff)  «$0:  (X.  xciv.i).  Dans 

ee  troisième  exemple.  Us  deux  |esmiénn  syllabes  de  mn 
ont,  dans  le  tamUu  continu,  l'accent  prtcmyu  (chapitre  III . 
1 1  ),  qui  ne  se  marque  par  aucun  signe  ;  si  nous  retranchons 
l'antécédent  arré} .  pour  dire  dans  la  reprise  :  WÇFTï  tsXVJ:  , 
ces  deux  pnuayas  se  trouvent  remplacés  par  deux  umMltm; 
si  nous  retranchons  le  conséquent,  et  sera  YanmdétUt  de  la 
finale  qui  disparaîtra  :  e7l%  eT^Tf. 

Uvala  renvoie  à  ce  sujet  su  autre  4?.  et  dit  que  quelques 
maîtres  veulent  qu'on  fasse,  en  ce  cas,  un  ba kmÂramm  ( réu- 
nion de  plus  de  deux  mots  en  un  même  membre  )  :  m*nt- 
PMHfÙe^njlft  vrwiot:  (voy.  pins  bas,  autres  b&  et  5o,). 

XXVlil.  5tTSA  So.  Ztm  —  M  Pertach  lit  H*l  pour 
?WI  et  Jjzjft ,  pour  ^arpf  ;  maU  Q  fait  remarquer  que  celle  der- 
nière leçon  (iwà)  est  aussi  celle  du  manuscrit  du  commen- 
taire de  Berlin. 

Le  krama  est,  comme  nous  l'avons  dit.  la  louibinsiaejfc 
de  la  samhitd  et  du  pada    II  faudrait  donc  qu'on  y  trouvât 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.        441 

lous  les  faits,  tous  les  caractères  phoniques  qu'offrent  ces 
deux  modes  de  lecture.  Cependant  il  y  a  des  cas  où,  en  di- 
visant simplement  les  mots  deux  par  deux,  on  modifie  cer- 
taines particularités,  d'accentuation,  par  exemple,  qui  se 
trouvent  dans  la  samhitâ.  Ainsi ,  en  coupant,  d'après  le  krama 
ordinaire  :  ïT  tTT:  i  ^T  j^t  i  f 3T  *T^  i ,  nous  avons  des  anudâttas 

là  où  la  samhitâ  nous  offre  des  pracayas  :  îl  HT  ^t  *TÎ|.  Le 
bahukrama  pourrait  seul  obvier  à  cet  inconvénient  (voy.  la 
fin  de  la  note  du  sûtra  57)  ;  la  plupart  des  maîtres  cependant 
disent  qu'il  ne  faut  pas  y  recourir  dans  ce  cas,  et  qu'on  ne 
doit  pas  se  dispenser  pour  cela  de  couper  les  mots  deux  par 
deux.  Il  en  est  qui  prétendent  (ce  qui  justifie  cette  interdic- 
tion du  bahukrama)  que  dans  le  krama  la  combinaison  des 
accents  ne  se  fait  pas  d'après  les  lois  de  la  samhitâ. 
.  La  syntaxe  de  ce  sûtra  est  assez  remarquable  :  ïrçsfô 
(ÇTfw....  yf^rUJÏ:)  iiraTîmT...  Mfçidl  (au  duel  féminin)  îraffr.... 

«  quand  il  y  a  non-vue  [des  sandhis]  tels  qu'ils  sont  prescrits 
(  qrôjrfr  =  fSif^H  )  ».  Le  duel...^*f^ri  est  un  dvandva,  où  la  dua- 

c 

lité  est  marquée  par  les  deux  compléments:  Ç5T7  et  ônfr  ; 
il  y  a  ellipse  de  ^rf%TT  après  le  premier.  —  WftT  désigne  ici 
la  syllabe  en  tant  qu'affectée  de  l'accent.  —  Le  scoliastff  ana- 
lyse très-minutieusement  le  composé  yHIWÎolcrTlM  : ,  dans  le- 
quel il  y  a  deux  négations  affectant  une  idée  déjà  négative 
par  elle-même,  «la  solution  du  sandhi»  :  iolçHta:  =  foMmr: 

^W:  =  twiwïfdçrfiu:  l. 

Après  l'analyse  de  ce  composé  doublement  négatif ,  Uvata, 
appliquant  la  règle  à  l'exemple  que  nous  avons  cité,  ajoute 
ce  qui  suit  :  g  m  ^rfwôrg^1  Ulcc^Qrtd)£>iH ldHI<& (dgifàl 
uarffr  1  znnfà  uicc^oifyfi  n?  çsï  i  =t  ^_  1  ^  ït|  i  ^rht  ^  ^rï- 

rim  «■qtit<y^yHldjfàHW^i^^:i5f^^tf^^:^r^:çôrpr- 


h-  OCTOBHESOVr.MBHE  1857. 

;rn5«tf*i  •  Dansce [premier] énoncé .0  m:  (daiislepatfaq  j. 
il  n'y  a  pas  non-solution  du  tamdkt  [ ni  csJuavmna , et ada  et 
f,-i!im.  ,  pani  ,j  |\  |  ^  .:  !■  ..  f.l,r.,|  sj  |r  j,a/if«i  [«]  l.-ui 
cause  Q ,  sens  qu'on  ait  besoin  d'ajouter  d'entrée  moto  j.  liai» . 
bien  qu'on  voie  là  le  a  ei  le  stunta.  dan»  las  membres  suivants 
*  tô  '  fcf  «$  i(flio- Varfa,  IX.  xiiv,  i).  persoitede  l'ab- 
sence d'eccent  procmya  (remplace  par  l'aaaea'fta) ,  il  y  e  bien 
solution  du  sandki  [et  par  suite  on  ne  voit  pas  la  cause  du 
changement  d'accent].  Ce  n'est  pas  un  défaut;  car  d'autres 
maîtres,  dans  les  Araauu.  ne  prononcent  pes  l'accent  d'après 
les  combinaisons  de  le  uunktU  (gant  -  fjp&r).  •  Us  croient 
qu'il  n'est  pas  nécessaire  de  le  remener  à  la  forme  qu'il  a 
dans  le  fondai,  et  qu'on  peut,  dans  le  avenu,  le  dira  e  le 
façon  du  pesta. 

XXIX.  Sûnu  59.  HQZ. .  ■  —  Ces!  l'opinion  contraire 
à  cette  qu'exprime  le  sûtre  précédent  11  y  a  des  maîtres  qnj, 
tiens  le  cas  où  le  krmmm  ofre  des  toit*  qui  ne  se  voient  pes 
dans  le  tamkiià  (par  exemple  les  aaasiéfnu  de  r exemple  cité 
dans  la  note  précédente),  veulent  qu'on  joigne  eu  krama, 
à  ses  coupes  régulières  deux  par  deux .  on  bakmJmtma ,  réu- 
nissant tous  les  moto  ain*i  modifiée  et  eeui  dont  le  voisinage 
les  modifie.  Ainsi  l'on  1ère  un  seul  membre  du  passage  que 
voici:  j*t ïr fftr Tn^r nj**fa 3J& "^  {Hif-VéJ*,  X,  lxxv. 
5).  En  se  contentant  de  couper  d'après  les  lots  ordinaires  du 
irama,  on  aurait  :  ^  "«T  1  âV    tât  1  rih  injt  1  tru^  *TJ*3Tfà  1 

?^?^  STS^.-'  3*5%.  "^  '•  c'esie-dire  huit  a*udâltat  qui 
ne  sont  pas  dans  la  tamkiti,  et  qui  ne  reviennent,  dans  aucun 
des  membres,  à  l'état  de prucora. 

Uvata  traduit  çd  (M.  Pertocb  donne  os)  par vnimamni 
«  dans  cette  circonstance,  en  ce  ces  •  ;  —  «ijUllfà  per  frfn- 
*TÊT;  —  m«lild<yiNfdgMl:  par  MWJifawlg^  ■  «ayant  pour 
cause  la  non  rupture  du  sandki.  •  J'ai  cru  pouvoir  donner  s 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         443 

fsRRTT:  un  sens  différent  de  celui  qu'indique  le  commentaire; 
il  m'a  paru  qu'avec  le  préfixe  vi,  marquant  distinction,  kra- 
mah  pouvait  prendre  la  signification  de  «  membre  à  part  » , 
laquelle  convient  parfaitement  ici.  Au  fond,  cela  ne  change 
rien  à  la  valeur  de  l'axiome.  Partout  ailleurs  dans  le  Prâti- 
çâkhya,  folihM:  a  le  sens  de  visarga.  —  Dans  le  premier  hé- 
mistiche, je  lirais  volontiers  (ïïfà)  ■$  fofcrïW,  «  non  solution  du 
sandhi  » ,  leçon  qui  s'accorderait  mieux  peut-être  avec  la  suite 
du  sûtra;  mais  le  commentaire,  au  moins  dans  mon  manus- 
crit, n'admet  point  cet  a  privatif  (zpf(  «MlUt  fonyiW  M'Urf). 
— J'ai  réuni  en  un  seul  mot  UcMJUIlfà  ;  le  sens  y  gagne,  ce 
me  semble.  D'après  la  glose,  on  doit  supposer  que  le  sco- 
liaste  détache  ST  et  en  fait  le  sujet  (^  &&  atwjîSiçrtlu^:). 

XXX.  Sûtra  60.  T7Z. . .  —  Ce  sûtra  s'applique  au  mot 
initial  de  l'hémistiche.  Comme  ce  mot  ne  se  reprend  pas ,  il 
ne  peut,  s'il  est  modifié  quant  à  l'accent  ou  quant  aux  lettres, 
paraître  dans  le  krama  sous  sa  forme  propre  qu'au  moyen  du 

parigraha.  Voici  la  glose  d'Uvata  :  q^  ïïtJT  Ç5T7  H"  11-c^frt  1  T^T- 
(T5I  u^ic^FT  R"  H-c^fd  (il  coupe  en  deux  le  dvandva  et  fait 
rapporter  ^  à  la  première  moitié ,  et  cr^TrT:  à  la  seconde  ) 
l  rT^T^'t  ÔTH^  fà^l*H  =  folWrW«3lM  %HRt-c^lf^H  ,  «  alors  il 
prend,  il  a  sa  forme  propre  exclue,  c'est-à-dire  oubliée,  non 
mentionnée ,  détruite  par  quelque  autre  mot.  »  1  cnjêfiTvT  ^sr- 
^çpf  ^T  omicpri  ^  7T3%  (il  y  a  m  dans  mon  manuscrit;  mais 

il  faut  évidemment  lire  rT3")  sTFIH,  «  la  forme  que  ,  dans  le 
temps  du  padapâtha,  l'accent  ou  les  lettres  font  [au  mot], 
n'est  pas  produite  [dans  le  kramapâtha}.  » 

Exemples:  i°  Modification  d'accent   :    rT^ar^r.   dans   le 

padaîï  1  «d^i  (Rig-Véda,  X,cix,i):  Y udâtla{^)  est  changé 
en  svarita  (rf),  en  vertu  du  sûtra  12  du  chapitre  III.  Le  pa- 
rigraha rétablit  l'accent  propre  du  mot  :  fTsfôrr. 


4*4  <><    I     MRE-NOVE1 

a*  Modification  de  lettre  :  ^ÏT.  dans  le  pada  ^  i  ^fajT  i 
(l.cxxxu.  h);  fOJ.  chapitre  II,  35  Le  parigrmkm  rétablit  la 
quantité  propre  du  mot  :  farffl  sr. 

Nuits  avons  déjà  vu  M{IÇ  dans  le  même  sens  (chap    \  I 

0,  et  i4).  Le  commentaire  lui  donne  ici  pour  synonyme  ÊT- 
snjrfTT  ( voyes  plus  bas,  dans  le  teste  du  sûtra  6a ,  ft^  ). 
—  Les  mots n  J  irh*  gw?*  ne  sont  pas  expliqués  dam  les 
scolies .  au  moins  dans  celles  que  contient  mon  manuscrit 

\\\l  Sinu6t.tejrTo.  .  —  M.  Pertech  donne  fW*:. 
<|uil  détache  du  long  composé  qui  commence  le  çjoka;  mai» 
il  nou»  apprend  que  le  manuscrit  du  texte  qu'il  avait  sons 
les  yeux .  a  la  même  leçon  que  le  manuscrit  de  Paris.  — 
ànaaiglfturl est  évidemment  une  faute  du  copiste;  carra, 
sjtrftirir  m  compose  de  wiraiyj  ff  t  yrfarït  u 

Cesûtra  établit  que,  ni  1"  o/xu  (Ai  ia{%  oy.  plu*  lui  ut,  su  iras  a  8- 
3o) ,  ni  parfois  même  U  tiktit,  ne  suffisent  k  ramener  le  mot 
à  sa  vraie  forme,  et  que  ponr  être  toujours  sur  de  la  donner 
complètement .  il  faut  combiner  les  deux  méthodes .  à  savoir 
renoncé  ordinaire  sans  ifi,  et  le  easijrana.  C'est  la  négation 
I  i me  assertion  contenue  dans  la  glose  du  ib'  çhku,  et  que 
j'ai  citée  et  traduite  à  la  fin  de  la  note  relative  aux  entras 
a&*3o. 

Exemples  :  if^nt'  i .  itkilopmstktla  :  tflfiW^  (Ate-rTne, 

1 .  cxui ,  1 6) ;  ici ,  dit  le  scoliaste ,  l'mpusthita  artâtfrf  M  nous 
donne  que  partiellement .  avec  perte  (OTTOï^-  WWWTJ.  la 
forme  de  t^qç.  il  n'a  pas  le  sranta  que  non*  offre  le  pada,  et 
le  remplace  par  i'anaditia. 

Pour»TT  om. ,  Y  upaslktlmfmfii  ne  rétablit  pas  la  brève  derj. 

Pour  trr?T:  ma:  ( VII .  xli  ,  i  ) ,  la  siktit ,  comme  le 
encure  l'vala,  ne  nous  donne  pas  le  r  que  nous  offre  le  ( 
dans  Yupastkila  uinfif-i. 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VEDIQUE.         445 

Dans  le  commentaire,  il  y  a  STît  ^FT,  au  lieu  de  mri  -s  f5r, 
que  donne,  dans  mon  manuscrit,  le  texte  du  sûtra,  et  qui 
se  trouve  aussi  dans  le  texte  de  Berlin,  tel  que  le  reproduit 
M.  Pertsch.  Sur  adhi,  après  l'ablatif,  voyez  le  Dictionnaire 
de  MM.  Bôhtlingk  et  Roth.  Uvata  ajoute,  comme  synonyme. 

Dans  la  traduction  du  dvandva  initial  du  sûtra,  j'ai  rem- 
placé le  mot  concret  sthita  par  l'abstrait  sthiti.Ceia  ne  change 
rien  au  sens  et  empêche  la  confusion  ;  car  sthili  se  trouve  au 
second  hémistiche. 

XXXII.  Sûtra  62.  sfi^TcT.  •  •  —  Commentaire  :  ^HT  WÎ 

5Tftrt  iTërfH  1.  «  Ils  veulent  qu'on  fasse  le  parigraha  aussi  bien 
pour  le  dvikrama  (membre  de  deux  mots) ,  que  pour  le  ba- 
hukrama  (membre  de  plus  de  deux  mots).  —  Pour  quelle 
raison  ?  —  De  cette  façon ,  la  non-solution  du  sandhi  se  fait 
mieux  [et  plus  sûrement].»  On  voit  qu'Uvata  ne  rattache 
pas  ce  sûtra  au  précédent;  il  donne  pour  sujet  à  Ç*ljfh  le  no- 
minatif ^ift  «Midi:,  «quelques  maîtres».  —  Il  faut  remar- 
quer 4h*tch  : ,  «  le  lecteur  du  krama  » ,  qui  se  trouve  déjà  plus 
haut  dans  la  scolie  du  sûtra  60,  et  que  le  commentaire  nous 
offre  deux  autres  fois  dans  la  suite  de  ce  chapitre.  Précé- 
demment il  n'avait  employé  que  le  terme  générique  cran. 

Exemple  :  m  if^  I  Ç7RTT  I  W^H  cT^KT  l  ïtc^fafri  ïT£  l  3*T 
cT(U<5  1  y&n  1  (  Rig-Véda,  IX,  lxv,  29  ) .  «  Et  ainsi  partout  », 
ajoute  le  scoliasle,  ^ôt  STôra. 

XXXII.  Sûtra  63.  i|M[|ri  . .  —  Un  des  manuscrits 
de  Berlin,  au  lieu  de  4ir4h*w^,  a  ^frg^T,  leçon  qui  se  trouve 
aussi,  nous  dit  M.  Pertsch,  dans  le  manuscrit  du  commen- 
taire, mais  substituée ,  par  correction ,  à  celle  que  nous  avons 


m..  OCTOBRE. lOflMBM  l»57. 

adoptée.  —  Commentaire  :  <7ff$t  «rçmf^J*  uàvMjffc(|.1 
H*Ù  iluiwftwîiHiêJulf^  (chapitre  X,  i)  HJ  «Hiuilli^i  •Ji-'im 
yiïQ.HJfl:  i.  Uv»ta  considère  partout  comme  k  vraie  règle  le 
premier  des  deux  chapitres,  et  nous  avons  vu  qu'il  l'appelait, 
par  excellence ,  le  çAitra  du  «Team. 

Le  reste  du  sùtra  n'est  pat  fort  clair.  J'ai  donné  k  chaque 
mot  en  particulier  et  à  l'ensemble  la  signification  qui  m'a 
paru  la  plus  naturelle  à  la  fois  et  la  plus  logique.  Le  com- 
mentaire donne  pour  synonyme  km$,  «voie,  méthode  s, 
tpt,  «manière  d'être,  procédé»;  il  ajoute  an  nWnaW  fm%- 

*Jnaî  le  duel  $rj.  •  causes .  principes  ».  puis  il  en  expliqu 

premier  terme  par  HMiflftuill^ .  et  le  second  par  y*rrn . . 
<|iu  signifiai  la  lot», comme  ttMnT:.  •  origine •  et •  combinai- 
son. •  Ne  pourrait-on  pas  entendre   par  s^fix":  la  tradition 

en  Uni  qu'elle  wnieigm  le»  loi»  de  In  tmmkitd.  et  par  *JM9: . 
la  forme  originelle  de»  mots,  telle  que  le»  donne  le  nnéa? 
Cette  interprétation  s'applique  bien,  ce  me  semble,  an  tente 
et  à  la  glose.  La  mumhil  et  le  «nie  sont  le»  principe»  consti- 
tutifs du  krama;  le  krmmm  combine  ce»  deux  méthodes  de 
lecture. 

Pour  le  dernier  en*»  du  çlokm ,  U  vata  non»  apprend  qu'on 
le  construit  et  l'explique  de  deux  manière».  Le»  un»  donnent 
pour  régime  à  «3  l'accusatif  pluriel  ^rrrfm.  le»  autre»  l'ac- 
cusatif singulier  (PTfrV.  De  li  le»  deux  traduction»  que  voici  : 
•  qu'il  récite  la  perfection  (rmrftj  .  sjq$)  du  kramm  [la  suite 
parfaite  du  krama],  en  suivant  (n^  •  f-jum  H^9IVI  ff)  le» 
autres  prescriptions  [  occasionnelles .  donnée»  en  vue  du 
krama  dans  le  second  chapitre  »>l{lfui  wi^Tt  siimmiPi;  suit 
un  exemple  relatif  au  chapitre  XI.  39]  •  ;  on  bien  •  qu'il  n'ap- 
plique ce  qui  est  dit  dans  ce  second  chapitre  qu'autant  que 
cela  s'accorde  avec  le  premier,  qui  est  le  seul  vrai  pêstrm  du 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  447 
krama.  »  C'est  la  seconde  construction  que  j'ai  suivie  dans  ma 
traduction. 

XXXIII.  Sûtra  64.  <M8f[MR$.  •  •  — Commentaire  :  ^mt- 

XXXIII.  Sûtra  65.  ?fcF.  •  •  —  Le  commentaire  explique 
le  patronymique  srraân"  :  par  STiJTpf:  imônRraTccT:  ;  il  réunit 
la  tmèse  ST....  3dM  en  un  composé  atôTR' ,  auquel  il  donne 
pour  complément  fijn&wr:  ;  puis  il  ajoute  à  daiynH  (  =  vivÛm  ) 
le  datif  %TÏÏT,  qui  amène  le  çloka  suivant  : 

«  Les  mauvais  pas ,  même  très-grands  [ ,  qui  se  rencontrent 
dans  la  lecture  du  Véda],  sont  fendus  [et  franchis]  parle 
recours  au  krama,  comme  les  ténèbres  se  fondent  dissipées 
par  le  soleil ,  à  la  fin  de  la  nuit.  » 

M.  Roth  a  parlé  du  çloka  33  et  des  suivants  dans  sa  Dis- 
sertation sur  la  littérature  et  l'histoire  du  Véda,  p.  85. 

XXXIV.  Sûtra  66.  snH'M —  M.   Pertsch  lit    OêT- 

nfàào  pour  q^rgf^So  — Uvata  commente  avec  beaucoup  de 
soin  ce  çloka.  La  seule  difficulté  qu'il  offre  est  le  long  com- 
posé qui  forme  le  second  pâda  :  «  par  les  effets  postérieurs  à 
[ces  méthodes  qui  sont]  son  origine,  effets  non  ancienne- 
ment connus  ».  sgTçwToT  est  un  composé  possessif  qui  signifie 
proprement  «  ayant  antérieur  à  soi-même ,  ce  à  quoi  il  se  ré- 
fère, ce  à  quoi  il  doit  son  origine  ».  On  pourrait,  sans  modi- 
fier essentiellement  le  sens,  concevoir  d'une  autre  manière 
le  rapport  de  ^lyfas»  (  <JJT  ïrafe)  à  fàfèfît: ,  et  traduire  cette 


m  "<    I    'URE-NOVEMBRE  1857. 

première  ëpithète  comme  on  génitif:  •  les  effets. . .  de  [cette 
méthode]  non  anciennement  connue.  • 

Les  derniers  mots  :  =T  V  ijrt  :  sont  en— liés  «in 

wwf  gpftsgref  «i^uwqHiu><imtfMiHiijyuw3  ^iwift- 

\aitiiî\>iW'jivi\iiiiïtoÂy  <l%iAfv  i  irai  w  -twnnii/fwMJÎf^- 

qTTTT: d^fn  q^fàfv:  i  •  Ce  kramm  n'est  eniaigné  dans  au- 
cune des  sept  voies  brahinaniennee .  comme  [le  sont  la  seaV 
hiiâ  et  le  paie:]  U  règle  de  la  tamktlà,  dans  [les  préceptes 
relatif* au]  nski,  [à  la]  divinité,  [an]  mètre  [des  hymnes,  à  la) 
lecture  sacrifice,  [à  l'Jœuvre  sacrifice;  et  la  règle  du  pada, 
dans  [ l'énumération  suivante  :  ]  le  nom,  le  verbe,  la  prépo- 
sition, la  particule,  sont  le  pada  [proprement  :  le  mot].  • 

XXXV.  Sônu  67.  ijfHUM:. . .  —  La  forme  du  fuira 
est  btxarre.  mais  le  raisonnement  est  logique.  •  Si  ce  qui  est 
inefficace  est  sans  effet,  d'un  autre  coté,  ce  qui  est  effiraos 
ne  peut  être  sans  effet.  Or  voos  dites  à  la  fois  :  d'une  part, 
que  le  krmmm  est  inutile,  parce  qu'il  vient  après  la  tamkiU  et 
le pada;  et.  d'autre  part,  qu'il  se  réfère  à  la  samkitÀ  et  an 
pada.  et  n'est  pas  antre  chose  que  ces  méthodes.  Comment 
peut  il  être  inutile,  s'il  est  identique  avec  dea  choses  utiles  ?  • 
A  quoi  il  serait  facile  de  répondre  que  c'est  précisément  à 
cause  de  cette  identité  qu'il  bit  double  emploi.  —  Voici  le 
texte  du  commentaire  :  irpfc  <J|*lf|fllApM'/  îwî  ît  fiiwifïl  1 
nmi^w  ufHf&iMgjjq  *fîf  1  fnrrfer  1  ofmimt  ifttsparar  fl*> 
ïïTj^rfm  ufànafn  1  aftrt  f^[  Q^f%!mftp»j  ttxtA  wnt  ?nw  1  wt: 
aftrc^ar  1  im-juiu!  <j<{»ifçtti<4tm  hwWtt  ufÀm  qtfmn  1  rjw- 
t*  f|  HWUfTi^M:  1  «Ce  qu'on  a  dit  en  ces  termes:  ce  Anima 
n'est  pas  fiait  avant  le  pada  et  la  tamkitâ,  donc  le  contraire 
d'effet  existe  pour  lui ,  cela  n'est  point -.car  le  contraire  d'inef- 
ficacité existera  de  mèmepource  qui  est  efficace  :  or  ceareavi, 
se  référant  au  pada  et  à  la  samhtlâ  qui  sont  efficaces ,  est  effi- 
cace par  cela  même.  Ce  krama  n'est  pas  autre  chose  que  le 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.         449 

pada  et  la  samhitâ  :  telle  est  la  proposition  énoncée  d'abord, 
Une  partie  [du  raisonnement]  détruit  l'autre  partie.  » 

XXXV.  Sûtra  68.  ÏÏ^TW^-  •  •  —  Commentaire  : 
yuoiicO  fàôTrzra':  -"^rerf;  crf^wï  rnfà  Hàuiun^ifùi  i  ?tot  muIjt- 

All^lfui  i  d^-dfHIM-iJWIMdlîO  SSïïW  i.  tVapavâda  (excep- 
tion) a  pour  objet  de  défendre  [l'application  dune  règle].  — 
On  appelle  pradeçaçâstrâni  les  castras  par  lesquels  les  choses 
sont  montrées ,  ainsi ,  par  exemple ,  le»  castras  (ouvrages  et  par- 
ties d'ouvrages ,  des  Prâtiçâkhyas ,  entre  autres) ,  relatifs  à  la 
connexion  [des  lettres  et  des  mots].  Dans  ces  c<fo<ras,onvoit, 
clans  l'un ,  la  défense  d'une  règle  donnée  par  l'autre » 

XXXVI.  Sltra  69.  fqL|<4<Hlr1 —  J'ai  suivi  aussi 

exactement  que  je  l'ai  pu ,  dans  ma  traduction ,  les  scolies 
d'LJvata.  Pour  ratrercrïïï,  il  cite  le  commencement  du  çloka 
précédent ,  puis  il  ajoute  :  yfHilojfg  f|  HTSTI-:  fM^MlP^nU  %ST 
HoHff,  ce  qui  est  une  répétition  du  raisonnement  de  tout  à 
l'heure  — *T*nfë  :  signifie  la  conciliation  des  différends.  Nous 
avons  dans  les  deux  chapitres  relatifs  au  krama  des  opinions 
fort  diverses ,  dans  l'application  de  la  méthode ,  il  faut  prendre 
parti,  concilier  ces  différences,  et  c'est  un  bon  fruit  que  la 
conciliation  des  préceptes  sacrés.  —  Nous  avons  vu  plus  haut 
le  concret  J^rcrfes ,  avec  a  privatif  entre  les  deux  termes  ;  ici 
l'abstrait ^tufàfâ:  est  sans  négation ,  el  nie  par  conséquent 
l'assertion  précédente.  —  Au  sujet  d'îFrrçnrnT,  le  commen- 
tateur fait  remarquer  que  le  krama  a  des  choses  qui  lui  sont 
propres ,  par  exemple  le  parigraha  des  mots  dont  le  pada  ne 
fait  que  Yavagraha  :  ^ollcil|<^|iuii  uf^uj.  -  mjujftmd^  = 
H4WJM1WHIH.  -  STsÊfàrsr  ÇTT^fiT,  se.  qôrï^f: .  —  Les  derniers 
mots  sont  expliqués  ainsi  :  ^t  ^f\Ù  ?Z:  fffiT;    1  l^HlfclJM  : 

x.  3o 


4*0  NOVEMBRE  1837. 

nrç  t  r*U,4  «IKflfilWII: .  •  et  le  kruma  est  vu  (  mentionné  ) 
dans  la  çrnti  :  les  Angiras  ont  récité  le  Vé«la  \w  membres  de 
.leux  mots  ;  les  Hilakhilvas ,  par  membres  de  trois.  • 


WWII  UTrî. .  . — Commentaire  :  «mçl — 

&U<tifeyfl  vVl4MI{U.  dans  ce  JrwtJru .  hit  est  le  complé- 
ment commun  de  «tfçm  et  de  WTf  :  Uvata  ajoute  fc^  f^  flffc 
3W7jJ*f:  srawV  Wy  «n^HpiWFJiWBw ,   •  car,  le  membre  de 

lèu  nanti  une  fois  Lit .  un  peut  procéder  aux  combinaisons 
ultérieures,  en  vue  de  la  composition  du  odda.de  flieiuisli 

li-  de  la  stance,  de  l'hymne.  •  —  «nin  «Hn^l^  mftlTPft 
'j|{l4iirav4nTt  wimni^wui^J  i  M^M^dj  hI^^i  *i  i  •  de»  méthode* 

le  lecture  établies  par  le  bienheureux  l 'au râla,  la  méthode 
du  imiaiaestla  ninl:  un  I  n  il  «joule  une  explication  qui 
donne  à  uttam*  son  double  sens  de  •  dernier  •  et  de  ■  supé- 
rieur t.  Il  est  mitamm  et  par  l'ordre  et  par  la  grandeur 

WWII.  SÔT*A7i.fïcT:...  -  M.  Pcrtsch  donne  UWl 
pour  ?mr.  —  Le  scoliasie  rattache,  comme  l'on  voit,  SPTP^ 
au  sutra  précédent.  Il  serait  peut-être  plus  luiurel  de  le  rap- 
porter au  second  hémistiche.  —  e^rnt  «  ftnfrtl-  -  rwfil:  m 
^fg>tw<gU> :  (s. e.  mfa) 

Les  scoliea  des  derniers  sùtras  sont  terminées  par  de»  e*> 
kas,  que  je  n'ai  pas  donnés  dans  mes  notas ,  parce  qu'ils  sont 
mutiles  pour  l'interprétation  du  texte,  et  ne  me  paraissent 
rien  contenir  d'intéressant 


NOUVELLES  ET  MELANGES.       451 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES, 


SOCIÉTÉ   ASIATIQUE. 


PROCES-VERBAL  DE  LA  SEANCE  DU  10  OCTOBRE  1857. 

D  est  donné  lecture  du  procès-verbal  de  la  séance  der- 
nière-, la  rédaction  en  est  adoptée. 

M.  le  président  lit  une  lettre  de  M.  le  Ministre  de  la 
guerre,  qui  annonce  l'envoi  d'un  exemplaire  d'un  rapport  sur 
l'Algérie  adressé  à  l'Empereur. 

M.  Sully  Leiris ,  procureur  impérial  à  Chandernagor,  écrit 
pour  demander  des  indications  sur  les  meilleurs  travaux  pu- 
bliés sur  la  législation  musulmane  et  indienne.  M.  le  prési- 
dent et  M.  Lancereau  se  chargent  de  lui  fournir  ces  rensei- 
gnements. 

M.  Khalil  el-Khouri  écrit  pour  annoncer  la  publication  pro- 
chaine d'un  journal  arabe  qu'il  va  commencer  à  Beyrouth, 
et  qui  paraîtra  une  fois  par  semaine  ;  il  envoie  un  prospec- 
tus, dont  il  demande  l'insertion  dans  le  Journal  asiatique. 

M.  Joachim  Menant,  juge  à  Lisieux,  est  nommé  membre 
de  la  Société. 

M.  Mohl  demande  l'autorisation  du  Conseil  pour  négocier, 
avec  la  Société  des  missions  de  Londres ,  l'achat  d'une  fonte 
de  caractères  chinois.  Cette  demande  est  renvoyée  à  la  Com- 
mission des  fonds. 

M.  Defrémery  donne  des  détails  sur  une  nouvelle  édition 
critique  du  Gulistan  de  Sadi,  qu'il  a  terminée;  il  commu- 
nique quelques  corrections  qu'il  propose  dans  le  texte  de 
l'ouvrage,  et  lit  quelques  extraits  de  sa  traduction. 

Le  bibliothécaire  adjoint  demande  que  le  Conseil  vote 

3o. 


45*  .H.  lOKHh-NoYEMBHE  I8&7. 

des  remercimenls  à  M.  Pauthier.  pour  avoir  raclu 
titué  à  la  Société  un  ouvrage  qui  avait  appartenu  à  la  biblio- 
thèque de  la  Société,  et  qui  avait  été  vendu  à  la  vente  de* 
livres  de  M.  Marcel,  à  qui  il  avait  été  prêté  Celte  proposi- 
tion est  adoptée. 

oijvjucm  orrMTS  k  Là  son. 

Par  la  Compagnie  dos  Iodes.  Ibrmkim  Rosmn  at  lUojmmoor. 
Photographie*  (a*  cahier.  Londres,  1857).  infol. 

Par  la  Société.   Bikliotkmtw  stcssaslû  «rfuun  scUntiarumqur 
amm  Bmtmwtm  Jtortt  Cetaliji  sjsannatirnf .  curante  P.  Buts 
km.  Batavia,  i853,  in 8*. 

Par  la  Société.  Pntfaaiient  0/  Lnmml  toemtin  mmi  nsrsetfV 
cals  1a  tkê  lAmry  of  tkt  Smttksomta*  institution.  Grand  in 
sans  nom  de  lieu .  ni  date. 

—  Ttntk  mmmml  rsperr  a/  tkc  fiearW  e/reoea/s  oftka  Smith 
somian  instttation.  Washington,  i8S6.  in- 8*. 

Par  l'Institut  néerlandais,   rtarsva   mm  kit  Komn- 
Instituât  roor  taal  land-  m  nié— en*  a*  1  nm  Noaariandsck-1  nmé 
Amsterdam,  1867,  I  et  II  en  3  tomes  in-8*. 

Par  la  Société,  Zntscknft  aar  Dmtsekm  Jfnryw Inaéutw 
Cimlhckaft.  Il*  vol.  1"  et  a'  livraison,  in-8*.  Leiptig.  18&7. 

Par  M.  Logan.  Journal  a/  lie  Imita*  Artkipelmao.  Vol.  I . 
n*  a.  et  vol.  II.  n*  1  (sans  date).  Singepore.  in-8*. 

Par  la  Société.  Journal  0/  tkê  asiatic  Society  a/  Binaal 
1857,  n"  i  et  a,  in-8*. 

Par  la  Société.  ProcmmUmas  af  tks  Boyal  Gaoarmpkical  S 
eiety  of  London  Février  à  mai  18S7.  3  cahiers  ia-8*. 

Par  les  éditeurs.  Tijdscknft  aoor  /sWisene  laal-  lamé-  a*  roi 
kenkundê,  de  i85a  à  i855,  aa  livraisons  int8*. 

Par  le  Conseil.  Boletim  •  années  de  Coasswe  ultramartno 
Lisboa,  de  i85à  a  18S7.  3a  livraison»  in-é/. 

Par  l'Académie  de  Vienne.  Stltaaasbancklt  der  Akndtmtt 
icr  Wistensckaften.  i856  et  18S7,  livr.  1  et  a. 

—  Fontes  rerum  austr tac arum.  Tomes  X  et  Mil    ifl 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  453 

Par  l'Académie  de  Vienne.  Archiv  fur  Kunde  ôsierreichi- 
scherGecchichts-Quellen.  6  numéros,  in-8°. 

—  Almanachder  K.  Ahademie  der  Wissenschaften.  1867, 
in- 12. 

Par  la  Société.  Verhandelingen  van  het  Bataviaasch  Ge- 
nootschap.  Vol.  ik  et  25,  in-4°. 

Par  l'auteur.  Nouveau  système  de  traduction  des  hiérogly- 
phes égyptiens,  au  moyen  de  la  langue  chaldéenne,  par  M.  Pa- 
rant. In-fol. 

Par  l'auteur.  AINouzhet  al  schehiyetfi'l  rihat  al-selimiyet, 
par  Selim  Botros.  Beyrouth,  i856,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Le  Pêcheur  et  le  Génie,  conte  des  Mille  et 
une  Nuits,  texte  arabe,  par  M.  E.  Combarel.  Oran,  1867, 
in-12. 

Par  l'auteur.  Relation  du  voyage  de  M.  le  capitaine  de  Bon- 
nemain  à  R'dâmes  (1856-1857),  par  M.  A.  Cherbonneau. 
Paris,  1857,  in-8°.  (Tiré  du  Journal  de  la  Société  de  géogra- 
phie. ) 

Par  l'auteur.  Zoroastre.  Essai  sur  la  philosophie  religieuse 
de  la  Perse,  par  M.  Joachim  Menant.  Paris,  1867,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Rig-Véda  Sanhita.  Vol.  III,  by  H.  H.  Wilson 
(  traduction  anglaise).  London,  1867,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Ueher  die  geographische  Anordnung  der  Na- 
men  arischer  Landschaften  im  ersten  Fargard  desVendidad,  von 
H.  Riepert.  In-8°. 

Par  l'auteur.  Die  Liederdes  Hafis,  von  Herm.  Brockhacs. 
I"  vol.  livr.  3  et  4.  Leipzig,  i856,  in-4°  (en  persan,  avec  le 
commentaire  turc  de  Soudi). 

Par  l'auteur.  Les  Psaumes  disposés  suivant  le  parallélisme , 
par  M.  l'abbé  Bertrand.  Versailles,  1867,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Mantic  uttaïr,  ou  le  Langage  des  Oiseaux, 
publié  en  persan  par  M.  Garcin  de  Tassi.  Paris,  1857,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Petit  livre  de  poche,  par  M.  de  Mas -Latrie 
père.  i854i  in-2,4- 

Par  l'auteur.  Rapport  à  l'Empereur  sur  la  situation  de  l'Al- 
gérie,  par  le  maréchal  Vaillant.  Paris,  1867,  in-8c. 


t&4  OCTOBRE-NOVEMBRE   1837. 

Par  l'auteur.  Dt  Tongim  et  de  ta  fmmatim  dm  mJrnmOs 
systèmes  «Técriturm  onmtuUs  et  ocWaateJss ,  par  M.  G.  Pao- 
TBiia.  Août  i&3ê,  inà*. 

Par  l'auteur.  Mémoinsmr  Im  Cslmdntnjmm^tm  et  muumi 
mon ,  par  Mahmoud,  i  ■  partie.  Gdeadrier  judaïque.  Bru  ici  le» 
i855.in-A*. 


GaAMMAïaa  nuaçAiss  oa  Lnoaoao,  traduits  en  arabe,  par  M.  So- 
liman al-Harairi.  Paria,  ébat  Bsnjsesin  Dupret.  18S7.  ia-8*. 


L'ouvrage  de  M.  Soliman  al  Harairi  ae  compose  d'une  pré- 
face à  l'adresse  dea  musulmans,  da  deut  traductions  dé  la 
Grammaire  de  Lbomood  :  l'une  littérale,  avec  dea  notée: 
l'autre  libre,  et  d'un  court  dialogue. 

L'auteur  a  ajouté  à  ton  ouvrage  quelques  pièces  et  eerti- 
ûcata,  notamment  une  lettre  de  son  Esc  )«  Ministre  de  l'ins- 
truction publique ,  qui ,  sur  le  rapport  de  M.  Beinaud .  a  ac- 
cordé «ne  souscription  à  l'auteur .  et  une  appréciation  de 
l'ouvrage  par  M.  Baissée.  inHrprêU  Ireducteni  dn  minietére 
de  la  guerre. 

Dans  sa  prélace,  l'auteur  convie  les  mussdmans  à  l'étude 
il  leur  rappelle  leur  science  d'autrefois ,  et  leur  montre  leur 
ignorance  d'aujourd'hui.  Pour  miens  nova  connaître .  amener 
la  conciliation .  il  leur  recommande  d'apprendre  notre  langue 
et  nos  sciences.  Comme  il  sait  qu'en  s'adressent  à  dea 
mans  il  faut  leur  parler  piécea  en  main  pour  les 
il  Tait  de  nombreuses  citations  dea  textes  du  Roran  et  dea 
traditions  de  Mahomet ,  par  leeqneJlee  3  prouve  que  la  loi 
musulmane  fait  un  devoir  de  s'instruire  et  d'avoir  de  bons 
rapports  avec  les  peuples  étrangers.  Voici  quelques  ooea  de 
ces  citations  : 

lro«Tar. 

Apprenea  loirt  artirr  de  cru  .|«t  te  fenèilet .  s  ywtea»  rsègise  qa'àV 
•pserasaaaaati 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.  455 

Si  quelqu'un  cache  une  science  utile  aux  autres ,  Dieu  le  bridera ,  au  der- 
nier jour,  d'un  mors  de  feu. 

Dieu  hait  l'homme  oisif. 

Si  quelqu'un  se  rend  coupable  de  torts  ou  d'injustices  envers  un  sujet  qui 
n'est- pas  musulman,  je  l'accuserai  au  jour  du  jugement. 

Toutes  les  créatures  sont  la  famille  de  Dieu ,  et  le  plus  aimable  parmi 
vous,  c'est  celui  qui  fait  du  bien  à  la  famille  de  Dieu. 


L'auteur,  en  pariant  du  musulman  qui  ne  sait  que  le 
Koran  par  cœur  et  qui  en  ignore  l'esprit,  lui  applique  ces 
paroles  de  Mahomet  : 

Cet  homme  est  semblable  à  l'âne  qui  porte  des  livres. 

La  traduction  de  la  Grammaire  de  Lhomond,  dont  le 
texte  français  est  en  regard ,  quoique  littérale,  est  claire  et 
suffisante.  L'auteur  a  atteint  deux  buts  :  faire  connaître  le 
génie  de  la  langue  française,  en  se  servant  du  style  simple 
et  net  du  grammairien  Lhomond ,  et  initier  aux  règles.  11 
suit  pas  à  pas  le  grammairien  français,  avec  une  rigueur 
presque  mathématique.  Nous  ne  reprocherons  pas  à  l'auteur 
cet  amour  de  l'exactitude  ;  car  ce  qui  peut  faire  avancer  l'é- 
tude d'une  langue,  ce  sont  bien  les  traductions  littérales.  Ce- 
pendant, qu'il  nous  permette  de  lui  faire  une  observation  : 
nous  craignons  que  son  habitude  de  serrer  le  texte  de  près 
ne  l'ait  mené  trop  loin ,  en  lui  faisant  traduire  notre  auxi- 
liaire avoir  par  txÀc  qui,  en  arabe,  n'a  d'autre  sens  que  ce- 
lui de  chez,  près  de,  et  répond,  en  certains  cas,  au  verbe 
appartenir.  Ainsi,  j'ai  un  livre  cjUcS^oOc;  mais  dans  j'ai 
aimé  o-m^i,  vous  exposez  les  Arabes  à  traduire  :  (_$i>àc 
t_}*x£-  Les  Arabes  n'ont  pas  besoin  d'un  mot  étranger  pour 
rendre  le  prétérit  et  la  1"  personne,  il  leur  suffit  de  la  dési- 
nence o  •  C'est  là  un  véritable  arabisme.  L'auxiliaire  avoir 
n'a  d'autre  rôle  en  français ,  comme  son  nom  l'indique ,  que 
d'amer  à  conjuguer  les  verbes  en  indiquant  les  temps.  Le 
mot  jj^ ,  employé  comme  équivalent  de  ce  verbe  auxiliaire , 


45o  (TOBRE. NOVEMBRE  1857. 

n'a  pas  de  sens.  M.  Soliman  al-Harairi  fait  connaître  la  «■  I 
tic  ce  verbe  dans  une  note  (p.  rr,  rP  ). 

.«-ri* .  m  fraacja».  aaat  pat  •■  v«vfca  tMi  staiw.  c'rvt  «a  a  a#/(ac}- 
•rrbe  de  l«»|«»)  qai  «M  jJkt  ,  rt  criai  ipi  U  Iradail  |«r  ^^JL»  •**  lr«a»|*  ; 
rar  la»  PVaacaw  dàwat  :  .4»m  acat  aW  aa «■<**»■*  Km*  «m  trau  aV  «M 
forwc  cracadanl  ««a»  m  faaaaika  pas  aV  aaanaV».  ai  h»  lira»  rpa  Mal  a 
mot.  Ce  vrrba  «H  ^jif'qa*  viaat  afvra  teal  npf»**  aaiilisaw  ;  car  ifeaa- 
irrfil  liaru  i|aaV]aai  lasapa  cVa  caajagaàaaa»  dâa  «refera  H  attirai  •  la»  caa- 
jajraar,  coarjac  la  m  tma  daas  las  ' 


Pour  éviter  toule  espèce  de  méprise,  il  aurait  fallu,  don» 
cette  note ,  dire  que  le  verbe  auxiliaire  «voir  ne  pouvait  pa» 
traduit  en  arabe  par  un  mot  spécial,  pat  plus  par  o^c 
que  par  un  autre  mot;  que,  lié  à  un  participe  paaaé  dans  là 
conjugaison  d'nn  verbe,  il  indiquait  un  temps;  mais  que  la 
manière  dont  les  Arabes  rendaient  le  temps  était  sans  ana- 
logie en  français.  Le  verbe  «voir,  considéré  comme  ayai 
le  sens  iY appartenir,  doit  se  conjuguer  sur  la  3*  conjugaison 
des  verbes  irréguliers  en  oir.  J'admets  qne  le  mot  jj»*  rend 
mieux  le  verbe  aroir  (  dans  le  sens  d'appartenir  )  que  <jUL» 
•  posséder*.  Et  ici,  enlre les  deux  mots  arabes,  il  y  j 
la  même  nuance  qu'entre  aroir  et  posséder. 

Dans  la  Grammaire française  i  Tusage  de»  Arabes  que  nous 
avons  bute,  le  cheikh  Fàrès  et  moi,  et  qui  a  précédé  de  pt%> 
-ieurs  années  celle  de  M.  Soliman .  nous  avons  eu  soin  de 
ne  pas  traduire  le  verbe  auxiliaire  «voir,  et  d'expliquer  son 


NOUVELLES   ET  MÉLANGES.  457 

rôle  comme  auxiliaire  et  comme  verbe  ayant  le  sens  d'appar- 
tenir. J'avoue  que  nous  avons  eu  tort  de  traduire  le  verbe 
être,  considéré  comme  auxiliaire;  car  ce  que  je  dis  du  verbe 
avoir  doit  s'appliquer  au  verbe  être,  qui  ne  doit  être  traduit 
que  comme  verbe  signifiant  exister  et  se  conjuguant  sur  la 
4°  conjugaison  des  verbes  irréguliers  en  re.  M.  Soliman  est 
tombé  dans  la  même  erreur.  On  donne  ainsi  aux  Arabes  une 
idée  fausse  de  nos  verbes  auxiliaires.  Je  sais  bien  que  les  ex- 
plications ne  leur  manquent  pas;  mais  vous  créez  inutilement 
un  embarras  aux  étudiants,  et  vous  les  exposez  à  traduire  :  je 
suis  aimé  par  <_>yç£  09-^=  î • 

Dans  sa  traduction  libre  de  la  Grammaire  de  Lhomond, 
l'auteur  a  donné  les  règles  françaises  en  suivant  la  structure 
de  la  pbrase  arabe.  C'est  une  répétition  de  la  traduction  pré- 
cédente, seulement  il  a  négligé,  avec  raison,  de  donner  une 
seconde  traduction  des  conjugaisons  et  de  quelques  exemples 

Je  ne  dirai  rien  du  dialogue,  qui  est  très-court,  et  néces- 
sairement insuffisant. 

A  une  connaissance  profonde  des  ressources  de  la  langue 
arabe,  l'auteur  a  joint  des  études  solides  sur  la  nôtre;  il  se 
montre  grammairien  habile,  écrivain  correct  et  élégant.  Dans 
ces  conditions,  il  ne  pouvait  faire  qu'un  bon  livre.  Le  style 
littéraire  qu'il  a  adopté,  le  seul  qui  pouvait  convenir,  fera 
tomber  les  illusions  de  ceux  qui  pensent  que  les  livres  des- 
tinés aux  Arabes  de  l'Algérie  doivent  être  écrits  dans  le  lan- 
gage usuel.  Il  en  est  de  l'arabe  comme  de  toute  autre  langue  : 
du  moment  qu'on  met  la  main  à  la  plume,  il  faut  faire  comme 
Buffon,  endosser  l'habit  des  dimanches,  ajuster  les  manchettes 
brodées. 

G.  Dugat 


m  OCTOBRE. NOVEMBRE  1857. 

ScTTI.àUMT  A  f  ARTICLE  SOS  vÉTMT  Of  14  UTTiutTVKt  C*»/ 


Tout  ce  qui  précède  était  écrit  «I  même  tur  le  poiot  d'être 
mis  tous  presse ,  lorsqu'il  m'a  été  donné  communicstinn  d'un 
opéra  et  don  vsude  ville  arabes  qui  viennent  de  Bevroutl/nti 
tour  otacoe  doux  pièces  est  no  négociant  maronite,  mort  récem- 
ment 800  nom  était  Maroun.  aheoruroeut  comme  celui 
pu  10— ■§■  que  l'iolér ameute  population  dos  Maronites  s'bo- 
nore  d'avoir  en  pour  chef;  la  (amifts  à  laquelle  il  apparte- 
nait était  celle  de*  Naccaseh  \  11  était  à  la  tête  d'une  maison 

•  "ini<ii  ranir   «le    IW-vroul  ,  et    il    lut    le   bMmaSf  •  '>«*/  <|Ui     en 

Orient,  les  livres  de  uampeabihei  rirent  tenus  en  parties 


vécut  dans  une  étiolai  amené  avec  rlaerf .  et.  de 
son  vivant .  représente  en  ïvvrie  le  monde  nouveau ,  de  même 
que  Naatf  représente  le  vieux  monde.  AMLhouri  Ta  chante 
après  sa  mort  dans  deux  pièces  de  vers  qui  se  trouvent  dans 
son  recueil,  et  où  il  lui  donne  le  titre  ddirre  <U  rOriml*. 
comme  il  a  donné  le  titre  d'Attn  de  rOooiaW  à  M.  de  Le 
martine. 

Outre  l'arabe.  Maroun  possédait  le  français .  l'italien  et  le 
turk.  et  à  se»  œrmaisaances  littéraires,  a  Joignit  le  goAt  de 
la  musique  et  des  arts.  Les  (hier en)  pièces  de  sa  composition 
fureot  jouées  et  chantées  chea  haj .  en  présence  des  personnes 
le*  plus  éclairées  du  pays;  et  rien  ne  montre  mieux  la  grande 
place  que  la  littérature  occupe  parmi  les  indigènes,  que  la 
quelles  produisirent.  On  cite  surtout .  pour  Ten* 


1  M.  Reinaud  ayant  ajouté .  dans  ua  tirage  i  part  de  m>o  article 
qui  a  pam  dans  le  numéro  de  juin  18S7.  p.  465  et  soi*,  la  Douce 
ci -jointe,  noua  Hnaéron»  ici  pour  que  les  lecteurs  du  Journal  asia- 
tique possèdent  l'ensemble  do  travail.  —  (La  rédaction.) 


NOUVELLES  ET  MÉLANGES.       459 

ihousiasine  qu'il  excita,  un  vaudeville  où  le  khalife  Haroun 
al-Raschid  figure  dans  une  des  mêmes  scènes  que  dans  les 
Mille  et  une  Nuits.  Aucune  de  ces  pièces  n'a  jusqu'ici  été  im- 
primée. 

Les  deux  pièces  que  j'ai  eues  sous  les  yeux,  et  qui  portent 
le  nom  de  Récit1,  sont,  1°  un  opéra  en  cinq  actes,  intitulé: 
L'Avare*.  Au  nombre  des  airs  qui  le  distinguent  est  l'air  un 
moment  si  fameux  de  La  Parisienne.  i°  Un  vaudeville  en  trois 
actes  intitulé  :  L'Envieux*.  C'est  la  dernière  pièce  pour  la 
date  de  la  composition ,  et  c'est  celle  qui  a  le  plus  frappé  l'at- 
tention des  connaisseurs  ;  aussi  trouve-t-on  à  la  fin  des  mor- 
ceaux de  vers ,  dans  lesquels  les  amis  de  l'auteur,  notamment 
Nasif ,  lui  font  compliment  sur  le  mérite  de  son  œuvre 4.  Dans 
ce  vaudeville,  d'une  part,  un  des  acteurs  répète  la  scène  de 
M.  Jourdain ,  et  fait  de  la  prose  sans  le  savoir  ;  de  l'autre ,  une 
espèce  d'instituteur  entreprend  un  cours  de  métrique  arabe, 
et  ne  fait  grâce  d'aucun  des  mots  techniques  qui  hérissent  le 
sujet,  et  qui ,  même  chez  les  Arabes ,  ne  sont  familiers  qu'aux 
personnes  tout  à  fait  lettrées.  Il  n'est  pas  étonnant,  d'après 
cela ,  que  là  même  où  l'auteur  ne  s'exprime  pas  en  vers ,  il 
emploie  la  prose  rimée  et  cadencée  dont  il  a  été  parlé. 

Une  circonstance  que  présente  le  manuscrit  du  vaudeville , 
et  que  je  n'avais  pas  encore  remarquée  dans  les  écrits  des 
Orientaux ,  c'est  la  présence  des  points  d'admiration ,  d'in- 
terrogation et  des  autres  signes  qui,  chez  nous,  ajoutent  tant 
de  clarté  à  la  phrase.  En  arabe,  dans  le  style  ordinaire,  la 
phrase  est  coupée  de  manière  que  le  sens  se  déduit  de  lui- 
même;  mais  ici ,  où  le  dialogue  est  pressé  et  où  il  prend  toute 
sorte  de  formes,  du  moment  qu'il  ne  s'agissait  plus  d'une 
action  à  mettre  sous  les  yeux  des  spectateurs,  mais  d'un  ex- 

'  ¥& 

*  Le  mot  naccasch,  en  arabe,  signifie  t peintre».  Les  poètes  dont 
il  s'agit  n'ont  pas  manqué  de  jouer  sur  ce  mot. 


m  OCTOBRE- NOTRyRRB  lê&7 

posé  à  lire  dans  le  silence  du  cabinet,  le  secours  de  ce»  pe- 
ins située,  atnssMn  nous  sommes  trop  habitués  pour  en 
sentir  tonte  l'importance,  devenait  mdispanmbla 

Il  est  à  regretter  que  1rs  divers  écrits  de  Maroun  ne  soient 
point  parvenus  en  France .  ou  que .  du  moins .  les  déni  pièce* 
dont  il  s'agit  ici  n'aient  pas  été  connue»  plus  lot  de  moi.  Ces 
écrits,  devenus  l'objet  d'un  mm  an  moins  rapide,  s  m  ai  sel 
probablement  été  jugés  dignes  de  raitention  du  monde  lettré 

On  dit  Qu'un  frère  de  Maroun  a  composé  une  tragédie, 
n'a  pas  été  non  plus  imprimée. 


N.  B .—  Page  486.  ligne  i«  de  numéro  d«  >juù 
•  u  lice  de  ^*y .  on  haait  ^yJ  ! .  leçon  qui  ne  détruirait  pas 
1^  meln-    |a  aajaj  vrsii 

BU*  vil ** sel  *è .  par  ane faveer deei  Icict «'•»« pas é*  terme 
Ihro  a»  fil  borne» 


\4*u*jt  frVsaraaatta,  asrsaiaeeaeso  m  de  k  Alatituue 
Jcr  WuKOKbtAro.bwUiM  «oaOtlo;Bcrthlia*i  end  Rodespb 
Rot».  Vol    II.  feuille.  3,  40    s*u»i  IVierOjourg.  18&7,  uvé*. 


'.nuiiim  es*  iraisceaa  smucmm  mit  foustSMomam  Và*A 
oiemu,  CmMSTomAfi*  eae  ffaaaraaatrce*.  Bearbeilel  ma 
Kr.  UblemsoA.  Dcmièm*  éémee.  Berlin.  18S7.gr.  m-8\  um 
176,  liiv  et  63  page*. 

La  première  édition  de  cet  ouvrage  a  paru  en  iMj 
puis  ce  temps  il  a  été  traduit  en  anglais,  et  auj 
l'auteur  en  publie  une  nouvelle  édition,  revue,  corrigée  et 
augmentée.  C'est  surtout  la  syntaxe  qui  a  reçu  dm  additions 
considérable*  la  cnreetomalnie  a  été  complétée  par  une 
partie  poétique,  et  le*  règles  de  la  métrique  ont  été  ajoutées 
à  la  grammaire. 


JOURNAL  ASIATIQUE 

DÉCEMBRE  1857- 

ÉTUDES 
SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE. 


PRATIÇAKHYA  DU  RIG-VEDA. 

CHAPITRE  XII.   (Lecture  II,  chap.  vi.) 

Quelles  sont  les  lettres  qui  ne  peuvent  pas  être  finales  et  celles  qui 
ne  peuvent  pas  être  initiales.  —  Quelles  lettres  peuvent  se  com- 
biner entre  elles  dans  l'intérieur  des  mots.  —  Les  quatre  parties 
du  discours.  —  Enumération  des  prépositions. 

Ce  chapitre,  qui  est  le  plus  court  de  tout  le  Prâtiçâkhya, 
se  divise  en  deux  sections  bien  distinctes.  La  première,  qui 
se  placerait  bien,  ce  semble,  après  l'alphabet  et  la  classifica- 
tion des  sons  et  des  articulations,  traite  delà  nature  des  lettres 
et  de  leurs  convenances  et  répugnances,  non  plus  quant  au 
sandhi  extérieur  et  à  la  liaison  des  mots  entre  eux,  mais  quant 
à  la  formation  même  des  mots  et  aux  combinaisons  intérieures. 
La  seconde  section  divise  les  parties  du  discours  en  quatre 
espèces ,  auxquelles  en  effet  toutes  les  autres ,  qu'on  a  ima- 
ginées dans  la  suite,  peuvent  se  ramener;  et,  après  les  avoir 
divisées,  elle  donne,  des  trois  premières,  des  définitions  très- 
concises,  mais  qui  en  marquent  bien  le  caractère  essentiel. 
Ces  définitions,  pour  lesquelles  Çaunaka  est  parfaitement 
d'accord  avec  l'auteur  du  Nirukta,  sont  tout  ce  que  nous 
avons  dans  le  Prâtiçâkhya  de  philosophie  grammaticale.  C'est 
fort  peu  de  chose  encore  ;  ce  ne  sont  que  de  premières  fon- 
dations; mais  elles  sont  si  solides,  si  bien  assises,  qu'elles 
x.  3i 


462  DÉCEMBRE    1857. 

porteront  sans  peine  tout  Tédifice  :  Q  semble  même,  celle 
base  une  fois  posée,  qu'il  ait  dû  s'y 
et,  en  quelque  sorte,  de  lui-t 


[inn 
[\*:l 

[i*Tfa:  m  II 

Hlruirctin  *  nworfiT:  nr^  ma  nr^ir  r  m- 

[    IMHÎlMcllrJ    | 

?T  S#çrqr  WT.  tï^:  Hfll^H^:  H  *  mon  ^ 

[  g#r  h  3  ii 

ikjtimi  *  i  H  'm  i  :  y  1  Ol  fa  :  ^  n^:  n^rf  HIHM! 

i  "S^rfH:  îî^:  I 

[tfm  II  4  II 

HIHIWIHHMHiFf  [HMIdUMUlf^:  UàilHHH  ÏIT- 

f  «5T:  l 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  463 

rr^T^^nftrç^Tft'HT^  hài\c^ih  ^t  vtr  h  srFr: 

[imii 
ïn^TT  tnj  fa^g  «^iim  ê  nf^  trier  ^nufà  g$- 

HtTFTTTf  RiJUfH^Nchl:  ^d<l^lftd\  PlMldl: 

[llill 

^T^TtTT  ^IHNIHHI^1tIMHM<M  Il  S  II 
f^NH^MI^H^M^ÏÏ  fa^lbl^l 

fl^nrf*TOmi  =7T*T  ^HTFT:  TTC^J:  Il  G  II 
MMMMIH^iJlllMMIdHI^H«î=hHlfMd\  ^  HT2T- 

[SRT:l 
^trT^T%  H^  =(UHîî    fHHm"\^l^rHdlTd\ 

[^^llé  II 

TRADUCTION. 

1.  Les  ûshmas,  les  intermédiaires  [y,  r,  £,  v],  le 
rî,  les  aspirées,  et  l'ordre  de  ca,  ne  vont  pas  à  la 
fin  [des  mots],  à  l'exception  [d'un  seul  ûshma,]  le 
visarga.  —  Le  rî,  le  li,  la  seconde  moitié  des  ûshmas, 
ne  vont  pas  au  commencement,  [des  mots] ,  non  plus 
que  les  sept  lettres  qui  précèdent  le  t[  dans  l'alpha- 
bet, à  partir  dejTi]. 

2.  Parmi  les  sparças,  les  [trois]  ordres  du  milieu 


3i. 


464  DÉCEMBRE  1857. 

ne  se  combiu*  al  pas  entre  eux.  — Le  r  ne  [se 
bine]  pas  avec  /.  —  ni  le  r  avec  des  sparças  non 
[nasals,  à  savoir]  derniers  [de  leur  ordre],  placés 
après  lui.  —  De  même,  les  sparças  sonnants  [,  non 
nasals,  ne  se  combinent]  jamais  avec  les  ùshmas.  — 

3.  La  première  et  la  dernière  des  im>  i  im-dùfcti 
[y  et  v,  ne  se  combinent  pas]  avec  des  ûskmas  pla- 
cés après  elles;  —  ni  le  r  avec  le  r;  —  ni  une  as- 
pirée avec  une  aspirée.  —  Le  premier,  ûshma  [à  sa- 
voir h]  ne  [se  combine]  pas  avec  des  sparças,  étant 
placé  après  [eux];  —  ni  ce  même  ûshma,  ni  une 
aspirée,  comme  antécédents,  avec  des  sparças  non 
derniers  [à  savoir  non  nasals];  — 

k.  Ni  les  sparças  sonnants,  non  nasals,  avec  des 
sparças  sourds;  —  ni  les  nasals  avec  des  ûskmas 
places  après  ;  —  ni  le  /  avec  /  ou  avec  des  sparças 
postérieurs;  —  ni  les  ùshmas  les  uns  avec  les  autres. 

—  Cela  est  relatif  à  l'intérieur  des  mots  des  stances 
[du  Rig-Vtda,  non  au  sandki  entre  les  mots].  — 

5.  Le  nom.  le  verbe,  la  préposition  et  la  parti- 
cule :  voilà  les  quatre  espèces  de  mots,  disent  OM 
qui  connaissent  les  termes  [ou  parties  du  discours]. 

—  Le  nom  [est]  ce  par  quoi  [l'on]  désigne  un  ob- 
jet; —  le  verbe,  ce  par  quoi  [l'on  exprime]  l'ac- 
tion; il  [se  nomme  aussi]  dhâtah  [thème  ou  ra- 
rine].  — 

6.  Pra,  abhi,  â,  para,  nih,  duh,  ana,  ri,  upa,  apa, 
sam,  pari,  prati,  ni,  ati,  adhi,  su,  ut,  ara,  api  :  voilà 
les  vingt  prépositions  qui  expriment  un  sens  avec 
les  deux  autres  [espèces  de  mots,  les  noms  et  les 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  465 

verbes].  —  Les  [mots]  autres  [que  ces  trois  es- 
pèces] sont  des  particules.  — 

7.  Des  vingt  prépositions,  les  neuf  monosylla- 
biques sont  udâttas;  —  dix  ont  Yuclâtta  sur  la  pre- 
mière syllabe;  —  mais  abhi  a  Yudâtta  final.  — 

8.  Le  verbe  dit  l'action;  la  préposition  fait  la 
distinction  ;  le  nom  exprime  un  objet  ;  la  particule 
est  un  remplissage  du  pâda.  — 

9. *  Et  parmi  ces  particules,  qui,  par  leur  inci- 
dence dépendante  du  sens,  sont  insignifiantes,  il  y 
en  a  d'autres  qui  ont  un  sens.  Il  n'y  a  point  ici  d'é- 
numération  disant  :  [voici]  celles  qui  [s'emploient] 
dans  le  style  mesuré  [c'est-à-dire  dans  les  vers],  et 
[celles  qui  s'emploient]  dans  [le  style]  non  mesuré 
[c'est-à-dire  dans  la  prose]. 

NOTES. 

I.  Sûtra  i.  3SERJfttÇ4fO/. . .  —  Le  composé  initial  a 
dans  mon  manuscrit  la  forme  suivante  :  6fM\ri  :  çrâfeo^KTT- 
ôTTTT:,  mais  ^  est  évidemment  de  trop;  •àW-Ûrt  :«?UMÎWo  est 
pour  37PTfrT:ÇsrT+3£+  ^OTo.  La  leçon  que  j'ai  adoptée  est 
d'ailleurs  confirmée  par  les  deux  manuscrits  de  Berlin ,  et 
par  le  manuscrit  de  Paris  lui-même  dans  une  citation  que  le 
scoliaste  fait  de  ce  sûtra  (/.  a5,  b).  L'ordre  que  suit  Uvata 
dans  sa  glose  la  justifie  également  :  SPUSTII  i  ïKT:Ç*n:  1 3Ç3»r{: 
I  tft&M  111141    I  xlchl^cllî  ^TrT  OTf3lu(r|c|U|[:     «ÏÏjjfcf    =T  Ih^lrt  II 

Le  commentaire  ajoute  :  crrf^pzn^r  JTEffTT  i  HIH^f^dïïTîi 
«  Les  autres  lettres  vont  toutes  sans  exception  [  à  la  fin  des 
mots].  Nous  allons  en  donner  des  exemples  »,  et  il  en  donne 
en  effet  onze  pour  les  voyelles  (le  ri  bref  à  la  fin  d'un  padya 


406  DÉCEMBRE  1857. 

^  :  pi:  ) ,  et  huit  pour  le»  consonne»  (la  forte  non  aspirée  et 
la  nasale  des  quatre  ordres  non  exceptés).  Le  h  a  été  excepté, 
dès  le  commencement .  dans  l'alphabet  même.  Toutefois  celle 
mention  préliminaire ,  qui  exclut  aussi  le  fi  du  nombre  dee 
lettres  initiales,  n'empêche  pas  qu'il  ne  soit  expressément 
compris  dans  le  sùtra  suivant. 

Il  résulte  de  là,  d'une  part,  que .  dans  la  doctrine  d> 
uçâkkya,  les  sifflantes  et  le  r  ne  sont  jamais  finales  essen- 
tielles et  primitives .  et  ne  peqvent  terminer  les  mots  qu'ac- 
cidentellement, en  vertu  du  aeasfti;  et.  d'autre  part,  que 
Vanasvâra  final  n'est  qu'une  abrériation  d'écriture  substHoée 

I.  SCnu  a.  *{=f,U~*UT  .  —  Commentaire  :  <rpn$  . 
Iffft  HBïïWwBl^:  •  fTWTTTW  <$ê  <»9I(I<Q  :  HW  i.Cesonteo 

tout  treûe  lettre».  Toute»  le»  autre»,  ajoute  l'v»{a,  peuvent 
commencer  les  mot»,  et  il  en  donne  dee  exemples ,  ouïe  pour 
les  voyelles,  et  vingt-quatre  pour  les consoones.  Il  n'y  en  a  point 
du  a'  du  premier  ordre.  —  Non»  avons  déjà  vu  vsrç  dan»  le 
•en»  de  JW,  an  chap.  XI .  a6  ;  nous  le  retrouverons ,  avec  la 
même  signification,  chap.  XIII.  i6;  XIV.  ao;  XV,  i4: 
XUII.ai. 

II.  Strsu  3.  HI*^4l<^lH  •  •  —  Le»  trois  ordre»  du  mi» 
lieu  sont  les  palatale»,  le»  cérébrales  et  le»  dentale».  Le  com- 
mentaire ajoute  :  HkriOJo'tfJ  dgsjsjft  «sHr .  •  mais  il»  se  com- 
binent avec  ceux  de  leur  ordre  et  avec  le»  antre»  lettrée.  » 
Suivent  des  exemples  de  combinaisons  diverse»,  non  snter* 
dite»  par  le  sutra  :  «flPrV:  (  Aie-  V+U .  I .  xr.  i  a  ) .  «rçjmfoi 
(V,  lu,  6);gç  (Vin.  xxii.  18);  jÇÇ*  (Vffl.  m,i5);»ljpJF: 

(IX.cxu.a);  7*kr  (X.cxyii,  5);  «ufem^  (Vl.xvm.io); 
^T  (IX.xxxv,  a);  ritâfnf  (I.  clviii,  5);  TOT:  (X,  lxxxv, 
3oet3i);   «rte  (I.ti.8);  arr  (Mil    xx.x.a);  3^nnf 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  467 

(VI11,  v,  37);cTrf^:(IV,  xix,  2  )  ;  =mâr  (II,xxrx,  6);^- 

ciïci    (I,  LXXXVII,  2). 

Contre-exemple  montrant  que  la  règle  ne  s'applique  qu'aux 
trois  ordres  moyens  :  oUcKJHUlii  yfcïrt  (X,  clxxxix,  3). 

II.  Sûtra  4-  ?T  fH| <=h I i UJI . . .  —  Mon  manuscrit  ajoute  à 
la  glose  du  sûtra  :  McRrf  ^sUrl ,  «mais  il  se  combine  avec 
les  précédentes».  Cette  addition  se  trouve  également  dans 
le  commentaire  du  sûtra  suivant,  où  elle  est  beaucoup  mieux 
à  sa  place.  Ici  il  faut  ou  ajouter  q^5T  «  et  avec  les  suivantes  » , 
ou  lire  J*$l:  —  Exemples  :  Jy'-^fd  (  Rig-  Véda ,  I ,  xcn ,  3 })  ;  STW: 
(IX,  lvii,  3a);  srfif:  (I,  xm,  5);  srraf  (V,  lxxxiii,  3). 

II.  Sûtra  5.  ^tS^t. . .  —  Commentaire  :  ÇTcÎTrJ  y^fJTci. 
Ici  <rlf:  signifie  :  «  avec  des  sparças ,  placés  devant  lui  ».  Ce 
serait  un  autre  sens  qu'au  sûtra  précédent,  ce  qui  est  une 
raison  de  plus  pour  regarder  plus  haut  la  leçon  comme  fau- 
tive. —  Exemples  de  groupes  où  v  suit  une  consonne  sparça  : 
àj  [Rig-Véda  ,1  y  xxxiv.q)  ;  ?ol<rlrft  ;  *M.£l<^î  (X,  lxxxv,  10); 

Fort  (I,  v,  8);  fsrvôiï  (I.cxin,  1). 

Contre-exemples  montrant  que  le  v  peut  précéder  la  na- 
sale ou  dernière  consonne  de  l'ordre  :  <£fy£hloUi:  (IV,  xl,  1); 
3?TOrâf(I,  v,  5). 

II.  Sûtra  6.  fTSTT-  •  •  —  Le  commentaire  supplée  S^TT- 
3^d  «  [les  sparças  sonnants]  autres  que  le  dernier,  la  nasale  » , 
et  la  proposition  négative  :  Ueht&H'fÏT:  ^  **  ^sucf.  Puis  il 
ajoute  :  tf&flyi*^  ÇTJ?^,  «  mais  les  [sparças]  sourds  se  com- 
binent [avec  les  ushmas).  »  Exemples  :  f&Hg:  (  RigVéda,  VI, 
lxxii,  2);  wlrtlrt  (I, Lxxxvn, 2);  çfrf^;  W;  W^  (V,lix,  1) 


468  DÉCEMBRE  1857. 

Contre-exemples  montrent,  r  que  lee  mulet  tout  excep- 
tées de  la  règle  :  8*4  (X.  cxxivn,  4);<rfij:  (1.  divin,  9): 
faroj:  (I,  xxii,  16);  W; 

3*  Que  le  sûtra  ne  s'applique  qu'eux  spmrpm  :  «Tîfa  (1. 
XXTT,  l);  W:(li.V.  7);WP^(I.XYII,6). 


III  Sônu  7.  HltUI.  •  —  Lee  menuscriu  de  Berlin 
ont, à  ce  qu'il  persJt,  *  pour  V.  Pour  expliquer  le  leçon  du 
manuscrit  de  Paris,  il  but  faire  rapporter  tfff:*n  à  oepir 
et  le  sous-entendre  a  vec#?m.—  Commentaire:  f^i^k» 
Exemples  :  OTBllfe*  (  flie-FseV  VIII,  xxxvu.  7);  wnjl 
(I.  xiii,  ta). 

Contre-exemples  aaceilreat  que  celle  interdiction  n'tst  re- 
lative qu'à  v  cl  à  *  :  wtfà  (VII.  lxxxi.  t);  «NEW:  (III. 
vin,  11);  «rÇ:  (1.  xiii.  S);  wnfc^  (V,  1  xxxin.  3). 

in.  Stras  8.  #T~^rjî:. . .  — Commentaire  •^tajàjWct 
Exemple  :  mkm  {RipVéJm,  III,  lit.  18).  —  Voy.  chaj>.  \  1 
sûtra  8,  la  règle  qui  interdit  le  krmmm  de  r. 

111.  Stras  9.  Sf  Hl^'U!  —Les  deux  termes  «rWl 
et  Jjwiui^  sont  svnonvmes  et  désignent  également  les  tpmr- 
ço$  aspires.  H  (pour  imj  «*  'c  suffixe  B\  forment  l'un  et 
l'autre  des  mots  possessifs.—  Commentaire  :  wànj dmjrfc. 
Exemples  :  qW'iu^WeTf  (/lie-VWa.  X.  cxxix,  3);  ràfPX. 
(I,  xcui,  6). 

L'interdiction  ne  a'éteod  pes  absolument  au  redouble- 
ment d'une  même  aspirée  :  tôt.  lé  a*  exemple  du  sûtra  3.  et 
«•IÇJiïî^d  (VII,  cm,  3). 

111.  Sctim  10. 5*  n^sf*. ...  —  Commentaire  :  mf  : 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  469 

rîT^.  Voyez  la  restriction  contenue  au  sûtra  suivant.  Exemple: 

«Jri^l  =7:  (Rig-Véda,  X,  xxxvn,  9). 

Contre-exemple  montrant  qu'il  ne  s'agit  que  des  sparças  : 

III.  Sûtra  11.  «IMtIH!-  •  •  Je ns  5«!  dans  lft  copie  de 
M.  Pertsch.  Le  duel  est  préférable  et  confirmé  d'ailleurs  par 
le  commentaire  (çraî  ^n"  =T  y^sy^  ).  Uvata  ajoute:  3ITO7I 
ydi^fi'.  Exemples  ;  sT^f  (Rig-Véda,  X,  lxv,  11);  %%î  (IV, 
XVI,  3);  ôH&i  (VIII,  LV,  10);  «M^lrj^  (I,  XCIII,  6);  5^{T  (IX, 
lxxxi,  1);   m-Tjrrf^f  (X,  lxxxv,  36). 

IV.  Sûtra  12.  •TFTrnTT!-  •  •  —  Commentaire  :  St^Wj 

(ou mieux  3?PTT^')  Û^sûrl-  Exemples  :  qf^raft:  (Rig-Véda, 

V,  n,  4);  *W«|irl;  snJ^crfrNfenrT  (I,cxn,  24).Alamarge, 
dans  mon  manuscrit,  sont  ajoutés  les  deux  exemples  sui- 
vants, où  la  nasale  précède  :  ^jWrfn-  (I,  xix,  7);'TOT:  (I, 
xxxv,  11). 

IV.   Sûtra    i3.  hItÏHI*. —  Commentaire  :  gff^J 

ÛUsÛr).  Exemples  déjà  cités  :  ^ST;  fo|6,lil  :  ;  FT;  tjfsFT:. 

Contre-exemples  montrant  qu'il  ne  s'agit  que  des  nasales  : 
^  (Rig-Véda,  I,  xxm,  20);  fèrçqsft  (I,  vin,  8). 

IV.  Sûtra  là.  H^l^0-  •  •  — Commentaire:  ÇJofcg^J- 
sOrt.  Exemples:  cnrT^r  (Rig-Véda, l\l,  lux,  17);  £§d":  (VIII, 

xix,  i5);  w$  (I,  xxxviii,  7;  ^J^r  (I,  lvii,  4). 

Contre-exemple  montrant  que  la  règle  ne  s'applique  qu'à 
î  et  aux  sparças  :  fcsngft:. 


470  DÉCEMBRE   1857. 

iv.  Stnui5.  ;5cn*ïï:     — 

î?f^.  •  mais  elles  se  combinent  avec  leore  semblables  » .  à  sa- 
voir  sh  avec  «a,  »  avec  s,  etc.  Exemple»  :  «*:  SUT:  (Ri«  Wde, 
1 ,  xxiv,  i  a  ;  j'ai  suivi  l'orthographe  de  mon  manuscrit  ;  usai*, 
pour  que  l'exemple  s'applique  à  la  remarque  du  scoliaste, 
il  faut  écrire  :  trqifej: ,  et  c'est  en  «flirt  de  cette  façon  que 
le  mot  est  écrit  au  chapitre  XIV.  n);  fàfwwffV  (  VU.  u. 
a);  fàwrft  (I.  ci*.  5);  Wlfat  (I.  \\\».  i\). 

IV.  Svtka  .  I  JjdMÙfj     .  —  Commentaire  :  offclfiei- 
Exemples  de  aeasfti  extérieur,  contraires,  i*  an  sûtra  3  : 

ar^if  {HyVédm.  VII.  xcix.  7);3vmo7nrt  (VIII.  fa 

a*  Au  sùtra  a    ^M|j|tWwi  .  Uan*  le  posi* sty  •  WWî- 

*:(l.c.  16); 

3*  Au  sùlra  il:  *OTTJW  (  \  .  MM .  i)  ;  &OJ  Ç  *  (  1 
9);  vsrq^rinnnf  (III.  xxxv.6;  mon  manuscrit .  en  vertu  du 
sùlra  16  du  chapitre  IV,  inaère  un  k  entre  a'  cl  ç),  &  rfif 
fùÂY-ûl  <j>iW'Ufe!r  (M.  xxvi.  6).  am^fT&mri  (IX,lxxx,3). 

ïff^ftto;  (  I ,  u,  1 S  :  mon  manuscrit  insère  un  t  entre  e  et 
t.  en  vertu  du  sùtra  17  du  chapitre  IV). 

V.  SCtba  17.  ?TT*T  ...  —  Le  acoliastc  (ait  précéder  sa 
glose  de  la  remarque  suivante  ;  i<lQ{iri  nufo ,  •  c'est  une 
citation  •  ;  puis  il  répète  les  mots  du  texte .  en  remplaçant 
simplement  le  dérivé  curieux  'Jivj:  par  «vf^;.  Le  Nindtim 
(  1 ,  1  )  lait  l'énumération  dans  (es  mêmes  termes  :  «J<4llQ 


\ 

ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  471 

Y.  Sûtra  18.  rTSTPT  ••  —  Uvata  donne  pour  sujet  a 
^fÎT^VTf^-  le  nominatif  êran-,  «celui  qui  récite,  qui  dit»,  et  il 
explique  ÇTrôf  «être»  par  çCôsf,  «objet». 

Exemple  de  noms  :  3TR-  fe  ôr^ir  m^^ôrt:  (  Rig-Vèda,  V, 
xlvi,  2). 

VI.  Sûtra  19.  rTSTTP^rrrf •  •  •  •  — Le  commentaire  répète 
les  mots  du  texte ,  et  explique  iTTcï  par  fèfîïïT. 

Exemple  de  verbes  :  ^rf  ^qf  f^"  fuiuÏÏdMfêiui:  {Rig-Vèda, 
VII,  civ,  1). 

Le  Nirukta  (1.  c.)  emploie  également  dans  sa  définition 
les  termes  1TT5T:  et  W&.  —  ff=IHïlWk<*MHdlc<ï-dUi  1  aRuifd  WTT- 
ôiîïypTirnôqTrr  ^i^yyT^Tf^r  -nmfà  1. 

VI.  Sûtra  20.  TT. . .  —  La  glose  de  ce  sûtra  est  incom- 
plète dans  mon  manuscrit.  Je  n'y  trouve  que  l'explication 
du  dernier  mot;  ^ttTÇTWTîih mK^4 Irnwrî «  «  [avec]  quels  deux? 
—  [Avec]  le  nom  et  le  verbe». 

Exemples  :  i° pra  :  u.ijjû'f  îTTrTcî^T:  (Riy-Vdda,  VIII,  xliii, 

6);  v'Zpf  3037  fy^rrir^rr  (X,  cxxxvi,  2); 

2°  abhi  :  afï^r W  *f?C5T:  (I,  lxxx,  i4);  ïïfà  "STIT  ^ré ! 
(X,  CXXXII,  2)  ; 

3°  â  :  tiiûrjii  irf^  fer^  (  VIII ,  xxxn ,  1 A  )  ;  *t^Q^m  ïïi  xtf| 
(I,  xix,  1,  etc.); 

h"  para  :  u^ldrî)  ^Id^oi-cJE  (IV,  xvm,  3)  ;q^T  ^trrtf^  rPT- 

moigî^rR  (X,  lxxxvii,  i4); 

5°  nih  (dans  le  manuscrit  nir)  :  cd£\dim  faGcjtd*  (I,  xx, 

6)  ;  fd|4Udi  mUcjïQiïmfa,  dans   le  pada  fà".  1  ilMlfà  t   (IV, 
xvm,  2); 


472  DÉCEMBRE  1857. 

6*  imh  :  J^'^f^àr:  (Vni .  XL1T.  3o);  jffoj:  «rffnfct:. 
<f  ana  :  BJ  g  WÎTOyFT^riWÙ':  (  II ,  XXXI ,  3  )  ;  IfW  V^VI 

^rxrjon^  (I.cui,  io); 

8*  W  :  foum  WJIÇ.  (I .  clxxxvih. b)  ;  *m  afrt  (d*iulepa*a 
f&i^ri)»#(X.xiT.9)ifi^f5ft  (III.  xxxiii,  i); 

9*  ap*  :  infcmaiwyfT  (I.CXXXVI,  l);  <«JMfî^*5iHjfç(I, 

cxxxvi,6); 

ÎO*  apa  :  1W  UHIll^Wlft.  dan»  !•  J>«««  WJIRïft  (X, 

cLXXXix,  a);  ■**$  (dui*  ta  pada  VTi^i)  ****&  (X. 
clxiv,  i); 

il*  mm.-  g^nfvvoM  (VIII,  xvi.  i); n^ni^s  mÇà 

(I.XYll,  \). 

i a*  pan  .-  fettfôiuiUi  ufpzi-T  (  V,  xiiv .  1 1  ) ;  9Rn  n^if; 

ofto*  (IV,  XV,  I  )  ; 

|3*  f.m/1  :affc»*«fc*<r:(\lll    MU  1 7 ) ; flft ***. 00*1 

W^VR   (VII.  lwviii.  l); 

ih*  ni  :rifcfitow*fo-ftm*-  (V.  LXXXlll,  6);*çW*ft- 
«g£*rftf*w  (V.  LXXXlll.  8); 

i5'  ato;  Wf?târof*5$nî  (VUI.Lixxv.  x);*fftwft*|^ 

QQt:  (1,  clxxxii.  3); 

16*  adki  :  xm  (I^NJlfWr»J^(|  (X ,  cxxiv.  b) ;  «M^fîi^. 
dans  le  pada  WtV  i  ^  i  (I,  txxi.  io); 

17*  »«  :  g^jnfùr.  Rrafc^  (III.  liv,  ia);  wftaRTf^i 

(dan»  le  pada  g  1  «ft  1  )   fjf|  (VIII  mm     10)  ; 

18*    ai  :   3tfrt  F3T  ftRRÇ  :   (  X ,  XXXVII .   7  )  ;    £*  3^  ^BT 
wfa(VII,LX."a); 


ÉTUDES  SUR  LA  GRAMMAIRE  VÉDIQUE.  473 

190  ava  :  *Jd Wl^fè ol * I [n Hl U  (II,  xxm,  8);  ïïoCnm  (dans 
le  parfa  ^ôT  1  SW  1)  fsi"  jtwïtt  ^qw  (I,  xxiv,  i5); 

20°  api  :  1TZJ  i I -c^'rd Ul dlî (M fô ri   (I,  CXLV,  4);    "^ôTT  ^SrRT- 

irfif  cffrr  errer:  (III,  vm,  9). 

LeIWra&ta(I,3)  énumère  les  mêmes  prépositions  ou  pré- 
fixes dans  un  ordre  différent,  et  en  indique  la  signification. 

VI.  Sùtra  2 1 .  7PI7  •  •  •  —  Commentaire  :  ^ûf^  1  -ll*Tlwr- 
mOflfan  ^  r?T  pqiHI  3(<Ho<Ul:.  J'ai  suivi  l'interprétation  d'U- 
vala,  mais  ^rf^,  qui  s'emploie  proprement  quand  on  parle 
de  deux  choses ,  sert  à  distinguer  surtout  les  nipâtas  des  upa- 
sargas.  — Exemple  :  ffÇJTra  rTm  ( Rig- Véda ,  II ,  1,  16). 

VIL  SÛtra  22.  fqajrî:.  .^  —  Commentaire  :  $  1  ïTT  1 
fr:  fj!  ifèri  Hl  f^l  g-  I  3rT  l  ^rt  3TOÏTT  ^Tra^T  3WT  33TWT 

^Rra-:.  —  Nous  avons  vu  3W  dans  le  même  sens,  au  cha- 
pitre III,  19. 

VII.  Sûtra  23.  34144^1x11: —  Le  scoliaste  les  énu- 
mère, comme  ceux  du  sûtra  précédent,  sans  donner  d'exem- 
ples :  tjjï  I  5^T  I  3*7  l  WJ  l  tjfj  l  qfrf  I  ^frT  I   ^fà'  1  Sôf  I  îgfqf  I. 

VII.  Sûtra  il\.  ^TtCTrT: ...  —  Exemple  :  *fàr  fâmfîji 
^TôTrt  =3Rff|rT:  (Rig- Véda,  IX,  lxxv,  1). 

VIII.  Sûtra  2  5.  Î5nHl^l^«h —  Ce  sûtra  et  le  sui- 
vant sont  sans  commentaire  dans  le  manuscritde  Paris.  —  Le 
Nirakta  (1 ,4)  distingue  trois  espèces  de  nipâtas  ou  particules  : 
celles  qui  expriment  comparaison,  celles  qui  annexent  et 
coordonnent,  et  enfin  celles  qui  font  remplissage.  Ces  der- 
nières, qui  sont#r,  ^,  ^,  3,  sont  désignées,  dans  le  texte 


474  DÉCEMBRE  1857. 

de  M.  Roih,  parle  root  cj^rpm  (p*l*  par  «  bref),  ortho- 
graphe qu'a  pu  paraître  confirmer  l'opposition  de  aivuujuii. 
(JYiruirto.I.g). 

IX.  SCtra  a6.  HMIHMi  —  M.  Roth  (ad  Nirukt. 
1,9)  pense  arec  raison  que  ce  distique  (et  l'on  en  peut  dire 
autant ,  je  crois ,  du  çloàm  8)  a'eat  vraisemblablement  pas  au- 
thentique. Pour  l'expliquer,  le  secourt  d'Uvala  ne  serait  point 
inutile,  car  il  offre  plusieurs  di&sculté».  —  Le  substantif  fc- 

7Pf=f  signifie  habit u  ail— ant.  dans  le  style  dea  graanmei- 
riens,  •irrégularité,  exception»;  mais  il  ne  parait  pas,  avec 
cette  acception  technique,  dans  le  teste  du  Pràbçâkkjm;  voilà 
pourquoi  j'ai  préféré  donner  an  mot  un  sens  analogue  à  celui 
ou  YAskrn  emploie  le  verbe  ftqrtft  en  parlant  des  particules. 
J'ai  considéré  ■é<JUl<i  comme  un  composé  possessif  •  ayant 
dépendance  du  sens  (de  la  proposition)  s.  —  ^n  jfh.  pour 
*  ^i"h  jfh .  J'ai  construit  de  la  façon  suivante  l'ensemble  de 
la  dernière  proposition  :  «ce  compte,  disant:  [ce  sont]  ceflee 
ci,  n'est  point  ici  [dans  le  Prétiçékkym], [céim^i]  qui  [s'em- 
ploient comme  pàimpérmMU }  dans  la  iiosntiositiun  a  syllabe» 
mesurées  (c'est-à-dire  dans  le»  vers],  et  [comme  rdkympâ- 
rantu]  dans  [la  composition]  à  syllabe»  non  mesurée»  [c'est-» 
dire  dans  la  prose].  •  En  d'autre»  terme»  :  il  n'y  •  point  ici 
(comme  dans  le  \mita.  1,4)  mat  énsmération  qui  déter- 
mine quelles  sont  celles  de  ce»  pi  th.  «a»  qui  s'esnpsôsent,  etc. 
Cest  une  allusion .  qui  semble  évidente,  au  passage  suivant 
du  Ninkta  (1.  9.  fin)  :«OfrçJti$  : fmrrej^ n=%^ arnjn- 

jrjtm  wjiiç&i  u^un  f?t  nprrà^pfar: Cette  allusion 

serait  historiquement  intéressante,  ai  l'on  pouvait  considé- 
rer comme  authentique  ce  dernier  çloka  du  chapitre  XII 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.    475 

MÉMOIRES 
SUR  LES  CONTRÉES  OCCIDENTALES, 

TRADUITS  DU  SANSCRIT  EN  CHINOIS ,  EN  L'AN  6&8 . 

PAR  HIOUEN-THSANG, 

ET  DU  CHINOIS  EN  FRANÇAIS, 

PAR  M.  STANISLAS  JULIEN. 
TOME    PREMIER, 

CONTENANT  LES  LIVRES  I  À  VIII,  ET  UNE  CARTE  DE  L'ASIE  CENTRALE. 


I. 

Position  du  bouddhisme  dans  le  monde  antique. 

Cet  ouvrage  de  Hiouen-thsang  est  pour  nous  d'une  très- 
grande  signification  historique.  Il  nous  instruit,  et  bien  sou- 
vent il  nous  instruit  à  fond  de  l'état  religieux  et  de  l'état 
moral,  et,  par  suite,  de  l'état  politique  et  de  l'état  social  de 
l'Inde  du  temps  où  le  bouddhisme  y  dominait ,  quoiqu'il  y 
fût  déjà  vivement  combattu  et  qu'il  tirât  à  son  déclin.  Grande 
et  curieuse  époque,  qui  tombe  entre  l'établissement  du  chris- 
tianisme dans  l'empire  romain  et  les  premiers  développe- 
ments de  l'islam  dans  un  monde  arabe  naissant. 

Hiouen-thsang  est  un  témoin  important  de  la  situation  de 
l'Inde,  telle  qu'elle  se  dessina  immédiatement  après  l'établis- 
sement des  races  du  Touran  dans  son  territoire.  Il  s'agit  des 
Indo-Scythes  et  de  leur  domination  dans  le  Kaboulestan ,  le 
Gândhâra ,  le  Kashmir  et  toutes  les  contrées  traversées  par 
l'Indus  depuis  Attok,  jusqu'à  son  embouchure.  Telle  fut 


476  DÉCEMBRE   1857. 

l'Inde  nouvelle .  qui  naquit  au  pied  de  la  vieille  Inde  de»  suc- 
eeaseurs  d'Alexandre,  qui  surgit  dans  le  PanUchab,  et  qui 
s'étendit  jusque  dans  le  voisinage  du  Gusurate. 

L'Inde  scy  thique ,  plus  favorable  encore  an  bouddhisme 
que  l'Inde  grecque  annexée  à  l'empire  des  rois  de  la  Bac- 
triane,  l'Inde  scy  thique  est  comme  une  relique  du  Bouddba, 
même  pour  le  cœur  du  pieux  Iliouen-thsang.  Il  la  ebérit 
dans  le  souvenir  de  son  rot  Kanischka  ;  mais  elle  avait  suc- 
combe sons  les  coups  triomphants  que  lui  avait  portes  la  caste 
des  Kchalriyas:  celait  donc  un  passe,  ce  n'était  pins  un  pré- 
sent. N  importe,  l'esprit  d'Ashoka.  du  grand  rot  bouddhiste 
de  la  primitiveln  de  des  kchalriyas ,  cet  esprit  souillait  encore 
dans  les  régions  occidentales  de  l'Inde  lorsque  Hiiineu  lliacisg, 
y  pénétre.  Il  n'en  était  pins  de  même  dans  l'Inde  centrale 
ou  dans  le  lladbya-deahe  ;  3  n'en  était  surtout  pas  ainsi  dan» 
l'Inde  orientale,  vrai  berceau  de  la  doctrine  du  Bouddha. 
Non  •seulement  le  bouddhisme  y  était  déjà  puissamment 
ébranlé  par  la  rigueur  d'un  brahmanisme  en  pleine  recru- 
descence, mais  le  pays  était  couvert  de  reines  :  il  y  svait 
des  cités  bouddhistes  écfOadées  ;  il  y  avait  des  empires  boud- 
dhistes déchirés  par  des  Avisions  intestines.  On  voit  les  pas 
attristés  d'Hioueo  thsang,  on  le»  in  tend  qui  errent  dan»  le» 
lieux  si  pleins  encore  de  le  tradition  qu'il  cherche  A  ré- 
chauffer. 

L'histoire  de  l'Inde  bouddhiste  renferme  ainsi  deux  élé- 
ments que  nous  pouvons  apprécier  dans  les  récits  du  voyagem 
chinois  :  l'élément  indigène  et  l'élément  étranger.  Le  premier 
est  encore  puissant .  mais  il  est  pniasamment  combattu  et  plu» 
puissamment  controversé;  l'antre  est  anéanti;  il  avait  été 
l'appoint  de  la  cause  du  Bouddha,  appoint  que  lui  offraient 
les  conquérants  étrangers,  les  rois  scythes .  successeurs  gros- 
siers des  rois  grecs ,  distingués  par  La  culture  de  leur  esprit; 
mais  les  Scythes  avaient  été  capables  d'une  plus  grande  piété 
que  le»  Grecs,  à  cause  de  la  simplicité  de  leurs  instinct»  mo- 
raux et  intellectuels.  Il  est  probable  que  la  haine  de  l'étran- 
ger, de  cet  étranger  qui  s'était  si  vivement 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.      477 

maintien  de  la  cause  du  bouddhisme,  qui  avait  si  vivement 
combattu  la  cause  d'un  brahmanisme  recrudescent;  il  est 
probable,  dis-je,  que  cette  haine  fut  pour  beaucoup  dans  les 
désastres  auxquels  le  bouddhisme  tomba  en  proie  dans  l'Inde 
lotit  entière  durant  le  cours  du  vme  siècle. 

L'histoire  de  l'Inde  bouddhiste  a  pour  nous,  du  reste,  un 
intérêt  encore  plus  puissant  que  son  intérêt  local  et  national  ; 
elle  tombe  entre  l'anéantissement  de  l'empire  grec  de  la  Bac- 
triane  et  l'invasion  d'Attila,  à  laquelle  succombe  l'empire 
romain  ;  elle  se  rattache  ainsi  à  un  chaînon  intermédiaire  de 
l'histoire  du  monde.  Converties  au  bouddhisme ,  les  hordes 
scythiques  ou  touraniennes  calmèrent  leur  fureur  guerrière 
dans  l'Inde,  dans  la  Sérique,  dans  la  Bactriane,  où  elles 
fondèrent  des  empires.  Il  n'en  fut  pas  ainsi  dans  les  régions 
où  elles  conservèrent  la  foi  de  leurs  pères,  la  foi  à  ce  dieu 
de  l'épée  dont  Attila  fut  un  symbole  vivant.  Nous  voyons  les 
Mongols  se  pacifier  également  au  moyen  âge,  dans  le  Tibel 
et  dans  la  Chine,  dès  qu'ils  ont  reçu  la  loi  du  Bouddha.  Ceux 
qui  ont  passé  à  l'islam ,  les  prédécesseurs  et  les  successeurs 
deTamerlan,  font  tout  périr  par  l'épée,  en  Europe  comme 
en  Asie. 

Voici  donc  le  très -grand  intérêt  que  nous  offre  l'action 
du  bouddhisme  sur  les  races  du  Touran;  or  Hiouen-thsang 
nous  introduit  au  plus  vif  de  cet  intérêt.  En  outre ,  et  si  nous 
savons  l'étudier  avec  fruit ,  il  peut  encore  aider  à  nous  faire 
comprendre  la  cause  de  sa  grande  faiblesse  politique  et  so- 
ciale, la  cause  de  son  impuissance  en  face  de  l'énergique 
opposition  qu'il  rencontra  de  la  part  du  brahmanisme.  En 
effet,  si  le  bouddhisme  adoucit  les  mœurs  des  hordes  féroces, 
des  tribus  houniques,  turques,  mongoles;  s'il  les  rend  hu- 
maines sans  leur  ôter  toute  leur  virilité,  il  agit  en  sens  con- 
traire sur  les  Aryas  de  l'Inde ,  de  l'Afghanistan ,  de  la  Bac- 
triane ,  de  la  Sérique.  Prêchant  une  constante  inaction  poli- 
tique et  sociale,  il  hébêle  à  la  longue  les  peuples  et  les 
gouvernements. 

.Né  d'une  réaction  contre  un  brahmanisme  oppresseur 
x.  3s 


47*  DÉCEMBRE    1857. 

contre  un  brahmanisme  qui  prétendait  absorber  tonte  la 
puissance  politique  des  princes  et  des  peuples,  il  prospéra 
d'abord  et  Gt  de  grands  progrès,  s  cause  de  cette  réaction 
même.  Mais  il  ne  put  tenir  kmgteeaos  contre  le  brlhma 
mi  nie  recrudescent,  qui  >ut  animer  contre  lui  la  caste  des 
Shoùdras,  lorsqu'il  parvint  à  l'attirer  dans  ses  intérêts.  Il  ne 
l  ui  résister  davantage,  dans  les  régions  orientales  de  la 
Perse  et  de  Is  Beclriane.  ans  pradicariooi  d'un  aoroastrisme 
qui  célébrait  sa  renaissance  sous  le  sceptre  des  Sassanides. 
Le  bouddhisme  manque  sasenriellement  de  vigueur,  car.  •  il 
corrige  la  (croate  des  barbares,  l'histoire  le  prouve .  l'histoire 
prouve  aussi  qu'il  extirpe  la  force  politique  cbei  d'autres  races 
d'hommes  beaucoup  plus  civilisés.  Telle  est  probablamenl 
une  des  raisons  pour  Iniquillni  la  race  ruinons  loi  a  éner- 
giquement  résisté  par  les  principes  de  go  marnent  tnt  et  lea 
intitulions  de  CoeJncrâs. 

Il 
Dm  liwilinaaaw  m  fce»  es  tlaét  wcUin  en  lemf»  <tr  Htoorn  tlwaag. 


Iliouen  Ihsang  nous  renseigne  aboodammen i  snr  l'état  des 
dans  l'Afghanistan  et  les  diverses  portions  de  l'Inde 
Il  parle  des  enthousiastes  do  Rondra  dans  ses 
terribles,  et  des  partisans  de  Shiva  dans  ses 
placides;  il  cite  encore  les  adorstenri  nos  Nages  ou 
serpents.  Ce  qui  frappe .  c'est  son  silence  absolu  sur  la  secte 
des Vaischnivas ,  résultat  négatif,  il  est  vrai ,  mais  un  des  plu» 
importants  qui  jaillissent  de  son  récit  :  voua  pourquoi  il  im- 
porte de  s'y  orienter. 

retendons- nous  d'abord  sur  le  fend  des  choses. 

Vischnou.  c'est-s-dire  (s  Pémknmt.  c'est-à-dire  le  Somfi* 
vivant ,  l'Espnt  rntficatear,  Vischnou  est  on  dieu  de  l'ère  vé- 
dique; il  parait  comme  l'associé  intime  du  dieu  Indra  dan* 
plusieurs  hymnes  du  Véda.  Si  Indra  dérobe  le  Soms  sox 
dieux  de  l'antiquité,  s'il  combat  Tvaschtar  ou  le  Gandharva . 
Vischnou  fait  exactement  la  même  chose.  U  est  le  dieu  qui 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     479 

monte  en  trois  pas  de  la  terre  au  ciel ,  ou  qui  descend  en 
trois  pas  du  ciel  sur  la  terre.  Il  en  descend  comme  porteur 
du  Soma ,  qu'il  a  dérobé  aux  anciens  dieux  ;  il  y  remonte  dans 
la  personne  de  son  pontife,  l'inspiré  du  Soma,  qui  le  trans- 
porte aux  cieux  dont  Vischnou  s'est  rendu  le  maître.  Ce  dieu 
ne  fait  que  poindre,  du  reste,  dans  le  Véda;  il  y  joue  un 
rôle  moins  important  qu'Indra,  quoique  celui-ci  soit  aussi 
un  dieu  nouveau  ;  car  il  substitue  son  empire  à  l'empire  de 
l'Asoura,  qui  est  l'esprit  de  vie  des  temps  primitifs.  Indra 
détrône,  pour  ainsi  dire,  Varouna,  qui  est  l'Ouranos  des 
Grecs,  mais  dans  un  sens  beaucoup  plus  vivant  :  c'est  ce 
même  Asoura  qui  est  aussi  l'Ahoura  ou  l'Ormazd  des  Bac- 
t  rien  s. 

Il  y  a  plus  :  avant  que  le  règne  de  ce  Varouna  ou  de  cet 
Asoura  fût  établi,  il  y  eut  un  dieu  plus  vieux  encore,  un 
dieu  qui  le  précéda  dans  l'ordre  des  temps.  Il  y  eut  un 
Asoura  primitif,  le  Gandharva  par  excellence,  le  Savitar  du 
Véda,  le  Tvaschtar,  qui  est  le  dieu  des  Gandharvas  et  très- 
probablement  celui  des  Gândhàrâh.  La  puissance  d'Indra  se 
développe  ainsi  au  détriment  de  deux  autres  dieux,  dont 
l'un,  Tvaschtar,  a  plus  d'un  trait  de  ressemblance  avec  Kro- 
nos  ;  dont  l'autre ,  Varouna ,  est  identique  de  nom  et  d'idée 
à  Ouranos.  Vischnou,  qui  sera  si  grand  dans  l'épopée; 
Vischnou,  qui  y  grandira  à  côté  d'Indra;  Vischnou,  qui  fi- 
nira par  effacer  Indra  même;  Vischnou  n'est  qu'un  autre 
Indra  dans  l'ère  védique;  il  est  l'Indra  sacerdotal,  ITndra 
mystique.  En  revanche,  on  peut  affirmer  d'Indra  qu'il  est, 
sous  un  certain  point  de  vue,  le  Vischnou  héroïque. 

Disons  un  mot  de  ce  Roudra  qui  paraît  sous  tant  de  formes 
dans  le  récit  de  Hiouen-thsang  :  il  se  manifeste,  en  principe 
et  dans  le  Véda ,  au  sein  de  la  tempête  ;  il  est  le  chasseur  sau- 
vage, l'Orion  typique,  celui  qui  parcourt  les  airs  à  la  tête  de 
la  troupe  des  morts.  Mais  ces  morts  sont  les  mortels,  les 
Maroutah,  dont  les  âmes  se  mêlent  au  vent  après  avoir 
quitté  leurs  dépouilles  terrestres.  Fils  de  Roudra ,  postérieu- 
rement instruits  par  Tvaschtar  et  les  Gandharvas,  ils  de- 

3a. 


480  DÉCEMBRE   1857. 

viennent  immortels  en  recevant  d'eu*  le*  Sacra  d'Agni  et 

la  boisson  du  Soma;  ib  cessent  d'errer  dans  l'atmosphère 

nocturne;  ils  brûlent  leur  péché  dans  les  flammes  du  sacri 

lice. 

Mats  voici  ce  qui  arrive  plut  tard  :  accapares  par  Indra . 
ils  finissent  par  devenir  ses  compagnons,  le*  anooiéi  de 
toutes  ses  entreprises  ;  car  c'est  Indra  qui  achève  son  œuvre . 
qui  hérite  des  dieux  de  l'antiquité,  qui  les  dépouille  da  Iode 
chose;  il  Ole  à  Roudra  lea  Marootah.  tas  fils;  àTvaschtar.  las 
llihhavah .  qui  sont  et  ses  fils  et  set  disciples.  Tel  est  cet  In 
dra ,  qui  ne  fut  plus  un  dieu  vivant .  mais  qui  fut  une  grande 
tradition  épique  du  temps  de  Hinttenlhsang.  Si  celui-ci  ta 
uit  donc  sur  les  incarnations  da  Vtschnou ,  sur  celle  en  Ri 
matchandra  ilans  le  royaume  d'Ayodhya ,  sur  celle  an  Rris- 
chna  dans  celui  da  Malboura.  qu'en  conclure?  Ayant  sé- 
journé dans  lea  deux  paya,  il  n'aurait  pu  garder  la  silence 
Ht  lea  Vaitchnavt» ,  si  le  principe  des  incarnations  da  Visch- 
nou  eût  vécu  de  ton  temps. 

Une  chose  est  encore  à  remarquer  :  Indra  n'a  jamais  été 
la  dieu  d'aucune  secte.  11  n'en  fut  pat  ainsi  da  Roudra  ni  de 
Vitchnou.  quoiqu'ils  soient  également  tes  dieux  d'une  époque 
védique.  Désarment  aa  colère  (ton  saanyoa).  Honnie  revêt, 
comme  dieu  d'une  secte,  dans  formes  opposées  :  il  est  KJia 
ton»  l'aspect  do  temps  destructeur .  il  est  Shtva  tout  la  forme 
du  temps  réparateur .  Yischnou  est,  avant  tout .  un  dieu  mys- 
tique; il  est  le  principe  d'une  incarnation  et  celui  d'une  déi- 
fication; il  est  le  dieu  de  I  apothéose.  C'est  an  cette  quaheé 
Mirlout  qu'on  pouvait  l'opposer  an  Bouddha,  qui  sortait  de 
la  via  pour  s'éclipser  dans  le  était,  par  opposition  avec  Yêtrr 
'ibsoln,  uans  lequel  tes  Brahmanes  prétendaient  s'absorber 
comme  dans  leur  principe  suprême. 

A  tout  prendre .  Indra  est  un  dieu  d'action  qui  n'a  rien 
de  philosophique  en  soi  ;  mais  Roudra  te  rapporte  aux  tour- 
ments du  cœur  humain ,  en  même  temps  qu'il  renferme  un 
principe  d'abstraction  ou  d'ascète.  Se  mariant  a  l'âme  hu- 
maine de  la  manière  la  plus  intime.  Vitchnou  en  devient 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     481 

l'époux  mystique  ;  il  la  tient  suspendue  aux  lèvres  de  son 
amitié,  aux  voluptés  de  son  amour. 

A  part  cette  raison  de  leur  aptitude  spéciale  à  devenir  des 
dieux  de  sectes ,  il  y  a  autre  chose  encore  dans  la  cause  de 
leurs  succès.  Leurs  croyances  se  sont  très-anciennement  con- 
formées à  de  très-vieux  éléments  du  culte  des  Shoûdras, 
dépouillés  de  leurs  grands  dieux  par  le  peuple  conquérant. 
Quoiqu'ils  soient  devenus  une  caste  dans  l'organisation  so- 
ciale de  l'état  politique  des  Aryas,  quoiqu'ils  aient  fini  par 
parler  un  idiome  de  la  langue  de  leurs  vainqueurs ,  il  n'en  est 
pas  moins  vrai  que  les  Shoûdras  constituent  un  peuple  à 
part.  Ils  sont  identiques  aux  Gédrosiens  de  l'antiquité  per- 
sane, à  ceux  que  les  Grecs  désignent  sous  le  nom  de  Cé- 
pkènes,  ou  sous  le  nom  également  ancien  à' Ethiopiens  orien- 
taux. Ne  participant  pas  aux  Sacra  des  Aryas ,  ne  possédant 
pas  le  culte  de  leurs  mânes,  ne  remontant  pas  au  ciel  des 
Pitrïs,  ne  célébrant  pas  les  Shrâddhus,  ils  ont  dû  se  rattacher 
à  des  divinités  de  l'ère  védique  qui  se  trouvaient  être  les 
plus  étrangères  à  toutes  les  formes  du  culte  domestique ,  à 
toutes  les  formes  du  culte  public  et  politique  de  leurs  vain- 
queurs. Accorder  aux  Shoûdras  l'adoration  des  Pitrîs  et  la 
participation  aux  Sacra  d'Agni  et  de  Soma,  c'eût  été  leur 
reconnaître  une  parité  de  droits,  par  suite  d'une  parité  d'o- 
bligations avec  leurs  maîtres;  or  cela  ne  se  pouvait  pas. 

Tel  était  donc  l'étal  des  sectes  du  temps  de  Hiouen-thsang, 
après  l'épanouissement  de  la  fleur  d'un  bouddhisme  qui  com- 
mençait à  se  faner.  Plus  de  traces  de  la  vieille  religion  vé- 
dique des  Brahmanes,  plus  de  traces  de  la  vieille  religion 
épique  des  Rchatriyas;  le  nom  de  Brahma  et  le  nom  d'In- 
dra, voilà  tout.  Les  croyances  populaires  avaient  pris  le  des- 
sus sur  les  croyances  héroïques  et  sur  les  croyances  sacrées. 
Le  principe  des  incarnations  de  Vischnou  avait  pu  poindre 
dès  celle  époque ,  mais  il  n'étail  pas  encore  venu  à  terme  ; 
car,  quand  il  vint  à  terme,  ce  fut  l'ère  de  la  ruine  du  boud- 
dhisme. 

Ce  qui  a  donné  naissance  au  système  des  Avatârâh  n'est 


4SI  DÉCEMBRE    1857. 

pas  dilticile  à  deviner;  la  polémique  contre  le»  Bauddbes  au 
fait  foi  ;  elle  éclate  dans  le  Ramiyanam  de  Valmtki  lui  même  : 
on  la  lit  surtout,  et  surabondamment,  dans  les  Pouranas. 
ti  l'on  célèbre  le  triomphe  de»  Shaiva»  et  des  Vaischnavas 
Mir  le  Tripoura.  Le  Tripoara  est  la  cité  que  les  Banddhes 
ont  pervertie ,  cité  idéale ,  figure  du  inonde  conçue  sous  le 
point  de  vue  de  l'allégorie;  triple  cité,  séjour  de  l'imposteur 
qui  a  envahi  le  ciel,  la  terre,  l'atmosphère,  qui  a  pénétré 
jusqu'aux  enfer».  Mais  Shiva  et  Visrhnou  te  sont  entendus, 
ut  renversé  tout  l'édifice  de  cette  imposture  du  hsut  de 
son  piédestal. 

Que  l'on  me  comprenne  bien  ;  car  il  importe  d'éviter,  à  os 
sujet,  une  méprise. 

En  «fat,  il  ne  s'agit  ici,  en  aucune  Ucoo .  du  Jomd  même 
de  la  poésie  épique  des  Initiant  II  ne  s'agit  pas  du  Parssbott 
Rama ,  personnage  mythique  qui  remonte  i  le  plus  hante 
antiquité,  il  ne  s'agit  pas  dn  Hanta  Tchandra,  à  moitié  my- 
thique et  à  moitié  historique.  Le  Rame  Tchandra  historique 
lut  un  roi  d'Ayodhye,  et  pmheblssnsnt  un  conquérant, 
quoique  m  conquête  n'ait  pas  laissé  de  traces  dans  le  midi 
de  rinde.  Weber  nous  a  parfaitement  révélé  l'autre  person- 
nage de  et  nom,  le  perionnags  mythique,  celui  qui  n'est 
qu'une  forme  du  Rama  au  soc  de  charrue,  l'équivalent  de 
l'Aloide  des  Grecs.  Cest  le  Halabhrit .  le  HaJ-ayoadha ,  c'est . 
au  fond .  un  Shiva  qui  est  devenu  agriculteur  après  avoir 
été  pasteur.  Il  ne  s'agit  pas  davantage  de  Kriscltna,  qui  est 
le  prototype  des  Yidavalt ,  du  peuple  souverain  des  cités  de 
Msthoura  et  de  Dvaraka.  Ces  dieux,  ces  demi  dieux .  ces  hé- 
ros sont  tout  s  lait  hors  de  question.  Il  s'agit  purement  et 
amplement  du  costume  vsJschnéva,  de  la  forme  sectaire  dont 
on  a  revêtu  ces  personnage»  d'une  haute  antiquité  mythique 
«•t  héroïque 


MÉMOIRE  SUR  HIOU  EN-THSANG,  ETC.      483 

m. 

De  l'iniportance  des  voyageurs  chinois ,  pour  la  connaissance  des  rapports 
entre  les  peuples  de  l'Orient  et  de  l'Occident  par  la  route  des  caravane* 
dans  l'Asie  centrale. 

Nous  venons  de  voir  la  haute  importance  des  récits  de 
Hiouen-thsang,  et  M.  Stanislas  Julien  a  rendu  un  grand 
service  à  la  science  en  nous  le  faisant  connaître;  mais  il  ne 
veut  pas  que  nous  lui  soyons  seulement  redevables  de  Hiouen- 
thsang.  Il  promet  de  le  compléter  par  le  récit  d'autres  voya 
geurs  chinois,  qui  appartiennent  tous  également  à  la  foi  de 
Bouddha,  qui  se  sont  tous  mis  en  route  en  s'inspirant  des 
mêmes  intérêts ,  les  uns  aux  premiers  jours  de  l'introduction 
du  bouddhisme  au  sein  de  la  Chine ,  les  autres  postérieure- 
ment au  temps  de  Hiouen-thsang.  Grâce  à  M.  Stanislas  Julien, 
nous  posséderons  donc ,  tôt  ou  tard ,  un  véritable  Corpus  de 
pèlerins  bouddhistes ,  qui  nous  éclaireront  dans  les  ténèbres , 
en  marchant  devant  nous  dans  des  régions  jusqu'ici  inexplo 
rées  par  la  science  européenne. 

Il  ne  s'agit  ici,  en  aucune  façon,  d'exagérer  le  talent  de 
Hiouen-thsang.  11  est  vrai ,  cet  écrivain  ne  porte  un  véritable 
intérêt  qu'aux  objets  qui  concernent  sa  foi;  mais  il  a  aussi 
des  yeux  pour  autre- chose.  Non-seulement  il  rend  très-bien 
compte  de  tout  ce  qui  est  hostile  à  sa  croyance,  mais  il  jette 
aussi  un  regard  lumineux  sur  les  objets  de  la  vie  matérielle, 
de  la  vie  sociale  et  même  de  la  vie  politique  quand  l'occasion 
se  présente  de  les  faire  valoir.  Ce  n'est  pas  tout  à  fait  un  Hé- 
rodote, mais  c'est  plus  qu'un  Pausanias,  et  c'est  même  plus 
qu'un  Pline.  Cependant,  tout  le  monde  sait  de  quels  secours 
nous  sont  Pline  et  Pausanias,  quand  il  s'agit  d'investigations 
et  de  recherches.  Sachons  donc  jouir  de  Hiouen-thsang  mal- 
gré ses  imperfections,  et  prions  seulement  M.  Stanislas  Ju- 
lien d'une  chose,  au  nom  de  cette  érudition  historique  qui 
ne  s'en  tient  pas  aux  mots,  mais  qui  cherche  des  idées  et 
des  fails  dans  les  mots  mêmes.  Qu'il  complète  son  œuvre 


)>.  DÉCEMBHK  1857 

par  un  second  ouvrage  qui  se  rattache  au  premier  par  aa 
nature  et  par  son  importance.  Nom  avons  un  antécédent 
dans  la  monographie  sur  la  ville  de  K  bot  en  par  M.  Rému- 
sat  ;  quels  traits  de  lumière  ne  jailliraient  pas  d'un  certain 
nombre  de  monographies  sur  les  autres  cités  de  la  Serique. 
telles  que  Kaschgbar .  que  Yarkand ,  qu'Aksou ,  que  Kou- 
tché.  que  Hami,  etc.  Ce  serait  comme  la  vue  d'un  nouveau 
monde.  11  n'y  a  que  les  Chinois  dans  le  monda  antique  pour 
rivaliser  avec  les  Grecs  sons  m  point  de  vue.  A  part  les 
Arabes  des  temps  postérieur*  .1  ■  \  a  que  les  Chinois  pour 
nous  instruire,  en  Orient,  de  ce  qui  peut  intéresser  11ns- 
toiirgeneraie.de  ce  qui  a  trait  à  la  civilisation  du  globe,  de 
ce  qui  importe  à  la  rnnesàmnrn  dm  rapports  de  cominerm 
et  d'industrie  qui  lient  les  cités  de  l'Asie  entre  elles,  et  cela 
dés  un  temps  très  reculé  sur  lequel,  il  est  vrai,  nom  n'avons 
pas  de  date.  Les  Perses  ont  été  partout  par  les  armes;  les 
Banyans  de  l'Inde,  ceux  de  le  religion  brahmanique  aussi 
bien  que  ceux  de  la  religion  bouddhique .  ont  foulé,  de  toute 
antiquité .  les  routes  de  cummeree  de  la  haute  Asie,  de  l'Asie 
centrale,  de  l'Asie  méridionale;  ils  nom  devaient  le  récit  de 
leurs  aventures,  mais  Us  n'ont  pas  su ,  ou  ils  n'ont  pas  voulu 
les  Grecs,  les  Chinois  et  les  Arabes. 

i\ 
D«  vovsg*  «sa  !lnaca*dbeaf  ea  lai- Misas 


J'ai  dit  que  Iliouen  thsang  i 
des  objets  de  sa  foi.  Cela  le  rapproche  déjà  de  cm  voyageurs 
juifs  du  moyen  âge,  qui  parcourent  l'Orient  et  l'Occident 
dans  le  but  de  retrou ?er  les  membres  dispersés  dm  femmes 
de  leurs  coreligionnaires,  pour  gémir  de  leurs  douleurs  et 
se  réjouir  de  leurs  félicités  II  en  est  de  même  de  ceux  d'entre. 
les  voyageurs  arabes  de  la  même  époque  qui  poursuivent  un 
but  de  sainteté.  Il  en  est  ainsi  encore  du  plus  grand  nombre 
«les  missionnaires  de  l'Église  catholique,  «dans  les  relations  de 
leurs  voyages  parmi  les  peuplades  sauvages  et  dans  les  pays 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     485 

païens ,  et  dans  ces  coins  de  la  terre  où  l'islam  leur  permet 
un  accès  sans  tolérer  la  propagation  de  leur  foi.  Ce  point  de 
départ,  ce  but  de  Hiouen-thsang  une  fois  constaté,  tel  qu'il 
porte  avec  lui  son  instruction  spéciale,  et  sans  nier  les  limites 
que  ce  but  porte  à  son  investigation,  nous  ne  pouvons  pas 
nous  refuser  au  plaisir  de  la  reconnaissance,  en  applaudissant 
aux  lumières  qu'il  fait  jaillir  sur  une  foule  de  points ,  acces- 
soirement il  est  vrai ,  mais  toujours  avec  une  certaine  abon- 
dance. 

Ainsi  Hiouen-thsang  n'est  pas  un  esprit  politique,  et  il 
n'oflre  aucune  curiosité  dans  le  genre  de  la  curiosité  d'Hé- 
rodote. Il  ne  présente  rien  non  plus  qui  ressemble  aux  re- 
cherches d'un  marchand  instruit.  Il  est  moine,  d'une  portée 
d'esprit  exclusivement  ascétique.  Cela  ne  l'empêche ,  en  au- 
cune façon ,  d'aider  à  la  connaissance  des  choses  du  inonde 
réel,  en  dehors  des  choses  du  monde  imaginaire.  C'est  ce 
monde  qui  est,  en  effet,  le  grand  intérêt  du  bouddhisme  lé- 
gendaire, car  il  surpasse,  en  ce  genre,  tout  ce  que  l'on  pour- 
rait lui  comparer  chez  les  autres  peuples. 

Il  y  a  d'abord  Y  itinéraire  de  Hiouen-thsang,  qui  offre  à  lui 
seul  la  plus  haute  instruction.  Il  suit  la  route  des  caravanes 
formées  dans  l'Afghanistan  et  le  Tokharestan ,  qui  traversent 
la  Sérique  et  qui  aboutissent  à  la  Chine.  Il  franchit  la  chaîne 
du  Behur,  comme  les  Aryas  l'appellent;  car  Belour  signifie 
Vidoûra  dans  leur  langue,  c'est-à-dire  la  région  éloignée  des 
montagnes  aux  extrémités  du  monde  des  Aryas.  C'est  la 
même  chaîne  qui  porte  le  nom  de  Belout,  ou  des  monts 
Noirs ,  dans  l'idiome  des  Turcs.  C'est  la  chaîne  de  l'Imaùs  qui 
sépare  les  deux  Scythies;  la  Scythie  des  Sères,  ou  la  Sérica  à 
l'Orient;  la  Scythie  des  Tochares,  ou  le  Tokharestan,  y  com- 
pris le  Ferghana  ,  à  l'Occident.  Les  Aryas,  les  Tibétains,  les 
hordes  turques  et  tartares  y  placent  également  leur  paradis. 
Mère  de  l'Oxus  et  du  Iaxartes ,  mère  des  rivières  de  Rasch- 
ghar  et  de  Yarkand,  mère  encore  de  la  rivière  de  Khounar 
ou  du  Tchitral ,  qui  s'unit  au  fleuve  de  Kaboul  pour  former 
la  branche  occidentale  de  l'Indus,  cette  chaîne,  que  couvrent 


HI  <  KMBKL    1857. 

tant  de  voiles ,  el  que  soulèvent  Uni  de  regards,  a  été  traver- 
sée  psr  Hiouen-thsang  et  les  pèlerins  chinois  à  ses  dem  eatra 
mités  ;  car  ib  ont  suivi  le  roule  des  rivières  de  Kaschghar  el 
du  laxartes ,  ainsi  que  la  roule  de  l'Otos  et  de  ses 
dans  le  voisinage  des  sources  de  la  rivière  de  Khounar. 

Tel  est  doue  ce  nœud  des  montagnes  qu'il  bat 
s  ses  dent  extrémités,  pour  pénétrer  dans  la  Chine  par  la 
route  de  l*Outlarakoorou  des  Indiens,  c'esl-a-dire  de  la  Se- 
rique;  pour  pénétrer  dans  la  Bactriane  et  dans  la  T ranimant 
par  la  roule  de  l'Oultaramadra  des  Indiens,  c'est-à-dire  du 
Ferghana  et  du  Toabareatan.  C'est  une  des  grandes  voies  du 
monde.  Elle  a  été  très  certainement  frayée  dès  les  jours  de 
In  plus  haute  antiquité,  par  suite  des  mêmes  nécessités  de 
la  vie  commerciale  qui  ont  ouvert  la  route  des  liénrts  de 
diverses  portions  de  l'Inde  et  d'nne  très  grande  partit  de  la 
Perse,  qui  ont  frayé  les  steppes  de  la  mer  Caspienne  et  les 
steppes  du  voisinage  de  la  Crimée,  qui  ont  sillonné  des  et 
furts  de  l'activité  humaine  et  les  déserta  de  la  Syrie  et  les 
l 'ides  de  l'Arabie,  qui  ont  bravé  les  abords  de  Méroé  et 
de  l'Egypte,  de  la  Libye  et  des  régions  du  Soudan  on  de 
la  Nigrilie,  La  plupart  de  ces  voies  de  communication  entre 
les  hommes  appartiennent,  sans  contredit,  à  un  lias  viens 
monde.  Ce  monde  rot  le  monde  d'nne  humanité  chamitique. 
qui  précéda  le  monde  des  Sémites  et  celui  des  Àryas.  H  nous 
rend  compte  des  plus  vieilles  dvilisaiions  de  l'espèce  hn 
maine,  de  celle  de  la  Chine,  de  la  primitive  Bahylonie  et  de 
Is  primitive  Egypte.  A  part  les  notions  tièt  insuffisantes. 
quoique  toujours  curieuses ,  que  les  géographes  de  l'antiquité 
<>nt  eues  des  contrées  qui  nous  occupent  ici.  ce  ne  sont  qne 
les  voyageurs  chin  I  percent  décidément  les  voiles. 

Quant  à  Hiouen-thsang.  tout  moine  qu'il  est.  il  n'en  parti 
cipc  pas  moins  au  génie  mercantile  de  la  race  chinoise:  c'est 
ce  qui  se  trahit  par  I  attention  qu'il  porte  sur  plusieurs  articles 
«ie  commerce  dont  le  débit  s  dû  èlre  dm  plus  grands  dans  ss 
patrie.  Il  note  constamment  plusieurs  espèces  de  plantes  et 
de  bois  odoriférants  de  l'Afghanistan  et  de  quelques  régions 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     487 

voisines.  Il  porte  une  grande  attention  aux  produits  du  monde 
minéral  et  du  monde  végétal,  et  toujours  c'est  visiblement 
dans  leurs  rapports  avec  le  trafic  des  marchandises.  A  part 
les  reliques ,  ce  sont  là  les  objets  qui  le  frappent  le  plus  en 
route. 

L'intérêt  du  voyage  de  Hiouen-thsang  ne  se  borne  pas  au 
parcours  de  la  Sérique,  du  Tokharestan ,  de  diverses  por- 
tions du  Ferghana ,  de  la  Transoxane ,  de  la  Bactriane ,  du  Ba- 
dakchan,  de  l'Afghanistan  jusqu'aux  confins  du  Baloulchis- 
tan.  Ces  itinéraires  sont  déjà  de  la  plus  haute  importance  pour 
l'histoire  du  commerce  du  vieil  Orient.  L'intérêt  redouble 
encore  par  suite  de  son  long  séjour  dans  toutes  les  régions 
de  l'Inde  occidentale,  centrale  et  orientale,  dans  une  foule 
de  localités  de  l'Inde  himâlayenne ,  de  l'Inde  du  Vindhya  et 
par  son  parcours  du  Dékan.  Il  serait  temps  enfin  de  compa- 
rer ces  itinéraires  de  Hiouen-thsang  avec  la  section  du  Tîrtha- 
yâtrâ-parva,  comprise  dans  le  Vanaparva,  ou  dansle  troisième 
livre  du  Mahâbhâratam  (t.  I,  éd.  de  Calcutta,  p.  517-618). 
C'est  une  étude  que  l'on  pourrait  utilement  corroborer  par 
le  parcours  des  Pourânas,  dont  les  compilateurs  aiment  à 
s'arrêter  aux  tîrthas,  car  ils  nous  en  racontent  les  légendes. 
Ces  tîrlha's  sont  des  lieux  de  dévotion  et  des  lieux  de  com- 
merce tout  ensemble.  Il  y  a  là  des  temples  et  des  marchés ,  où 
l'on  voit  constamment  une  grande  affluence  de  pèlerins  et  de 
commerçants  venus  de  toutes  les  parties  de  l'Inde.  Le  Cata- 
logue des  manuscrits  de  la  collection  de  Mackenzie,  publié 
par  Wilson  en  deux  volumes,  offre  aussi,  à  ce  sujet,  de  cu- 
rieux renseignements  pour  ce  qui  concerne  le  Décan.  Qu'un 
géographe  d'une  science  aussi  éprouvée  que  M.  Vivien  de  Saint- 
Martin  se  mette  donc  à  l'œuvre,  lui  à  qui  ce  sujet  revient  de 
droit,  lui  qui  a  été,  pour  ainsi  dire,  l'œil  géographique  de 
M.  Stanislas  Julien,  par  l'excellente  carte  dont  il  a  doté  sa 
traduction. 

C'est  ainsi  qu'une  grande  partie  du  monde  antique  nous 
sera  splendidement  dévoilée  dans  ses  rapports  mutuels.  L'Inde 
surtout  et  la  Sérique  des  marchands  issédons  de  l'Asie  cen- 


IM  DÉCEMBRE  1857. 

traie ,  qui  vu) agent  entre  la  Sérique  et  la  Si  «due.  < 
main  aux  compagnie*  de*  Banyans  qui  leur  sont  probable 
ment  parentes.  L'Aitai  et  l'Oural  seront  ainsi  explore»  dam 
leurs  légendes  métallurgiques,  aussi  bien  que  les  < 
île  l'Afghanistan  et  du  Baltistan,  aussi  bien  que  las 
.lu  Lahdak  et  les  contrées  montage,  imiui  du  Badakcban  et  du 
Tokharestan.  L'histoire  de  la  métallurgie  du  moode  antique 
pourra  en  tirer  de  très-grands  avantages,  et  la  mythciogir 
entièrement  métallurgique  des  races  finnoises ,  originaires  du 
Touran.  en  sera  probablement  éclairée  jusque  dans  ses  pro- 
fondeurs. 


\ 

De  lladV  nd»|*c .  <|M  était  asarts ,  et  «a  Claés  svieassateae  éa 

ce 


Noos  allons  aborder  maintenant  notre  sujet  dans  ses  pre- 
sses les  pins  indispensables.  Noos  sllons  plus  spérialnmant 


étudier  l'Inde  de  Hinnen  ihaang*.  parler  de  ce  qu'elle  n'était 
pliM.  et  indiquer  ce  qu'elle  n'était  pas  encore ,  mais  ce  qu'elle 
allait  devenir  avant  l'ère  de  l'envabiasement  arabe. 

il  >  a  im  ln.lr*  qui  avaient  complètement  disparu  du 
temps  de  Hioueo-tnsang.  et  cela  depuis  un  ssses  grand 
nombre  de  siècles.  L'une  de  ces  dans  Inde»  était  celle  de 
l'époque  védique  et  l'autre  celle  de  l'époque  épique,  dont  la 
première  embrasses  elle  sente  une  période  coniinéfaHe.  Cette 
Inde  correspond .  par  son  état  social .  à  une  Grèce  anté-nomé- 
rique  et  anté-liellènique .  à  une  Grèce  pélasgiqoe.  on  encore 
à  une  Italie  anté-étrusque  et  anté-mmaine.  H  «agit  de  l'Inde 
historique .  d'un  corps  de  peuple  àrya  pur  sang .  d'un  peuple 
dont  nous  pouvons  suivre  La  marche  à  l'issue  de  son  berceau . 
d'un  peuple  qui  sort  de  l'Afghanistan .  où  il  est  d'abord  exclu- 
sivement concentré  jusqu'au  temps  où  il  se  répand  dans  le 
Sindhou-dvipa ,  où  il  descend  jusqu'aux  embouchures  de  I  In 
dus,  purifiant  de  son  point  de  vue  les  pays  de  la  conquête. 
Il  linit  par  s'établir  solidement  dans  les  légions  du  Pantsêhab . 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     480 

il  progresse  vers  le  Madhya-desha,  qui  est  l'Inde  centrale; 
enfin ,  il  finit  par  occuper  le  Magadha ,  ou  l'Inde  orientale. 
Plus  tard ,  il  pénètre  dans  le  Vindhya ,  qu'il  assujettit  à  son 
empire,  après  avoir  séculairement  occupé  les  territoires  de 
l'Adscha-ruîdha  et  du  Thchagala-mîdha ,  de  l'Adchmer  et  du 
Djessalmer,  territoires  possédés  par  la  race  guerrière  des  pas- 
teurs ,  chevriers  ou  A egicores  de  la  vieille  Arie.  C'est  le  Râdsch- 
poutana  de  l'Inde  du  moyen  âge,  boulevard  contre  lequel 
vinrent  se  briser  les  flots  de  l'islam  envahisseur. 

Le  corps  du  peuple  ârya  n'est  pas  encore  constitué  en 
castes  tranchées  durant  toute  cette  époque  védique.  Il  forme 
un  corps  de  Vishah,  ou  de  gens  domiciliés  qui  se  divisent  en 
cinq  Dchânas,  comparables  aux  cinq  Phyles  de  la  vieille 
Grèce  pélasgique  et  aux  Gentes  originales  de  la  très-vieille 
latinité.  Ces  Pantcha  dchanâh,  ces  Gentes  s'appellent  encore 
du  nom  des  Pantcha  Tcharschanayah  ou  des  Pantcha  Tchar. 
schanîh  (Benfey,  Glossar.  à  son  édition  du  Sâmaveda,  p.  67 
h.  v.),  qui  étaient  d'abord  des  nomades,  ce  qu'implique  le 
mot  de  Tcharschanîh.  Ce  sont  les  hommes  qui  marchent, 
qui  sont  en  route  (de  tschar).  Les  familles  pontificales  se  sont 
approprié  ce  nom  d'une  manière  spéciale.  Leur  pensée  se 
met  en  route,  elle  marche,  elle  est  à  la  recherche  du  dieu 
Agnis ,  qui  est  caché  dans  l'eau  de  la  nuée  et  dans  le  bois  ; 
elle  est  aussi  à  la  recherche  du  dieu  Soma ,  qui  est  caché  dans 
la  plante  de  ce  nom.  Ces  sages  veulent  allumer  le  feu  de 
l'autel ,  ils  veulent  boire  le  nectar  et  manger  la  viande  du 
sacrifice.  Leur  pensée  est  à  l'œuvre.  Elle  fabrique  (takchat) 
des  mantras  ou  des  hymnes;  elle  tisse  (vayat)  les  mètres  el 
les  rhythmes;  elle  brode  le  manteau  de  la  parole.  C'est  ainsi 
que  les  Aurores,  jeunes  et  immortelles  épouses  de  ces  hommes 
infatigables,  brodent  le  vêtement  de  la  création  à  l'issue  de 
la  nuit. 

Un  autre  nom  de  ces  tribus  est  celui  des  Pantcha  Krïsch- 
tîh  ou  Krischtayah,  ou  encore  celui  des  Pantcha  Kchitayah. 
On  les  désigne  ainsi  comme  agriculteurs  sous  la  première, 
et  comme  propriétaires  d'un  bien  fonds  sous  la  seconde  de 


uu  DÉCEMBRE  1857. 

ces  dcu*  formes  de  mot».  Tab  ils  occupent  les 
maître»  du  sol .  tel*  Us  siègent  dam  les  primitive*  cités  ru- 
rale» 

Ils  ont  s  leur  tète  des  Dckmmààk.  c'est-è-dirc  des  rots  des 
G*nlê$%  ou  des  Vukompmtayak.  oigenee  souverains  du  corps 
des  Vishah.  Ce  système  oflre  «M  complète  analogie  avec  le 
régime  des  dèmes  de  fat  vieille  Grèce  ;  c'est  la  primitive  Oi- 
kokratie .  c'est  la  vieille  Amphiktyonie.  Telle  est  cette  souve- 
raineté des  kchatirdk .  c  e*t  à-dire  encore  celle  des  eew  eV 
mtctUèt  qui  occupent  une  kektlik.  un  kekmya.  une  demeure 
fixe;  car  toutes  ces  rlsnosninitinni  sont  dériséw  d'an  verbe 
kcki  qui  signifie  habiter. 

Noos  avons  ici  le  tuf  àrya  pur  sang,  le  vieux  fend  des 
propriétaire*  du  sol  de  le  moque  te.  C'est  de  son  sein  même 
que  s'élève  graduellement  une  eew  par  excellence,  une  eew 
royale,  composée  de  le  parenté  des  chois  de  le  tribu.  Cwt 
d'abord  le  groupe  de  leurs  familiers,  de  lente  amàkaymh.  ou 
des  soeii  coofodére*  qui  les  entourent,  dent  le  genre  des 
//oiaafiuuMA.  qui  sont  les  Achexnénides.  Telle  est  l'origine 
de  la  souche  des  Kckminydk.  qui  en  dérivent.  Ces  elcnatrijeb 
ne  sont  pas  encore  réunis  dene  une  oaste  entièrement  dose. 
Cela  n'arrive  que  beeaconp  plus  tard,  s  l'époque  où  les 
Brahmanes  se  sont  compiéiement  sépare*  du  vieux  fond  des 
VUhah. 

Cette  grande  révolution  ne  s'était  dn  reste  pas  encore  ac- 
complie dans  le  principe  de  l'ère  épique  ou  héroïque.  Le  se* 
paration  des  Brahmanes,  leur  iinlsensnt  du  reste  de  le  so- 
ciété des  Àryas  amena  le  déclin  de  cette  époque.  De  lé  date 
un  temps  nouvesu .  une  ère  juridique  et  théocratique  com- 
mence. Les  Brahmanes  composent  un  corps  d'ouvrages  théo- 
logiques  qui  leur  servent  à  ihengsj  l'esprit  de  la  religion 
védique,  à  lui  attribuer  un  nouveau  sens,  à  les  mettre  dans 
la  possession  exclusive  des  sacre  domestiques  et  des  secru 
publics.  Cels  ne  leur  suffit  pas.  Réunissant  le»  Grikym  Soi- 
Iras,  les  traditions  de  l'établissement  domestique  et  de  réta- 
blissement public  à  un  corps  de  doctrines  nouvelles,  ils  en 


MEMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     491 

forgent  des  codes,  usurpant  la  science  de  la  loi  comme  ils 
avaient  usurpé  la  science  de  la  religion  :  double  levier  de 
leur  grandeur  et  de  leur  orgueil. 

VI. 

Qu'est-ce  que  Hiouen-thsang  a  connu  de  la  vieille  Inde  védique  et  de  la 
vieille  Inde  épique  ou  héroïque  ? 

De  toute  l'Indevédique ,  Hiouen-thsang  ne  sait  qu'un  nom  : 
celui  de  la  littérature  sacrée ,  commentée,  ordonnée  et  amen- 
dée parles  Brahmanes;  littérature  dont  ils  ont  prétendu  tirer 
violemment ,  et  par  extorsion  évidente ,  le  droit  de  leur  domi 
nation,  quoique  cette  domination  ne  soit  fondée  que  sur  un 
texte  fabriqué,  celui  du  code  des  lois.  Hiouen-thsang,  voya- 
geant dans  la  patrie  de  Pânini ,  un  des  principaux  grammai- 
riens de  l'époque  où  la  littérature  védique  était  déjà  sécu- 
lairement  close ,  et  où  il  ne  s'agissait  plus  que  de  l'exploiter 
et  de  la  commenter,  parle  de  la  célébrité  de  Pânini ,  de  l'il- 
lustration de  ses  disciples ,  et  des  conversions  opérées  dans 
leurs  rangs  par  le  Bouddha. 

Qu'est-ce  que  l'Inde  épique  et  que  sait-il  de  l'Inde  épique  ? 

L'Inde  épique  ou  héroïque  est  l'Inde  des  Kchatriyâh,  celle 
qui  a  fourni  X étoffe  des  épopées  du  Râmâyanam,  mais  sur- 
tout et  avant  tout  du  Mahâbhâratam ,  ainsi  que  de  l'Hari- 
vansha.  On  y  remarque  des  fragments  d'épopées  antérieures 
encore,  et  cela  dans  les  histoires  de  Yayâti,  de  Kârtavirya- 
Ardchuna ,  etc.  Nous  ne  possédons  plus  un  seul  monument 
intact  de  toute  celte  Inde  guerrière  ;  car  toutes  les  épopées 
ont  élé  remaniées  à  diverses  reprises  par  les  Soûtas  ou  les 
rhapsodes  des  âges  postérieurs ,  gagnés  aux  intérêts  de  la  do- 
mination des  Brahmanes.  Elles  ont  été  définitivement  re- 
maniées bien  plus  tard ,  et  cela  par  l'action  exclusive  des 
sectes  Vaichnâvas  naissantes,  quand  les  Brahmanes  les  ont 
armées  contre  les  Bouddhistes.  En  réalité,  et  par  sa  nature 
même,  cette  grande  et  belle  Inde  héroïque  est  le  pendant 
de  la  Grèce  d'Homère,  de  la  Germanie  odinique  dans  la 


Ml  Mt.tlEMBKE  1857. 

période  qui  s'étend  entre  le  commencement  de  la  guerre 
de*  Cimbres  et  rétablissement  de»  Germains  sur  le*  ruines 
de  l'empire  romain .  etc.  On  peut  (étudier  parfaitement ,  mats 
au  moyen  de  la  seule  critique,  en  écartant  le»  voile»  nom* 
breux  dont  la  politique  de»  Bran  m»  ne»  l'a  systématiquement 
enveloppée.  Elle  s'est  associé,  dan»  cette  enivre ,  le»  Sou- 
tes, barde»  d'un  âge  postérieur,  qui  prétendirent  se  ratta- 
cher aux  Soutes  de  l'antiquité,  barde»  et  généalogistes  de» 
vieille»  races  royale»  de  l'Inde  héroïque. 

Rien  de  tout  cela  ne  se  trouve  dan»  Hiouan  theeisg,  sauf 
une  pauvre  et  triste  contraction  d'nn  aussi  vaste  sujet,  un 
lambeau  singulièrement  éconrté  de  l'histoire  de  la  grande 
guerre  qui  fait  le  sujet  du  Mahàbharatara .  la  mention  in- 
complète du  champ  de  bataille  de  Kourookchetraro .  on  fiait 
l'Inde  héroïque,  ou  elle  nage,  pour  ainsi  dire .  dans  le  seng 
de»  Ronron».  Le  booddbssme  ayant  donné  une  place  cu- 
rieuse à  étudier  aux  dieux  Brahmà  et  Indre .  l'Inde  védique 
et  héroïque  est  doue  bornée  à  eut  deux  figurée  dan»  lus  ré- 
cit» de 


Ml 
Qm!  SbI  If  bvsataaaiMM  w  pravotiM  Is 


L'Inde  des  Àryas  ne  peut  être  bien  couspiuu  que  par  la 
connaissance  des  deux  Inde»  qui  lui  sont  antérieure»  :  celle 
de»  Amtocktkomm  et  celle  de»  Skoiénu.  L'Inde  primitive  nous 
est  attestée  par  la  présence  de»  montagnard*  dan»  quelque» 
parties  de  l'Himalaya .  du  Vindbya .  comme  dan»  quelques 
groupes  isolé»  de  montagnes  dans  l'Inde  orientale  et  dans 
plusieurs  parties  du  Décan.  C'est  l'Inde  de»  Nischadas  et  dus 
Tcbandâlas  de  la  tradition  antique.  Elle  fut  le  point  de  dé- 
part des  nègres  de  l'Océanie.  des  Papoues  et  d'autres  peu- 
plades sauvages  plus  éloignée»  encore.  Sur  celte  Inde  gros- 
sière et  entièrement  inculte  vint  se  greffer  une  tige  plu* 
noble .  le  rameau  toumnirn .  qui  rappelle  le»  idiomes  de  la 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THS ANG,  ETC.     493 

haule  Asie,  ceux  des  Finnois  et  ceux  des  Turcs.  Il  rayonne 
dans  le  tamil ,  le  telinga  et  les  dialectes  de  la  même  famille , 
tous  littérairement  cultivés  chez  les  peuples  du  Décan.  Telle 
fut  la  première  Inde  dont  il  n'y  a  qu'une  mention  sourde  dans 
la  tradition  des  Aryas.  ^ 

A  cette  Inde  que  nous  pouvons  appeler  du  terme  im- 
propre des  aborigènes  succéda  la  seconde  Inde,  celle  qui 
précéda  immédiatement  l'Inde  des  Aryas  et  qui  fut  l'Inde 
des  Shoûdras  ,  des  Ethiopiens,  des  Céphènes, l'Inde  de  l'elh- 
nos  des  Roushikas.  C'est  cet  ethnos  qui  fut  le  protecteur  des 
aborigènes  contre  l'oppression  du  brahmanisme  naissant,  et 
qui  défendit  en  même  temps  sa  propre  cause.  L'histoire  de 
cette  Inde  est  des  plus  importantes  pour  la  connaissance  de 
l'Inde  védique  et  de  l'Inde  épique  et  brahmanique.  Indra, 
le  dieu  des  Aryas,  contracte  une  alliance  avec  les  Rou- 
shikas d'origine  guerrière.  D'autre  part,  les  Râpyas  et  les 
Bàbhravas,  qui  sont  de  la  famille  des  Raushikas  pontificaux, 
s'allient  dans  les  familles  brahmaniques.  Il  s'écoule  plus  d'un 
siècle  entre  la  lutte  des  Aryas  envahisseurs  et  des  Shoûdras 
envahis,  et  l'époque  de  la  dépression  totale  des  Shoûdras, 
qui  ont  fini  par  devenir  une  quatrième  caste  dans  le  système 
brahmanique. 

On  se  fait  trop  souvent  une  fausse  idée  des  Brahmanes , 
en  comparant  leur  théocratie  à  la  domination  d'un  sacer- 
doce tel  que  nous  l'entendons  ;  car  s'il  y  a  des  prêtres  parmi 
les  Brahmanes,  ceux-ci  ne  sont  pas  tous  des  prêtres.  Dans  leur 
principe  même,  rien  ne  distingue  les  Brahmanes  du  corps 
des  Aryas  ou  des  Vishah.  Ils  sont  pasteurs,  guerriers  et  agri- 
culteurs comme  les  Vishah.  Tels  ils  se  présentent  durant  la 
plus  ancienne  époque  védique  des  Bhrïgous  et  durant  l'époque 
non  moins  védique  des  Angiras,  qui  succède  à  celle  des  Bhrï- 
gous. Les  Bhrïgous  sont  des  Varounides ,  des  adorateurs 
d'Asoura,quiesl  entièrement  identique  à  l'Ahoura  des  livres 
zends  ou  à  Ormazd.  Les  Angiras  élèvent  Indra  sur  le  pavois, 
ils  l'exaltent  au-dessus  des  autres  dieux.  Indra  obscurcit  et 
remplace  Varouna.  Vrïhaspatih  s'établit  à  côté  d'Indra;  il 
x.  33 


M  DÉCEMBRE  IS57. 

est  le  Rralunanaspatih ,  Vagpatih.  etc.  la  personnili 
Manlra,  «le  l'hymne,  de  l'onivre  de  l'holoeauste.  C'est  le  pro 
M  du   Rrahmà  des  Ages  pcatériaoci.  du  H  m  h  m  A  des 
Brahmanes,  ses  prétendus  fils.  Mai»  Hs  sont  de  beaucoup 
antérieurs  à  leur  père  fictif;  c'est  ce  que  Both  a  supérieure- 
ment démontré  (ZmUekr.  d*r  Jeuts.  atore. eau/J.  vol.  I ,  Brakma 
and  die  Brmkma*e*.  p.  66-36).  Vrihaspatih  finit  par  devenir, 
durant  l'époque  épique,  le  Pomrvdka  ou  le  Pomrokita .  la  per 
sonnifteation  pontifirale  d'Agnis.  du  dieu  de  l'autel.  Il  four 
tionne  alors  à  la  cour  d'Indra,  qui  est  devenu  le  roi  des  dieu* . 
le  pendant  du  Zeu*  olympien  des  Hellènes,  de  l'Odin  des 
Ases  on  des  Anses,  du  Wodan  des  mess  guerrières  de  la 
ileGermanie.  Le  Radach  en  le  simple  roi ,  teSanirêdech  ou 
le  roi  des  rois,  ss  tiennent  chacun  un  chapelain,  un  pontife 
domestique,  on  Poorohitah  à  l'instar  d'Indra,  que  Hioocn 
tbsang  appelle  l'empereur  dn  ciel.  C'est  le  temps  de  la 
roitive  séparation  des  fonctions  sacerdotales  et  iwtriarealea 
San*  doute .  le  roi  est  toujours  on  sacrificateur  de  droit, 
comme  chaque  père  de  femille;  mais,  devenu  riche  et  puis- 
sant, il  n'a  plus  le  loisir  de  sacrifier  en  personne.  0  intro 
dnit  à  m  cour  nn  pontife  domestique,  qui  finira  tôt  on  lard 
par  consolider  la  puissance  de  ss  famille  dans  tes  nonsoMi 
du  rot .  et  toujours  au  détriment  de  le  puissance  royale. 

La  coa/rsVi>  sacras  compose  l'autre  élément  dn  sacerdoce 
antique  des  Àryes.  C'eat  une  mémhlm  dn  genre  des  soAsWiteSn 
de  la  vieille  Italie.  Ce  sont  dm  i  ompagniei  de  jeunes  gens. 
encore  dégages  dm  lien*  de  le  Camille,  et  qui  se  dévouent 
temporairement  au  service  dm  dieu*.  Associés  a*  pontife 
sacrificateur,  ils  ont  leur  prototype  dans  le  jelaj am  ou  dans 
Is  communauté  des  Matou uh,  qui  se  groupent  autour  ri  In 
dra,  qui  sont  les  Sakkayak,  les  Soeri  du  dira,  qui  composent 
le  sakkyam ,  la  toeietas  du  dieu ,  vrai  pendant  d'un  sacerdoce 
salien.  ou  d'un  sacerdoce  de  frères  Arvales,  réunis  autour 
d'un  Mars  ou  d'un  Jupiter  dans  les  vieilles  religions  du 
Latiuui.  Quand  l'antiquité  épique  fit  retraite  devant  l'ère 
brahmanique,  ces  corporations  se  dispersèrent  et   se  re- 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.  495 
constituèrent  en  autant  d'écoles,  sous  la  discipline  brahma- 
nique. 

Le  prototype  de  ces  associations  est  à  chercher  dans  uri 
monde  antérieur  qui  précède  le  monde  des  Aryas.  Il  relève 
d'un  dieu  Tvaschtar  ou  Savitar,  qui  ressemble  beaucoup  au 
Phtha  de  Memphis,  au  Baal  de  la  Chaldée,  quoiqu'il  ait  été 
modifié  par  les  Aryas.  Les  Brahmanes  ont  fini  par  relever  de 
sa  déchéance  ce  dieu,  qui  tombe  sous  la  domination  d'Indra , 
îorque  Indra  dérobe  le  feu  sacré  et  l'ambroisie,  les  enlevant 
aux  dieux  de  l'antiquité.  Ils  en  ont  fait  leur  Vishvakarman 
ou  leur  Brahmâ,  comme  ouvrier  des  mondes,  et  leur  Prad- 
schâpatih  ou  leur  Brahmâ,  comme  seigneur  des  créatures. 
Tels  nous  pouvons  les  étudier  dans  les  Brâhmanas  du  Véda , 
tels  ils  paraissent  déjà  dans  quelques  hymnes.  Après  l'avoir 
identifié  à  leur  Brahmâ,  ils  ont  formé  ultérieurement,  et 
sur  ce  même  type,  leur  conception  d'un  Brahman,  d'un 
être  absolu,  d'un  être  abstrait,  distingué  du  Brahmâ  dé- 
miourgos ,  de  l'auteur  du  code  brahmanique.  Celui-ci  réside 
dans  le  Brahmaloka ,  tandis  que  l'autre  réside  en  soi. 

Une  œuvre  pareille  à  la  domination  de  la  caste  brahma- 
nique ne  put  s'effectuer  qu'à  la  suite  de  longues  luîtes  et  de 
longues  guerres  intestines,  dont  les  légendes  épiques  font 
foi,  quelque  arrangées  et  systématisées  qu'elles  soient  parles 
Brahmanes  d'une  époque  postérieure.  En  supposant  que  les 
sodalitates  et  les  collèges  des  pontifes  de  la  vieille  Rome  royale 
et  de  la  primitive  Rome  patricienne  fussent  parvenus  à  se 
dégager,  soit  de  la  royauté,  soit  du  corps  du  patriciat,  ils 
eussent  offert  l'exact  pendant  des  Brahmanes,  en  se  consti- 
tuant à  part  dans  leurs  familles. 

Ce  n'est  pas  sur  les  Kcbatriyas  seuls  que  les  Brahmanes 
ont  pesé  dans  cette  lutte;  ils  ont  également  pesé  sur  la  classe 
movenne,  sur  ce  grand  corps  des  primitifs  Vishah,  des  pro- 
priétaires du  sol ,  habitants  de  la  primitive  cité  agricole  et 
industrielle,  marchands  de  la  cité,  qui  ont  fini  par  constituer 
la  caste  des  Vaishyas.  On  les  désigne,  comme  jaunes  de  cou- 
leur, sous  cette  nouvelle  forme;  on  en  fait  de  véritables  mn- 

33. 


H|  DÉCEMBRE    1857. 

lâtrts,  issu»  évidemment  d'an  miU*g<  avec  la  race  brun*  de* 
Sfeoudras ,  car  lea  Shondras  sont  la  race  brime  par  excellence. 
Ils  sont  les  descendants  de  la  déease  aras»,  de  la  Kadron  ; 
ils  sont  les  Kedravevas,  dam  lesquels  Lasaen  a  reconnu  lea 
Kadrosiena  on  Gédrosiens  de  l'antiquité  persane.  Ils  ont  pour 
auteur  un  dieu  llabkrom .  ou  un  dieu  kupi .  un  kapila.  qui  se 
reproduit  dans  lea  écoles  philosophiques  naissantes  dea  Brah 
mânes,  en  leur  caractère  de  reproducteurs,  remanieurs  et 
absorbeurs  de  l'antique  sacerdoce  éteint  dea  Céphènss .  et 
d'une  des  formes  de  leur  grand  dieu ,  de  celle  de  leur  dieu 
àraa  par  excellence. 

C'est  donc  ainsi  qu'ont  agi  les  Brahmanes;  ils  ont  voulu 
ingliansnlnr  et  rlssniim  l'empire  do  Kchatry  a  roi ,  lea  Pouro- 
hitaa  ae  faisant  les  mimutm  et,  an  besoin,  lea  assuras  dm  m- 
lais,  les  llanmêcùlm  de  ce  roi  lis  ont  asservi  l'antique  polu 
ou  la  cité  rurale,  aussi  bien  que  la  cité  marchande  des 
Vaishyas.  Ils  y  ont  introduit  leurs  cours  de  justice  et  imposé 
leur  magistrature  ;  ils  ont  eftacé  le  droit  indigène  dea  Viahah 
pour  lui  substituer  le  code  brahmanique.  De  là  un  très-grand 
mécontentement  dans  cette  classe  dea  Vaishyas,  qui  nous 
rend  compte  de  la  chaleur  avec  laquelle  elle  a  ambrasse  le 
culte  de  Bouddha.  Cest  par  la  même  raison  que  le  bond- 
dhisme  se  recruta  si  abondamment  dans  les  rang  des  Relia- 
Iriyas ,  jusqu'à  l'époque  où  Ashoka  sonda  l'empire  indien  du 
Bouddha  même. 

Mil 

D«  ■■Hnirfisi  ém  Unies  i  «a»  flad» 


Certes,  le  Bouddha  n'est  pas  sorti  de  terre  comme  one 
merveille.  De  même  que  toutes  Us  hérésies  et  que  tontes  les 
révoltes  de  l'esprit  humain  et  du  cœur  humain  sont  cons- 
tamment nées  de  l'oppression  au  sein  de  la  classe  pontificale 
elle-même,  comme  ches  les  juifs,  chea  les  mahométans,  et 
trop  souvent  aussi  chez  les  chrétiens ,  de  même  dans  les  écoles 
philosophiques  de  l'Inde.  Bien  avant  le  Bouddha .  des  Mou- 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     497 

nis  et  des  Tapasvis,  des  Sannyas  et  des  Yogis,  disciples  de 
différentes  écoles  et  relevant  de  divers  systèmes,  ont  foulé 
aux  pieds  les  ordonnances  de  la  loi  brahmanique ,  ont  rejeté 
les  devoirs  domestiques,  sociaux,  moraux  de  la  famille  brah- 
manique ,  attaquant  par  là  le  patriciat  de  ces  familles.  Ils  ont 
ainsi  placé  leur  propre  ascendance ,  la  transcendance  de  leur 
élévation,  de  leur  ascèse,  de  leur  stoïcisme  au-dessus  des 
obligations  de  la  vie  domestique,  civile  et  politique  des  Brah- 
manes. Méprisant  la  vie  du  Pourohita  ou  du  pontife,  et  celle 
du  Grïhastha  ou  du  chef  de  famille  brahmanique ,  ils  se  sont 
glorifiés  de  leur  dévotion,  de  leur  sainteté,  de  leur  ascèse. 
Les  Brahmanes  se  sont  promptement  aperçus  du  danger  que 
courait  leur  établissement;  ils  ont  tonné  contre  ces  saints, 
ces  mystiques,  ces  théosophes  et  ces  philosophes,  qui  s'en- 
touraient de  nombreux  disciples,  qui  aggloméraient  dans  leur 
voisinage  une  grande  masse  de  peuple  accourue  des  divers 
points  de  l'Inde,  et  qui  finirent  par  gagner  l'oreille  des  Vai- 
shyas,  tandis  que  les  rois  les  favorisaient  pour  résister  à  l'or- 
gueil des  Brahmanes. 

Le  Bouddha  ne  fut  que  l'expression  très-adoucie  des  ten- 
dances de  cette  classe  d'hommes.  Ce  fut  justement  à  cause 
de  sa  tempérance,  parce  qu'il  n'était  pas  un  démagogue, 
parce  qu'il  n'était  pas  un  moine  emporté  et  violent,  parce 
qu'il  ne  s'entourait  pas  d'une  tourbe  de  fanatiques,  d'un 
peuple  d'iconoclastes,  d'une  horde  de  chiliasles,  de  mazda- 
kiens ,  parce  qu'il  ne  fut  pas  davantage  âpre  et  exclusif  à  la 
façon  des  donatistes,  des  puritains,  des  jansénistes;  parce 
qu'il  plaisait,  comme  les  pélagiens  ,  par  le  libéralisme  de  ses 
principes  aux  hommes  du  monde,  par  la  vertu  de  sa  pra- 
tique aux  âmes  pieuses,  par  sa  charité  aux  classes  populaires 
et  aux  déshérités  de  la  fortune,  qu'il  finit  par  prendre  un  si 
grand  ascendant,  d'abord  sur  le  corps  des  Vaishyas,  ensuite 
sur  la  politique  des  Kchalriyas,  et  enfin  sur  une  portion  de 
la  population  des  Shoûdras,  y  compris  un  reste  des  abori- 
gènes. 


498  «.tMHhfc   1857. 

IX. 
Dt  U  cooilitutioo  da  boaddhi»—  ca  bec  de  cdfa  du  brihataakaM. 

Nous  venons  d'esquisser  les  antécédents  de  IVre  bond- 
dhiste  de  Hioucn-thseng  ;  nous  allons  regarder  cette  ère  d'un 
peu  plus  près. 

Le  bouddhisme  constitue  une  sorte  d'église  ou  de  I 
théocratique,  fondée  sur  le  principe  d'une  ascète  i 
géc.  ayant  ses  conciles,  et  se  constituant  à  part  daua  tes 
écoles  et  dans  $c$  monastères.  Cest  le  pendant,  sur  un  grand 
pied,  de  ce  que  nous  voyons,  snr  no  moindre  pied,  chez  les 
Née-Orphiques,  chex  les  Pythagoriciens ,  cbes  les  Plistes  de  !• 
Thrare,  chex  les  Druides,  chez  les  Esténien*  à  part  des  Thé- 
rapeutes ;  constitution  ébauchée  qui  n'a  rencontré  se  grande , 
sa  haute  et  définit»  c  expression  que  dans  l'Église  chrétienne. 

Cette  institution  d'une  école  d'ascèse  et  de  morale  ani 
pée  sur  le  christianisme,  prototype  d'une  Eglise  anticipée, 
tient,  cria  est  évident,  à  un  grand  mouvement  de  l'esprit 
humain,  soit  dans  le  monde  païen,  soit  dans  le  monde  hé- 
braïque. Le  mouvement  dont  il  s'agit  remonte,  pour  le  moins, 
m  fit  Mode  avant  l'ère  ilmiicnnc;  et  il  se  manifeste  sous 
diverses  formes,  quoiqu'il  ait  des  causes  sociales  analogues 
dans  divers  pays.  Cela  est  «rat  pour  l'Inde  bràhmaoi 
pour  la  Bac  tria  oe  xoroastrienne ,  pour  l'Asie  Mineure  diony- 
siaque ,  pour  la  Grèce  él<  >  ie  ;  cela  est  vrai  encore  pour 
la  Judée  pharisaique  et  pour  la  Judée  sadduceei  n  est 
pas  de  même  de  la  propagande  d'un  système  d'église  chex 
les  Gètes  et  chez  les  Daces ,  ainsi  que  chex  les  Kymris.  Le 
mouvement  dont  je  parle  ne  relève  pas  chez  eux  d'une  cause 
intem$;  il  n'est  pas  le  produit  de  leur  état  social  :  c'est  un 
fait  de  propagande  étrangère  qui  vient  de  loin;  c'est  don- 
fait  sans  cause  morale  et  sociale.  Quand  il  s'est  produit,  les 
Gètes,  les  Daces,  les  Kymris  vivaient  encore  au  sein  d 
grande  simplicité;  ils  n'avaient  pas  de  longs  antécédent 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     490 

culture  comme  les  Aryas  de  l'Inde  et  de  îa  Bachiane,  comme 
les  Grecs  et  comme  les  Juifs. 

Il  serait  bien  plus  faux  encore  de  ramener  ces  diverses 
manifestations  de  l'esprit  des  temps  à  un  principe  d'unité  ri- 
gide. Il  est  vrai,  la  propagande  bouddhiste  fut  des  plus  actives; 
elle  se  signale  de  bonne  heure  dans  l'Inde,  l'Afghanistan,  le 
Badakchan,  leTokharestan,  à  Bamiyan,  dans  la  Bactriane,  la 
Transoxane,  la  Sérique,  avant  de  percer  en  Chine  à  l'ex- 
trême Orient ,  et  d'essayer  de  pénétrer  en  Perse  et  dans  la 
Syrie.  Il  est  même  probable  qu'elle  a  agi,  mais  très-indirec- 
tement, sur  les  hordes  turques  des  régions  du  Touran  et  les 
tribus  finnoises  des  contrées  de  l'Oural  ;  et  qu'elle  s'est  pro- 
pagée parmi  les  Saces  et  parmi  les  Massagètes;  mais  voici  ce 
qui  a  dû  arriver  dans  les  derniers  cas  : 

Pour  occuper  l'esprit  de  ces  peuples  tout  neufs,  le  boud- 
dhisme a  dû  fatalement  capituler  avec  quelques-unes  de  leurs 
croyances;  ce  qui  ne  lui  a  jamais,  du  reste,  beaucoup  coûté. 
Il  a  dû  forcément  renoncer  à  tous  ses  antécédents  de  philo- 
sophie, d'ascèse  et  d'école  indienne;  il  a  dû  se  plier,  comme 
chez  les  Aryippœi  d'Hérodote,  à  d'autres  cultes.  C'est  ainsi 
seulement  qu'il  est  possible  qu'une  impulsion  bouddhiste  se 
soit  fait  ressentir  au  loin,  jusque  dans  les  contrées  voisines 
des  Palus-Mœotides;  qu'elle  se  soit  communiquée  à  des  restes 
de  Cimmériens ,  à  des  tribus  de  Gètes  et  de  Scythes.  Il  se 
peut  donc,  mais  je  ne  voudrais  pas  l'affirmer,  comme  on  l'a 
fait  avec  beaucoup  d'imprudence,  il  se  peut  donc  que  le  sa- 
cerdoce cymrique  d'un  dieu  IIu,  et  que  le  sacerdoce  gétique 
d'un  dieu  Salmoxis,  aient  subi  le  contre-coup  d'une  chaîne 
de  longues  commotions  asiatiques  ;  que  le  premier  se  soit 
transporté  dans  les  Gaules,  par  suite  de  ces  commotions,  en 
y  constituant  le  druidisme  propagandiste  et  conquérant; 
que  l'autre  ait  fini  par  aboutir  aux  institutions  de  Komove 
chez  les  Prusso-Lithuaniens.  Mais  si  nous  exceptons  le  fond 
de  l'organisation  sociale,  il  n'y  a  pas  trace  de  doctrines  boud- 
dhistes, ni  chez  les  Druides,  ni  chez  les  disciples  de  Sal- 
tnoxis. 


500  DKCt.MMM   M% 

Est-ce  de  la  même  façon  iaeVrsrfs.  est-ce  par  un  ébranle 
ment  analogue .  mats  par  une  tout  autre  voie  que  le  boud- 
dhisme aurait  agi  sur  la  formation  d'une  école  néo-orphique 
de  l'Asie  Mineure,  mère  d'une  école  pythagoricienne  de  la 
grande  Grèce?  Qui  saurait  le  dire?  Une  chose  est  certaine 
de  toute  façon ,  c'est  qu'il  n'y  a  pas  on  seul  élément  de  spé- 
culaiion  bouddhiste  ni  cbesles  Néo-Orphiques,  ni  chea  les 
Pythagoriciens,  quoique  l'on  y  retrouve  le  principe  boud- 
dhiste d'une  école  qui  se  constitue  en  une  hiérarchie  politique 
et  sociale,  sous  la  forme  d'une  rfe/uv  et  dans  l'esprit  d'une 


Démocrite.  qui  a  longtemps  voyagé  en  Orient,  cherche  à 
fonder,  es  revanche,  une  école  de  la  vie  pratique  et  spécu- 
lative ;  une  école  qui  reproduit  très-exactement  les  concep- 
tions matérialistes  des  Beuddhas  sur  l'origine  et  la  formation 
des  mondes,  et  qui  leur  emprunte  de  plus,  tout  en  les  mo- 
difiant un  peu.  les  vrais  principes  de  leur  ascèse.  L'école 
d'Épicure  essaye  à  son  tour  de  concilier  le  mode  de  vie  pa- 
cifique et  toute  d'abstinence,  telle  qu'elle  fut  pratiquée  par 
Démocrite.  avec  le  mode  de  vie  tonte  mondaine  d'Aristippe. 
Elle  identifie  ces  doux  fermes  très-opposées  de  l'existence. 
au  moyen  de  la  doctrine  d'une  Kiomè  (rséaVie  en  sanscrit) , 
•tune  domctmr,  d'une  tmnili,  d'une  rolmpté  qui  leur  est  com- 
mune. Cette  théorie  mitigée  du  plaisir  est  conçue  dans  le 
sens  de  la  modémtion,  et  cela,  pour  la  durée  des  plaisirs 
mêmes.  Elle  a  des  antécédents  bouddhistes  sur  lesqu* 
est  très-important  d'insister,  parce  qu'on  me  semble  avoir 
méconnu  le  principe  même  du  bouddhisme .  en  isolant  trop 
son  ascèse  de  son  £«W,  et  en  l'envisageant  même  à  part 
de  ses  conceptions  sur  l'origine  des  choses.  M.  Barthélémy 
Saint-Hilaire,du  reste,  ne  s'y  est  pes  trompé,  pas  plus  que 
Colebrooke.  M.  Burnouf  a  touché  aussi  à  la  vérité,  ça  et  là 
obscurcie  par  la  notion .  suivant  moi  totalement  erronée,  que 
le  bouddhisme  serait  issu  des  antécédents  de  la  philosophie 
de  Kapila  et  du  Yoga  de  Pajandchali .  tandis  qu'il  relève  plu» 
directement  du  Nyâya  deGautama,  mais  surtout  et  avant 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     501 

tout  de  la  physique  de  Kanada.  Un  mot  maintenant  sur  le 
principe  de  cette  méprise. 

X. 

Des  systèmes  physiques  et  du  principe  métaphysique  des  Bauddhas. 

La  cause  de  la  méprise  dont  nous  venons  de  parler  tient 
à  l'ignorance  du  vrai  principe  de  l'ascèse  des  Bauddhas. 
On  dirait  qu'elle  continue  le  Tapas  des  Sannyasis  et  le  Yoga 
des  sectateurs  de  Patandchali  ;  mais  c'est  une  grosse  erreur. 
Elle  ne  les  modifie  pas  seulement,  elle  les  anéantit;  car  elle 
les  transforme  dans  l'esprit  d'une  Edonè,  ou  d'un  système  de 
volupté  qu'elle  cherche  dans  le  repos  absolu,  dans  l'absolue 
quiétude.  Tel  est  le  point  saillant,  le  vrai  point  de  la  méprise. 

L'erreur  est  excusable;  car  tout  est  anomalie,  tout  est 
contradiction  dans  le  système  du  Bouddha.  C'est  ce  qui  a 
fait  croire  à  M.  Burnouf  que  le  système,  comme  tel,  ne  vient 
pas  foncièrement  du  Bouddha  même;  que  le  Bouddha  n'a 
pas  eu  de  philosophie ,  pas  plus  qu'il  n'a  eu  de  religion  et 
de  culte;  qu'il  fut  de  pure  pratique;  qu'il  enseigna  une  as- 
cèse modérée  dans  l'esprit  de  celte  pratique ,  et  qu'il  la  mit 
en  œuvre  par  son  enseignement.  Il  n'y  a  pas  de  tortures  phy- 
siques dans  la  pratique  de  l'ascèse  des  Bauddhas,  et  cela, 
par  suite  d'une  opposition  flagrante  contre  le  Tapas  stoïque 
des  philosophes  Cyniques  de  l'Inde,  qui  sont  ses  Sages  nus, 
ses  Gymnosophisles,  ses  Dig-ambarâh ;  je  parle  des  vrais  Dig- 
ambarâh ,  des  Shaivas ,  et  non  pas  des  Bauddhas ,  qui  en  ont 
usurpé  le  nom. 

Le  Bouddha  rejette  du  même  coup  le  vrai  principe,  le 
principe  suprême  du  Yoga,  YAhankara  absolu ,  le  Grand  Moi. 
Il  s'agit  de  la  tendance  abstractive  des  Yogis ,  de  leur  effort 
pour  anéantir  le  monde  des  sens  en  soi  et  hors  de  soi,  pour 
établir  le  Moi  absolu  en  triomphateur  sur  les  ruines  du  monde 
et  de  l'humanité.  Ce  Moi  absolu ,  c'est  le  Dieu  absolu,  le  Moi 
unique  dont  les  individus  ne  sont  que  des  modes  d'appari- 


502  DÉCEMBRE  1057. 

tion.  llicn  n  est  plus  opposé  au  bouddhisme  que  celle  pra- 
tique  du  Yoga  pour  Atteindre  au  sommet  de  la  transcen- 
dance, pyramide  d'orgueil  de  l'esprit  humain;  pyramide, 
dia-je,  car  à  ses  degrés  correspondent  de»  pratiques  violentes , 
des  exercices  spirituels  et  des  exercices  physiques  pour  tuer 
le  monde  en  soi  et  hors  de  soi. 

On  le  voit,  il  en  est  tout  autrement  de  la  Toiuckti  ou  de 
lEàmé  des  Bauddha*.  qui  est  place*  absolument  comme 
cbex  Démocrite.  qui  se  trouva  renfermée  dans  la  sphère  d'un 
repos  graduellement  amené,  d'une  quiétude  d'esprit  unie  i 
une  quiétude  de  corps ,  et  dont  le  dernier  terme  est  la  pou 
dans  U  néumt,  comme  M.  Barthélémy  Saint- llila ire  l'a  par- 
faitement observé.  Tel  est  donc  le  véritable,  le  grand  j 
cipe  de  la  philosophât  du  Bouddha.  11  est  tout  d'une  pièce 
avec  le  principe  de  ton  ascèse ,  U  en  est  tout  i  liait  insépa- 
rable. Ces!  la  pratique  du  souverain  bien  comme  identique 
s  Is  souveraine  quiétude. 

Ce  principe  souverain  s'appelle  le  Skoimyam.  r'est-à-dirc 
le  vint  dans  le  langage  des  Beeuanaa.  h»  pomnam,  le  plein 
est,  au  contraire,  le  principe  suprême  pour  tous  les  parti 
«ans  du  Sanlbya  de  kapila  et  du  Yoga  de  Psiandschali, 
sans  exception.  Or  qu'est-ce  que  les  Beuddnes  entendant  per 
le»*? 

Ce  vide  est  double  i  leurs  yeux  :  c'est  le  vide  du  avoeeV 
et  le  vide  de  l'esprit.  Ce  monde  est  vide  ;  c'est  un  exauce  ex 
tiriemr,  et  cet  espace  n'est  que  la  Jorme  du  vide.  Cet  esprit 
est  vide;  une  sapeutisu  purement  imaginaire  eu  aWent  de 
nous,  et  cet  espace  est  encore  vide.  Il  n'en  est  pas  ainsi  de 
Kapila  et  de  Patandschali  ;  ils  disent  que  le  monde  est  plein, 
que  l'esprit  est  plcio,  que  le  monde  sort  du  plein  et  qu'il 
rentre  dans  le  plein ,  que  l'esprit  sort  du  plein  et  qu'il  rentre 
dans  le  plein;  doctrine  antérieure,  du  reste,  à  leur  spécu- 
lation; car  elle  se  trouve  énergiquemen!  formulée  dans  le 
texte  d'uu  petit  Bràmamun  que  l'on  peut  lire  dans  le 

faianj     HtbUoihecu  uhLcu.   Uriked-Anufyak-opanul 
•lia.  ib>,.  adbvàyah  VU.  p.  q48)  . 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     503 

Purnam  adah,  purnam  idam  ;  purnat  purnam  udatchyate, 
pârnasya  purnam  âdaya  purnam  ev-âvashitchyate. 

«Celui-là,  cet  espace  céleste,  est  plein.  —  Celui-ci,  cet 
espace  terrestre,  est  plein.  —  Enlevez  le  plein  de  cette  plé- 
nitude de  l'espace  céleste;  —  ôtez  le  plein  de  cette  pléni- 
tude de  l'espace  terrestre;  —  ce  qui  reste  sera  le  plein.  » 

Pour  bien  entendre  ce  vide  des  Bauddhas  dans  le  con- 
traste du  plein  des  Brahmanes,  il  faut  savoir  que  les  pre- 
miers nient  ce  que  les  autre  affirment.  Ils  nient  l'existence 
de  Yâkâsha  ou  de  la  substance  élhérée.  Ils  la  nient  sous  ses 
deux  formes  :  d'abord  comme  élher  externe,  c'est-à-dire 
comme  espace  du  monde,  bhoût - âkâsha ;  ensuite  comme 
éther  interne,  c'est-à-dire  comme  espace  du  cœur  ou  comme 
espace  de  l'âme,  hârd-âkâsha.  Ils  rejettent  et  la  notion  d'une 
substance  lumineuse  éthérée  comme  principe  matériel  des 
mondes,  et  la  notion  d'une  lumière  spirituelle  propre  à  l'àme 
humaine,  qui  enfante  en  soi  le  monde  des  idées  dans  la  cor- 
respondance avec  le  inonde  des  Jig  lires.  Tel  est  le  Shoânyam 
des  Bauddhas,  qui  coïncide  avec  l'idée  abstraite  de  l'espace 
sans  contenu.  C'est  une  conception  de  l'école  des  Mathéma- 
ticiens que  l'on  rencontre  également  chez  les  Mages  et  chez 
les  Chaldéens;  elle  se  trouve  formulée  dans  la  philosophie 
toute  physique  de  Kanada.  Vivement  adoptée  par  les  philo- 
sophes du  grand  monde,  les  élégants,  les  viveurs,  les  beaux- 
esprits,  elle  devint  chère  aux  Tchârvukas  ou  aux  Sophistes 
et  aux  rhéteurs  de  l'Inde,  à  ces  pendants  des  Cyrénaïques, 
des  émules  d'Arislippe  et  des  Sadducéens.  Or  ce  sont  eux 
que  les  Bauddhas  rencontrèrent  partout  sous  leurs  pas;  ce 
sont  eux  que  les  Brahmanes  confondirent  malicieusement 
avec  les  Bauddhas,  en  les  traitant  de  Nâstikas  ou  d'athées; 
ce  sont  eux  qui  formèrent  l'appoint  des  Bauddhas  parmi  les 
courtisans  des  princes,  et  parmi  les  riches  commerçants  et  les 
riches  industriels. 


504  DÉCEMBRE  IH57 

\l. 
De  h 

Le  Monde  repote  ainsi  dans  un  cadre  vide.  Il  y  existe  par 
juxtaposition  des  objet»  dans  l'espace  et  par  combinaison 
chimique  des  atomes  élémentaires.  Il  est  l'œuvre  du  Teams 
(  kâla),  et  il  a  pour  principe  le  Hasard,  car  c'est  d'une  ren- 
contre fortuite  des  éléments  que  provient  le  choc  qui ,  par- 
courant la  série  des  myriades  de  siècles .  finit  par  dégager  le 
Monde  dn  Chaos,  qui  loi  sert  de  fondement.  L'onire  repose 
sinsi  sur  le  eVspieVf  comme  sur  un  fondement  L'ordre  c'est 
l'apparence;  le  détordre,  ce  sont  les  éléments,  et  sont  les 
infiniment  petits  qui  servent  de  principe  ans  mondes  on  aux 
infiniment  grands.  Tout  cela  se  compose  et  se  décompose  par 
un  mélange  de  bemrd  et  de  fatalité,  par  les  combinaisons  ■ 
la  (bis  fortuites  et  létales  du  temps,  ou  dn  mouvement,  et  de 
l'espèce. 

Si  tel  est  le  néant  do  monde  physique,  tel  est  aussi  le 
néant  du  monde  moral  ou  intellectuel.  Au*  yeox  dm  Beud- 
dhes .  il  n'y  a  pas  plos  de  Poorooscha  dans  le  sens  du  San- 
khys  et  du  Yoga  qu'il  n'y  a  de  Prakriti  dans  le  même  sens. 
L  Homme  typtane  ou  le  Pouroucha  est  on  non-sens  poor  les 
Bauddhas.  comme  la  Nmtune  typtame  oo  la  Prakriti.  Il  n'est 
ni  le  fils  ni  l'époux  de  cette  femme  mythique.  Il  n'est  pas  le 
créateur  d'un  monde  qu'il  n'e  pas  fécondé,  et  il  ne  se  survit 
pas  à  lui-même  sur  les  mines  do  monde,  en  m  retirant  en 
soi,  en  se  repliant  sur  se  bomdssni,  sur  son  intelligence  des 
êtres  et  des  choses.  U  n'est  pas  le  Mmkmt  dm  Yogis,  le  Moi 
absolu .  le  Ahankârak.  le  grand  Moi  dont  tout  sort  et  en  <]<n 
tout  rentre.  Il  n'est  pas  ce  lion  de  Kapila  dont  les  rugisse- 
ments enfantent  et  dont  les  rugissements  détruisent  les 
mondes.  Le  Skâkya  Sinnrn,  ou  le  lioo  de  la  maison  de  Sba 
kva,  n'a  aucune  de  cm  prétentions.  D  est  doux  comme  un 
agneau  et  il  périt  comme  un  souffle. 


MEMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.      505 

Nous  venons  de  contempler  ce  Shounyam,  ce  vide  moral 
el  intellectuel  des  Bauddhas ,  ce  défaut  absolu  de  toute  cons- 
cience de  soi  ;  mais  aussi  cette  absence  de  tout  orgueil  dont 
ils  combattent  le  principe  dans  leurs  adversaires,  auxquels 
ils  prêchent  l'entière  humilité  d'un  entier  néant.  Ils  aspirent 
au  suprême  repos,  à  la  suprême  quiétude,  au  Nirvânam  où 
il  n'y  a  plus  rien ,  où  tout  souffle  cesse  et  où  toute  existence 
s'éclipse. 

C'est  pour  amener  l'espèce  humaine  à  cette  félicité  dans 
la  suite  des  âges ,  pour  que  les  hommes  marchent  sur  les 
traces  du  Bouddha  et  de  ses  apôtres,  pour  qu'ils  finissent 
par  copier  le  Bouddha  et  par  devenir  Bouddha  à  leur  tour, 
chacun  individuellement  et  dans  la  révolution  des  âges,  que 
le  Bouddha  s'est  manifesté.  Il  a  mis  au  néant  le  système  des 
Brahmanes,  qui  se  réservaient  le  privilège  de  leur  ciel  ou 
de  leur  Brahmaloka,  et  qui  se  réservaient  bien  plus  encore, 
le  privilège  d'une  identification  finale  à  un  Brahma  suprême. 
Les  Brahmanes  avaient  ordonné  la  loi  des  transmigrations 
pour  les  autres  castes  sans  exception.  Il  fallait  une  longue 
série  d'épreuves,  et  cela  sous  plusieurs  formes  de  l'existence, 
pour  que  le  Shoûdra  respectueux  aux  Brahmanes  pût  renaître 
comme  Vaishya,  pour  que  le  Vaishya  respectueux  à  l'égard 
des  Brahmanes  pût  renaître  comme  Kchatriya,  pour  que  le 
Kchatriya  respectueux  à  l'égard  des  Brahmanes  pût  renaître 
comme  Brâhmana.  Il  fallait  plus  d'une  épreuve  aussi  pour 
que  le  Brahmane  fidèle  à  la  loi  pût  aller  au  Brahmaloka,  et 
pour  que  le  Rïschi  entre  les  Brahmanes  pût  s'identifier  au 
Brahma  même.  Le  Bouddha  renversa  toute  cette  échelle  d'é- 
preuve; il  prétendait  que  l'on  naissait  directement  Bouddha 
si   on  l'avait  mérité;  fût-on  Thchandâla ,  fût-on  Shoûdra, 
aussi  bien  que  si  l'on  était  Vaishya,  aussi  bien  que  si  l'on 
était  Kchatriya,  aussi  bien  que  si  l'on  était  Brâhmana,  en 
pratiquant  la   vie  du   Bouddha,  on    arrivait  au  Bouddha 
même. 


F.MftRE  1857 


XII. 


IWqwo»  I»  Sfcs*«ti  oat  fan  fiafial  ém  Bréfc— m  coatrr 
U  BowykwlM. 

On  «'étonne  de  voir  les  Shoùdras  faire  l'appoint  des  Brâh 
mânes  contre  une  doctrine  qui  les  intéressait  avant  t 
puisqu'ils  devaient  être  les  pi— ieia  mfrmuekts  d'un  monde 
oouveau  auquel  voulaient  les  convier  les  Bouddhistes.  Cet 
étonnement  cesse  quand  on  st  rend  compte  de  la  vraie  po- 
sition des  choses. 

Quand  les  Brahmanes  commencèrent  A  ae  brouiller  avec 
les  Kchatri  vas ,  et  qu'ils  en  furent  venu»  a  ces  massacres  de 
Kourou  -Kchclram.  attribués  an  Parashou  Rima ,  an  dieu 
guerrier  des  pontife*  de  l'Inde .  en  Sou-Brahmanva .  au  dieu 
à  la  bâche,  l'ennemi  d'Indra,  do  dieu  des  Kchatri  vas.  ils  se 
virent  dans  la  nécessité,  pour  repouseer  les  armes  par  le« 
armes,  de  créer  de  nouveaux  rois  et  de  nouveaux  guerriers. 
IN  lai  tirèrent  en  partie  de  leurs  propres  rangs,  et  rn  partie 
île  la  caste  des  Shoùdras,  caste  légalement  avilie  par  les 
Brahmanes,  mais  partiellement  relevée  de  m  déchéance 
sons  la  condition  d'un  grand  dévouement  Lee  rois  tfaurjas 
de  l'Inde  orientale  étaient  des  rois  Shoùdras  du  temps  d'A- 
lexandre. Il  y  eut  certes  de  longs  antécédents  à  ce  fait . 
qu'à  l'époque  plus  récente  où  des  rois  Shoùdras  mêmes,  dé- 
sireux de  secouer  le  joug .  d.  I  nSdéJcs ,  et  finirent  par 
se  laisser  séduire  par  le  loi  do  Bouddha.  Mais  il  y  avait  tou- 
jours la  même  ressource  pour  les  Brahmanes,  faiseurs  et 
défaiscurs  de  rois,  ils  élevèrent  la  grandeur  des  soi-disant 
Radchapoutirih .  nouvelles  castes  guerrières  issues  d'un  bas 
fond  social .  et  que  Ton  essayait  de  rattacher  aux  dieux  et 
aux  héros  de  l'antiquité  par  dm  généalogies  fabriquées  pour 
cet  objet 

Tel  est  donc  le  phénomène  en  bloc.  Ce  fut  pour  al 
davantage  ces  GU  d'une  Inde  nouvelle  dans  les  lacets  de  la 
politique  des  Brahmanes,  que  Ton  réforma  plusieurs  por- 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     507 

lions  du  vieux  code  brahmanique.  On  poussa  en  même  temps 
à  la  formation  des  sectes  populaires  sous  leur  costume  mo- 
derne. Les  Brahmanes  épousèrent  personnellement  la  foi  du 
dieu  Shiva;  mais  cela  ne  suffisait  pas  aux  besoins  du  temps. 
On  ouvrit ,  comme  nous  l'avons  dit,  une  ère  nouvelle  dans  le 
système  des  avatâras  de  Vischnou.  On  se  créa ,  dans  cet  es- 
prit, des  rois  obéissants ,  des  héros  de  vertu  que  l'on  pouvait 
opposer  à  la  tradition  des  Ashoka  du  Bouddhisme.  Les  guer- 
riers de  nouvelle  souche,  les  Vaischnâvas,  s'enivrèrent  du 
vin  délirant  d'un  religion  à  la  fois  mystique  et  sensuelle.  Cela 
rappelle  les  Houris  du  paradis  de  Mahomet,  que  les  Soufis 
chantent  à  leur  façon,  mariant  la  volupté  au  platonisme. 

XIII. 

Des  Avatâras  de  Vischnou  dans  leur  opposition  au  système  du  Bouddha. 

Je  le  répète  encore  une  fois,  et  cela  parce  que  je  tiens  à 
être  parfaitement  compris  et  entendu  sur  celle  grave  et  im- 
portante matière.  Chacun  sait  que  la  poésie  épique  de  l'Inde, 
en  tant  qu'elle  rappelle  Homère  et  qu'elle  ne  rappelle  pas 
Virgile ,  en  tant  qu'elle  rappelle  les  Nibelungen  et  qu'elle  ne 
rappelle  pas  le  Tasse,  elc.  est  spécialement  renfermée  dans 
deux  vastes  compositions,  le  Râmàyanam  et  le  Mahâbhâra- 
tam ,  auquel  le  Harivansha  fait  suite.  Râma ,  le  roi  d'Avo- 
dhya,  est  le  héros  du  Râmàyanam;  Youddhischthira ,  l'aîné 
des  Pândavas,  est  le  personnage  saillant  dans  la  collection 
des  récits  épiques  du  Mahâbbâratam;  Krïschna,  comme 
chef  et  comme  roi  des  Yâdavas,  est  le  héros  du  Harivansha. 
De  ces  trois  hommes,  deux  seulement,  les  deux  derniers, 
font  des  personnages  strictement  épiques  ou  héroïques. 

Le  Râmàyanam  porte  un  tout  autre  caractère  que  les  deux 
autres  ouvrages.  La  conquête  de  Lanka  semble  un  sujet 
épique ,  il  est  vrai ,  mais  cette  conquête  est  moins  une  con- 
quête que  l'acte  d'un  ordre  de  civilisation,  on  pourrait  dire 
que  la  mission  d'une  propagande.  Weber,  je  le  répète  ici, 


508  DÉCEMBRE    1857 

l'avait  déjà  judicieusement  observé.  Comme  épuui  de  Sita . 
la  lille  du  Sillon ,  Uaue  de  la  charme  que  le  roi  Dclianaka 
promenait  sur  le  terrain  sacre,  lui  le  roi  laboureur,  le  Sira- 
dhvadscha,  le  Shirin  qui  a  la  charme  pour  emblème,  Rima- 
tchandra  n'est  autre,  au  fond,  que  son  homonyme.  Il  est 
l'autre  Rama,  il  est  le  Hala  bhril,  le  H«l-àyûdha,  qui  a  pour 
armes  le  soc  de  la  charme.  Le  Hala-bhnt  canalise  le  Doab  de 
la  Yaraouna ,  le  père  de  la  Silâ  colonise  le  pays  de  Mitluls  : 
c'est  la  même  conception.  L'expédition  de  Rama,  de  l'époux 
de  la  Sitâ .  se  lie  à  l'enlèvement  de  Sitf  par  Ravana.  Ce  der- 
nier est  une  personnification  du  lladès.  Il  enlève  Sitâ  comme 
l'Imon  enlève  Koré.  Havane  est  Paulaatya  de  son  nom  I 
e«t  nommé,  d'après  ton  père,  Pulastya,  qui  est  un  vrai  Plu 
m» .  car  il  accumule  les  nraeuci  «V  la  Itrrt,  comme  son  nom 

l 'tiitliqiii- 

Cest  en  suivant  la  Koré.  en  courant  après  elle  comme  on 
autre  Triptolème.  c'esl-a-dirc  comme  le  possesseur  d'un 
polos  ou  d'un  champ  trois  sois  labouré,  d'un  Tntttym,  d'un 
Tn  katym  en  sanscrit;  c'est  eu  arrachant  la  Sllâ  (la  Sito,  ou 
la  déesse  de  le  terre  labourée)  aux  stérilitéa  des  embrasse- 
menu  du  Hadès  que  Rima  entreprend  la  conquête  de  Cet  Un. 
où  le  ravisseur  séjourne.  On  le  voit,  ce  sujet  est  purement 
mythique,  et  il  remonte  a  le  plus  haute  antiquité.  C'est  le 
sujet  des  expéditions  d'Oairis,  tel  qu'il  nous  est  rapporté  par 
Diodore  de  Sicile,  en  dépit  d'une  foule  d'altérations  gros- 
sières. Il  constitue  tout  le  tond  épique  de  l'hymne  à  Démêler, 
de  la  légende  de  Triptolème.  «I  noue  le  découvrons  dans  un 
grand  nombre  de  légendes  MniMehlm  chex  les  Celtes .  les 
Germains,  les  Slaves,  et  liée  i criaillement  aussi  chex  une 
foule  d'autres  peuples  de  l'antiquité. 

C'est  donc  un  très-vieux  fond  dont  je  ne  discute  pas  ici 
les  origines.  Cest  un  fond  qui  s'est  trouvé  fréquemment  re- 
produit, sans  aucun  doute,  par  les  bardes  de  la  cité  d'Ayo- 
dhya ,  par  les  généalogistes  de  la  maison  royale  <\e§  Aikxhvika- 
vas,  dont  Rama  Tchaodra  fut  le  dernier  et  le  plus  illustre  des 
héros.  Ayodhya  fut  très-certainement  un  point  central  pour 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN -THSANG,  ETC.  509 
la  propagation  d'une  vieille  culture,  et  cela  dans  des  temps 
de  beaucoup  antérieurs  à  l'époque  de  son  principal  héros. 

J'ai  dit  le  sujet  du  poëme,  en  laissant  de  côté  ses  brillants 
épisodes.  Je  dirai  maintenant  un  mot  de  l'état  sous  lequel 
il  se  présente. 

Râma  est  devenu  d'abord  un  idéal  de  roi ,  non  pas  à  la 
façon  guerrière  des  Kchatriyas ,  mais  à  la  façon  pieuse  des 
Brahmanes.  11  ressemble  à  un  roi  de  l'ère  héroïque  comme 
Louis  le  Débonnaire  ressemblait  à  Charlemagne.  C'est  un 
vrai  roi  de  moines  ;  c'est  de  plus  un  controversiste  qui  dis- 
pute volontiers  sur  des  matières  spéculatives  et  religieuses, 
ou  qui  prend  du  moins  un  grand  plaisir  à  voir  débattre  ces 
matières  en  sa  présence.  C'est  un  modèle  de  délicatesse,  mais, 
avant  tout,  de  scrupule  et  de  délicatesse  religieuse.  C'est  le 
prototype  d'un  roi  brahmanique,  dans  l'esprit  de  la  secte 
naissante  des  Vaischnâvas,  et  c'est  dans  cet  esprit  qu'il  a  été 
conçu  tout  entier.  On  dirait  qu'il  est  appelé,  surtout  et  avant 
tout,  à  faire  la  contre-partie  de  la  valeur  idéale  d'un  roi  des 
Bauddhas,  pour  remplacer  la  valeur  idéale  d'un  Ashoka 
dans  l'amour  et  dans  la  vénération  des  hommes.  Il  faut 
ajouter  à  cela  qu'il  y  a  dans  le  Râmâyanam  une  controverse 
positive  contre  le  Bouddha ,  une  vive  polémique  des  Brah- 
manes contre  sa  doctrine,  et  que  cet  assaut  a  lieu  en  pré- 
sence de  Râma  Tchandra ,  qui  ne  s'abstient  pas  d'y  prendre 
part. 

Le  style  de  cette  épopée  est  d'une  très-grande  beauté;  il 
est,  en  outre,  d'une  simplicité  tout  homérique;  mais  il  faut 
formellement  distinguer  entre  le  poêle  et  son  idiome.  Cet 
idiome  est  le  sanscrit,  classique  par  excellence,  et,  sous  ce 
point  de  vue,  d'une  tout  autre  coloration  que  l'idiome  ho- 
mérique. Ce  n'est  pas  tout  :  les  expressions  les  plus  abstraites 
du  langage  de  la  philosophie  et  de  la  scolastique,  ainsi  que 
les  termes  de  la  jurisprudence,  s'y  rencontrent  tout  naturel- 
lement comme  un  langage  usuel  ;  elles  y  ont  élu  leur  domi- 
cile, elles  y  ont  acquis  droit  de  cité  et  de  bourgeoisie.  Si  la 
poésie  est  simple  et  naïve,  et  elle  l'est  à  un  haut  degré,  elle 
x.  3  k 


510  DÉCEMBRE   1957. 

l'est  en  deuil  de  l'extrême  déticatowe  et  parfois  du  nnum 
ment  du  «en liment  qui  t'y  découvre.  Coriettt  problème  d'une 
poésie  homérique  de  diction  et  d'esprit .  et  d'un  idiome  se 
tore  de  locutions  que  l'on  «tirait  omprunlsoi  à  Platon  on  à 
Aristote.  ou  s  U  StM .  et  à  un  certain  fond  de néopleioaieme. 
Qu'en  conclure  pour  la  solution  de  ee  problème,  «mon 
que  le  vieux  style  épique  a  été  lenounlé  avec  un  rare  bon- 
heur, et  non  pas  dans  une  pensée  de  pur  archaïsme?  Les 
Soûlas  de  cette  époque  de  la  Baneiminri  ea  sont  retiennes 
aux  Soûlas  de  l'antiquité,  dont  ils  avaient  conservé  la  tradi- 
tion vivante. 
Quel  qu'il  soit .  le  HaoxAyauam  s'en  est  pas  reniai  impnr- 
Il  I  est  pour  son  fond  mythique,  pour  son  fond  mato- 
nqoe,  comme  il  est  cnrieui  et  instructif  pour  l'esprit  sectaire, 
a  la  fois  ictigioux  et  politique,  dans  lequel  il  a  été  revu . 
travaillé,  retondu.  Honneur  doue  è  oatte msgnmque édition 
d'un  aussi  beau  poème .  è  cette  parfaite  traduction  que  non* 
devons  ans  soins,  è  l'enthousieimaot  à  l'admirable  dévoue- 
ment de  M.  Gorreaio!  Imprimé  è  Calcutta  avec  une  roupablr 
le  Manâblièrelem  n'a  pas  ou  umIIm 


ir  même  oonneur.  m  ceenieoroon  nos*  guère  qu  un  menuo- 
«  Ht  à  l'étal  d'une  terre  en  friche. 

Ce  Mahabharetam  est  une  ■■iialojima  tout  entière.  Un 
dirait  un  hôpital  poétique  où  l'on  aurait  placé  cote  à  cote 
les  débris  m  utile*  de  nombre  do  pnimai  épiques,  entre  autres 
les  chenu  sur  Yayèti  et  Us  dnrinéii  do  ses  enfanta.  C'est .... 
arsenal  puissant  pour  aider  è  la  oomtruotion  d'une  vieille 
heu*  héroïque  tout  entière.  On  dirait  d'une  collection  qui 
réunirait  les  poèmes  d'Homère  et  dos  llomérides.  do  PisaAdre 
el  de  Panyasis,  etc.  le  tout  joiol  eux  poèmes  dos  Argonau 
tiques  d'Apollonius  et  du  pseudo- Orphée,  ou  dos  Diony- 
siaques de  Nonnus.  sauf  l'unité  de  style  qui  s'y  trouve.  U  y 
a,  dans  la  partie  capitale  du  poème,  dans  les  chants  de  la 
guerre  des  Kourous  et  dos  Pendons,  une  grandeur  épique 
et  héroïque  étrangère  au  sujet  du  RamAyanam  :  on  y  sent 
un  autre  souffle.  A  cela  prés ,  c'est  toujours  le  langage  du 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.      511 

Ràmâyanam  ;  et  l'on  peut  se  demander  avec  raison  :  le  sans- 
crit était-il  encore  une  langue  complètement  vivante  du  temps 
de  la  dernière  rédaction ,  de  la  remise  en  œuvre  de  ces  com- 
positions colossales? 

En  faisant  abstraction  d'une  compilation  souvent  irréflé- 
chie ,  car  le  même  sujet  y  est  répété  dans  la  rédaction  de 
diverses  légendes ,  ce  vaste  réservoir  de  la  tradition  indienne 
que  nous  appelons  le  Mahâbhâratam  a  encore  un  but  didac- 
tique. C'est,  pour  ainsi  dire,  un  miroir  des  rois,  tels  que 
ces  rois  doivent  sortir  façonnés  de  la  main  des  Brahmanes. 
On  vulgarise  la  science  brahmanique  pour  leur  instruction. 
Le  Shânti-parva ,  ou  le  XIIe  livre,  est  plein  de  cet  enseigne- 
ment :  le  Râdchu-dharma  d'abord,  et,  à  sa  suite,  le  Mokcha- 
dharma.  L'exposition  des  divers  systèmes  de  la  philosophie 
et  de  la  théologie  brahmaniques,  l'exposition  de  la  loi  brah- 
manique, tout  s'y  trouve,  depuis  les  notions  sur  l'origine 
et  la  dissolution  du  système  des  mondes  ,  embrassant  l'ordre 
de  la  création  et  la  théorie  de  l'Apocalypse  ,  jusqu'aux 
notions  physico-chimiques  sur  les  éléments  de  la  matière. 
C'est  aussi  un  cours  entier  de  politique  à  l'usage  des  rois 
placés  sous  la  tutelle  des  Brahmanes.  La  morale,  l'art  de 
la  guerre,  les  arts  d'agrément,  rien  n'est  omis  dans  cette 
éducation  d'un  Kchatriya ,  pour  le  rendre  l'instrument  de  la 
domination  des  Brahmanes. 

Je  suis  entré  dans  quelques  détails  au  sujet  de  ces  com- 
positions, sans  faire  mention  du  Harivansha,  dont  la  rédac- 
tion est  des  plus  négligées.  Le  Krïschna  du  Harivansha  n'est 
déjà  plus  le  Krïschna  du  Mahâbhftatam ,  poëme  où  il  figure 
moins  comme  un  dieu  que  comme  un  héros.  Son  histoire  y 
offre  encore  le  fidèle  reflet  de  la  grandeur  et  de  l'éclipsé  de 
l'ethnos  des  Yâdavah,  dont  il  est  le  représentant.  Mais  dans 
le  Harivansha  c'est  tout  autre  chose;  la  dissolution  des 
mœurs  y  est  déjà  fort  avancée,  et  tout  y  respire  les  voluptés 
du  harem. 


$ti, 


51*  DÉCEMBRE   1857 

\l\ 


Voici  maintenu»!  U  conclusion  que  j'aurais  A  tirer  de  ces 
prémisses  par  rapport  ao  temps  de  Hiooen-thsang . 

U  est  hors  de  doute  que  Rima  Tchsndra  fut  un  roi  d'Ayo 
dhya  qui  vécut  sur  là  dédin  de  l'ère  héroïque,  et  qu'il 
rat  le  sujet  d'une  légende  épique.  Une  période  toute  nou- 
velle eotninonoi  avec  aea  fila  Ko—ha  et  Lava,  quoiqu  »U 
paraiaseat  encore  sous  la  tome  de  Dioacttrea.  Ceal  ainai 
que  I  ère  héroïque  fiait  Épi— lat  à  la  suite  da  triomphe 
dea  Pindous  sur  lea  Ronrons.  Cette  poésie  cet  comme  l'os- 
«uaire  de  l'âge  héroiqsje.  dont  elle  nom  présente  la  tombe. 
Recneillant  lea  cendres  dn  vieux  monde,  c'eat  le  pendant 
d'Homère;  car  l'ère  héroïque  ea  termine,  pour  lea  Gréa, 
avec  la  guerre  de  Troie.  Cest  ainsi  qu'elle  finit  par  Théodo- 
ric  de  Vérone  dans  l'épopée  germanique,  roulant  son  der- 
nier flot  du  temps  où  lea  Germaine  s'établissent  dans  l'en»- 
pire  romain  î  car  I  épopée  cerfoYingiennc,  et  Bien  plus  encore 
l'épopée  chevaleresque .  appartiennent  à  un  tout  autre 
monde.  On  sent  déjà  Imnoeoce  d'une  dasae  lettrée,  et  le 
passé  d'une  science  dans  Fane  et  dose  l'antre  ferme  de  ces 
don  épopées  dn  moyen  âge. 

Voici  le  grand  tait  qui  en  résulta  :  ces  poèmes  résument 
un  paaaé  et  ne  commencent  pas  on  présent,  ni  cbes  les  lu 
«liens,  ni  cbes  les  Grec** ni  cbes  les  Germains.  Ce  pressa/ 
de  la  poésie  épique  existait  cbes  tons  ces  peuples;  mai*  I 
n  en  est  resté  que  quelques  bardes  contemporains  dea  rois 

■nnjnSj    |.   I.i  Nf.Hi'iinn  !<•  •  t  '!•    I    \ti^l<  li"rr<    Msnjl  -Mviniii- 

Le  bouddhisme  n'est  pas  guerrier  et  s'épouvante  dn  son 
de  la  trompette.  Quand  le  brahmanisme  se  redressa  et  com- 
mença s  gronder  d'une  voix  menaçante  contre  lea  usurpa 
tours  de  son  pouvoir,  il  devait  enflammer  de  nouveaux  cou- 
rages en  excitant  la  guerre  sainte  contre  cette  œuvre  de 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN  -THSANG,  ETC.      513 

philanthropie  efféminée.  Il  y  voyait  une  œuvre  d'athéisme 
et  une  œuvre  d'hypocrisie ,  à  cause  de  la  nature  à  la  fois  né- 
gative et  ascétique  de  la  pensée  du  Bouddha.  Il  renouvela  la 
mémoire  des  héros  delà  fin  des  temps  héroïques;  mais  il  les 
affubla  d'un  nouveau  costume  ;  de  là  la  descente  d'un  dieu  spé- 
cialement appelé  pour  purger  la  terre  d'une  hérésie  infecte. 
VVeber  voit  dans  cet  avatâra  ou  dans  cette  descente  une  in- 
fluence manichéenne  ou  gnostico-chrétienne.  Je  crois  qu'il  a 
raison. 

Je  ne  veux  d'autre  preuve  de  la  faible  veine  héroïque 
qui  animait  le  corps  des  Bauddhas ,  que  leur  création  d'une 
royauté  mitoyenne  dans  les  rangs  des  Dchainas,  qui  sont  des 
Bouddhistes  d'un  âge  postérieur  à  Hiouen-thsang,  des  Boud- 
dhistes qui  adoptent  la  loi  des  castes  pour  échapper  à  la 
destruction  dont  leurs  frères  étaient  tombés  victimes.  Ce 
nouveau  Bouddha,  qui  se  donne  spécialement  la  gloire  du 
nom  de  Dchina  ou  de  victorieux,  a  beau  enflammer  une  nou- 
velle caste  à  son  service,  dont  le  métier  est  le  port  des  armes , 
il  ne  triomphe  de  rien  ou  de  peu  de  chose.  Les  rois  dchai- 
nas du  Décan  sont  aussi  peu  guerriers  que  les  rois  bauddhas 
du  nord  de  l'Inde.  Ils  sont  plus  scrupuleux  encore  en  face 
du  sang  humain  ;  car  ils  ne  voudraient  pas  même  tuer  une 
mouche  par  excès  de  philanthropie,  redoutant  de  frapper 
une  âme  humaine  qui  en  eût  revêtu  le  corps.  On  sait  la 
passion  des  riches  marchands  de  la  secte  des  Dchainas  pour 
les  hôpitaux  qu'ils  fondent  en  faveur  de  toutes  sortes  d'ani- 
maux et  même  en  faveur  de  toutes  sortes  d'insectes. 

Nous  avons  vu  fleurir  les  Shaivas  du  temps  de  Hiouen- 
thsang.  Ils  se  ruent  sur  les  Bauddhas  avec  une  fureur  qui 
trahit  leur  origine  sauvage.  Une  nouvelle  secte  se  forme 
néanmoins  dans  leurs  rangs,  une  secte  contemporaine  de 
l'époque  des  Dchainas;  je  veux  parler  des  Laingas,  qui 
adoptent  le  phallus  pour  leur  emblème.  Rien  de  plus  bizarre 
que  la  combinaison  de  leurs  doctrines  et  que  la  pratique  de 
leurs  théories.  On  les  croirait  licencieux,  ils  ne  le  sont  en 
aucune  façon.  C'est  un  compromis  étrange  entre  la  foi  boud- 


51*  DM  r.MHHE    1857 


\IN 

De  Npoqw  et  BmmmhÙmmf  coassa»  cTao*  ipsaas  ck  t 
aa  gémit  gaaniar  Matai  «t  «a  gémit  gasuiai  • 


Voici  maintenant  la  conclusion  que  j'aurais  à  tirer  de  cet 
p  féminin  per  rapport  ao  temps  de  Hioocn-tmeng. 

Il  est  hors  de  doute  que  Rima  Tchaodra  fut  on  roi  d'Ayn 
clliya   qui   vécut  sur  le  déclin  de  l'ère   héroïque.  «|  aaj  ,1 
tut  le  sujet  d'une  légende  épions.  Dm  période  toute  nou- 
velle commence  avec  an  file  Konaha  et  Lara,  quoi.) 
paraissent  encore  sons  la  ferme  de  Dioecures.  Ceet  ainsi 


que  1ère  héroïque  finit  également  à  la  suite  do  triomphe 

eet  comme  l'os- 


dot  PAnoVxis  sur  les  Itouroos.  Coite  poéeii 
suaire  oe  i  âge  novmqeje.  aoneone  noue  proseene  m 
Recueillant  lea  cendres  du  viens  monde,  c'est  le 
•I  Homère;  car  l'ère  héroiqne  et  termina,  pour  les  Grecs. 
avec  b  guerre  de  Troie.  Cas!  ainsi  qu'elle  finit  par  Théodo- 
ric  de  Vérone  dans  l'épopée  gervneniqos.  roulant  son  der- 
nier  Bot  du  temps  on  Us  Car  ai  sans  s'établissent  dans  l'em- 
pire romain  ;  car  I  épopée  certovingien  ne,  et  bien  ptns  enoore 
l'épopée  chevaleresque,  appertienoent  k  un  tout  autre 
monde.  On  sent  déjà  l'influence  d'une  dame  lettrée,  et  le 
passé  d'une  science  dans  l'une  et  dans  l'autre  forme  de  cm 
deux  épopées  du  moyen  Age. 

Voici  le  grand  (ait  qui  eu  résalts  :  cm  po  fanes  résument 
un  passé  et  ne  commencent  pas  on  présent,  ni  corn  les  In 
«liens,  ni  chm  les  Grèce* ni  ohm  lea  Germains.  Ce  pressa/ 
de  b  poésie  épique  existait  chm  tons  cm  peuples;  mai  il 
n'en  est  resté  que  quelques  barde*  contemporains  dm  rois 
guerriers  de  b  Scandinavie  et  de  l'Angleterre  angio  mionne, 

Le  bouddhisme  n'est  pas  guerrier  et  s'épouvante  do  son 
de  la  trompette.  Quand  le  brahmanisme  se  redressa  et 
mença  a  gronder  d'une  voix  menaçante  contre  Im 
leurs  de  son  pouvoir,  il  devait  enflammer  de  nouveaux 
rages  en  excitant  la  guerre  sainte  contre  cette  oeuvre  de 


MEMOIRE  SUR  IIIOUEN  -THSANG,  ETC.     513 

philanthropie  efféminée.  Il  y  voyait  une  œuvre  d'athéisme 
et  une  œuvre  d'hypocrisie ,  à  cause  de  la  nature  à  la  fois  né- 
gative et  ascétique  de  la  pensée  du  Bouddha.  Il  renouvela  la 
mémoire  des  héros  de  la  fin  des  temps  héroïques;  mais  il  les 
affubla  d'un  nouveau  costume  ;  de  là  la  descente  d'un  dieu  spé- 
cialement appelé  pour  purger  la  terre  d'une  hérésie  infecte. 
Weber  voit  dans  cet  avatâra  ou  dans  cette  descente  une  in- 
fluence manichéenne  ou  gnostico-chrétienne.  Je  crois  qu'il  a 
raison. 

Je  ne  veux  d'autre  preuve  de  la  faible  veine  héroïque 
qui  animait  le  corps  des  Bauddhas,  que  leur  création  d'une 
royauté  mitoyenne  dans  les  rangs  des  Dchainas,  qui  sont  des 
Bouddhistes  d'un  âge  postérieur  à  Hiouen-thsang,  des  Boud- 
dhistes qui  adoptent  la  loi  des  castes  pour  échapper  à  la 
destruction  dont  leurs  frères  étaient  tombés  victimes.  Ce 
nouveau  Bouddha,  qui  se  donne  spécialement  la  gloire  du 
nom  de  Dchina  ou  de  victorieux,  a  beau  enflammer  une  nou- 
velle caste  à  son  service,  dont  le  métier  est  le  port  des  armes, 
il  ne  triomphe  de  rien  ou  de  peu  de  chose.  Les  rois  dchai- 
nas du  Décan  sont  aussi  peu  guerriers  que  les  rois  bauddhas 
du  nord  de  l'Inde.  Ils  sont  plus  scrupuleux  encore  en  face 
du  sang  humain;  car  ils  ne  voudraient  pas  même  tuer  une 
mouche  par  excès  de  philanthropie,  redoutant  de  frapper 
une  âme  humaine  qui  en  eût  revêtu  le  corps.  On  sait  la 
passion  des  riches  marchands  de  la  secte  des  Dchainas  pour 
les  hôpitaux  qu'ils  fondent  en  faveur  de  toutes  sortes  d'ani- 
maux et  même  en  faveur  de  toutes  sortes  d'insectes. 

Nous  avons  vu  fleurir  les  Shaivas  du  temps  de  Hiouen- 
thsang.  Us  se  ruent  sur  les  Bauddhas  avec  une  fureur  qui 
trahit  leur  origine  sauvage.  Une  nouvelle  secte  se  forme 
néanmoins  dans  leurs  rangs,  une  secte  contemporaine  de 
l'époque  des  Dchainas;  je  veux  parler  des  Laingas ,  qui 
adoptent  le  phallus  pour  leur  emblème.  Rien  de  plus  bizarre 
que  la  combinaison  de  leurs  doctrines  et  que  la  pratique  de 
leurs  théories.  On  les  croirait  licencieux,  ils  ne  le  sont  en 
aucune  façon.  C'est  un  compromis  étrange  entre  la  foi  boud- 


516  DÉCEMBRE  1857. 

tiques  et  sacerdotaux,  sans  éléments  philosophiques,  sens 
principe  de  dialectique  el  de  Métaphysique.  Il»  possèdent, 
en  revanche .  das  éléments  éthiques  et ,  par  conséquent ,  juri- 
diques et  politiques.  Caat  dans  ce  dernier  sens  et  pour  las 
subordonner  à  leur  Brahma  que  las  Brahmanes  las  ont  exploi- 
tés, qu'ils  ont  essayé  de  devenir  par  eut .  autant  que  possible, 
les  maîtres  dn  gouvernement  ainsi  que  de  l'administration 
de  la  justice. 

Voilà  donc  ces  deux  grande  Éléments  dont  se  composa  leur 
Brahma.  L'élément  érya  pur  est  celui  du  Brahmanaspati, 
du  dieu  du  foyer  daa  Àryae.  Caat  le  Brahma  domestique,  la 
(.nhaspeti,  le  père  de  Camille ,  tel  qu'il  se  m*  ni  leste  dans  le 
GârUpmtjmk.  le  feu  du  foyer,  et  dans  «accompagnement  daa 
deux  autres  sans.  L  élément  anaiaVja .  celui  qui  a  civilisé  las 
Âryas,  leur  a  été  apporté  par  lea  Cépbènes;  car  Tvaschtar 
est  la  para  commun  des  deux  familles  ennemies,  ancêtres  da 
l'espèce  humaine. 

Lea  Bhrigotts .  lea  adorateurs  da  Varouna .  d* Asoura .  d'Or- 
maad,  lui  ont  toujours  rendu  hommage;  mais  las  Angiras 
l'ont  asservi  et  combattu  jusqu'à  ce  que  las  Dcéhsaanai  la 
relevassent  de  aa  rlécaéancs  Cependant  on  la  tient  dans 
l'abaissement  chat  las  sectes  da  l'Inde.  Quoiqu'elles  soient 
Shondras  d'origine,  on  las  a  positivement  privées  da  ce 
Tvaschtar  sons  son  ancienne  (orme,  et  pour  cause;  car  il  (al- 
lait leur  enlever  leur  grand  dieu,  la  principe  de  leur  (orna 
sociale. en  les  courbent  sous  «ne  loi  de  servitude.  On  l'a  rem- 
placé pour  eux  par  un  Rendra  védique .  transformé  an  Shivs . 
et  par  un  Vtschnou  védique,  devenu  un  maître  bienveillant . 
sous  la  figure  d'un  Armiâra  Puis  on  a  rendu  la  Tvaschtar 
aux  Shoùdras.  mais  sons  la  forme  d'un  serf,  da  l'ouvrier  qui 
travaille  au  profit  des  dieux  Shiva  et  Vischnou.  La  grand 
flieu ,  que  les  Brahmanes  ont  scientifiquenient  identifié  à  leur 
Brahma  même,  joue  le  rôle  d'un  atepau  chat  tons  les  Shai- 
vas  et  surtout  chex  tous  les  Vaischnàvas.  Cest  ainsi  que  le 
même  dieu .  qui  est  au  fond  le  demiourgos  des  Brahmanes , 
le  grand  architecte .  l'ouvrier  des  mondes ,  se  trouve  placé  à  la 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.      517 

tête  de  la  caste  des  Shoûdras  comme  l'architecte  servile  qui 
bâtit  les  cités  célestes  et  les  cités  terrestres ,  les  lempîes  et 
les  palais  de  Shiva  et  de  Vischnou.  Il  est  notoirement  au  ser- 
vice de  Krischna,  pour  lequel  il  fonde  la  cité  de  Dvârakâ, 
sur  les  ruines  de  l'antique  Kousha-sthâlî  des  Céphènes,  c'est- 
à-dire  de  la  cité  dont  il  fut  naguère  le  maître. 

Voici  maintenant  ce  qui  est  arrivé  à  ce  Brahmâ  dans  le 
système  du  Bouddha  tel  que  Hiouen-thsang  nous  le  révèle.  Il 
est  placé  à  la  droite  du  Bouddha,  dans  la  suprême  ascension 
du  Bouddha  aux  cieux,  comme  Indra  est  placé  à  sa  gauche, 
chacun  d'eux  remplissant  des  services  de  courtisan  et  des 
fonctions  de  chambellan  auprès  de  la  personne  du  Bouddha. 
Brahmà  lui  érige  une  pyramide  ou  un  Stoûpa  à  droite,  et 
Indra  une  pyramide  ou  un  Stoûpa  à  gauche,  pour  renfermer 
les  reliques  mortelles  du  Bouddha.  Il  tient  constamment  une 
place  centrale  entre  ses  deux  serviteurs,  soit  dans  sa  sépul- 
ture, soit  dans  son  ascension.  Il  monte  entre  le  Brahmaloka 
à  droite  et  le  Indraloka  à  gauche,  avant  d'entrer  dans  son 
nirvânam,  avant  de  s'éclipser. 

Ceci  nous  fait  comprendre  toute  la  politique  du  boud- 
dhisme à  l'égard  delà  vieille  foi  de  la  caste  brahmanique  et  à 
l'égard  de  la  vieille  foi  de  la  caste  des  Kchatriyas.  Il  n'avait 
pas  intérêt  à  les  mépriser  ni  à  les  avilir.  Il  voulait  les  hono- 
rer et  les  respecter,  mais  il  voulait  les  tenir  dans  une  posi- 
tion subalterne.  Il  voulait  se  créer  par  là  des  prosélytes  en 
foule  dans  les  rangs  des  Brahmanes  aussi  bien  que  dans  ceux 
des  Kchatriyas. 

XVI. 

De  l'indra  tel  qu'il  figure  dans  le  bouddhisme  du  temps  de  Hiouen-thsang. 

La  conduite  toute  spéciale  du  bouddhisme,  tel  que  Hiouen- 
thsang  nous  le  révèle,  est  bien  plus  curieuse  encore  dans  ses 
rapports  avec  le  dieu  Indra,  comme  père  des  Kchatriyas, 
qu'en  ses  rapports  avec  le  dieu  Brahmâ,  comme  père  des 


518  DÉCEMBRE   1857. 

car  le»  Brahmane»  étaient  le»  ennemi»  du  bond- 
en  bloc  et  le»  Kchatriya»  forent  ao  nombre  de  n» 
plu»  ancien»  partisans.  Ans»,  voici  ce  qui  arrive.  Le  Bouddha 
s'attribue  sur  plusieurs  point»  le»  acte»  de  l'Iodra,  q 
transforme  on  abaorbo  ainsi  on  sa  personne.  Il  le  pouvait 
d'autant  plu»  aisément,  qu'lndrs  était  un  dieu  goeirioi  et 
non  pa»  l'ouvrier  des  mondai  II  existe  des  hymnes  du  Véde . 
il  est  vrai,  mais  il»  sont  en  très-petit  nombre,  où  il  usurpe 
sur  le  Tvascbtar  et  sur  Varouoa  ;  ce  n'est  là  toutefois  qu'une 
première  tentative,  et  elle  ne  tire  pas  à  conséquence,  Le» 
kcliati  iya»  l'adorent  comme  dieu  dos  dieu» ,  comme  roi  de» 
deux .  le  prototype  du  roi  des  rois,  d'un  empereur  àrya  ter- 
restre. D  n'est  pas  pins  le  i resta m  dn  monde  à  leur»  yeoi 
que  ne  le  fut  le  Zens  olympien  pour  les  Hellènes,  le  Jupiter 
faniloli— i  pour  les  Latins,  le  VVodan  guerrier  pour  le»  Gev> 
mains.  Ces  dieu»  de  l'ère  bér oigne  sonnent  on  dieu  antérieur 
et  le  plongent  complètement  dans  l'ombre;  c'est  ce  dieo-ls 
qui  est  le  véritable  ouvrier  des  monde» 

L'Indre  que  le  Bouddha  absorbe  est  le  Skytmà;  c'est 
Ylmdra-fmmco*.  qui  dérobe  l'ambrossie  an  Gandharvs.ou  à 
Tvaschtar.  Associé  à  Afais.  3  se  nourrit  de  la  victime  et 
devient  son  propre  pootiss  on  mangeant  la  victime.  Agni» 

victime.  Or  le  Bouddha  abolit  tout  holocauste  et  le  remplau 
par  la  Ckmnté.  il  s'offre  pour  le  kspotab  et  devient  le  victime 
à  m  pince.  Alors  Agnès  et  Indre  lui  rendent  hnmmagn  et 
s'eftacent  devant  lui;  rbolocauste  des  viens  temps  est  aboli 
en  Csveur  de  la  charité  de  l'époque  nouvelle. 

L'autre  Indre ,  celui  qui  n'est  pas  absorbé  par  le  Bouddha . 
est  l'empereur  do»  deux .  le  serviteur  rospotlnco*  du  Bond 
dha.  Le  Bouddha  ne  pouvait  pa»  s'attribuer  le  caractère  de 
cet  empereur,  comme  il  avait  pu  «'attribuer  celui  du  faucon 
et  do  pigeon .  ou  celui  du  sacrilicateur  et  de  la  victime. 


MEMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     519 

XVII. 

Du  Shiva  de  l'époque  de  Hiouen-thsang. 

Dieux  populaires ,  dieux  shoùdras ,  dieux  aussi  d'un  certain 
nombre  de  familles  kchatriyas  et  brahmaniques,  les  dieux 
Roudra  et  Shiva  étaient  très-puissants  à  l'époque  de  la  nais- 
sance du  bouddhisme.  Us  dominaient  à  Benarès  ou  à  Kashi 
la  grande  université  des  Brahmanes,  où  Shiva  avait  élu  son 
domicile,  et  ils  régnaient  encore  dans  plusieurs  portions  de 
l'Inde  himàlayenne,  ainsi  que  dans  les  contrées  de  l'Occi- 
dent. Les  Râdchapoutras  adoraient  le  Mayoûra,  le  fds  du 
dieu,  le  paon  guerrier,  l'oiseau  de  la  Héré  de  Samos,  qui  y 
figure  comme  une  vraie  Pârvati.  Le  dieu  guerrier,  l'Arès  de 
l'Inde,  reçoit  ailleurs  le  coq  ou  le  koukkoutah  pour  symbole. 
C'est  absolument  la  même  idée. 

Partout  où  cela  se  peut ,  et  par  acte  de  conciliation ,  le 
Bouddha  cherche  à  se  maintenir  en  rapport  d'amitié  avec  le 
Shiva  et  avec  son  fils  le  Mayoûra,  et  il  n'est  hostile  que  là  où 
les  Brahmanes  exploitent  la  secte  shivaïte  contre  le  boud- 
dhisme en  particulier. 

Nous  arrivons  à  cette  foule  de  Larves  et  de  Lémures  qui  se 
rencontrent  dans  le  cortège  du  Shiva ,  comme  Roudra  et  comme 
Kapâlabhrît,  porteur  d'un  crâne.  Le  bouddhisme  s'accommode 
parfaitement  de  ces  Bhoutas  et  de  ces  Pishâtchas ,  de  ces  fils 
de  la  nuit  et  de  l'abîme ,  qui  sont  radicalement  étrangers  au 
culte  d^s  Pitarah  ou  des  Mânes,  culte  complètement  opposé 
à  l'idée  de  l'émancipation  bouddhiste,  puisque  c'était  le 
culte  des  aïeux  du  peuple  de  1ère  védique,  que  les  Brah- 
manes prétendaient  exclusivement  continuer  dans  leurs  fa- 
milles. Partout  où  ils  se  rencontrent,  dans  le  Vindhya  et 
dans  l'Himalaya,  au  Décan  ,  au  Népal,  au  Tibet,  ces  Larves,- 
ces  Lémures  sont  les  dieux  des  peuplades  foulées.  Ce  sont  les 
Génies  de  leurs  ancêtres,  ce  sont  les  déshérités  de  leurs 
cieux.  Le  bouddhisme  s'accommode ,  en  général ,  de  toutes 
les  superstitions  populaires. 


MO  DÉCEMBRE  1857. 

C  e»t  là  r*ide  minent  un  grand  Irait  de  ressemblance  avec 
Épicure.  qui  croit  aux  spectre*  et  aui  fantôme»,  à  toute»  la* 
vision»  de  l'esprit,  mais  qui  ne  croit  paa  aux  dieux  et  qui 
adore  dea  homme»,  c'eat-à-dire  dea  sage»  qui  aoot  le»  ance- 
«curieo»,  et  notammeot  Épicure  et  Démoerite  en 
l'antique  Leocippe,  etc.  Non  paa  que  le»  Boad- 
dluatea,  que  le»  épicurien»,  etc.  y  voient  de»  ImmoritU; 

cence».  de»  ombres,  de»  appamuom,  de*  idée»,  le*  évoquant 
dan»  la  p entée  »eule  et  se  leur  appliquant  d'existence  réelle 
que  dan»  le*  fantaisie»  de  l'esprit  humain.  C'eat  dan»  ce  een» 
que  le»  Beoddhat  adoptent  toute»  les  aupentitioo»  populaire* 
comme  le»  épscarieas.  qu'il»  croient  à  loo»  le»  coota»  de 
vieille  femme,  il  est  vrai  qu'a»  lean:  enlèvent  en 
leur  substance. 

XVIII. 


De  fhniian  Inim  à  —tuf— en  pomr  mlUmmr  ta  vavaga  0» 


Je  tiens  de  déblayer  le  terrain  »ur  plneienri  notai»  de 
l'antiquité  indienne  qui  ae  rattachent  i  l'état  da  bouddhisme 
tel  que  liiourn  tbsang non»  l'expose.  Je compte  eotrapeeodr» 
une  suite  de  travaux  indépoadenli  aar  ce  sujet  important . 
qui  aboutiront  au  bouddhisme  de  Hiooen-theang,  comme 
il*  y  prendront  leur  point  de  départ.  C'est  le  meilleur  moyea 
de  faire  valoir  le  livre  de  M.  Stanislas  Julien  que  de  J'accep- 
ter.  en  quelque  sorte .  comme  le  pied  métrique  pour  prendre 
la  mesure  de  quelque»  reohoTcsSo»  bsaloriqaa»  aar  ce  même 
pied  ;  je  ne  le»  croi»  pas  aaaa  importance  pour  la  juste  ap- 
préciation du  bouddhisme. 

Je  m'occuperai  ainsi  graduellement  de»  antécédente  de» 
dieux  Indra  et  Brahmâ .  de  ceux  de  Rondra  t  comme  do  maie» 
le»  forme*  du  sbivaisme,  et  je  terminerai  me*  recherche» 
par  un  travail  spécial  »ur  le  '  i^'iBMF"*1  dea  caravane»  de  la 
Sérique ,  ainsi  que  sur  le  mouvement  commercial  de  la  vieille 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.  521 
Inde.  On  y  discutera  des  formes  de  culte  intéressantes  pour 
l'histoire  des  mœurs  de  l'antiquité,  et  la  question  des  fon 
dations  de  temples  qui  se  lient  aux  rapports  du  commerce. 
C'est  dans  ce  sens  que  je  vais  tracer  une  esquisse  préa- 
lable des  groupes  de  faits  que  j'aurai  successivement  à  exa- 
miner. 

XIX. 

De  l'Indra  des  Bauddhas  comme  d'un  sujet  d'études  dans  ses  rapports 
avec  le  Bouddhisme. 

Indra  se  présente  d'abord,  comme  nous  l'avons  dit,  sous 
la  figure  védique  du  Shyena  ou  du  faucon ,  comme  Agnis , 
son  associé,  sous  la  figure  non  moins  védique  du  Kapota  ou 
du  pigeon.  Le  Shyena  est  le  type  du  sacrificateur  et  le  Ka- 
pota est  celui  de  la  victime.  Ils  se  présentent  devant  le  roi 
Shibi ,  qui  joue  un  rôle  dans  le  Véda  comme  roi  sacrifica- 
teur, et  ils  le  mettent  à  l'épreuve.  Shibi  veut  sauver  le  pigeon 
de  la  poursuite  du  faucon  ;  mais  le  faucon  est  destiné  à  s'ali- 
menter de  la  chair  du  pigeon,  et  en  lui  enlevant  sa  proie,  le 
roi  lui  fait  un  tort  irréparable.  Tel  est  le  conte  imaginé  par 
les  auteurs  de  la  fable  indienne ,  qui  se  trouve  contenue 
dans  le  Mahâbhâratam  sous  plusieurs  formes.  Shibi  rachète 
l'animal  en  s' offrant  lui-même  en  holocauste  au  dieu ,  qui  se 
révèle  alors  comme  tentateur,  aussi  bien  qu' Agnis,  son  col- 
lègue. H  refuse  naturellement  cette  offre.  Le  Bouddha  s'at- 
tribue le  rôle  du  roi  dans  le  récit  de  Hiouen-thsang,  de 
même  qu'il  s'attribue ,  en  fait ,  le  double  rôle  du  faucon  et 
du  pigeon.  Nous  savons  déjà  dans  quelle  intention  religieuse 
et  sociale. 

Rien  de  plus  curieux  que  de  suivre  les  transformations 
de  la  mythologie  védique  dans  le  cours  des  âges.  A  l'époque 
la  plus  reculée ,  le  faucon  et  le  pigeon  étaient  deux  types , 
deux  figures  et  probablement  deux  hiéroglyphes ,  passés  dans 
les  Mantras  ou  les  hymnes  des  Aryas.  Employés  originelle- 
ment dans  le  langage  des  Céphènes ,  communiqués  aux  Bhrî- 


SU  UEC.fcMHKt   1857 

gous  per  les  Gendharvas ,  leur»  maître*,  ils  étaient  descendu* 
de  ce*  fils  et  de  ces  disciple»  deTvaschtar  ans  fila  el  aux  dis- 
ciples d'un  Yrihaspati  ou  d'un  Rrahmsnaspati. 

\  mi  enauite  an  tempe  on  on  types  «I  ces  figures  n'exis- 
taient plus  sous  leur  forme  védique,  où  ils  n'avaient  plus 
cours  que  dans  la  tradition  des  Brahmanes.  Le  faucon  et  le 
pigeon  devinrent  alors  le  sujet  d'une  légende  qui  se  rapporte , 
du  reste,  à  un  roi  de  IVpoque  védique.  (Menée*,  vol.  I.  Vm- 
nm-pmrrm.  lib.  III .  TinkmjétrA^mrrmntShjfmaiapotfyê.  adhy. 
i3o.  i3i  .  p.  586.  S87.  —  hlmkdkh.  vol.  IV;  Awkàuuu, 
pmrvm.  lib.  Mil  ;Shj  wa  inif -difrêas .adhy. 3a.  p.  7a,  78.) 

Cette  légende  revêt  une  antre  forme.  Le  rot  est  remplacé 
par  le  LomUkakmk  on  le  tb Miser  des  bois  (le  UUmkoi. 
l'homme  du  iéur).  D'abord  il  s'agissait  de  la  tenUtion  d'un 
roi.  il  s'agissait  d'épi  ou  ver  an  piété  envers  les  dieux,  lu  gran- 
deur de  son  dévouement  royal  et  pontifical  Ensuite  il  s'agit 
d'un  chasseur  qui  appartient  4  la  caste  la  plus  méprisée  dm 
habitants  des  bois,  et  I  s'agit  de  m  conversion,  comment  il 
renom  a  à  son  mérier  mnvaga  un  pénétrant  dans  les  flammes 
du  sacrifice.  (Jaunes*,  vol.  Dit  SaéWenre*.  lib  Ml 
ails  Lalsftaéa  Stmuidt.  adhy.  1 63  109.  p.  558.56a.) 

Sain  le  Bouddha  s'empare  d'un  sujet  familier  et  l'inter- 
prête  dans  le  «ne  de  m  doctrine,  revêtant,  comme  nous 
l'avons  vu,  le  caractère  du  pantin  et  de  la  victime.  Que  de 
sicdc*. que  de  r*ve4 niions dumnm ai  éio^ 
et  la  dernière  de  on  rédactions! 

Si  je  voulais  plaisanter,  je  retrou» mais  une  dernière  mé- 
tamorphose de  h  sable  jusque  dans  celle  dm  deux  pigeons 
qui  s'aimaient  d'un  amour  si  tendre  chm  le  bon  Lafontaine  ; 
car  c'nt  exactement  l'élégie  amoureuse  du  pigeon  et  de  la 
colombe,  telle  qu'on  la  lit  dans  ce  chapitre  du  Muhâbhé- 
ratam  où  le  Loubdhika  remplace  le  faucon .  et  où  le  pigeon 
va  se  dévouer  pour  n  fameHe. 

Le  /ira  de  la  légende  est  ensuite  a  considérer.  Htonen 
thsang  (p.  137)  le  place  dans  YOmdrém  on  dans  le  royaume 
du  Jardin  .  qui  lait  partie  de  l'Afgtianistan  oriental.  Le  Poe- 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN  THSANG,  ETC.     523 

kue-ki  (chap.  ix,  p.  64,  65)  lui  assigne  à  peu  près  la  même 
localité  dans  le  voisinage  des  Gândhârâh;  c'est  la  Suastène 
des  géographes  de  1ère  macédonienne. 

Ce  pays  porte  encore  un  autre  nom,  celui  d' Oushî-nara , 
car  il  est  habité  par  les  Oashi-narâh  ou  par  les  hommes  du 
désir.  Shibi,  leur  roi,  est  connu  sous  le  nom  patronymique 
(ÏAushînarah.  Oushanas,  ou  celui  qui  désire,  est  un  nom  du 
pontife  des  Bhrïgous,  qui  joue  un  des  plus  grands  rôles 
dans  les  hymnes  du  Véda.  Cet  Oushanas  correspond ,  littéra- 
lement de  nom  et  mylhiquement  de  fait ,  à  un  dieu  germa- 
nique du  nom  de  Wunsch,  identique  à  un  dieu  Scandinave 
du  nom  à'Osk  ou  Oskr  (Oscar);  dieu  erotique,  dieu  du  dé- 
sir, sur  lequel  Grimm  s'est  savamment  expliqué  dans  son 
Histoire  de  la  mythologie  allemande. 

Les  Ouskî-narâh  ou  les  hommes  du  désir  forment  le  cor- 
tège de  ce  dieu  et  les  Oushînarâni  ou  les  femmes  du  désir 
sont  les  compagnes  d'une  Ouskik,  qui  est  évidemment  leur 
déesse.  Ces  dernières  se  reproduisent  dans  les  Wunschwei- 
ber  de  la  mythologie  germanique  et  dans  les  Oskmeyar  de 
la  mythologie  Scandinave,  sur  lesquelles  il  est  également 
utile  de  consulter  l'ouvrage  de  Grimm. 

Le  peuple  auquel  appartiennent  ce  dieu  erotique  et  cette 
déesse  qui  s'en  rapproche  par  le  nom  et  par  l'esprit,  ce 
peuple  est  de  la  race  des  Bhrïgous.  Les  Siboi  des  géographes 
de  l'ère  macédonienne  sont  les  sujets  du  roi  Shibi,  comme 
il  est  anciennement  écrit  dans  le  style  du  Véda,  tandis  qu'il 
s'appelle  Shivi  dans  le  Mahâbhâratam;  chez  Hiouen-thsang 
il  est  connu  sous  le  nom  de  Shivika.  Ce  peuple  s'est  avancé 
dans  le  Madhyadesha ,  comme  d'autres  tribus  de  la  vieille 
Arya  brahmanique  des  régions  de  l'Occident.  (Voyez  Lassen, 
Ind.  Alt.  vol.  I ,  p.  55a ,  note  i  ;  p.  589 ,  5oo  ;  vol.  II ,  p.  1 68.  ) 

XX. 

Suite. 
L' Indra-serpent  dont  parle  Hiouen-thsang  nous  est  tout  à 


514  DÉCEMBRE    1857. 

tait  inconnu.  Noue  ronnaiiions  bien  an  usurpateur  du  rang 
d'Indra,  le  roi  védique  Nakouacha.  qui  n'eal.  an  fend,  que 
nbMM  m- nu-  |  .!  I  lu- nui..'  r.s.t  pliiM.ur»  MM  «l«m  1«* 
Veda .  en  joignant  à  osa  noms  le  suffixe  »ka.  Ainsi ,  nous  avons 
afanou  et  llanoo-sha.  on  l'homme  qui  pensa.  Pourou  et 
Pourou-sha .  on  l  bomme  qui  ae  multiplie;  Nabou  et  Nabou- 
sha,  on  l'homme  vêtu  d'un  habit  causa  (de  nmk,  coudre, 
lier),  ou  également  têtu  d'une  auiiaau  (asaaVae),  l'homme 
captif  d'un  vêtement,  lui  qui  allait  origmairement  au. 

Dans  les  rangs  opposes  aux  Àryaa  il  y  a  (comme  noua  le 
verrons  bientôt)  l'homme  brun,  le  Rapi  ou  le  Kapuha. 
qui  correspond  A  un  Cercops  ou  à  un  Cécrops,  ou  à  un  Cy« 
dops.  De  toutes  eus  figures  de  l'homme,  il  n'y  eu  a  qu'une 
seule  qui  veut  se  ûùre  datai*  qui  se  fait  proclamer  roi  du 
Gel  et  de  la  Terre,  selon  lu  légende  épique,  qui  détrône 
l'autre  Indra  et  ae  lait  nommer  Indra  à  se  place,  qui  se  fait 
porter  sur  Im  épaules  des  autrm  hommes  et  qui  tombe  enfin 
maudite  sur  la  terre,  sous  le  figure  du  serpent. 

Il  n'y  a  pas  d'autre  Indra  qui  me  soit  encore  apparu  sous 
la  figura  du  serpent  dans  août  ce  que  j'ai  i  eue  outré  dans  les 
légendes  épiques.  Dana  le  Véda.  e'est  Indra  qui  cotnbr 
serpent  sur  tout  et  event  lent. 

Cependant  les  lornndm  tp'tifflfica  dastinjroent  entre  Im 

mauvais  serpents.  Im  ennemis  des  rtouamas  (le  Nahaseh  de 
l'Écriture).  11  se  peut  qu'Indra  ait  été  quelque  part,  mais 
cela  doit  être  alors  dans  une  Cable  très-subalterne,  un  de 
ces  serpents-là.  Quoi  qu'il  en  soit  de  le  bête ,  l'india  serpent 
de  Uiouen-thsang  est  le  pendent  du  Bouddha  qui  «'offre  en 
aliment  pour  sauver  la  vie  d'un  autre  sous  le  figure  du  roi 
Shivi.  C'est  ainsi ,  si  nous  devons  croira  ce  que  Hiouenlhsang 
nous  rapporte  de  lui ,  qu'Indra  se  lait  ssrpmt  de  ferre  et  asr» 
eaul  t—m,  et  cela  pour  sauver  lea  peuples  de  l'Oudyâna  et 
du  Gàndharéh  précédemment  cités.  Offrant  son  corps  de  ser- 
pent en  aliment,  il  les  arrache  A  la  Jésus*  qui  les  accablait, 
à  la  assis  qui  les  dévorait,  et  à  la  mort  qui  les  enlevait    l<  I 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     525 

nous  tenons  la  clef  de  cette  fable ,  et  nous  pouvons  pénétrer 
le  mystère  qui  nous  en  voilait  le  sens  intime. 

Dans  le  Véda,  Indra  combat  le  serpent,  le  Ahi,  qui  est  la 
cause.de  la  sécheresse  et,  par  suite,  de  la.  famine,  de  la  mala- 
die, de  la  mort.  Ce  serpent  embrase  l'atmosphère  de  ses  feux , 
enveloppant  la  cime  des  montagnes  et  empêchant  le  nuage 
de  crever,  d'abreuver  les  troupeaux  et  de  féconder  les  champs 
des  Aryas.  11  est  en  même  temps  le  type  dune  royauté  et 
d'un  sacerdoce  des  Céphènes ,  adorateurs  de  dieux-serpents, 
Kâdraveyas  ou  serpents  eux-mêmes.  Ce  sont  les  Shoûdras, 
les  Kadrosiens  ou  les  Gédrosiens.  Il  protège  ses  propres  sujets 
sur  le  territoire  de  Y Ahi-thschatram ,  c'est-à-dire  sous  le  para- 
sol du  dragon ,  à  Y  ombre  de  sa  puissance  tutélaire ,  qui  les  ga- 
rantit de  la  morsure  du  serpent  dans  les  rages  de  la  cani- 
cule. Mais  il  n'est  pas  si  bien  intentionné  pour  les  Aryas, 
pour  les  ennemis  de  son  peuple,  qu'il  mord  et  qu'il  pique  à 
plaisij. 

En  frappant  ce  serpent,  en  le  précipitant  des  cieux,  Indra 
ouvre  de  nouveau  la  source  de  l'abondance  pour  les  Aryas. 
Le  serpent  mort  tombe  sur  la  terre  d'abord,  et  roule  ensuite 
dans  les  flots  de  l'Indus  avec  le  cadavre  de  la  déesse  qui  l'a 
mis  au  monde.  La  mère  et  le  fils,  quittant  les  régions  célestes 
et  terrestres,  nettoient  ainsi  le  ciel  et  la  terre,  enlèvent  les 
péchés  des  dieux  et  des  hommes ,  et  les  entraînent  tous  par 
les  embouchures  de  l'Indus  au  sein  de  l'Océan.  Or  s'il  y  a 
un  Indra-serpent  quelque  part  dans  la  légende  indienne,  il 
est  évident  qu'il  repose  sur  une  identification  légendaire  du 
meurtrier  et  de  la  victime ,  du  dieu  vengeur  qui  frappe  le  ser- 
pent de  terre,  qui  le  lance  du  ciel  sur  la  terre,  et  du  dieu 
purificateur  qui  roule  le  serpent  de  l'eau,  qui  entraîne  ses 
débris  du  côté  de  l'Océan.  C'est  ainsi  que  le  serpent  devient 
aussi  utile,  ausssi  secourable  à  l'Arya  par  sa  mort,  qu'il  lui 
avait  été  funeste  durant  sa  vie. 

Tel  doit  être  le  sens  de  cet  Indra  double  serpent,  l'un  de 
terre  et  l'autre  d'eau,  de  cet  Indra  qui  nourrit  volontaire- 
mentles  peuples  affamés  de  l'Oudyâna  et  du  Gândhârâh  de  sa 
x.  35 


MO  DÉCEMBRE    1*57 

ckatr  de  ttrfaU .  cl  qui  le»  arrache  ainsi  aux  horreurs  de  la 

famine,  de  la  pestilence,  de  la  mort. 

Ce  miracle  s'opère  dan»  on  lirtha  ou  un  lieu  sacre  île  pèle 
rinage,  qui  en  revêt  le  titre  de  Smr^mmtekmdkx i.  de  terptmt 
média**  ou  de  strpemtrtmed*.  Qui  ne  songerait  aussitôt  à  As 
Uépios.  le  dieu  de  la  médecine,  dont  le  bâton  sauveur  eat 
entouré  d'un  serpent,  qui  a  pour  nra  bisons  le  serpent,  ssu 
veur  de  la  maladie  et  de  la  mort  ) 

Or  voici  les  rapports  qui  se  rencontrent  dans  la  concep- 
tion d'un  dieu  Asllépios  et  d'un  dieu  Indra,  quoiqu'il»  n'aient 
rien  de  commun  dans  l'apparence.  C'est  qu'Asklépios  eat  le 
lit»  d'Apollon,  c'est  qu'Apollon  tue  la  mère  et  le  fils  comme 
Indra  tue  la  mère  e4  le  fila,  c'est  qu'Apollon  frappe  la  Pytho 
et  le  Python,  le  serpent  et  la  femelle  dn  serpent.  Le  mot 
l'oûtak  correspond  en  sanscrit  aux  moto  grecs  Pylkô  et  Pylkâm . 
Ce  mot  offre  un  doohiesen».  U  indique  l'infection  ptirtéU,  le 
peeafrar.qui  en  est  la  suite;  il  exprime  le  péché,  dont  le  aer- 
pent  est  la  figure  an  physique  comme  an  moral.  U  désigne 
également  la  pmrtfemttcm  et  oa  qui  en  est  la  suite,  la  pareai. 
comme  si  l'on  disait  Ïùd*mrd*$tumi9té.  par  contracte  de  IV 
odeur.  1a  purification  se  prenant  comme  la  pureté,  et  dans 
le  sens  physique  et  deaa  le  sens  moral  ;  car  le  corps  pur  on 
purifié  est  l'emblème  de  rime  pore  ou  purifiée  dans  la  litur- 
gie sacrée  de  toute»  las  races  ârya».  comme  de  toutes  les 
races  indo-européennes. 

Du  reste .  la  racine  eed  m  retrouve  iailistinitsanonl  dans 
le»  langues  de  tons  cm  pan  pies,  et  cela  également  dan»  le 
double  sens  que  nous  venons  d'indigner.  Elle  y  forme  dm 
mots  dont  les  uns  doivent  s'entendra  dans  le  sens  de  la  pu- 
reté ,  et  les  autres  dans  celui  de  l'impureté. 

Askiépto»,  le  dieu  qui  a  U  serpent  sauveur  pour  sym- 
bole, le  dieu  qui  est  le  fils  du  lueur  du  serpent  de  l'impo- 
reté, est  donc,  en  quelque  sotie,  le  serpent  lui-même,  à  la 
îacon  d'Indra .  tel  que  nous  venons  de  l'expliquer.  Indra  est 
PotUa  Kratou .  parce  qu'il  a  rendu  l'holocauste  amr,  en  le  dé- 
gageant dm  étreintes  du  serpent,  et  Apollon  est  Priâtes  à 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     527 

l'autel  de  la  Pythie,  qui  s'élève  sur  le  fondement  de  la  rési- 
dence de  la  Pythô  ou  de  la  mère  du  dragon  que  le  dieu  a 
mis  à  mort.  Voilà  comment  Indra  et  Apollon  peuvent  être 
considérés,  indirectement  il  est  vrai,  comme  des  dieux  méde- 
cins ,  Indra  à  Sarp-auschadhi ,  comme  Apollon  au  temple  de 
Delphes. 

Le  lieu  où  Indra  réside  comme  serpent  d'eau  s'appelle 
Souma  dans  le  récit  de  Hiouen-thsang ;  or  Soâma  est,  en 
sanscrit,  une  désignation  de  la  mer  lactée,  en  style  védique 
de  la  nuée  bienfaisante  qui ,  en  crevant ,  en  foudroyant  le 
serpent,  imbibe  la  terre  de  torrents  de  lait  et  de  miel,  cette 
eau  étant  à  la  fois  douce,  fécondante  et  guérissante. 

Le  récit  de  Hiouen-thsang,  qui  se  trouve  aux  pages  i3y  et 
1 38 ,  est  également  corroboré  par  le  Foe-kue-ki ,  comme  dans 
la  légende  du  roi  Shivi,  qui,  ainsi  que  nous  l'avons  dit,  se 
présente  dans  les  mêmes  lieux. 

xxr. 

Suite. 

Rien  de  plus  curieux  que  le  rapport  du  Bouddha  et  des 
dieux  serpents  ou  des  Nâgas.  Les  Nâgas  expriment  la  mytho- 
logie populaire  de  la  race  brune  ou  de  la  race  céphène  qui 
en  porte  le  nom.  Us  sont  les  dieux  des  laboureurs,  qui  se  re- 
gardent comme  autochthones.  De  ce  point  de  vue,  ils  rap- 
pellent les  cultes  latins  et  les  cultes  pélasgiques  de  la  vieille 
Italie  et  de  la  vieille  Grèce ,  domaines  d'un  peuple  de  culti- 
vateurs de  souche  ârya  ou  indo-européenne,  d'un  peuple 
instruit,  comme  le  furent  les  laboureurs  âryas  de  la  vieille 
Inde  et  de  la  vieille  Bactriane ,  par  une  race  brune  qui  a  eu 
les  prémices  de  la  culture  et  de  la  civilisation  d'une  portion 
de  l'Asie  centrale  dans  les  vieux  âges  du  monde. 

Il  y  eut  un  temps  où  les  maîtres,  qui  étaient  de  la  race 
des  Nâgas,  ont  dû  opprimer  leurs  disciples,  qui  étaient  de  la 
race  des  Bhrïgous ,  où  ils  ont  dû  faire  peser  sur  eux  un  rude 
esclavage.  Il  y  eut  aussi  un  temps  où  les  Bhrïgous  secouèrent 

35. 


518  DÉCEMBRE  1857. 

leur»  chaîne*,  les  brisant  sur  la  tète  des  Nagea.  C'était 
jours  du  Trita,  comme  l'appelle  le  Véda,  et  du  Traetona. 
comme  dit  le  Zendavesta .  du  Trita  qui  est  devenu  le  i 
doùn  de  l'épopée  persane. 

Il  y  eut  une  troisième  époque ,  «Ile  de  la  conquête  d'une 
nouvelle  souche  des  Àryas.  de  la  souche  guerrière  et  hé- 
roïque qui  usurpa  sur  les  Bhrigous,  qui  eflaca  la  splendeur 
de  leur  Trita.  parce  que  Us  Bhrigous  avaient  adopté  des 
portions  de  la  foi  des  Gandbarvas ,  des  fils  de  Tvaschtar,  et 
que  le  Tvaschtar  était  l'auteur  du  dragon.  Les  Bhrigous 
avaient  reconnu  la  divinité  de  Tvaschtar  sans  la  subordon- 
ner à  Varouna.  leur  propre  «Ben.  Il  est  vrai  qu'ils  ont  atin 
boé  à  Varouna  la  iréation  do  monde,  mais  dans  un  tout 
autre  esprit  que  celui  qui  se  manifeste  dans  le  dieu  Tvaschtar 
comme  auteur  du  monde.  Le  symbole  de  l'alliance  entre 
Tvaschtar  el  les  Bhrigous  se  rencontre  dans  l'union  de  la 
fille  dn  Tvaschtar  et  du  pontife  Vivasvat,  et  dans  la  nais- 
sance de  Vaivasvata  (tfanou  ou  Yama).  le  père  des  Mano- 
vidrs  ou  des  Vaivasvatides .  qui  furent  le  produit  de  cette 
union. 

Je  ne  fais  ici  qu'effleurer  ce  sujet,  en  me  proposant  de  le 
traiter  ailleurs  et  a  fond  Cest  à  MM.  Roth  et  Kuhu  qu'ap- 
partient  l'honneur  d'avoir  pris  l'initiative  de  ces  études. 

Indra,  le  dieu  de  U  souche  des  Àryas  conquérants,  frappe 
donc  le  serpent;  mais  en  frappant  le  serpent  il  commet  aussi 
un  meurtre  èrdaauctaV ;  car  le  serpent  est  le  fils  du  Tvasch- 
tar, et  il  est  un  pontife.  Le  Véda  et  La  poésie  épique  enseignent 
ce  que  les  mythes  d'Apollon  et  d'Héraclès  enseignent  en  pa- 
reille matière.  U  faut  toujours  txpter  U  tang  sers*'  par  une 
ttrvitmd*  mommUmméê,  ce  sang  eût-il  été  celui  du  mt'ckant  ou 
de  Y  impie.  Qui  n'est  pas  frappé,  è  ce  sujet,  de  la  malédic- 
tion que  Dieu  fait  peser  sur  les  meurtriers  de  Gain  dans  les 
récits  de  ls  Genèse,  et  sur  l'application  que  Lantech  veut 
en  faire  par  rapport  a  lui-même?  Or  Cain  et  Lamech  sont 
eux-mêmes  des  méchants,  des  meurtriers.  En  les  frappât 
on  empiète  sur  les  droits  de  Dieu ,  et  quoique  la  loi  du  ta- 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.  529 
lion  soit  une  loi  du  monde  antique ,  il  faut  encore  que  celui 
qui  se  venge  dans  sa  propre  cause  soit  puni  et  soit  purifié,  le 
tout  pour  empêcher  une  extermination  à  l'infini. 

Les  Nâgas  de  la  Sérique,  du  Belour,  de  l'Afghanistan,  du 
Kashmir,  du  pays  de  Taxila,  de  l'Ahi-thschatram,  ou  de 
l'Ahi-kschetra  dans  le  Madhyadesha ,  etc.  sont  les  débris 
d'une  race  de  Shoûdras  anciennement  souveraine  et  qui  ont 
conservé  une  partie  de  leur  indépendance  en  passant  sous 
le  sceptre  des  Aryas  mêmes.  Ils  étaient  fort  vivaces  du  temps 
du  Bouddha ,  comme  ils  étaient  fort  vivaces  du  temps 
des  Macédoniens  :  c'est  ce  que  l'on  peut  voir  par  le  témoi- 
gnage des  géographes  de  l'antiquité  classique,  qui  nous  ra- 
content leur  culte  et  leur  adoration  dans  le  pays  de  Taxila, 
dans  le  Kashmir,  etc.  Le  Bouddha  est  avec  eux  en  des  termes 
fort  singuliers,  et  sur  lesquels  j'aurai  l'occasion  de  m'expli- 
quer  dans  la  suite  des  travaux  indiqués.  Il  les  combat  et  ils 
finissent  presque  généralement  par  lui  rendre  hommage.  Il 
est  d'ailleurs  bon  prince  à  l'égard  des  Nâgas  et  de  leurs  dieux; 
en  général ,  ce  n'est  pas  contre  les  sectes  populaires  que  les 
Bauddhas  déchargent  leur  courroux,  même  quand  elles  leur 
sont  hostiles.  Toute  leur  colère  tombe  sur  les  Brahmanes, 
qui  sont  leurs  ennemis  jurés,  leurs  adversaires  par  excel- 
lence. 

XXII. 
Suite. 

Nous  sommes  toujours  encore  sur  le  terrain  de  l'antique 
Suaslène  et  de  la  région  des  Gândhârâh;  car  le  Bouddha 
nous  y  apparaît  une  autre  fois  encore  et  toujours  sous  le 
point  de  vue  du  saint  qui  s'offre  en  holocauste  pour  abolir 
l'holocauste  et  le  remplacer  par  la  pratique  de  la  charité. 

Nous  voulons  parler  du  Kchânti  Rïschi ,  du  récit  de  Hiouen- 
thsang  (p.  i33),  c'est-à-dire  du  saint  qui  soujfre  tout,  qui 
endure  tout,  qui  est  un  modèle  de  résignation  et  de  patience. 
Il  est  le  Jin-jo-sien  des  Chinois  «  comme  M.  Stanislas  Julien 


530  DÉCEMBRE   1857. 

nous  l'apprend .  c'est  a-dire  celui  qui  support*  U  komU.  Pour- 
quoi supporte  t-il  ainsi  tout  auront  de  U  part  dea  homme»? 
Parce  qu'il  offre  son  corps  au  Kah  rédsckd ,  c'est-à-dire  au 
roi  dm  siècle,  au  roi  do  quatrième  âge  du  monde,  au  roi  de 
l'âge  actuel,  qui  est  l'âge  de  U  perversité.  De  Berne  que  le 
roi  Suivi  coupe  ses  membres  pour  nourrir  le  Csucoo  et  sau 
ver  la  colombe,  de  même  que  Indra .  serpent  de  terre  et  ser- 
pent d'eau,  coupe  se*  membrm  pow  ahineoter  U  peupU .  qui 
■mul  de  ûum.  Bouddba.  en  revêtant  U  rurure  de  Kchinti 

ams^avuem  e>  ^ave»   eneenanej  t  ot^^srmm^mwimmM^^  s    ^^  •     •  ^*  »  w^eawet  •     ^m     n^ps.  »••  w   *ew    em>umsmssnnm> 

Rïschi.  coupe  ses  membres  et  les  offre  s  ce  roi  affamé,  évi- 
pour  triompher  du  siéde  et  pour  su  changer  le 


Wlll 


Nous  voyons  Indra  qui  figure  dans  un  hymne  do  Véda 
comme  allié  dn  Kmpt .  du  Cercope.  do  «ose  son  vieil  ennemi , 
avec  lequel  il  contrante  mm  alliance.  Elis  s'établit  sous  la 
ferme  dune  adoption.  Or  on  dm  noms  d'Indra  est  celui 
d'Ardjouna.  et  celui-ci  est  également  son  fils.  U  doit  être  on 
fils  d'adoption  et  le  Kapi  même,  car  Ardjouna  est  Aasi- 
dkvadcko.  c'est-à-dire  qu'il  a  le  singe  pour  bannière ,  pour 
symbole,  pour  emblème. 

Le  Kapi  est  le  dieu  de  plusieurs  régions  de  l'Inde  et  de 
l'Afghanistan,  on  même  temps  qu'il  est  l'autochthone  de  cm 
lieux ,  qu'il  est  l'homme  fcrea  par  excellence  U  réaide  dans  U 
Kapi-tha  qui  se  trouve  dans  le  voisinage  d'Aht-Kchetra  (ail- 
murs  et  plus  anciennement  Akttkckmtrmm).  on  dans  la  ré- 
gion placée  sous  Is  parasol ,  c'cet-è-dire  sous  1a  tutelle  du 
dragon  (p.  337039).  Kapitkm  est  pour  kaptttka  [Sanskrit 
Wàrterkmck.  vol.  II.  p.  6*.  A.  ».)  et  identique  à  JapMsànW 
lak,  à  la  région  des  kapischtbalah .  dont  parie  Panini  (Mil 
3,  91  ;  II,  A,  69)  et  qu'il  cite  comme  Bkrmsekta- Kàpitcha- 
Idk  ou  KâpUcktkaldk ,  c'est-a-dire  comme  eVcaas  de  leur  rang 
et  de  leur  autorité,  comme  ricin»,  dépravés,  comme  ayant 
perdu  leurs  dieux,  le  séjour  4m  esssx.  toute  chose  qoe  ce 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     531 

mot   bhraschta  implique.   Ils    sont  connus  d'Arrien  (Indic. 
IV,  8)  sous  le  nom  de  Kambi-stholoi. 

Nous  nous  trouvons  ici  en  face  d'une  branche  importante 
de  cette  grande  race  des  Céphènes  ou  des  Ethiopiens  orien- 
taux, qui  se  rattache  évidemment  aux.  Céphènes  de  la  région 
de  Kapisha  et  de  la  cité  de  ce  nom  que  Cyrus  détruisit  dans 
la  contrée  de  Kapishayana  ou  de  la  Capisène.  Elle  refleurit 
plus  tard,  du  temps  de  Hiouen-lhsang,  qui  est  plein  de  sa 
gloire-,  mais  elle  ne  fut  plus  qu'un  souvenir  du  temps  d'Al- 
birouni,  comme  nous  le  savons  par  le  docte  travail  de 
M.  Reinaud  sur  cette  matière. 

Il  s'agit  du  Kaboul  des  modernes ,  de  la  cité  et  du  pays 
des  Kabolitœ  de  Ptolémée,  de  la  patrie  d'un  Kapi,  d'un 
Kapi-lah,  d'un  Kapi-shah  mythique,  qui  fut  un  Kerkops,  un 
Képheus,  un  primordial  Céphène ,  qui  fut  de  la  race  de  ces 
Ethiopiens  de  l'Orient,  du  premier  peuple  de  culture  d'un 
monde  antique,  d'un  monde  anté-ârya,  d'un  monde  anté- 
sémitique.  Ce  que  les  Kapis,  les  hommes  bruns,  typique- 
ment les  singes  (indigènes  du  Lamgham  et  de  la  Suastènc, 
comme  du  pays  des  Gândhârâh)  furent  pour  les  Gédrosiens , 
les  Coushites,  les  Céphènes, les  Éthiopiens  de  l'Orient,  c'est- 
à-dire  un  peuple  des  bois,  devenu  plus  tard  un  peuple  la- 
boureur, les  Maroutah  le  furent  pour  les  Aryas,  les  Marou- 
tah,  fils  de  Roudra,  le  dieu  des  bois;  de  là  l'assimilation 
légendaire  du  Kapi  et  du  Marout  dans  le  Râmâyanam ,  quoique 
le  Kapi  soit  le  père  des  Shoûdras,  tandis  que  le  Marout  est 
le  père  des  Aryas. 

D  n'y  a  pas  de  singes  dans  tout  le  Tibet,  ni  dans  le  petit 
Tibet  ou  le  Baltistan,  ni  dans  le  moyen  Tibet  ou  le  Lahdak., 
ni  dans  le  grand  Tibet  ou  le  pays  de  Lassa ,  pas  davantage 
dans  la  région  des  Sifans  et  aux  extrémités  de  la  mer  du  Ko- 
konor,  contrées  où  s'étendit  la  race  tibétaine  dès  la  nuit  la 
plus  reculée  des  âges.  Or  tous  ces  peuples  se  disent  des- 
cendre, et  cela  sans  exception,  depuis  le  Balti  jusqu'au  Si- 
fan,  se  disent  descendre  d'un  dieu  ou  d'un  demi-dieu  qui 
eut  la  figure  d'un  Cercops ,  d'un  singe  ;  preuve ,  selon  moi ,  in 


tt*  V1BKE  1857. 

faillible  de  la  grande  influence  que  le  Kapi  mythique,  que 
le  Kapi  originel  du  Kapitha  exerça,  dan»  la  nuit  des  âges, 
»ur  ces  barbares,  qu'il  exploita  en  les  pliant  sous  sa  domina- 
tion ;  mais  sur  lesquels  il  exerça  une  influence  civilisatrice 
telle  que  pouvaient  la  recevoir  cet  fils  perdus  d'un  père  cé- 


Les  rapports  du  Bouddha  et  du 
sur  un  vaste  territoire,  et  demandent  aae  étude  spéciale 
le  singe  typique  et  bieiogljphique.  auquel 
avoir  le  loisir  de 


-  Nous  armons  à  l'indra .  secourante  au  Bouddha  sons  la 
ligure  d'un  ères  rat  Mme.  type  sons  lequel  Hiouen-thsang 
nom  le  révèle  dans  a—  trèi  curicuee  légende. 

Ce  rat  nous  tel  inconnu  dans  les  légendes  d'Indre,  quoi- 
qu'il soit  très-connu  deae  les  légendes  de  Skanda  ou  Soo- 
brahmanya.  qui  est  le  Ares  des  Brahmanes  et  que  ceux<i 
opposent,  comme  nous  Pavons  vu,  à  l'Indre  des  Kcbatriyas, 
à  leur  dieu  de  la  guerre  deae  le  grand  conflit  dee  Kchatny as 
et  des  Brahmanes.  Voyons  cependant  ai  nous  ne  trouvai  ions 
pas  le  fil  qui  rattache  le  véritable  Indre  à  ce  rat  sauveur. 
Toutefois,  j'avertis  d'avance  que  ce  fil  est  d'une  ténuité  es* 
trente,  et  qu'il  faut,  pour  le  découvrir,  s'enfoncer  dans  la 
recherche  mythique  dee  eflets  et  des  censés. 

Le  rat  s'appelle  Âkkom  comme  animal  avatar  ei/oaoynr, 
c'est-à-dire  dans  ses  rapports  avec  un  monde  toulerrwn.  Indra 
est  invoqué  comme  AkkmmjmU  dans  le  Véda  (Sàmm.  eu/tare 
prmp.  I.  initia  a.  S  5.  efct  a;  %•  VIII.  17.  ia;  Nirwktm. 
III.  10.  éd.  Ho  th.).  On  t'invoque,  oh  Àkhemlala  ! .  Âkkmm- 
dota  prukàyuM,  est-il  dit  dans  les  panegei  cités.  Indra  fait 
sauter  la  ans*  comme  il  fait  sauter  la  assumas» ,  et  toujours 
dans  le  but  de  faire  jaillir  l'eau,  soit  de  la  nuée,  soit  de 
dessous  terre. 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.      533 

Il  existe  une  importante  légende  sur  un  roi  Kou.sh.ika, 
c'est-à-dire  sur  un  roi  mythique  qui  appartient  à  l'ethnos  de 
ce  nom  et  qui  devient  un  Vasou ,  lorsque  Indra  se  fait  son 
allié,  qu'il  lui  prête  son  char,  d1où  il  tire  le  surnom  d'Oujoa- 
ritchari,  du  roi  qui  se  promène  dans  les  airs.  Il  est  le  sujet 
de  quelques  légendes  très-importantes  du  Mahâbhâratam , 
citées  par  Lassen  dans  son  grand  ouvrage. 

Ce  roi  est  un  roi  fossoyeur  et  canalisateur,  et  voilà  com- 
ment il  arrive  à  cet  emploi  de  ses  forces. 

Il  est  d'abord  précipité  des  cieux  par  la  malédiction  des 
Rïschis  et  il  tombe  au  fond  d'une  caverne ,  dont  il  sort  comme 
un  vrai  Akhandala  par  le  concours  d'Indra  son  protecteur, 
perçant  le  mont  pour  opérer  la  canalisation  d'une  partie  du 
Doab  de  la  Yamounâ.  Le  vrai  fond  de  cette  légende  ne  m'oc- 
cupe pas  ici ,  je  ne  fais  que  prendre  note  d'une  de  ses  cir- 
constances. 

Il  y  a  en  tout  ceci ,  en  dehors  de  ce  qui  concerne  la  cana- 
lisation et,  par  suite,  la  culture  du  sol,  un  antique  rapport 
du  dieu  rat  et  du  monde  chthonien  des  laboureurs  de  l'anti- 
quité céphène  et,  par  contre-coup,  d'une  partie  de  la  plus 
vieille  race  des  laboureurs  âryas  et  indo-européens  ;  nous  al- 
lons en  dire  quelques  mots. 

Or  il  faut  savoir,  pour  l'entente  de  cet  ensemble  de  choses , 
que  les  Bhrïgous  morts  remontent  aux  cieux  dans  le  monde 
des  pères  ou  des  ancêtres  de  leur  race ,  dans  le  monde  d'un 
Yama  céleste ,  qui  reçoit  dans  sa  demeure  les  descendants 
des  Vaivasvatides.  Roth  en  a  suffisamment  et  Irès-brillam- 
ment  traité.  D'autres  Aryas,  une  portion  des  laboureurs  nom- 
mément, ont  leur  paradis  sous  terre,  comme  les  Nâgas,  dans 
la  région  d'un  Ploutos  ou  d'un  Ploutôn,  dans  la  demeure 
des  richesses  souterraines.  Ainsi  dans  les  religions  des  Pé- 
lasges  et  des  Latins,  ainsi  dans  le  culte  d'Eleusis.  C'est  la 
demeure  d'un  Yama  comme  roi  des  morts  dans  un  monde 
chthonien  ou  souterrain,  par  contraste  d'un  Yama  comme 
roi  des  pères  dans  un  monde  céleste.  La  tradition  baclro- 
persane  traite  ce  Yimâ  du  monde  chthonien  (car  elle  donne 


534  DÉCEMBRE  1857 

le  nom  de  Yimà  au  Varna  dea  Brahmane») .  elle  le  kl 
dis-je.  de  déchu,  par  oppoaition  avec  le  £a»s*Ua  on  le  Y i mi 
Immùmx.  C'est  le  roi  de  i'osxêr».  comme  l'autre  est  le  roi  de 
la  Immièrt.  11  est  pour  ainsi  dire  un  Adam  qui  est  devenu . 
comme  laboureur,  le  aujet  de  la  mort,  comme  l'Adam  qui 
cultivait  le  jardin  avait  été  le  roi  de  la  vie  terrestre. 

Nous  voyons  le  rat  jouer  un  rôle  très-actif  dans  le  nulle 
dm  Mânes  on  dm  Lares  chca  les  Polaages  de  la  Grèce  et  de 

I    Uk   Nl<"    M  •    mssi  MM  ■  !»«•/  !«•■>  hUmn-iir*  A"   I  i  BJmj    >i> 

donne  Italie  latine.  I. '.Idikamla  du  Mahébhiratam .  m  I 
curieux  qui  renferme  toutes  les  légendm  du  culte  des  Nàfras 
de  la  vieille  Inde,  contient  aussi,  dans  le  portion  dont  M.  Pa- 
vie  a  donné  mm  sicellanla  tnwlnction.  l'histoire  de  deux 
époux  du  nom  de  IfcaWm^Airon.  c'est  à-dire  rbistoire  du 
stems  et  de  la  vsrt/J*.  do  Crmim  et  de  le  Grmui  (Grma),  car 
c'est  le  même  mot.  Le  Dscliaratkàroo  était  le  aaamis  par  ex- 
cellence, on  le  Yàyè—rêk.  le  meilleur  dm  nomade*.  Il  ne 
pouvait  s'arrêter  nulle  part ,  il  ne  pouvait  fonder  nulle  part 


Errant  ainsi  à  travers  le  monde .  il  arriva  un  jour  dans  la 
eWure  du  Comekmmi.  D  y  entra  dans  une  cussrae.  ou  il  mi 
Ira  Yàyd-rmrdk,  les  nomades  ses  ancêtres,  ayant  tous  le  tête 

empêchés  d'y  tomber  par  une  corde  fragile  doot  un  gros  rat. 
habitant  de  la  caverne,  rongeait  le  bout  Ses  ancêtres  l'ins- 
truisirent du  sujet  de  leur  effroi.  Ils  allaient  descendre  du 
ciel  de  leurs  siens,  ib  allaient  m  précipiter  dans  IHsdes. 
parce  que  leur  dsscsndsnt  courait  le  monde,  ne  voulant  m 
fimtr  dans  aucun  lieu ,  ne  voulant  pas  m  marier,  ne  voulant 
pu  fonder  de  famille  ;  une  fois  marié  et  établi,  a  offrirait 
dm  holocaustes,  il  sacrifierait  eus  mines  de  ses  situ  et  il 
les  rétablirait  ainsi  dans  leur  céleste  rlameo». 

Dscharatkiron  épouse  In  somme  de  son  nom ,  qui  appar- 
tenait à  la  race  des  Nagas  ou  dm  serpent».  11  devint  donc 
laboureur  et  cessa  d'être  nomade.  Ils  eurent  pour  61»  Ântkak, 
le  pontife  de»  serpents,  de  Is  race  eblhonienne.  et  qui  les 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     535 

sauva  de  la  destruction.  Nous  sommes  ici  en  face  de  la  lé- 
gende patronymique  du  pays  des  Graikoi  et  des  Illyriens.  Le 
vieux  Kadmos  et  la  vieille  Harmonia  (le  Graikos  et  la  Graix) 
quittent  les  régions  de  l'Orient  et  arrivent  dans  les  contrées 
du  Couchant.  Ils  se  transforment  en  serpents ,  en  habitants 
des  régions  chthoniennes,  après  avoir  engendré  un  fds,  Hly- 
rios,  qui  rachète  le  peuple  illyrien  des  serpents,  les  Enché- 
léens,  qui  les  sauve  de  la  destruction  dont  les  menaçaient 
leurs  ennemis,  et  qui  gouverne  ainsi  leur  empire.  (Apollo- 
dor.  lib.  III,  cap.  v,  S  4-) 

Le  rat  est  donc  un  animal  chthonien ,  une  hiéroglyphe  de 
la  même  nature  que  le  serpent.  Voici  comment  il  figure 
dans  la  légende  du  Bouddha  racontée  par  Hiouen-thsang, 
et  la  circonstance  dans  laquelle  Indra  revêtit  cette  figure. 

Le  Bouddha  était  au  début  de  sa  carrière ,  il  lui  importait 
donc  de  ne  pas  souiller  sa  robe  virginale.  Or  c'est  ce  que 
prétendait  faire  une  méchante  femme,  une  Brâhmanâ,  dis- 
ciple fanatique  des  Brahmanes,  ennemis  du  Bouddha.  Elle 
ne  rougissait  pas  d'avouer  sa  honte ,  et  pour  confondre  le 
Bouddha ,  elle  se  disait  enceinte  de  ses  œuvres.  S'étant  placé 
une  écaelle  sur  le  ventre,  elle  se  présenta  devant  l'assem- 
blée de  ses  auditeurs  pour  ébranler  leur  foi.  Des  doutes 
s' élevant  ainsi  partout  autour  de  la  personne  du  Bouddha, 
Indra  vint  à  son  secours  et  prit  la  figure  du  rat  ;  il  coupa  de 
ses  dents  le  cordon  qui  retenait  l'écuelle.  La  terre  trembla , 
s'entrouvrit,  et  la  femme  coupable  fut  précipitée  dans  YA- 
vîtschi,  le  plus  bas  des  enfers,  où  tout  mouvement  s'arrête, 
où  il  n'y  a  plus  de  vagues ,  où  il  n'y  a  plus  d'onde  de  l'exis- 
tence qui  rebondisse  et  donne  signe  de  vie.  (P.  3o3.) 

Indra,  sous  la  figure  du  rat,  est  au  véritable  Indra  ce 
qu'Apollon  Smintheus,  ou  Apollon  sous  la  figure  du  rat,  est 
au  véritable  Apollon.  Le  vrai  Apollon  n'est  pas  plus  un  Smin- 
theus que  le  vrai  Indra  n'est  un  Akhou;  on  ne  les  a  rattachés 
qu'indirectement  et  sous  de  certains  rapports  au  symbole 
d'un  dieu  qui  appartient  au  monde  inférieur,  qui  ronge  lejil 
de  la  vie,  parce  que  l'archer  Apollon  frappe  et  blesse  ses  en- 


III  DÉCEMBRE  1857. 

uemis  connue  l'archer  Indra ,  et  qu'il  les  précipite  do  faite 
de  leur  grandeur.  On  le  voit,  ils  te  rapportent  ao  type  do 
rat  comme  iU  se  rapportent  ao  type  du  serpent.  Ces!  ainsi 
que  nous  avoos  appris  à  connaître  les  dans  divinités  dont  il 
s'agit  dans  leur  rapport  avec  un  Asklèpioe ,  ou  un  serpent 
médecin ,  un  serpent  sauveur  qui  guérit  de  la  moriure  do 
serpent  destructeur. 

Le  dieu  rat  rssl  est  le  dieu  des  Sboùdms,  en  leur  qualité 
d'un  peuple  de  mineurs  de  la  montagne  et  d'agriculteurs  des 
vallées  et  de  la  plaine.  Nous  le  rencontrons  dans  le  Sérique 
des  anciens,  au  pays  de  Hnoteo  et  dans  les  déserts  qui  se 
trouvent  dans  le  voisinage  de  l'oasis  de  Khoten.  Cest  ainsi 
qu'on  lit  une  légands  sur  les  rets  secourabtes,  qui  rongent 
durant  la  nuit  les  armes  et  les  cuirasses  de  I* armée  enne- 
mie et  sauvent  le  peuple  laboureur  qui  les  adore,  légende 
rapportée  au  long  dans  l'Histoire  de  la  ville  de  Khoten,  pu- 
bliée par  II.  Abd-Rémusat  (p.  47  &o).  Cest  ce  qui  se  Ht 
littéralement  encore  cbea  Hérodote  (  hV  II  .  ) .  a 

propos  du  roi  pootUb  Setnon ,  qui  est  l'adorateur  de  Pblha. 
Ce  dieu,  qui  a  pour  symbole  le  rat.  est  le  vrai  sauveur  de 
Setnon  et  du  mena  peuple  des  ouvriers  et  des  laboureurs, 
prés  cri  sa  de  la  foreur  do  roi  d'Assyrie  par  le  rat  qui  ronge 
les  cuirs  et  les  cordes  des  armures  et  des  arcs  de  l'armée 
ennemie.  Pareille  chose  est  dite  du  dieu  Smmtheus,  dans 
l'Asie  Mineure ,  lorsque  Teukros  y  débarque  avec  son  armée. 
(Straboo.  XIII.  d.  1  .Serv.  Commml.  md  jEm.  lib.  I.  v.  38; 
lib.  111.  v.  106,  etc.)  Je  crois  le  type  du  rat  amené  de  la 
Sérique  et  dea  régions  de  l'Asie  centrale;  c'est  le  pays  de 
leur  rassemblement,  le  pays  d'où  ils  éasigrenl  par  troupes 
en  parcourant  des  espaces  iimninm.  Ils  causent  de  grands 
dommages,  sont  redoutés  et  pour  cela  invoques  par  les  le- 
boureurs  comme  agents  des  divinités  cbthonicnnes ,  afin 
d'écarter  leur  courroux.  Cest  évidemment  un  des  plus  vieux 
types ,  que  je  compte  examiner  pins  à  fond  dans  ra  suite  de 
mes  recherches. 

Le  Bouddha  venait  d'échapper  ainsi  su  plus  grand  des 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.      537 

dangers  par  le  secours  du  rat.  Il  allait  se  rendre  à  Shra- 
vasti  pour  y  prêcher,  pour  la  première  fois,  clans  le  jardin 
Anâtha-pindikah ,  quand  les  Brahmanes  lui  tendirent  des  em- 
bûches pour  détruire  sa  réputation  naissante. 


XXV. 

Suite. 

Indra  figure ,  dans  le  Véda ,  comme  oiseau  Knpindchala , 
et  c'est  encore  là  un  vieux  type  que  la  légende  bouddhiste 
a  accaparé  à  sa  manière. 

Les Brâhmanas ,  qui  font  partie  du  Véda,  traitent  au  long, 
et  à  plusieurs  reprises,  l'histoire  du  meurtre  commis  par 
Indra  sur  le  fils  du  Tvaschtar,  sur  le  Ahi  dahaka,  sous  la 
figure  de  Vishvaroûpa,  du  serpent  à  trois  têtes.  C'est  une 
légende  très-curieuse,  très  à  part,  car  c'est  une  forme  toute 
particulière  donnée  au  combat  d'Indra,  du  bienfaiteur  des 
Aryas  en  sa  qualité  de  destructeur  du  serpent ,  qu'il  détrôna 
de  son  empire  des  trois  mondes.  On  se  demande  aussitôt  : 
d'où  vient-il  que  le  dieu  hostile  à  tous  les  Aryas  sans  excep- 
tion ,  que  ce  dieu  combattu  par  Trita  ou  Traitana  (  Thraetôna 
ou  Feridoun)  du  temps  des  Bhrïgous,  combattu  par  Indra 
du  temps  des  Angiras,  soit  revêtu  tout  à  coup  dans  le  Véda 
même,  du  moins  en  quelques  hymnes,  d'un  caractère  parti- 
culièrement sacré  ou  sacerdotal  ? 

Nous  avons  observé  déjà  que  le  Tvaschtar,  le  père  du  ser- 
pent ,  est  aussi  le  dieu  qui  a  instruit  les  Bhrïgous  ;  nous  avons 
dit  de  plus  qu'il  y  avait  des  Aryas  laboureurs  et  autres  ,  qui 
avaient  embrassé  le  culte  des  divinités  chthoniennes ,  tout  en 
les  modifiant ,  tout  en  les  accommodant  au  génie  de  leur 
race;  nous  avons  ajouté  que  Indra,  le  dieu  des  Angiras, 
combattait  ces  Aryas  en  combattant  en  même  temps  le  ser- 
pent. De  là  le  brâhmicide  attribué  à  Indra;  de  là  la  nécessité 
pour  lui  de  se  purifier  du  meurtre,  son  servage  temporaire, 
sa  dégradation  momentanée.  L'épopée  en  prend  acte  pour  lui 


substituer  un  nouvel  Indra,  ce  Nabouschah  dont  nous  avons 
précédemment  parlé  et  qui,  précipité  à  son  tour  des  deux, 
rampe  sur  la  terre  comme  serpent,  tandis  que  le  vrai  Indra . 
suffisamment  purifié,  réoecope  à  son  tour  la  trône  céleste. 

Ce  n'est  pat  le  moment  de  poursuivre  les  traita  de  cette 
légende  dan»  le  Véda  et  dans  l'épopée  indienne,  d'eu  I 
quer  les  phases  et  les  tranaformatiom.  Nom  noua  arrêtons 
sur  ce  point  unique  où  le  ïïmmirhah  joue  un  rôle. 

Dana  le  Véda.  Indra  asservit  le  Tvaschtar;  Zeus  asservit 
de  même  Hépbestos  ai  le  force  à  forger  les  Cars  dont  Prosaé 
Usée  est  enlacé;  Proméihée.  qui  n'est  qu'Hépbcstos  sont  une 
autre  forme;  Proméihée, déchu  comme  homme,  tendit  que 
Hépbestos  est  déchu  comme  dieu.  C'est  ainsi  qu'Indra .  nnj 
a  combauu  le  Tvaschtar,  le  forée  à  forger  la  fondre  dont  le 
dragon  est  frappé.  Or  ce  dragon  est  le  fils  <lu  Tvaschtar 
dans  la  légende  védique  oomnsedans  le  légende  baetrienne 
car  le  fils  du  Tvaschtar  est  l'Ahi  dahaia  (l'Aâdahak.  le  Z* 
hak,  l'AsIvage  ou  l'Asdehel)  eux  trois  corps.  Dans  1e  lé- 
sjende  épique.  Indra  oblige  nu  Taàchake.  un  pontife  dea 
bois,  un  charpentier  portier  de  la  hoche,  un  lootatour  du 
Tvaschtar  •  abattre  d'un  coup  de  la  hache  sacrée  les  trois  tètes 
du  fils  de  Tvaschtar.  déjà  frappé  par  la  fondre  d'Indra.  Trois 
espèces  d'oiseaux  sortent  do  ces  trois  lotos,  trois  espèces  do 
perdrix .  et  de  ce  noeahre  sont  les  Kiniodahollh.  Ces  oi* 
seaux  sont  les  âmes  ailées  qui  s'éiancant  immortelles  du  corps 
de  la  victime  mortelle. 

J'ai  montré  ailleurs  (dons  mon  travail  sor  les  légendes 
brahmaniques  qui  a  paru  dans  le  Journal  asiatique  de  1 856) 
que  les  principaux  traits  de  cette  légende  se  rencontrent 
dans  la  Grèce  et  l'Asie  Mineure  sons  diverses  formes;  que 
le  Takchaka  de  l'épopée  indienne  et  le  Tvaschtar  du  Véda  y 
paraissent  dans  les  caractères  du  roi  Térée  et  du  charpen- 
tier Polvtechnos.  etc.  et  que  les  cas  eaux  s'y  retrouvent  éga- 
lement, à  part  les  variantes  neenhrenses.  lobes  qu'elles  sont 
propres  à  tons  les  sujets  mythiques  sono  exception.  Je  m'y 
réfere,  sauf  à  revenir  au  fond  du  sujet  sons  une  autre  forme. 


MÉMOIRE  SUR  HIOLEN-THSANG,  ETC.      539 

Selon  le  récit  de  Hiouen-thsang  (p.  335-337),  c'est  le 
Bouddha  qui  revêt  le  caractère  d'Indra-Kapindchala  dans  la 
cité  de  Koushi-nagara.  Il  y  figure  comme  Kapindchaîa-râd- 
schah,  ou  comme  roi  des  perdreaux  de  l'espèce  des  franco- 
lins.  Voici  à  quelle  occasion. 

Agni,  le  dieu  du  feu,  dévorait  des  forêts  entières,  et  me- 
naçait l'univers  d'une  conflagration  générale.  Un  perdreau 
de  l'espèce  des  francolins  (  c'est  ici  le  Bouddha)  but  l'eau 
d'un  torrent  à  pleines  gorgées  et  s'y  humecta  les  ailes ,  pour 
éteindre  le  feu  avec  l'eau  renfermée  dans  son  bec  et  avec  les 
battements  de  ses  ailes.  Indra  fut  charmé  de  cette  œuvre  gé- 
néreuse, quoique  impuissante,  et  joignant  ses  deux  mains  en 
creux,  les  remplit  à  tel  point  qu'il  éteignit  la  flamme.  C'est 
encore  ici  une  morale  toute  nouvelle  tirée  d'une  légende  an- 
tique, c'est  encore  ici  la  métamorphose  d'un  mythe  dans 
une  fable  populaire  ;  car  ce  que  le  francolin  tente  de  faire 
ici,  Garouda  l'accomplit  sous  une  autre  forme  et  dans  un 
autre  esprit,  et  cela  dans  une  légende  que  nous  lisons  dans 
YAdiparva  du  Mahâbhâratam,  très-curieuse  collection  d'une 
foule  d'antiques  légendes. 

Garouda  s'est  chargé  d'enlever  l'ambroisie  au  ciel  d'Indra, 
comme  Indra  l'avait  enlevée,  précédemment,  au  ciel  de 
Tvaschtar  ou  du  Gandharva.  Jadis  les  Gandharvâh,  les  ar- 
chers et  les  fils  du  Tvaschtar  gardaient  l'ambroisie  et  cher- 
chaient à  empêcher  le  Shyenah  de  s'en  emparer;  les  Devâh, 
les  soldats  d'Indra ,  du  Devâh  des  Devâh  gardent  maintenant 
l'ambroisie  à  leur  tour,  afin  d'empêcher  le  Garouda  ou  l'aigle 
de  s'en  emparer.  Pourquoi  cette  ardeur  de  l'aigle  à  dépouil- 
ler le  faucon?  C'est  que  l'aigle ,  type  de  Vischnou,  et  tombé 
avec  sa  mère  dans  la  servitude  des  serpents,  avait  obtenu 
des  serpents  la  promesse  de  sa  délivrance ,  ainsi  que  la  li- 
berté de  sa  mère ,  s'il  allait  leur  procurer  l'ambroisie. 

Mais  Indra  est  aux  aguets  ;  le  dieu  du  feu  allume  autour 
de  la  coupe  du  nectar  un  vaste  incendie ,  pour  qu'il  ne  soit 
pas  possible  à  l'aigle  de  s'en  approcher.  Celui-ci  dessèche  les 
eaux,  en  buvant  un  grand  nombre  de  rivières ,  et  en  éteignant 


540  DÉCEMBRE  1857. 

le» forces  d'Agnis.  il  pénétra,  sous  une  moindre  forme .  dans 
le  lieu  où  l'ambroisie  restait  sous  la  garde  de  deux  dragons 
célestes.  Les  ayant  aveuglés  par  la  po  assiéra  qu'il  ramasse 
par  le  vent  de  ses  siles,  il  dérobe  la  coupe  et  prend  la  fuite 
avec  l'ambroisie.  Indra  le  poursuivit  de  sa  foudre,  mais  ce  rot 
en  vain  ;  car  s'il  parvenait  a  frapper  une  des  ailes  do  voleur, 
il  en  renaissait  une  nouvelle  qui  prenait  aussitôt  la  figura 
d'un  nouveau  Garouda. 

On  le  voit ,  c'est  absolument  le  mythe  da  ces  deux  co- 
lombes qui  vont  chercher  (voler)  l'ambroisie  aux  sources  de 
l'Océan  pour  l'spporter  à  Zens,  qui  s'en  nourrit;  mais  des 
deux  colombes  qui  sont  en  roule,  l'une  périt  toujours .  parce 
que  son  aile  est  brisée  dans  la  partage  des  Planètes;  usa 
nouvelle  colombe  est  aussitôt  créée  pour  remplacer  l'autre. 

Sans  nous  occuper  ici  de  la  lutte  d'Indra  et  de  Garouda , 
ou  de  leur  accord  final .  j'insiste  sur  l'analogie  de  la  légende 
du  Garouda  et  du  kapindchala  qui  éteignent  égalassent  un 
incendie  de  la  même  manière  et  dans  la  même  but;  mais 
le  sens  mythique  est  absolument  perdu  dans  le  récit  de 
Hiouen-thssng  et  la  Cible  des  Bauddhas;  il  a  été  remplacé 
par  un  sans  tout  nouveau  Bouddha  se  fait  petit  oiseau  pour 
ans  signer  la  grandeur  du  faible,  qui  apporte  son  contingent 
en  faveur  de  la  cause  du  l'espèce  humaine. do  feibl. 
faut  pas  apprécier  a  la  valeur  de  sa  forée  physique,  mais 
qu'il  faut  estimer  s  la  grandeur  da  m  força  morale. 

La  légende  da  Garouda  se  lit,  du  reste,  dans  le  3a  et  le 
33  edhyàyah  de  YÂuikm  Pmnm.  Smmpmn*.  p.  S*.  55. 


*xvi. 


Il  existe  d'autres  rapports  encore  entra  l' Indra  et  le  Bouddha 
qu  Une  sera  possible  de  bien  classer  et  de  bien  déterminer  que 
oar  les  progrès  de  nos  connaissances  sur  l'immense  champ 
de  la  mythologie  indienne.  C'est  ainsi  qoe  nous  rencontrons 
Indra,  dans  le  Magadba  (p.  67a).  sous  une  forme  tout  s 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.      541 

fait  inattendue ,  dans  le  costume  d'un  serf,  sous  la  ligure  d'un 
moissonneur.  Ces  prétendus  déguisements  des  dieux,  expé- 
dients des  mythographes  compilateurs,  comme  Apollodore, 
comme  les  auteurs  de  Pourânas ,  etc.  ne  sont  rien  moins  que 
des  déguisements  dans  leur  réalité  même.  Un  dieu  qui  pa- 
raît sous  le  costume  du  serf  est  le  dieu  qui  expie  le  meurtre, 
tel  qu'Apollon  dans  plus  d'une  légende ,  tel  qu'Héraclès  dans 
plusieurs  autres,  et  tel  qu'Odin,qui  se  manifeste,  comme 
Indra,  dans  la  qualité  d'un  faucheur.  Portant  une  botte 
d'herbe  sur  l'épaule,  il  la  remet  au  Bouddha,  qui  l'en  avait 
prié,  ce  qui  revient  à  dire  que  le  Bouddha  s'était  chargé, 
ici  encore,  de  la  tâche  humble  et  abaissée  qu'Indra  avait 
été  obligé  d'accepter.  Il  est  très-évident  que  les  Bauddhas 
n'ont  pas  connu  le  sens  du  mythe;  ils  n'y  ont  vu  que  le  fait 
d'une  humilité  extrême ,  comme  ils  ont  vu,  dans  des  mythes 
analogues ,  des  faits  de  charité,  ou  encore  des  applications 
morales.  C'est  que  les  Bauddhas  sont  à  l'aulre  extrémité  du 
pôle  de  l'antiquité  mythique,  dont  ils  ignorent  absolument 
l'esprit,  radicalement  éteint  du  reste  durant  l'ère  du  Boud- 
dha, environ  six  siècles  avant  l'ère  chrétienne. 

Odin  est  malfaiteur  ou  Bôl-verkr  sous  le  costume  du  fau- 
cheur; et  pourquoi  est-il  malfaiteur?  C'est  qu'il  lui  est  arrivé 
ce  qui  est  arrivé  à  Jason  dans  Aia  Colchis,  à  Kadmos  dans  le 
champ  de  Thèbes.  Chacun  sait  que  ces  deux  héros  y  avaient 
semé  les  dents  du  dragon ,  les  dents  de  la  discorde,  à  part 
les  variations  des  deux  mythes.  Chacun  sait  qu'il  était  sorti 
de  ce  blé,  issu  dans  le  champ  d'Ares,  du  dieu  de  la  guerre, 
une  moisson  de  Spartoi ,  de  gens  semés  avec  les  dents  du 
dragon,  qui  reviennent  fréquemment  dans  les  bràhmanas 
du  Véda,  où  ils  paraissent  comme  les  dieux  anciens,  les 
Asourâh,  les  dieux  des  Bhrîgous,  et  comme  les  dieux  nou- 
veaux, les  Devâh,  les  dieux  des  Angiras,  qui  se  combattent , 
sparddhanta,  de  spridh,  spardh,  «combattre.»  Ces  SparloiAk 
sont  les  Sprïdhah  ou  Sparddhah  des  hymnes  du  Véda,  le  vrai 
prototype  des  Spartiates.  Or  ce  sont  des  Spartoi,  des  fau- 
cheurs de  ce  genre  qu'Odin  avait  enflammés  les  uns  contre 
x.  36 


142  «EMBHE  )ft&7. 

les  autre»;  ils  s  étaient  mutuellement  détruits  Odin  fut 
obligé  de  servir  leur  nseltre  à  son  tour,  de  datonjf  bûcheur 
à  son  tour,  et  de  faire  leur  ouvrage  durent  tout  le  tempe  de 
son  abeissement.  de  son  expiation,  de  sa  captivité.  Voici 
comaaent  il  se  dégagea  de  aea  Cars.  Il  gli 
dans  un  trou  où  le  maitre  tenait  cachée  la  boisson 
le  nectar,  l'ambroisie,  et .  après  lavoir  bue  sous  la  forme  du 
■eunanj  |ajnj  I.  Boadj  dhlummmH  'I  l'eBtenl  san  Innpy 
rée  sons  la  ugnre  de  l'aigla.  Il  fat  poursuivi ,  dans  m  faite, 
comme  le  faucon  ravisseur  de  la  même  boisson,  oneami 
l'aigle  ou  le Garouda.  comme  la  eolombe.  aevquels  j'ai  déjà 
fait  allusioo. 

Cette  légende  d  Odin  se  lit  dans  Brmfmmtémr,  58  (£aUs 
Seèvre  Slmrtmtommr.  vol.  I.  Havue*.  i848.  p.  a  1901b)  Il  s 
dû  y  avoir  un  rapport  originel  antre  Indra 
esar  et  Indra  comme  Sbyena ,  on  Vtschnou  < 
Ib  volent  l'ambroiaie  de  la  maniera  indsauéa.  et  se 

1  q  en  meurtre,  eosonunent  comme  AnoUoo,  eoaaase 
■me  Héraclès,  après  avoir  tué  le  dragon,  le  sym- 
bole d'un  pontife  suapchthooe.  os  qui  les  oblige  à  se  cacher. 
à  servir  sons  mat  humble  oondstion.  Ou/ert.  marnera  d'un 
curions  système  da  mythologie  primitive,  bien  coinmmi de 
toutes  tas  raemâryas  et  iadn  saronéonass.  et  qni  appartient  à 
l'Asie  ma  Irai  s,  leur  patrie  rvmmmnsa.  Noue  en  voyons  sapai ei . 
an  quelque  sorte .  la  dernier  somme  sur  Us  lèvre»  d'un  boud- 
dhisme bégayant,  vieillard  «Tira  monde  païen  très-avancé,  et 
lui  retombe,  tans  en  avoir  la  conscience,  dans  une  sorte 
d  enssnee ,  où  il  reprend  l«*  langage  de  quelques  mythes  sons 
la  forme  de  paraboles. 

XXMI 

Sam. 

Voici  une  nouvelle  légende  où  la  Bouddha  se  rencontre 
encore  avec  Indra  d'une  meon  toute  spéciale  (p.  478),  et 
dans  la  même  localité  du  Ifagadha    Elle  nous  montra  le 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN -THS  ANC,  ETC.      543 

Bouddha,  qui  est  tour  à  tour  dans  le  sec  et  dans  Yhumide,  II 
a  besoin  d'un  bain,  et  Indra  crée  obligeamment  un  lac  pour 
lui  procurer  ce  bain.  Il  s'agit  de  l'Indra  du  Véda,  du  pen- 
dant d'un  Zeus  Nephel-âgereta,  d'un  Zeus  qui  rassemble  les 
nuages,  qui  fait  pleuvoir,  forme  des  lacs  et  grossit  des  ri- 
vières comme  Indra.  C'est  le  Zeus  Ombrios,  le  Zeus  Hyétios; 
c'est  le  dieu  du  Nabhas,  de  YAbhram  [Y Ombrios);  c'est, 
comme  je  l'ai  dit,  le  tueur  du  serpent,  l'Indra  du  Véda.  Il 
ouvre  la  nuée  comme  un  entonnoir;  il  crève,  comme  Héra- 
clès, le  tonneau  du  Gandharva  ou  du  Kentaure;  il  grise  la 
terre  des  torrents  d'une  pluie  fécondante. 

11  y  a  un  rapport  intime  entre  le  Bouddha  qui  a  besoin 
d'un  bain,  et  pour  lequel  Indra  crée  un  lac,  entre  ce  Boud- 
dha qui  fait,  au  fond,  comme  Indra,  et  le  Bouddha  qui  sort 
du  bain,  et  auquel  Indra  rend  les  vêtements,  qu'il  a  eu  la 
bonté  d'étendre  sur  les  arbres  et  les  rochers  pour  les  faire 
sécher  au  soleil.  Quand  l'orage  est  iini ,  quand  Indra  a  mis 
une  fin  à  la  domination  du  démon  de  la  sécheresse  qui  tour- 
mentait les  Aryas,  le  dieu  fait  resplendir  de  nouveau  le  so- 
leil, il  fait  sécher  les  vêtements  du  ciel  et  de  la  terre;  car, 
dans  le  langage  sacré  des  hymnes,  le  ciel  et  la  terre  (rodasî, 
ceux  qui  pleurent  ensemble ,  qui  gémissent  et  se  lamentent 
ensemble),  reçoivent  le  nom  de  shitschau,  de  vêlements,  du 
manteau  céleste  et  de  la  robe  terrestre,  conjointement 
mouillés  et  aspergés,  conjointement  sèches  au  même  soleil. 
Il  est  dit  du  Dakcha,  du  pontife  cosmique  qui  revêt  les  cos- 
tumes du  ciel  et  de  la  terre  après  l'orage  :  Ubhe  sitschau 
yatate.  (Rigveda,  édit.  Rosen,  liv.  I,  hymne,  xcv,  shl.  7, 
p.  îgô.)  t  II  revêt  avec  zèle  les  deux  vêtements,  les  attirant 
à  soi  avec  véhémence.  » 

Le  sens  mythique  de  ces  expressions  du  Véda  resta  lettre 
close  pour  les  Bauddhas ,  qui  désertaient  les  écoles  des  gram- 
mairiens et  des  commentateurs  brahmaniques  ,  où  ils  eussent 
pu  l'apprendre,  et  qui  s'adressaient  au  peuple,  chez  lequel 
le  langage  des  mythes  avait  passé  dans  une  foule  de  contes, 
du  genre  des  Mabinogion  chez  les  Celtes,  etc. 

30". 


Mi  M  «   I  Mil:  l 

\\\lll 

Nuilr 


Il  faut  encore  avoir  recour»  aux  concoptiont  du  Véda  pour 
retrouver  le  rapport  de  l'Indre  avec  le  Bonddha  tons  une 
nouvelle  ferme.  Indra  r*t  le  dieu  de  la  nuée;  il  foudroie  le 
démon  de  la  nuée,  celui  qui  a'eet  lanfcuné  dan»  le  aein  de 
la  nuée,  qui  l'empêche  de  produire  «on  enfant .  le  jeune  dieu 
de  la  pluie .  le  vent  qui  soupire  dana  le  aein  de  la  nuée,  l'em- 
bryon du  feu  que  le  «ruoujt  retient  confiné  dana  le  aein  ma 


Dan»  le  langage  épique,  cette  Népnélé  amei  captive  s'ap 
pelle  la  Din .  par  le  oontrmto  d'un*  Héré  libre .  d'une  Aétu 
La  />/i  lignifie  la  émtét  ;  car  elle  cet  agglomérée  sou»  diverses 
tonne*;  et  ï'Adtti  veut  dire  l'unique,  FmaVeùaeei;  car  «Hé 
n  cet  pm  morcelée,  comme  i  entre,  en  groupée  de  nuées 
distincte»;  die  eat  nn  eâr  frai»  et  pur.  elle  cet  on  étber  mn» 
bornée.  Or  cette  Dit»  eat  le  prototype  de  Ufmumt  itrr$$tr§. 
dont  le  ventre  eat  gonlé  et  ballonné  quand  elle  porte  a» 
it  dan»  «on  aem .  oppelé  pour  cela  on  Dttym .  on  Dm- 
loctérânromont  un  Ikutym.  Il  eat  donc  le  fcrtua  d'une 

l*Cnir^e5t    90mmHm4M9    OaMM     e^éje\     GOteTm'tlIt?*)  ,    Q  tmam9    amwt 

qui  acconcbe dana  le  mng;  son  fil*  naît  également  déchiré, 
à  la  mite  d'nn>eeVni»mmi  naturel.  Le»  dieux  dm  Bhrlgou» 
•ont  le»  A iityàk .  le»  indivinme».  nnimnt  d'une  AJtt, .  d'un 
eapace  lumineux,  indivwbie  et  indivise,  aortant  d  un  fond 


Un  entre  nom  dm  Bhrigou».  Ditym  an  premier  étage  de 
leur  existence .  «et  mini  de  Mmromtmk ,  de  moHtb.  Il»  août  le» 
noneYueaa ,  le»  fil»  de  nomdrm ,  du  dieu  qui  e  Irarv ,  qui  as  la- 
amu»,  et  qui  eat  loi  même  l'embryon  do  le  nuée,  le  génie  du 
vent  qui  hurle  dan»  la  tempête.  Or  Indra,  le  dieu  dm  Angi- 
ra»,  se  substituant  à  Koudra  comme  il  se  substitue  à  Va- 
rouna.  entre  dans  la  nuée,  déchire  le  sein  maternel  de  le 
l>iti  comme  mère  des  Maroutah.  Il  y  pénétre  dans  l'atome- 


MEMOIRE  SUK  I1IOUEN  THS ANC. ,  ETC.       545 

phere  pendant  l'orage ,  comme  il  entre  sur  terre  dans  le  sein 
des  femmes  en  couches.  Le  Marout  naît  dans  l'atmosphère 
comme  sur  la  terre;  il  y  naît  par  la  suite  d'un  foudroiement. 
Indra  le  précipite  en  dehors  du  sein  de  la  mère ,  le  lance 
violemment  par  terre,  d'où  le  nom  de  Tchyavanah,  du  tombé, 
du  précipité,  donné  à  cet  enfant  tombé,  comme  Héphestos, 
du  haut  des  cieux.  Ce  nom  est  donné  à  Bhrîgou ,  soit  comme 
fils  de  la  nuée,  soit  comme  fils  du  Bhrîgou,  du  pontife 
terrestre. 

C'est  ainsi  que  le  péché  de  la  conception  charnelle  est 
brûlé  et  expié  dans  le  sein  maternel  et  dans  l'enfant,  qui  naît 
avec  le  péché  héréditaire.  En  naissant,  son  Père  céleste 
l'adopte  comme  son  Père  terrestre;  car  il  le  relève  de  sa 
chute  et  le  porte  autour  de  la  flamme  du  foyer,  brûlant  ainsi 
son  péché  et  purifiant  ses  membres. 

La  légende  de  la  naissance  des  Maroutah  par  suite  d'un 
foudroiement  se  lit  dans  une  dernière,  curieuse  et  belle 
relation  du  Râmâyanam ,  édition  de  Gorresio.  (  Garbhabh.edu , 
Adikânde ,  h'f  sarga,  vol.  l,p.  196-198.)  L'accouchement 
de  la  femme  terrestre  sur  le  type  de  la  Diti  atmosphé- 
rique se  trouve  dans  les  brâhmanas  du  Véda,  entre  autres 
dans  le  Garbha  brâhmanam,  ou  le  brâhmanam  de  la  concep- 
tion de  l'embrvon  et  de  la  naissance  de  l'enfant.  (  Vrïhad 
âranyakam,  aschtamasya  tschaturtham  brâhmanam ,  édit.  de  Cal- 
cutta, p.  1075-1092.)  11  faut  y  distinguer  surtout  le  passage 
suivant,  où  il  est  question  de  la  descente  du  dieu  vengeur 
dans  le  sein  de  la  mère ,  du  foudroiement  qu'il  y  opère ,  pa- 
reil au  foudroiement  du  Dionysos  quand  il  sort  du  sein  de 
la  Sémélé.  C'est  une  allocution  faite  à  la  mère  au  moment 
où  elle  accouche  : 

Evâle  (jarbha  edschalu  sah-âvaitu  dscharâyunâ 
Jndrasy-âyam  vaOchrah  krïtah  s-ârgalah  su  parishrayah 
Tarn  Indra  nirdschahi  gurbhena  s-âvarâm  suh-eli. 

«Que  ce  fœtus  s'agite  et  se  mette  en  mouvement,  qu'il 
descende  par  l'utérus  [dscharâyou ,  littéralement,  par  l'or- 


546  DÉCEMBRE  IH57 

apnedeUtieiitesse.de  la  maladie .  de  l'inurnùte .  l'homme 
aortâal  de  l'utérus  poar  vieillir  «I  pour  moarir  ).  La  rare* 
a  été  frite  pour  être  la  roafa  d'Indra  (  snafchma  eet  rente. 
fomàrt,  or/irai;  armé  de  la  foudre,  déchirant  la  mère,  la 
purifiant  par  la  tourmente,  il  précipite  IVnfant.  La  foudre 
ou  la  colère  du  dieu  est  à  la  fois  «a  châtiment  et  ou  ins- 
trument  de  réhabilitation).  Cette  s*Jm  est  le  verrou  (q- 
dra  brise  comme  Zeu»  briae  le  verrou  de  l'appartement  de 
Sémélé.  où  il  entre  avec  la  foudre  au  moment  où  elle  doit 
accoucher  de  Dionysos).  Celle  tarna  est  un  aeile  (pan 
ikntymk.  parce  qu'elle  protège  l'embryon,  quoiqu'il  y  toit 
captif)  Indra  le  frappe  pour  qu'il  il  ■  rends  par  en  bat  au 
moyen  de  l'utérus  • 

En  uexceent,  l'homme  contracte  une  «Vite  qui  lui  consti- 
tueun  mmagmmmt .  limm ,  et  cette  dette,  il  l'a  contractée  par 
»utte  d'une  eeehje  ou  d'une  /mm  dont  il  n'est  pas  l'auteur, 
mate  avec  liqucBs  il  eet  né  dam  le  aem  sastcmcl ,  par  auite 
de  m  coswaeaea  même  Dette  et  Junte.  aWeir  et  camlm,  tout 
cela  eet  exprimé  par  le  ton!  mot  riburet ,  d'un  très-fréquent 
mage  daue  le  Véne,  ut  qui  correspond  au  mol  germanique 
fcAaisf.  dans  toute  retendue  de  la  elgniicetion  de  ce  mot 
Ceat  pourquoi  noua  lisons  dans  le  .Hhstepetha  Brin 
i(7Tteara*te  >  iidfraarreste.edit.Wrber.vol.ll.br  m 
adhy.  V.  ».  p.  a*3.  »ft4)  : 

•mm  ha  rau  punucko  mtkéymmdmm  «vu .  mrityor  dtmand 

dahâuile. 

•  L  nomme  étant  né,  pour  ainsi  dire,  avec  une  foule  et 
une  obligation,  une  coulpe  et  une  dette  à  acquitter;  car  de 
soi  (c'est-à-dire  aufsjitihmwl) .  il  naît  le  sujet  de  la  mort  • 

Or  cette  obligation  pour  lui .  c'est  la  piété  envers  deux 
daases  d'êtres.  les  dieux  et  ses  ancêtres .  et .  ultérieurement . 
ses  obligations  comme  Grihastha.  comme  chef  de  fa  nulle, 
envers  les  sien»,  envers  ses  serviteurs,  envers  ses  troupeaux. 
à  quoi  il  font  joindre  les  Larves  et  Us  Lémures,  tes  easeaux 
sous  le  «tel  et  toutes  les  créât  ores  vivantes;  car  il  eet  obligé 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG.  ETC.      547 

de  les  nourrir,  par  l'institution  brahmanique,  du  restant  de 
ses  repas  et  de  ses  offrandes ,  après  avoir  eu  soin  d'entretenir 
les  dieux,  les  Pères  ou  ses  ancêtres,  sa  famille  et  ses  enfants 
ainsi  que  ses  serviteurs;  après  avoir  acquitté,  en  outre,  les 
dettes  de  l'hospitalité  envers  des  visiteurs  et  des  invités. 

Nous  comprenons  maintenant  ce  qui  se  passe  à  Kapila- 
vastou  lors  de  la  naissance  du  Bouddha  (p.  324).  Au  mo- 
ment où  il  tombe  en  naissant,  où  il  sort  du  ventre  de  sa 
mère,  Indra,  le  seigneur  des  dieux,  le  devânâm patih  (comme 
qui  dirait  Zeus  ou  Jupiter) ,  est  à  genoux  devant  la  mère  en 
couches;  elle  accouche,  comme  on  sait,  debout,  entre  deux 
irbres,  se  soutenant  à  leurs  branches  dans  les  douleurs  de 
l'enfantement.  C'est  ainsi  qu'Indra  aide  à  l'accouchement, 
qu'il  reçoit  l'enfant  respectueusement  dans  ses  bras,  et  qu'il 
le  revêt  d'un  vêtement  splendide. 

Quelle  série  de  révolutions  n'a-t-il  pas  fallu,  je  le  répète, 
dans  les  idées  de  l'homme,  pour  que  la  conception  origi- 
nelle de  l'Indra  accoucheur  puisse  s'amoindrir  de  cette  sorte, 
et  pour  qu'elle  puisse  devenir  un  piédestal  pour  la  gloire  du 
Bouddha  ! 

La  conception  de  cet  accouchement  de  la  garbhinî,  ou 
de  la  femme  grosse ,  et  de  l'intervention  du  grand  dieu  des 
Aryas  en  cette  matière,  rappelle,  du  reste,  le  passage  de  la 
Genèse  qui  se  rapporte  à  la  sentence  de  punition  portée  par 
Dieu  contre  la  femme  dans  ses  enfantements.  (Gen.  III,  16.) 

XXIX. 

Conclusion  sur  l'Indra  des  Bauddhas. 

Nous  avons  dit  qu'Indra  ligure  à  gauche  du  Bouddha  et 
que  Brahmà  est  placé  à  sa  droite,  le  rang  d'honneur  étant 
ainsi  donné  au  dieu  des  pontifes  sur  le  dieu  des  guerriers 
Dans  un  arrangement  systématique  de  l'ordre  des  cieux,  ar 
rangement  qui  remonte  déjà  à  une  antiquité  commune  aux 
Aryas  de  l'Inde  et  de  la  Bactriane,  d'où  il  résulte  qu'il  précède 
leur  séparation  en  races  hostiles ,  les  cieux  se  composent  des 


548  DÉCEMBHfc  1857. 

Tntyatrtiukiu .  formé*  de  don»  Àdityàh  comme  génies  de 
l'année  solaire,  de  huit  Vasous.  qui  occupeol  trm-certaiae- 
tuent  les  quatre  poinU  cardinaux  et  le*  espace*  intermé- 
diaires,  et  de  orne  ftoudras.  qui  se  rapportent  au  Menas  oo 
au  cœur  humain .  iiilériiin— — I  agité  et  placé  4  la  télé  de* 
cinq  sens  et  de  leurs  cinq  ot  gants.  A  cela  il  saut  joindre  In- 
dra et  Predchipeti.  qui  gouvernent  ce  système,  c'est  4  dire  le 
Dieu  du  ciel  et  le  Père  dm  créetures  vivantes,  y 
l'espèce  humaine.  (Bornouf.  Ymçma.  additions  et  < 
ch.  iixvu  vwmii  )  Du  reste,  il  y  a  un  grand  nombre  d'énu- 

pts  ahsolumeot  le*  même*  ches  le*  Bréhmans*  et  les  Bec- 
trien* . et qne  le*  Brahmanes  aapliquont  eox  même*  de  plu* 

Indra  bâtit  trois  escalier*  dans  le  pays  de  Rapitha  (  y 
339),  pour  que  le  Bouddha  puisée  monter  s  ce  Gel  dm 
trente-trois,  ayant  4  se  gauche  Indre,  comme  seigneur  de 
rindraloka.  et  4  m  droite  Brebmé.  comme  irigniur  du 
Brahsnslok*.  tandis  qu'il  s'élève  au-dessus  d'eus  et  entre 
eus  deux.  Le  Gel  des  trente-trois,  dont  U  lait  ainsi  la  tonte 
pacifique  conquête,  est  cvidetmnent  cocnidéré  comme  étant 
su  dessus  du  Ciel  dlndra  et  du  Cml  de  Brehmé  ;  il  doit  le* 
renfermai  comme  les  deux  nsoitiés  d*nn  uns— ihln  dont  3 
offre  le  type. 

Non»  voyons  Indra  et  Brahmé  des»  une  attitude  bien  plu» 
humble  encore  qne  l'attitude  précédente,  toujours  en  lace 
dn  Bouddha.  Ils  sont,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  les 
fondateurs  de  s  lodens ,  de  pyramide*  destinées  à  recevoir  les 
ocudies  et  les  ornements  du  Bouddha,  se»  vêtements,  ses 
nippes  et  .ses  relique*,  objets  de  vénération  pour  ses 
ciples,  témoignages  de  son  existence  terrestre,  tandis  mj  il 
est  allé  en  personne  dans  le  néant,  comme  unique  séjour 
d'un  absolu  repos,  d'une  entière  quiétude. 

De  pareils  stoupss  sont  entre  autre*  érigé*  4  K sauge,  par 
tes  soins  d'Indra  et  de  Brahmé  (p.  aéo).  Il  n'en  est  pas  tout  a 
fait  ainsi  à  PouschksUvati.  qui  e»t  la  Peukela  des  géographe 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.     549 

classiques ,  la  capitale  des  Gândhârâh ,  ou  de  la  Peukelaotide 
des  compagnons  d'Alexandre.  Car  il  est  dit  (p.  120)  qu'Indra 
et  Brahmâ  n'y  ont  pas  seulement  construit  un  tombeau  pour 
le  Bouddha ,  mais  qu'ils  y  ont  aussi  construit  leur  propre 
tombeau.  Cela  veut  dire  qu'Indra  et  Brahmâ  sont  pris  dans 
le  sens  d'Evhémère,  selon  la  constante  interprétation  des 
Bauddhas,  qu'ils  ne  sont  pas  des  dieux,  qu'ils  sont  des 
hommes  aussi  bien  que  le  Bouddha,  mais  qu'inférieurs  au 
Bouddha,  ils  n'ont  pas,  comme  lui,  un  Nirvânam ,  une  apo- 
théose finale.  Leur  tombeau  rappelle  celui  du  Zeus  de  l'île 
de  Crète,  monument  qui  se  rapportait,  en  principe,  au  dieu 
chthonien ,  mais  qui  fut  interprété ,  dans  le  sens  du  tombeau 
d'un  roi  mortel  du  nom  de  Zeus,  par  les  disciples  d'Epicure, 
suivis  avidement,  sur  ce  point,  par  les  Pères  de  l'Eglise. 

On  voit  à  Canoge  (p.  258), comme  à  Kapilavastou(p.32o), 
la  statue  du  Bouddha,  placée  entre  les  deux  statues  d'Indra 
et  de  Brahmâ ,  qui  y  gardent  naturellement  les  mêmes  posi- 
tions à  la  gauche  et  à  la  droite  du  Bouddha.  Ces  statues  sont 
également  celles  de  trois  hommes ,  et  non  pas  de  trois  dieux  , 
le  Bouddha  éclipsant  les  deux  autres  hommes  par  la  subli- 
mité de  sa  vie  et  la  sainteté  de  ses  rapports. 

XXX. 

Des  rapports  du  Bouddha  et  du  Roudra,  ou  du  Shiva  des  sectes  shivaïtes. 

Je  me  résumerai  brièvement  sur  un  second  travail,  aussi 
important  que  l'autre  par  son  sujet,  et  que  je  compte  faire 
sur  les  rapports  du  Bouddha  et  du  Roudra.  Je  l'envisagerai 
d'abord  sous  la  forme  védique  de  Kapardin.  C'est  le  Dscha- 
tin  ou  le  Dschatadhârah des  sectes  shivaïtes,  le  dieu  des  Gêtes, 
qui  sont  les  ancêtres  des  Lithuaniens.  C'est  aussi  le  dieu  des 
Chattes,  qui  adorent  Wodan  ou  Odin  sous  la  forme  du  IJoeltr, 
c'est-à-dire  sous  la  forme  du  Roudra,  distingué  par  l'arran- 
gement de  sa  chevelure  en  tresses  nattées ,  espèce  de  diadème 
sauvage  ou  de  chapeau  naturel  occupant  le  haut  de  son  front. 
Je  l'examinerai  ensuite  sous  la  forme  sectaire  de  Shiva. dieu 


5*o  *Éi  ^  HMI    iH-r. 

jum  placide  que  lioudra  e»t  terrible,  dieu  qui  ■ 
et  dont  le  courroux  eei  *neisé. 

Ceux  d'entre  les  Msrootah.  cens  d'entre  le»  ancêtre»  de* 
Àrya»  qui  tont  restée  fidèles  à  Rendra,  qni  sont  demeure* 

àrya».  fib  et  disciple»  d'nn  dien  de  le  chasse,  d'un  Orion 
qui  conduisait  la  troope  de*  mort* ,  qui  parcourait  le*  air» 
a  leur  tête,  et  cela  aux  époques  où  le*  mort» .  où  le*  Père» 
de»  viens  ieaep*  revenaient,  on  il»  troublaient  le  repos  de 
leur  p  usas»  ne  contre  iaqueU*  il*  *'indifnaient,  de  leur  pos- 
térité infidèle  à  Houdra ,  de  leur  noitérim  qni  avait  em- 
brasée la  vie  dn  pssteur  et  du  laboorenr.  Ces  Marontab 
»e  sont  évidemment  rencontre»,  et  se  sont  plus  tard  lié*  à 
race»  d'homme*  pin*  berbère*  qu'eut,  aiasi  que  de* 
racée  miivegm. 

Tels  non»  le»  »  oyons  dan*  Us  nsoulâgnm.  le*  bois,  le* 
toréa»  dn  Paropanis*  et  de  I  A%naobUe,  allié*  ans  Kapss.  au» 
(  aplians»  de  le  vie  seuvsge.  et  finissent  par  s'identifier  enr 
plusieurs  poinu.  Témoin  la  reproduction  de  cm  atarontah 
dans  leur  assimilation  avec  le»  sUpis,  dn  temps  dm  expédv 
lion*  mythique»  de  Bamatrhaodra;  témoin  encore  l'identm- 
cation  du  Hanoumal  comme  chef  dm  Kapis.  avec  le  Marout 
comme  chef  dm  Maroutah. 

D'autres  »e  sont  liés  avec  les  herdes  barbares  ou  les  hordes 
iges  de  race  tibétaine,  de  race  finnoise,  de  race  turque. 

éAjarm    ens^mmmmi    *4m    pavaM     mi  nnunla         rimerai     l'mmWmmmmWjslJmmmVaâanâml 

*    t|(    •    |  |        *      •    !  1    '  !•        I    It  i        MMPI      .      *  J  4(1*      I    <    lîilM  .111»   IM   IIH   III 

graduel  des  chaînes  de  nsontasme»  de  l'Himalaya .  du  Tibet . 
du  koucnloun.  dans  le  système  dm  monteene»  dm  osons» 
Belonr.  du  Tbian-cban  ou  du  lionrtngh .  et  ftnsUmnnt  dan» 
le»  chaîne*  le*  plus  écartées  de  l'Altaï  et  de  l'Oural. 

Les  race*  smvaltee.  embranchée»  dans  le»  mont»  V indhya 
et  parcourant  tes  rameaux  de  montognm  dan*  le*  chaîne» 
.lu  Déean,  j  ont  re.  iifilli  d'autre»  débris  d'une  vieille  lui - 
inanité  barbare,  comme  d'une  vieille  humanité  seuvage.  fcile 
»e  rattachait .  en  principe .  aux  nègre»  de  l'Océanie.  mais  elle 
lut  jrm«siV .  dans  le  cours  des  âges,  par  les  fugitif»  de  toute» 


MÉMOIRE  SUR  HIOUEN-THSANG,  ETC.      551 

les  races  déshéritées  des  différentes  parties  de  la  terre  in- 
dienne, comme,  en  général,  de  tous  les  pays  qui  avaient 
succombé  sous  les  armes  des  Aryas. 

Il  en  est  né  une  foule  de  cultes  éminemment  mélangés. 
Il  y  avait  le  culte  d'un  Apollon  chasseur  et  d'une  Artémis 
chasseresse,  culte  âpre  et  sévère,  comme  le  culte  de  Rou- 
dra  et  de  Roudrânî,  qui  sonl  les  plus  vieilles  divinités  âryas 
du  système  des  Védas;  il  y  avait  le  culte  des  Larves  et  des 
Lémures  propre  aux  tribus  sauvages  qui  liguraient  dans  le 
cortège  ârya  des  dieux  de  la  tempête  ;  il  y  avait  des  dieux  cé- 
phènes,  des  déesses  céphènes  d'une  origine  lascive  et  ero- 
tique ,  dénotant  une  grossièreté  et  une  licence  de  mœurs , 
rendues  plus  hideuses  encore  par  le  cortège  des  dieux  de  la 
mort,  qui  se  signalaient  par  un  mélange  de  cruauté  et  de 
volupté,  tout  cela  dans  l'esprit  de  la  dégénération  extrême 
d'un  très-vieux  monde.  Que  l'on  y  joigne  les  plaintes  élé- 
giaques  du  corps  des  peuples  céphènes,  quand  ils  furent  rui- 
nés, dans  le  midi  comme  dans  le  centre  de  l'Asie ,  et  qu'ils 
y  furent  accablés  par  la  conquête  et  la  réaction  des  races 
âryas  et  des  races  sémitiques.  De  là  ces  plaintes  et  ces  gémis- 
sements sur  la  mort  d'un  Dieu  à  la  fleur  de  l'âge,  sur  la 
mort  d'un  Kâma  ou  d'un  Érôs,  d'un  Memnon,  d'un  Attès, 
d'un  Thammouz,  d'un  Adonis,  etc.  On  pleurait  en  lui  la 
fleur  d'un  printemps,  le  germe  de  l'amour  et  de  l'espérance. 
On  se  lamentait  dans  le  cortège  de  sa  mère,  de  son  épouse, 
de  son  amante.  Tous  ces  chants  plaintifs  se  font  entendre 
dans  le  monde  antique  dès  une  époque  reculée.  Mêlés,  du 
reste,  d'un  très-grand  nombre  d'éléments  hétérogènes,  ces 
accents  de  la  vie  passionnée  des  bois,  unis  aux  accents  la- 
mentables de  la  misère  humaine,  frappent  l'oreille  dans  le 
cortège  des  sectes  shivaïtes, comme  dans  les  formes  de  toutes 
les  religions  de  la  famille  du  shivaïsme. 

Telles  sont,  d'un  coup  d'œil  et  à  vol  d'oiseau,  ces  sectes 
auxquelles  Hiouen-thsang  touche,  dans  son  récit,  sous  une 
foule  de  formes. 

Ici  paraissent  également  des  doctrines  ascétiques  d'un  nou- 


NI  DK.EMBRE  1857. 

«eau  genre,  ©elles  qui  produisent  des  liatUs  et  dos 
comme  dons  les  légende»  que  Lucien  rapporte  du 
rien*  travail  sur  la  Dem  Sytim.  On  le»  reneonti 
dans  le  pay»  de  Eontché  (p.  3-io) .  où  Hiouen-lluang  nous 
en  rend  bon  compte,  de  même  qu'H  nous  lensuigm  *ur  l'an 
aèdmJbfâlmnimk.  des  porteurs  de  eranes  humain» 
■M  MH  r<  BÉMtMM  HHÉ  MM  OHM  Mf  VMttOM  fHBMPfl 

I*-    Q^M||-— —  -...g!  lonJMO  attlaTt   fuMàA  Ml  fMlift  tfWiîtl  li  I  lit*      timto,  IMWM1 

noue  referons,  sur  toutes  ees  marieras,  s  notre  travail  spé- 
cial. 

Baron  dKckstiin 


NOUVELLES   il    MÉLANGES 


s()(   Il    I  I      \M  \  I  loi   I 


l'HLM  i  >  \  I  i;BAL  DE  LA  SÉANCE  OU  15  NOVKMBhr.  i 


Le  prooH-verual  de  la  dernière  séance  est  lu .  la  rédaction 

Il  est  donné  lecture  d'une  lettre  de  II.  le  ministre  de  la 
guerre,  qui  demande  l'envoi  des  enamplaires  restant»  de  se 
souscription  an  Précis  de  Ssdi  KImIiI 

II.  Jomard  écrit  pour  annoncer  renvoi  d'un  mémoire  de 
Mahmoud  hlTcndi. 

àl.  Booxerant  écrit  pour  demander  à  la  Société  la  permi» 
»ioo  de  dire,  dans  les  séances  mensuelles,  quelques  lecture» 
de  son  Système  Je  ïmmti  hmguuUqme,  ou  de  la  Pkilosopkte  eu 
reras  dans  U  Iriititè  univertelle.  Il  sera  répondu  a  l'un 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  553 

que  la  Société  ne  lui  peut  offrir  ni  un  public ,  ni  du  temps 
suffisant  pour  son  but,  et  qu'il  ferait  mieux  de  faire  ses  lec- 
tures à  quoique  autre  société,  qui  remplirait  mieux  son  at- 
tente. 

M.  le  docteur  Walther  Munzinger,  de  Berne ,  écrit  à  M.  Rei- 
naud  que  son  frère  Werner  Munzinger,  ancien  membre  de 
la  Société  asiatique  et  élève  des  écoles  de  Paris ,  se  trouve  à 
Kerem  en  Abyssinie;  qu'il  s'occupe  d'un  ouvrage  considé- 
rable sur  les  langues  des  peuples  et  tribus  de  ces  pays,  et 
qu'il  désire  trouver  en  Europe  les  moyens  nécessaires  pour 
se  consacrer  uniquement  à  la  continuation  et  à  l'élaboration 
de  ses  recherches,  qui  lui  ont  fourni  déjà  des  matériaux  con- 
sidérables. Le  conseil  charge  le  bureau  de  répondre  à  cette 
lettre,  et  d'exprimer  toutes  ses  sympathies  pour  le  plan  et  les 
efforts  de  M.  Munzinger. 

Sont  présentés  et  admis  comme  membres  de  la  Société  : 

MM.  Haoser,  professeur  de  mathématiques  au  lycée  Char- 
lemagne  ; 
Cartwright,  à  Paris; 
Agop  effendi  ,  conseiller  à  l'ambassade  ottomane. 

M.  de  Rosny  donne  lecture  d'un  fragment  sur  les  mœurs 
des  Aino ,  extrait  d'ouvrages  japonais. 

OUVRAGES  OFFERTS  À  LA  SOCIETE. 

Parle  traducteur.  Histoire  des  Berbères,  par  Ibn-Khaldoun  . 
traduction  de  M.  le  baron  de  Slane.  Tom.  III  et  IV.  Alger, 
i855  et  i856,  2  vol.  in-8°. 

Par  l'auteur.  Toison  d'or  de  la  langue  phénicienne,  par  l'abbc 
F.  Bourgade;  2'  édit.  Paris,  i856,  in-fol. 

Par  l'auteur.  Address  at  the  anniversary  meeting  oj  the  royal 
(jeographical  Society.  London,  2  5  mai  1867,  in-8°. 

Par  l'auteur.  Cuadro  sinoplico  de  la  lengua  inglesa,  par 
D.  Vicente  Alcober  y  Largo.  Un  tableau  grand  in -piano 
colombier. 


554  CEMBHE  IA 

Par  l'auteur,  litbltotkeca  uroho-stcuUt ,  o**ia  recolla  di  te*li 
arabici  che  loccano  la  geografia.  la  sloria.  le  biogralie  e  la 
bibliografia  dclla  Siblia.  da  Michèle  Aauai.  Lipeia.  i855 
in-8*  (forl.  I.  II  et  111). 

Par  l'auteur.  Irnduck*  Stmdu*.  von  Albr.  Wsatn.  I\ 
i"  livraison.  Berlin,  18S7,  in*8\ 

Par  l'auteur.  J/i/ara,  ein  Beitrag  tur  Mylhfgawliifhte 
de*  Oriente,  vos  Frid.  WiaoucauAaa.  Leinog,  18S7,  tn-8* 

Par  l'auteur.  Grmmmmn  frmmcau*  de  Uimmomd  traduit»  «n 
armU  par  SotiMAX  Ai-rUrulru.  Paria,  1&S7.  in-8\ 

Par  l'auteur.  Le  floaaWaa  «f  U  BtmÀdkitmt,  par  C  Scbob- 
ail.  l'art»,  l8S7,ùi 

Par  l'auteur.  Al-Kimdt   von  D*   I  l-eipiig,  1857. 

in-8\ 

Par  lea  éditeur».  Tnuumettomj  of  th»  Amène**  pkilmopkical 
Soc-ty.  Vol.  XI.  part.  1".  Philadelphie.  18S7.  in-**. 

Par  le*  éditeur».  Journal  of  fia  AttaUc  Society  of  lltmaal, 
1857,  in-8\  n*  a. 

Par  le*  éditeur».  Procoodtmgi  of  tke  Amtencan  phtlotophtcal 
Soeitty.  Vol.  VI.  janv.  i856.  o*  55.  •> 

Par  l'auteur.  Sultd*  Akmmti  I  Btstmllamgt  mmd  Vtrtrags 
Urèmmdgjhr  Gmèntt  Bmlkmi  *oa  Somfyo.  Fènmm  00m  Siêhêa- 
bùrqen.  vom  Jakrt  1608  dm  Ckr.  Zmtrotkmmma ,  von  D.  Walter 
Friedr.  Ad.  BetiRXACia.  Wien.  1857.  in  8*. 

Par  l'auteur.  MaWrre  $mr  télmt  ac(aei  dm  hgmr$  uoclmtqaei 
et  uody*anùam*$  dam  Im  Grumda-Bntmjhe ,  ta  Hollande,  U  Bel- 
giqma  *l  Je  Promet,  par  Mahmoud  irrexoi.  Braxeilee,  i856. 
in-4\ 

Par  1a  Société.  Zmbcknji  dm-  Dtmùcm*  mioromliatliiekm 
Geullsckafl.  Il*  vol.  n'  4.  Leipsig ,  18&7.  û>8*. 

Par  II.  le  comte  Chr.  Laxaturr.  Collaettom  de  chants  mmtto- 
aoax  armémtf ms,  publiée  par  l'association  littéraire  connue  *ou» 
le  nom  de  Gamar-KaUoa.  Saint  Pétereboorg .  i856.  in-8* 


NOUVELLES  ET  MELANGES,  555 

Fleurs  de  l'Inde,  comprenant  un  épisode  de  la  Ramaïde  de  Val- 
miki  et  plusieurs  autres  poésies  indoues;  suivies  de  deux  chants 
arabes,  etc.  et  d'une  troisième  édition  de  Y  Orientalisme  rendu  clas 
siqae  dans  la  mesure  de  l'utile  et  du  possible.  Nancy,  chez  Vagner, 
et  Paris,  chez  B.  Duprat,  un  vol.  grand  in-8°.  Prix  :  5  fr.  et  par  la 
poste,  5  fr.  5o. 

Pourquoi  le  peuple  français,  à  qui  ce  n'est  assurément  pas 
1  esprit  qui  manque ,  est-il  de  tous  les  peuples  du  monde  celui 
qui  repousse  le  plus  longtemps  les  innovations  utiles  ?  Il  y  aurait 
là-dessus  beaucoup  à  dire;  mais,  quelle  qu'en  soit  la  cause,  le 
fait  est  certain.  Ce  n'est  jamais  qu'après  avoir  fait  le  tour  de 
l'Europe,  et  quelquefois  celui  de  l'univers ,  qu'une  idée  neuve 
est  pratiquement  acceptée  par  nos  concitoyens ,  quand  même 
ce  serait  l'un  d'eux  qui  l'aurait  mise  au  jour. 

Ainsi ,  bien  que  ce  soit  d'un  Français  (  d'Anquetil  du  Per 
ron)  que  soit  venue  la  pensée  d'étudier  à  fond  l'antique  et 
véritable  Orient,  non  plus  le  Levant  seulement;  et  quoique, 
depuis  Jors ,  des  hommes  de  premier  ordre ,  les  Silvestre  de 
Sacy,  les  Abel-Rémusat,  les  Chézy,  les  "Eugène  Burnouf, 
aient  allumé  dans  Paris  un  foyer  qui  aurait  dû  inonder  de 
lumière  les  réalités  de  l'Asie,  cette  connaissance  n'a  pas  pris 
chez  nous  droit  de  bourgeosie;  elle  y  est  demeurée  traitée 
en  étrangère,  et  laissée  pour  ainsi  dire  au  lazaret;  elle  n'a 
nullement  fait  pénétrer  son  influence  dans  les  enseignements 
de  la  nation.  La  manière  étrange,  par  exemple,  dont  vien- 
nent d'être  expliqués  ici ,  de  presque  tout  le  monde ,  les  der 
niers  événements  de  l'Indoustan,  a  montré  jusqu'à  l'évidence 
combien  nous  étions,  en  général,  ignorants  sur  tout  ce  qui 
dépasse  l'horizon  des  paquebots  de  la  Méditerranée  :  Smyrne, 
Beyroutou  Alexandrie. 

Vulgariser  tout  de  bon  les  langues  et  les  littératures  de 
l'Orient,  les  faire  entrer  à  la  lin  dans  la  masse  des  idées  qui 
circulent  en  France,  voilà  ce  dont  il  est  temps  de  s'occuper; 
voilà  une  tâche  opportune,  indiquée  aux  travaux  des  hommes 
qui  ont  le  désir  et  la  compréhension  du  bien  public. 


>;,.,  DÉCEMBRE  1857. 

On  tait  m  la  Société  asiatique  •  rien  négligé  pour  entrer 
largement  dans  cette  voie.  Pouvait-elle  (aire  plus  que  d'édi- 
ter une  collection  usuelle  d'auteurs  orienta ui  qui ,  imprimés 
avec  une  traduction  française,  fussent  vendus  au  même  prix 
que  de  simples  classiques  latins  ?  Eh  bien  !  c'e»t  tout  au  plus 
ri  le  public  a  paru  frappé  de  ce  qu'avait  d'énorme  une  pa- 
reille révolution  dans  les  babihsdos  de  la  librairie,  et  s'il  a 
répondu  par  une  adhésion  quelque  peu  vive  au  efforts  des 
avants  qui  se  dévouaient  pour  lui. 

Pour  motiver  son  hésitation  à  recueillir  les  trésors 
se  donne  la  pense  de  lui  offrir,  prétendra-t-il  que  c'est  l'as- 
pect des  caractères  typographiques  orientaux  qui  le  bit  reçu 
1er  encore?  Eh  bien!  do  lela  moyesM  échappatoires  vor > 
être  enlevés.  Voici  venir  un  ouvrage  qui  ne  laisse  pas  même 
ans  paressons  cette  mauvaise  excuse. 

On  sait  qu'il  y  a  quatre  ans  (i853)  doux  sociétés 
de  province,  l'académie  de  Stanislas  à  Nancy.  • 
impériale  de  Mets,  émirent  le  vœu  de  voir  enfin  adopter, 
comme  seul  moyen  efficace  de  soi  mer  un  nombre  suffisant 
d'orientalistes .  la  création .  dans  toutes  les  (acuités  des  lettres . 
de  deux  chaires:  lune  de  sanscrit,  pour  représenter  le  gronpr 
dos  vieilles  langues  Aryanea .  l'autre .  d'arabe  littéraire,  pour 
représenter  le  groupe  dee  idiomes  tV  mitiques. 

Cette  proposition  fut  adressée  au  ministre  de  l'Instruction 
publique,  qui.  après  l'avoir  reçue  officiellement .  la  mit  con- 
fidanliellemont  A  l'étude;  et,  quoique  rien  n'ait  paru  encore 
s'opérer,  on  ne  saurait  sffirnm  sens  erreur  qu'elle  n'ait  pas 
déjà  bût  dos  progrès  eseex  assignés. 

Néanmoins  toute  pensée  n'est  saisie  qui  demi ,  tant  •  i 
n'est  pas  accompagnée  d'un  imminent emanl  d'exécut 
il  était  bon.  par  conséquent,  que  la  question  fil  on  non- 
veau  pas,  un  pas  expérimental.  L'académie  de  Stanislas  a 
compris  cela  ;  et  si  l'initiative  théorique  est  partie  de  son 
sein,  c'est  de  son  sein  aussi  que  sera  partie  l'initiative  pra- 
tique de  l'ouvrage  que  vient  de  publier  ad  koe  un  de  ses 
membres ,  et  calculé  de  manière  a  rendre  possible  ches  noue , 


NOUVELLES  ET  MELANGES.  557 

pour  les  beautés  de  la  littérature  orientale,  un  degré  de  po- 
pularité  auquel  jamais  encore  elles  ne  sont  parvenues,  et 
dont  même,  quoique  à  tort,  on  ne  les  juge  pas  susceptibles. 

Fleurs  de  l'Inde,  etc.  tel  est  le  titre  d'un  livre  qui  ren- 
ferme des  échantillons  de  poésies  choisis  dans  le  domaine  des 
deux  chaires  demandées,  c'est-à-dire  sanscrits  et  arabes.  On 
les  y  a  rendus  aussi  abordables  que  faire  se  pouvait,  en  don- 
nant, soit  aux  traductions,  soit  aux  notes  ou  développements, 
une  forme  soigneusement  littéraire,  soumise  à  tontes  les  con- 
ditions d'un  classicisme  rigoureux. 

De  ces  morceaux,  le  plus  remarquable  (un  épisode  de  la 
Ramaïde)  nous  est  présenté  à  la  fois  en  vers  français  et  en 
vers  latins ,  car  on  a  voulu  le  mettre  et  à  l'adresse  des  salons 
et  à  celle  des  collèges.  En  outre,  comme  il  y  avait  des  incré- 
dules, qui  niaient  que  de  telles  choses  fussent  réelles,  pri- 
mitives et  non  récemment  inventées,  l'écrivain  a  jugé  utile 
d'imprimer  en  regard  le  texte  de  Valmiki ,  mais  en  caractères 
européanisés ,  de  peur  d'effaroucher  les  écoliers  et  les  femmes. 
Ces  caractères,  dont  le  système  lui  appartient1,  il  n'a  pas 
hésité  à  les  faire  graver  et  fondre  à  Nancy.  A  part  donc  la 
simple  paresse ,  le  simple  amour  de  l'ignorance ,  aucun  pré- 
texte de  répulsion  n'est  laissé,  fût-ce  aux  gens  les  plus  sau- 
vages et  les  plus  récalcitrants.  On  leur  livre,  pour  un  écu, 
un  petit  volume  blanc,  élégant,  mis  à  la  portée  du  lecteur 
le  moins  docte;  un  volume  dans  lequel  mille  choses  antiques 
peuvent  les  intéresser,  si  seulement,  à  défaut  de  savoir,  ils 
ont  de  l'intelligence  et  du  cœur. 

Ernest  Masson. 

1  Ce  n'est  ni  celui  de  Bopp ,  ni  celui  de  Brockhaus ,  ni  tout  à  fait  non 
plus  celui  de  Chézy.  Par  voie  d'éclectisme  d'abord ,  et  aussi  par  quelques 
additions  à  lui  propres,  l'orientaliste  lorrain  s'est  formé  un  alphabet  trans- 
cnptif ,  qui  lui  paraît  réunir  les  avantages  partiels  de  chacun  des  autres  et 
n'avoir  pas  leurs  inconvénients. 


3? 


tttf  DÉCEMBRE  1857 

A  Joomuu.  or  two  tsaa»  tsavei  i*  Puma,  Csilss,  ne  by  H» 
bfrtBif  bgi  Londres,  18S7,  >  vol.  in-8*  (453  et  4)7  psges) 

L'auteur  est  membre  du  service  civil  de  Madrés  ;  il  se  mit 
à  voyager  en  i85o  pour  aa  santé,  et  visita  d'abord  Ccylan . 
où  il  resta  peu  de  temps  ;  sa  description  de  l'Ile  est  courte 
et  contient  peu  de  choses  nouvelles.  De  là  il  alla  en  Perse 
par  Bushire.  visita  Schirai.  Persépohs,  Ifiahan  et  Téhéran. 
Ses  remarques  sur  ce  pays  ne  sont  pas  sans  intérêt ,  il  s'oc- 
cupe peu  des  antiquités ,  et  ce  qu'il  en  dit  ne  nova  apprend 
rien  ;  mais  sa  connaissance  de  là  langue,  et  l'habitude  qu'il 
avait  acquise  dans  l'Inde  de  «'occuper  de  l'état  de  l'agr 
turc  et  du  commerce,  lui  donnent  les  moyens  et  la  curiosité, 
très-rare  parmi  les  voyageurs  en  Pêne,  de  s'enquérir  de  la 
condition  du  peuple.  II  trouve  plus  de  sécurité,  eu  moine 
«or  les  grandes  routes,  qu'il  n'espérait;  mais  la  description 
qu'il  fait  de  l'état  moral,  physique,  industriel  et  agricole  du 
pays  est  des  phas  déplorables.  Il  a  le  mérite  de  donne, 
noms  persans  «Tune  grande  quantité  de  plantes  et  d'objets  de 
tout  genre,  mérite  considérable,  car  nos  dictionnaires  sont 
irés  défectueui  sous  ee  rapport.  L  ouvrage  est  smgmserenseut 
mal  écrit  ;  mais  cependant  avec  une  sincérité  et  une  simplicité 
parfaite  qui  dédommagent  le  Isiteeu  et  M  inspirent  a dc con- 
fiance entière  dans  la  vérité  dee  imyraeelnni  qu'H  reçoit  de 
l'auteur. 

J   M. 


Tes  méfia  Y 4*09*  Km»,  «datée  by  Alaeeobt  Wabsr.  Part.  III 
Tbe  Crsul&tûtra  of  kaiysvana.  «a*  eilrerts  frase  iKe  eosaseea- 
tarie»  of  karia  and  Ysdjoiladeva.  ITasaiiin  •  H  s.  Berlin 


TABLE  DES  MATIERES.  559 


TABLE  DES  MATIERES 


CONTENUES    DANS    LE    TOME   \. 


MEMOIRES  ET  TRADUCTIONS. 

Pages 

Etudes  sur  la  Grammaire  védique.  Chapitres  Vil,  VIII  et  IX. 
(M.  Régnier.) 57 

Études  sur  la  Grammaire  védique.  Chapitres  X  et  XI.  (M.  fU:- 
gnier.  ) 374 

Études  sur  la  Grammaire  védique.  Chapitre XII.  (M.  Régnier.)  461 

Étude  sur  une  stèle  égyptienne  appartenant  à  la  Bibliothèque 
impériale.  (  M.  le  V"  Ê.  de  Rocgé.)  Deuxième  article 112 

Études  assyriennes.  Inscription  de  Borsippa ,  relative  à  la  res- 
tauration de  la  Tour  des  langues  par  Nabuchodonosor. 
Fin.  (M.  Oppert.) 168 

Notice  sur  Khalil,  fils  de  Caïcaldy,  extraite  du  Dictionnaire 
biographique  d'Assafady,  intitulé  :  ^LiJb  <jîjJl;  texte 
arabe,  publié,  traduit  et  commenté  par  M.  le  l)r  B.  R.  San- 
guinetti : 227 

Description  historique  de  la  ville  de  Kazvin,  extraite  du  Tari- 
khi-Guzidèh  de  Hamd-AHah  Mustôfi  Kazvini.  (M.  C.  Bar- 
bier de  Meynard.) 257 

Etude  sur  le  Sy-yéou-tchin-tsuen,  roman  bouddhique  chinois. 
(  M.  Théodore  Pavie.  )  Deuxième  article 308 

Mémoires  sur  les  contrées  occidentales,  traduits  du  sanscrit  en 
chinois,  en  l'an  648,  par  Hiouen-thsang,  et  du  chinois  en 
français,  par  M.  Stanislas  Julien.  Tome  I,  contenant  les 
livres  I  à  VIII  et  une  carte  de  l'Asie  centrale.  (M.  le  baron 
d'Ecrstein.  ) 475 


JCO  TABLE  DES    MATH 

NOUVELLES  El    mm  \\u  S 

Praeèî  vrrbtl  .i<-    \i    s<*i\cr    mt.u.llr  Al   la    BoMMM   j 
iroue  la  »4  juin  18S7 


BiOMlrattoa.  —  Rapport  nr  las  treveai 

Oui  miliijii.  pndiM  raoace  i8ib 
—  Lia*  de»  ■■■hm  iiweiMfcw.  — 


1  de  Coanii  Jiifaaiaiatrafiiia.  —  Rapport  nr  lai  travail 

•  1  »•    I  •••'»ctl   ilr   la     N»  j»!*" 

.»&(.  (M.J.  Mo». 

I MU  de»  ■■■hrai  — iorioi  étraagen.  —  Uate  d»  on»  rage» 

pnhné»  par  la  SebeM  >   ' 


Pn**a  verbal  de  la  séance  du  lojnillei  i85:  850 


r.lfaniw»hyyiiiioBaiirit%iniiid»iiFawa.parM.Joa 

TMilPini.  ifr-S;;»**  (iiimrt  mpane».) 

*•«•  r  iiibuii  oVumni.    •  11  r    a»  Jui. 


2ar*Mtr«. 

cannVt«< 

/w  JVovo  f  iiinuii  Juriim.  1  [iililiii  .  A« 
«cnpMl  Anteoana- Pan»»  aa  l.ta  »aea    fWrna.  18871  m-V 
1).  —  Paali  \atoan  aa  luttai  IV  Cnanma 
'  :.  ,ft&».u»**(>»  pna 


».  laiBiif.  itt»i  in  ft*  (•«  pagaa). 
aan  aoapir  tf  Aa»,  by  Sir  Jona  Bo»  - 
«  I  oadrea.  18S7  ;  t  «al.  •»-**  (43i  al  448  paf 
tir»  rnumd  aa»  car**  )  (J.M.).  —  A  raaàaWaa  ■■■■<»«  aV 
Clara»;  w  Uod .  oo  iW  com4  aad  al  taa.by  Raaarl  Faana». 
:t  n-flinU *  4o  pagne.  e«ocaai  aie  ■  or  ■).— 
/•aWarAtnMn  «on  AnWH  Wsaaa  Bnrin.  18V7;  »•**.  - 
Aaooace  aVa  arvada»  an  M.  J.  Prnaaap.  ton»  «a  Janmalana- 
là|nana  CaloatU.  anaW»  nalaeni  iav<*.par  M.  7ao»> 
Rata  aar  la  eee.afle  eenioo  an  Sakia  Ea4>  Oraaaa  d.  Rajah 
«■analialdan.-Wradla.4aWi    ■jjaill4ia  dam» 


PrnctVverbel  da  la  séance  dn  10  octobrr  18&7 . 

1  niB^MftbiaiaMdtUaHa^   ttaataaâv  a»  aaoba    mil   ^o- 
■  i«>»  tiH.uiti.  Par»,  dwa Bioiraaia  Doprat  ^a-g*  '  f .   l 


c»t).  —  SnpfdèBnnt  arnrtioW  «nr  nfmf  et  fa  «WiiUmcaaa  lr« 
arpafahaai  camnaïair  arnaar  aa  Ijrna  (M.  Ranuen).  —  Jena. 
rnl  WmrutUch.  t  ■niiignjiam  «en  der  K.  AUdaana  Wav 
•«aaenanen.  bwarniâlat  van  Otto  Bomuasa  ood  Radolpk 
Rot.  Vol.  Il .  (esaara  3i-4o.  Saàal  Pewaenoorg.  18S7  :  »  ** 
—  Grmmwmtth àm tyntkm  Jproraa  aaii  «rnatandiaaa  Parodia 
«aa  aad  ITaa m inaâa.  Bmaiilil  «nn  Fr.  0n&**se.  a*  adttioo 


Barba,  1867;  gr.  in-8*.  mu.  176.  ui»  «t  63  page». 

Procès-verbal  de  la  léancr  dn  i3  novwnbre  1BS7  55  J 

Ffaar*  dr  f/aaV.  Neacy .  1867.    -  Waai  a/  enaei»  M  ftn-  , 
arasa.  Londiu,  1SS7. 

h  IN  DE  LA  TAlil.l 


PJ 

A 
J5 

•  5 
t. 9-10 


Journal  asiatique 


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